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Joie d'offrir : Félix Fénéon inédit

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L'année 2017 s'ouvre sous de bons auspices : le Préfet maritime est heureux de vous présenter cet incipit d'un texte inédit de Félix Fénéon.

A Henri de Lacretelle

Un assourdissant vacarme emplissait ce petit village savoyard. Temps lugubre et froid : ciel gris de nuages, terre grise de neige piétinée et boueuse. La nature était triste, parce qu'on était en février ; les hommes gais, parce qu'on était en carnaval.
De tout le territoire ambiant les campagnards étaient accourus au village, joyeux, bruyants, résolus à se venger des tristesses du rude hiver. Dans une stagnante inactivité, ils venaient de passer des mois au fond de leurs cabanes : aussi l'impérieux besoin de se dégourdir la voix, les jambes et les bras éclatait dans leurs cris, leurs danses et leurs gesticulations. Eh dam ! il fallait bien s'amuser un brin ; une occasion si belle ne renaîtrait pas avant la fête patronale ; et Saint Onésiphore s'étant installé dans le calendrier à la date du 6 septembre, sept mois s'écouleraient avant que l'on ne pût se divertir congrûment.
(...)


Bientôt ce conte inédit en volume paraîtra dans une nouvelle édition des Oeuvres complètes de Félix Fénéon. Elles sont en préparation aux éditions du Sandre. (La précédente édition par Joan Halperin datait de 1970, il était temps de refaire le travail). Précisons d'ailleurs au passage, et ça n'est pas une mince information, qu'une double exposition Fénéon se prépare parallèlement au musée d'Orsay et au musée du Quai Branly. 2018 sera l'année Fénéon !
Excellente nouvelle pour les fénéoniens : ils vont en prendre plein les mirettes, assurément.
Les proses du grand taiseux ne courant pas les rues, et les fénéoniens sautant sur toute nouvelle ligne issue de la plume du barbichu, on imagine leur excitation à cet incipit de 1883, c'est-à-dire peu ou prou au moment où paraît "L'Armure" (La Libre Revue) et juste avant la publication des "Ventres" (1884).
Maurice Imbert qui avait déniché ces deux-là avait raison lorsqu'il écrivait en 2006 qu'à force de le penser sans œuvre, on se surprend désormais à attribuer à Fénéon près de deux mille pages...
Et si on en déniche toujours , c'est qu'il en reste probablement encore, foi de Préfet maritime et de saint Onésiphore réunis.


Illustration du billet : Fénéon par Paul Signac.

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