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En compagnie de Jean-Pierre Martinet

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Le phraseur empêche la digestion. Nous avons tous lu Le Bavard de René-Louis des Forêts. Il nous arrive après avoir bien éclusé de nous donner la réplique. Jean-Pierre prend les premières lignes, j'enchaîne avec les dix suivantes et ainsi de suite jusqu'à ce que le garçon se plante devant nous et nous dise, je vais vous apporter deux verres de verveine. Vous n'y pensez pas, dit Jean-Pierre. Il nous faut du rouge. Je règle d'avance. Connaissez-vous beaucoup de clients qui règlent d'avance leurs consommations ? Je m'incline ! dit le gardon. Nous avons l'art de transformer la clientèle du restaurant La Belle Rivière où nous attend notre table, en patins, en personnages burlesques. Nous ne leur prêtons pas d'existence. Ce sont des ombres. Peut-être que Richard Strauss aurait pu en titre un opéra. Jean-Pierre me dit, pitié pour les personnages falots. Notre drame à tous deux : ne pas croire à l'existence de nos contemporains. Nous ne sommes que des mains ; c'est quoi serrer des mains ? Non plus ces embrassades qui ne sont que des baisers volés, des baisers mouillés. Je me souviens d'un homme pris de boisson répétant, vous n'existez pas pour moi, vous n'existez pas pour moi. Pour nous c'était un peu ça. Nous n'arrivons pas à nous incarner (...) Moi, dit Jean-Pierre je ne suis pas très jus de raisins. Notre impuissance à créer une dimension nous vaut des quolibets, chapeau cabossé, qu'un ventriloque habile réussit à faire parler.



Alfred Eibel

Texte issu des souvenirs d'Alfred Eibel à paraître, Jean-Pierre Martinet le ventriloque.

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