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Pétrus Borel (1809-1859) avait tendance à broyer du noir, mais il savait aussi s'amuser. Témoin, son "Croque-mort", issu des Français par eux-mêmes, un morceau d'humour noir des plus célèbre :

"Le croque-mort salue gaiement l'aurore, crie trois fois gloire à Bacchus, et après de nombreuses salves d'eau-de-vie (…) pénètre bientôt dans le sein de quelque famille dans l'affliction, où (…) il mesure non pas l'étendue de la perte que la patrie vient de faire, mais la longueur et l'épaisseur du défunt."

On connaît déjà l'histoire de Petrus Borel, dont son biographie, J.-L. Steinmetz, a pu dire qu'il avait une "vocation : poète maudit". Avant de chûter et de chûter encore, Pétrus Borel fut tout de même le chef de fil des "bousingos", les romantiques de la première heure parmi lesquels on peut compter Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Théophile Dondey, Alphonse Brot ou Jules Vabre, et le désormais célèbre (depuis qu'il a été incarné au cinéma) Alfred Maquet.
Borel a publié son premier poème en 1826, mais il choisit de s'installer architecte. Choix audacieux sans doute car ses cinq premiers projets lui valent cinq procès. Il abandonne la partie, se replie en Champagne pour traduire Robinson Crusoe, lance des journaux qui ne font pas long feu (Le Satan et la Revue pittoresque). Toujours aussi désargenté, il accepte un poste d'inspecteur de la colonisation sur les conseils de Théophile Gautier et se retrouve à Mostaganem en 1847 avec sa femme et son fils. Là, il imagnie le "château de la Haute-Pensée" dont il entreprend la construction, mais il est révoqué en 1855 pour manifester une trop grande... originalité dans la rédaction de ses rapports (en vers !) et se lance alors dans l'agriculture. Et là, négligeant de se protéger du soleil, il meurt d'une congestion cérébrale.

C'est une louable entreprise que celle des éditions le Vampire actif qui ont choisi de réunir à leur tour dix textes épars de l'auteur de Madame Putiphar et de Champavert. Après Jean-Luc Steinmetz et ses volumes anthologiques (La France frénétique de 1830, Phébus, 1978 ; Écrits drolatiques, La Chasse au Snark, 2002), ces Escales à Lycanthropolis composées à Lyon démontrent assez qu'on n'en finit pas de lire Borel et d'y prendre beaucoup de plaisir.
Fantasque mais aussi diablement féroce parfois, le "lycanthrope" fut un des grands modernes de son temps, rejetant les conventions, déjouant les lieux communs et forgeant ses propres formes en artisan libre. L'éditeur rappelle justement qu'Eluard plaçait Borel entre Sade et Lautréamont, c'est à coup sûr une remarque inspirée et une ferme incitation à se régaler des sarcames et des inventions de cet homme-loup magistral.



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Pétrus Borel Escales à Lycanthropolis. Édition établie et présentée par Hugues Béesau et Karine Cnudde. Clôture par Olivier Rossignot. - Lyon, Le Vampire actif, 466 p., 19,50 €

Signalons également un volume plus discret : Petrus Borel Lettres d'Algérie à son frère (La Barbacane, 1998, 80 p., 13,72 €)

Et la réédition d'un essai formidable : Pierre Lepère L'Âge du furieux. - Paris, La Différence, 2006, 9 €

Lire Jules Claretie Pétrus Borel le lycanthrope. — Paris, Pincebourde, 1865.
lire Pétrus Borel



Photographie : copyright Draco Semlich 2010.