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Du burlesque à l'autodafé en passant par la fessée

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Tandis que la nouvelle édition intégrale de Seul dans Berlin, le grand livre d'Hans Fallada proposé dans sa version intégrale par Laurence Courtois chez Denoël a quitté depuis longtemps les étals pour rejoindre les stocks de la maison Denoël (1), Corinna Gepner nous propose de lire Vers l'abîme, grand moment de littérature due à un autre numéro du siècle dernier, Erich Kästner, parfait représentant lui aussi de l'Allemagne d'avant-guerre, ce monde tourbillonnant, qui peut nous paraître étrange. Même si on a bien étudié les films de Fritz Lang ou de Billy Wilder, voici un roman cinq étoiles que l'on vous conseille sans barguigner de dévorer, et shnell.
La culture mittleuropa n'étant pas spécifiquement française, ces rappels à la réalité du monde germanophone est une bénédiction pour l'esprit. D'abord parce que l'imagination des écrivains de cette époque est délicieuse (voyez Arthur Schnitzler et sa Gloire tardive, une merveille de maîtrise et de subtilité), d'autre part parce que leur sens du burlesque est unique - en particulier chez le monteur de spectacles de cabaret que fut Kästner. - Car, de fait non, il ne fut pas seulement l'auteur d'Emile et les détectives.
Auteur avec Vers l'abîme d'une chronique burlesque, plutôt dépeignée et carrément inquiétante de l'Allemagne hirsute des années 1920-1930, il relate ce qui de la vie nocturne déraille étrangement et de la vie diurne vire au cynisme et à l'immoralité brutale et les compromis détestables (les affaires). Avec des éclats formidables, des sorties délicieuses et des échanges tonitruants, un monde désorienté coupé des principes moraux traditionnels galope vers le n'importe quoi et y parvient comme on a su clairement un petit peu plus tard.
Pour son cas personnel, Kästner ne fut pas déçu non plus : il vit concrètement ses livres autodafés par les Nazis et dut se résoudre à l'effacement pour éviter le lynchage d'une foule déchaînée. Seul restait son Emile, ses détectives et, enfin redécouvert, son Jacob Fabian, dandy dont le nom évoque évidemment certain Britannique expert en "dérèglements" et débauches, et qui, en passant incapable d'intervenir concrètement face au naufrage de Weimar, observe la dinguerie collective au moment où elle vire à la sauvagerie.
En somme, de quelque côté que l'on prenne l'affaire, il est beaucoup question de fessées dans ce livre.



Erich Kästner Vers l'abîme. Traduit de l'allemand par - Paris, Anne Carrière, 280 pages, 20 €

(1) Une version de poche a paru l'an dernier.

Commentaires

1. Le vendredi 6 mai 2016, 11:23 par Mouise Lichel

& voilà-t-y pas que de bonnes fessées se perdent, dont une pour l’[auteur (?) de cette couv. En lieu et place d’une apostrophe typographique, une grosse, grasse héneaurme chiure de mouche. Ce n’est pas un détail. Il s’agit du SENS. S’il est attaqué, les barbelés ne sont jamais très éloignés…

L’auteur, bien entendu et comme à l’accoutumée en ces cacas-là, trouvera, a posterioriri, trois wagons et demi de justifications rationnelles selon lui (& ne parlons pas de cette « trouvaille » de l’approche massacrée…).

La typo, la compo, si on ose y travailler, servent à faciliter la lecture, pas à flatter les nombrils des intervenants.

Mais ça…

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