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Claude Anet rattrapé par la Révolution russe (11 mai 1918)

Anet Petit Journal

Le vendredi 17 mai 1918 paraissait à la une du Petit Journal le billet que Claude Anet, tout juste libéré des geôles de la Tcheka où il était retenu depuis vingt-quatre heures, lui avait parvenir quinze jours plus tôt.
La Russie des Maximalistes, comme on avait pris l'habitude de nommer les révolutionnaires les plus extrémistes, c'est-à-dire les bolcheviks, était devenue une "grande prison" où l'on assassinait allègrement, où l'on arrêtait les diplomates étrangers (ce qui ne s'était jamais vu en vertu du "droit des gens") et où les correspondants de la presse étrangère étaient... sur le qui-vive.
Le pays versait dans la guerre civile, les armées blanches tentaient le tout pour le tout et Lénine se gardait des attentats comme de la peste. Les maîtres de l'institut Smolny (Petrograd) puis du Kremlin (Moscou) avaient créé la Tcheka (ou Vetcheka, ВЧК, acronyme de la Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage, soit Всероссийская чрезвычайная комиссия по борьбе с контрреволюцией и саботажем) le 20 décembre 1917 pour remédier à ces désordres agaçants.
Latsis, membre de cette effrayante institution dirigée par Félix Dzerjinski, a déclaré le 1er novembre 1918

« Ne cherchez pas de preuves pour établir que votre prisonnier s'est opposé au pouvoir soviétique en paroles ou en actes. Votre premier devoir est de lui demander à quelle classe il appartient, quelles sont ses origines, quel est son degré d'instruction et quel est son métier. Ce sont ces questions qui doivent décider de son sort. Voilà la signification et l'essence de la Terreur Rouge »

C'est dans ce climat des plus sain que Claude Anet fut arrêté par une poignée de soldats et interrogé par Moïsseï Ouritsky, révolutionnaire patenté et flic prometteur qui fut assassiné trois mois après avoir inquiété Anet. Le 30 août 1918, l'étudiant socialiste-révolutionnaire (un homme de droite donc) Leonid Kannegisser, réagissant mal à l'interrogatoire, tuait le commissaire Ouritsky et déclenchait par la même occasion "la Terreur rouge".
Sale temps pour les démocrates.


N. B. Ceux qui n'auraient pas suivi au quotidien les événements de 1917 trouveront la suite (et les prémices) de cette délicate affaire dans La Révolution russe de Claude Anet, à paraître aux éditions Phébus en octobre.
A ceux qui n'auraient rien suivi des actualités internationales depuis 1917, si c'est possible, nous conseillons la même chose, parce que cet octobre-là a nettement modifié le cours des choses durant huit décennies..


Claude Anet en 1918.Anet 1918

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