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Cuadrilla

Ici, c’est l’ombre, le croissant bleu
Coupant l’arène couleur de feu ;
Au soleil le sable scintille
Sur ton d’orange
Spécial à l’ardent Séville
Qui parfois change
L’or éclatant
Eblouissant
Pour le pur cuivre,

Reflets vont vivre
Brûlants ou ivres…

Bien ratissé le “Redondel”
Exceptionnel
Attend le jeu cruel,
Tout est visuel ;

Ganaderos,
Les Toreros
Et six toros
Attendent là

La musique troublante
Au rythme sensuel
Masquera l’épouvante,

Voilà le cartel
De la cuadrilla
Qui s’avancera…

Tout se gravera…
Tout éblouiera

D’abord une pâleur.. “très torera”
Richesses des broderies d’or
Palpitant dans ce beau décor
Fond d’incarnat,
De l’or
Encore !
Fleurs sur satin
Citrin,
Surah safran,
Capes d’améthistes
Enchâssant
Rubis et diamants
Peignant la piste
Vermillon franc



Et voici la plus pure
enluminure
“La première figure”
‘Espada Primera” “Muneco d’Alcantara”
Portant bolero nacarat
Larges épaulettes gansées,
Perlées,
Ornées,
Acier, argent et jonquille,
Fanfreluches et pampilles,
Se balançant
Et cadençant
L’allure “Macho”
“Maestusoso”
……………………..
Bouche narquoise
……………………..
Velours turquoise
Provocante
La culotte est collante
Taille serrée,
Cuisses moulées,
Fesses étroites,
Jambes très droites.

Dans la bataille
Gare les entrailles !

A bouche sèche…
Langue ne lèche…

Le coeur défaille,
Cambre la taille,
On te détaille :
Pas de tripaille !

Sur les gradins
C’est un regain
D’effervescence,
De résonnance,
D’exubérance,
De turbulence,

Cris gutturaux
Et protocole
La clef symbole,
On le verra !
Délivrera
Du “chiquero”
Le fier Toro

Pour qu’il combatte !
Trompette éclate !

La porte s’ouvre
Et le bois claque !
Voici l’attaque !
L’homme se couvre…
Et tend sa cape.

Au cirque immense,
C’est le silence
…………………
Brave Toro !
Voici l’attrape

“Ecce homo”.



Musidora Auréoles, poésies scandées. Préface de Wilfrid Lucas. — Paris, Arnaud, 1939 (a. i. février 1940), n. p.