L'Alamblog

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samedi 24 décembre 2016

Bouffe et amarante

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Après le fesse-libris pour le moins... curieux de cette semaine, il nous a paru, depuis notre île, et l'on nous excusera cette courte vue, qu'une affiche publicitaire pour un magazine un peu grotesque, si ce n'est tout à fait con, ferait assez bien l'affaire.
En contre-point, et parce qu'on ne peut se laisser aller à la bêtise satisfaite sans manquer à notre dignité d'être humain, nous livrons le cadeau de saison que Christophe Macquet nous envoie d'Asie.
C'est "une petite strophe énigmatique du poète cambodgien krâm Ngoy pour passer Noël".


20. Ne foulez pas aux pieds
L'amarante « fiente de poulet »
Dans leurs paraboles, nos Aînés
Appelaient amarante
Deux, trois espèces de plantes
N'allez pas chier
Où vous avez mangé




vendredi 23 décembre 2016

Quand Odilon Redon herborise

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Très fleuri, très illustré, l'Odilon Redon botaniste composé par Robert Coustet, critique d'art spécialsite d'Odilon Redon, fait un beau bouquet.
Pour Noël, il est parfait.



Robert Coustet Odilon Redon botaniste. Textes de Francis Jammes et Marius-Ary Leblond. — Bordeau, L'Eveilleur, 80 pages, 15 €



jeudi 22 décembre 2016

Puisqu'on en est à parler de bons livres

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C'est Agathe Guillaume, libraire chez Millepages à Vincennes, qui avait été la première à le dire : Les Jeunes Constellations... "un premier roman qui se permet tout". Et elle avait parfaitement raison.

Nous profitons des fêtes pour rappeler à tous que c'est LE livre de 2016 qu'il faut avoir lu pour se procurer du plaisir.

Il est d'ailleurs encore temps de se le faire offrir.

Le père Noël fait une exception pour Les Jeunes Constellations de Rayas Richa.



Rayas Richa Les Jeunes Constellations. - Talence, L'Arbre vengeur, 2016, "L'Alambic", 223 pages, 18 €

mardi 20 décembre 2016

Les cadeaux malins de l'Alamblog

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Vous êtes à la recherche d'un cadeau subtil destiné à un être auprès de qui vous souhaitez briller ?
Il est encore temps !
Ruez-vous sur l'Almanach des réfractaires d'Evelyne Pieiller. Vous y trouverez, par mois, tout ce qu'il faut de savoirs amusants, utiles ou édifiants. La thématique est révoltée et les pensées sont de nature à enrichir l'espace mental. Tout le contraire des Miscellanées de M. Schott donc.
De très belles pages de littérature, en outre, sur la vie, la jeunesse et la venue de l'âge, l'attente avant les concerts de rock, et toutes sortes de choses fondamentales.
Vous allez surprendre. Et comment !



Evelyne Pieiller Almanach des réfractaires. — Bordeaux, Finitude, 2016, 272 pages, 19,50 €

lundi 19 décembre 2016

Une gauloiserie pour moments festifs

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Le Préfet maritime peut bien confesser qu'il ne se laisse pas aller assez souvent à la gaudriole ou à la gauloiserie (voire au mauvais goût ?), tout le monde s'en était déjà aperçu.

Pour corriger cet excès regrettable, il vous offre ce jour une image qui a pris la mer pour lui parvenir il y a quelque temps.

Oui, c'est... comment dire...
La chose serait due à Tomi Ungerer...

Il avait semblé déjà au Préfet maritime que les amateurs de curiosa n'étaient pas toujours les plus subtils de ses convives...


dimanche 18 décembre 2016

La nuit aveuglante

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J'ai perdu l'habitude d'avoir peur dans le noir, et je ne crains jamais de perdre ma route. Tous les chemins mènent à mon désespoir.




André de Richaud La Nuit aveuglante (Robert Laffont, 1944 ; Robert Morel, 1966 ; "Bibliothèque Marabout", 1972, Grasset, "Cahiers rouges", Deyrolle, 1996 ; etc.).

La reliure éditeur présentée ici est celle des éditions Robert Morel, maquette d'Odette Ducarre. Une des plus ingénieuses reliure système du siècle dernier.


samedi 17 décembre 2016

Les couvertures de notre siècle (22)

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En Russie, on appelle ça une tête à balle... Le publicitaire Maxime T. Ermakov est sollicité par les agents d'un obscur service de la sécurité d'Etat qui lui demandent de se suicider. La raison de cette "proposition" est simple : son cerveau comporte une spécificité qui met en péril la (présumée) harmonie du monde. Evidemment.
L'influence de Raspoutine est donc un tropisme indécrottable et son influence ne paraît toujours pas effacée (revient Félix Ioussoupof !)
Tissées de câbles gros comme la cuisse d'un cosaque, les démêlées de Maxime avec son environnement paraît caractéristique d'une certaine production littéraire russe du moment : un peu d'affaire d'Etat, une louche de paranormal (pas trop non plus), quelques coups de main (propriétaires violents, etc.), un ou deux coups de folie, quelques autochtones mesquins, un petit peu de décès, et hop, emballé c'est pesé.
Sauf que ce roman est plutôt pesant, d'un humour aussi pétillant qu'est élégant un uniforme de maréchal soviétique, et subtil comme un plan quinquennal.
On fera donc l'impasse, tout en admirant sans réserve une couverture très réussie, et on retournera lire Vladimir Charov.

Olga Slavnikova La Tête légère. Traduit du russe par Raphaëlle Pache. — Mirobole, coll. "Horizons pourpres", 480 pages, 22 €

vendredi 16 décembre 2016

Les écrivains français oubliés des années 1930

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Beaucoup de choses dans ce nouveau numéro de la Revue italienne d'études françaises (RIEF), et en particulier un dossier poétique composé par Valerio Magrelli et les actes de la journée d'études de décembre 2015 consacrées aux écrivains français oubliés des années 1930.
Comme le disait Gianfranco Rubino, dont l'érudition et la finesse nimbent le préambule qu'il donnait en ouverture de la journée : « En dehors de toute hiérarchie, c'est l'amour inconditionné de la littérature qui légitime une telle entreprise ». Conclusion in petto : on aimerait avoir ici, dans l'hexagone, un œil aussi pointu dans le domaine de la liittérature italienne des années 1930... Encore un petit effort, mesdames-messieurs les Français.

Sommaire
Paola Perazzolo :« Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l’ordre » : (in)achèvement et imperfection chez Isabelle de Charrière
Roland Chollet : Nerval et le temps. Le thème de l’horloge
Eric Pellet : Crise logique, crise poétique : Francis Ponge et Antonin Artaud (1923-1926)
Fabio Vasarri : Calembours poétiques et traduction : Glossaire j’y serre mes gloses, de Michel Leiris à André Masson
Frédéric Martin-Achard : Être moins ou ne pas être : sur quelques modalités paradoxales d’existence du personnage romanesque contemporain (Alféri, Chevillard, Modiano, Vasset)
Daniela Tononi : Génétique des textes et système chaotique

Les écrivains français oubliés des années trente Gianfranco Rubino : Autour d’écrivains oubliés
Ornella Tajani : Autobiographie d’un pécheur habitué. Sur Marcel Jouhandeau
Iacopo Leoni : André Thérive : résignation contre négation
Ida Merello : Jacques Spitz : un auteur au purgatoire
Maria Chiara Gnocchi : Un René Guillot inconnu : le romancier des années 1930
Olivier Maillart : Les ruptures de Georges Limbour
Francesca Lorandini : Relire Marcel Aymé
Teresa Manuela Lussone : Une oubliée sous les feux de la rampe : le cas Némirovsky
René Corona : Il y a Belle Lurette… Henri Calet… contre notre oubli
Fabrizio Impellizzeri : Maurice Sachs ou la chronique d’une exclusion
Henri Godard : Jean Malaquais, une étoile filante de la littérature
Grazia Tamburini : Jacques Decour, le visage oublié de la Résistance
Éric Dussert : De la gomme et de la perte d’adhérence dans les lettres françaises

Seuils poétiques
Trois poètes français traduits par trois poètes italiens. Avec une note sur la poésie d’un poète et traducteur français, sous la direction de Valerio Magrelli
Ce dossier se veut comme un hommage à la littérature française de la part d’un petit groupe de poètes italiens qui se sont particulièrement distingués dans l’exercice de la traduction. Il s’agit d'Antonella Anedda (qui a choisi un texte de René Char dédié à Georges Braque), Franco Buffoni (face aux vers de L’Albatros de Baudelaire) et Maurizio Cucchi (avec sa version d’un poème de Rimbaud, Au Cabaret-vert). Ces choix d’auteurs sont analysés avec attention par Simone Giusti. Le dossier se conclut avec une note de Valerio Magrelli sur la poésie de Bernard Simeone, disparu à Lyon le 13 juillet 2001 à quarante-quatre ans, et considéré comme un des plus importants « passeurs » entre les deux cultures. Valerio Magrelli Présentation
Antonella Anedda : Avec Braque, peut-être, on s’était dit... de Char
Franco Buffoni : L’Albatros de Baudelaire
Maurizio Cucchi : Au Cabaret-vert de Rimbaud
Simone Giusti : Trois poètes traducteurs de poètes
Valerio Magrelli : La poésie de Bernard Simeone

Le point sur Vincenzo De Santis, traduction et pornographie

Documents : Andrea Schellino : Lettres échangées entre Sainte-Beuve et Madame Aupick suivies du « dossier littéraire » sur Baudelaire par Sainte-Beuve
Anna Maria Scaiola, Lettres inédites de Pierre Loti à la princesse Mathilde Bonaparte et au comte Joseph Primoli

Aurélia Cervoni, Un compte rendu des Fleurs du mal dans le Courrier franco-italien du 9 juillet 1857

Relectures
Lionello Sozzi, La fonction de la littérature : culte du Moi et formation de l’opinion

jeudi 15 décembre 2016

Hans Fallada lu par Eugène Dabit

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HANS FALLADA. — Et puis après ? (N. R. F., édit.).

On comprend pourquoi le livre bizarre de Kafka : Le Procès n'a pas connu un grand retentissement ; on s'explique moins la non-réussite d'un livre comme celui de Hans Fallada (non-réussite, si l'on se prend à songer aux succès prodigieux de certaines traductions). L'histoire de Pinneberg et de sa femme « Bichette », c'est bien celle que peuvent connaître aujourd'hui, en France, des milliers de gens. Peut-être, de la vivre, cela les rend-il moins curieux d'apprendre quelle fut celle de leurs voisins allemands ? Il semble cependant qu'ils puiseraient dans cette œuvre quelque clarté sur le mauvais sort qui les guette.
L'histoire de Pinneberg et de sa compagne, ce n'est rien d'autre que la vie des employés de Paris, de ceux qui ne croient pas faire partie du prolétariat, qui prennent le métro à une heure différente de celle des ouvriers, lisent d'autres journaux, s'habillent avec plus de recherche, parfois habitent d'autres quartiers ; mais qui, à leur insu, n'en subissent pas moins les mêmes lois. Le livre de Hans Fallada pourrait leur ouvrir les yeux ; il coûte 15 francs, le prix de deux ou trois séances de mauvais cinéma — mais peut-être ne veut-on connaître que de médiocres rêves ? — Bref, Pinneberg, c'est un vendeur d'un grand magasin de confection berlinois (après avoir été comptable, en province). Il doit, comme tout vendeur, avoir de bonnes manières, un langage fleuri, et surtout faire journellement son chiffre d'affaires, un chef de rayon est là pour le lui rappeler. Hors de ses heures de service, il ne doit pas davantage oublier qu'il appartient à la maison Mandel. Non ? « C'est ce qui vous trompe, dit à ce propos le directeur. La maison Mandel vous nourrit et vous habille, c'est elle qui vous permet de vivre. Nous avons le droit d'attendre de vous que, dans tout ce que vous faites, vous pensiez d'abord à la maison Mandel. » Voilà. A Paris, comme à Berlin. Et dame, par ces temps de chômage...
Ce n'est pas seulement ce métier de vendeur, avec ses roueries, ses servitudes, qui nous est montré ; mais, plus parfaitement, plus profondément, l'existence d'un ménage berlinois, de ceux qu'on appelle, à Paris : français moyens, hommes de la rue, ou en littérature : personnages populistes. Oublions ces étiquettes. Hans Fallada nous raconte par le menu les gestes et les pensées de ses deux jeunes héros. Ils s'aiment, c'est leur seul vrai bonheur ; puis ils ont un gosse, qui ne diminue point ce bonheur. Au delà de ce cercle ce n'est qu'inquiétudes, tourments, horizon noir. L'auteur n'a pas choisi de nous montrer ses héros dans des circonstances dramatiques, la vie quotidienne l'est assez, qui exige peut-être le seul vrai courage, silencieux, anonyme. Cela est admirablement senti, exposé, développé, dans cette œuvre. Pas de gémissements, pas de cris, pas de révolte. Mais si Pinneberg et sa femme se débattent d'une façon. qu'on ne peut appeler grande ni courageuse, ils n'en sont pas moins, peu à peu, il est vrai, conscients de leur destin ; et plus, émouvants de ne point désespérer d'une vie que des hommes leur ont rendu si précaire et si morne. Le livre entier n'est rien d'autre que le compte rendu presque journalier de cette vie. On fait son budget, on l'équilibre, de l'imprévu bouleverse vos calculs ; on voudrait s'acheter un manteau neuf, mais il faudra attendre encore plusieurs saisons ; se passer un caprice, alors il faudra se priver de viande ; avoir du beurre... et le loyer ? Un sou est un sou. On imagine que cela ne permet pas de grandes envolées. C'est l'existence que mènent des milliers d'êtres, ceux qu'on appelle les humbles, les petites gens, et qui sont des hommes ; une existence que pourtant ils souhaitent voir durer. Oui, Pinneberg et sa Bichette ne font pas de plus beaux rêves. Mais ce n'est là qu'un rêve. Un mois vient où Pinneberg ne réalise pas son « chiffre », où il commet quelques maladresses, il est renvoyé, il doit faire tamponner sa carte de chômage. Un soir, dans une des rues luxueuses de Berlin, tristement, il erre...
« Et soudain, devant cette vitrine, devant ce Schupo, devant ces honnêtes gens, Pinneberg comprend tout. Il comprend qu'il est en trop, que sa place n'est plus ici, qu'on le chasse à bon droit : il n'a plus qu'à disparaître. L'ordre et la propreté : c'était pour autrefois. Le travail et le pain assuré : c'était pour autrefois. Faire son chemin et espérer : c'était pour autrefois. . La pauvreté n'est pas seulement misérable, la pauvreté est coupable, la pauvreté est dégradante, la pauvreté est suspecte. » Un Schupo le frappe, Pinneberg rentre chez lui, en sanglotant. « Oh, Bichette, bégaye-t-il, qu'est-ce qu'ils ont fait de moi... les Schupo... ils m'ont poussé du trottoir, ils m'ont chassé. Comment puis-je encore regarder quelqu'un ?» — « Mais tu peux me regarder, murmure Bichette. Toujours, toujours ! »
Le livre se termine ici. Ce que fut la vie de demain, l'avenir de Pinneberg et de sa femme, Hans Fallada nous le laisse à deviner. Aujourd'hui ressemble à hier ; aujourd'hui, encore, c'est l'hitlérisme, et pour des Pinneberg, après tant de duperies, de nouveaux mensonges, brillants, sonores exaltés, qui leur feront accepter l'idée d'une guerre comme le seul avenir possible. Il est vrai que la mort est au bout, vite, et ça c'est un avenir sûr.
Je ne sais si le livre de Hans Fallada est un grand livre, mais je souhaite à chacun de le lire. Sans doute n'a-t-il point les richesses qu'on désire trouver dans un grand livre. Il s'agit de richesses d'ordre littéraire — d'ailleurs, la traduction ne nous laisse pas, hélas, deviner la saveur, la bonhomie, la malice, et le charme de l'esprit de Hans Fallada. Mais on ne songe jamais trop vivement qu'elles font défaut tant on approche de près l'existence d'un couple dont le malheur se répète indéfiniment sur une partie de ce monde.

Eugène Dabit



Europe, 15 septembre 1934

mardi 13 décembre 2016

La bonne nouvelle

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C'est à peine croyable !
Et juste avant Noël !
Un nouveau roman de Vladimir Charov vient d'être traduit en français.
L'année finit bien.
On vous en dit plus dès que le Préfet maritime daigne se remettre au travail...



Vladimir Charov Soyez comme les enfants, ou vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux... roman traduit du russe par Paul Lequesne. Préface d'Eric Naulleau. — Paris, Louison, 493 pages, 25 €

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