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Alfred Eibel raconte Fritz Lang

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Illustrés d'une magnifique photographie de Fritz Lang dans la force de son âge, les souvenirs d'Alfred Eibel concernant le réalisateur (1890-1976) viennent de paraître et sont l'occasion, cet après-midi, d'un débat de l'auteur au marché du livre ancien à Brancion, à Paris (16 h, avec une exposition de documents en prime).

Hôte de Fritz Lang en août 1966 aux USA, Alfred Eibel avait déjà eu l'occasion de donner une monographie documentée sur le réalisateur (1). Ce sont cette fois des notes de rencontres, des impressions, des réflexions nées de la fréquentation de Lang et de son entourage — à l'occasion de ce séjour à Beverly Hill ou sur le vieux continent que revenait visiter le cyclope, Berlin ou Paris en particulier. Eibel en a tiré un livre étonnant, comme à son habitude rédigé à la hussarde, voilant et dévoilant certaines facettes mal connues d'un personnage solitaire, pour ne pas dire isolé, génial et brutal à la fois, énigmatique lorsqu'il le souhaitait.

Cela donne des choses comme ça :

Presque mal voyant, le vieux cyclope considérait avec causticité les projets de films qu'on lui soumettait et qu'il savait irréalisables. Il subit un traitement de choc recommandé par le docteur Niehans. On lui fit des piqûres dans les fesses avec des seringues longues comme des aiguilles à tricoter. Il espérait retrouver un peu plus de vision de son oeil valide, mais déjà, me semblait-il, il était trop tard. Il s'en amusait et s'en attristait à la fois. (...)


Dans les cafés du Kurfürstendamm à Berlin, Lang seul devant une boisson ne perdrai pas une miette de ce qui se disait aux tables voisines de la sienne. C'est là que naissaient les complots, c'est là que les joueurs de cartes perdaient ou gagnaient des fortunes. Il aimait les cafés encombrés de meubles, comme le grand salon de la villa qu'il partageait avec Thea von Harbou. Il vouait à Graham Greene une certaine admiration, parce qu'il savait créer un climat, montrer les destinées sentimentales et à partir d'un banal incident entraîner le héros dans d'inimaginables désastres.



Alfred Eibel Fritz Lang ou le dernier bond du Tigre. — Paris, Klincksieck, 176 p., 21 €


(1) Fritz Lang Trois Lumières. Ecrits sur le cinéma édité par Alfred Eibel. — Paris, Ramsay, coll. Poche Cinéma, 376 p., 8,90 €.

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