L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

samedi 15 juillet 2017

Faillite de Fallada

FalladaH1.jpg




Pour qui voudrait avoir un aperçu rapide de la vie alcaloïde narrée par l'Allemand Hans Fallada le polydépendant (alcool et morphine), un "roman graphique" de Jakob Hinrichs a paru qui résume en quelques chapitres plusieurs moments noirs du fameux "Buveur".
Comme dans le "Cauchemar" (traduit par Edith Vincent, Le Portulan, 1947), on retrouve sous la mine de dessinateur les acmés de la torture chimique où alternent les moments de satisfaction et de manque dans un voyage de plus en rapide vers le delirium et la mort.
Le maître avait narré les images qui lui passaient alors en tête, ou à travers le corps avec des mots, Jakob Hinrichs nous les transmet en images, et pas si mal.



Jakob Hinrichs Hans Fallada, vie et mort du buveur. Traduit de l'allemande par Laurence Courtois. — Paris, Denoël, "Denoël Graphic", 176 pages, 23,90 €


falldaH2.jpg

vendredi 14 juillet 2017

Justice pour Defoe

AAADefoeCOlJack.jpg


C'est un certain Louis Watt-Owen qui avait poussé naguère Phébus à rééditer le Colonel Jack de Daniel Defoe, roman négligé de cet immense auteur, et roman cependant très, très intéressant.
Notamment parce que s'y lit une biographie intellectuelle déguisée de son auteur.
Réédition au format de poche ce mois.
Trouvez-vous dans trois jours en librairie pour rapter l'opus.



Daniel Defoe Colonel Jack. Traduction de Michel le Houbie. - Paris, Libretto, 352 p., 10 €

mardi 11 juillet 2017

Moi et la Petite Personne, par Marlène Soreda

pETITEpERSONNEbOXE.jpg


Je l’ai rencontrée il y a plus de vingt ans, sur une table de libraire… Ça commence mal, je la vois déjà tordre ses bras et laisser tomber sa tête : elle n’aime pas les histoires et (peut-être comme on s’imagine que sont les vrais poètes), elle préfère « être », comme ça, pour rien, sur sa page, plutôt que raconter. En principe, moi aussi, mais depuis le temps que je me contente d’être, sans rien raconter, tout le monde a oublié mon existence, aussi désormais je raconte, et même en commençant par le commencement. (Et puis, dans une approche savante du style « l’être et/ou le néant », tout a déjà été dit à son propos : « poésie métaphysique », « gribouillage existentiel », « idéogramme dessiné », « ponctuation existentielle d’une émancipation par la plume », « psychomachie tendre », et même « petit Golem d'encre et de papier » … J’admire mais ne sais pas faire aussi bien.)

Ce jour-là, sur la table, ce qui m’a attiré c’était son air de rien, cette sorte d’élégance nonchalante, pas tirée à quatre épingles pour deux sous, un peu ado « j’veux qu’on m’aime pour moi-même ». Je regarde de plus près, pour tenter de comprendre comment c’est fait. Ça commence comme une parenthèse, qui s’enroule… tiens, un rond !... non, une tête, je ne sais pas trop, ça se prolonge, s’en va à droite, à gauche, on dirait une esquisse, des arabesques – ne pas dire « gribouillis », elle est susceptible, « gribouillon » peut-être ? – en tout cas voilà quelqu’un, elle-même en entier : tronc, tête, membres, pieds et mains, tout y est. Et tant pis pour la créatrice qui s’imaginait peut-être mener sa barque et sa créature comme elle l’entendait.

Dès le début l’une va devoir compter avec l’autre, et vice-versa, une vraie histoire d’amour. Et l’une tire à hue, l’autre à dia, en douceur certes, et sous leur air de ratisser en surface, elles creusent profond : de la création au point final en passant par le Diable, l’Amoureux, la Photocopine, élans, doutes, essais, erreurs, obstination, tout y passe jusqu’à « La Petite Personne et la Mort ». Quatre livres en huit ans, ça épate. Ensuite, plus rien. On se redit le dernier titre (« La Petite Personne… » et qui déjà ?), on s’inquiète, on offre des exemplaires à droite, à gauche, on s’emballe, on se sent un peu seule avec son enthousiasme.

Et puis un jour, surprise ! la revoilà. Cette fois la nouvelle arrive par Facebook : un titre à coucher dehors, une pêche intacte (« yaaa ! » poing en avant, dès la première page), les rotules bien dérouillées, la comprenette fort prompte derrière son air naïf, la revoilà, avec l’Amoureux, qui tente de la réveiller avec ses petits baisers, la Mort, lucide (« je te dis que c’est toi qu’elle aime, moi c’est juste une pulsion »), prosaïque (Jésus à ses disciples : « prenez et mangez car c’est tout ce qu’y a »), une délégation de personnages secondaires venus « parler à l’instance narrante », le point final qui ne cesse de débouler mais a un mal fou à se poser – pourtant rien de tout ça ne vaut sans le corps de la petite personne, ses gestes, ses postures, alors oui « faut voir ! ».

Et c’est ainsi que sur Facebook, la Petite Personne reçoit des clics et des clics, des j’aime et des j’adore, des centaines, puis des milliers de déclarations d’amour, de profondeur, d’intelligence, d’amitié, ça y est, c’est gagné : tout le monde l’aime. Et moi je jubile. Ah ! je la vois déjà la Petite Personne ! Je l’entends, ou plutôt je la lis, de toutes façons elle y trouvera toujours à redire : « Quand même!!! T’aurais pas pu écrire tout ça il y a dix ans ?!... Ça aurait peut-être encouragé la créatrice, on ne serait peut-être pas restées enfermées aussi longtemps. » Eh bien non, je n’aurais pas pu, la preuve (irréfutable) : je n’ai pas pu.

Je me demande ce qu’elle a fabriqué dans sa grotte pendant si longtemps : quand notre apparition ne soulève pas les foules, on peut toujours se retirer et tenter de changer ; est-ce à ça qu’elle aurait passé son temps ? On peut aussi attendre au chaud que le monde change. Dans son cas, j’ignore ce qui s’est passé, mais elle est revenue, enfin, dans une jolie robe de bal taillée sur mesure par son éditeur, en pleine forme, et en ce qui me concerne voici ce que j’ai pensé : si la Petite Personne fait enfin un tabac, c’est que le monde change, et pas seulement en pire ; c’est quand même aussi que tout n’est pas perdu.


Marlène Soreda

Cap Ras, mai 2017


Perrine Rouillon Moi et les autres Petites Personnes on voudrait savoir pourquoi on n’est pas dans le livre. En plus c’est la première fois que je mets les bras comme ça. - Paris, Thierry Marchaisse, 2016

lundi 10 juillet 2017

Colombiana

Colombiana.jpg



Dans le nouveau numéro de la revue Brèves, des nouvelles de Colombie.
Ne dévoilons rien, la forêt cache tout, insinuons seulement que plusieurs récits sont d'une originalité troublante.
En particulier une histoire du "Cirque Manson" tout à fait barrée par Antonio Ungar, ou bien les deux petits textes étranges de Diana Ospino Obando...
Au sommaire, réuni par Roberto Salazar Morales, Luis Fayad, Diana Ospina Obando, Luis Noeriega, Carolina Sanin, Eduardo Garcia Aguilar, Jorge Aristizabal Gafaro, Margarita Garcia Robayo, José Zuleta, Pablo Montoya, Juan Esteban Constain, ANtonio Ungar, Ricardo Silva, Juan Alvarez, avec des illustrations de Pedro Ruiz, et un commentaire sur l'oeuvre de ce dernier par William Ospina.




Brèves (n° 110)
176 pages, 18 €

jeudi 6 juillet 2017

On a retrouvé le Petit Prince

Tiprince2.jpg
On savait grâce à Denis Boissier où Saint-Exupéry était allé cherché Le Petit Prince : chez Tristan Derème et son Patachou petit garçon, dont les héritiers, qui ne se sont jamais aperçus du plagiat, ne se sont jamais portés en justice.
C'est ballot. Ils seraient riches. Et on connaîtrait notoirement leur aïeul. Mais c'est comme ça, souvent les faiseurs gagnent, parce que les spoliés ignorent l'enjeu ou se laissent faire.
Bref.
Tandis que nous ne pensions plus à cette affaire détestable — et ceux qui se sont fadés Le Petit Prince savent de quoi il retourne d'ennui et de faux humanisme vaseux lorsqu'on prononce à propos de ce livre le mot "détestable" —, il nous est tombé sous la main, littéralement, la preuve d'un autre plagiat du sieur Saint-Exupéry.
Incroyable, n'est-ce pas ? C'est décidément la preuve que la famille St-Ex (lui-même et.ou Consuelo) avait entrepris une conquête méthodique. A la Malraux dirons-nous. A ceci près que Malraux faisait semblant de monter dans les avions avec sa veste en cuir, et que St-Ex est mort en avion, certes, mais en allant rejoindre une maîtresse à Tunis, et non en service commandé comme il se dit bêtement.
Ce document qui nous est tombé sous les yeux, c'est ce livre, mentionné précisément plus bas.
Vous en avez l'image. Elle est plus que frappante.
Il concerne, comme par hasard, l'aviation.
Le héros a une chouette coupe de cheveux, n'est-ce pas ? Et il est méconnu.
Le fil cousu est si blanc que nous n'ajoutons rien.
Le Petit Prince est de 1942, Friquet de 1937. Faites vos calculs.




Jaboune (id est Jean Nohain) et Henri Kubnick Friquet, pilote de ligne. — Paris, Librairie Plon, 1937. Illustration de couverture Erick.


TiPrince2.jpg

(1) Oui, les moralistes, je sais que je ne peux (certainement) pas dire ça, essentiellement parce que le monde entier aime Le Petit Prince. Que le monde entier loue Le Vent dans les saules (2), on discutera ensuite.

(2) Je me dois de préciser que Le Vent dans les saules est un chef-d'oeuvre de Kenneth Grahame.%%

mardi 4 juillet 2017

Kijé n'est pas là

AATybnianovKije.jpg


Tynianov... Ce patronyme n'entraînera pas de pâmoison dans la foule. Et pourtant, Iouri Tynianov (1894-1943) est l'égal de Melville : son Kijé ne vaut pas moins que Bartleby.
Bien sûr, il est russe. On ne saurait être tous américains. Faut-il imaginer que cela a pu avoir un effet dans la réception d'un grand texte mémorable ?
Lorsque vous l'aurez lu ce majestueux Kijé, vous constaterez de vous même que cela ne change rien en effet. Le Lieutenant Kijé est un de ces récits qui érigent un type immarcescible et significatif, soit un classique de premier rayon. Par hasard, il appartient avec Bartleby ou Au coeur des ténèbres à la catégorie des nouvelles à peine développées qui posent des bornes importantes. Et c'est ainsi que, tandis que le Bartleby de Melville fait office de mascotte de la postmodernité, Le Lieutenant Kijé est celle de notre temps.
Fable cruelle et folle de 1927, Le Lieutenant Kijé relate comment un certain Kijé naît de l’erreur de copie d’un scribe du tsar Paul Ier, le fils de la Grande Catherine, despote notoire, et conduit à la suppression des rôles du bien réel lieutenant Sinioukhaïev dont le nom a été rayé par compensation. Il n'est pas question d'insuffler le désordre dans l'entourage immédiat d'un tsar qui a la main lourde dès lors qu'il lui prend l'envie de punir...
Propos sur la fraude, sur la simulation et sur la brutalité du pouvoir, on ne sera pas surpris d’apprendre que Kijé connaît une carrière fulgurante, un mariage fastueux (où il ne se présente tout de même pas) et a plusieurs enfants comme il se doit. Tynianov, qui avait l'habitude de dire que son rôle débutait au moment où les documents historiques qui lui servaient de source s'interrompaient, s'est servi d'une anecdote réelle du règne de Paul Ier pour mettre sur pied cette tragicomédie qui porte condamnation de l'époque de Paul Ier comme de la notre.
En cherchant bien...


Iouri Tynianov Le Lieutenant Kijé, traduit, annoté et commenté par Lily Denis. - Paris, Galliamrd, Folio bilingue (n° 94), 144 pages, 7,70 €

Une fois séduit(e) par Tynianov, vous aurez la possibilité de vous ruer sur Iouri Tynianov La Mort du Vazir-Moukhtar, traduit par Lily Denis. - Paris, Gallimard, "Folio" (n° 6337), 720 pages, 9,30 € ou sur Le Disgrâcié... Dans La Mort du Vazir-Moukhtar, c'est du poète Griboïedov, le contemporain de Pouchkine, qu'il est question.

samedi 1 juillet 2017

Passage des Cinquantièmes Hurlants






Photo_papier_dechire_-_copie.jpg









Illustration du billet : © Draco Semlich 2017.

vendredi 30 juin 2017

La révolte des chaussures à lacets

f36881_3e097246e96f49af8302b0806bde1bec_mv2.jpg


Dans Les Souliers rouges (Lunatique, 2017), Marie Fréring a choisi de mettre en scène une révolte de gueux s’acharnant à reprendre ce qui lui a été arraché. Bundschuh, qui signifie « chaussure à lacets », est le nom de cette révolte des rustauds partie d’Alsace que nous raconte la romancière. Une jacquerie en terre rhénane qui fut finalement matée en 1525 au prix de cent mille morts…

Marie Fréring a choisi une langue que l’on dirait moulée pour son évocation. Cela donne ça : « La stupéfaction et le mésaise affligeant le visage de Katel s’évanouirent sous le regard tendre de Kornelia. Les pauvres sont habitués au mépris plus qu’à l’accortise. »


Marie Fréring. Les Souliers rouges. — Vitré, Editions Lunatiques, 2017, 140 pages, 14 €

mardi 27 juin 2017

Biofic de l'air

AAAAgnesClancier.jpg


Sortons du bassin des eaux dormantes et constatons que le voyage tranquille est un privilège très récent dans l'histoire de l'humanité.
Les pèlerins souffraient, les caravanes souffraient, les automobilistes d'autrefois souffraient aussi. Nous pouvons atteindre l'autre bout du monde en une grosse dizaine d'heures...
L'histoire de l'aviation et du transport ferré n'est donc pas pour rien dans notre civilisation dite des loisirs. Il y a quelques semaines Jean-Pierre Ohl racontait la construction de la première ligne de chemin de fer dans son roman (avec morceaux de Charles Dickens) intitulé Le Chemin du Diable (Gallimard, 2017). Agnès Clancier a choisi, elle, un autre moyen de locomotion et un vecteur, la biofic (biofiction).
En réanimant la magnifique figure de Maryse Bastié (1898-1952), aviatrice de tous les records et résistante, la romancière Agnès Clancier inscrit pour elle Une trace dans le ciel (Arléa, 2017).

« Ce qui la met le plus en colère, c’est lorsque les journaux osent écrire qu’elle a cassé son appareil à l’atterrissage (…) Forte fièvre, chaleur oppressante, ennuis mécaniques, fuites de réservoir, cabine inondée d’essence en plein vol, atterrissage dans un champ, un autre dans les dunes, fièvre encore, sirocco… Ainsi de suite, sans répit. »


On profite de l'occasion pour signaler qu'Agnès Clancier sera ce soir à la librairie Le Comptoir des mots (239 rue des Pyrénées 75020 Paris, Métro Gambetta) pour parler de son roman.



lundi 26 juin 2017

Première du Noir Roman de Jean-Pierre Martinet : c'est ce soir !

WarinMartinet.jpg


N'oubliez pas, c'est ce soir. Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet, le documentaire de Niels Warolin sur une idée d'Alain Amirault, sera projeté pour la première fois...
Avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Julia Curiel, Raphaël Sorin, Eric Dussert, etc.
La séance aura lieu à La Générale à 20 h 15.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
A tout à l'heure...
(Pour ceux qui ne seraient pas insulaires-de-France, nous vous indiqueonrs dès que possible comment visionner le documentaire, foi de préfet maritime).

La Générale
14 avenue Parmentier
75011 Paris
Métro Voltaire

- page 2 de 309 -