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Légère bibliographie très lacunaire des Clubs imaginaires

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C'est en forme de clin d’œil à la parution du Club des neurasthéniques de René Dalize et après lecture de "Ceci n'est pas un conte" de Fagus (1), que nous initions ici une sorte de recueil sans fin, composé de bribes issues d'un sac sans fond...
C'est en remarquant que l'esprit humain n'a de cesse d'imaginer des sociétés qu'il nous est apparu que parmi les béquilles utilisées par les fictionneurs, celle du "club" était pleine de ressort. Et l'on imagine ce que peut produire une béquille à ressort... Ainsi, voici ce qu'imaginait pour point de départ Fagus à propos du XXe sauvage...

L'Académie Martin-Nadaud n'admet en soin sein que des Bellevillois d'origine, au nombre de 13, afin de signifier son mépris de la superstition.

Réunie du côté de Saint-Fargeau dans un débit apparemment disparu, cette Académie a tout du club à vocation scientifique, d'où son intitulé "académique", justement. Mais ça n'est jamais qu'un exemple de ces clubs, sociétés, associations à buts véritablement innombrables qui poussèrent dans les imaginations les plus poilues - faisant écho à la sociabilité ancienne perdue des salons (et cénacles dont nous allons avoir l'occasion de parler bientôt) qui, après avoir fleuri au XVIIIe siècle moururent avec Aurel et ses comtesses compassées, et même avec André Breton, qui jouait après-guerre place de Clichy à ces jeux poussiéreux avec ses baronnes flétries.
Les femmes du reste peuvent à l'occasion s'adonner avec délice à ces compositions. Ainsi de Marie Laurence inventant le "Cat-club". la plus célèbre de ces constructions imaginaires n'est bien évidemment autre que le Club des Haschishins, qui ne peut qu'évoquer le Vieux de la montagne en guise de détenteur de pouvoirs mystérieux. Y fréquentait Louis Ménard en même temps que Flaubert. Savant, peintre, poète, philosophe, helléniste et chimiste. Parangon de l'intellectuel artiste complet du XIXe siècle, il était l’ami d’enfance de Baudelaire qui l'avait initié au haschisch et invité à participer avec lui aux réunions du Club des Hashischins.
Autre club (réel) célèbre, celui que décrit méchamment par Barbey d'Aurevilly lorsqu'il s'en prend aux "Bas-bleus" : « Ce n’est plus, comme du temps d’Addison, un petit club de péronnelles, beaux esprits dans un coin ignoré de Londres ; un petit club dans ce pays du Club, où, dès qu’on est trois, on en fait un ; où l’on en fait pour boire du thé et pour siroter son Porto, car, en Angleterre, on a jusqu’au Club des siroteurs ! (2) »
Et puis, au-delà des clubs révolutionnaires, on n'en finirait pas de citer, réels ou idéels, le Club des amis de la nature (Champfleury dans les cafés de 1848), le Club des Quidagams (Frédéric Berthet, Daimler s’en va, 1988), le Club des invincibles (Marcel Idiers Un apprenti parisien autour du monde, 1922), le Club des buveurs de sperme (Robert Desnos, La Liberté ou l’amour, 1927), sans parler des créations de Louis Forest, d'Edmond Jaloux, Jean Cassou, Francis de Miomandre et Marcel Brion, participant du "renouveau romantique" avec leur Brambilla-Club au milieu des années 1920... Et le domaine des enfantinas n'est pas épargné, puisque S. L. Prévost produisit Le Club des Culottés (Alsatia, 1945), qu'il faisait suivre, il est vrai, de La Galipote de Comberousse'' avec des illustrations de Igor Armstam.
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Le club mène à tout. Son ressort comique est indéniable. Il est le parfait support de l'imagination fictionnelle et va servir tant et plus, notamment chez les grands fantasques. Albert Robida au premier chef imaginant le "Club des Billes de Billard" dans La Grande Mascarade parisienne (Librairie illustrée) Conseil de révision du club.

— Qu'est-ce que les Billes de billard, mon bon ?
— Les Billes de billard ? mais tu n'as pas encore besoin de connaître ça, tu ne te déplumes pas encore...
— Dis tout de même.
— Eh bien, c'est le club à papa, le club des Billes de billard, ainsi nommé parce qu'il faut posséder un crâne dépouillé par la calvitie pour être admis à l'honneur d'en faire partie. Aristocratie, finance, arts, lettres et sciences, tous les mondes sont représentés aux Billes de billard par des crânes d'élite; fronts hautains de grandes races, sur lesquels ont passé tous les ouragans de la vie, rasant les folles mèches, de la jeunesse, fauchant les illusions et dévastant le cuir chevelu ! Fronts de la Fricottière ravagés par une haute et joyeuse vie, fronts bombés de vieux savants, crânes pointus d'hommes politiques, genoux farceurs de gens de lettres, il y a de tout au club des Billes ! Et tous ces crânes se consolent entre eux par de joyeux dîners hebdomadaires, dont papa, en sa qualité de.président, fait le plus bel ornement! — Je voudrais bien voir ça, un dîner de Billes de billard !
— Trop jeune, mon petit, tu n'as pas le genou d'ordonnance.
-—Avec la protection ?
— Impossible 1 Moi-même, fils de mon auguste père, président de la société, je n'ai jamais pu me faire inviter au club. Ah! mais, le comité est strict ! Pour être reçu aspirant Bille de billard, il faut présenter au comité d'examen un commencement de.calvitie. S.'il est suffisant, on est admis aux dîners tous les mois d'abord, puis tous les quinze jours, mais on ne dîne pas à la grande table, on dîne à la table des petits. C'est que l'on a le sentiment de la hiérarchie, aux Billes de billard! Et tous les trois mois, conseil de révision, les aspirants comparaissent devant le bureau pour Taire vérifier leur calvitie; si les cheveux repoussent, on est honteusement chassé, tandis que si la calvitie se dessine plus majestueusement, on reçoit les éloges de papa et l'on monte en grade.
— Charmant ! fit Cabassol, ainsi pas d'espoir pour moi... Mes cheveux tiennent encore trop... (...)



et plus loin, voici le Rouletabosse Club, qui ne manque pas d'être plus original encore :
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Le matelot Kirkson, parti pour Londres avec trois millions dans sa poche, s'était comme Tournesol à Paris, lancé dans la haute vie; il avait, dès son arrivée, fondé un club, le Rouletabosse Club, club original qui ne possédait aucun palais ni même aucun domicile, puisqu'il avait été établi avec sept membres fondateurs d'abord, dans un grand omnibus soigneusement aménagé, qui roulait jour et nuit sur le pavé de Londres.
Kirkson, habitué à la vie nomade, ne pouvait plus se résigner à pénétrer dans aucune maison, les grands restaurants mis à part; son idée avait eu du succès; en peu de jours, le Roulelabosse-Club avait compté quatre omnibus et trente membres. On marchait toujours; toutes les trois ou quatre heures on s'arrêtait, autant que possible, dans un restaurant aristocratique, el l'on prenait un repas quelconque, déjeuner, diner ou souper. En quittanl le restaurant, on munissait les voitures d'une raisonnable quantité de bouteilles de-Champagne, liqueur affectionnée par Kirkson, et l'on égayait l'intervalle des repas par des libations répétées.
Bien entendu, les quatre omnibus du Rouletabosse-Club eurent bien des fois maille à partir avec les policemen; mais comment se fâcher avec de pareils gaillards ? (...)

La liste qui suit n'est qu'un avorton qui mériterait d'être étayé. Pour l'heure, elle a le charme de l'humour par accumulation.

Liste quelconque de clubs imaginaires
"Le Club des mendiants" (nouvelle de Louis Lurine, Ici, l'on aime, 1854, V. Lecou)
Le Club des Trois (Tod Robbins, Nouvelle librairie française, 1933)
Le Club des hétérosophes (Frédérick Tristan, Monsieur l’Enfant et le cercle des bavards, Fayard, 2006).
Le Club des quatre, évidemment
Le Club des cinq, pareillement
"Le Club des bonnes gens, ou des Braconniers" (Scènes de la vie joyeuse)
Le Club des conspirateurs
Le CLub des coquins (Alexis Bouvier, E. Dentu, 1880 Gallica)
Le Club des morts (Jules Lermina, premier volume du roman Les Loups de Paris)
Le Club des Désoeuvrés (Jules-A. David, Werdet, 1838)
Le Club des corbeaux (Francis Didelot, Lib. Champs-Elysées, 1978)
Le Club des Détectives (Anthony Berkeley, Rieder, 1932)
Le Club des Cadavres (Edward Brooker, Les Editions et Revues françaises, 1946)
Le Club des Suicidés (Gabriel Silaine, Ed. du Scorpion, 1960)
Le Club des Malsains (Fleuve noir)
Le Club du bonheur (Maigret ?)
Le Club des fous (Chesterton)
Le Club des métiers bizarres (Chesteron)
Le Club des parricides (Ambrose Bierce, nlle éd. Sillage, 2007)
Le Club des Loufoques (Pierre Dac)
Le Club des Cancres (André Dhôtel, 2007)
Le Club des tueurs de lettres (Sigismund Krzyzanowski, Verdier, 1993)
Le Club des Egarées
Le Club des Infidèles (Carrie Karasyov, Fleuve noir, 2009)
Le Club des Invincibles (Marcel Idiers, France-Edition, 1922 "Les Beaux romans d'aventure")
Le Club des Etranglés
Le Club des Hachichins (Théophile Gautier, "Revue des Deux Mondes" du 1er février 1846 ; Rééd. L'Herne 2013)
Le Club des Célibataires par Jean Sermine (F. Rouff, 1931) puis, sous le même titre : Le Club des Célibataires (Charles-Roger Dessort, surnommé "Coquin Dessort", Tallandier, 1932 et, curieusement, même sous-titre chez le même éditeur, en 1933 pour Le Besoin d'être aimée de Michel Poitou).
Le Club des incorrigibles optimistes
Le Club des conspirateurs
Le Club des inconsolables
Le Club des philosophes amateurs (Alexander McCall Smith, 10-18, 2006)
Le Club des Menteurs (Celeste Bradley, J'ai lu)
Le Club des morts en sursis (Hugh Pentecost, The Obituary Club, Trévise, 1960)

Roman légers ou inavouables
Le Club des courtisanes (Irène de Chaubert, 1970)
Le Club des perversités conjugales (Anouk Gil, 2005)
Le Club des dames lubriques
Le Club des Cornards (Louis de Revigny, Prima, 1930)

Filmographie
Nick Carter - Le club des suicidés (1909)
Le club des suicidés (1912)
Le Club des suicidés (kloub nravstvennosti / Клуб нравственности ) d'Evgueni Bauer (1915)
Le club des nymphos (X)



A suivre...


Illustration du billet Philippe Favier, issue de l'article d'Elisabeth Franck-Dumas



(1) Issu du Catalogue de la librairie du Sandre où il est reproduit intégralement.
(2) Jules Barbey d’Aurevilly, « Les Bas-bleus », Le Nain Jaune, 7 janvier 1866 ; Les Ridicules du temps (Royveure et Blond, 1883) ; Les Bas-bleus et autres Ridicules du temps, Obsidiane, coll. « Les placets invectifs », p. 33.

Commentaires

1. Le samedi 12 octobre 2013, 19:06 par Marc-Gabriel M

Le Club Comanche, dans "L'Homme qui rit", de J. D. Salinger.

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