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Du pain ! En hommage à Victor Barrucand





DU PAIN !

Au CITOYEN VICTOR BARRUCAND, promoteur du Pain gratuit

(sur l’air de J’attends.)

Depuis votre plus tendre enfance,
Parmi vos pleurs, parmi vos cris,
Amis, n’avez-vous souvenance,
De ceux que vous fîtes jadis.
Vous demandiez, sans aucun doute,
Quoiqu’en un langage incertain,
Vous demandiez, coûte que coûte :
Du pain ! du pain ! du pain !

A ton tour, pauvre mercenaire,
Près de toi, l’on jette ce cri;
C’est ta famille toute entière
Qui a faim et qui te le dit.
La maladie fit la trouée,
Hélas ! sur ton modeste gain.
Pourtant il faut pour la nichée
Du pain ! du pain ! du pain !

Sur ce banc, que fait là cet homme
Loqueteux, qui s’est endormi,
Peut-être ne sait-il en somme,
Qu’il est des asiles de nuit.
Mais, remarquez comme il est pâle,
Il nous fait signe qu’il a faim,
Du moribond, voici le râle,
Du pain ! du pain ! du pain !

Avec tout l’or que l’on dépense,
Que de pauvres pourraient manger,
Tant pour la soi-disant défense,
Que pour ce qu’on donne au clergé.
Pour ce dernier, ce parasite,
Qu’importe qu’on crêve de faim,
Puisque la France lui débite
Du pain ! du pain ! du pain !

D’aucuns ont demandé naguère
« Il nous faut du pain ou du plomb »,
Et tout en maudissant la guerre,
Je trouve qu’ils avaient raison.
Qu’importe si la faute est grande,
Le malheureux est être humain,
C’est pour lui que je vous demande
Du pain ! du pain ! du pain !

Jules Mullet

Coups de balai, impromptus poétiques. Préface de Jean-Baptiste Clément. - Paris, l’auteur, 1899, pp. 54-55.

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