Bibliographie exhaustive de la collection L'ALAMBIC
Par Le Préfet maritime le jeudi 28 décembre 2006, 10:34 - Les Vrais Coupe-Faim - Lien permanent

L'Alamblog a une histoire dont vous n'avez, chers nautes, peut-être pas connaissance.
Afin de ne rien cacher, et pour éviter les malentendus, vous trouverez ci-dessous un résumé de l'action et le catalogue intégral de la collection, ainsi que du périodique (peu courant) dont un satané scanner refuse de rendre le beau vert.
En attendant ces données très roboratives, le Préfet maritime peut dévoiler d'où provient ce nom d'Alambic...
Petite histoire de l'Alambic/Alamblog
Au début, c'est-à-dire quelques temps tout de même après l'expulsion d'Adam et d'Eve de leur aire de jeux, vint l'Alambic dont le nom est resté un peu mystérieux. D'aucuns songèrent à l'esprit, spiritueux et spirituel, et ils eurent raison. Mais l'exacte source...
Allez, nous pouvons révéler ici et orbi qu'une gravure ancienne est la cause de tout ce tintoin. La voici donc :

Issue du Magasin pittoresque (juillet 1852, p. 232), elle servait à illustrer ce proverbe italien :
"Mi lambico il cervello tutto lieto".
Je m'alambique la cervelle avec bien du plaisir.
Et n'est-ce pas vrai, en général ?
C'est notre cas, quoiqu'il en soit.
Bref, l'histoire de L'Alambic peut se découper comme suit :
Première période
Il y eut tout d'abord L'Esprit des Péninsules, dont le patron, Eric Naulleau, alors comparse du Préfet maritime à la rédaction du Matricule des Anges, lançait sa maison d'édition et réclamait du texte. Une collection fut ouverte aux écrits qui, dans la rubrique "Les Egarés, les Oubliés" dudit magazine de littérature, paraissaient les plus appétissants.
Le nom de la collection était tout trouvé : L'Alambic, déjà cogité par le Préfet qui avait depuis plusieurs mois l'envie de produire son propre organe de presse, selon des procédures un peu nouvelles, quoique traditionnelles par ailleurs.
Un logo mêlant alambic et athanor fut commandé à la graveur Pascale Hémery et une première maquette de couverture, un peu tristounette, fut testée. Le premier titre parut en octobre 1997 : La Vengeance du portrait ovale, de Gabriel de Lautrec.
Au menu : des livres plus une feuille de chou
Celle-ci, imprimée en offset par maître Edmond Thomas (Plein Chant) après avoir mise en page par David Gaussen (éditions du Cardinal), répondait au bon plaisir du Préfet maritime qui s'était adjoint quelques chroniqueurs tels qu'Alfred Eibel, Jean Claude Bologne, Dominique Joubert, Jean-Baptiste Para, Jean-Pascal Dubost ou Valérie Rouzeau, selon des modalités flottantes. Car il faut admettre (et avouer) que le Préfet maritime n'était rien de moi que l'Autocrate de l'Alambic et que la feuille paraissait quand elle paraissait.
Peu imprimé (de 500 à 1000 exemplaires, selon la profondeur de nos réserves d'ors), L'Alambic s'offrait en revanche un mode de diffusion plutôt plaisant et fort nouveau : l'inabonnement. Procédé curieux et gratuit pour les lecteurs qui n'a pas fini d'interloquer, l'inabonnement était inspiré (tout bêtement) des non-anniversaires de Lewis Carroll.
Il y eut donc L'Alambic et ses inabonnements.
Le principe était fort simple : L'Alambic étant gratuit — l'ardoise étant réglée par le Préfet maritime —, ne le recevaient que ceux qui en avaient fait l'expresse demande et qui avaient eu la présence d'esprit d'adresser aux (luxueux) bureaux de la rédaction une enveloppée timbrée libellée à leur adresse. C'était bien pratique, vous en conviendrez.
Et ce fut pourtant si complexe pour certains que les collections complètes sont des plus rares — Il est un fait que l'on nous réclame souvent des exemplaires manquant à des ensembles lacunaires... La réédition en fac-similé de l'intégrale est par conséquent programmée et sera chose faite dans quelques mois. Y compris Le Barbecue, vrai plagiat de L'Alambic par L'Alambic même, dont un numéro unique parut afin de célébrer l'incendie de l'entrepôt des Belles-Lettres, maison bien placée pour louer Néron et autres amateurs de la Sacrée Flamme.
Deuxième période
Lancée dans sa grande campagne jourdienne, la maison L'Esprit des Péninsules ne manifesta plus l'envie de produire encore des livres invendables. Il faut dire qu'elle en tenait un qui faisait bouillir la marmite chez Landerneau. Pourtant, et par quelle bizarrerie, L'Alambic se survivait, plus ferme encore, sous sa seule forme apériodique.
Taquin comme tout, il lui arrivait de bégayer dans l'énoncé de sa numérotation et même de changer hardiment de titre (uniquement lorsqu'il lui prenait l'idée de s'autoplagier) mais, grosso modo, les amateurs s'y retrouvaient et nombreux étaient ceux qui accablaient la rédaction d'enveloppes timbrées en espérant ne pas rater des livraisons qui, de toute façon, ne paraissaient qu'au compte-goutte — c'est qu'il faut engraisser la coquille, opération longuette. D'ailleurs tout était longuet : lectures, rédactions, mise en page, corrections (!) : Tout. Si l'envie ne s'émoussait point, divers impedimenti poussait le Préfet maritime à d'autres taches, sur d'autres montures. L'Alambic s'empoussiéra et cessa de paraître, non sans espoir de résurrection. Mais on sait ce qu'il en est des résurrections depuis qu'en Judée, naguère... Passons.
Troisième période
Pour l'heure, l'Alamblog supplée merveilleusement au vert Alambic.
Combien plus puissant ! Combien plus efficace ! Combien plus souple !
Le Préfet maritime ne regrette pas cette irruption de la technologie sous sa véranda ensoleillée. Seuls quelques bonobos se sont approchés des claviers, mais les dégâts furent vite réparés. Seuls sont regrettés l'intervention d'Edmond Thomas, ses encres et ses paquets.
L'Alamblog, sur Lekti, est d'une souplesse formidable que l'achat d'un scanner-photocopieur-imprimante rend plus souple encore. Une sorte de rêve éveillé. Citizen Kane n'a qu'à bien se tenir. Pour le moins.
Nouvelle Ere
La vie était donc devenue presque reposante, quoique bien quotidienne parfois, lorsque fit irruption dans notre existence David Vincent, l'animateur des éditions L'Arbre Vengeur. A sa demande, la collection L'Alambic reprend vie. L'espoir renaîssant, les rêves se sont cristallisés.
Bien entendu, vous serez informés en temps et en heure des publications à venir. La première en date est d'ores et déjà mentionnée au bas de cette page, toute revêtue d'une pourpre aussi cardinalice que vineuse.
L'Alambic
Chaque livraison au format 210/297 mm (A4) comprend 4 pages (soit un A3 plié en deux), sur papier vert absinthe — aux notables exceptions du hors série (papier gris, en hommage à Yves Martin) et du Barbecue (papier orange, en hommage à la flamme). Toute la série a été imprimée par Edmond THomas. A l'exception des deux premières livraisons, la série a été maquettée par David Gaussen.
Afin que les amateurs s'y retrouvent : voici, outre la numérotation et la date de publication de chaque livraison, les notoires épigraphes.
N° 0, été 1999
"Voyez les marchands de journaux :
De leurs discours ils s'empoissonnent,
Ils trimballent dans des tonneaux
l'encens noir que brûle Gorgone
Aux autels des dieux matinaux."
Lucien Feuillade (1948)
N° hors série, "destiné aux amis et lecteurs passés, présents et à venir d'Yves Martin", hiver 1999
"A quoi rêvez-vous, Yves ?
Le professeur remuait ma table.
Derrière les carreaux, averses."
Yves Martin (1964)
N° 1, automne 2000
"J'aurais pour trône une futaille
Pour sceptre un verre et même deux.
Une bouteille de vin vieux
Serait mon sabre."
Raoul Ponchon
N° 2, printemps 2001
"Le docteur Faust a tout voulu savoir :
Il fut damné, nous conte la chronique
Ah, le bon Dieu n'a pas l'air de vouloir
Encourager l'instruction publique."
Mathias Lübeck (1903-1944)
N° 3, automne 2001
"Je suis varlet qui sçais tout faire,
Qui ne cherche qu'à travailler ;
Si quelqu'un a de moy affaire,
Me voylà prest pour besongnier."
Christofle de Bordeaux, parisien
N° 4, hiver 2002
"Le Monstre
Il arrive, il regarde, il fume, il crache, il passe ;
Il est passé le grand monstre admirable issu
De l'homme, il est passé ; l'avez-vous aperçu
Mordant le mors, hurlant la faim, mangeant l'espace ?"
Léon Cladel (1860)
N° 4 bis, prémices de l'été 2002
"S'il n'avait pas perdu son navire,
il aurait tapé du poing sur la table.
A quoi tient la colère d'un râleux ?"
Guillaume Loubet
Le Barbecue, n° 1, 2002 finissant
"Les pâles et fiévreux après-midi des villes,
comme les jeunes repasseuses,
je vous prends dans la bouche."
Annie Le Brun (1972)
N° 4 ter, printemps 2003
"Du Panthéon l'on voit Bicêtre
Et réciproquement."
Pierre Véron
N° 5, chez les fous, 2004
"Poètes Hein Causez pas si fort
La postérité nous montre son cul"
José Millas-Martin
CATALOGUE DE LA COLLECTION

DE LAUTREC (Gabriel) La Vengeance du portrait ovale. Avec une préface d'Eric Dussert et une bibliographie. – Paris, L’Esprit des Péninsules, 1997 (a. i. 1er octobre 1997), 240 p. Coll. "L'Alambic".
20 exemplaires agrémentés d'une photographie de l'auteur sont numérotés de I à XX. En outre, 10 exemplaires réservés aux éditeurs sont marqués HC I à V et HC A à E.
Le premier titre prévu de la collection était La Maternelle de Léon Frapié mais, tandis que nous mettions la dernière main à notre préface, un éditeur parisien lançait une réédition nue. C'est par le deuxième titre de la collection que nous commençâmes donc, chef-d'oeuvre d'un symbolisme opiacé du "Prince des humoristes" et disciple d'Alphonse Allais, Gabriel de Lautrec (1867-1938). Un grand livre.

MARTIN (Yves) Etat des lieux. Ce que vous auriez pu deviner. — Paris, L'Esprit des Péninsules, 1997 (a. i. 19 novembre 1997), 53 p. Coll. "L'Alambic".
20 exemplaires agrémentés d'une photographie de l'auteur par E. D. sont numérotés de I à XX. En outre, 10 exemplaires réservés aux éditeurs sont marqués HC I à V et HC A à E. Ils constituent l'édition originale de ce texte.
Cette novella autobiographique, dont le fragment central avait paru dans le dossier Yves Martin de la revue Brèves, est un panorama biographique du poète à travers son petit appartement où règnent les livres (des milliers) et la Valise aux manuscrits (une seule). Probablement la dernière prose du poète, mort en 1999.

DE MIOMANDRE (Francis) Mon caméléon, suivi de lettres inédites à son éditeur. Postface d'Eric Dussert — Paris, L'Esprit des Péninsules, 1998 (a. i. janvier 1998), 218 p. Coll. "L'Alambic".
20 exemplaires agrémentés d'une photographie de l'auteur sont numérotés de I à XX. En outre, 10 exemplaires réservés aux éditeurs sont marqués HC I à V et HC A à E.
Nous souhaitions publier un livre de Francis de Miomandre. Le Voyage d'un sédentaire auraient comblé nos désirs mais Paul Lequesne, fin lecteur, nous mit sur la piste de la bestiole — seul livre écrit en français sur le caméléon, faut-il préciser. C'est après avoir acquis l'exemplaire de l'éditeur historique de ce livre que nous avons décidé de publier en outre les missives où de Miomandre se dévoile, comme il a dévoilé son caméléon Séti.

BONNEFF (Léon) Aubervilliers. Préface de Didier DAENINCKX, postface d’Henry POULAILLE. – Paris, L’Esprit des Péninsules, 2000 (d. l. mars 2000), 244 p. Coll. "L'Alambic".
Sous une couverture illustrée d'une photographie fameuse de Willy Ronis, l'une des plus grandes proses de la littérature prolétarienne.

ALIS (Harry) Hara-Kiri. Préface de Jean-Didier Wagneur. — Paris, L'Esprit des Péninsules, 2000 (d. l. mars 2000), 332 p. Coll. "L'Alambic".
Des conséquences du japonisme en littérature : un jeune Japonais découvre Paris et, depuis les bancs de la faculté de droit, va traverser tous les cercles de la sociabilité parisienne, jusqu'à se brûler le kimono...

JOURDE (Pierre) La Littérature sans estomac. — Paris, L'Esprit des Péninsules, 2001 (d. l. décembre 2001), 333 p. Coll. "L'Alambic".
A obtenu le Prix de la Critique de l'Académie française. Presses-Pocket a donné en 2002 une version poche de ce pamphlet-satire-exercice d'admiration.


MASSON (Loys) Saint Alias, suivi de La Chose. Préface d'Eric Dussert. — Talence, L'Arbre vengeur, avril 2007 (a. i. février 2007), 137 p., bibliographie, Coll. "L'Alambic".
Les lecteurs des Tortues, ces accros, sombreront tout bonnement dans ces nouvelles d'un étrange tonitruant. Du diable et des alcools : de l'hallucination. Signalons que ce Saint Alias-là, tout étrange qu'il soit, pourrait bien être le frère du Mr Pye décrit par Mervyn Peake, ce génial Anglais découvert et promu par Patrick Reumaux (trad. Goffaux et Hoepffner, Joëlle Losfeld, 1993).

MESSAC (Régis) Quinzinzinzili. Préface d'E. D. — Talence, L'Arbre vengeur, 28 septembre 2007, 200 p., bibliographie, Coll. "L'Alambic".
Livre culte de la science fiction française, contre-utopie d'une noirceur rarement égalée. Une référence majeure enfin rééditée.

STEPHANE (Marc) La Cité des fous. Préface de votre serviteur. — Talence, L'Arbre vengeur, 2008, 255 p., Coll. "L'Alambic".
"Marc Stéphane, l'ami d'il y a dix ans, m'a envoyé un livre : La Cité des fous, souvenir de son séjour à Sainte-Anne. Je m'attendais à un livre complètement détraqué. C'est, au contraire, un livre très raisonnable."
Léon Bloy, L'Invendable (27 avril 1905).

STEPHANE (Marc) Un drame affreux chez les tranquilles. — Talence, L'Arbre vengeur, 2008, 64 p., Coll. "L'Alambic".
Des nouvelles toujours fraîches de l'Alambic !

Pour en savoir plus : cliquez ici ! Oui : là !
NB un scanner récalcitrant nous a empêché de servir un Alambic à la bonne température, je veux dire de la bonne couleur : le vert originel de L'Alambic est beaucoup plus soutenu. Par ailleurs, nulle bande jaunasse ne souille la colonne de gauche de L'Alambic imprimé. Ce scanner est lassant.
Commentaires
«Il est un fait que l'on nous réclame souvent des exemplaires manquant à des ensembles lacunaires... La réédition en fac-similé de l'intégrale est par conséquent programmée et sera chose faite dans quelques mois.»
Doit-on attendre les détails pour se réserver une intégrale, ou peut-on le faire dès à présent? En autant que cela vous soit possible de l'acheminer outremer...?
La maison PéTéTé ira jusqu'au bout de la terre, et par voie de mer s'il le faut. Cependant le projet d'intégrale n'est encore qu'en son état préparatoire. Nous vous tiendrons au courant de l'avancée des travaux dès que possible. Mais votre attention nous ravit et nous comble. Merci.
Un Alambic flottant, quelle belle image, non? Je saurai dès lors patienter dans l'azur... Merci!
bouteille à la mer :
... et comment, et où trouver les exemplaires de la collection L'Alambic (choix judicieux pour Miomandre, bravo) ? Merci.
Le plus simple est sans doute d'entrer en contact avec les éditions l'Esprit des Péninsules qui publiaient la première série, rue Trousseau à Paris (XIe) par téléphone (01 49 23 97 44) ou par mail (espritdespeninsules@wanadoo.fr). Je ne dispose pas de stock, malheureusement. Au cas, bien probable et c'est triste, où les invendus auraient été pilonnés, il reste le marché du livre ancien (site galaxidion et livres-rares). Bonne chasse.
Ah ! oui, à quand cette réimpression en fac-sim des bulletins de l'Alambic, c'est que du bon ! Merci d'avance Eric.
Le travail est en cours (l'index est bientôt fini). Les lecteurs seront avertis dès que la chose est accessible. Merci pour votre intérêt.