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Du bain breneux à la cité mosaïque, un panorama de l'utopie

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Plutôt que d'avaler les envolées lyrico-ploum-ploum-prends-donc-ça-dans-l'oeil du nouveau Goncourt de la maison Actes Sud (1), rendons-nous donc d'un pas audacieux dans une région que ne fréquentent guère les zamateurs de littérature qui s'y croât et les lecteurs de Nouveautés (2). Nous y serons plus au calme.

Vous aurez compris que nous parlons bien ici aux lecteurs tous-terrains, deux ou quatre zieux moteurs, doubles hémisphères moteurs dont les pneumatiques autorisent des parcours peu fréquentés. Ces lecteurs ne sont pas les plus courants, c'est vrai, mais il en est, nous pouvons vous l'assurer, il en est. C'est du reste à eux que songeait probablement le pseudonymique Lélio de Mûval dont L’Apocalypse merveilleuse est devenue très vite une curiosité...

Comme nous vous le disions il y a quelque mois, son roman est à la fois brenneux et utopique. — et voilà, on entend déjà les synthétiques glapir "Humains donc !", mais ça n'est guère ce que nous souhaitions dire : le roman débute dans une apocalypse liquide décrite dans un style dépeigné, se poursuit sur une planche à repasser (sic), continue dans la stabilisation d'un monde recouvert de bran, et débouche dans une enquête relative à des meurtres apparemment politiques qui offrent l'occasion inouïe d'un voyage touristique complet au pays des utopies à deux enquêteurs, à une Belle et à l'âne Victor. Sans oublier le petit vélo et le gamin surnommé "Mon Bonhomme".
Ce pays, c'est le Nord rendu à la civilisation après la catastrophe par d'utopiques cités fondées et administrées selon les principes des utopistes de renom. La ville des expiations ballanchienne n'est guère loin de la Cité solarienne inspirée de Campanella, etc. tandis que les saint-simoniens ont leur home, de même que les comtiens, et j'en passe. Le but de l'auteur étant, bien entendu, d'exposer aussi pédagogiquement et plaisamment que possible les doctrines des uns et des autres, et de montrer les limites de chacun des systèmes. Et l'on sait combien la plus généreuse des utopies passées à l'acte peut faire froid dans le dos !

Vrai feuilleton livré d'un seul bloc (en deux volumes tout de même), cette Apocalypse merveilleuse digne d'un philosophe est à la fois très punk, très littérature populaire, très pédago, très bavarde et finalement très amusante. On y révise ses connaissances sur les utopies, et l'on se réjouit que Lélio de Mûval ait eu cette bonne idée d'offrir cette virée dingue qui restera dans les annales du roman sans peigne.




Lélio de Mûval L'Apocalypse merveilleuse. Couverture illustrée d'un dessin à l'encre de chine — Lille, Les Âmes d'Atala (82 rue Colbert, porte cochère bleue, 59000 Lille), deux volumes, prix non mentionné.





(1) Il a déjà fatigué nombre de lecteurs assez fins et généralement suffisamment prévenants pour ne pas s'arrêter à de menues emphases. Il faut reconnaître que l'on a cette fois affaire à un auteur fin, humble, prévenant et sympathique certes, mais un qui se mire la plume en écrivant dans son bureau du lotissement des Olympes ; un auteur capable d'émouvoir ce vieux Beurre-Oeufs-Fromage de Pivot, c'est dire.

(2) Il faudra bien que, pour répondre à la demande, nous en passions un jour par la dissection d'un "lecteur de Nouveautés". Bien sûr, le labeur est répugnant pour celui qui s'y colle, mais il est tant réjouissant qu'on nous harcèle. Voici donc pourquoi, ma foi, on a jusqu'ici agi ainsi : très lentement.

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