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Éric aux yeux brillants (avis de tempête)


Nos bienveillants collègues de la Météorologie des îles voisines viennent de nous prévenir qu'une tempête tropicale allait nous tomber sur le poil sous six heures, et sur la foi d'une photo transmise par le Tamerlansjid (Hambourg). L'ouragan à venir a été nommé "Éric-aux-yeux-brillants" par nos princes du cumulo-nimbus. On sent bien que ça va barder.
La dernière, moins impressionnante à l'oeil, nous avait donné le traczir et mis la station au format boîte d'allumette (le vieux Turner de la rhumerie en a fait une peinture assez réussie, c'est-à-dire que sa peinture ne montre rien de bien précis parce qu'on n'y voyait que mi).
Vrai, on en avait pris plein les mirettes. Notre vieux wharf, bien fatigué, y avait laissé ses boulons et ses traverses au fond de la anse, comme le bon sujet qu'il était.
Quant à l'ancien embarcadère, ses débris eux-mêmes avaient été emportés.
Bon débarras.


Reconstruit depuis, il a aujourd'hui cet aspect. Pas mal, hein ?
Vous constaterez sur cette image prise à l'instant (17.07 p.m.) que le temps se brouille tout de même.
Aussi, était-il de ma responsabilité de Préfet maritime, seule instance de l'île, de déclarer la situation d'urgence et de procéder à l'évacuation de la population.
C'est vite fait : nous sommes 243.
Et 243 qui adorent justement ces situations d'urgence, vu que nous avons aménagé les grottes de Tiki-Tamo en un véritable nid, douillet comme tout, garni d'autant d'alvéoles accueillantes qu'il y a de familles. C'est barbecue et fiesta tous les soirs, lectures collectives, mimes et théâtre d'impro, franchement, pas de quoi regretter.
J'ai, pour ma part, la couchette la plus venteuse, près de l'ouverture des grottes, parce qu'elle m'offre le point de vue nécessaire à l'évaluation des choses. Mais j'aime le vent du large et je peux sortir le bout du nez à l'occasion.
Avant de quitter mon administrative case, il me fallait vous prévenir, chères nautes, chers nautes, de la probable rupture des liens de communication. Passagère, bien entendu — ces tempêtes sont généralement très violentes mais assez courtes.
Après avoir lancé l'appel à la population, j'ai préparé mon bagage et y ai déposé quelques livres comme il se doit (je vais avoir des heures délicieuses) en prenant soin de bien ramasser dans l'urgence ceux que contenait la malle débarquée hier (je les attendais).
Je pars donc avec deux récents opus de la maison José Corti où rien ne paraît de commun, comme on sait.

  • En l'occurence, deux traductions inédites de romans du Grand Henry Rider Haggard : Éric aux yeux brillants, version XIXe de la Saga islandaise ousqu'Éric escalada Mosdell contre Skallagrim le Baresark (il savait pas ce qui allait lui tomber sur le nez Skallagrim le Baresark !), et Le Jour où la terre trembla, oeuvre plein de pessimisme, où la terre se trouve désaxée. Croyait pas si bien écrire, Haggard...
  • J'ai pris aussi la traduction (qui semble prometteuse) d'un roman de l'Allemand Reinhard Jirgl, Les Inachevés (Die Unvollendeten).
  • un recueil de poèmes d'Oscar Wilde, illustrés par Mervyn Peake (mais oui) et traduits par Patrick Reumaux et publié par Élisabeth Brunet à Rouen, Le Jardin d'Eros et autres poèmes (il s'agit de la première parution du programme dont nous annoncions le 4 septembre dernier le détail en souscription).
  • Ne sachant pas combien de temps durerait cette escarmouche climatique, j'y ai ajouté le tout récent Journal d'Henry de Groux (1866-1930), le peintre au noir ami de Léon Bloy, mort à Marseille — ça, c'est de l'inédit, nom de nom, et de l'illustré encore ! — ;
  • gourmand que je suis, j'y ai ajouté les nouvelles de Jacques Abeille et Corinne Desportes, Le Dieu errant ;
  • et puis la grosse, illustrée, roborative bibliographie commentée des mondes souterrains imaginaires, Les Terres creuses, de Guy Costes et Joseph Altairac, qui fait suite à la bibliographie des uchronies dans la même collection "interfaces". Un sacré bon gros volume. Je suis d'un prévoyant !

Surtout, je me fous du poids : je grimpe aux grottes avec mon vieux side-car tous-climats.

Bons dieux, puisse-t-elle durer la semaine cette tempête !

Gloire à Éole et aux siens !


Henry Rider HAGGARD Éric aux yeux brillants, traduit de l'anglais par Bertrand Fillaudeau. — Paris, José Corti, 413 p., 21 €

Henry Rider HAGGARD Le Jour où la terre trembla, traduit de l'anglais et présenté par Jacques Finné. — Paris, José Corti, 431 p., 22 €


Reinhard JIRGL Les Inachevés, traduit de l'allemand par Martine Rémon. — Meudon, Quidam Éditeur, 271 p., 22 €


Oscar WILDE Le Jardin d'Éros et autres poèmes, choisis et illustrés par Mervyn PEAKE, traduits par Patrick REUMAUX. — Rouen, Élisabeth Brunet, 55 p., 14 €


Henry de GROUX Journal, publié par Pierre Pinchon, Rodolphe Rapetti, Thomas Schlesser et Pierre Wat. — Paris, Kimé-INHA, 328 p., 28 €


Jacques ABEILLE et Corinne DESPORTES Le Dieu errant. — Fontaine-lès-Dijon, Virgile, 2005, 144 p., 17 €


Guy COSTES et Joseph ALTAIRAC Les Terres creuses. Bibliographie commentée des mondes souterrains imaginaires. — Paris-Amiens, Belles-Lettres-Encrage, coll. "Interfaces", 800 p., 60 €

Commentaires

1. Le lundi 19 février 2007, 08:11 par gécé

dis donc, Préfet, où c'est donc que t'as été te fourrer ? Pas de "mauvaise plaisanterie" : faut nous revenir affûté et fringrant afin de nous instiller les savoureux conseils de lecture(s) que tant de gazetiers en place sont incapables de nous proposer. OK ?

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