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Tombeau d'Armand Olivennes †

Il s’agit d’en être, ou de ne pas en être.
Certains en sont, d’autres n’en sont pas.
Mais il faudra que l’on m’explique un jour pourquoi d’aucuns en sont, lorsque d’aucuns n’en sont pas.
Voyez plutôt, c’est un exemple parlant :
Tandis que Le Monde (encore lui, forcément, puisque Libération ne fait plus la maille, que Le Figaro figarotte et qu’on s’abstient généralement d’évoquer les autres pour ne pas les peiner), oui, disais-je, alors que Le Monde signale, ému, les disparitions de Pierre Rey (best-sellers à la palette) ou André Parinaud (Citizen Cas au petit peton), la rédaction n’a pas pondu une ligne au sujet de la disparition d’Armand Olivennes, alors qu’elle avait été alertée.
Pour quelle raison ce silence, me demanderez-vous ?
Parce que nul, en cette épatante rédaction, n’avait eu vent de son existence !
Pourtant, pourtant, cet homme, frère de Claude Olivenstein (le psy des camés), père de Denis Olivennes (le directeur général de la FNAC), mais oui, laisse une oeuvre variée qui n’est pas sans intérêt.
Ah, c’est vrai, aucun livre chez MM. les éditeurs parisiens.
Il est vrai qu’Armand Olivennes a surveillé ses distances aux instances académiques. Alors, tout à coup, on comprend mieux, n’est-ce pas ?
Que n’a-t-il pondu chez Gall, chez Flam, chez Min, chez Pol, chez Pot et chez Consort…
Que n’a-t-il fréquenté les salons où l’on se montre, que n’a-t-il fait poteau avec les Incontournotables dont l’avis, pardon, l’Avis, si haut, si haut, masque (un temps) les sommets.
Surnommé “l’honnête homme de la poésie” par l’éditeur Jean Le Mauve (pseud. de Jean Pigot, 1939-2001), honnête homme lui-même, Armand Olivennes, poète et essayiste, spécialiste du trouvère Conon de Béthune, s’est enquis de la littérature et des hommes passés, présents et peut-être à venir, de leur folie et du temps qui passe. Franchement, cela ne suffit-il donc pas ?

Voic les informations que l’on trouve à son sujet sur le site du CiPM (Marseille) :

Né en 1931, à Berlin. Réfugié en France, en 1937. Parallèlement à des études médicales, il publie ses recueils de poèmes chez Seghers et Pierre-Jean Oswald. Après avoir été nommé Médecin-Chef des Hôpitaux Psychiatriques, il a des démêlés avec l’Administration de la Santé, mais aussi des conflits avec sa famille, le Comité de rédaction d’Action Poétique auquel il appartient, et avec de nombreux autres corps constitués. Après un internement forcé, il gagne finalement un procès et est réintégré dans l’administration qu’il quittera vers 1987, pour s’établir à Marseille. Sur le plan de la poétique, il défend la thèse que la folie est l’inspiratrice fondamentale, sinon la plus féconde du poète, à la condition qu’elle soit vécue dans toute l’épreuve à laquelle elle oblige, et de son contraire qu’elle laisse entrevoir.

Ajoutons pour plus de clarté qu’Armand Olivennes est né Juif à Berlin, qu’il devint docteur en médecine en 1965, qu’il fut médecin à l’Hôpital psychiatrique de Saint-Venant (1991) et, qu’inspiré par le surréalisme, le dadaïsme et le cubisme berlinois, il fut parfois un poète grinçant. Il estimait que l’engagement poétique est la seule alternative vivable au désespoir ; encore faut-il que les mots coïncident avec une densité humaine qui ne soit ni texte, ni prétexte.
Et signalons qu’il fut un zélateur farouche de l’édition petite, voire microscopique.



Quand à savoir quand il est mort, macache. C’est pourtant tout récent.
Une bibliographie ne sera pas inutile (une bibliographie n’est jamais inutile), je parie que chacun y trouverait de quoi apprécier :

• (sous le pseud. de Oliven Sten) Les Pitres bleus, France-Poésie, 1950.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Chronique des temps blindés, Seghers, 1953.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Le Passant démesuré, poèmes. Couverture de I. Nomikossoff, P. J. Oswald, 1954.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Les Andabates. A propos, par Pierre Morhange, P. J. Oswald, coll. “L’Aube dissout les monstres” (n° 3), 1958.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Circulaire à mon amoureuse, Armand Henneuse, 1961.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) Le Sentiment latéral, précédé de Les andabates, Tunis, SNED, coll. “L’Aube dissout les monstres”, 1962.
• (sous le pseud. de Oliven Sten) L’Enterreur et autres poèmes, P. J. Oswald, 1966.
La Rupture avec le réel : essai sur les délires, Éditions de la Tête de feuilles, 1972.
Du cœur sans gant aux gants sans cœur : itinéraire d’une damnation, Caractères, 1979.
L’Enterreur, ill. Ch. Boltanski, P.J. Oswald, 1966 ; réédition Atelier Alpha Bleue, ill. Olivier Agid, 1992.
Du cœur sans gant aux gants sans cœur, Caractères, 1981.
La Métaphore et les parfumeurs, Caractères, 1982.
Hautes œuvres devant maman et le multiple, Caractères, 1983.
Saint-Cloud et Gomorrhe, Traces, 1983.
Entre guillemets, Atelier Alpha Bleu, 1984.
Chanson de toile, Maison rhodanienne de poésie, 1985.
La Métempsycose du docteur Smidi, Atelier Alpha Bleu, 1986.
L’e prince sans rire : pochade en quatre actes, A. Olivennes, 1986.
L’hémisphère Ouest, Quinze-dix, 1987.
Haut-le-corps, haut-le-cœur, Le Dépli amoureux, 1987.
Histoire de l’écrevisse qui apprend à reculer, La Dondaine, 1987.
Clérouque, choix de poèmes, ill. Christian Boltanski, Atelier Alpha Bleu, 1989.
Le Mille-pattes et l’araignée : pièce en 3 actes, Soleil natal, 1989.
Le Revolver s’est suicidé, ill. Obéline Flamand, Ecbolade, 1989.
Conon de Béthune, premier trouvère de France, Éditions la Dondaine, 1990.
Petits cubes poétiques pour Hannah, ill. de Nil Maillard, Caractères, 1990.
Puma, ill. Françoise Duvivier, Décharges, 1991.
L’Enterreur, Atelier Alpha Bleu, 1992.
Politique de l’autruche, Rewidiage, 1992.
Masque sans masque, ill. Philippe Brahy, Ecbolade, 1992.
Œillet de Poète, Jean Le Mauve, 1993.
Petits cubes pour Benjamin : poèmes, ill. de Gunther Roeder, Soleil natal, 1993.
Le langage symbolique des maisons, dessins à la plume de Jean Lemesle, Foyer culturel de l’Houtland, 1994.
Un rayon de loup dans l’ornière, ill. Françoise Duvivier, Jalons/Les Presses littéraires, 1995.
La Mort infructueuse, ill. Chris Mestas, John Donne éd., 1995.
Le Chandelier des mots, ill. Ph. Brahy, Ecbolade, 1995.
Saint Glinglin, ill. Ph. Brahy, Chantepleure, 1995.
La Critique est aisée, tome un, La Dondaine, 1996.
Poèmes pour disparaître, ill. Ch. Moulin-Vigan, Clappas, 1996.
Des ailes dans le plomb, ill. Pascal Ulrich, typographie Pierre Mréjen, 1996.
Frère Octave se remarie, ill. M.F. Lavaur, Traces, 1996.
Obros, ill. Ph. Brahy, Rewidiage/Polder, 1996.
Les transitions d’Olivier Agid, EC, 1996.
Le Vent, éditions de la Lucarne ovale, 1996.
Chroniques comtadines, Soleil natal, 1997.
Le Bonnet d’âne, ill. J.-M. Scanreigh, Editions du Rouleau Libre, 1999.
Nous les schizo-cherokees et La Marchoire, Le Nœud des Miroirs, 1999.
Poésie des champs : 1983-1999, Librairie bleue, 2000.
Les Poissons nous cachent quelque chose, La Porte, 2000.
Le Poème de l’Homme-machine, Editions du Contentieux, 2000.
Itinéraire revuistique (1950-2000), Rochefort-sur-Nenon, 2001.
Feuille de pique, 2001, Paris-Méditerranée.

Commentaires

1. Le samedi 26 août 2006, 20:34 par Guy Darol

Votre hommage n'est pas qu'un hommage, il est une réparation. Mieux (et c'est votre grand art) : un coup de poing sur la table. Ab imo pectore.

2. Le dimanche 27 août 2006, 19:04 par Claude Vercey

Merci de cet hommage à Armand Olivennes, qui fut un si attentif compagnon de route de ces revues et éditeurs qu'on dit petits. Ainsi, pour en rester avec ceux dont je suis proche, des aventures du Terrier dans le dune et de Décharge, deux revues qui n'ont pas manqué, dans des numéros récents, de signaler sa disparition à leurs lecteurs.

Continuez ce passionnant alambloc, alors que j'avais laissé se perdre mes inabonnements à l'alambic.

Amitiés

3. Le lundi 28 août 2006, 09:09 par Le Préfet maritime

Auriez-vous eu connaissance, par hasard, de la date de sa disparition ?

4. Le lundi 28 août 2006, 09:20 par Claude Vercey

in Comme un Terrier dans l'Igloo n° 84 : Armand Olivennes nous a quittés ce matin du 19 Avril. Et le numéro de l'Igloo porte sympathiquement cette date de parution.

5. Le lundi 28 août 2006, 10:04 par Eric Dussert

Merci ! Est-il mort chez lui, à Marseille ?

6. Le jeudi 31 août 2006, 19:10 par jacmo

Armand Olivennes habitait à Bédouin au pied du Mont Ventoux.
En 91, Puma a été édité dans la collection Polder, supplément à la revue Décharge.
"L'itinéraire revuistique", très important, qui fait le tour de toutes les revues littéraires sur un demi-siècle a été publié par Parterre verbal, à Rochefort-sur-Nenon dans le Jura.

7. Le vendredi 1 septembre 2006, 17:25 par Claude Vercey

est mort à La Seyne-sur-Mer, et a été enterré à Bagneux

8. Le dimanche 10 septembre 2006, 20:39 par Françoise Duvivier

Quelques mots de Françoise Duvivier.
Le nom et la personne Armand Olivennes sont un tout, qui a signifié beaucoup pour moi. Cette nouvelle est intense alors que je recherchais cette personne et qui m'était beaucoup. Les mots sont aphones.
Cela peut paraître idiot, mais je croyais cette personne immortelle tant sa force imposait.
Mais, vrai, Armand Olivennes est immortel car son souvenir reste en moi et ses livres, ses écrits, la mémoire que je garderai toujours de lui. De même, sa présence subsistera toujours dans mon coin de paradis et d'espoirs.

9. Le samedi 6 janvier 2007, 18:56 par simon olivennes

Mon grand pere etait une personne extraordinaire et je vous remercie tous pour votre interet a son egard.Un jour je l'espere son talent sera reconnu

10. Le jeudi 22 février 2007, 17:02 par Ange Lorente

Eté comme hiver nous avons parcouru le Pays du ventoux et toutes les Baronnies.
Ses mots résonnent de sa voix et de sa présence.
L'homme n'était pas immortel, l'ami oui.
Merci Armand.

11. Le mardi 21 juillet 2009, 20:35 par Patrick BESSET

Il n’y a pas que le sexe ou le travail dans la vie, pas plus qu’il n’y aurait que des bons ou des méchants autour de vous…

Mercredi 7 janvier 2009

L’avez-vous déjà lu ? Armand Olivennes… un millésime de 1986.

Hissez le cacatois !*

* Article publié le vendredi 3 février 1989 dans le quotidien régional « Le Journal de Toulouse ».

Juillet 1960. Depuis quelques mois, il se passe en moi d’étranges phénomènes !
Le Docteur Smidi, juif ashkénaze et psychiatre impulsif dans une clinique voit, un jour d’octobre 1964, sa raison « déjanter » quand il s’aperçoit être l’objet d’une filature. Ma foi, rien de vraiment extraordinaire… Mais la taupe, car il s’agit d’une taupe, fait appel à ses congénères pour mieux suivre sa proie. Après le premier moment d’irritation s’installe bientôt insidieusement, en locataire envahissante, une paranoïa maniaque. Monsieur Elie Hertzcivici, le malade de Dieu, l’homme sans ailleurs, lui prodiguera de longs conseils durant de longs jours. Puis pour être plus souvent en confidence réconfortante avec lui, le Docteur Smidi ira jusqu’à partager son dortoir.
Bientôt, les taupes se manifestent à nouveau et Élie aura l’idée de génie. Qu’ils se déguisent en perroquets pour observer l’éventuel complot des bestioles aveugles, perchés sur une branche, prêts à s’envoler au moindre danger !
Le monde du psychiatre bascule à cet instant et Armand Olivennes nous mène dès lors dans un imaginaire troublant où le transformisme règne. Un style narratif allègre et une maîtrise du langage sans pareille nous conduisent dans le labyrinthe de la folie. Tout à la fois poétique et fantastique, cette saga surprenante par le ton humoristique utilisé en filigrane est à suivre avec prudence au mot à mot pour ne pas se perdre en chemin… Une mention toute particulière à l’éditeur pour une magnifique couverture estampée relief.
A commander chez tout libraire dynamique ! Patrick Besset.

« La Métempsycose du Docteur Smidi » par Armand Olivennes – Atelier Alpha Bleue, Paris (1986) – 18 pages – 61 francs.

Armand Olivennes a rejoint le royaume de la pleine lumière, un matin du 19 avril 2006, à la Seyne-sur-Mer… il repose à Bagneux, enfin en paix, après avoir vécu à Marseille et sur le Mont Ventoux, d’où il créa toute une oeuvre poétique d’une rare beauté, et n’ayant de cesse de prodiguer conseils avisés, aide généreuse à qui osa l’approcher.

12. Le lundi 5 juillet 2010, 12:05 par Philippe G. Brahy

Si je suis ici Armand, c’est que tu es toujours présent dans mes pensées, dans mon cœur. Dans celui de Simon aussi (ce petit ne t’oubliera pas), de même tes nombreux amis. Ta poésie est toute en moi. Je t’aime. Philippe.

13. Le jeudi 26 août 2010, 13:32 par rüdiger fischer

Je suis heureux de pouvoir dire qu'Armand était un ami. J'offre avec plaisir (il est vrai que je vends aussi, mais je veux surtout partager) l'anthologie bilingue (fr.-allemand) de ses poèmes "Adam et Adam exilés ensemble", info@verlagimwald.de.
Rüdiger

14. Le lundi 22 novembre 2010, 13:07 par Gérard Bayo

Armand Olivennes, Oliven Sten, était un ami, le grand poète de L'Enterreur et autres poèmes, un homme lucide, courageux et pourtant réfléchi, pondéré, loin des feux de la rampe. Il m'a encouragé au moment où j'en avais bien besoin à faire lire un peu un de mes essais.

15. Le mercredi 23 novembre 2011, 15:37 par Philippe G. Brahy

A quand " Le roman des deux lunes " ? Salut Armand.

16. Le jeudi 29 mars 2012, 22:33 par Ange

Salut Armand,
Tu me manques...
Des averses de pluie, que dis-je...
Des vagues de vie...
Des ouragans de possibles sont passés sur ma tête !
Mais aussi...
Tellement de lumières différentes.
Tellement d'instants magiques.
J'aurais tellement aimé en discuter avec toi, là...
assis tous les deux à un coin de table, à Bédoins, dans
ce coin du Ventoux que tu aimais tant !
Tu es dans mon cœur, dans mon âme, pour toujours
et toujours...
Mon très cher ami, je t'embrasse !

17. Le lundi 12 novembre 2012, 21:23 par Guy Ferdinande

Armand lit « Vie d’une étoile », extrait de « Chroniques comtadines » sur http://www.youtube.com/watch?v=cGGj...

18. Le mardi 25 juillet 2017, 10:53 par Philippe G. Brahy

À toi mon Armand, mes pensées les plus belles de notre amitié.

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