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mardi 21 novembre 2017

Douze nouvelles merveilles de Ronan-Jim Sévellec

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L'exposition à ne pas rater, c'est celle de Ronan-Jim Sévellec à la Galerie Antonine Catzéflis du 24 novembre 2017 au 17 février 2018. Le vernissage aura lieu Jeudi 23 novembre à partir de 18h en présence de l'artiste.
Récemment exposé au Palais de Tokyo, à la BnF et à la Halle Saint Pierre, Ronan-Jim Sevellec montre douze de ses nouvelles boîtes, des mondes autonomes, rares, qu'il a parfois mis plusieurs lustres à bâtir.
Il faut avoir vu ces fascinantes pièces pour rêver plus fort à nos univers enfuis.



Galerie Antonine Catzeflis
23 rue Saint-Roch
75001 Paris
Mardi au samedi, 14h à 19h et sur rdv.
01 42 86 02 58
info@antoninecatzeflis.com

lundi 20 novembre 2017

Plier les pages

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Le Salon du livre animé organisée par les Libraires Associés fête ses 10 ans.
A cette occasion une fête du livre animé a lieu un peu partout en France et en Belgique avec une cinquantaine d'expositions, de conférences, de signatures, d'ateliers un peu partout en France et avec le concours de plus de deux cents librairies.
Un exemple parmi cent : Exposition des sérigraphies de Philippe Ug à la librairie Un Regard moderne Jacques Noël, le fameux temple du graphisme et de l'édition indépendante. Le vernissage a lieu aujourd'hui, 20 novembre (Du 20 novembre au 3 décembre, vernissage dédicace le 24. 10 rue Gît le Coeur, Paris 6e, métro Saint-Michel).
Le Salon se tient lui-même, attention de ne pas rater le créneau, le 23 novembre, de 17 à 21 h 3 rue Pierre l'Ermite dans le XVIIIe arrondissement. dix artistes bien vivants viendront présenter leur nouvelle création. En parallèle, la librairie propose l'exposition L'Art du pli. De Mallamé et Michaux jusqu'aux pop-ups contemporains, le pli dans le livre du 20 novembre au 23 décembre.
Précisons encore, mais oui, que Jacques Desse, le meneur de toute cette opération, est l'auteur d'un essai compilatoire sur les premiers livres animés pour la jeunesse. Pas d'impression prévue pour l'heure, mais une somme bibliographique sous forme de pdf. Le travail est important, sa mise en vente sera annoncée sur la page fb des Libraires associés.


Les libraires associés
3 rue Pierre l'Ermite
F-75018 Paris



dimanche 19 novembre 2017

Rendre à Martin ce qui est à Roger

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Tandis que Philippe Jaeneda reçoit un prix littéraire pour son biofict basé sur le personnage de Georges Arnaud et de son "affaire" criminelle (un biofict de plus, bâillons mes sœurs, mes frères), il faudrait tout de même rendre à césar ses lauriers et dire d'où viennent au "bio-romancier" tant de sagesses sur l'auteur du Salaire de la peur.
En fait, Philippe Jaenada a simplement lu l'excellente biographie de Roger Martin, Georges Arnaud. Vie d'un rebelle (Calmann-Lévy, 1993) réédité par les éditions A plus d'un titre en 2009.
Car c'est bien Roger Martin qui s'est tapé les recherches, la fouilles des archives et les déplacements.
Il faut préciser en outre que Roger Martin ne s'est pas contenté de fouiller les alentours du crime imputé à Georges Arnaud, contrairement à la promenade limitée au fait divers de Jaeneda. Roger Martin a fait véritablement le tour du personnage au cours d'un travail conséquent, sans doute long, et très précis. On y lit le destin de Georges Arnaud, bourgeois déclassé et rétif, militant de gauche non-encarté, militant anti-colonial et mille autres choses encore qui rendent le personnage beaucoup plus intéressant et profond que la focalisation sur le meurtre mystérieux tendrait à nous le faire avaler.

Merci Roger Martin.

Une question demeure : Jaeneda partagera-t-il son prix ?



Roger Martin Georges Arnaud. Vie d'un rebelle. — Lyon, A plus d'un titre, 2009, 500 pages, 19,50 €

samedi 18 novembre 2017

George Melly (1926-2007)

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Infossur informe toujours. En couverturede son nouveau numéro, Georges Melly, le musicien, chanteur et collaborateur de Mesens dont on apprend (avec retard, où regardait-on donc ?) qu'a paru en 2013 son Don't tell Sybil (Atlas press), souvenirs où il évoque ELT Mesens (Sybil est son épouse) et les surréalistes anglais — qui étaient plus tournés vers Bruxelles et Magritte que vers Paris. On se demande pourquoi...
On raconte que lisant un sien poème où il était question de fourchettes volantes au Barcelon Restaurant de Londres, il mit les engins en fonction.



Illustration du billet : coloriage par l'assistant du Préfet maritime, 4 ans.

vendredi 17 novembre 2017

C'est le moment d'en profiter

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Si vous avez envie de vous distraire un peu des romans grisaille, des mauvaises bio déguisées en fiction et des essais aqueux, tentez un tour du côté du Salon des Editions indépendants qui se tient aux Blancs-Manteaux ce week-end à Paris. Les étals devraient vous offrir de quoi lire bon.
Héros-limite, Anacharsis, Murmure, Signes et Balises, RN, Marchialy, Mémo, L'Ogre, Le Vampire actif, Ypsilon, Le Sandre, Le Miel des Anges (qui n'y seront sans doute pas), Nous, La Part commune, L'Oeil d'or, Claire Paulhan, Le Sonneur, Prairial, Asphalte, L'Echappée, Al Manar, qui sais-je encore ! (244 éditeurs seront présents...), les maisons vertueuses et généreuses seront légion, piles dressées en votre honneur.
Pour notre part, nous rions voir de près ce Nanar Wars qui nous fait de l'oeil, non loin de C'est la jungle d'Harvey Kurtzmann, ancêtre majeure de la dd d'aujourd"hui, deux must présentés cette année sur le stand des éditions Wombat - qui élargit en outre sa collection de poche à une vitesse redoublée...
Petit rapport de visite dans quelques heures, c'est promis.

jeudi 16 novembre 2017

Les éditeurs indépendants peuvent être élégants aussi

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Les éditeurs indépendants savent être élégants
Les éditeurs indépendants peuvent aussi produire proprement.
La preuve...
A l'aube du salon des édigteurs indépendants (ce week-end aux Blancs-Manteaux), qui rassemble une partie du ban et de l'arrière-ban de l'édition en devenir, L'Oeil d'or se lance dans une campagne d'adhésion pour asseoir son activité associative, fortifier ses programmes et maintenir une production qui fait fonctionner des imprimeries en France, et des imprimerie œuvrant avec le label Imprim'vert (1) sur du papier FSC avec de l’encre végétale. (2)
Plusieurs types d’adhésion sont proposées. Faites votre choix.

Et n'oubliez plus de consulter l'achevé d'imprimer des livres que vous achetez...




(1) Oui, consommateur que vous êtes, même si les "médias" n'ont pas encore découvert le sujet aux oeufs d'or, vous avez aussi le droit d'être regardant lorsque des éditeurs peu scrupuleux vous fournissent des encres bien sales (jusqu'à trois métaux lourds pour composer une encre) sur du papier dégueulasse à base de bois. Les solutions propres existent, il suffit de s'en servir. Même en France. Merci de votre attention.

(2) Les gougnafiers qui impriment dans des pays sans protection sociale vendent leurs produits aux mêmes prix que ceux qui font des efforts financiers pour un commerce propre. Voulez-vous des noms ? (Et on n'a pas commencé à parler de la qualité des livres...)

mercredi 15 novembre 2017

Vingt-et-une vieilles recettes pour mettre à mort les grands coupables

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Repéré par Christophe Macquet dans le fonds de Gallica, ce fragment éloquent de la monographie d'E. Moura, ancien officier de marine, ancien représentant du gouvernement français au Cambodge, officier de la légion d'honneur, officier de l'instruction publique, commandeur de plusieurs ordres étrangers, membre de la société académique indo-chinoise et des sociétés de géographie de Lisbonne et de Bordeaux.:


Vingt et une vieilles recettes pour mettre à mort les grands coupables

Les crimes atroces, connus sous la dénomination de 0crot-tus, sont regardés comme les plus graves qu’on puisse commettre. Ce sont : Entrer dans le royaume les armes à la main - Voler les bonzes - Brûler le Palais du roi — Brûler les livres sacrés – Mettre le feu aux pagodes et aux bonzeries - Incendier les maisons des mandarins et des particuliers – Se saisir des bonzes, de leurs élèves, ou même des particuliers, pour les tuer ensuite de n’importe quelle façon — S’emparer des serviteurs du roi pour les mettre à mort — Tuer son père ou sa mère, ou ceux par qui on a été élevé — Tuer un individu que l’on a poussé au vol, afin de se rendre maitre des objets volés — Voler des objets de grand prix, tels que des idoles du Bouddha en or, en argent, en bois, en briques, en pierre, en étain, en cuivre jaune ou rouge, en vermeil; ou bien voler les livres sacrés et autres objets de ce genre qui sont comme la base de la religion, comme l’aliment de la piété des hommes - Couper les arbres sacrés.
La peine édictée contre les crimes atroces est la mort; et il y a vingt et une manières de faire périr le coupable, suivant la gravité de son crime :
On brise la tête du coupable, de manière que le sang jaillisse; puis on applique dessus une barre de fer chauffée au rouge, qui doit brûler les chairs jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les os du crâne.
On décalotte complètement la tête, en sorte que la peau retombe sur le front et recouvre la figure du patient.
On oblige le patient, par moyen d’un bâillon, à tenir la bouche ouverte et on y verse de l’huile que l’on enflamme avec une mèche.
On fend la bouche des deux côtés jusqu’aux oreilles; puis on y met un bâillon qui la maintienne ouverte, pleine de sang.
On enveloppe les deux mains dans une toile bien imprégnée d’huile et on y met le feu.
On taillade les chairs du condamné depuis la nuque jusqu’aux chevilles et on le frappe jusqu’à ce qu’il expire sous les coups.
On l’écorche depuis le cou jusqu’aux reins, de manière que la peau en retombant lui couvre la partie inférieure du corps.
On lui passe un trident de fer à travers le corps et on le à terre avec cette arme.
On le brûle à petit feu jusqu'il ce qu’il rende le dernier soupir.
On lui arrache des lambeaux de chair avec un coutelas à deux tranchants, de manière à pratiquer dans tout son corps des trous inégaux et on laisse la mort venir.
On lui dépèce le corps des pieds à la tête, jusqu‘il ce qu’il ne reste plus que le squelette.
On lui taillade les chairs; puis, avec un peigne de fer, on en racle les lambeaux jusqu’au décharnement complet de sa personne.
On couche le coupable sur le flanc, puis on lui enfonce une barre de fer pointue qui lui traverse la tête d‘une oreille à l’autre et le fixe à la terre.
On lui broie les os avec une pierre, sans enlever ni la peau ni les chairs. On le plie ensuite comme un paquet et on le jette de côté.
On lui arrose le corps avec de l’huile bouillante jusqu’à ce qu’il meure.
On lâche sur lui des chiens dressés exprès et affamés qui le dévorent et lui rongent les os.
On le pourfend avec une hache.
On le transperce avec une pique jusqu’à ce que la mort s’ensuive.
On l’enterre jusqu‘aux seins dans une fosse; après quoi, on l’entoure de paille de riz à laquelle on met le feu; et quand son corps est couvert de brûlures, on passe sur le sol une charrue et on la repasse jusqu’à ce que le cadavre soit réduit en lambeaux.
On lui fait manger des morceaux de sa chair qu‘on a frits à l'huile.
On l’assomme à coups de bâton.
On le frappe jusqu’à ce qu’il meure, avec un rotin encore couvert de ses épines.

On n’appliquera qu’une seule de ces peines à chaque coupable et cette peine devra être en rapport avec l’énormité du crime.




Traduction Jean Moura in Le Royaume du Cambodge. - Paris, E. Leroux, 1883.


mardi 14 novembre 2017

Vingt-et-un livres muets

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Christophe Macquet est un homme surprenant. Comme par hasard, il a surgi de l'ombre portée de Louis Watt-Owen, cet alchimiste. Depuis quelque temps déjà, on suit attentivement ce qu'il avance en guise de pions et l'on est attentif à ne pas manquer de nous laisser surprendre — on aurait beau faire les blasés, on n'y parviendrait pas. Récemment encore, il nous lançait sa traduction de textes cinquantenaires ou presque du khmer Soth Polin, une sorte de diabolus ex-machina aux idées tortes et longues que les ongles d'un ermite.
Et voici que ce sont ses vingt-et-un livres muets qui sont mis en vente pour que les amateurs s'en emparent.

lundi 13 novembre 2017

Čapek à Londres

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Karel Čapek, comme Eça de Queirós ou Alphonse Allais, c'est un esprit qui parle. Et le Tchèque a une autre corde à son arc : il dessine. En 1924, il est envoyé en Angleterre à l'occasion d'une grande manifestation en l'honneur de l'Empire britannique. Comme il le comprend très vite, c'est plutôt une grande manifestation en l'honneur de l'Angleterre : L'île-mère capte la production de ses colonies et la met en montre comme une prise de guerre. (Il n'y a pas de musée anthropologique à Londres, Čapek l'a noté avec perspicacité). Mais au-delà de la politique économique coloniale, Čapek rencontre une civilisation qui a beau être étrangère, lui reste étrangère. Il y a surtout la ville, les autobus, la foule, les harangueurs de parc, les clubs où l'on vient pour se taire (on y écrit, note-t-il, en fumant, à moins qu'on n'y fume en lisant) et puis la campagne qui le ravit.
Lorsqu'il évoque l'East End populeux, cela donne ceci :

Dans cette écrasante quantité, on n'a plus l'impression d'un flux humain excessif, mais d'une formation géologique : ce noir magma doit être vomi par les usines ; ou bien ce sont les alluvions du commerce qui s'écoule là-bas dans des navires blancs sur la Tamise ; ou bien des sédiments de suie et de poussière se sont déposés ici.

Jouant avec grâce l'étonnement et la candeur, Karel Čapek multiple les scènes de genre et s'extasie sur la country anglaise. Quelque chose le trouble en effet dans la façon dont les Anglais vivent leur verdure. Et il comprend vite :

La campagne anglaise n'est pas faite pour le travail : elle est faite pour les yeux.

De la génération des grands chroniqueurs européens du siècle passés, Karel Čapek a de quoi nous séduire, autant qu'il est surpris. D'ailleurs il visite tout : l'Irlande et l'Ecosse, les rues mal famées et les quartiers huppés, Oxford et Cambridge, et même ses collègues Chesterton, Wells ou Shaw (dont il recopie les portraits vus dans la presse). Il les dessine comme il a dessiné les cerfs ou les dockers, les phares et la mer. Son voyage est documenté : a-t-il vraiment tout vu ? Peu importe, il est drôle, passablement ironique, un peu moqueur et plein d'autodérision pour ce qu'il est surpris du reste.
Ecrit-on encore des reportages avec ce sens de l'Autre et ce dédain de soi ?


Karel Čapek Lettres d'Angleterre, traduit par Gustave Aucouturier. — La Baconnière-Ibolya Virag, 181 pages, 12 €

dimanche 12 novembre 2017

Le laveur des morts

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La nuit se faisait parfois sombre, tragique, tourmentée de vent noir, d'eau grondante. Un soir pareil, au moment de m'endormir, j'entendis un long cri, un appel, le cri d'un homme en marche. Je me relevai, j'allais à la fenêtre. Le cri retentit un peu plus loin, encore, encore... en s'éloignant toujours. Je ne voyais personne ; l'homme semblait désespéré, perdu ; il appelait vers la mer, vers le noir, avec un terrible accent de détresse. Il appela longtemps, puis sa voix se confondit dans la tempête. Je m'endormis à l'aube. A mon réveil, le ciel était limpide, la mer encore épuisée et frémissante. Nul n'avait entendu le cri dans la nuit.
Vers la fin des après-midi Gharmisch descendait sur les quais. Il vendrait des cacaouettes grillées et des karamous, qui sont des graines de lupin, carrées et j'aune d'or, trempées et comme cuites dans de l'eau salée. il lançait machinalement son appel : "Gharmisch ! Gharmisch !" ce qui veut dire : "pour grignoter !" C'était un Arabe encore jeune, très long, très blanc, vêtu d'une gandoura de coton immaculée ; sa maigre figure douce et régulière portait un air d'étrange sérénité. Le plus souvent il donnait ses cacaouettes pour rien aux enfants accourus autour de lui. Un jour, mon plus jeune frère, qui avait cinq ans, et qui le guettait du haut de la véranda, ne descendit pas à l'appel, comme il faisait d'habitude. Gharmisch leva vers nous son long visage pâle et nous sourit. Le petit répondit à peine, et quand l'Arabe fut passé, se pencha vers moi et me dit d'une voix basse et un peu cruelle : "Tu ne sais pas pourquoi il est si blanc, Gharmisch ?"
- Je ne sais pas.
- Gharmisch, c'est le gratteur des morts.
Je ne discutai pas la nouvelle. Il avait dû l'apprendre dans une des conférences solennelles qu'il tenait avec Capitaine, le gardien de l'orge, et Miskine-Charité, le vieux mendiant. Le gratteur des morts... Le laveur des morts... Je comprenais maintenant cet air de secret et de douceur. Snas plus parler nous regardions la blanche forme qui s'effaçait dans le crépuscule.



Rose Celli A l'Envers du tapis. - Paris, Gallimard, 1935.


Et aussi, toujours, sur le même sujet, l'excellent film de l'Iranien Mohsen Amiryoussefi avec Abbas Esfandiari, Sommeil amer (Caméra d'or à Cannes, 2004 ; DVD : Blagnac, Les Films du Paradoxe). Là, en Iran et non plus en Algérie, le laveur des morts est tout de noir vêtu.



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