Les journaux autographiés

Il y a en ce moment une rage d’écrire que nous voyons avec peine succéder au choléra.
La Population Parisienne d’ordinaire si froide à l’égard de ce genre de choses, s’émeut vivement de cette invasion autographique. — Il n’y a pas un seul clerc, d’huissier, pas un étudiant, pas un bohème, pas un ouvrier qui n’ait son journal. — C’est si facile à faire, en effet :
Vous allez à la Halle, vous ramassez une feuille de chou, vous l’enduisez de vers et de prose et vous la lancez dans le monde. — C’est l’histoire du Sans le sou, de la Terre Promise, de l’Enfant terrible et de la Muselière !
Mais pour cette feuille là, Chapeau bas ! S’il vous plaît. Comme elle est plus petite que les autres, elle ne peut être une feuille de chou, elle est, en outre, trop grande pour être une feuille de Rose, ce doit être une feuille de laurier !
De laurier ! Et de laurier-sauce encore ! que nous mettons dans la soupe que nous trempons à nos muselés !

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Mais que de journaux, Bon Dieu ! J’ai vu un journal qui était manuscrit, il s’appelait Le Paria dramatique, journal des Cabotins ! — Enfin, chose à peine croyable, il existe à Paris un journal qui n’est ni imprimé, ni autographié, ni manuscrit ! Vous entrez dans un café, vous demandez le Macadam, un garçon vient s’asseoir à côté de vous, boit dans votre demi-tasse, fume dans votre pipe et vous le récite d’un bout à l’autre. — Il y a encore des journaux qui ne sont pas même récités : on vous les communique à l’aide du magnétisme.

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Prière — O mon Dieu, délivre-moi de la Littérature, de la Poésie, des journalistes et des journaux ! Ainsi soit-il !

L. Lemercier. -


La Muselière, Journal illustré de la Décadence intellectuelle (n° 2, dimanche 11 mars 1855, p. (5)).