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Les crayons qui marchent

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Le paysagiste de race n'a rien des élégances du touriste, à le voir, sur la grande- route, sac à dos, le bâton à la main, on dirait un colporteur de la bibliothèque bleue ou de l'imagerie d'Épinal. Mais comme il foule le sol d'un pas libre et vainqueur ! Comme il aspire à pleins poumons les pénétrants arômes de la campagne ! Sa pensée roule de vastes projets et conquiert l'espace avec un élan que calmeront assez vite les premières meurtrissures du combat.
Déjà de longues spirales de fumée révèlent des habitations semées çà et là dans les vergers; bientôt émergent d'un pli du vallon quelques toits pressés autour d'une flèche ardoisée, et à travers de capricieux bouquets d'aunes et de saules luit le ruban argentin d'une petite rivière. C'est le village que notre paysagiste, guidé par son instinct ou par les indications d'un ami sûr, a choisi pour son centre d'opérations. En entrant dans le pays, il va droit à l'unique enseigne qui lui promet un gîte. Il entre résolument à ce Soleil d'or ou à ce Cheval blanc quelconque. I1 y sera mal ; mais il y sera libre ! ! Et la plus piètre auberge, — il le sait par expérience,— est mille fois préférable à la plus confortable hospitalité bourgeoise, à moins que ce ne soit le coeur d'un ami qui vous l'offre, — d'un ami de la veille, bien entendu !





Frédéric Henriet Le paysagiste aux champs : croquis d'après nature. - Paris, A. Faure, 1866. Réédition en cours.

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