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Des rames et la mer démontée

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Un roman maritime catalan, ça n'est pas si courant.
Il est dû à Joaquim Ruyra (1858-1939), écrivain assez négligé par l'Hexagone voisin malgré une œuvre qui, sans être pléthorique, paraît assez conséquente. Une traduction imprimée à Perpignan (impr. de Barrière), probablement aux frais du traducteur, Raymond de Laciviver, avait vu le jour en 1911 et puis plus rien. Il faut dire que Ruyra est mort en 1939, une bien mauvaise année pour avoir droit à sa postérité flamboyante.
Quoi qu'il en soit, il avait publié en 1903 un recueil de nouvelles, "Marines y boscatges", qu'ont réédité en 2004 en proue de leur Nova Biblioteca Selecta les éditions 62 (Barcelone). On y trouvait cette Rame de vingt pieds, bijou de récit maritime avec barque en bois, rames et voiles, jeune fille artiste, matelots vieillis sur le pont et mugissements d’Éole sur eau salée.
On ne dévoilera pas la trame narrative, on insistera ici seulement sur la qualité stylistique de l'auteur, aimable récitant et formidable peintre. Ses descriptions souples, simples et nerveuses valent le détour au point qu'on serait presque tenté d'en conseiller la lecture à certains de nos contemporains - ou trop fainéants de la plume, ou trop poseurs à circonlocutions enflées (pas de noms, vous pensez bien).
C'est une excellente initiative des éditions du Vampire actif de nous offrir cette barcasse qui rebondit sur les vagues.

Il ne m'est resté de cette scène qu'un souvenir vague et confus, comme celui que laisse d'habitude un vision de délire. Je me représente des hommes noyés dans les embruns, s'agitant parmi des cordages, comme les chenilles dans leurs réseaux de fils, lorsque la tempête vient à ravager la cime du pin où elles avaient établi leur nid, aux jours de beau temps ; ils gesticulent, ils travaillent... mais je ne retrouve pas dans mon esprit que des impressions décousues de leur manœuvre. Et il ne peut pas en être autrement.




Joaquim Ruyra La Rame de vingt pieds. Traduit par Raymond de Lacvivier. Préface de Nobert Gaulard. - Villeurbanne, Le Vampire actif, 198 pages, 14 €

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