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On ne traduira et retraduira jamais assez les écrits de Joseph Conrad (1857-1924).

On ne les lira jamais assez non plus d'ailleurs.

La découverte inopinée au cœur de la ténébreuse bibliothèque du Préfet maritime d'une édition d'Un anarchiste traduit par Pierre-Julien Brunet en 2002 en est la preuve par soixante-trois pages.

Ce nouvelle de 1906, publiée d'abord aux USA, vaut comme tous les grands textes de Conrad par la qualité contondante de l'approche apparemment simple et descriptive qu'il sut mettre en œuvre. (Les plus malins des alamblogonautes ont naturellement suivi le vieux conseil du Préfet qui suggérait de lire Un avant-poste du progrès après Au cœur des ténèbres pour apprécier toute la puissance de la méthode conradienne d'intensification après épure d'un récit...).

Un anarchiste est une nouvelle consacrée au bagne et au destin singulier d'un homme effondré pour une erreur de jeunesse (des propos d'alcoolique pro-anarchistes) et la fréquentation d'un groupe de voyous déclarés "anarchistes" qui le conduisent au bagne. Échappé à l'occasion d'une mutinerie, il tombe dans les pattes d'un exploitant d'île privée, chef de site d'une multinationale spécialisée dans la pilule à base de viande (on goûte l'ironie), qui le tient définitivement à sa merci : mieux qu'au fer rouge, il est marqué par le patron qui a imaginé une méthode redoutable autant que simple pour le tenir : en le nommant "l'anarchiste" auprès des employés de la multinationale, il l'a défintivement condamné - et à une régime pire que celui du bagne...

Propos sur les premières multinationales - odieuses déjà -, sur les méthodes publicitaires cyniques dès le début du siècle dernier - quoi qu'on imagine sur la foi de l'apparente candeur du discours publicitaire d'autrefois -, sur les bandes d'anarchistes et l'internationale voyoute qui les compose, mais aussi récit de vie et chronique journalistique, Un anarchiste est un texte cash sans brutalité, imagé sans ostentation, précis sans excès.


Une nouvelle magistrale, belle, marquante de Joseph Conrad tel qu'on le préfère : imparable



Joseph Conrad Un anarchiste, un conte désespéré, traduction de l'anglais et postface par Pierre-Julien Brunet. - Lyon, La Lubie, 2002, 63 pages, 11 €




A lire & à relire

Le duel, traduit de l'anglais par Marie Picard. - Paris, Sillage, 124 pages, 8,50 €

Le miroir de la mer, souvenirs et impressions, traduit de l'anglais par Georges Jean-Aubry. - Paris, Sillage, 282 pages, 16,50 €

Un sourire de la fortune, histoire de port, traduit de l'anglais par et postface Jean-Pierre Naugrette. - Belval, Circé "Circé poche", 149 pages, 8,50 €

La ligne d'ombre, préface Alain Jaubert, traduction de Florence Herbulot, édition de Sylvère Monod - Paris, Gallimard, "Folio classique" (n° 5046), 247 pages, 5,10 €