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Brève histoire du rire

CZeimertTheie_re.jpg La Théière de Chardin (Christian Zeimert)



J'ai beaucoup voyagé, comparant l'une & l'autre les diverses parties du globe. Chaque pays, chaque contrée a ses infirmités. La vôtre, ô Parisiens est le rire. (...) Ah ! que ce théâtre est bien votre théâtre, Français de la décadence ! Riez en glissant, riez en tombant, riez des rois, des peuples et des dieux ; riez de tout, de la grandeur, de la douleur et de l'honneur ! Je vous regarde rire et cela me plait.

Issus de La Fabrique de crimes (P., Dentu, 1898), ces mots de Paul Féval fils paraissent idéaux pour produire ci-dessous ce que nous retenions depuis belle lurette déjà, c'est-à-dire depuis la réédition dans le cadre de ses "Œuvres complètes" initiées par les éditions Mille et une nuits en 2011, du Rire et les Rieurs du Suisse Henri Roorda.
Cette histoire du rire qu'il faudra bien écrire un jour - il se pourrait que certains soient déjà dessus, avis aux parasites qui foisonnent autour des bonnes idées - passera nécessairement par Le Rire, essai sur la signification du comique (1900) d'Henri Bergson, l'incontournable et très sérieux Bergson, qui écrivait dès la page 4 de son opus :

il semble que le comique ne puisse produire son ébranlement qu'à la condition de tomber sur une surface d'âme bien calme, bien unie.

Voilà pourquoi la conception en 1925 de la Fontaine du rire, sise à Boulogne-billancourt (où l'on se marre tant, c'est bien connu...) par Paul Moreau-Vauthier (1871-1936) venait rider la surface étale de la mare. Et question de se marrer, l'inventeur du mètre en caoutchouc Gabriel de Lautrec en connaissait un rayon, lui qui côtoya Alphonse Allais, traduisit Mark Twain, le préfaça à l'aide d'un essai sur le rire, et finit par obtenir le principat des humoristes.
La tradition française remontait loin. Dès 1768, Louis Poinsinet de Sivry avait donné son Traité des causes physiques et morales du rire, relativement à l'art de l'exciter (Amsterdam, Marc-Michel Rey). Il y dévoilait son étonnante première conclusion :

"l'amour-propre flatté est dans tous les cas la source cachée, le ressort constant, en un mot le principe physique et moral du rire."

Son ouvrage qui est "d'un bout à l'autre un écrit raisonné, plein de recherches, de notions, & même de découvertes utiles, & qui n'intéressait pas moins la philosophie que l'art du théâtre", selon l'avis de l'éditeur, est un quelque sorte un des premiers jalons théoriques modernes, quant on dispose, pour la pratique, de tant de sources littéraires depuis l'Antiquité, en passant par Rabelais, Scarron et consorts, sans négliger l'argumentation baudelairienne reprise dans le numéro du Présent (1er septembre 1857), avec des augmentations du grand Charles et sous ce nouveau titre : "De l'essence du rire et du comique dans les arts plastiques".
Mais il y a aussi le critique Adolphe Hatzfeld (1824-1900) dont Jean Royère rapporte en 1920 dans La Renaissance une théorie posthume ("Le rire et l'art")... (à suivre).
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Parce qu'il vous soigne, et comment, l'Alamblog vous avait déjà permis de découvrir dès 2008 et 2009 l'"Étude physiologie sur le rire" de Lemercier de Neuville et le Voyage chez les humoristes français d'Ernest Fornairon (1934), tandis que Le Monde diplomatique diffusait en 2010 cet "Éloge du rire sardonique" de Pierre Rimbert. Désormais, il ne vous manque en somme plus que l’"Éloge du rire", le numéro spécial de la revue Présences de l'alliance culturelle romande où Jean Calvin figurait lui-même en bonne place aux côtés de Roorda, de Cingria et de Töpffer.
Là, vous consaterez qu'il n'set pas un dit un mot du Maddiagramme de Jean Guiri, une curiosité publiée chez Emile-Paul en 1962. Un mets pour amateur, foi de Préfet maritime.

En attendant de plus amples informées... notamment sur Gilbert Keith Chesterton et le Cours préparatoire d'esthétique (1804) de Jean-Paul Richter souligné par Master Cornevin (en août 2014), des détails sur ce



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Henri Roorda Le Rire et les rieurs, suivi de Mon suicide. — Paris, Mille et une nuits, 112 pages, 3,50 €

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