L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Les palmiers sont décapités

BWALLET.jpg


Pour comprendre ce qu'ont vécu récemment les réfugiés syriens, il suffit de se plonger dans Paysage avec palmiers, le récit en forme de fragments - ou de débris - de Bernard Wallet publié en 1992. Le futur fondateur des éditions Verticales y racontait ce qu'il avait vécu à Beyrouth où il vivait dans les années 1970-1980. Baroudeur du monde africain et proche-oriental, il diffusait alors — pour Hachette, si l'on ne s'abuse — la production livresque française et travaillait dans des conditions infernales dans la capitale libanaise où le meurtre sauvage et la torture étaient monnaie courante. Odeurs de poudre, terreurs puis cauchemars et réminiscences douloureuses ont fini par emporter sa main vers la page blanche, lui qui, discret et élégant, s'en est toujours tenu à une réserve d'une rare élégance.

J'ai fini par m'habituer à la solitude, à la moiteur des jours, à odeur du Crésyl, au goût du café turc. J'ai fini par m'habituer aux tirs des canons, des mortiers puis ceux, terrifiants, des Orgues de Staline.
Mais je ne peux m'habituer aux cris vers Dieu poussés par les guerriers du Hezbollah. Leur stridence, à chaque fois, m'effraie.


Paysage avec palmiers est le seul livre de Bernard Wallet et c'est un recueil de notations. D'abord publié dans une forme très courte, "Flashes à Beyrouth" en 1984 dans L'Infini, il n'était pas question de raconter des histoires là où l'assassinat est devenu un art de vivre, la vendetta une manière d'être et le meurtre un passe-temps, voire un métier. Le temps manque pour survivre et Bernard Wallet, littéralement stupéfié enregistre des scènes qui vont le hanter.

Un sac poubelle en matière plastique a été déposé devant la porte de l'appartement de Mme Awad.
A l'intérieur du sac, le cadavre dépecé de son fils.

Aujourd'hui on peine à croire ce que l'on lit, et l'on sait pourtant que c'était vrai, et que cela continue d'être vrai. Le film Eau argentée d'Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirwan (2015) en donne une preuve assez neuve. La sauvagerie de l'Homme est sans égale.
Naturellement, ceux qui connaissent Bernard Wallet savent quel livre fort il a pu écrire. Ceux qui vont découvrir ce texte sauront désormais quel homme est Bernard Wallet.
Il faudra d'ailleurs que le Préfet maritime raconte un jour dans quelles circonstances se réédita SchrummSchrumm ou l'excursion domiciles aux sables mouvants de Fernand Combet grâce et par à Bernard Wallet, homme de coeur, de conviction et d'énergie. Ca ne sera qu'une incitation de plus à lire Paysage avec palmiers, grand livre discret, vade-mecum désolé cependant plein de bruits, de vies et de fureur.


Bernard Wallet Paysage avec palmiers. — Auch, Tristram, coll. " Souple", 106 pages, 7,95 €



Commentaires

1. Le mardi 19 janvier 2016, 10:41 par alexandre

Cher Préfet,
Petite précision bien terre à terre : il n'en coûtera que 7,95 € au lecteur pour le souple de chez Tristram, 13,20 € étant le prix de l'édition Gallimard (L'Infini)

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet