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† Jean-Claude Montel (1940-2013)

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Jean-Claude Montel est né à Nantes en 1940 et il vient d'y mourir à une date encore indéterminée. Écrivain et essayiste, co-fondateur de la revue Change et créateur de la collection "Collorature", il animait la revue Passage d’encres. A la demande d'Yves Boudier, Jean-PIerre Faye a écrit ce texte que l'on s'empresse de diffuser.


Montel, écriture de la grande enchère


Montel disparu soudain, c’est une grande et violente écriture qui brise sous nos yeux et monte de grandes enchères. Je dirai son livre le plus intense, Melencolia, qui paraît au printemps 73, mais qui s’écrit sous le souffle des années antérieures. Il a son répondant violent dans Relances à pagaille, et son chant ultérieur dans L’enfant au paysage dévasté, qu’il nous présentait comme une « modeste contribution au régime de la sauvagerie »…
Melencolia, « un récit déroutant et somptueux comme des funérailles », soulignait La Quinzaine littéraire. Des héros abstraits ? Sous les signes de Dürer, et plus encore d’un Goya écrit. Ils se nomment comme des pronoms : Ce, le joueur de flûte, regardant tous les autres, et Cet autre, l’enivreur, « Badang ou Tuphuc », Celui-ci, bègue, « l’homme aux lèvres bleues ». Cette, musicienne lascive, Celle, « blonde bien que rousse, noire »…
Entre eux éclate une force de furie singulière, où les noms manquent, comme au cœur d’une manifestation violente, mais sont recensés, dans le tumulte d’un monologue objectif, une force d’immigration des noms et des visages. Le ton des grandes années monte, jusqu’à l’implosion d’une force retenue qui se répand dans le langage. Dans Relances à pagaille implose âprement le procès des années staliniennes. L’enfant au paysage dévasté est cette autobiographie à la troisième personne qui se défait dans le grand estuaire nantais de la Loire.
La violence narrative de Jean-Claude Montel a son secret dans la tendresse inouïe de son « paysage dévasté ».

Jean-Pierre Faye





Bibliographie de Jean-Claude Montel

Romans
Les Plages, Le Seuil, 1967
Le Carnaval, Le Seuil, 1970
Melencolia, Robert Laffont, 1973
Frottages, Flammarion, 1979
Partage et Lisières, Flammarion, 1981
L’Enfant au paysage dévasté, Flammarion, 1985
Le Livre des humeurs, Imprimerie nationale, 1990
Relances à pagaille, Éditions du Rocher, 1997
Motus, Éditions Comp’act/Manifeste, 2000
Ève, Éditions Comp’act, 2004
Raide Mort (fiction policière), Comp’act, 2004

Essais
La Littérature pour mémoire, Presses universitaires du Septentrion, 2000
Gaston Planet, Éditions Colorature, 1982
La Peinture et les signes, Éditions A. Candau, 1988
Portrait de l’écrivain en IUFM, La Dispute, 2004

Divers
Mon Dormeu, Éditions Ryôan-ji, 1986
L’Os vêtu, Éditions Colorature, 1988
12 Sorites pour l’origine, Editions NBJ, Montréal, 1985

Théâtre
La Métaphore, in revue La Polygraphe, 1999

En attente de publication
Evelyn Ortlieb ou la traversée du noir (essai)
Les Trois Pères, L’Appel de Francfort
Le Dîner de Francfort, La Cérémonie
La Dernière Chambre, Le Jour du départ (récits)

Jean-Claude Montel a travaillé avec les peintres Gaston Planet, Joël Frémiot, Catherine Marchadour, Andoche Praudel, Jean Gaudaire Thor, Biagio Pancino, Colette Deblé, Evelyn Ortlieb, Jean-Paul Hérault, Patrick Devreux, Geneviève Lassus. La collection Colorature qu’il avait fondé a accompli un travail remarquable durant une dizaine d’années à partir de 1978.
Jean-Claude Montel a fait partie du groupe de la revue Change dans les années 70/80, (avec Jean-Pierre Faye, Mitsou Ronat, Jaques Roubaud, Léon Robel, Danièle Collobert, Philippe Boyer…).
Il a longtemps collaboré à la revue Passage d’encres. Il a coordonné les numéros 5, « L’autre barré » (1997), 21, « Politiques de l’écriture » (2004) et 26 (avec Y. Boudier et A. Praudel), « nulles parts » (2006) et a participé à la première phase du projet européen de Passage d’encres sur la frontière (2004-2008).

Commentaires

1. Le dimanche 21 avril 2013, 19:56 par guy le floch

Jean Claude Montel a été mon cousin nos enfances se sont croisées
et nos espoirs en mai68.
Je n'ai rien à voir avec la littérature me retrouvant plutôt dans
l'histoire du mouvement communiste dans la tendance de Pierre
Broué.
La disparition de jean claude est une amère douleur qui tue un peu
plus mes souvenirs de jeunesse.Merci

2. Le vendredi 26 avril 2013, 20:22 par Marcel Janvier

Jean-Claude était mon cousin, un grand-frère, nous jouions au football, je me souviens, dans la cour de la maison des bords de Loire, à la Basse-Ile. Plus tard, quand il vivait à Paris, je lui envoyais mes poèmes adolescents et il me répondait toujours. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises à son domicile parisien, rue de la Clé. Son écriture me déconcertait, sauf pour "l'enfant au paysage dévasté" qui me touchait beaucoup et que j'ai relu plusieurs fois. Ce livre, très beau à mon avis, dévoilait quelques secrets de famille et fut vivement critiqué par certains proches... Je me souviens aussi de ses frasques à l'IUFM, de son scooter et de ses conquêtes...Je regrette que nous ne nous soyons pas revus à son retour à Nantes. Mais c'est ainsi.

3. Le mercredi 1 mai 2013, 14:46 par Bernard Bretonnière

Quasi indifférence à Nantes, y compris dans le milieu littéraire... Jean-Claude Montel, qui était revenu dans sa ville natale voici à peine dix ans, n'était pas un mondain, ne se montrait guère. Dans le petit cénacle des lettres nantaises, certains ne le connaissaient même pas... de nom ! Arbre caché... Un grand écrivain (et un grand activiste de la littérature, des arts) meurt presque oublié. On a le droit de se rattraper : ses livres restent.

4. Le vendredi 9 août 2013, 13:27 par Joël Frémiot

Il me rejoignait dans ma campagne pour que nous soyons simplement tous deux à cogner le monde, à rebâtir le rêve, à caresser le monde, à rire de nos rêves.
Ensemble pour enrager une page, pour envisager quelques escapades afin de côtoyer d'autres râleurs impénitents, pour faire la paix avec nos désirs à retardement.
Quelquefois il me reprochait mon sédentarisme. Quelquefois je lui reprochais sa bougeotte. Souvent nous nous taisions pour mieux goûter nos complicités.
J'entends encore sa voix lors de longues conversations téléphoniques le soir tard. A l'heure où tout fait mal.
Sa poignée de main me manque. Nos moments festifs me manquent. Ses livres sont là.
1984. Nos premières rencontres. Il rédigea le texte d'un de mes catalogues. Longues heures dans l'atelier. Et puis les soirées pour peaufiner, affiner, décrypter, analyser.
Le compagnonnage se poursuivit à travers éditions et organisations de rencontres peinture / écriture.
Son ombre incandescente hante mes parages.

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