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jeudi 10 mars 2016

Petite Bibliographie lacunaire de Gabriel Pomerand

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Parce que des Parques perverses veillent à la non divulgation de l’œuvre de Gabriel Pomerand, il n'y a pas de raison que nous ne nous autorisions pas à balancer la purée bibliographique. Il y a trop longtemps que nous attendons des publications (à l'instar de ce qui arrive aussi à ce pauvre Claude Pélieu dont les inédits se promènent dans des poches peu partageuses).
Il semblerait qu'un cachalot se soit allongé sur le trésor pour y crever. Allez donc dépecer le cadavre ! Avant que cela ne commence à sentir, voici des pistes qui donneront peut-être envie aux uns et aux autres d'aller voir par eux-mêmes l'oeuvre singulière de ce premier prix du Festival du court métrage, fondateur du lettrisme et suicidé le 26 juin 1972 dans le XVIIIe arrondissement de Paris (ce qu'infirme l'état civil) ou à New York - les légendes affolent autant que les livres cultes.
Créateur avec Isou du lettrisme en 1946 Gabriel Pomerand a alors la vingtaine. Comme l'écrit Christophe Bourseiller, le groupe lettriste est dès le début "un foyer d'émergence de la conscience homosexuelle". (Vie et mort de Guy Debord, p. 102). Il est alors domicilié rue Saint-Benoit et manifeste un talent certain pour la provocation, dont sa bibliographie porte la trace.

C
L’appréciation suivante fut écrite par Isidore Isou (Bizarre, 1964, numéros 32-33). On y ajoute donc nulle foi, mais on la cite tout de même, pour information.

L’un des premiers membres du groupe lettriste, l’un de ceux qui se sont dédiés à notre domaine avec une foi et une puissance d’action remarquables, a été l’auteur de la Symphonie en K, au point qu’on peut affirmer qu’il y a dans l’histoire du lettrisme une véritable période Garbriel Pomerand.
Si Isou était décidé à propager l’art des phonèmes par tous les moyens, y compris l’intervention scandaleuse, assuré d’avance que cette démarche quotidienne ajouterait à son apport intrinsèque une légende spécifique qui rappellerait par certains points les légendes des grands hommes et des grands mouvements littéraires passés, c’est Pomerand qui a paré notre histoire de quelques-uns de ses plus beaux éclats, de quelques-uns de ses plus émouvants rayonnements.
(…) S’il participa au premier rang à toutes les manifestations et protestations de notre mouvement, de 1945 à 1950, depuis la première soirée lettriste à la Salle des Sociétés Savantes, le premier collage de tracts dans le sixième arrondissement contre la poésie rétrograde de la résistance et le grand scandale du Théâtre du Vieux Colombier à l’occasion de la Fuite de Tristan Tzara, qui vit répandre notre nom et notre conception dans la presse du monde entier, il fut surtout le promoteur principal de maintes manifestations importantes, depuis les Conférences de la Salle Rochefort et de la Salle de Géographie, où fut lu l’essai sur la peinture lettriste, jusqu’aux réunions de la Librairie de la Porte Latine, siège qui’il avait trouvé, pour en faire le bureau central de notre groupe et dont il resta le grand animateur.
Ce fut lui encore qui représenta les lettristes à la fondation du Tabou, ce lieu à jamais célèbre pour cette époque, et qui y vint chaque soir réciter des poèmes phonétiques, en enrichissant notre légende d’un volet social inédit, d’une dimension noctambule, et en offrant à ce lieu une raison d’immortalité, car il se perpétuera plus sûrement à cause de l’archange de notre groupe qu’à cause de tel ou tel ersatz philopophique ou versificateur.
Sur le plan des oeuvres, Pomerand nous a déja donné de nombreux poèmes très intéressants, mais surtout cette passionnante "Symphonie en K," qui est la première chorale ciselante, le premier morceau ciselant à plusieurs voix et dont certain fragment déjà classique est souvent récité de mémoire par de plus jeunes lettristes.
(…) On croirait que Pomerand, comme Marcel Duchamp à une certaine époque, est en train de jouer une interminable partie d’échecs, si l’on ne savait pas qu’il continuait à produire des poèmes phonétiques, à peindre des toiles hypergraphiques, à demeurer par son travail essentiel lié à une doctrine et à une école auxquelles, peut-être, un jour il saura de nouveau dédier ses possibilités de réalisation quotidienne en vue d’une meilleure propagation de notre système de valeurs de de nos accomplissements concrets.


Bref, plus qu'aucun, et avec l'auteur du Tombeau de Pierre Larousse et J.-L. Brau, l'une des trois figures majeures du Lettrisme et régions circonvoisines. Grâce à Patrick Fréchet qui nous ramène à la vérité biographie, il faut ajouter que Gabriel Pomerand, né Pomerane le 13 juin 1925 à Paris 12e, fils de Icek Pomerane et de Rajka Wajbrot, est décédé le 26 juin 1972 à 12 h 30, 24, rue de l'Arbre Sec, Paris 1er. Il est bon de partir sur des bases solides.


Bibliographie lacunaire de Gabriel Pomerand

Ouvrages
Le Cri et son archange. - Paris, Fontaine, 1948, 110 p. n. c. 480 exemplaires numérotés sur papier pur chiffon et 20 exemplaires de tête numérotés hors commerce.

Testament d'un archange déçu (lithographies de Jean Loiseau). - Paris, Fontaine, s.d. (1948 uoo 1949).

Les méditations d'un bâtard (Ou Les Divertissement d'un Archange). - Paris, Les Presses Littéraires de France, 1949 (a. i. 28 juin). En feuilles 280 x 230 mm, couverture imprimée rempliée. Édition originale. le tirage comprend quelques exemplaires hors commerce sur pur chiffon à la forme comme les 20 numérotés de tête, et 80 sur alfa du Marais. Faux-titre de liaison entre la couverture et la page de titre qui mentionne "ou les divertissements d'un Archange". "On dirait du Dali en lettres" admettait un libraire, une "sorte de délire poético-métaphysique teinté d'érotisme".

Lettres ouvertes à un mythe (ou les enfantillages d'un amoureux transi. - (Paris), Aux dépens d'un amateur, 1949, 72 pages. Rare ouvrage publié à 203 exemplaire sur Cabrol à la main. Le foliotage est manuel (stylo bille) et suivi des lettres "ff".

Notes sur la prostitution. - (Paris,) Aux Dépens de la morale (imprimerie Bernouard), 1950, in-8, br., 185/240 mm, n.p. Tiré à 267 ex. num. dont 235. sur crèvecoeur du Marais.

pomerandconsiderations.jpg Considérations objectives sur la pédérastie. Conférence interdite par le Préfet de police. Les Sexes mal famés. - P., Aux Dépens du Public, (Imprimerie Bernouard), 1949, in-8 carré, br., n.p. (70 p.) E.O. 1000 ex sur vélin blanc Francia et 40 exemplaires sur grand papier. On trouve aussi des notices avec cette référence : "Chez l'auteur, Paris, 1949" ou "Paris, Eigendruck, 1949". La chronique rapporte que le 30 novembre 1949, Gabriel Pomerand souhaitait donner une conférence à la salle d'Horticulture. Il la publia le 15 décembre en y agrégeant en préface l'arrêté et en annonçant une nouvelle conférence pour le 19 décembre suivant au théâtre du Vieux Colombier avec les chœurs de Francois Dufrêne. Cette longue conférence ne fut donc jamais prononcée et valut à son auteur un emprisonnement.

"Né sous le signe du cri, je ne prononce de mots qu'autant qu'ils sont des cris et peuvent encore effrayer par leur pouvoir."

SaintGhettooftheLoans.jpg Saint Ghetto des prêts. Dessins de l'auteur. Grimoire. Préface de Jacques Baratier. - Paris, O.L.B. (Odette Lazar), (1950). 290x227 mm, non paginé (120 p.), illustré de 48 planches en noir, une pour la couverture et 47 en regard du texte, chacune constituée d'une multitude de petits dessins où se mêlent des chiffres et des lettres.

"Chacun des signes qui composent cet ouvrage, je l'ai extirpé de son néant comme un homme obligé d'inventer la sagesse. Il faut que les significations soient enfermées sous cinquante couvercles et portillons et que les sésames en soient perdus".

pomerandtestament.jpg Le Testament d'un acquitté, précédé de ses aveux publics. - Paris, R. Julliard, coll. "La Porte ouverte", 1951, br., 118x187 mm, 105 p.

Antonio hors de galaxie. - Paris, Jacques Loyau,1954, in-8 oblong, broché, couverture illustrée d'un portrait par Dessirier et d'un dessin de Cocteau au second plat, non paginé. Edition originale, tirée à 100 exemplaires dont 15 tirés pour le plaisir de l'auteur avant 85 de souscripteurs présumés sur vergé. Monographie consacrée au danseur de flamenco Antonio Gades et illustrée de 6 photographies contrecollées. Bandeau de l'éditeur. Hormis sa préface, ce recueil d'hommage au danseur espagnol, "évoqué à grand renfort de Greco, de Goya, de Picasso, de Don Quichotte & de Lorca", n'est imprimé que sur les bonnes pages.

Les Puérils. - Paris, Robert Laffont, 1956, in-12, br., 247 pp. Un exemplaire du S.P. a circulé avec cet envoi autographe signé "a Mr Jean-Paul Sartre qui n’aura pas le temps de lire ce texte".

"Une certaine jeunesse aujourd'hui tient Hollywood pour l'Olyumpe et les vedettes pour des dieux. Le héros de ce roman, Constant, un petit vendeur de cacahuètes, va tenter de devenir un dieu à son tour."

pomerandpetitphilosophe.jpg Le Petit philosophe de poche. Textes réunis par Gabriel Pomerand. - Paris, Le Livre de Poche. 1962, 110 x 165 mm. 435 pages. Coll. "Le livre de poche encyclopédique" (n° 751-752). Couverture Souple illustrée.

Collectif Lettrisme & Hypergraphie (Altmann - Brau - Dufrêne - Hachette - Isou - Jessemin - Naves - Pomerand - Roderdhay - Sabatier - Spacagna - Studeny - Vronski - Wolman). - Paris, Galerie Stadler, 1964.

Le D. Man. - Paris, Christian Bourgeois, 1966, 120/199 mm, 174 p. 27 exemplaires numérotés sur alfa mousse Navarre. Un procès conduira l'ouvrage à l'interdiction et à la destruction partielle.

Le Petit philosophe de poche. Textes réunis par Gabriel Pomerand. - Paris, Le Livre de Poche. 1970, 110 x 165 mm. 435 pages.

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Le Petit philosophe de poche. Textes réunis par Gabriel Pomerand. - Paris, Le Livre de Poche. 1976, 110 x 165 mm. 435 pages.

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Le Petit philosophe de poche. Textes réunis par Gabriel Pomerand. Paris, Le Livre de Poche. 1985.

gabrielPomerand.jpg Le D. Man. - S.l. (Lyon), les Livres de Nulle part, 1994, 150/100 mm, n. p. (44 p.) Edition tirée à 99 exemplaires hc. Reproductions d'une manchette "alerte à la drogue qui rend fou" concernant l'arrivée en France du LSD 25.

Considérations objectives sur la pédérastie. Conférence interdite par le Préfet de Police. Les sexes mal famés. - Lille, Cahiers GKC (GayKitschCamp), 1995. Reprint de l'édition de 1949 équipé d'une postface de Patrick Cardon. une autre édition aurait paru en 2001.

Le Petit Philosophe de Poche. - Paris, Le Livre de poche, 1996 (nouvelle impression).

Edition collective Conférences. discours d’un terroriste, notes sur la prostitution, considérations objectives sur la pédérastie, Cahiers de l’externité, 1998 ou 1999, 104 p.


En revues
Psyché (n° 20, juin 1948), numéro spécial sur la poésie, "Trois suicidés significatifs : Jacques Vaché, Jacques Rigaud, René Crevel" p. 698-701.
Idem, "L'exemple de Franz Werfel devant la souffrance sociale" p. 701-702 "Opus XXVI. Fragment d'oratorio extrait de “Paris, ton décor fout le camp". (Désordre) film documentaire. Ouverture du trio en A, Taratata", UR (n° 1, Paris, 1950). La Gazette des lettres (n° 12, 15 sept. 1951).
La Gazette des lettres (n° 13, 15 octobre 1951).
"La Légende cruelle", décembre 1950, ION. Centre de Création (n° 1, n° spécial sur le cinéma, seul paru). Dir. Marc-Gilbert Guillaumin. Paris, avril 1952).
Internationale lettriste (n° 1, Paris, décembre 1952). "Poème pour un film", UR, n° 3, Paris, 1953).
"Observez en vous chaque jour" Les Lettres nouvelles (n° 19, septembre 1954).
"Chanson d'amour en un pays lointain", Revue Lettriste, Paris, 1959.
"Sons de cloches en leur fidélité", Revue lettriste, 1959.
" Origine de l'humanisme" in Haute Société (n° 2, septembre 1960, p. 57).
La Parisienne (n°31, août-sept. 1955).
"Symphonie en K (extrait)", "La Musique Lettriste. (La musique lettriste, hypergraphique, infinitésimale, aphoniste et supertemporelle)", “La Revue Musicale“ (Paris, Richard-Masse, 1971, n° 282-283, p. 91-94). "Sons de cloches en leur fidélité", in J.-P. Curtay, La Poésie Lettriste. - Paris, Seghers 1974, p. 206-207.
"Voici les paroles que prononça le dionysiaque. (Premier partie de la conférence de Gabriel Pomerand, à la séance lettriste du 22 décembre 1947 à Paris, salle des Sociétés savantes), Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 93-95).
"Considérations objectives sur la pédérastie (Extraits de la "conférence non prononcée le 30 novembre 1949 à la salle de la Société d'Horticulture"), Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 98-101).
"Notes sur la prostitution. Aux dépens de la morale". Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 96-97).
"Le Théâtre. Tableau-Méditation numéro 2 (Traduction du texte transcrit en signes métagraphiques (1952)" Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 102-103).
"La Légende cruelle", Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 159-166).
"Concerto en K Opus VII" Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 104
"L'Indifférent miraculé", Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 105
"Le million du Cocu", Supérieur Inconnu (n° 6, janvier-mars 1997, p. 106-107

Gabriel Pomerand a contribué à Combat, Le Nouvel Adam, L'Orient (Beyrouth), La Gazette des lettres (n° 12, 15 sept. 1951 et n° 13, 15 octobre 1951). - Haute Société (septembre 1960, n° 2) - La Dictature lettriste (secret.-réd.) - Haute Société (n° 3, 1960) - La Parisienne - La Parisienne, Revue Littéraire Mensuelle, N° 31, août-sptembre 1955 - La parisienne, N 24, janvier 1955

Collectifs François Letaillieur (éd.) POMERAND (Gabriel) et BRAU (Jean-Louis) et SPACAGNA (Jacques), Galerie 1900-2000, 1997-2004. Trois volumes in-12 br. et agrafés sous coffret carton éditeur. Chaque volume richement illustré, est accompagné d'un texte, d'une chronologie historique, d'une bibliographie par François Letaillieur. Indispensable pour comprendre le Lettrisme.

Qu'il soit né le 13 juin 1925, à Paris, est officiel. Cette date, ce lieu sont indiqués dans son acte de naissance, de baptême, l'acte de naissance de sa fille, repris dans son acte de décès, sa notoriété. La date du 16 juin 1926 est indiquée dans un prière d'insérer de Julliard et celle du 13 juin 1926 dans un testament daté de 1970. Cette date, publiée dans Opus en 1972, sera reprise à la suite." (p. 6)

Internationale lettriste (Serge Berna, Jean-Louis Brau, Guy-Ernest Debord, Gil J Wolman), Finis les pieds plats (29 octobre 1952) Jean-Isidore Isou, Maurice Lemaître, Gabriel Pomerand "Les lettristes désavouent les insulteurs de Chaplin", Combat, 1er novembre 1952 Dictature lettriste (n°. 1, Paris, 1946).

A dater
Les Lettres Nouvelles, n°9, rubrique "Pastilles": "Lettre de Paris".
Idem, n°10, "Correspondance avec sa mère, de Marcel Proust".
iIdem rubrique Variétés : "Un fait-divers"
Idem, n°14, "Dessins indiens du Tumuc-Humac-par Francis Mazière"

Sur Gabriel Pomerand
Guy Marister, "Naissance du lettrisme", Combat, 5 juillet 1946.
Jacques Derogy, sur la condamnation de P. Libération, 3 mai 1950.
Justin Saget sur Le Cri et son archange, Mercure de France, 1er octobre 1948.
Justin Saget sur Lettres ouvertes à un mythe, Mercure de France, 1er juin 1949.
Jean Cau, Sans critique ni littéraire, Opéra, 17 janvier 1951.
Claudine Chonez sur S.G.des P., Les Nouvelles littéraires, 14 juin 1951.
Justin Saget, (testament), Mercure de France, 1er mars 1952.
Isidore Isou (1960-1962, Bizarre, n° 32-33, 1964.
Jean-Paul Curtay, Gabriel Pomerand, Isidore Isou, La Poésie lettriste. - Paris, Seghers, 1974, 380 p.
"Visages de l'avant-garde" (1953), inédit de l'Internationale lettriste, publié chez Jean-Paul Rocher en 2010.


Prix
Premier prix au festival international du court métrage (La Légende cruelle sur les peintures de Léonor Fini)


Documents "Epreuve d'un carton d'invitation : "Vous êtes convié à la conférence de Gabriel Pomerand, intitulée "Considérations objectives sur la pédérastie" qui aura lieu le mercredi 30 Novembre 1949 à 21 heures à la société d'Horticulture, 84 rue de Grenelle, métro : rue du Bac. Participation aux frais".

Conférence interdite comme étant susceptible de troubler l'ordre public. Pièce probablement unique."




C

dimanche 29 novembre 2015

Manger pour lui

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Spécialiste du bizarre émo, Vladimir Sorokine s'intéresse à la nourriture une nouvelle fois. Après Le Lard bleu (2007), livre condamné pour pornographie en Russie, il met en scène un louche ex-prisonnier de goulag, Bourmistrov, qui propose à une jeune femme de la regarder manger, moyennant rétribution. Naturlich. Devenu rituel, ce moment curieux, et de plus en plus, se déroule d'abord dans un train, puis dans des appartements dont le luxe augmente sensiblement le temps passant. Puis vient le temps où la nourriture à consommer n'est plus que virtuelle, et à celui où la violence s'invite brutalement.
Fable efficaces sur les ravages de la puissance aveugle et de la richesse mal acquise — et leçon sur les désillusions et douleurs dont ceux qui profitent de l'argent des prévaricateurs souffrent toujours un jour ou l'autre —, cette Soupe de cheval ressemble à s'y méprendre à un pamphlet.



Vladimir Sorokine La Soupe de cheval. Traduit du russe par Bernard Kreise. - Paris, L'Olivier, 112 pages, 13,50 €



lundi 4 mai 2015

Zone à croquants

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Le Croquant indiscret est de retour ! Non plus chez les aristos et les emperlousées du XVIe mais bien parmi les siens les plus malchanceux : dans les zones vraiment mystérieuses de Paris, ces villes sans tour Eiffel ni brasseries de luxe placées entre la ville et la banlieue, entre les haussmannités du bourg et les craquelés d'Aubervilliers, ces XIXe et XXe arrondissements de Paris où les snobs peinent à mettre un pied. Des fois qu'on les détrousse. Mais Jacques Réda et Richard Gotainer y vivent paisibles depuis si longtemps qu'il ne leur viendrait pas l'idée de faire la promo de leur havre situé au beau milieu de ces Huit Quartiers de roture dont va nous parler Henri Calet.
Si les pirates ont calté comme Casque d'or depuis lurette, on n'y voit guère de touriste, hormis pour admirer l'immeuble en couleurs bizarre du haut de la rue de Pixérécourt. Il n'existait pas au temps du reportage que Calet effectuait pour le "Programme parisien" de la radio à l'automne 1952 — on nous en sert ici un bon bout sur CD afin de nous mettre dans l'ambiance — non plus que lors de la rédaction des articles réunis.
Evidemment, tout ça n'est pas gai-gai, même si le Lac Saint-Fargeau, la guinguette de Serette agrémentée d'un lac artificiel fut le plus grand cabaret de France à la fin du XIXe siècle...

On a asséché, comblé le lac factice, rasé Les Montagnes françaises, supprimé L'Île d'amour. A la place de tout cela, il n'y a plus que de hautes bâtisses de briques rouges, pareilles à celles que l'on a édifiées tout autour de la ville. En cherchant, je ne trouvai plus qu'un gros tilleul qui déborde sur la chaussée. C'est ce qui demeure encore du bal le plus élevé de Paris. Où va sautiller maintenant la jeunesse courageuse de Ménilmontant et d'ailleurs ?

Et puis ces rues manquent de grands hommes — pourtant "Cartouche y fréquenta". Pas de hauts faits, pas de bustes qui, comme l'écrivait Francis de Miomandre, survivent aux villes. Juste le souvenir des bals de la place des fêtes, et la Villa des otages de la rue Haxo où furent fusillés les otages de la Commune, avec plus bas, au Père-Lachaise, son pendant, le Mur des fédérés. Quant au gibet de Montfaucon, il n'a pas de plaque. Non plus que la guillotine de la Roquette d'ailleurs. On voudrait nous faire croire que ce sont des quartiers sans grandeur...
Son Paris Guide de 1867 en main, (Alexandre Gastineau ou Charles Monselet scripsit), Calet enquête, furète, comme il sait faire. Il retrouve la trace de sa famille, et sa propre trace : petit on l'a photographié, langes nouées à une grille pour le maintenir, devant une boutique d'écrivain public nommé Henri Calet du côté de Stalingrad. Et c'est ce qui fait tout le charme de ces reportages dans Paris, son intérêt personnel pour son sujet. Son goût de la retrouvaille avec un passé éteint. Alors, si, en effet, ses références sont parfois un peu erronées, ça n'est pas l'essentiel. Le croquant s'immerge et note bien mieux que beaucoup d'historiens.Il semble que la tristesse soit partout. Au même moment, Jacques Audiberti est en reportage dans les "îlots insalubres"* que l'on va finir par abattre. Et Jean-Paul Clébert trouva sa propre zone du côté de la Porte des Lilas. Mais chez Calet, il y a la vie et, toujours, de quoi admirer.
D'ailleurs Curzio Malaparte corrobore. Dans son Journal d'un étranger à paris, il a vécu en 1947 chez son amie Cécile près du canal. Il y a fait des constats identiques :

"Nous sortons sur le quai, passant devant les tristes, les misérables passer de cette ruelle entre le canal et la rue Rouvet. Des femmes en cheveux sont aux fenêtres, respirant l'air saturé de brouillard et l'odeur lente et lourde du canal. Des enfants jouent, assis sur le seuil des taudis. C'est un pan de Naples, mais d'un Naples prises, déjà nordique, avec quelques de belge, de flamand, et ce ciel gris où les arbres, au-delà du canal plongent leurs cimes immobiles, aux feuilles brillantes comme du laiton, sans mouvement, arrêtées, prises dans le ciel brumeux comme une aiguille à piqûres dans un tampon d'ouate.''


Calet lui répond ceci :

En vérité, il faut y être appelé par une sorte de voix secrète, ou bien y être plus ou moins attaché par des racines. Il m' bien semblé reconnaître parfois, dans une de ces rues, cette espèce de brume grisâtre que j'ai bue étant tout petit : c'est mon lait. Ne suis-je pas né officiellement dans le passage Julien-Lacroix?
Et d'ailleurs, ces quartiers ne sont pas si disgraciés que je l'ai dit. Je me suis montré injuste. C'est une question de saison. Oui, il suffit d'un peu de soleil pour transformer, embellir n'importe quelle ruelle, n'importe quelle impasse. Il la diapre instantanément, il l roule, comme on fait un beignet, il l'irise, il la dore, il la mordre, il l'argente, il l'ocre, il la cuit... Il suffit aussi quelquefois d'un sourire, ou d'une chevelure... C'est également une question d'heure. Il est des moments où l'on ne croise que des vieux, des éclopés, des ivrognes ou des paralytiques ; il en est d'autres, au contraire, où chacun de nous porte sans le savoir son auréole sur le derrière de la tête, telle une casquette mal mise. Il s'agit cependant des mêmes gens, dans les mêmes décors.


Faites-vous plaisir, suivez Calet !


Henri Calet Huit Quartiers de roture. (Petit guide des XIXe et XXe arrondissements de Paris). Edition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Baril. — Paris, Le Dilettante, 224 pages, 20 € CD inclus. En librairie le 6 mai.



Et aussi
Curzio Malaparte Journal d'un étranger à paris. Traduit de l'italien par Gabrielle Cabrini. — Paris, La Table ronde, "La Petite Vermillon", 360 pages, 8,70 €
Jacques Audiberti Paris fut. — Paris, Claire Paulhan, 220 pages, Epuisé.

dimanche 24 août 2014

Eloge du maquereau (René-Louis Doyon reparaît !)

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A l'occasion de la réédition le 9 octobre prochain du fameux Eloge du Maquereau de René-Louis Doyon (1885-1966) à l'enseigne des éditions Serge Safran, voici quelques définitions gracieusement offertes par l'Alamblog.
Serviteur.


La Curne de Sainte Palaye
1. Maquereau, Maquerel, Maqueriau. [Poisson : " Tout le maquerel et tout le harenc qui vient à Paris doit estre vendus à conte. " (Liv. des Mét. 270.) - " Et quand il (Jean sans Terre) vint loing en meir, si le (Arthur) rua enz aus maqueriaus pour avoir sa terre. " (Mén. de Reims, § 245.)
« ... Quant des poys demande,
On me fait feves ou pourreaulx ;
Se harens vueil, j'ay maqueraux. » (Desch. f. 493.)
" Maquereau bastard, " espèce de poisson marin ; en latin trachurus. (Cotgr.)

Furetière
MAQUEREAU. subst. masc. Poisson de mer qu'on pesche aux mois d'Avril & de May. Il est long & menu, tacheté de bleu & de noir. On en mange de frais & de Salé. L'eau dans laquelle on fait cuire les maquereaux est fort lumineuse quand elle est remuée. En Latin scomber. Ce mot vient à maculis, parce qu'il est fort tacheté. Quelques-Autheurs modernes l'ont appellé maquerellus.

Académie française (XVIIIe)
MAQUEREAU. s. m. Poisson de mer sans écailles, marqueté sur le dos, & qu'on pêche au printemps. Maquereau frais. Maquereau salé.
On appelle Maquereau, Certaines taches qui viennent aux jambes, quand on s'est chauffé de trop près.

Littré
1. MAQUEREAU (ma-ke-rô), s. m.
1° Poisson de mer à plusieurs fausses nageoires sur la queue et tacheté de diverses couleurs (scomber vulgaris, scomber scombrus, L.), dit aussi auriol, aurion sur les côtes de la Méditerranée ; il arrive en grandes troupes annuellement des contrées du nord. Le nom de groseilles à maquereau vient de l'usage d'employer ces fruits comme condiment de ce poisson.
Maquereau chevillé, maquereau qui cesse d'être plein après avoir déposé ses oeufs, et dont la chair a perdu une grande partie de ses qualités.
Maquereau bâtard, le saurel, poisson huileux des côtes de Normandie et de Picardie (caranx trachurus).
2° Taches qui viennent aux jambes quand on s'est chauffé de trop près (éphélides ignéales).
HISTORIQUE :
XIIIe s. Tout le maquerel et tout le harenc qui vient à Paris doit estre vendus à conte, Liv. des mét. 270.
XIVe s. Aiez un maquerel frais et decoupez par tronçons, Ménagier, II, 5. Se harens vueil je veux, j'ai maquereaux, EUST. DESCH. Miroir de mariage, p. 12.
XVIe s. Tes egnes aines et tes gigoteaux Sont marquetez de maquereaux, BAÏF, Passetemps, III, à Claudine.
ÉTYMOLOGIE : Pic. macrieu ; bourg. maiquereà, le maquereau, macria, la groseille à maquereau. On trouve le flamand makreel, le danois makrel, l'anglais mackrell ; mais les germanistes disent que ces mots viennent du français. On donne la même origine au kimry macrell. On regarde maquereau comme formé du latin macula, tache, à cause des taches que présente ce poisson ; et alors maquereau serait pour maclereau. On trouve dans le champenois le mot maquet, maquereau, et Scheler s'en autorise pour rattacher maquereau à maca, radical hypothétique du latin macula, radical qu'il trouve dans macquer. En définitive, l'origine du mot maquereau reste douteuse.

Dictionnaire de la langue verte d'Alfred DELVAU, 1883
MAQUEREAU. s.m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles.
Il est regrettable que M. Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.
Il y a longtemps qu'on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée ? Est-ce une corruption du moechus d'Horace (homme qui vit avec les courtisanes, moecha, fille) ? Est-ce le grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs, dans les mers du Nord ? Je l'ignore, - et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de M. Francisque Michel. Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, - par aphérèse.
MAQUEREAUTAGE. s.m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes ; maquignonnage. On prononce Macrotage.
MAQUEREAUTER. v.a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivent elles-mêmes qu'aux dépens des hommes. On prononce Macroter.
MAQUEREAUTER UNE AFFAIRE. Intriguer pour la faire réussir.
MAQUEREAUTIN. s.m. Apprenti débauché, jeune maquereau. On prononce Macrotin.

L'Argot fin de siècle de Charles VIRMAÎTRE, 1894
MAQUEREAU. Les uns croient que ce mot vient de l'hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c'est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles.
D'autres font dériver cette expression d'aquarius ou d'aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d'eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d'où nous avons fait, en ajoutant la lettre M. Maquariolus, et que de là s'est formé le nom de maquereau.
D'autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n'a été donné à l'un de nos poissons de mer que parce qu'il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu'il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu'un, mais l'expression s'applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes.
Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime.




René-Louis Doyon Éloge du maquereau. Édition présentée et annotée par le Préfet maritime. - Paris, Serge Safran éditeur, 160 pages, 8,50 €

vendredi 15 août 2014

Qu'est-ce que le futurisme ? (1920)

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Quand de bons bourgeois ou de bons prolétaires visitent les expositions des peintres modernes, quand ils voient ces tableaux aux couleurs éclatantes, pleins de lignes droites, de cercles et de cônes dont le sens leur échappe, ils haussent les épaules :
— C'est ridicule - ce sont des fous, — disent-ils.
Ou bien encore :
— Ces gens-là cherchent à se faire remarquer.
Les bons peintres bourgeois, prix de Rome et autres, qui dessinent consciencieusement et laborieusement leurs tableaux bien léchés, aux sujets bienséants, s'indignent :
— Ce n'est pas de l'art ! On se fiche du monde.
Et, cependant, le futurisme s'étend, gagne des adeptes, envahit les expositions, pénètre dans le théâtre, illustre les livres. Dans la République des Soviets russes, il est devenu quasi officiel : les décorations des rues, des fêtes, des palais y sont faites par des peintres futuristes.
Quel est le sens de ce mouvement ?
L'Europe entière, le monde même entier, traverse une période pré-révolutionnaire. La Révolution sociale qui a éclaté victorieusement en Russie gronde et se Prépare partout. Un mouvement formidable d'idées, une vraie révolution littéraire, artistique et morale, la précède, l'accompagne et la suit.
Les peintres, dans leurs recherches du beau, reflètent, comme les autres, l'âme de l'époque avec ses élans, sa négation du passé, sa foi en l'avenir.
Le futurisme, ainsi que son nom l'indique, est l'art de l'avenir. D'un avenir très proche, dirai-je, car, le moment venu, le futurisme cédera le pas à une autre forme dans cette marche vers la synthèse que suit l'art. Or, cette synthèse est réalisée, par moments, dans les œuvres de génie.
En Russie plus qu'ailleurs, la Révolution a été précédée d'un mouvement formidable d'idées. Dans la poésie, la littérature et la peinture une véritable révolution s'est opérée.
Dès 1911-1912, les expositions de Moscou, et de Pétrograd ont été envahies par des tableaux d'aspect bizarre. Leurs couleurs éclatantes plaisaient au public, car les Russes aiment les couleurs vives et ont transmis cet amour à l'Occident. Mais leurs dessus, incompréhensibles à la majorité, faisaient rire et s'indigner ce bon public qui se délecte cependant des stupidités les Plus naïves qu'on lui offre.
Une femme peintre, Natalie Gontcharowa, par son exposition, a bouleversé les idées courantes sur la peinture.
D'autres l'ont suivie.
Sept ans après, lors des fêtes socialistes de Moscou et de Pétrograd, des villes entières ont été transformées par ces peintres en énormes tableaux futuristes. Les coupoles dorées des églises, les murs du Kremlin, les costumes multicolores des gens du peuple russe s'accordaient à merveille avec les dessins hardis et nouveaux. L'art futuriste obtint une place dans la vie, comme le socialisme dans le monde.
Quel est donc cet art ? Que cherche-t-il à représenter ? Je l'appellerais volontiers « peinture psychologique ». En effet, cet art cherche non pas à reconstituer les objets tels qu'ils sont, mais à les représenter tels qu'ils se fixent ou se reflètent dans nos cerveaux. Les images réelles y sont remplacées par des images cérébrales.
Expliquons-nous.
Je suis dans ma chambre. Je vois par ma fenêtre des toits, un bout de ciel, des maisons, des personnages. Tous ces objets me sont familiers. Par leur répétition, ils ont formé dans mon cerveau une image permanente. Je cherche à la dessiner. Seuls, les détails qui me frappent, restent sur le dessin. Ils ne sont pas en proportion avec les dimensions réelles des objets. Ils sont sur le dessin comme dans mon cerveau. Ils sont inachevés. C'est ainsi qu'ils se conservent dans ma mémoire. Or, si on analyse la même image dans un autre cerveau, elle se présentera sous une forme schématique. Cette forme, tout en restant schématique, ainsi que l'importance de tel ou tel détail, peuvent varier à l'infini suivant l'individu.
Autre image : Je suis dans la rue. Je vois tout à la fois, mais il y a des choses qui me frappent. Si on examine mon cerveau, on y trouve des bouts de phrases entendues, des bouts d'images vues, des bouts de personnages dont l'aspect m'a frappé, des couleurs et des joies sans raison, des formes indéfinissables qui se meuvent, des émotions qui passent. Dessinons cet ensemble tel qu'il me frappe et on aura un tableau artistique exact de ce qui se passe dans mon cerveau.
Le futurisme est aussi l'art du mouvement. Quand nous regardons des objets qui se meuvent, leur image en nous est floue, leur forme indécise.
Ce que nous percevons surtout c'est le mouvement. Après viennent quelques formes que la rapidité du mouvement n'empêche pas de distinguer.
Regardez ci-contre le dessin de Gontcharowa : « Le Carrousel» (illustration des poèmes de A. Roubakine, en russe) : les chevaux de bois y apparaissent comme des fantômes, parfois éclairés, parfois en ombre, des silhouettes d'hommes s'y dessinent à peine. Ce que l'on sent surtout, c'est le mouvement.
La vie actuelle est d'une intensité inouïe et elle va en s'intensifiant. Les progrès techniques se précipitent, le rythme de la vie journalière est tel qu'un homme du XVIIIe siècle nous aurait pris pour des fous. La photographie n'arrive plus à fixer notre attention.
Il nous faut du mouvement : le cinéma en est l'expression. L'art ancien nous semble pareil à une seule image d'un film cinématographique arrêté. Il nous faut un art où le mouvement est exprimé comme il l'est dans un film. Il ne nous suffit plus de voir une phase du mouvement. Nous voulons sentir le mouvement tout entier. Le futurisme cherche à l'exprimer.

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Grâce à l'acuité de nos sensations, à l'habitude d'une vie rapide et intense, nous percevons à la fois de plusieurs côtés, plusieurs détails dans les objets.
Leur ensemble constitue notre image cérébrale de l'objet. Ainsi, en voyant un objet, arrivons-nous à percevoir ou plutôt à imaginer à la fois sa face antérieure et postérieure. Un détail, petit par lui-même, mais qui nous frappe, occupe dans cette image une place hors de proportions. Et, toujours, cette image est entourée d'autres, qui sont simultanées, qui se superposent, transparaissent, s'entrechoquent.
La mentalité révolutionnaire actuelle du peuple russe s'accommode très bien de ces nouvelles formes d'art. L'imagination de ce peuple, son amour des couleurs lui font comprendre et aimer ces recherches.
Les mille couleurs de Moscou, avec ~es maisons multicolores, ses églises dorées, ses murs blancs et rouges, constituent, pour le futurisme, un cadre particulièrement approprié. Le futurisme n'est pas un art définitif. D'ailleurs, l'art n'est jamais définitif. Le futurisme ouvre une ère nouvelle en harmonisant l'art avec le rythme intense de notre vie. Il cherche à la synthétiser, à englober l'essentiel et l'ensemble du mouvement dans cette multitude mouvante et multicolore qu'est la vie actuelle.

Alexandre Roubakine.


Floréal, 8 mai 1920

mardi 12 août 2014

Lire en vacances (VIII) : Lire en Russie

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La belle saison passée, le mal de Maroussia empira. Nous avions beau nous évertuer de la distraire, elle nous regardait, impassible, de ses grands yeux assombris et immobiles ; et il y avait longtemps que nous n'avions entendu, son rire. Je me mis à transporter tous mes jouets au. souterrain qu'elle habitait, mais ils ne l'amusaient qu'un instant.
Je décidai alors de m'adresser à ma sœur Sonia, pour qu'elle me donnât sa poupée. Tout d'abord Sonia ne fit que serrer plus fort « sa fille » contre son sein ; ensuite, comme mes supplications devenaient plus pressantes, et plus vive ma description de la fillette malade n'ayant jamais eu de jouets, elle me tendit sa poupée, et me promit de s'en passer pendant deux ou trois jours. Cette élégante demoiselle en faïence lit sur la malade un effet qui surpassa mon attente.
Maroussia, en train de se faner comme la fleur en automne sembla tout a coup revivre. Elle m'embrassait et riait aux éclats, en causant avec. sa nouvelle amie. La poupée fit un miracle : Maroussia, alitée depuis si longtemps se mit à marcher, en tenant par la main sa blonde fille et même elle courut comme; autrefois en traînant sur le plancher ses faibles jambes.
Par contre, cette poupée me causa beaucoup d'angoisse. Pendant que je l'emportais dans ma blouse, je rencontrai sur la montagne qui conduisait au souterrain de mes amis le vieux garde Sanouch. Il me suivit longuement des yeux .en hochant la tète, surprenant le secret de mes escapades, mon amitié pour les enfants recueillis par le vagabond Tybourtzi.
Là vieille nounou s'aperçut de la disparition de la poupée et se mit à chercher dans tous Jes coins. Sonia essayait de la calmer, lui-disait que « sa fille » était en promenade et allait bientôt rentrer. Les bonnes se doutaient de quelque chose. Mon père n'en savait encore rien, et il chassa le vieil lanouch, venu pour me dénoncer ; niais il m'arrêta à la grille du jardin et me dit de rester à la maison, Le lendemain Ja même scène se répéta. Au bout de quatre jours, seulement, je parvins à me' lever assez tôt pour sauter par-dessus la haie pendant que mon père dormait encore.
Cela allait mal sur la montagne. Maroussia de nouveau s'alita ; son visage brûlait d'un rouge étrange, ses cheveux blonds étaient épars sur l'oreiller, elle ne reconnaissait plus personne. A côté d'elle était couchée la néfaste poupée avec ses joues rouges et ses yeux brillants et stupides.
Je communiquai à Walek mes craintes et nous décidâmes qu'il fallait rapporter Ia poupée, nous supposions que Maroussia ne s'en apercevrait point. Nous nous trompions ; dès que j'eus pris la poupée des bras de Ja fillette qui était dans le coma, elle ouvrit ses yeux troubles et regarda devant soi sans me voir, inconscience de ce qui se passait autour d'elle ; soudain elle se mit à pleurer doucement, doucement, plaintivement, et dans sa petite figure, au milieu de son délire, jaillit une expression d'un chagrin si profond qu'aussitôt je remis avec effroi la poupée à sa place. La fillette sourit, serra sa poupée dans ses bras et se calma. Je compris alors que j'avais voulu enlever à ma petite amie sa première et sa dernière joie.
Walek me regarda timidement : Qu'arrivera-t-il maintenant ?
Tybourtzi, leur père adoptif, accroupi sur un petit banc, la tête penchée, fixa sur moi un regard douloureux et interrogateur. Je pris un air insouciant :
- Oh ! ce ne sera rien La nounou, certainement l'a déjà oubliée.
Mais la vieille ne l'oublia point. Lorsque je retournai à la maison, je rencontrai de nouveau lanouch près de notre porte; Sonia avait des yeux en larmes et la méchante nounou me décocha un regard furibond, écrasant et sa bouche édentée grommelait. Mon père me demanda où j'avais été, et après avoir écouté ma réponse habituelle, il se borna à réitérer son ordre : ne pas m'éloigner sous aucun prétexte de la maison sans sa permission.
Un pressentiment me tourmentait.
Mon père me fit venir dans son cabinet de travailJe levai mes yeux et aussitôt je les baissai. Le visage de mou père me parut effrayant.
— Tu as pris la poupée de ta sœur ?
— Oui, répondis-je, doucement.
— Et sais-tu que c'est un cadeau de ta mère et que tu devrais y tenir comme à une chose sacrée. Tu l'as volée ?
— Non, dis-je, en levant la tête.
— Comment non ? s'écria subitement mon père, en remuant le fauteuil.
- Tu l'as volée et tu l'as emportée chez... Chez qui l'as-tu emportée ? Dis-le !
Je me recroquevillai tout entier.
- Tiens, tiens résonna, subitement, à la fenêtre ouverte, la voix tranchante de Tybourtzi.
Deux secondes après, il entra dans la chambre, et dit — Je vois mon jeune ami dans une situation fort embarrassante.
— Monsieur le juge ! dit-il avec douceur, vous êtes un homme juste. laissez tranquille cet enfant. Dieu est témoin qu'il n'a pas fait de vilaine action, et si son cœur a un penchant pour mes pauvres loqueteux, faites-moi pendre plutôt, mais, par la Sainte Vierge, je ne permettrai pas que ce garçon en souffre. Voici ta poupée, mon petit !
Il défit un paquet et en sortit la poupée.
La main de mon père qui tenait mon épaule, se desserra. Il parut stupéfait.
— Qu'est-ce que cela signifie ? demanda-t-il.
— Laissez-le, répéta Tybourtzi, et sa large main caressa affectueusement ma tête baissée. Vous n'en tirerez rien par des menaces, et moi, je vous dirais très volontiers tout ce que vous voulez savoir. Allons, monsieur le juge, dans une autre pièce.
Je sentis de nouveau une main sur ma tète et je tressaillis. C'était la main de mon père qui caressait mes cheveux.
Tybourtzi me prit sur ses genoux.
— Viens chez nous. dit-il, ton père t'a permis de dire adieu a ma fillette. Elle est... elle est... morte.
La voix de Tybourtzi trembla ; ses yeux, clignotèrent d'une façon bizarre, mais aussitôt il se leva, me mit a terre, se redressa et sortit vivement de la chambre.
J'interrogeai, mon père du regard. Il était changé et avait de la tendresse dans les yeux.
Je pris sa main avec confiance et je lui dis :
— Je n'ai pas volé. Sonia me l'a donnée pour un temps.
— Oui. me répondit-il d'un air pensif. Je le sais. J'ai été injuste envers loi, mon petit, et tu tâcheras de l'oublier, n'est-ce pas ?
Je saisis vivement sa main et Je la couvris de baisers.
— Maintenant, lu me laisseras aller à la montagne ? demandai-je.
— Oui, oui, vas-y vas-y. mon petit, prononça-t-il affectueusement avec une nuance, de là même stupeur dans la voix. Oui, mais attends un peu, mon enfant.
Il alla dans sa chambre à coucher, en ressortit aussitôt et me glissa dans la main quelques roubles. — Remets-les à Tybourtzi. Dis-lui que je prie humblement.... Je rattrapai Tybourtzi à la montagne, et hors d'haleine, je lui fis la commission de mon père très gauchement :
— Il prie humblement. mon père. Et je lui fourrai l'argent dans la main sans le regarder. Il l'accepta.
Au souterrain, dans l'angle obscur, sur un banc gisait Maroussia. Quelqu'un dans un coin fabriquait un petit cercueil avec des vieilles planches arrachées au toit de la chapelle. On parait Maroussia de fleurs d'automne.


Vladimir Korolenko
Extrait de "En mauvaise société", traduit par Vera Starkoff



Illustration du billet : Nikolay Petrovich Bogdanov-Belsky (1868-1945)

jeudi 5 juin 2014

Bientôt sur l'Alamblog...

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Il nous revient qu'il y a quelques années Jean Claude Bologne avait publié un recueil d'essais précieux, très drôles aussi, sous le titre de Voyage autour de ma langue (Belles-Lettres, 2001). C'est aujourd'hui au tour de Jean-Marc Vernoy de nous donner un roman sur cette question de la langue, de son étrangeté et... Suspens. Le tout sous le titre du Bout de la langue.
Le Préfet maritime y comprendra peut-être pourquoi, un certain jour d'enfance, il lui est apparu avec une frappante évidence que les noms de Tintin et de Milou sont férocement bizarres... Mais nous reviendrons sur ce livre fort estimable qui appartient à une série d'excellentes et même très excellentes lectures en cours.
Du genre qui font aimer le genre humain.
A suivre...



Jean-Marc Vernoy Le Bout de la langue. - Paris, Balland, 91 pages, 14,90 €



mardi 29 avril 2014

Ateliers de curiosité par Etienne Cornevin

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Paru à l'automne dernier, le numéro de la revue Ligeia consacrée aux "Ateliers de curiosité d'ex-Tchecoslovaquie" vaut nettement le détour.
Conçu par Étienne Cornevin, qui connaît particulièrement la région, un dossier de 220 pages très richement illustré permet de faire découvrir des artistes jusqu'ici plutôt ignoré... pour des raisons géo-politiques.
Actifs sous l'autorité soviétique pendant la période de glaciation des rapports Est-Ouest, ils n'avaient guère été examinés par la critique occidentale. C'est donc à une juste réparation que l'on assiste ici pour l’histoire de l’art moderne et contemporain, et pour l'art brut en particulier.
Déjà éditeur de Josef Váchal, Étienne Cornevin a fait œuvre utile.
Les amateurs de belles pièces et de bizarreries lui en seront reconnaissants.


Sommaire du numéro
Étienne Cornevin, Introduction latérale aux nouvelles merveilles d'artistes alicéens
Albert Marencin, L'invention du pata-surréalisme
Rudolf Fila, Peintre essayiste I et Peintre essayiste II
Rudolf Fila, Aphorismes
Otis Laubert, De la brocante considérée comme un des beaux-arts
Mäk Sorgsky, Portrait de l’artiste en chien truffier
Klára& Milan Bockay, La nostalgique futuriste & le faussaire platonicien
Peter Zajac, Le Biedermeier baroquisé de Klára Bockayova
Rudolf Fila, La radicalité sans bruit de Milan Bockay
Hermann Krankwein, Plus moins vite ! Moins plus vite !
Igor Minárik & Eva Cisárová-Mináriková, Le grand jeu des mondes parallèles & la tapisserie à voyager dans le temps
Rudolf Fila, L'atomisme cosmique d'Igor Minárik
Peter Zajac, Les tapisser hybrides d'Eva Mináriková
Étienne Cornevin, Chaosmos
Daniel Fischer, Peindre pour rendre visible
Hermann Krankwein, Hommage à la folie du courage
Rudolf Fila, Tentative de portrait d'une personnalité : Josef Váchal
Étienne Cornevin, Du bizarre un démon et la splendeur des antélivres
Rudolf Fila, Celui qui harmonise les éléments : JiríKolár
Rudolf Fila, Tout ce qui se cache sous le nom de Ladislav Novák de Trebic
Jan Svankmajer, Les derniers gardiens de phare
Jan Svankmajer, Le toucher et la vue
Hermann Krankwein, L’imagination au pouvoir
MäkSorgsky, Non tableaux d'une exposition (Frantisek Skála)
Hermann Krankwein, Celle qui fantastique (Xenia Hoffmeister)

Lors de la présentation du numéro à la Halle Saint-Pierre cet automne, un film d'Alain et WWasthie Comte avait permis de découvrir huit artistes-poètes de Slovaquie, Rudolf Fila, Otis Laubert, Daniel Fischer, Klára & Milan Bočkay, Igor Minárik & Eva Mináriková, Albert Marenčin que l'on retrouve au sommaire du numéro.

Ligeia (n° 125-128, juillet-décembre 2013, 25 €)

lundi 27 janvier 2014

L'éventreuse était une Jane

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Un catalogue plein de surprises, c'est bien celui des éditions La Dernière Goutte. La maison s'est fait une spécialité depuis un lustre des textes bizarres et sombres, des univers étranges. On n'est donc guère étonné d'y voir surgir une traduction d'Anne-Sylvie Homassel, non plus que le sujet d'icelle : Jane l'éventreuse.
Enfer, sécria la duchesse est un roman de Michael Arlen (1895-1956), Bulgare d'origine arménienne (il se nomme Dikran Kouyoumdjian) émigré en Angleterre dans sa prime enfance, naturalisé en 1922, homme de lettres à succès (1) et scénariste, notamment, de la série présentée par Alfred Hitchcock - jolie carte de visite. Ce livre est une très belle pièce de comédie à l'anglaise, ce genre si délicat qui, comme les fraises, ne voyage pas toujours bien. Rares sont les livres aussi drôlement caustiques, aussi ironiquement gais.
Quel est le propos ? Alertés par une rumeur désignant une timide aristocrate à petit crâne (l'auteur insiste) comme responsable de crimes infâmes - et de mœurs tapageusement dissolus (avec des communistes, dans des bars louches) -, un enquêteur sarcastique qui refuse d'imaginer la culpabilité d'une aristocrate et un militaire à la retraite cousin de la jeune femme mise en cause vont filer le véritable coupable - ce dernier étant taillé Méchant XXL, les Anglais adorent ça (cf. Fu Manchu et consorts) - leur quête servant de vecteur, naturellement, à une satire sociale bien vinaigrée. Très bien même.
Aussi, à l'heure où nous bassinent les médias de totaux erronés et de lacets cassés, un bol de phrases hilarant devrait satisfaire tous les alamblogonautes un tant soi peu soucieux de leur humeur, qui constateront que l'année commence bien.

Et ensuite, objecta Wingless, que voulez-vous que nous fassions ? Lui demander son avis sur le contrôle des naissances et le traiter d'ordure s'il ne nous répond pas avec la bonne grâce requise ?





Michael Arlen Enfer, s'écria la duchesse. - La Dernière Goutte, 2013, 150 pages, 15 €


(1) vient de reparaître son Chapeau vert (Salvy, 1992 ; 10/18, 1999 ; Belles-Lettres, 2013).

dimanche 5 janvier 2014

Sagesse d'Audiberti (IV)

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Épuisé pour des raisons que son éditeur aura du mal à justifier, l'un des très grands livres de Jacques Audiberti, Le Maître de Milan contient des pages mirobolantes.
Et mirobolantes à tel point que Jacques Baratier avait prévu d'en faire un film avec, au scénario Yves Martin, lequel Yves, je m'en souviens comme si c'était hier, pestait contre les réveils à 5 heures auxquels le contraignait le réalisateur...
Dans ce livre formidable, on avance de ravissements en ravissements. Faut-il insister ?

Les lettres ne venaient plus. Mais le journal, chaque matin, était là. De même que la pensée inépuisable des écrivains et des philosophes perpétrait des variations à la fois tendues, inquiètes et satisfaites sur les facettes pittoresques du monde, de même les humbles personnes vivantes d'une manière non moins géniale et inépuisable, s'arrangeaient pour fabriquer, au moeyn de leurs souffrances, tribulations et bizarreries, une oeuvres immense et collective au jour le jour.
"Voyez-vous, Vladislao, un numéro réussi d'un quotidien ou d'un hebdomadaire me paraît, dans l'ensemble, plus près de la grandeur et de la force de Dante et, en mêmet emps, plus près de cette autre grandeur humble et anonyme façonnée, chaque jour, par les mains des plombiers, boulangers, cordonniers, que tous nos pauvres petits grands écrivains du moment, ravagés par deux sentiments contradictoires. Ils se ressentent, d'une part, l'un dans l'autre, comme une élite, une sorte d'île sacrée émergeant de l'ignorance et de la vulgarité. D'autre part, ils souhaitent que leur pensée dissolve et abolisse cette vulgarité de laquelle ils s'efforcent d'obtenir les mêmes avcantages que les commerçant de leur clientèle."
Vladislao hennissait d'approbation.



Jacques Audiberti Le Maître de Milan (1950). - Moult exemplaires de l'édition Le Livre de Poche de l'excellente année 1967 se languissent de vous.

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