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La Bohémienne (Valentine de Saint-Point)

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La Bohémienne

Me voici.
Je suis la sauvage
Et la solitaire :
La bohémienne.

Et je vais, éternelle et riche voyageuse,
De ville en ville,
De bourg en bourg,
De porte en porte,
Fière et accorte
Sous mes atours,
Et toute agile,
Révéler mes trésors, mes richesses de gueuse.

Me voici.
Je suis la sauvage
Et la solitaire :
La bohémienne.

Approchez. Oyez. Je dis la bonne aventure,
Je fais des tours
Avec mon corps
Et mon esprit ;
Et sans répit
Et sans effort.
Bon peuple, accours !
Je donne tout : bonheur, fétiches et augures !

Me voici.
Je suis la sauvage
Et la solitaire :
La bohémienne

Agiles, curieux, avides, venez tous !
J'ai mes souplesses,
Mes souvenirs
Et mes attentes ;
Et puis j'invente
Pour enhardir
Votre paresse.
Et je veux vous apprendre à vivre, à être fous.

Me voici.
Je suis la sauvage
Et la solitaire :
La bohémienne

BIen sages, riez vieux, oyez jouvenceaux !
Car ma jeunesse
Et ma beauté
Et mon ardeur
Et mon labeur
Ma volupté,
A la Sagesse,
Lourd manteau sur vos fronts, fait des accrocs nouveaux.

Me voici.
Je suis la sauvage
Et la solitaire :
La bohémienne

Je déchaîne un grand vent, le vent de la conquête,
Voici des ailes !
Surpassez-vous.
Voici la vie !
Moi je délie,
Aussi j'absous
Et j'ensorcèle.
Qui veut des talismans ? La voyageuse est prête !


- Suivez-la, suivez-la, elle poursuit, altière,
Sur la route éternelle, l'éternelle Chimère.

- Et c'est tout son secret, son secret de sorcière.


Valentine de Saint-Point


Le Parvis, n° 3-4, décembre 1912

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