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† Michel Ohl (1946-2014)

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De même que nous avions un peu d'avance en plaçant Michel Ohl dans La Forêt cachée, par affection autant que par prosélytisme, l'année dernière, nous voici avec quelques jours de retard sur la triste annonce de sa disparition : il s'est éteint le 20 octobre dernier à l'hôpital Saint-André à Bordeaux (il était né le R décembre 1946). Depuis, conscient de l'importance de cette perte, le Préfet maritime tourne en rond, procrastine, cherchant la meilleure manière de lui rendre hommage, et un hommage d'autant plus appuyé qu'il aura été l'un des premiers et plus actifs alamblogonautes, souvent sur le pont, toujours amical.
Apparemment, il n'y en aura pas de manière assez originale pour dire qui était ce collagiste zaporogue génial, écrivain et épistolier d'enfer dont le dernier courrier datant du mois de juillet nous enjoignait de lire Gyula Krudy ou la nostalgie, dans une publication des éditions EdeN, de Pierre Ziegelmeyer, - sa marque personnelle de bibliopole à lui étant Schéol (chez Ohl).

Me voici récrivant, de petits mots, vaille que vaille, et lisotant des recueils de faits-divers épouvantables. Je vous donne le dernier recueil que j'ai composé de citations de Gyula Krudy, mon écrivain préféré, que (Pierre) Ziegelmeyer m'a fait découvrir voici 25 ans. J'ai dû recopier cela il y a 1 an 1/2, 2 ans, je ne savais encore que Mr. Crab était incurable, mais il ne progresse pas vite, mais l'allure d'enterrement peut changer, il peut soudain filer à tombeau ouvert, je ne seai pas inhumé au champion des cimetières : Ohlsdorf, et pourquoi vous parlè-je soudain d'Ohlsdorf : à cause de mon village, de Thomas Bernhard, de Premier Amour de Beckett et de Fallada (...) Le Fallada que je préfère, de loin, est Le Buveur, parce que c'était lui (par que c'était lui - et un petit peu moi aussi), le passage éterne à l'asile est d'une vérité horrifiante, nonobstant "artifices" et "invraisemblances", et le Buveur, le Saint Buveur, "se promène" au cimetière d'Ohlsdorf je ne sais + quand (...) (Georges Walter) écrit son xième dernier livre, voué à Kessel, et Kessel rêvait de mourir dans son fauteuil au milieu d'une cigarette, et c'est ce qui est arrivé. Ainsi finit cette lettre.

falladaBuveur.jpg Amical Ohl, généreux Ohl, lecteur émérite qui "dispatchait" Estaunié pour mieux le faire lire, comme il le fait là pour Krudy, Fallada ou son ami Georges Walter, autre ami commun de Joseph Kessel et de notre Zaporogue... Grégory Haleux a fort bien effectué le travail d'hommage qui s'imposait dans un beau billet très bien illustré, après avoir en des temps plus anciens donné cette curiosité d'Ohl : Cessez de lire avec Michel Ohl.
Indissociable de Joseph Kessel, d'Edmond Thomas et de Georges Walter, le drôle d'oiseau qu'était Ohl laisse pour la partie la plus accessible de sa bibliographie un nombre significatif de livres fort imaginatifs, souvent à la marque de Lattès puis de Plein Chant, tels que :
Le nom du livre intitulé Marie-Botte ou Pèle-Galets (Plein Chant, 1985).
L'An Pinay (Plein Chant, 1991).
Le Prix du boeuf (Plein Chant, 1996).
La Main qui écrit (Plein Chant, 2003).
Jeux des mots et de l'esprit s'y donnent grand champ et forment un panorama qui va s'incruster durablement dans le paysage culturel - et littéraire donc - en particulier parce qu'ils sont souvent dotés de poignées bien macabres, tout en chêne, et concomitants mais non superposables aux amusements oulipiens ou aux grattages pataphysiques. Même s'il a démarré sur un Pataphysical Baby (après Sonica mon lapin), Michel Ohl aura transcendé les catégories et apporté une oeuvre bien particulière, empreinte d'humour noir et de légèreté, de graves bouleversements et de savoirs plaisants dont L'Homme noir, Raymond Roussel et Jean-Pierre Verheggen confondus pourraient peut-être dire quelque chose d'approchant. Et encore... Les enterrements qui frétillent de la queue sont si peu courants. Ils nous emmèneraient du côté d'un brautiganisme bien tempéré, somptueux parfois, décoiffant et souvent très tendre.
Pour vous faire une idée de l'imagination galopante d'M. O. (n'en ayons pas peur...), parcourez la bibliographie "en préparation" sise dans Le Nom du livre intitulé Marie-Botte ou Pèle-Galets (Plein chant, 1985), elle est édifiante. Mériterait même un recopiage bloguesque, en attendant que Sétaphen Mahieu intègre ces titres magistraux dans sa bibliographie des ouvrages sans corps. (Mais quelle âme !).
Le temps de retrouver notre exemplaire de Boobook (Galimart) et nous revenons...



Bibliographie
Le Silence et le Temps (Paris, les Paragraphes littéraires de Paris, 1962).
Sonica mon lapin (Paris, Millas-Martin, 1972).
Pataphysical baby (Paris, Lattès 1974).
Zaporogues (P., Lattès 1976).
Sacripants ! (P., Lattès, 1977).
Chez le libraire (P., Lattès, 1978).
Traité de tous les noms, ripopée (P., Lattès, 1980).
Entre devins, ripopée (P., Lattès, 1982).
Le Nom du livre intitulé Marie-Botte ou Pèle-Galets (Bassac, Plein Chant, 1985).
L'an Pinay (Bassac, Plein Chant, 1991).
Boobook (Galimart, 1992).
Onessa (Schéol, 1993).
La Mer dans Poe, ripopée (Opales, 1994).
L'Enterrement qui frétillait de la queue (Schéol, 1994).
Le Prix du Boeuf (B., Plein chant, 1998).
Premier souvenir dernier écrit (Finitude, 2001).
La Main qui écrit (B., Plein Chant, 2003).
Rêves d'avant la mort (B., Plein Chant, 2006).
Un chalet sur la Néva (avec Georges Walter) (Atlantica, 2006).
Pauvre cerveau qu'il faut bercer (Le Castor Astral, « Millésimes », 2006).

Commentaires

1. Le mardi 11 novembre 2014, 22:56 par JPOHL

Merci pour ce bel hommage

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