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Une nuit à l'Hôtel de la Baleine (Varlet traducteur de Melville)


C’est une nouvelle colossale ! Théo VARLET a traduit Moby Dick !

Pour ceux qui savent un peu qui fut Varlet, romancier, poète, critique et traducteur, l’information est aussi brutale que réjouissante. Car Théo Varlet (1878-1938), homme de lettres jusqu’au bout des ongles, fut un être à part.
Grand chemineau, c’est-à-dire voyageur, adepte de la vie à l’air libre et de l’harmonie de l’individu avec le cosmos — et, conséquemment, l’un des tous premiers sectateurs du naturisme — il a laissé des écrits de première nécessité qu’Apollinaire et de nombreux autres surent voir.
La découverte, grâce à Bruno Leclercq, de certaine livraison du Crapouillot (septembre 1931) vient de nous en apprendre une belle : outre ses traductions superbes de Stevenson, de Pearl Buck ou de J. K. Jerome, Théo Varlet s’était donc attelé à la transposition du chef-d’oeuvre de… Melville.
Oui, mes soeurs, mes frères, de Moby Dick !


Passé inaperçu des lecteurs présents de Théo Varlet, un chapitre de Moby Dick résidait là, entre les pages 21 et 35, en attendant qu’on l’y trouve. C’est à peine croyable… Apprendre cela en 2007…

Apparemment prépublié dans le Crapouillot, le roman aurait dû paraître intégralement dans une édition de luxe à la marque des Editions du Bélier.
Rien à faire : nulle trace, nulle part. Il faut croire que la version de Varlet n’a jamais vu le jour en volume. A moins que… (1)

Afin de rendre grâce à Melville et hommage à Théo Varlet nous donnerons ici ce chaprite, en espérant retrouver un jour le manuscrit de la traduction intégrale de Varlet, si elle existe encore…


Note du 5 février 2008 : Une édition de ce fragment sauvé des eaux, enrichi de différents propos, va paraître au cours de l’année 2008 aux éditions Versant Libre. Vous serez bien évidemment prévenus.

(1) La première traduction française connue est la suivante : Le Cachalot blanc, roman américain, traduit par Marguerite Gay. — Paris, Gedalge, 1928, in-16, 256 p. Coll. “Aurore” (n° 13). Les seules précisions physiques laissent entendre que cette traduction n’est pas intégrale.


Je bourrai deux ou trois chemises dans mon vieux sac de tapisserie, le fourrai sous mon bras, et partis pour le cap Horn et le Pacifique. Ayant dit adieu à la bonne vieille ville de New-York et à l’île de Manhattan, j’arrivai sans encombre à New-Bedford. C’était en décembre, un samedi soir. Je fus très désappointé d’apprendre que le petit paquebot qui fait le service régulier de Nantucket était déjà parti, et que je n’aurai plus aucun moyen de m’y rendre avant le lundi.
Etant donné que la plupart des jeunes candidats aux épreuves et aux peines de la pêche à la baleine séjournent en ce susdit New-Bedford avant de s’y embraquer, il ne sera pas inutile de mentionner que, pour ma part, je n’avais aucune intention de les imiter. Ma résolution était prise de ne partir que sur un bâtiment de Nantucket, car il y a, dans tout ce qui touche à cette vieille île fameuse, un prestige aventureux qui me plaisait étonnamment. De plus, bien que New-Bedford ait fini par accaparer peu à peu le trafic baleinier, et que, sous ce rapport, il laisse bien loin derrière lui la pauvre vieille Nantucket, celle-ci n’en a pas moins été sa métropole primitive — la Tyr de cette Carthage ; — le premier lieu des États-Unis où s’échoua une baleine tuée. N’est-ce pas de Nantucket que ces baleiniers autochtones, les peaux-rouges, s’élancèrent d’abord sur leurs pirogues pour donner la chasse au Léviathan ? Et n’est-ce pas de Nantucket également que partit cette aventureuse petite goélette, chargée en partie de galets d’importation — à ce que dit l’histoire — destinées à jeter aux baleines, afin de voir si elles étaient assez proches pour leur lancer le harpon, du haut du beaupré ?
Or, ayant devant moi à New-Bedford une nuit, un jour et encre la nuit suivante, avant de pouvoir m’embarquer pour le port de mon choix, il fallut, en attendant, me soucier de trouver à manger et à coucher. C’était une soirée très peu engageante, voire même sombre et sinistre, d’un froid mordant et pénible. Je ne connaissais personne dans la ville. Avec inquiétude, je jetai le grappin dans ma poche pour la sonder, et n’en tirai que quelques pièces d’argent. Donc, où que tu ailles, Ismaël, me dis-je à part moi, arrêté au milieu d’une rue solitaire, mon sac sur l’épaule, et comparant l’obscurité côté nord aux ténèbres côté sud, où que dans ta sagesse tu décides de loger pour cette nuit, mon cher Ismaël, ne manque pas de t’informer des prix et ne sois pas trop difficile.
D’un pas hésitant, j’arpentai les rues et passai devant l’enseigne des “Harpons en croix”, mais l’établissement me parut trop dispendieux et trop joyeux. Plus loin, des fenêtres vermeilles de l‘“auberge du Poisson-Epée”, il s’échappait des rayons si ardents qu’ils semblaient avoir fondu la neige et la glace et déblayé le devant de la maison, car, partout ailleurs, la couche congelée avait dix pouces d’épaisseur. Sur ce pavé mis à nu, je me heurtai le pied et me fis mal, car les semelles de mes bottes, soumises à trop d’épreuves, étaient en fort piteux état. Trop cher et trop joyeux, pensai-je de nouveau, en m’arrêtant une minute pour contempler la large zone de clarté répandue dans la rue et écouter le bruit des verres entrechoqués à l’intérieur. Mais va donc, Ismaël, repris-je enfin, n’entends-tu pas ? Retire-toi de devant cette porte ; tes bottes obstruent le passage. Je repartis donc. Je suivais maintenant d’instinct les rues qui montaient vers le port, car c’était sans doute là que se trouvaient les auberges les plus économiques, sinon les plus gaies.
Quelles rues désolées ! Des blocs de ténèbres en guise de maisons, de chaque côté, et çà et là une chandelle qui semblait errer dans un tombeau. A cette heure de la nuit du dernier jour de la semaine, ce quartier de la ville était quasi désert. Je rencontrai bientôt une clarté fumeuse sortant d’un bâtiment bas et large, dont la porte ouverte semblait une invitation. Elle avait un aspect négligé comme celle d’une lieu public ; aussi, en entrant je commençai par trébucher contre des caisses de cendres placées sous le porche. Ha ! pensai-je, ha ! tandis que des particules voltigeantes me faisaient tousser, seraient-ce les cendres provenant de la destruction de l’antique Gomorrhe ? Mais voyons, tout à l’heure j’ai vu “Les Harpons en croix” et “Le Poisson-Epée” ? Cette auberge-ci doit donc être à l’enseigne du “Piège”. Cependant je me relevai et, entendant à l’intérieur une voix qui parlait tout haut, poussai de l’avant et ouvris une seconde porte.
Je crus voir le grand parlement noir siégeant dans le Tartare. Cent visages noirs se retournèrent une chaire, un noir ange de la destruction frappa sur son livre. C’était une église nègre et le prédicateur avait pris pour texte de son sermon la noirceur des ténèbres et les pleurs et les grincements de dents. Je battis en retraite, murmurant : Ha ! Ismaël, on a de bien fâcheux amusements à l’enseigne du “Piège”.
En continuant, j’arrivai enfin à une sorte d’obscure clarté non loin des quais et entendis en l’air un grincement mélancolique. Levant les yeux, je vis se balancer au-dessus de la porte une enseigne, où de la couleur blanche représentait vaguement un long jet vertical d’embrun vaporeux, avec ces morts par-dessous : “Auberge du Souffleur, tenue par Peter Coffin” (1).
“Coffin” ? Le Souffleur (2) ? Une association d’assez mauvaise augure, pensai-je. “Coffin” est un nom assez répandu à Nantucket, paraît-il, et je suppose que ce Peter-ci est un émigrant de là-bas. Étant donné que la lumière paraissait des plus pénuriques, et l’établissement, pour l’heure, assez calme, et que l’auberge elle-même, une petite maison de bois délabrée, semblait provenir des ruines de quelque quartier incendié, d’où on l’avait transportée ici, et que l’enseigne vacillante avait dans sa façon de grincer comme un air de misère, je jugeai que c’était ici l’endroit tout indiqué pour trouver un logement à bon compte et de l’excellent faux café de pois grillés.
En entrant dans cette auberge du Souffleur, on se voyait dans un large vestibule au plafond bas et dont les boiseries anciennes faisaient songer aux pavois d’un vieux bâtiment réformé. D’un côté s’étalait un fort grand tableau à l’huile si parfaitement enfumé et si plein de dégradations diverses et, dans le faux jour sous lequel il se présentait, on avait besoin d’une étude approfondie et de visites méthodiques et réitérées pour arriver à comprendre un peu ce qu’il signifiait. C’était un amas si incohérent de couleurs et d’ombres que, tout d’abord, on se figurait volontiers qu’un jeune artiste présomptueux, contemporain des sorcières de la nouvelle Angleterre, avait tenté de figurer le pandémonium magique. Et grâce à un examen attentif et à des méditations assidues, et plus encore en ouvrant la petite lucarne située au fond du vestibule, on en venait enfin à se dire qu’une pareille idée, si baroque fût-elle, n’était peut-être pas dénuée tout à fait de fondement.
Mais ce qui intriguait et troublait surtout le spectateur, c’était une formidable masse noire, allongée et flexueuse, qui planait au centre du tableau par-dessus trois vagues traits verticaux, flottant dans un inouï bouillonnement d’écume. Tableau de cauchemar liquide, en vérité suffisant pour donner le vertige à une personne nerveuse. Et, malgré tout, il y avait là-dedans une sorte de majesté confuse et inaccessible, à demi réalisée, dont l’aspect attachait bel et bien, et en somme, l’on finissait par se jurer tacitement de découvrir la signification de cette merveilleuse peinture. Par instants, une idée vous traversait, brillante, mais hélas ! fallacieuse : C’était la mer Noire, à minuit, par tempête. — C’est la lutte monstrueuse des quatre éléments primordiaux. — C’est un paysage de l’hiver hyperboréen. — C’est la débâche des glaces sur le fleuve du Temps… Mais l’une après l’autre, toutes ces imaginations achoppaient contre cette masse formidable au centre du tableau. Cette énigme résolue, tout le reste deviendrait clair… Mais, au fait, est-ce que cela ne ressemble pas un peu à un poisson gigantesque, voire au grand Léviathan lui-même ?
En effet, telle paraissait bien la conception de l’artiste et je me suis arrêté finalement à cette hypothèse, corroborée par les témoignages d’un vénérable pilote que j’interrogeai là-dessus. Le tableau représentait un long-courrier pris dans un violent ouragan : le navire en perdition, à demi sombré, ne laisse plus dépasser que ses trois mâts ; et une baleine en furie qui s’efforce de bondir par-dessus est en train de s’empaler fantastiquement sur les trois pointes des mâts.
Le mur opposé du vestibule était revêtu de toute une panoplie barbare de massues et de lances énormes. Plusieurs, hérissées de dents étincelantes, avaient l’air de scies d’ivoire ; des touffes de cheveux humains décoraient les autres ; et l’une en forme de faucille offrait une large poignée recourbée à l’instar de la circonférence décrite par la faux dans un gazon taillé de frais. On frissonnait à cette vue, et on se demandait quel sauvage, quel cannibale infâme était un jour parti à la moisson de mort avec cet effroyable instrument tranchant. Il y avait là aussi de vieilles lances de baleinier, toutes rouillées, et des harpons brisés et faussés. Plusieurs étaient des armes historiques. Avec cette lance jadis droite et aujourd’hui contournée en zigzag, Nathan Zwain tua quinze baleines en l’espace d’une jour, il y a cinquante ans. Et ce harpon, tout pareil aujourd’hui à un tire-bouchon, fut dardé dans les eaux de Java et entraînée dans sa fuite par une baleine tuée des années plus tard au large du Cap Blanc. Le fer primitif pénétra près de la queue, et telle une aiguille vagabonde restée dans le corps d’un homme, voyagea de quarante bons pieds jusqu’à la bosse, dans laquelle finalement on la trouve incrustée.
En traversant ce vestibule obscur, et en continuant par un passage à voûte basse, — ouvert dans ce qui avait dû jadis être une cheminée principale entourée de sièges pour se chauffer, — on pénètre dans la salle publique. C’est un lieu plus sombre encore, et qui a par en haut des poutres si massives et par en bas un vieux plancher si vermoulu, que l’on se croirait presque arrivé dans le poste d’équipage d’un bâtiment vétuste, en particulier par une nuit de tempête. Alors que cette arche antique dansait si violemment sur ses ancres. D’un côté se trouve une tableau longue et basse, une sorte d’étal supportant des vitrines aux carreaux fêlés qui contenaient de poussiéreuses raretés venues des coins les plus reculés de notre vaste terre. Occupant l’angle opposé de la pièce, on voit une cage d’aspect sinistre — le comptoir — qui voudrait figurer une tête de baleine franche. En tout cas, il y a là le grand os en ogive d’une mâchoire de baleine, si vaste qu’une diligence pourrait presque passer dessous. A l’intérieur, sur des rayons crasseux disposés tout autour, s’alignent de vieilles carafes, des bouteilles, des flacons ; et dans cette gueule engloutisseuse, à l’instar d’un nouveau Jonas (et c’est d’ailleurs ainsi qu’on le nomme), s’active un petit vieillard ratatiné qui, moyennant finances, vend cher aux marins les ivresses et la mort.
C’est en des récipients frauduleux qu’il verse son poison. Sous l’apparence extérieure de cylindres corrects, ces traîtres gobelets d’épais verre à bouteilles se rétrécissent par le bas en un fond trompeur. Des circonférences parallèles grossièrement tracées en relief dans le verre même encerclent ces gobelets pour voleurs de grands chemins. Faites remplir jusqu’à telle marque, et vous ne payez que deux sous, et ainsi de suite jusqu’au verre complet — la mesure du Cap Horn — qu’on peut s’envoyer pour un shilling.
En pénétrant dans ce lieu, je trouvai réunis autour d’une table une bande de jeunes matelots, qui dégustaient à la lueur d’une chandelle fumeuse divers échantillons de tord-boyaux. Je me mis en quête du patron, et quand je lui eus dit que je désirais une chambre, je reçus la réponse que tout était plein dans l’établissement : il ne lui restait plus un seul lit disponible.
— Mais attendez, ajouta-t-il, en se frappant le front, vous ne voyez pas d’inconvénient à partager la couche d’un harponneur, hein ? Comme je suppose que vous allez partir à la pêche à la baleine, vous ferez bien de vous habituer à ce genre d’exercice.
Je lui répondis que je n’aimais pas dormir à deux dans un lit ; si toutefois cela devait m’arriver, j’aimerais connaître d’abord le harponneur, et si lui, patron, n’avait vraiment pas d’autres places à me donner, et si le harponneur n’était pas trop répugnant, alors plutôt que de continuer à errer dans une ville étrangère par une nuit aussi âpre, je m’accommoderais de la moitié du lit de tout individu convenable.
— Je le pensais bien. C’est parfait, prenez un siège. Souper ?… Vous voulez souper ? Cela va être prêt tout de suite.
Je m’assis sur un vieux canapé de bois, tout garni d’inscriptions comme un banc sur la promenade des remparts. A l’autre bout, un mathurin méditatif, à califourchon dessus, ajoutait à son ornementation, en jouant activement du couteau sur la partie située entre ses jambes. Sa gravure représentait un navire toutes voiles dehors, mais c’était loin d’être un chef-d’oeuvre, à mon idée.
Finalement, on nous appela à quatre ou cinq pour aller manger dans la pièce voisine. Il y faisait un froid d’Islande, car il n’y avait pas le moindre feu, le patron ne pouvant, à son dire, se permettre un tel luxe. Rien que deux mélancoliques chandelles de suif, chacune sous son abat-jour. Nous fûmes trop heureux de boutonner hermétiquement nos surtouts et de porter à nos lèvres, de nos doigts mi-congelés, des tasses de thé brûlant. Mais le menu était des plus substantiels et comprenait, en sus de la viande et des pommes de terre, du poudingue. Juste ciel ! Un souper au poudingue ! Un jeune gars en habit vert pomme s’attaque à ce poudingue de la façon la plus féroce.
— Mon petit, lui dit le patron, tu vas te flanquer une indigestion, c’est net.
— Patron, chuchotai-je, ce n’est pas mon harponneur au moins ?
— Hé non, fit-il avec un air d’ironie diabolique, votre harponneur a le teint foncé. il ne mange jamais de poudingue, lui… Il ne mange que du rôti et il l’aime rudement.
— Ça, je m’en moque, repris-je. Mais dites-moi où est ce harponneur. Est-il ici ?
Il ne tardera plus.
J’avais beau faire, ce harponneur “au teint foncé” m’inspirait une méfiance croissante. En tous cas, j’étais bien résolu : si finalement nous devions coucher ensemble, je le forcerais à se déshabiller et à se mettre au lit le premier.
Le souper terminé, les convives regagnèrent la salle de débit, et, ne sachant où porter mes pas, je résolues d’y passer la fin de la soirée en spectateur.
Bientôt un bruit tumultueux s’éleva en dehors. Le patron se dressa en s’écriant : — C’est l’équipage du Grampus. Le sémaphore l’a signalé au large ce matin, un voyage de trois ans et pleine cargaison d’huile. Hourra, les gars, nous allons avoir les nouvelles des antipodes.
Un martèlement de lourdes bottes retentit dans le couloir ; la porte s’ouvrit d’un coup et livra passage à une bande de marins de mine quelque peu farouche. Revêtus de leurs vieilles vareuses de quart, avec leurs figures enfouies dans des cache-nez de laine, tout sales et dépenaillés, et leurs barbes hérissées de glaçons, l’on eût dit une invasion d’ours du Labrador.
Ils débarquaient à peine de leur canot et l’auberge était la première maison où ils pénétraient. Tout naturellement, ils cinglèrent droit vers la gueule de la baleine — le comptoir — où le ratatiné petit vieux Jonas, qui officiait, leur versa bien vite pleine rasade à tous. Comme l’un d’eux se plaignait d’avoir pincé un mauvais rhume de cerveau, Jonas lui composa une potion d’un noir d’encre, faite de genièvre et de sirpo de mélasse, jurant que c’était là un remède souverain contre toutes espèces de rhumes et catarrhes, quelle que fût leur ancienneté, et qu’on les eût pris au large de la côte de Labrador ou sous le vent d’une banquise.
L’alcool leur monta vite à la tête, comme il arrive généralement même aux plus intrépides biberons lorsqu’ils se retrouvent à terre, après une longue navigation, et ils commencèrent à plaisanter et à mener grand tapage.
Cependant l’un d’eux se tenait plus ou moins sur la réserve et, tout en s’efforçant de ne pas gâter par une mine trop sérieuse le plaisir de ses camarades, il s’abstenait de faire autant de bruit que les autres. Cet homme m’attira d’emblée ; et comme les dieux de mer avaient décrété qu’il deviendrai bientôt mon compagnon de bord, je me permets d’esquisse ici son portrait. Il avait six bons pieds de haut, une carrure imposante et un thorax à l’instar d’un batardeau. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi musclé. Le hâle avait bronzé fortement son visage, ce qui rendait plus blanches, par contraste, ses dents éblouissantes ; mais dans son regard ténébreux flottaient des souvenirs qui ne paraissaient guère faits pour l’égayer. A son accent, je le reconnus d’emblée pour un homme du midi, et sa belle stature me le fit prendre pour un montagnard des Alleghanies, en Virginie. Quand la bruyante orgie de ses compagnons fut à son point culminant, cet homme profita de leur inattention pour s’éclipser et je ne le revis plus jusqu’au jour où il devint mon camarade de mer. Mais au bout de quelques minutes ses compagnons s’aperçurent de son départ et comme ils semblaient avoir pour lui beaucoup d’affection, ils s’exclamèrent à l’envie : “Bulkington ! Bulkington ! Où est Bulkington ?” et s’élancèrent dans la rue à sa poursuite.
Il était neuf heures, il régnait maintenant dans le débit un silence quasi surnaturel, et je commençai à croire réalisable un petit projet qui m’était venu à l’esprit juste avant l’entrée des matelots.
Personne ne souhaite dormir à deux dans un lit, fût-ce avec son propre frère. Je ne sais comment cela se fait, mais on aime être seul quand on dort. Et quand il s’agit de dormir avec un étranger inconnu, dans une auberge inconnue d’une ville étrangère, et que cet inconnu est un harponneur, les objections se multiplient à l’infini. Même en qualité de marin, je n’avais pas plus de raison que n’importe qui de coucher à deux dans un lit ; car les marins en mer ne couchent pas plus à deux dans un lit que ne le font à terre les rois célibataires. A la vérité, ils dorment tous réunis dans la même chambrée, mais on a chacun son hamac à soi, on s’enveloppe de sa couverture personnelle, et on dort dans sa propre peau.
Plus je songeais à ce harponneur, plus l’idée de dormis avec lui me répugnait. Il était bien probable que, vu sa qualité de harponneur, sa chemise ou son tricot, selon le cas, ne serait pas des plus frais, ni à coup sûr des plus fins. Toute ma chair se hérissait d’avance. En outre, il se faisait tard, et mon harponneur, cet homme si convenable, aurait déjà dû être rentrée pour se coucher. Or, à supposer qu’il vînt me tomber dessus à minuit, qui pourrait me dire de quel bouge abject il sortirait ?
— Patron, j’ai changé d’avis au sujet du harponneur… Je ne dormirai pas avec lui, je me mettrai sur ce banc. — Comme il vous plaira. Je regrette de ne pouvoir vous donner une nappe en guise de matelas, sans compter qu’il y a là une planche salement rugueuse. (Et il en tâtait les bosses et les creux.) Mais attendez un peu, Monsieur le tireur au flanc, j’ai ici dans le comptoir un rabot de menuisier… attendez, dit-il, et vous ne serez pas trop mal couché.
Ce disant, il tira son rabot et, après avoir d’abord épousseté le banc avec un vieux foulard de soie, il se mit à raboter mon lit avec ardeur, tout en grimaçant comme un singe. Les copeaux volaient de toutes parts ; mais à la fin la lame du rabot buta contre un noeud invincible. Le patron faillit se démantibuler le poignet, et je le conjurai au nom du ciel de ne pas insister : le lit était suffisamment doux pour moi, et je ne voyais pas du tout comment tout le rabotage du monde pouvait transformer une planche de sapin en édredon moelleux. Alors, avec une nouvelle grimace, mon homme recueillit les copeaux, les jeta dans le grand poêle au milieu de la pièce et partit pour ses affaires, me laissant à mes tristes pensées.
Je pris la mesure du banc et découvris qu’il était d’un pied trop court. On pouvait y remédier au moyen d’une chaise. Mais il était aussi d’un pied trop étroit, et l’autre banc de la salle était d’environ quatre pouces plus haut que celui raboté : il n’y avait donc pas possibilité de les juxtaposer. Avisant alors une place libre contre la muraille, je disposai le premier banc parallèlement à celle-ci, laissant entre les deux un petit espace, afin d’y loger mon dos. Mais je m’aperçus vite qu’il m’arrivait par-dessous le châssis de la fenêtre un courant d’air glacé, qui rendait ce dispositif absolument impraticable, d’autant qu’un autre vent coulis provenant de la porte mal jointe se coalisait avec celui de la fenêtre pour former toute une série de petits tourbillons aériens dans le voisinage immédiat du lieu où j’avais escompté passer la nuit.
Que le diable emporte ce harponneur ! me dis-je, mais minute ! Ne pourrais-je prendre les devants sur lui, fermer sa porte de l’intérieur, et m’emparer de son lit, d’où les plus bruyants appels seraient incapables de me tirer ?
L’idée ne me parut pas mauvaise ; mais à la réflexion, j’y renonçai. Car rien ne m’assurait que, le matin venu, en sortant de ma chambre, je ne trouverais pas le harponneur sur le seuil, tout prêt à me rouer de coups ?
J’avais beau chercher, je ne trouvais aucun moyen pratique de passer une nuit suportable ailleurs que dans le lit d’autrui. A la longue, j’en vins à songer que je nourrissais peut-être des préventions mal fondées contre ce harponneur inconnu. Je vais l’attendre encore, me dis-je, il ne peut plus tarder longtemps. Cela me permettra de faire sa connaissance, et il est bien possible que pour finir nous devenions d’excellents compagnons de lit… On ne peut jamais savoir !
Les autres pensionnaires continuaient à arriver, par un, par deux et par trois, et s’en allaient se mettre au lit, mais je ne voyais touours pas la trace de mon harponneur. Comme minuit approchait, je m’écriai :
— Dites donc, patron, en voilà un type !… Est-ce qu’il rentre toujours aussi en retard ?
Le patron émit à nouveau son ricanement sec, parut s’égayer beaucoup de quelque chose que je ne pus deviner, et répondit :
— Non, d’habitude il est en avance… tôt couché. Mais ce soir, vous comprenez, il est sorti pour faire son colportage, et je ne vois pas du tout ce qui, peut le retenir si tard, à moins que peut-être il n’ait pas réussi à vendre sa tête.
La moutarde me monta au nez :
— Vendre sa tête ?… Quelle histoire de brigands me racontez-vous là ? Voudriez-vous me faire croire, patron, que ce harponneur est réellement occupé, en cette sacro-sainte nuit de samedi, ou plutôt ce dimanche matin, à colporter sa tête par la ville ?
— C’est exactement cela, reprit le patron, et je l’ai prévenu qu’il ne réussirait pas à la vendre ici, car le marché est déjà encombré.
— Encombré de quoi ? m’écriai-je.
— De têtes, pardi ! Est-ce qu’il n’y a déjà pas trop de têtes de par le monde ?
— Je vous en avertis, patron, dis-je très calmement, vous ferez bien de ne pas continuer à me débiter ces sornettes… Je ne suis pas un bleu.
— Possible, reprit-il, en prenant une allumette pour se faire un cure-dents, mais j’ai idée que vous attraperez des marrons si ce harponneur vous entend vous ficher de sa tête.
— Je la lui casserai, dis-je, pris d’un nouvel accès de colère à cet absurde galimatias du patron.
— Elle l’est déjà cassée, fit-il.
— Cassée, fis-je… Vous avez dit cassée ?
— Bé oui, et c’est pour cela qu’il n’arrive pas à la vendre, je suppose.
— Patron, repris-je, m’avançant vers lui, froid comme le mont Hékla par une tempête de neige, assez de balivernes. Il faut que vous et moi nous nous comprenions, et sans plus de retard. Je viens chez vous et je vous demande un lit ; vous répondez que vous ne pouvez m’en donner que la moitié d’un ; que l’autre moitié appartient à un certain harponneur… Et au sujet de ce harponneur que je n’ai jamais vu, vous vous acharnez à me débiter les plus absurdes et incroyables histoires, tendant à faire naître en moi un sentiment de médiance à l’égard de celui que vous me destinez come compagnon de lit. Or, patron, c’est là le genre de compagnonnage qui implique le plus d’intimité et de confiance. Je vous prie donc de vous expliquer et de me dire qui est ce harponneur, et si je n’ai véritablement rien à craindre en passant la nuit avec lui. Et, en premier lieu, vous allez avoir l’obligeance de désavouer cette histoire concernant la vente de sa tête, car si elle est vraie, j’y verrai une bonne preuve que ce harponneur est fou à lier, et je n’ai aucune envie de dormir avec un fou ; et si vous, monsieur, je dis, vous, patron, si vous tentiez, en connaissance de cause, de m’induire à le faire, vous vous rendriez par là coupable d’un acte relevant des tribunaux.
— Ben, fit le patron, en poussant un profond soupir, voilà un bien long sermon pour une bien mince peccadille. Mais rassurez-vous, rassurez-vous le harponneur en question vient d’arriver des mers du Sud où il a acheté un lot de têtes de maoris momifiées (des curiosités recherchées, comme vous le savez) et il les a toutes vendues sauf une ; et c’est cette dernière qu’il a essyé de vendre ce soir parce que demain il est dimanche, et que ce ne serait pas le jour de brocanter des têtes humaines dans les rues alors que les gens s’en vont à l’église. Déjà dimanche dernier, il voulait le faire, et je l’ai arrêté juste au moment où il s’apprêtait à sortir avec quatre têtes alignées sur une ficelle comme un vrai rang d’oignons.
Cet exposé m’éclaircit enfin le mystère jusque-là impénétrable et me fit voir que le patron, somme toute, n’avait pas eu l’intention de se moquer de moi… Mais aussi que devais-je penser d’un harponneur qui s’attardait dehors un samedi soir, et même un saint jour du Seigneur, pour se livrer à une occupation aussi païenne que de vendre des têtes d’idolâtres défunts ? Je conclus tout haut :
— Croyez-moi, patron, ce harponneur est un dangereux individu.
— Il me paye régulièrement, répliqua mon hôte. Mais dites donc, il se fait terriblement tard, vous feriez mieux d’aller au dodo. Le lit est bon : c’est dans ce lit-là que Sal, mon épouse, et moi, nous avons couché la nuit de nos n oces. Il y a toute la place désirable pour s’étendre à deux dans ce lit-là ; c’est un lit d’une grandeur formidable. Tenez, à ce propos, Sal avait pris l’habitude de mettre coucher à nos pieds nos deux petits, Sam et Johnny. Mais une nuit que je me débattais en rêve, il advint que je fis tomber Sam sur le carreau, où il faillit se casser un bras… Après quoi, Sal déclara que ce n’était plus possible. Allons, venez par ici, je vais vous donner tout de suite une camoufle.
Et à ces mots, il alluma une chandelle et me la tendit en m’offrant de me montrer le chemin. Je

A suivre…(note du 5 février 2008 : Une édition intégrale de ce chapitre est en cours. Bientôt des informations sur l’Alamblog)

(1) Coffin signifie cercueil. (NdT.)
(2) Sorte de baleine. (NdT).

Commentaires

1. Le jeudi 1 mars 2007, 19:59 par Guy Ponsard

Bravo pour cette découverte, mais décidément, rien n'y fait, tous les traducteurs de Moby Dick (y compris parfois le dernier en date, pourtant nettement plus rigoureux de ce point de vue, on y reviendra peut-être) ont des problèmes avec...la mer et ce qui va dessus, ce qui est quand même un comble!
Ici donc, pourquoi remplacer le sloop de Melville (bateau à un seul mât) par une goélette, qui en a elle deux? Pour faire riche? Melville avait de bonnes raisons de parler de sloop, au tout début de l'aventure baleinière.
Plus cocasse, avez-vous déjà essayé de monter vers un port, même à New-Bedford?
J'attends avec un peu d'inquiétude la suite.
Ponsard

2. Le vendredi 2 mars 2007, 00:23 par Auguste Prévost

De mémoire, la traduction de Moby Dick avait été annoncée en 25 ou 26 mais l'entreprise n'avait pas prospéré et avait rapidement semblé abandonnée. Si cela vous intéresse, je tâcherai de regarder et de vous apporter une éventuelle précision.

3. Le vendredi 2 mars 2007, 03:14 par Quartier-maître Achab

Découverte improbable, mais pas imprévisible.
La monographie de Félix Lagalaure sur Théo Varlet (L'Amitié par le livre, 1939) donne une bibliographie de ses traductions. On trouve bien Moby Dick, avec la date 1933. Pas de nom d'éditeur hélas.
Varlet laissa aussi une traduction jamais imprimée d’Emily Brontë : Hauteurs impétueuses.
Les oeuvres inédites de Varlet font rêver bien davantage. Parmi d'autres, Les Naufragés d'Eros, une suite à son anticipation La Grande Panne.
En attendant d'hypothétiques redécouvertes, on peut lire la traduction de Taïpee de Melville par Varlet, en Folio et à la Pléiade. Elle a été apparemment révisée par F. Ledoux à l'occasion d’une réédition de 1952. Gallimard l'avait d’abord publiée en 1926 sous le titre Un Eden Cannibale, dans son éclectique collection des Documents bleus.
S'agit-il du tout premier volume de Melville publié en français? On dirait bien.

4. Le vendredi 2 mars 2007, 09:39 par Eric Dussert

Inédits signalés en effet par Félix Lagalaure dans son opus de 1939, les titres suivants correspondent sans doute aux manuscrits que Malcolm Mac Laren a recueillis à la mort de l’auteur — (Mac Laren ou de Rienzi ?). Son vœu de constituer un petit musée au Mas du Chemineau ne semble pas avoir pris corps. Depuis, les manuscrits n’ont plus fait parler d’eux. Il faut espérer que collectionneurs privés et fonds publics en disposent encore et se manifestent…

Au large (contes)

Avant la nuit barbare (roman)

Cosmica (fusées)

Lunaires (poèmes)

Cléopâtre (roman inachevé)

Christus Vincit (roman)

Sans oublier ses souvenirs inédits transmis à Raymond de Rienzi et jamais retrouvés jusqu'ici. A moins que... Nous tâcherons de donner un jour prochain la bibliographie des traductions de Théo Varlet. Où chacun pourra constater l'étendue de son travail.

5. Le mercredi 21 mars 2007, 02:02 par FRANCISCO HERMOSIN

C’est grâce à M. Bruno Leclercq que j’ai connu l’existence de ce blog malgré le fait que j’avais déjà visité la page web de lekti-écriture lors de l’achat, peu après sa parution, de votre livre «La littérature est mauvaise fille».

Théo Varlet, dont j’explore l’œuvre depuis juin 2003, s’est révélé à moi de façon toute à fait fortuite le jour ou un exemplaire de son livre «La bella venere» est tombé entre mes mains. Cette rencontre devait s’avérer fatale. Le vaccin cotre la «varletitis aigue» n’étant encore découvert, je ne peux pas m’empêcher de chercher à posséder tout document original ou non, écrit par Varlet ou lui concernant, afin de connaître autant que possible sur l´homme et son œuvre. Ce pour cette raison, M. Dussert, que je suis vos efforts de récupération de la mémoire de ce poète, romancier, critique, traducteur et scientifique encyclopédiste, dont une partie de la critique de l’époque et non peu de ses frères de plume ont tout fait pour reléguer aux oubliettes et même à l’ostracisme. Je vous en remercie.

Me joignant à la causse, je voudrais apporter ici quelques commentaires et précisions.

Ainsi, «Les naufragés d’Éros» a finalement apparu en 1943 sous le titre d’«Aurore Lescure, pilote d’astronef», titre que vous indiquez dans la bibliographie de Varlet paraissant à la fin de «La littérature est mauvaise fille». Pourquoi ce changement de dénomination?...

Concernant «Cléopâtre», ou «La reine Cléopâtre», il a été publié un article de Pierre Renard dans le numéro 40 de la revue Nord’ (décembre 2002) intitulé «Un roman inédit et inachevé de Théo Varlet: La reine Cléopâtre» dans lequel on trouve tout un chapitre de ce roman et une notice indiquant que c’est Pierre Querleu la personne qui lui remis les documents originaux. Si déjà Lagalaure (page 50 de son livre) fait savoir que M. Mac Laren avait bel et bien ramassé les inédits et traductions que Varlet laissa à sa mort, peut-être M. Renard pourrait le confirmer en nous illustrant sur l’origine de ce «dossier» si à son tour M. Querleu le lui a communiqué.

De mon côté, je peux en partie renforcer la thèse grâce à l’achat à un libraire anglais, en novembre 2003, de quelques éditions originales. Il s’agit de «Ad astra», «Poèmes choisis» et «Poèmes», ce dernier étant le seul livre de poèmes en langue française publié par Malcolm Mac Laren (on y trouve une louangeuse préface de Theo Varlet). Tous les trois, truffés d´originaux manuscrits et tapuscrits, furent obtenus par ledit libraire lors d’une enchère, sans que celui-ci ait consenti à me fournir autre précision que c’était bien la famille Mac Lauren qui s’en départait. Combien d’autres documents ont étés livrés aux assistant ce jour là si tel à été le cas? Je ne sais rien et le libraire s’en est gardé de me le dévoiler.

Que Malcolm Mac Laren eût à s’occuper de cette tâche est plus que logique si l’on tient compte de l’admiration qu’il vouait à celui qu´il considérait son maître et à qui lui unissait une amitié particulière. Que ce rôle lui revenait est mis en évidence par la dédicace que Jean Baltus, peintre et ami de longue date de Varlet, et à qui Varlet l’avait dédicacé à son tour, écrivit sur mon exemplaire des «Poèmes choisis» : «À l´ami Malcolm Mac Laren, héritier spirituel de Theo Varlet». Elle est signée à Burford, ville de Mac Laren, le 2 juillet 1938, c’est à dire, trois mois avant le décès de leur ami commun.

Je voudrais finir par quelques commentaires sur «Lunaires». On peut lire quelques uns des poèmes devant faire partie de ce recueille dans l’anthologie de A. M. Gossez intitulée «Poètes du Nord. 1880 – 1902. Morceaux choisis», publiée par la Société d´éditions littéraires et artistiques, à Paris, en 1902. Il s’agit de «Sous mon âme», «Selênê-du-Nord», «Aux claires minuits», «Hyde-Park», «Le moulin», «La cloche», «Syracuse» et «Agrigente». Certains furent donnés par la première foi dans la revue lilloise «Le Beffroi» tout au long de 1900, année de sa création, et dans laquelle Gossez et Varlet étaient d’importants collaborateurs.

Si l’on prend en considération l´évolution poétique de Varlet, du symbolisme ver la nouvelle poésie qu’il aimait dénommer « cosmique», et le fait qu’au Beffroi il les fit paraître sous pseudonyme de Peter Hamers, il est tout à fait légitime de penser qu’il désista de les publier les considérant peu représentatifs de… son « œuvre qui compte ». À l´appui, cet extrait de l´article que Charles Clarisse publia dans le numéro 7-8 de la revue «Pan» de juillet - août 1909 : « Ses «Heures de rêve» précèdent de plusieurs années son œuvre qui compte. Si je le rappelle ici, c’est pour dire de les oublier à ceux qui n’en connaissent que le titre... Toujours est-il que, lors d’une des mes visites chez Varlet, je le trouvai, attablé devant un verre de schiedam, allumant une pipe de Goudat avec une torche dont quelques pages arrachées à d´anciens exemplaires «d’Heures de rêve» faisaient le frais ».

Tout un caractère, ce cher Théo. C’est bien cela qui le rend inégalable.


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