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lundi 31 décembre 2012

Le Vent d'Anatolie (1995)

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Pour finir l'année en beauté, rien de tel qu'une merveille. ça vous gonfle les voiles, ça vous épastroufle, ça vous donne une énergie incroyable.
Puisque nous avions le choix (aucune pression possible sur notre île ; le wharf est désert depuis des semaines), nous avons décidé de vous proposer Le Vent d'Anatolie de la Grecque Zyrànna Zatèli.

Comme vous le constaterez après avoir déboulé chez votre libraire, Le Vent d'Anatolie est de la catégorie des grandes merveilles de petit format — c'est une nouvelle — et son traducteur même en fait la promotion sur le site Lekti. Rien d'éhonté à son propos d'ailleurs, Michel Volkovitch n'est pas homme à se répandre en banalités, ou à se fourvoyer en mercatique. Ce qu'il annonce du petit livre est une simple vérité : ce récit est une pure merveille qui réconcilie avec la littérature traduite qui ne le serait pas.

Renouant avec la mythologie éteinte, Zatèli convoque une vieille femme assise dans une cour, au fond d'une ruelle, environnée d'un nimbe doré, rémanence d'un temps perdu. Ses bizarreries d'être solitaire mêlées aux souvenirs de sa jeunesse enfuie toilent le récit composé par une enfant chargée de lui apporter à manger.

Imperceptibles et fascinantes magies mêlées au souffle de la mort qui vient doucement, mais s'annonce depuis longtemps...



Zyrànna Zatèli Le Vent d'Anatolie. Traduit du grec par Michel Volkovitch, Quidam, coll. Poche, 2012, 5 €



samedi 15 septembre 2012

Bibliographie lacunaire des éditions des Quatre Vents

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Si le parcours d'Henri Parisot n'est plus inconnu (cf. article préfectoral), grâce, notamment, à la très nourrissante bibliographie de ses éditions établie par Maurice Imbert en 2003 (Henri Parisot, passeur, 1908-1979, Tusson, s.n.), il s'en faut que le catalogue de la maison Les Quatre Vents soit tout à fait notoire. C'est pourquoi l'Alamblog vous propose cette Bibliographie lacunaire des Éditions des Quatre Vents. Fondée par Henri Molko en 1944, la maison est vite confiée à Henri Parisot, qui y produit quelques très bons livres, maintient sa revue à un excellent niveau et accueille des auteurs comme Henri Calet, Jacques Audiberti, ou encore Claude Seignolle à un moment-clé de leur carrière et pour des ouvrages considérables.
La maison fait néanmoins faillite en 1948 après avoir mis en œuvre les collections suivantes :
Echec et Mat. Collection de romans policiers dirigée par Ch. B. Descorps.
Belle Histoire
La Renommée
Arlequin
La Vie romancière
Hors les murs, collection d'auteurs étrangers
Les Classiques de l'enfance
Les Maîtres du fantastique (dir. Henri Parisot)
En marge (dir. Henri Parisot)
L'Olympe russe
clasenfan.jpg Il faut signaler que dès 1933 Deux ans à Constantinople, le journal d'un peintre d'Alexis Gritchenko paraissait à l'enseigne des éditions "Quatre Vents", une marque que l'on retrouve en 1941 en Belgique sur des ouvrage de Paul Neuhuys, par exemple.
Quant à La revue Les Quatre Vents, créée et dirigée par Henri Parisot, d'abord équipée du sous-titre "Revue mensuelle publiée par le Centre 'Jeune France' de Tunisie", elle parût de novembre 1941 à juin 1947. Le numéro inaugural contenait des contributions de Philippe Soupault, J. Amrouche à propos de la poésie de R.M. Rilke, J. de Baroncelli, G. Picabia, entre autres, avec une illustration de J. Maxwell. C'est à l'évidence l'une des meilleures revues littéraires de l'époque, avec 84 dont nous aurons l'occasion de parler ici prochainement.
Les numéros marquants tournent tous autour du ou des thèmes de prédilection de Parisot. A savoir le n° IV (L’Évidence surréaliste, 1946), le VI (L'Imagination poétique, mai 1946), le VII (Merveilleux et Poésie romantiques, 1946) et le n° VIII (Le Langage surréaliste, 1947) avec des contributions de Duchamp, Breton, Artaud, Arp, Peret, Leiris, Gisèle Prassinos, André Frédérique, Maurice Blanchard, Georges Roux, Paul Colinet, Georges Henein et Dorothea Tanning, etc.


Catalogue



Alphonse Allais Les Templiers. - Paris, Éditions des Quatre Vents , 1947, 247 p.

Antonio Aniante Né sur le Mont Gibel. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 309 p. collection "La vie Romancière" (n° 5)

Étienne Anthérieu Le Drame de l'armée d'armistice. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 139 p.

Jacques Audiberti La Bête noire. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 118 p. coll. "Arlequin" (n° 2)

François Bannelier Pré-Saint-Benoit. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 250 p.

Georges Bataille L'Orestie. - Paris, Éditions des Quatre Vents 1945, 86 p. 260 exemplaires dont 175 exemplaires numérotés sur papier nacré.

Bernardin de Saint-Pierre Paul et Virginie. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 160 pages. Edition de luxe sur papier Velin d'Isère, en feuilles sous chemise rempliée. Illustrations couleurs de Cheriane.

Ambrose Bierce Au cœur de la vie. Histoires de soldats et de civils, traduit de l'américain par Jacques Papy. - Paris, Editions des Quatre Vents (impr. de G. Desgranchamps), 1947, 236 p. coll. "Hors les murs" (n° 6)

Nicolas Bogdanov Un Concile d'Amis. Roman traduit du russe par R. Hofmann. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 332 p. coll. "Hors les Murs" (n° 3).

Gaston Bonheur Les Dieux au village, pièce en 3 actes (Castelsarrazin, Collège mixte, 16 avril 1943.) Dessins de George Annenkoff. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 141 p., fig., couv. en coul., colln Arlequin (n° 1)

Paul Bringuier Le Bon Dieu fait payer d'avance. Préface de Joseph Kessel. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, IV-199 p. coll. "La Vie romancière" (n° 4).

QBBronte.jpg Charlotte Brontë Le Sortilège, 1834, traduit de l'anglais par Yvonne Ryall, introduction de George Edwin MacLean. - Paris, Les Éditions des Quatre Vents, Paris, 1946, 197 pages. 100 exemplaires tirés sur pur fil Lafuma des Papeteries Navarre. Coll. "Hors les Murs" (n° 1)

Henri Calet Les murs de Fresnes. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945; in-8, 109 p., cartonnage illustré de l'éditeur. Bon exemplaire. illustrations en noir.

Lewis Carroll Le Morse et le Charpentier. - Paris, Éditions des Quatre Vents, s.d., 12 p. Brochure 135/180 mm agrafée. Edition originale de la traduction française, avant celle parue chez G.L.M. en 1949.

Henriette Chandet Charlotte et Maximilien. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 248 p. coll. « Belle Histoire » (n° 2) broché, 248 pages ; couverture illustrée en couleurs.
QChandet.jpg --- La Série rouge. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 256 p. coll. "La Vie romancière" (n° 2).
--- Sophie Dawes, roman. - Paris, les Éditions des Quatre Vents (Avignon, impr. de Rullière), 1947, 333 p. Coll. "Belle histoire" (n° 4).

Madame de La Fayette La Princesse de Clèves. - Paris, Éditions des Quatre Vents, s d., 326 pages. Edition nouvelle précédé du"lundi" consacré à l'auteur par Sainte-Beuve.

Jean Cocteau Poésie critique. Choix de textes par Henri Parisot. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1944, 217 p. Couverture illustrée rempliée, non coupé, dessin en frontispice par Cocteau. Edition en partie originale. 110 exemplaires numérotés sur vélin pur fil Lafuma. Contient : Le Coq et l'arlequin, Carte blanche, Visites à Maurice Barrès, Le Secret professionnel, D'un ordre considéré comme une anarchie, Picasso, Le Mystère laïc, Opium, Des beaux-arts considérés comme un assassinat, Quelques articles.
--- Le Sang d'un poète : film.

Émile de la Bédollière La Mère Michel et son chat. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1936 ; 1946, 132 p. coll. "Les Classiques de l'enfance" (n° 2), 132 p., cartonnage de l'éditeur. Illustrations de François Estachy. avec jaquette.

Alexandre Dumas La Bouillie de la comtesse Berthe. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 142 p. Cartonnage éditeu avec illustration dorée sur toile bleue. Nombreuses illustrations en noir et blanc dans le texte par George de Miré. coll. "Les Classiques de l'enfance" (n° 1).

Eugène Fromentin Dominique. Edition nouvelle précédée des deux "lundis" consacrés à l'auteur par Sainte-Beuve. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1947, 383 pages. coll. "La libraire romanesque".

René Gilson Jean Cocteau cinéaste. - Paris, Editions des Quatre Vents, 158 p. couverture illustree. Illustrations en noir in-texte.

Paul Gordeaux Contes de Madame. Préface de Marcel Pagnol. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 223 p. coll. "La Vie romancière" (n° 3).

Emily Hahn Les Marches du soleil. Traduit de l'américain par Ch.-B. Descoprs - Paris, Editions des Quatre vents, 1946, 316 p. Coll. 'Hors les murs (n° 2).

QHeberden.jpgHeberden (M. V.) - Meurtre en habit. Traduit de l'américain par Ch.-B. Descorps. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1947. coll. "Echec et mat" (n° 2).

Maurice Limat Chant d'amour sur le Mékong. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1944, 24 p., broché, couverture illustrée. Histoire d'amour entre une Française et un Cambodgien.

Amelia Reynolds Long. L'Assassin est innocent, traduit de l'américain par Ch.-B. Descorps. - Paris, Éditions des Quatre Vents (Impr. les Presses continentales), 1946, 246 p. "Echec et mat" (n° 1).

Paul Lorenz Le Seconde Eurydice. Frontispice d'Antoine Bourdelle. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1945, 66 p. broché sous couverture imprimée en 2 couleurs, rempliée. Frontispice d'Antoine Bourdelle, lithographié par François Desnoyers. 195 exemplaires numérotés sur nacré teinté, dont 20 hors commerce numérotés. A obtenu le Prix Mallarmé. Paul Lorenz était un élève de Paul Valéry.
-- Aurore de Koenigsmark. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1945, 187 p., coll. « Belle Histoire » (n° 1).
-- Notre-Dame de Thermidor. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 251 p. coll. « Belle Histoire » (n° 3).

QMabille.jpgPierre Mabille Le Merveilleux. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 93 p. Frontispice de Victor Brauner, hors texte de Jacques Herold.

Lokis.jpgProsper Mérimée Lokis, suivi de La Vénus d'Ille et de Djoûmane. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 192 p. coll. "Les Maitres du Fantastiques. 20 exemplaires sur pur fil Lafuma dont 10 HC.Très belle couverture (non signée) dans le goût surréaliste (Max Ernst ?).

Jules Michelet La Sorcière, texte intégral avec l'avant-propos de Ad(olphe) van Bever. Préface de Georges Bataille. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 365 p. Un tiré-à-part de la préface a été tiré (cf. la bibliographie de Maurice Humbert).

QMonnier.jpgThyde Monnier Il n'y a plus d'Harmonicas. - Paris, Les Éditions des Quatre Vents, 1946, 285 p.

John Moore Une poignée d'innocents, traduit de l'américain par Pierre Laisné. - Paris, les Éditions des Quatre Vents, 1947, 245 p. coll. "Hors les murs" (n° 5).

Charles Nodier Smarra ou les Démons de la nuit, suivi de Trilby, et de Une heure ou la Vision. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946 (a. i. 20 novembre 1946), 214 p. 20 vélin dont 10 HC

Marina Paul-Bousquet Morne-Vent. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 216 p.couverture rempliée.

Alexis Pernau Les Grands Arbres. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 290 p.

Jean Roissard Manière blanche. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 308 p.

Antoine de Rivarol De l'universalité de la langue française. Préface de Georges Duhamel. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946 (Impr. la Ruche), XVIII-101 p.

Claude Seignolle Le Rond des sorciers. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 186 p. coll. "La Vie romancière" (n° 1).
-- Marie la louve, roman. - Paris, Éditions des Quatre Vents (Clermont-Ferrand, impr. de Mont-Louis), 1947, 293 p.coll. "La Vie romancière" (n° 6).

William Shakespeare Douze sonnets traduits de l'anglais et présentés par Maurice Blanchard. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1944, 17 p.

Bram Stoker Dracula. Traduit par Eve et Lucie Paul-Margueritte. - Paris, Les Quatre Vents, 1946 (a. i. 10 mars 1946), coll. "Les Maitres du Fantastique". 20 vélin pur fil Lafuma dont 10 HC. Deuxième édition de cette traduction.



B. Temiriaseff Fâcheuse Aventure, pièce en 8 tableaux d'après Th. M. Dostoïevsky. Adaptation française de Robert Dol. Études de maquillage de G. Annenkoff. - Paris, Éditions des Quatre-Vents, 1946, 133 p. figure et pl.coll. "Arlequin" (n° 3).

Alexis Tolstoï La Meute du tsar. Traduit du russe par Jean Delforges. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 319 p. coll. "Hors les murs" (n° 4).

André Trofimoff Poètes français avant Ronsard. Au jardin des Muses Françaises. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 358 p.

Pierre Van Paassen L'Alliée oubliée. Traduit de l'américain par Jacques Papy. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 333 p. coll. "Hors les murs" (n° 7)
__ Coédition__
Marcial Retuerto Deux de plus. préface de J. Babelon. - P. Editions J. Susse, « collection d'auteurs étrangers, Aux Quatre Vents », 1944, 372 p.

Par la suite, parurent encore sous cette marque, mais chez Flammarion, des brochures comme L'Asperge, culture et récolte (Flammarion, "Aux quatre vents", 1955, 30 p.), ou bien encore Le Raisin de table (Flammarion, Aux quatre vents, Le Livre qui rapporte (sic), 1957), etc.


Complément roboratif fourni par le libraire et Bibliographe Patrick Fréchet (30 septembre 2012)

Achim d'Arnim, Contes bizarres, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 18
Honoré de Balzac, Séraphita, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 14
Gaston Bonheur, Du Rêve à la Une, coll. « La Vie romancière »
Abbé de Choisy, Histoire de Madame la comtesse des Barres
Abbé de Choisy, Histoire de Madame de Sancy
Dostoïevski, Scandaleuse histoire, traduit par A. Remisoff et J. Chuzeville, Préface de Luc Durtain, ill. de Georges Annenkoff, coll. « L'Olympe Russe »
Nathaniel Hawthorne, Septimius Felton, traduit par Charles Cestre, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 4
E.T.A. Hoffmann, Maître Floh, traduit par Loëve Veimars, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 5
Shéridan Le Fanu, Ferelith, traduit par Georgette Camille, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 11
S.M.G. Lewis, Le Moine, traduit par Léon de Wailly, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 8
Longus, Daphnis et Chloé, ill. de Pierre Contier, coll. « La Renommée »
Guy de Maupassant, Onze histoires fantastiques, choisies par Henri Parisot, ill. par Mario Prassinos, coll. « En marge »
Jacques Morsang, Tournants, coll. « Nouveautés romanesques », juin 1947
Gérard de Nerval, La Métempsychose, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 12
Fitz James O'Brien, Contes fantastiques, traduit par Jacques Papy, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 10
Edgar Allan Poe, La Chute de la Maison Usher, traduit par Charles Baudelaire, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 17
A.-S. Pouchkine, La Dame de Pique, traduit par Prosper Mérimée, ill. de Georges Annenkoff, coll. « L'Olympe Russe »
Jean Roissard, Manière blanche
Schiller, Le Visionnaire, traduit par Alphonse Gautrin, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 15
Marcel Schneider, Les Trésors de Troie, août 1946
Mary Shelley, Frankenstein, traduit par Charles Cestre, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 13
R.L. Stevenson, Will du moulin, traduit par Marcelle Sibon, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 6
B. Temiriaseff, Pas grand chose, coll. « Hors les murs »
Ludwig Tieck, Le Voyage dans le bleu, traduit par Robert Valançay, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 9
Villiers de l'Isle-Adam, L'Intersigne, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 16
la revue Le Secret professionnel, n° 1, 1946.

Une collection « Illustrés par eux-mêmes », collection jamais parue, a été annoncée avec les titres suivants :
Jacques Audiberti, Antipolis
Jean Cocteau, Théâtre de poche
Léon-Paul Fargue, Vivre ensemble (voir la postface de PF à l'édition de ce texte inédit publié par Le temps qu'il fait en 1999) Max Jacob, Morven le gaëlique
Henri Michaux, Dans la foule étrange
Paul Valéry, Histoires brisées.

jeudi 2 août 2012

La Morgue, par Georges d'Esparbès (1907)

morgue1845A.jpg


Pour fêter la reparution du Livre de la Mort, d'Édouard Ganche, cette chronique de Georges d'Esparbès



LA MORGUE

Désormais, l'entrée de la
Morgue est interdite aux
passants non munis d'ou-
torisation spéciale.
(Les journaux.)

Je n'y suis entré qu'une fois, non pour voir des cadavres, mais pour voir pire, pour voir les vivants qui les regardaient. Il y avait, ce jour-là. une vraie pêche monstrueuse, à croire que le diable avait dépoissonné le Styx. Toutes les dalles étaient occupées. Ce n'était pas drôle.
Cela, cependant, paraissait très drôle à mes voisins. Bizarres voisins ! Trois ou quatre ouvriers, un vieux bourgeois, une dizaine de femmes, dont la plupart étaient jeunes, quelques-unes jolies, et des enfants de huit à douze ans, qui s'étaient glissés de la rue jusqu'à cette crevasse ouverte sur l'Horrible...
Tout ce petit monde paraissait à l'aise. Le vieux monsieur regardait les cadavres, puis les jolies filles, et semblait confus de n'avoir perpétré encore la moindre plaisanterie, de quoi divertir ces couturières. Mais, en revanche, les ouvriers tenaient le succès. Très forts en argot, ils se communiquaient, avec un sérieux tragi-comique, leurs impressions sur les « macchabées » couchés sur les dalles; sur celui qui avait fait son paquet (il avait un énorme ventre ballonné) ; sur celui qui avait cassé sa pipe (le tuyau sortait de son veston) ; sur celui qui avait passé l'arme à gauche (le bras gauche était raidi en l'air), etc.. Si spirituels étaient ces ouvriers que les filles pouffaient de rire; et l'une d'elles, non la moins gracieuse, blonde comme le temps qu'il faisait, il était midi, piquait les frites dans un cornet à deux sous, avec des gestes de petite reine gourmande de pralines. Oui, ici, celle-là déjeunait !
Gustave Geffroy demande La beauté pour tous. Ne conviendrait-il pas, d'abord, de détruire la laideur pour tous, qui a ses temples ? Qu'on démolisse le laid, ensuite nous parlerons du beau. La Morgue ne fait pas penser. Elle est laide, donc elle est bête, donc elle est nuisible. Elle démoralise, parce qu'elle déforme. Chaque jour, elle jette sur une partie du peuple des ferments d'insensibilité et de cruauté. Le mal ne date pas d'hier ; s'il est secret, il n'en est pas moins douloureux ; â n'en est que plus redoutable. La petite blonde qui mangeait ses frites en contemplant les morts, et ses compagnes, et celles qui sont venues, et celles qui viendront, et les enfants, les yeux naïfs et les bouches fraîches, que penser de leur âme? Que dire de leurs baisers ? Toi, la modiste, on retirera ton frère, comme celui-ci, de la Seine; toi, garçonnet, ta mère se pendra, comme celle-ci, de désespoir. Et tous, en voyant chacun votre mort, vous vous rappellerez l'effroyable, la ridicule grimace que faisait l'autre, celui de la Morgue; et vous en aurez la mémoire tellement obsédée, à ce moment, que vous éclaterez tous d'un rire aigu... Et ainsi La Morgue aura sa morale. Car toutes les choses, quand elles le veulent, en ont une.
Qu'on lave donc bien vite la Cité, qu'on déplace la Morgue. Isolée en un coin de banlieue, elle ne tentera plus les nerfs de personne et son enchantement malsain cessera. Nous n'y verrons plus, comme aujourd'hui, ces puces humaines, ces petits vampires du faisandé qui 'l'encombrent du matin au soir. Là est une oeuvre à faire, une forte et bonne oeuvre. Car, sous ce hangar sinistre, on enseigne le plus laid mensonge: que la mort est grotesque, quand la mort n'est que pitoyable. Là, on ne la plaint pas, on ne la respecte pas, on l'insulte; on piétine la Torche renversée. Et qui ? Quelques niais curieux, mais aussi et surtout des jeunes filles, et, ce qui est plus grave, des enfants !
Quand la bicoque sera démolie, les projets ne manqueront pas pour embellir ce coin merveilleux. D'une brochure du peintre-écrivain Robida : l'Ile de Lutèce, je cueille ceci, qui fera, sans doute, méditer plus d'un architecte.
Ce chevet de Notre-Dame débarrassé de la Morgue, cette terrasse reconquise n'appelle-t-elle pas un monument qui symboliserait, en quelque grande œuvre de sculpture, le rôle de la Cité dans l'histoire et rappellerait que, si la France existe, cette petite île, miette de terre au fil de la Seine, fut le noyau autour duquel la France se construisit la première assise de l'édifice immense élevé lentement, au cours de longs siècles, par le labeur et le courage de cent générations ? Un monument ici à la vieille France, en même temps qu'il serait un hommage aux ancêtres, consacrerait ce coin du sol de la Cité, château d'arrière de la nef gothique.
Fermons les yeux et voyons s'élever, sur ce soubassement magnifique qui partage la Seine en deux flots, la masse blanche et robuste d'un monument au génie et à l'héroïsme français, signé Charles Girault, par exemple, puisque ce nom est des plus glorieux de l'architecture.
Cet édifice serait notre vrai Panthéon, une sorte de Westminster français. Là, le génie ne serait plus en cave, la lumière des âmes vivrait dans la lumière des pierres, et les araignées ne tendraient plus leurs toiles, comme rue Soufflot, sur les cendres de nos grands hommes.
Mais, pour que ces choses claires s'accomplissent, il faudrait, je le répète et ne me lasserai jamais de le répéter, dépourrir Paris de sa Morgue. Cette sale baraque, où les noyés se couvrent de barbe en vingt-quatre heures, déshonore publiquement tout le vieux Paris historique. On dirait que le démon de la perversité — sosie, pour un jour, du baron Haussmann — édifia la Morgue dans le site le plus joli, posa ce crapaud crevé sur la terrasse la plus gracieuse de Lutèce. A l'endroit précis où les flots, arrivant des vermeilles Champagne et Bourgogne, se séparent en deux bras frais comme pour enlacer et baiser l'antique ville, ce Mouroir de la misère, cette hideuse Morgue apparaît... Les eaux qui l'ont embrassée par force s'enfuient de dégoût. Pas de canotiers de ce côté-là. En revanche, la légion entière des photographes de Notre-Dame. Mais, la encore, elle va faire des siennes. Voyez, elle obstrue, de sa vanité crapuleuse, le charmant dessin de l'abside. Photographes, ai-je tort? Montrez vos albums! Vous ne vouliez pas de la Morgue; elle est plus roublarde que vous. Aucune photo ne peut être prise de Notre-Dame, en cet endroit, sans que la Morgue ne s'y écrase, comme un paquet de boue, au pied d'un entre-croisement de lis. Cette masure aux asticots est là, tout à plat, au premier plan, trapue et infecte, et elle se croit intéressante, l'imbécile, et peut-être se croit-elle jolie.
— Vous voulez ce côté de Notre-Dame, les artistes ? Eh bien ! vous m'aurez avec ! Vous voulez ce chef-d'œuvre ? Vous aurez le chef-d'œuvre, mais vous emporterez aussi l'emplâtre !
Ah! que le tonnerre te brûle, Morgue, quand tes employés seront sortis !...

Georges d'Esparbès.



Illustration du billet : Détail de la morgue en 1845 (dessins d'après une peinture de Carré)
MorgueParis.jpg L'ancienne morgue parisienne, à l’extrémité est de l'île de la Cité, détruite.

lundi 9 juillet 2012

Truandailles (avoir des châsses ou n'en avoir pas)

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Jean Richepin (1849-1926) va finir par être à la mode.
Depuis la réédition du Coin des fous (Séguier, 1996), des Morts bizarres (L'Arbre vengeur, 2010) et de La Glu (José Corti, 2010), ce "roman du temps de Montmartre", voici que se constitue un groupe de recherche et d'édition autour de Sylvie Thorel et que les éditions Le Vampire actif rendent aux lecteurs Truandailles, un recueil de nouvelles formidables daté de 1890.
Jean Richepin sera la coqueluche des années 2010 ou ne sera pas. Mais il fut, donc... c'est comme ça.

Pour le dire vite, Truandailles, c'est Jean Richepin au pays des Freaks.
Saltimbanques, bancroches, malfoutus de naissance, estropiés au besoin, putassiers et cyniques, ils vivent en marge et pensent à l'avenant. Sous la plume de Richepin, qui nous trace des histoires horribles à souhait - il fallait émouvoir les lecteurs de la presse sous peine de n'être plus appelé à paraître -, on dirait qu'ils ont la mauvaiseté accrochée à l'âme car ils se gaussent de la vie et de la mort. De la mort des autres s'entend, pourvu qu'ils y trouvent vengeance. Candides à leur manière, amoraux plutôt que pervers, ils survivent dans des conditions scabreuses, ne se préoccupent guère de paraître, mais ne laissent jamais d'offense impunie — signe d'organisation s'il en est. C'est le curieux des portraits splendides tracés par Richepin, qui estomaque une fois encore le bourgeois, ses personnages sordides parviennent à démontrer que l'humanité n'est pas sans ressources dès lors qu'il s'agit de punir, de bafouer ou de rire aux dépens d'autrui. Et Richepin sait s'amuser.
Une nouvelle fois, écrivions-nous... Homme de presse bien introduit, Jean Richepin connaissait parfaitement la formule gagnante, le rythme et le format de ces textes en prose qui venaient soutenir l'intérêt des compactes colonnes des journaux de son siècle : une part considérable de la littérature y est né, et de la sienne en particulier.
Depuis sa fameuse Chanson des Gueux (1876). Richepin connaissait en outre les vertus du sauproudrage de l'argot pour épicer une nouvelle littéraire, fût-elle diablement bien écrite, comme on peut s'en convaincre ici, et avec quelle plume, et quel esprit :

Certes, à notre benoîte époque d'égalitairerie, de médiocratie, de rentrez dans le rang, d'abomination rectangulaire, comme dit Edgard Poë ; en ce délicieux temps où le rêve de chacun est de ressembler à tout le monde, tellement qu'il devient impossible d'établir une distinction entre un président de la République et un maître d'hôtel, tous deux aussi distingués l'un que l'autre ; en ces jours avant-coureurs du jours promis et paradisiaque qui verra, si j'ose m'exprimer de la sorte, s'épanouir sur le monde nivelé les grises floraisons de l'uniformité dans le neurtre ; certes à une époque pareille, on a le droit d'être laid, le droit et même le devoir.

Ne sent-on pas souffler l'esprit qui inspira Michel Audiard un siècle plus tard ?
Tressée dans une langue populaire, sa Chanson des Gueux lui avait donc valu la célébrité, cinq cents francs d'amende et un mois de prison à Sainte-Pélagie pour attentat aux bonnes mœurs. Puis son recueil connut une célébrité qui ne s'est jamais démentie (on ne compte plus ses rééditions). Le chevelu touche-à-tout, tour à tour élève de l'École normale supérieure, soldat, vagabond, saltimbanque, débardeur, homme de presse, biographe de son ami Vallès et finalement académicien, le très exceptionnel Richepin, avait mis là le doigt sur cette curiosité linguistique qui passionne l'être bourgeois ou petit-bourgeois, cette langue populaire et argotique qu'on ne peut parler en société qu'à condition de n'y prêter aucune attention - c'est-à-dire qu'on ne peut guère la parler hors du milieu affranchi, milieu qui seul l'appelle et l'autorise... à moins d'user de sa couleur terrible pour patiner la chute d'une histoire douce-amère :

Ah si j'en avais, moi, des châsses !

Depuis Vidocq, on en connaissait quelques trucs, pourtant l'argot de Vicdocq était alors assez désuet, comme peuvent en témoigner ses Mémoires. D'où l'intérêt des ajouts auxquels ont procédé les éditeurs du présent volume : s'ils ne vont pas jusqu'aux travaux de Marcel Schwob sur le parler jobelin, ils incluent à juste titre le Victor Hugo de la rue et le Eugène Sue des barrières en quelques fragments hautement significatifs. De même, puisque Richepin a trouvé lui aussi son Poulet-Malassis - le sien se nommait Henry Kistemaekers et publia en 1881, à l'instar de l'éditeur des Fleurs du Mal provoquant la censure depuis Bruxelles, les pièces interdites de la Chanson des Gueux en Belgique - on trouve dans le présent volume, l'"Idylle des pauvres" et ses compagnes tronquées par les juges. Bref, vous l'aurez compris, l'édition proposée est à la fois illustrative du talent de Richepin et très documentaire d'autant qu'elle compte encore, en prime, une préface de Richepin de 1890, un texte gratis intitulé "Forains" (1924) où il dit son amour de la vie du voyage, et confesse certaines pratiques à la fois sportives et commerciales de sa jeunesse agitée...
Un dernier fragment vous dira quelle langue vous y découvrirez (l'argument argotique pouvant être trompeur) :

A vrai dire, même sans l'espoir de connaître le patarin, il y avait de quoi ne pas sentir la fatigue, seulement à s'emplir les regards des merveilleux tableaux incessamment déroulés par la montagne. Rien au monde ne surpasse en tragique beauté ces fauves Cévennes, aux rocs raides entaillés de hautes brèches, aux brusques arêtes, gigantesques ossements qui semblent avoir été fracassés à coups de hache par des dieux ivres de colère, carcasses décharnées depuis toujours par les mains pillardes des vents, par les langues lécheuses et baveuses des torrents en cascades, mais carcasses depuis toujours caressées par un amoureux soleil qui, sur leur lividité spectrale, fait courir le vivant frisson de sa pourpre et les ors fondus de ses baisers.


Vous comprendrez qu'il n'y aura naturellement pas d'été ensoleillé sans Truandailles.




Jean Richepin Truandailles, édition établie, présentée et enrichie par Hugues Béseau et Karine Cnudde. - Lyon, Le Vampire Actif, coll. "Les rituels pourpres", 378 pages 19,50 €



samedi 9 juin 2012

Clairs de lune sur les grands champs

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C'est de saison, apparemment : la jolie rousse fait parler d'elle. D'abord dans les écrits farfelus de Malraux, avec lesquels Gallimard tente de fêter sa collection Folio — on a vu plus mariole comme idée —, et puis, surtout, dans un volume dont nous venons d'apprendre l'existence avec joie : Clairs de lune, de Camille Flammarion.
Voici ce qu'en disent ses éditrices :

Phénomènes d’attraction lunaire, bizarreries cérébrales de la fourmi, poussières météoriques ensemençant de nouveaux mondes, expériences dignes d’un docteur Frankenstein... Camille Flammarion explore avec émerveillement les mystères de la vie et de la création. Accompagné d’une préface de Stéphane Mahieu, régent des sciences sociales et culinaires au collège de ’Pataphysique, ce recueil de textes est abondamment illustré de gravures du XIXe siècle extraites, entre autres, de la célèbre revue La Nature.

On sait à quel point celles-ci peuvent être belles et étranges tout à la fois.

Pour rester dans le ton et dans la lune, voici une petite curiosité pour fêter dignement le deuxième volume de la maison des Grands Champs — on ne nous reprochera pas de livre des fonds de tiroir, nous.



Max, Max, que t'es rigolo...

Max Jacob converti
en un poème amène
à Dieu le père a dit :
"Vous êtes une lune" (1)
— A la tienne
ma vieille, et Amen ! —
d'en haut lui répondit
le Bon Dieu sans rancune

R. Garet



(1) Nouvelles littéraires

Le Calame, n° 5, juillet 1934, p. 7




Camille Flammarion Clairs de lune. Préface de Stéphane Mahieu. — Paris, Éditions des Grands Champs, 288 pages, 160/130 mm, 18,50 €


Éditions des Grands Champs
107, rue des Grands-Champs
75020 Paris

vendredi 13 avril 2012

Le Sang du ciel (Piotr Rawicz)

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On a beau habiter sur une île, la pile reste le mode de stockage le plus souple du livre, tous formats confondus. Aussi, il n'est pas inexplicable que Le Sang du ciel de Piotr Rawicz (1919-1982) soit resté encalminé plus que de raison. Mais le récit lui-même, assez peu synthétisable, a sans doute joué aussi dans la difficulté du chroniqueur à se saisir de l'objet pour tenter de le ramener à une image compréhensible satisfaisante.

Comme Piotrus (L. Lipski, L'Arbre Vengeur éd.), Le Sang du ciel appartient à la catégorie des livres totalement à part, ne répondant à aucun critère de ce que l'on peut nommer la littérature cultivée, bourgeoise ou lettrée, comme on voudra. Hors traditions, plein de beautés fusantes, déchirant et à part, fort comme un piment psychédélique, c'est un livre d'urgence, rythmé à la diable, rédigé dans une confusion sanguine dont le manuscrit tremblant d'angoisse semble avoir été lacéré au sécateur de la peur et de l'horreur.

Ukrainien exilé en Pologne, puis en France, Rawicz évoque dans son livre dépeigné la guerre, les Nazis et leurs exécutions sommaires, les otages, les populations éperdues raflées au hasard, les édiles embarrassés par le compromis (en sauver quelques-uns contre tous les autres)

Dans l'enceinte sacrée de l'hôpital, les malades exerçaient consciencieusement leur métier de malades. Les médecins restaient médecins. Qui d'autre, sauf les mendiants professionnels et les croque-morts, pouvait en dire autant ?
A l'aide de leur dé à coudre, les médecins essayaient de vider l'impossible océan de la souffrance, et plusieurs d'entre eux vivaient plus authentiquement, plus pleinement que jamais.



Hirsute en diable, Le Sang du ciel n'a rien du fruit d'un atelier d'écriture à l'américaine : c'est du brutal. Les songes-creux s'y déchirent aux barbelés de la réalité, les coups sont portés, les armes parlent tandis que les délires enflent et que les cadavres s'empilent. Chez Rawicz, il n'est pas une page sans surprise, un monologue sans considération curieuse, une vérité sans faux-fuyant. Il intègre ainsi le "récit sinueux" de Boris, sorte de dandy couvert de femmes et les pages d'un poète aux considérations pleine de malaise.

Les guillemets sont ici répugnants, certes, comme ils le sont partout, mais l'honnêteté défende de s'en passer. Les guillemets — cette anti-prière... N'est-ce d'ailleurs pas un signe universel, un phénomène cosmique, que les guillemets ? Imaginer l'univers sans guillemets, sans possibilité du recours aux guillemets — quelle cruauté !



Parce qu'il est unique et dépeignée, parce qu'il est écrit par un survivant bizarre, Le Sang du ciel pèse double. Si les hommes peuvent "se transformer en égout", ce roman — mais est-ce un roman ? — dit l'humanité sans fard. Ça n'est pas toujours joli.%%

Mourir me paraissait doux et facile. Et la mort m'a fait le coup féminin classique : Comme je ne la fuyais pas, elle m'a tourné le dos.




Un vrai livre de vendredi 13...


Piotr Rawicz Le Sang du ciel. Chanteloup-les-Vignes, Suicide Season/2e édition, 2011, 279 pages, 18 €

lundi 13 février 2012

Campos de Carvolho nous revient

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Une vache au nez subtil est un curieux roman de Campos de Carvalho. Il nous arrive du Brésil trente ans après La Lune vient d'Asie (1976) et La Pluie immobile (1980). Il mérite qu'on y jette un œil pour la folie qui s'y répand.
Sans aller jusqu'à le comparer aux plus dingues des écrits de Franz Hellens, de Walter Serner ou de Ribemont-Dessaignes, il faut admettre que ce roman a avec eux certains points communs. Dans la glissade...
Car La Vache au nez subtil n'est pas un roman de tout repos, ou une croisière en récit plat. C'est tempête chez Campos de Carvalho.

D'en haut, je pouvais observer la tablée, regardez-moi cet air idiot, on dirait un mort, et c'était bien ce qu'il était : pourquoi des lunettes ? Clairement le genre de héros sans héroïsme, une tête sans rien qui la distingue de quoi que ce soit, manquait plus que l'étiquette collée sur le front ; et si ça, c'était un tarin, aucune raison pour qu'il continue à respirer : et bourré, le mec, par-dessus le marché !

Procureur de l’État de São Paulo, Campos de Carvalho n'avait pas choisi de passer inaperçu avec son troisième roman : contre toute précaution mondaine, il y mettait en scène un personnage en roue libre, rescapé de la Première Guerre mondiale rendu à la vie civile, et désertant la raison commune. Au point de fréquenter, en guise de home un cimetière, et en guise de femme la fille bancale et mentalement déficiente du gardien d'iceluy. Epris (?), il va la prendre sur une tombe. De quoi finir au commissariat.
Par certains aspects, avec cette vacherie de vacherie, on n'est pas loin du Jérôme de Jean-Pierre Martinet, du Pétersbourg de Biély, en plus court et en moins poétique sans doute, avec une folle énergie en plus. Le livre reste étrange en diable, glaçant parfois lorsque les images de la guerre percutent les aperçus que le personnage peut encore avoir de la sexualité ou des simples rapports humains. Issu d'un monde sans espoir, le narrateur parle sans frein, raisonne sans raison, hallucine avec les sentiments qu'il parvient non sans mal à éprouver. Ce n'est pas une "gueule cassée", c'est une "âme fêlée" comme on en rencontra tant après l'épisode des tranchées (on en reparlera).
Emprunté à un tableau de Jean Dubuffet, le titre du roman n'est pas la moindre bizarrerie de l'ensemble, mais il n'estompe pas au bout du compte le cas profondément humain et profondément dingue de ce narrateur qui ne pense plus que par miracle, sans se soucier des conventions sociales et des règles qu'il s'agirait de respecter encore : la guerre a tout brûlé.

"Toute cette philosophie pour ça !"




Walter Campos de Carvalho La Vache au nez subtil, traduit du portugais du Brésil par Emmanuel Tugny. — Paris, Léo Scheer, coll. "Laureli", 104 pages, 16 €


A voir ensuite, naturellement, pour vérifier...
La Lune vient d'Asie, traduit du brésilien par Alice Raillard. Préface de Jorge Amado. — Paris, Albin Michel, 1976.
La Pluie immobile, traduction par Alice Raillard. — Paris, Albin Michel, 1980, 160 pages, 6.40 €



dimanche 27 novembre 2011

Gloire immortelle d'Ernest Menault

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Il fut un temps où le Préfet maritime se trouvait joliment affublé du surnom de "Gribouri". N'allez pas le répéter. A l'origine de cette vêture, un petit livre publié par Jean Le Mauve à l'enseigne de l'Arbre et l'habitude du Préfet de gribouiller façon médecin de campagne sur ses carnets d'un écriture microscopique et mal aisément déchiffrable pour tout autre que lui-même. Le livre de Jean Le Mauve, un superbe petit objet soigné sur papier clair comme l'air par beau temps avait pour titre De l'écrivain ou gribouri (1997), et il était signé d'Ernest Menault.
Extrait d'un fort sérieux traité d'entomologie agricole, Les insectes nuisibles à l'agriculture et à la viticulture (Paris, Jouvet, 1866), il mettait en scène la raya des bestioles qui infecte les champs et détruit les récoltes. Entre le doryphore et l'hylastre du trèfle, non loin du chlorops ciselé, on peut y trouver un chapitre éloquent consacré à l'eumolpe, dit aussi Gribouri, dit aussi l'Ecrivain.
Tout l'intérêt de la réédition de ce chapitre résidait dans le fait que l'analogie entre la bestiole et l'homme de lettres prenait des tours facétieux sous la plume d'Ernest Menault, qui ne dut pas se priver d'insister, l'air de rien, notamment lorsqu'il évoquait les moeurs de la bébête. La description technique de l'engeance est la suivante :

Eumolpe de la vigne

(Eumolpus vitis. — Ecrivain ou Gribouri de la vigne)

Genre d'insectes coléoptères, encore appelé gribouri ou écrivain (Bromius vitis, Adoxus obscurus, A. vitis), et qui attaque la vigne. Il a 5 à 6 millimètres de longueur et 3 millimètres de largeur; il est d'un noir mat. Ses élytres, arrondis sur le dos, sont couverts de stries ponctuées et de couleur rouge brun. L'insecte parfait paraît en avril-mai ; il dévore surtout les feuilles, en découpant en tous sens avec ses mandibules de petites lanières ayant vaguement l'aspect de caractères d'écriture, ce qui l'a fait appeler écrivain ; il ronge aussi les bourgeons, les grains encore verts, les rameaux. En août, la femelle pond une vingtaine d’œufs au pied du cep, sous l'écorce ; les larves qui en résultent pénètrent dans le sol et dévorent les racines ; elles ressemblent à des sortes de petits vers blancs; elles hivernent en terre, puis, au printemps, elles montent dévorer les jeunes pousses de la vigne. Destruction 1° Ramasser les insectes parfaits en secouant le matin les souches au-dessus de l'entonnoir à insectes. 2°Pour détruire les larves, on injecte dans le sol du sulfure de carbone, à la dose de 250 à 300 kilogrammes par hectare. 3° On peut aussi enfouir dans le sol des tourteaux de moutarde ou de sésame (2000 à 3000 kilogrammes a l'hectare) pour chasser les insectes.


Quant à ses mœurs qui vous paraîtront si proches de celles de certains êtres de papier...

La vigne est attaquée par le Gribouri ou Écrivain ; cet insecte qu'on nomme encore écrivin, escrippe-vin, grippe-vin, besin, diablotin, eumolpe de la vigne, a causé souvent de grands ravages dans les vignobles de la Bourgogne, du Beaujolais, de la Champagne, de l'Île-de-France, du bas Languedoc, etc. Il apparaît aussi, de temps à autre, dans les vignobles du Bordelais. (...)

I. Caractères et mœurs de l'écrivain ou gribouri

L'Écrivain ou Gribouri est un très petit coléoptère. C’est à bon droit qu’on l’a regardé comme un Hanneton en miniature. IL est très nuisible aux vignes (…) L’écrivain à l’état d’insecte parfait est rustique ; il ne craint ni la chaleur ni la pluie. Il subit plusieurs transformations pendant le cours de son existence. (…) C’est toujours quand les bourgeons sont développés que l’écrivain apparaît à la surface du sol pour grimper le long des ceps, atteindre ensuite les jeunes pousses, ronger les feuilles et détruire en partie les nouvelles grappes. L’accouplement a lieu pendant le mois de juin. Le Gribouri saute plus qu’il ne vole. C’est pourquoi un certain nombre de vignerons le désignent encore sous le nom de diablotin. Les mâles et les femmes ne meurent pas toujours après l’accouplement et la ponte. Un assez grand nombre des uns et des autres continuent à résider sur les vignes. Alors, s’attaquant au parenchyme des grandes feuilles, ils y font dans tous les sens des découpures irrégulières, bizarres même, qui rappellent un peu les anciennes écritures. Ce sont ces entailles allonges et étroites qui les ont fait appeler Écrivains. Les découpures faites dans les feuilles par l’Écrivain sont ordinairement droites ; mais comme elles vont dans des directions diverses, il arrive souvent que, par leur réunion, elles forment des V, des A, des L, des I, des N, etc., lettres qui justifient bien le nom qu’on a donné depuis longtemps à cet insecte. L’Écrivain à l’état parfait se laisse tomber à terre avec une grande facilité, si on le touche, ou si l’on se dirige vers lui. Alors il se contracte, rapproche ses pattes de son corps et contrefait le mort. A cause de sa petitesse et de sa couleur, il est difficile à trouver, parce qu’on le confond très aisément avec le sol, surtout lorsque la couche arable est brune ou calcaire rougeâtre, et aussi parce qu’il se cache très promptement en terre. — Le Gribouri disparaît vers la fin d’août ou au commencement de septembre.



Juste avant la saison des prix, curieusement...

BIen entendu, nous classons Ernest Menault parmi les humoristes qui avancent masqués.


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mercredi 18 mai 2011

L'étrange cas de Ray Nyst, par René Fayt

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René Fayt a le don de dénicher des curiosités, des auteurs oubliés et coruscants (Hector France, par exemple, car c'est aussi à lui que l'on doit la relecture de Sous le burnous !). Bibliographophile de Belgique, il a produit dans Le Livre & l'estampe (LVI, 2010, n° 173-174) un article conséquent sur le cas étrange de Ray Nyst, auteur des plus bizarre du catalogue Kistemaeckers.
Autour des exemplaires d'une plaquette "sans titre" étrangement présentée, R. Fayt démontre une fois encore que l'éditeur Kistemaeckers ne fut pas le moins audacieux des bibliopoles. Ce livre, un grand in-quarto (19/25 cm) dont la couverture est illustrée par G. Baltus et coloriée à la main, présente la particularité de n'avoir pas de titre en première de couverture mais un dessin dont tous les exemplaires portent une version différente et un texte qui dit ceci :

Enfermé tout à coup, par la/ pensée, dans une vision du monde entier, tourbil-/lonnante, colorée, vivante, énorme, je sentis mes/ yeux tournoyer de vertige,

Publié en 1889, cette première publication du jeune Raymond Nyst (1864-1948) ne manque donc pas d'allure. Son auteur eut (évidemment) un parcours singulier : journaliste ésotérique, ami des peintres symbolistes, philosophe fumeux et candidat théosophe à la mode du Sâr Péladan, il fera dans le journalisme une carrière de pacifiste... bientôt rendu à ses écritures "cavernicoles" (R. Fayt).
Un personnage, en somme.

mardi 2 novembre 2010

Maurice Barrès parle de Louis Ménard et de Jean Barès, réformateurs de l'orthographe

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Louis Ménard nous avait apporté une belle étude : Les classes dirigeantes et les ennemis de la société. Il désira qu'elle lût orthographiée d'après son système. Il fallut plus de cinq épreuves pour arriver à maintenir les fautes que la grammaire réprouvait, et que Ménard exigeait. Quand le secrétaire de rédaction, enfin, eut obtenu le bon à tirer, le public se fâcha: « Quel charabia incompréhensible ! » Et Ménard se désolait : « Ils ont encore corrigé mes fautes. »
Il y a du défi au public dans cette extrémité d'un homme de grand goût gâtant son oeuvre à plaisir. Une part de responsabilité est imputable à mon homonyme M. Jean Barès, qui est venu de Colombie à Paris pour réformer le français. Un galant homme, d'ailleurs, et qui donne de toutes les manières l'exemple du sacrifice. Il consacre ses revenus à subventionner ceux qui écrivent aussi mal que lui, c'est-à-dire qui suppriment les lettres redoublées, et même, pour donner l'exemple, il s'est exécuté, il a supprimé un r dans notre nom. Mais pourquoi ne s'appelle-t-il pas Jan, comme jambon ?

Puisque toute manière d'écrire est conventionnelle, je ne perdrai pas mon temps à apprendre une nouvelle orthographe. L'honorable Colombien me dit qu'il y a des règles compliquées et des mots difficiles. Eh ! monsieur ! qui vous empêche de faire des fautes ? On ne vous mettra pas à l'amende.
Je souhaite que M. Jean Barès échoue dans son apostolat. Pour tout le reste, mes voeux l'accompagnent, car il plaisait beaucoup, je dois le reconnaître, à mon vénéré maître Ménard. D'ailleurs nous devons à ce fâcheux M. Barès une page délicieuse. Je veux la transcrire, charmante et bizarre, telle qu'il l'a donnée dans le Tombeau de Louis Ménard.

« Malgré tous ses déboires, Ménard avait conservé un fond de gaîté... Lors de sa dernière vizite au Réformiste (c'est le journal de M. Barès), nous cauzâmes longuement de la réforme, de la vie et même de la mort q'il sentait venir.
« — Je suis vieus et bien cassé, me dizait-il, néanmoins une bien grande et bêle dame est devenue amoureuse de moi et a solicité mon portrait.
« — Diable, lui dis-je, céte dame ne semble pas vous croire aussi cassé qe vous prétendez l'être.
« — Je n'en sais rien, me dit-il, mais le fait est vrai.
« — Mon cher maître, je n'en doute pas.
« — Oui, je vois qe vous en doutez, et pour qe vous n'en doutiez plus, je vais vous dire son nom.
« — Comme vous voudrez.
« — Eh bien ! la dame en qestion n'est autre qe la ville de Paris qi m'a demandé le portrait dont je vous ai parié pour le placer au muzée du Luxembourg.
« Aussitôt son explication terminée, le cher Maître se mit à rire et je fis comme lui, bien qe ce fût un peu à mes dépens.
Un moment plus tard Ménard reprenait :
% « — La ville de Paris n'est pas la seule dame qi me dézire, je suis aussi courtisé par une autre. Cete dernière est moins bêle, mais èle est encore plus puissante, ce qi ne suffit pas à me la faire aimer. Néanmoins, èle sait qe je ne la crains pas. Voulez-vous savoir son nom ?
« — Je veux bien.
« — Ele s'apèle la Mort.
« Hélas ! les deus amoureuzes de l'inoubliable et grand Louis Ménard ont obtenu satisfaction : l'une a reçu le portrait et l'autre a emporté l'original. »

Quelle charmante histoire, n'est-ce pas, mais quelle cacographie !




Maurice Barrès Le Voyage de Sparte. - Paris, F. Juven, 1911, pp. 30-33.

Louis Ménard sur Livrenblog

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