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lundi 31 décembre 2012

Le Vent d'Anatolie (1995)

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Pour finir l'année en beauté, rien de tel qu'une merveille. ça vous gonfle les voiles, ça vous épastroufle, ça vous donne une énergie incroyable.
Puisque nous avions le choix (aucune pression possible sur notre île ; le wharf est désert depuis des semaines), nous avons décidé de vous proposer Le Vent d'Anatolie de la Grecque Zyrànna Zatèli.

Comme vous le constaterez après avoir déboulé chez votre libraire, Le Vent d'Anatolie est de la catégorie des grandes merveilles de petit format — c'est une nouvelle — et son traducteur même en fait la promotion sur le site Lekti. Rien d'éhonté à son propos d'ailleurs, Michel Volkovitch n'est pas homme à se répandre en banalités, ou à se fourvoyer en mercatique. Ce qu'il annonce du petit livre est une simple vérité : ce récit est une pure merveille qui réconcilie avec la littérature traduite qui ne le serait pas.

Renouant avec la mythologie éteinte, Zatèli convoque une vieille femme assise dans une cour, au fond d'une ruelle, environnée d'un nimbe doré, rémanence d'un temps perdu. Ses bizarreries d'être solitaire mêlées aux souvenirs de sa jeunesse enfuie toilent le récit composé par une enfant chargée de lui apporter à manger.

Imperceptibles et fascinantes magies mêlées au souffle de la mort qui vient doucement, mais s'annonce depuis longtemps...



Zyrànna Zatèli Le Vent d'Anatolie. Traduit du grec par Michel Volkovitch, Quidam, coll. Poche, 2012, 5 €



samedi 15 septembre 2012

Bibliographie lacunaire des éditions des Quatre Vents

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Si le parcours d'Henri Parisot n'est plus inconnu (cf. article préfectoral), grâce, notamment, à la très nourrissante bibliographie de ses éditions établie par Maurice Imbert en 2003 (Henri Parisot, passeur, 1908-1979, Tusson, s.n.), il s'en faut que le catalogue de la maison Les Quatre Vents soit tout à fait notoire. C'est pourquoi l'Alamblog vous propose cette Bibliographie lacunaire des Éditions des Quatre Vents. Fondée par Henri Molko en 1944, la maison est vite confiée à Henri Parisot, qui y produit quelques très bons livres, maintient sa revue à un excellent niveau et accueille des auteurs comme Henri Calet, Jacques Audiberti, ou encore Claude Seignolle à un moment-clé de leur carrière et pour des ouvrages considérables.
La maison fait néanmoins faillite en 1948 après avoir mis en œuvre les collections suivantes :
Echec et Mat. Collection de romans policiers dirigée par Ch. B. Descorps.
Belle Histoire
La Renommée
Arlequin
La Vie romancière
Hors les murs, collection d'auteurs étrangers
Les Classiques de l'enfance
Les Maîtres du fantastique (dir. Henri Parisot)
En marge (dir. Henri Parisot)
L'Olympe russe
clasenfan.jpg Il faut signaler que dès 1933 Deux ans à Constantinople, le journal d'un peintre d'Alexis Gritchenko paraissait à l'enseigne des éditions "Quatre Vents", une marque que l'on retrouve en 1941 en Belgique sur des ouvrage de Paul Neuhuys, par exemple.
Quant à La revue Les Quatre Vents, créée et dirigée par Henri Parisot, d'abord équipée du sous-titre "Revue mensuelle publiée par le Centre 'Jeune France' de Tunisie", elle parût de novembre 1941 à juin 1947. Le numéro inaugural contenait des contributions de Philippe Soupault, J. Amrouche à propos de la poésie de R.M. Rilke, J. de Baroncelli, G. Picabia, entre autres, avec une illustration de J. Maxwell. C'est à l'évidence l'une des meilleures revues littéraires de l'époque, avec 84 dont nous aurons l'occasion de parler ici prochainement.
Les numéros marquants tournent tous autour du ou des thèmes de prédilection de Parisot. A savoir le n° IV (L’Évidence surréaliste, 1946), le VI (L'Imagination poétique, mai 1946), le VII (Merveilleux et Poésie romantiques, 1946) et le n° VIII (Le Langage surréaliste, 1947) avec des contributions de Duchamp, Breton, Artaud, Arp, Peret, Leiris, Gisèle Prassinos, André Frédérique, Maurice Blanchard, Georges Roux, Paul Colinet, Georges Henein et Dorothea Tanning, etc.


Catalogue



Alphonse Allais Les Templiers. - Paris, Éditions des Quatre Vents , 1947, 247 p.

Antonio Aniante Né sur le Mont Gibel. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 309 p. collection "La vie Romancière" (n° 5)

Étienne Anthérieu Le Drame de l'armée d'armistice. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 139 p.

Jacques Audiberti La Bête noire. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 118 p. coll. "Arlequin" (n° 2)

François Bannelier Pré-Saint-Benoit. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 250 p.

Georges Bataille L'Orestie. - Paris, Éditions des Quatre Vents 1945, 86 p. 260 exemplaires dont 175 exemplaires numérotés sur papier nacré.

Bernardin de Saint-Pierre Paul et Virginie. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 160 pages. Edition de luxe sur papier Velin d'Isère, en feuilles sous chemise rempliée. Illustrations couleurs de Cheriane.

Ambrose Bierce Au cœur de la vie. Histoires de soldats et de civils, traduit de l'américain par Jacques Papy. - Paris, Editions des Quatre Vents (impr. de G. Desgranchamps), 1947, 236 p. coll. "Hors les murs" (n° 6)

Nicolas Bogdanov Un Concile d'Amis. Roman traduit du russe par R. Hofmann. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 332 p. coll. "Hors les Murs" (n° 3).

Gaston Bonheur Les Dieux au village, pièce en 3 actes (Castelsarrazin, Collège mixte, 16 avril 1943.) Dessins de George Annenkoff. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 141 p., fig., couv. en coul., colln Arlequin (n° 1)

Paul Bringuier Le Bon Dieu fait payer d'avance. Préface de Joseph Kessel. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, IV-199 p. coll. "La Vie romancière" (n° 4).

QBBronte.jpg Charlotte Brontë Le Sortilège, 1834, traduit de l'anglais par Yvonne Ryall, introduction de George Edwin MacLean. - Paris, Les Éditions des Quatre Vents, Paris, 1946, 197 pages. 100 exemplaires tirés sur pur fil Lafuma des Papeteries Navarre. Coll. "Hors les Murs" (n° 1)

Henri Calet Les murs de Fresnes. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945; in-8, 109 p., cartonnage illustré de l'éditeur. Bon exemplaire. illustrations en noir.

Lewis Carroll Le Morse et le Charpentier. - Paris, Éditions des Quatre Vents, s.d., 12 p. Brochure 135/180 mm agrafée. Edition originale de la traduction française, avant celle parue chez G.L.M. en 1949.

Henriette Chandet Charlotte et Maximilien. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 248 p. coll. « Belle Histoire » (n° 2) broché, 248 pages ; couverture illustrée en couleurs.
QChandet.jpg --- La Série rouge. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 256 p. coll. "La Vie romancière" (n° 2).
--- Sophie Dawes, roman. - Paris, les Éditions des Quatre Vents (Avignon, impr. de Rullière), 1947, 333 p. Coll. "Belle histoire" (n° 4).

Madame de La Fayette La Princesse de Clèves. - Paris, Éditions des Quatre Vents, s d., 326 pages. Edition nouvelle précédé du"lundi" consacré à l'auteur par Sainte-Beuve.

Jean Cocteau Poésie critique. Choix de textes par Henri Parisot. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1944, 217 p. Couverture illustrée rempliée, non coupé, dessin en frontispice par Cocteau. Edition en partie originale. 110 exemplaires numérotés sur vélin pur fil Lafuma. Contient : Le Coq et l'arlequin, Carte blanche, Visites à Maurice Barrès, Le Secret professionnel, D'un ordre considéré comme une anarchie, Picasso, Le Mystère laïc, Opium, Des beaux-arts considérés comme un assassinat, Quelques articles.
--- Le Sang d'un poète : film.

Émile de la Bédollière La Mère Michel et son chat. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1936 ; 1946, 132 p. coll. "Les Classiques de l'enfance" (n° 2), 132 p., cartonnage de l'éditeur. Illustrations de François Estachy. avec jaquette.

Alexandre Dumas La Bouillie de la comtesse Berthe. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 142 p. Cartonnage éditeu avec illustration dorée sur toile bleue. Nombreuses illustrations en noir et blanc dans le texte par George de Miré. coll. "Les Classiques de l'enfance" (n° 1).

Eugène Fromentin Dominique. Edition nouvelle précédée des deux "lundis" consacrés à l'auteur par Sainte-Beuve. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1947, 383 pages. coll. "La libraire romanesque".

René Gilson Jean Cocteau cinéaste. - Paris, Editions des Quatre Vents, 158 p. couverture illustree. Illustrations en noir in-texte.

Paul Gordeaux Contes de Madame. Préface de Marcel Pagnol. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 223 p. coll. "La Vie romancière" (n° 3).

Emily Hahn Les Marches du soleil. Traduit de l'américain par Ch.-B. Descoprs - Paris, Editions des Quatre vents, 1946, 316 p. Coll. 'Hors les murs (n° 2).

QHeberden.jpgHeberden (M. V.) - Meurtre en habit. Traduit de l'américain par Ch.-B. Descorps. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1947. coll. "Echec et mat" (n° 2).

Maurice Limat Chant d'amour sur le Mékong. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1944, 24 p., broché, couverture illustrée. Histoire d'amour entre une Française et un Cambodgien.

Amelia Reynolds Long. L'Assassin est innocent, traduit de l'américain par Ch.-B. Descorps. - Paris, Éditions des Quatre Vents (Impr. les Presses continentales), 1946, 246 p. "Echec et mat" (n° 1).

Paul Lorenz Le Seconde Eurydice. Frontispice d'Antoine Bourdelle. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1945, 66 p. broché sous couverture imprimée en 2 couleurs, rempliée. Frontispice d'Antoine Bourdelle, lithographié par François Desnoyers. 195 exemplaires numérotés sur nacré teinté, dont 20 hors commerce numérotés. A obtenu le Prix Mallarmé. Paul Lorenz était un élève de Paul Valéry.
-- Aurore de Koenigsmark. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1945, 187 p., coll. « Belle Histoire » (n° 1).
-- Notre-Dame de Thermidor. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 251 p. coll. « Belle Histoire » (n° 3).

QMabille.jpgPierre Mabille Le Merveilleux. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 93 p. Frontispice de Victor Brauner, hors texte de Jacques Herold.

Lokis.jpgProsper Mérimée Lokis, suivi de La Vénus d'Ille et de Djoûmane. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 192 p. coll. "Les Maitres du Fantastiques. 20 exemplaires sur pur fil Lafuma dont 10 HC.Très belle couverture (non signée) dans le goût surréaliste (Max Ernst ?).

Jules Michelet La Sorcière, texte intégral avec l'avant-propos de Ad(olphe) van Bever. Préface de Georges Bataille. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946, 365 p. Un tiré-à-part de la préface a été tiré (cf. la bibliographie de Maurice Humbert).

QMonnier.jpgThyde Monnier Il n'y a plus d'Harmonicas. - Paris, Les Éditions des Quatre Vents, 1946, 285 p.

John Moore Une poignée d'innocents, traduit de l'américain par Pierre Laisné. - Paris, les Éditions des Quatre Vents, 1947, 245 p. coll. "Hors les murs" (n° 5).

Charles Nodier Smarra ou les Démons de la nuit, suivi de Trilby, et de Une heure ou la Vision. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946 (a. i. 20 novembre 1946), 214 p. 20 vélin dont 10 HC

Marina Paul-Bousquet Morne-Vent. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 216 p.couverture rempliée.

Alexis Pernau Les Grands Arbres. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 290 p.

Jean Roissard Manière blanche. - Paris, Editions des Quatre Vents, 1946, 308 p.

Antoine de Rivarol De l'universalité de la langue française. Préface de Georges Duhamel. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1946 (Impr. la Ruche), XVIII-101 p.

Claude Seignolle Le Rond des sorciers. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1945, 186 p. coll. "La Vie romancière" (n° 1).
-- Marie la louve, roman. - Paris, Éditions des Quatre Vents (Clermont-Ferrand, impr. de Mont-Louis), 1947, 293 p.coll. "La Vie romancière" (n° 6).

William Shakespeare Douze sonnets traduits de l'anglais et présentés par Maurice Blanchard. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1944, 17 p.

Bram Stoker Dracula. Traduit par Eve et Lucie Paul-Margueritte. - Paris, Les Quatre Vents, 1946 (a. i. 10 mars 1946), coll. "Les Maitres du Fantastique". 20 vélin pur fil Lafuma dont 10 HC. Deuxième édition de cette traduction.



B. Temiriaseff Fâcheuse Aventure, pièce en 8 tableaux d'après Th. M. Dostoïevsky. Adaptation française de Robert Dol. Études de maquillage de G. Annenkoff. - Paris, Éditions des Quatre-Vents, 1946, 133 p. figure et pl.coll. "Arlequin" (n° 3).

Alexis Tolstoï La Meute du tsar. Traduit du russe par Jean Delforges. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 319 p. coll. "Hors les murs" (n° 4).

André Trofimoff Poètes français avant Ronsard. Au jardin des Muses Françaises. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 358 p.

Pierre Van Paassen L'Alliée oubliée. Traduit de l'américain par Jacques Papy. - Paris, Éditions des Quatre Vents, 1947, 333 p. coll. "Hors les murs" (n° 7)
__ Coédition__
Marcial Retuerto Deux de plus. préface de J. Babelon. - P. Editions J. Susse, « collection d'auteurs étrangers, Aux Quatre Vents », 1944, 372 p.

Par la suite, parurent encore sous cette marque, mais chez Flammarion, des brochures comme L'Asperge, culture et récolte (Flammarion, "Aux quatre vents", 1955, 30 p.), ou bien encore Le Raisin de table (Flammarion, Aux quatre vents, Le Livre qui rapporte (sic), 1957), etc.


Complément roboratif fourni par le libraire et Bibliographe Patrick Fréchet (30 septembre 2012)

Achim d'Arnim, Contes bizarres, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 18
Honoré de Balzac, Séraphita, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 14
Gaston Bonheur, Du Rêve à la Une, coll. « La Vie romancière »
Abbé de Choisy, Histoire de Madame la comtesse des Barres
Abbé de Choisy, Histoire de Madame de Sancy
Dostoïevski, Scandaleuse histoire, traduit par A. Remisoff et J. Chuzeville, Préface de Luc Durtain, ill. de Georges Annenkoff, coll. « L'Olympe Russe »
Nathaniel Hawthorne, Septimius Felton, traduit par Charles Cestre, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 4
E.T.A. Hoffmann, Maître Floh, traduit par Loëve Veimars, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 5
Shéridan Le Fanu, Ferelith, traduit par Georgette Camille, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 11
S.M.G. Lewis, Le Moine, traduit par Léon de Wailly, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 8
Longus, Daphnis et Chloé, ill. de Pierre Contier, coll. « La Renommée »
Guy de Maupassant, Onze histoires fantastiques, choisies par Henri Parisot, ill. par Mario Prassinos, coll. « En marge »
Jacques Morsang, Tournants, coll. « Nouveautés romanesques », juin 1947
Gérard de Nerval, La Métempsychose, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 12
Fitz James O'Brien, Contes fantastiques, traduit par Jacques Papy, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 10
Edgar Allan Poe, La Chute de la Maison Usher, traduit par Charles Baudelaire, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 17
A.-S. Pouchkine, La Dame de Pique, traduit par Prosper Mérimée, ill. de Georges Annenkoff, coll. « L'Olympe Russe »
Jean Roissard, Manière blanche
Schiller, Le Visionnaire, traduit par Alphonse Gautrin, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 15
Marcel Schneider, Les Trésors de Troie, août 1946
Mary Shelley, Frankenstein, traduit par Charles Cestre, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 13
R.L. Stevenson, Will du moulin, traduit par Marcelle Sibon, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 6
B. Temiriaseff, Pas grand chose, coll. « Hors les murs »
Ludwig Tieck, Le Voyage dans le bleu, traduit par Robert Valançay, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 9
Villiers de l'Isle-Adam, L'Intersigne, coll. « Les Maîtres du fantastique » n° 16
la revue Le Secret professionnel, n° 1, 1946.

Une collection « Illustrés par eux-mêmes », collection jamais parue, a été annoncée avec les titres suivants :
Jacques Audiberti, Antipolis
Jean Cocteau, Théâtre de poche
Léon-Paul Fargue, Vivre ensemble (voir la postface de PF à l'édition de ce texte inédit publié par Le temps qu'il fait en 1999) Max Jacob, Morven le gaëlique
Henri Michaux, Dans la foule étrange
Paul Valéry, Histoires brisées.

jeudi 2 août 2012

La Morgue, par Georges d'Esparbès (1907)

morgue1845A.jpg


Pour fêter la reparution du Livre de la Mort, d'Édouard Ganche, cette chronique de Georges d'Esparbès



LA MORGUE

Désormais, l'entrée de la
Morgue est interdite aux
passants non munis d'ou-
torisation spéciale.
(Les journaux.)

Je n'y suis entré qu'une fois, non pour voir des cadavres, mais pour voir pire, pour voir les vivants qui les regardaient. Il y avait, ce jour-là. une vraie pêche monstrueuse, à croire que le diable avait dépoissonné le Styx. Toutes les dalles étaient occupées. Ce n'était pas drôle.
Cela, cependant, paraissait très drôle à mes voisins. Bizarres voisins ! Trois ou quatre ouvriers, un vieux bourgeois, une dizaine de femmes, dont la plupart étaient jeunes, quelques-unes jolies, et des enfants de huit à douze ans, qui s'étaient glissés de la rue jusqu'à cette crevasse ouverte sur l'Horrible...
Tout ce petit monde paraissait à l'aise. Le vieux monsieur regardait les cadavres, puis les jolies filles, et semblait confus de n'avoir perpétré encore la moindre plaisanterie, de quoi divertir ces couturières. Mais, en revanche, les ouvriers tenaient le succès. Très forts en argot, ils se communiquaient, avec un sérieux tragi-comique, leurs impressions sur les « macchabées » couchés sur les dalles; sur celui qui avait fait son paquet (il avait un énorme ventre ballonné) ; sur celui qui avait cassé sa pipe (le tuyau sortait de son veston) ; sur celui qui avait passé l'arme à gauche (le bras gauche était raidi en l'air), etc.. Si spirituels étaient ces ouvriers que les filles pouffaient de rire; et l'une d'elles, non la moins gracieuse, blonde comme le temps qu'il faisait, il était midi, piquait les frites dans un cornet à deux sous, avec des gestes de petite reine gourmande de pralines. Oui, ici, celle-là déjeunait !
Gustave Geffroy demande La beauté pour tous. Ne conviendrait-il pas, d'abord, de détruire la laideur pour tous, qui a ses temples ? Qu'on démolisse le laid, ensuite nous parlerons du beau. La Morgue ne fait pas penser. Elle est laide, donc elle est bête, donc elle est nuisible. Elle démoralise, parce qu'elle déforme. Chaque jour, elle jette sur une partie du peuple des ferments d'insensibilité et de cruauté. Le mal ne date pas d'hier ; s'il est secret, il n'en est pas moins douloureux ; â n'en est que plus redoutable. La petite blonde qui mangeait ses frites en contemplant les morts, et ses compagnes, et celles qui sont venues, et celles qui viendront, et les enfants, les yeux naïfs et les bouches fraîches, que penser de leur âme? Que dire de leurs baisers ? Toi, la modiste, on retirera ton frère, comme celui-ci, de la Seine; toi, garçonnet, ta mère se pendra, comme celle-ci, de désespoir. Et tous, en voyant chacun votre mort, vous vous rappellerez l'effroyable, la ridicule grimace que faisait l'autre, celui de la Morgue; et vous en aurez la mémoire tellement obsédée, à ce moment, que vous éclaterez tous d'un rire aigu... Et ainsi La Morgue aura sa morale. Car toutes les choses, quand elles le veulent, en ont une.
Qu'on lave donc bien vite la Cité, qu'on déplace la Morgue. Isolée en un coin de banlieue, elle ne tentera plus les nerfs de personne et son enchantement malsain cessera. Nous n'y verrons plus, comme aujourd'hui, ces puces humaines, ces petits vampires du faisandé qui 'l'encombrent du matin au soir. Là est une oeuvre à faire, une forte et bonne oeuvre. Car, sous ce hangar sinistre, on enseigne le plus laid mensonge: que la mort est grotesque, quand la mort n'est que pitoyable. Là, on ne la plaint pas, on ne la respecte pas, on l'insulte; on piétine la Torche renversée. Et qui ? Quelques niais curieux, mais aussi et surtout des jeunes filles, et, ce qui est plus grave, des enfants !
Quand la bicoque sera démolie, les projets ne manqueront pas pour embellir ce coin merveilleux. D'une brochure du peintre-écrivain Robida : l'Ile de Lutèce, je cueille ceci, qui fera, sans doute, méditer plus d'un architecte.
Ce chevet de Notre-Dame débarrassé de la Morgue, cette terrasse reconquise n'appelle-t-elle pas un monument qui symboliserait, en quelque grande œuvre de sculpture, le rôle de la Cité dans l'histoire et rappellerait que, si la France existe, cette petite île, miette de terre au fil de la Seine, fut le noyau autour duquel la France se construisit la première assise de l'édifice immense élevé lentement, au cours de longs siècles, par le labeur et le courage de cent générations ? Un monument ici à la vieille France, en même temps qu'il serait un hommage aux ancêtres, consacrerait ce coin du sol de la Cité, château d'arrière de la nef gothique.
Fermons les yeux et voyons s'élever, sur ce soubassement magnifique qui partage la Seine en deux flots, la masse blanche et robuste d'un monument au génie et à l'héroïsme français, signé Charles Girault, par exemple, puisque ce nom est des plus glorieux de l'architecture.
Cet édifice serait notre vrai Panthéon, une sorte de Westminster français. Là, le génie ne serait plus en cave, la lumière des âmes vivrait dans la lumière des pierres, et les araignées ne tendraient plus leurs toiles, comme rue Soufflot, sur les cendres de nos grands hommes.
Mais, pour que ces choses claires s'accomplissent, il faudrait, je le répète et ne me lasserai jamais de le répéter, dépourrir Paris de sa Morgue. Cette sale baraque, où les noyés se couvrent de barbe en vingt-quatre heures, déshonore publiquement tout le vieux Paris historique. On dirait que le démon de la perversité — sosie, pour un jour, du baron Haussmann — édifia la Morgue dans le site le plus joli, posa ce crapaud crevé sur la terrasse la plus gracieuse de Lutèce. A l'endroit précis où les flots, arrivant des vermeilles Champagne et Bourgogne, se séparent en deux bras frais comme pour enlacer et baiser l'antique ville, ce Mouroir de la misère, cette hideuse Morgue apparaît... Les eaux qui l'ont embrassée par force s'enfuient de dégoût. Pas de canotiers de ce côté-là. En revanche, la légion entière des photographes de Notre-Dame. Mais, la encore, elle va faire des siennes. Voyez, elle obstrue, de sa vanité crapuleuse, le charmant dessin de l'abside. Photographes, ai-je tort? Montrez vos albums! Vous ne vouliez pas de la Morgue; elle est plus roublarde que vous. Aucune photo ne peut être prise de Notre-Dame, en cet endroit, sans que la Morgue ne s'y écrase, comme un paquet de boue, au pied d'un entre-croisement de lis. Cette masure aux asticots est là, tout à plat, au premier plan, trapue et infecte, et elle se croit intéressante, l'imbécile, et peut-être se croit-elle jolie.
— Vous voulez ce côté de Notre-Dame, les artistes ? Eh bien ! vous m'aurez avec ! Vous voulez ce chef-d'œuvre ? Vous aurez le chef-d'œuvre, mais vous emporterez aussi l'emplâtre !
Ah! que le tonnerre te brûle, Morgue, quand tes employés seront sortis !...

Georges d'Esparbès.



Illustration du billet : Détail de la morgue en 1845 (dessins d'après une peinture de Carré)
MorgueParis.jpg L'ancienne morgue parisienne, à l’extrémité est de l'île de la Cité, détruite.

lundi 9 juillet 2012

Truandailles (avoir des châsses ou n'en avoir pas)

truanailles.jpg


Jean Richepin (1849-1926) va finir par être à la mode.
Depuis la réédition du Coin des fous (Séguier, 1996), des Morts bizarres (L'Arbre vengeur, 2010) et de La Glu (José Corti, 2010), ce "roman du temps de Montmartre", voici que se constitue un groupe de recherche et d'édition autour de Sylvie Thorel et que les éditions Le Vampire actif rendent aux lecteurs Truandailles, un recueil de nouvelles formidables daté de 1890.
Jean Richepin sera la coqueluche des années 2010 ou ne sera pas. Mais il fut, donc... c'est comme ça.

Pour le dire vite, Truandailles, c'est Jean Richepin au pays des Freaks.
Saltimbanques, bancroches, malfoutus de naissance, estropiés au besoin, putassiers et cyniques, ils vivent en marge et pensent à l'avenant. Sous la plume de Richepin, qui nous trace des histoires horribles à souhait - il fallait émouvoir les lecteurs de la presse sous peine de n'être plus appelé à paraître -, on dirait qu'ils ont la mauvaiseté accrochée à l'âme car ils se gaussent de la vie et de la mort. De la mort des autres s'entend, pourvu qu'ils y trouvent vengeance. Candides à leur manière, amoraux plutôt que pervers, ils survivent dans des conditions scabreuses, ne se préoccupent guère de paraître, mais ne laissent jamais d'offense impunie — signe d'organisation s'il en est. C'est le curieux des portraits splendides tracés par Richepin, qui estomaque une fois encore le bourgeois, ses personnages sordides parviennent à démontrer que l'humanité n'est pas sans ressources dès lors qu'il s'agit de punir, de bafouer ou de rire aux dépens d'autrui. Et Richepin sait s'amuser.
Une nouvelle fois, écrivions-nous... Homme de presse bien introduit, Jean Richepin connaissait parfaitement la formule gagnante, le rythme et le format de ces textes en prose qui venaient soutenir l'intérêt des compactes colonnes des journaux de son siècle : une part considérable de la littérature y est né, et de la sienne en particulier.
Depuis sa fameuse Chanson des Gueux (1876). Richepin connaissait en outre les vertus du sauproudrage de l'argot pour épicer une nouvelle littéraire, fût-elle diablement bien écrite, comme on peut s'en convaincre ici, et avec quelle plume, et quel esprit :

Certes, à notre benoîte époque d'égalitairerie, de médiocratie, de rentrez dans le rang, d'abomination rectangulaire, comme dit Edgard Poë ; en ce délicieux temps où le rêve de chacun est de ressembler à tout le monde, tellement qu'il devient impossible d'établir une distinction entre un président de la République et un maître d'hôtel, tous deux aussi distingués l'un que l'autre ; en ces jours avant-coureurs du jours promis et paradisiaque qui verra, si j'ose m'exprimer de la sorte, s'épanouir sur le monde nivelé les grises floraisons de l'uniformité dans le neurtre ; certes à une époque pareille, on a le droit d'être laid, le droit et même le devoir.

Ne sent-on pas souffler l'esprit qui inspira Michel Audiard un siècle plus tard ?
Tressée dans une langue populaire, sa Chanson des Gueux lui avait donc valu la célébrité, cinq cents francs d'amende et un mois de prison à Sainte-Pélagie pour attentat aux bonnes mœurs. Puis son recueil connut une célébrité qui ne s'est jamais démentie (on ne compte plus ses rééditions). Le chevelu touche-à-tout, tour à tour élève de l'École normale supérieure, soldat, vagabond, saltimbanque, débardeur, homme de presse, biographe de son ami Vallès et finalement académicien, le très exceptionnel Richepin, avait mis là le doigt sur cette curiosité linguistique qui passionne l'être bourgeois ou petit-bourgeois, cette langue populaire et argotique qu'on ne peut parler en société qu'à condition de n'y prêter aucune attention - c'est-à-dire qu'on ne peut guère la parler hors du milieu affranchi, milieu qui seul l'appelle et l'autorise... à moins d'user de sa couleur terrible pour patiner la chute d'une histoire douce-amère :

Ah si j'en avais, moi, des châsses !

Depuis Vidocq, on en connaissait quelques trucs, pourtant l'argot de Vicdocq était alors assez désuet, comme peuvent en témoigner ses Mémoires. D'où l'intérêt des ajouts auxquels ont procédé les éditeurs du présent volume : s'ils ne vont pas jusqu'aux travaux de Marcel Schwob sur le parler jobelin, ils incluent à juste titre le Victor Hugo de la rue et le Eugène Sue des barrières en quelques fragments hautement significatifs. De même, puisque Richepin a trouvé lui aussi son Poulet-Malassis - le sien se nommait Henry Kistemaekers et publia en 1881, à l'instar de l'éditeur des Fleurs du Mal provoquant la censure depuis Bruxelles, les pièces interdites de la Chanson des Gueux en Belgique - on trouve dans le présent volume, l'"Idylle des pauvres" et ses compagnes tronquées par les juges. Bref, vous l'aurez compris, l'édition proposée est à la fois illustrative du talent de Richepin et très documentaire d'autant qu'elle compte encore, en prime, une préface de Richepin de 1890, un texte gratis intitulé "Forains" (1924) où il dit son amour de la vie du voyage, et confesse certaines pratiques à la fois sportives et commerciales de sa jeunesse agitée...
Un dernier fragment vous dira quelle langue vous y découvrirez (l'argument argotique pouvant être trompeur) :

A vrai dire, même sans l'espoir de connaître le patarin, il y avait de quoi ne pas sentir la fatigue, seulement à s'emplir les regards des merveilleux tableaux incessamment déroulés par la montagne. Rien au monde ne surpasse en tragique beauté ces fauves Cévennes, aux rocs raides entaillés de hautes brèches, aux brusques arêtes, gigantesques ossements qui semblent avoir été fracassés à coups de hache par des dieux ivres de colère, carcasses décharnées depuis toujours par les mains pillardes des vents, par les langues lécheuses et baveuses des torrents en cascades, mais carcasses depuis toujours caressées par un amoureux soleil qui, sur leur lividité spectrale, fait courir le vivant frisson de sa pourpre et les ors fondus de ses baisers.


Vous comprendrez qu'il n'y aura naturellement pas d'été ensoleillé sans Truandailles.




Jean Richepin Truandailles, édition établie, présentée et enrichie par Hugues Béseau et Karine Cnudde. - Lyon, Le Vampire Actif, coll. "Les rituels pourpres", 378 pages 19,50 €



samedi 9 juin 2012

Clairs de lune sur les grands champs

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C'est de saison, apparemment : la jolie rousse fait parler d'elle. D'abord dans les écrits farfelus de Malraux, avec lesquels Gallimard tente de fêter sa collection Folio — on a vu plus mariole comme idée —, et puis, surtout, dans un volume dont nous venons d'apprendre l'existence avec joie : Clairs de lune, de Camille Flammarion.
Voici ce qu'en disent ses éditrices :

Phénomènes d’attraction lunaire, bizarreries cérébrales de la fourmi, poussières météoriques ensemençant de nouveaux mondes, expériences dignes d’un docteur Frankenstein... Camille Flammarion explore avec émerveillement les mystères de la vie et de la création. Accompagné d’une préface de Stéphane Mahieu, régent des sciences sociales et culinaires au collège de ’Pataphysique, ce recueil de textes est abondamment illustré de gravures du XIXe siècle extraites, entre autres, de la célèbre revue La Nature.

On sait à quel point celles-ci peuvent être belles et étranges tout à la fois.

Pour rester dans le ton et dans la lune, voici une petite curiosité pour fêter dignement le deuxième volume de la maison des Grands Champs — on ne nous reprochera pas de livre des fonds de tiroir, nous.



Max, Max, que t'es rigolo...

Max Jacob converti
en un poème amène
à Dieu le père a dit :
"Vous êtes une lune" (1)
— A la tienne
ma vieille, et Amen ! —
d'en haut lui répondit
le Bon Dieu sans rancune

R. Garet



(1) Nouvelles littéraires

Le Calame, n° 5, juillet 1934, p. 7




Camille Flammarion Clairs de lune. Préface de Stéphane Mahieu. — Paris, Éditions des Grands Champs, 288 pages, 160/130 mm, 18,50 €


Éditions des Grands Champs
107, rue des Grands-Champs
75020 Paris

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