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Attendue depuis plusieurs semestres, Une vieille histoire de la merde, d’Alfredo Lopez Austin et du peintre Francisco Toledo n’a eu qu’une chance : l’invitation du Mexique au dernier Salon du Livre (dont on peine à croire qu’il nous fera la joie d’être l’ultime). Le sujet, on le sait, rebute les farouchés de toutes espèces. Pour autant, c’est une authentique histoire de l’humanité qui s’expose là, à travers les dits et écrits des anciens Mexicains, et les superbes illustrations de Toledo. Alors ?
Maintenant qu’il a paru, grâce aux efforts de Perig Pitrou et José M. Ruiz-Funes, ses traducteurs, cette histoire vieille comme l’Homme va rejoindre c’est sûr l‘Histoire de la merde de Dominique Laporte (Christian Bourgois, 1978 ; 1993 ; 2003) et Diarrhée au Mexique (Atelier du Gué, 1976 ; 2006), le best-seller de Bienvenu Merino en telle “bibliothèque de chiotte”.
Tous ont bravement inscrits leur nom au rôle de la scatologie, champ singulier et fort couru de la bibliographie auquel Rimbaud, avec le « Sonnet du tour du cul » de l’Album zutique, Joyce et Rabelais, Sade, Jarry, Artaud, Aragon ou Dali, et jusqu’à Gainsbourg, ont fourni des lettres de noblesse. D’autres encore, dès l’Antiquité, comme l’a rappelé la profuse Bibliotheca scatologica des trois graves érudits Jannet, lequel est tout de même le père de la vénérable « Bibliothèque elzévirienne », Payen et Veinant. Claude Gaignebet, dans son Folklore obscène des enfants et Conrad Laforte, avec ses Contes scatologiques de tradition orale ont poursuivi l’enquête pour nous assurer que, partout et toujours, les fèces, les amours excentriques et les licences de tout ordre ont accompagné l’histoire de l’Homme.
Plus près de nous, la “machine à mère” de Claude Louis-Combet (José Corti) encore, mais il est beaucoup trop tôt pour s’assurer qu’il figure bien dans les Variations scatologiques de Bob O’Neill (La Musardine). Confiants en la parole de Roland Barthes, selon qui « écrite, la merde ne sent pas  », tous n’ont peut-être pas pris garde au bon conseil du naturaliste Pierre Cusson livré en 1807 dans l’Ode à la merde (1807) : « C’est au grand air qu’il faut chier ! ». Mais il n’est pas le seul à faire cohabiter la vie d’hôtel et les sanies, comme en témoigne Horacio Castellanos Moya, sorte de Thomas Bernhard salvadorien, qui a donné avec Le Dégoût d’autres occasions de se révulser. L’audace de ces auteurs-là dans leur trajet vers les principes essentiels montre assez bien qu’on ferait preuve de cécité à les négliger.


Alfredo Lopez Austin et Francisco Toledo. Une vieille histoire de la merde. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Perig Pitrou et José M. Ruiz-Funes. — Pantin-Mexico, Le Castor Astral-CEMCA, 128 pages, 15 euros.