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D'éblouissantes lignes

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François vient de partir. François, mon ancienne ordonnance des tranchées, aujourd'hui mon serviteur, mon frère. Un malade l'attend : son oncle.
Je m'ennuie. Il fait froid. Les collines doemznt sous le silence de la neige. Mon feu s'amuse sur les bûches. C'est ma chambre, témoin de mon labeur des longues nuits. La vive clarté des alentours fouille mes pauvres meubles. Je regarde ma table de travail, ses hôtes éphémères : les bouquins préférés.
Romains, bains voluptueux d sema pensée lasse, que de fois vous ai-je relus, tandis qu'abandonnée, ma plume inutile ne savait plus trouver des mots ! Mes yeux volaient sur vos phrases ; mon esprit, à butiner votre miel, s'oubliait, heureux, ivre de si bien comprendre, de s'agrandr à certains chocs de vos idées. De vos feuilles montait une fièvre ; une force était en mouvement. Moi aussi, j'allais écrire d'éblouissantes lignes. Je me leurrais. Plus rien dans mon cerveau. En ces minutes douloureuses, quels efforts de forçats à vouloir saisir le vide... toujours le vide ! L'aiguille courait sur ma montre ; l'ombre de la plume, sur lae papier blanc, marquait l'arrêt, la mort.

(...)



Louis-Henry Destel Chimères grises... Mirages noirs... Roman d'un roman. — Saint-Girons (Ariège), L. H. Rives, 1937.


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