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Ôé

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La collection "L'Imaginaire" a fini par prendre belle allure. (Ceux qui ont plus de trente ans se souviennent de ses premières années calamiteuses où des reprints véritablement salopés constituaient le prétexte d'une maison occupée à conserver des droits sur des oeuvres de son propre catalogue en déshérence et à donner le change, très maigre, à des héritiers pour les maintenir dans l'orbe : les choses ont changé). Avec la publication du Faste des morts de Kenzaburô Ôé (né en 1935), magnifique recueil de trois textes fondateurs de l'oeuvre du Japonais, il y a lieu de se réjouir.
"Le Faste des morts", "Le ramier" et "Seventeen" (autrefois traduit "Dix-sept ans") sont trois textes absolument remarquables. Il n'y a pas besoin d'épiloguer. Ils évoquent la mort et la faiblesse, la douleur et la fatalité, l'orgueil et la honte, les frustrations et les désirs comme peu de nouvellistes savent le faire. Publiés entre 1957 et 1961, ils donnent d'Ôé une idée impressionnante et démontrent qu'il abordait sans faux-fuyant des sujets majeurs d'emblée. Manipulation de vieux cadavres défraîchis dans une morgue, une grossesse ambivalente, les jeux pervers d'enfants encagés dans une isntitution de redressement, recours à l'extrême-droite pour apaiser des désirs sexuels inassouvis, ce sont des troubles et des troubles qu'empile Ôé sans barguigner et avec une terrible précision, une terrible sensibilité. Voilà un gaillard dont on ne se demande pas pourquoi il a eu le prix Nobel.

Dans les rixes nocturnes j'ai castagné. Dans ces violentes ténèbres qui grondaient de cris de douleur et de peur, d'insultes et de lazzis, je voyais Sa Majesté Impériale rayonner sous une auréole, moi, seventeen, le seul à être au comble du bonheur. Ce soir-là, où il bruinait, le bnuit qui courait sur la mort d'une étudiante avait réduit un instant la foule chaotique au silence. Et les étudiants, trempés de pluie, accablés d'exaspération, de tristesse et de fatigue, observaient le silence ; pendant tout ce temps, moi, j'avais un orgasme de violeur, moi, le seul seventeen, au comble du bonheur, jurant le massacre devant cette vision dorée.

C'est à se demander pourquoi on n'a pas lu Ôé plus, et plus tôt. On se demandera aussi pourquoi "L'Imaginaire" et pourquoi pas "Folio", mais là, hein, on nous dira de nous taire.


Kenzaburô Ôé Le Faste des morts. Traduit par Ryôji Nalaùura et René de Ceccatty. - Paris, Gallimard, "L'Imaginaire", 191 pages, 6, 90 €

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