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Sabre et cailloux

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La résidence d'écrivain en villa culturelle de pays étranger (Médicis, etc.) a ceci de particulier qu'elle produit généralement de petits livres, taillant rarement au-dessus de 120 pages, dont le sujet ou la texture, disons le "projet", présente une forte singularité.
On a vu paraître récemment L'Apiculture selon Samuel Beckett, promenade bénigne de Martin Page en 86 pages (L'Olivier, 2013) et on se souvient bien de L'Ongle noir (Mille et une nuits, 1997) de Bernard Comment, produit lourd pour sa part, qui bottait en 47 pages les fesses de l'apparatchik Angrémy (Pierre-Jean Rémy) et disait tout le mal qu'il pensait de ce genre de "pension d'Etat" que sont les "villas de résidence". La liste pourrait être longue, et la parution du Ka Ta de Céline Minard prouve que cette tradition n'est pas prêt de s'éteindre puisqu'il est le fruit de sa résidence à la villa Kujoyama en 2011, comme naguère son exercice de diatribe italienne était inspiré par l'univers délétère des papes sulfureux.
Le goût des arts martiaux (avec sabre) est une constante chez Céline Minard qui en avait régalé les lecteurs de Bastard battle (2008) en chantonnant les vers François Villon. Avec Ka Ta, cette évocation littéraire des déplacements répétés et répétés encore, "à vide", c'est-à-dire sans adversaire, qui deviennent une chorégraphie véritable où le justesse du geste confine à la beauté, c'est au fond à une réflexion esthétique qu'elle nous appelle à travers un "petit livre insolite" plein de discipline et de gestes portés cette fois, c'est-à-dire réinstallés dans l'univers "réel" avec les conséquences que l'on imagine, que l'on soit dans la nature ou dans un ascenceur...
Les illustrations de l'artiste scomparo ne seront pas pour rien dans la séduction qu'exerce cette nouvelle marche posée par l'écrivain. Des miniatures sur galets, en particulier, rendent grâce au goût nippon de la miniature (déjà relevé par Lafcadio Hearn) quand les mots de Céline Minard rendent grâce à la tradition qui sait jouer de la lumière et de la motricité. Voilà qui n'est pas sans rappeler son premier livre, R, dont la marché était le mobile, si l'on ose dire.

Je reculais d'un pas garde haute en regardant les pattes des deux segments de l'animal battre frénétiquement l'air comme pour s'enfuir. Quand il eut terminé, je joignis les pieds, secouai devant moi la voue verdâtre qui lui servait de sang et rengainai.

Du mouvement, du sang, du sabre.

Adjimé !



Céline Minard Ka Ta. Illustrations de Scomparo. - Paris, Rivages, 2014, 64 pages, 10,00 €

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