L'Alamblog

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jeudi 25 mai 2017

Charbonneau revient

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Tandis qu'ont reparu plusieurs écrits de Jacques Ellul, voici que son ami Bernard Charbvonneau (1910-1996) refait surface lui aussi grâce aux éditions RN qui font là un travail utile.
Auteur du premier manifeste écologiste, Le Sentiment de la nature, force révolutionnaire (écrit de 1937), Charbonneau n'aura connu la publication qu'à l'âge de 53 ans. Au moment où il écrit L'Homme en son temps et en son lieu, il est encore vierge de tout contact avec l'édition. Il n'en mène pas moins sa barque et pense, à l'abri des conformismes, initiant quelque chose qui ressemble beaucoup à la décroissance (Le Système et le chaos. Critique du développement exponentiel. - Anthropos, 1973 ; Médial éditions, 2012).
Charbonneau était convaincu que le XXe siècle était l'époque des totalitarismes et de la destruction de la nature, pour les mêmes raisons. Evidemment, il n'était édité qu'avec parcimonie et devait souvent recourir à l'autoédition.
Jacques Ellul le tenait pour une sorte de génie.
Il va falloir lire Charbonneau...


Ayant accepté d'être un homme, il me faut bien vivre dans le temps. Et vivre ne se réduit pas à l'automatisme d'une formule, c'est un art de dominer les contraires : à la fois libre à l'instant, et délivré de lui. Il me faut le temps d'être un homme : le civilisé qui traque les secondes ne l'est pas plus que le primitif somnolent dans la stagnation des siècles. Demain, il sera trop tard, chaque seconde m'est comptée, et pourtant je ne peux cueillir ce fuit hors de saison. Une vie, comme une oeuvre nécessaire, obéit à un rythme apparemment nonchalant qui est celui de l'univers, et non celui de notre trop brève existence. L'individu moderne confond souvent le sentiment de l'urgence qui est un bien, et la hâte qui est un mal : parce qu'il identifie se presser et agir, il détruit. (...)




Bernard Charbonneau L'Homme en son temps et en son lieu. Préface de Jean Bernard-Mangiran. - RN éditions, 64 pages, 7.90 €

Bernard Charbonneau Lexique du verbe quotidien. Edition établie et préfacée par Alexandre Chollier. - Héros-limite, 2016, 108 pages, 10 €
Bernard Charbonneau Prométhée réenchaîné. - La Table ronde, 2001, "La Petite Vermillon", 347 pages, 8.70 € Les ouvrages de Jacques Ellul sont également rééditées par la Table ronde.

mercredi 24 mai 2017

Dans la rue avec Jean-Pierre Martinet

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Proche de Jean-Pierre Martinet durant sa période parisienne, Alfred Eibel publie un court volume de souvenirs où les lecteurs de Jérôme et autres Grandes Vies vont trouver une clé pour entrer dans l'esprit de l'oeuvre martienne.
Mieux qu'une longue thèse, les épisodes relatés par l'éditeur Eibel, l'éditeur et l'ami de Martinet, transmettent à qui sait entendre les ambiances, astuces de langage, récurrences, points de fixation ou points de fuite du langage et de l'univers martinien.
Une pièce sans doute un peu hirsute, à la manière eibelienne, mais assurément capitale pour entrer dans le vif.
En somme, la preuve par l'exemple avec figures présentes.



Alfred Eibel Dans la rue avec Jean-Pierre Martinet. Préface d'Olivier Maulin . Postface du Préfet maritime. — Metz, Editions des Paraiges, 116 pages, 13 €

Dédiées aux chauves-souris

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Dédié aux chauves-souris... et publié initialement en 1977 en version bilingue chez l’éditeur italien Cegna, le seul recueil de poèmes connu de Gabrielle Wittkop, Litanies pour une amante funèbre, était depuis longtemps devenu totalement introuvable.

À l’occasion du quarantième anniversaire de sa publication initiale, Le Vampire Actif rend son souffle à l’ensemble de ces trente-et-un maléfiques mantras. Une composition poétique d'un romantisme noir aussi inquiétant qu'une nouvelle de Kenzaburo Oê...



Gabrielle Wittkop Litanies pour une amante funèbre. Avec reproductions des collages de l'auteur. Préface du Préfet maritime. - Lyon, Le Vampire Actif, reliure éditeur, 66 pages, 20 €



mardi 23 mai 2017

Obsèques d'un typo

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Un typo de la Une se précipita pour leur arracher le titre des mains, se rua vers les machines. Il pêchait déjà les lettres dans leurs tiroirs : les petits caractères dans le "bas de casse", les majuscules dans le "haut de casse". Les typos avaient une faon véritablement magique d manier les caractères légers et de les ranger dans leur composteur jusqu'à leur faire former des mots. Les "casses" occupaient une place de choix dans le "jargon" des imprimeurs. L'enterrement d'un vieux typo, le père Joseph en faisait foi.
Tous l'avaient aimé. Tous le regrettèrent. Et leur suprême hommage transporta la magie de leur langage jusqu'à à la dernière demeure du père Joseph : en l'occurrence le columbarium du Père-Lachaise, où il voulu être incinéré.
Quand on rangea ses cendres dans la boîte numérotée qui leur était assignée, au ras du sol, un typo murmura tristement :
-Pauvre vieux Joseph ! On l'a mis dans le bas de casse...
- Et avec le numéro 120, dit un autre d'un ton de voix lugubre.
- Sans vin !
- Il prendrait un drôle de bœuf s'il voyait ça ! dit le prote.



Hélène Parmelin Noir sur blanc. — Paris, Julliard, 1954; p. 502.



lundi 22 mai 2017

Marc Stéphane et L'Oeuvre d'art

MarcStephaneLoups.jpg ill. Jean-Jules Dufour



Marc Stéphane n'était pas seulement un voleur d’œuvres d'art. C'en était un amateur éclairé. Trop peut-être... Comme le quotidien Le XIXe siècle le soulignait dans les années 1894-1895, il en était le critique ému. C'était une dizaine d'année avant son vol du Grand Palais...

Le Noël de l'Œuvre d'art
Comme cadeau d'étrennes à offrir à l'occasion des fêtes du Jour de l'An, nous signalons et recommandons à nos lecteurs le Noël de L'Œuvre d'Art. Ce superbe fascicule, édité luxueusement par notre confrère L'Œuvre d'Art, la belle publication artistique bien connue, comporte neuf gravures hors texte, dont trois eaux-fortes imprimées sur chine. Sommaire des hors texte : La "Nativité", par Rubens. — L'Adoration des Mages, par Albert Durer. — La Mère heureuse, par Prud'hon. — La Vierge au linge, par Raphaël. — Abus de confiance par Chocarne- Femmes de-Pêcheurs, par Eugène Feyen. - Brin de causette (eau-forte), par Debat-Ponsan. — Déjeuner sur l'herbe (eau-forte), par P. Outin. — Le Pardon (eau-forte), par Lucien ros. Le texte spécialement écrit pour le Noël de l'Œuvre d'art est de : Henry Jouin. — Aimé Giron. — Gabriel de Lautrec. — Paul Lafage. — Henri Charriant. — Jan Kerrmohr.- O. Justice. — Pascal Forthuny. — Marc Stéphane. — M. R. Le Noël de l'Œuvre d'Art sera envoyé franco sous tube-carton, à tous nos: lecteurs, contre un mariclat-poste de 3 francs adressé à l'administration de l'Œuvre d'Art, 26, rue Feydeau, Paris. Tout nouvel abonné d'un an à l'Œuvre d'Art, dont le prix est de 24 francs pour la France et de 30 francs pour l'étranger, aura droit au numéro de Noël. Toutefois l'abonnement partira de ce numéro, qui est le 41* de la collection. L'Œuvre d'Art paraît les 5 et 20 de chaque mois.

Le XIXe Siècle, 23 décembre 1894.

Le 43* fascicule de L'Œuvre d'Art, qui paraît aujourd'hui, comporte des gravures hors texte : N'entres pas, par Dias (Musée du Louvre). Premiers jours d'au- tomne, par P. E. Damoye (Champ-de-Mars). — Théroigne de Méricourt, par G. E. Muhlenbeck (Champs-Elysées). — Les Dragons à Gravelotte,par E. Brisset (Champs-Elysées). Texte : Michel-Ange, par Aimé Giron. — L'Art dans les Eglises, par Pascal Forthuny. - Réveil, par Henri Charriaut. — Les petits Sentiers de l'art, par A. Giron. — Nos gravures, par Marc Stéphane. — Marcel Andrès, roman inédit par Jan Kermohr. Envoi franco de ce fascicule contre un franc, mandat ou timbres, adressé à l'administration dans l'Œuvre d'Art, 26, rue Feydeau, Paris. Tout abonné d'un an à l'Œuvre d'art dont le prix est de 24 francs pour la France et de 30 francs pour l'étranger, reçoit immédiatement en prime gratuite une eau-forte imprimée sur chine. Cette eau-forte mesure 63X90 et se vend 30 fr. chez les marchands d'estampes. L' Œuvre d'Art publie une édition de grand luxe imprimée sur hollande à la forme. Cette édition, dont le prix de l'abonnement est de 80 fr. par an, est accompagnée de deux séries de planches avec la lettre et l'autre avant la lettre, sur papier du Japon.

Le XIXe Siècle, samedi 25 janvier 1895

Bibliographie
Dans son 44* fascicule, l'Œuvre d'art donne en gravures hors texte : la Mort de Rubens, par Van Dyck; Service divin au bord de la mer, par Sdelfelt; Auberge de campagne, par Van Ostade ; Au bord de l'eau, par L. Hodeber. Texte de Henry Jouin, Aimé Giron, Pascal Forthuny, Marc Stéphane, 0. Justice et Jan Kermohr. Envoi de ce numéro contre 1 fr., mandat en timbres, adressé à L'Œuvre d'art. 26, rue Feydeau. L'Œuvre d'art, dont l'abonnement est de 24 fr. par an pour la France et de 30 fr. pour l'étranger, parait deux fois par mois.

Le XIXe Siècle, vendredi 8 février 1895

vendredi 19 mai 2017

Teffi prend le large

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Teffi n'est pas une inconnue ici, sur l'ile du Préfet maritime. Grâce à la traductrice Mahaut de Cordon-Prache, on la lit dès que possible. Il se trouve que les éditions des Syrtes combinant leurs efforts aux siens viennent de nous donner le volume de ses souvenirs les plus déchirants, celui où elle relate son départ de Russie en 1917.
Baroque, chaotique, étourdissant, ce trajet en terres humaines inconnues révèle l'absolue étrangeté d'un moment historique, l'exode qui semble devoir être toujours le moment où les désirs humains se mêlent à une vindicte exacerbée, à une violence débondée, à des attitudes revanchardes quand ce n'est pas de folie assassine pure et simple.

Oui, ce tourbillon détermina notre sort. Il nous a rejetés les uns à droite et les autres à gauche.
Un garçon de quatorze ans, le fis d'un marin fusillé, réussit à se glisser jusqu'au Sud pour y rechercher des parents. Il ne trouva personne. Quelques années plus tard, il figurait dans les rangs des communistes. La famille qu'il avait essayé de retrouver sans succès était à l'étranger. Et on y parle de l'enfant avec amertume et honte.

Teffi, troublée, perdue comme ses compatriotes, relate les journées inouïes d'une troupe de comédiens fuyant Moscou sous prétexte d'une tournée ukrainienne. De trains apparemment sans maîtres en petites gares isolées, avec des haltes parfois au coeur de la terreur, ce sont des semaines passées près de la guerre civile, des infections galopantes et d'êtres éperdus. Et, parfois, un instant de calme retrouvé...

Kislovodsk offre aux trains qui arrivent des paysages idylliques : des collines, de paisibles troupeaux qui broutent et, sur un fond de ciel pourpre, se dessine une potence noire, finement découpée, avec un bout de corde.
C'est le gibet.

Nadejda Alexandrovna Lokhvitskaïa (1872-1952) écrit ce texte aux alentours de 1937. L'écrivain satiriste, polémiste et femme d'esprit qu'elle est laisse un récit remarquable sur ce départ dangereusement mortel. Touchée par l'exil qui s'impose peu à peu au fil des étapes, elle laisse à Novorossiisk où un bateau l'extrade vers Constantinople une part d'elle-même. Elle ne reviendra plus sur ces terres balafrées de maladie et d'horreur :

De mes yeux grand ouverts jusqu’à être glacés. Je regarde. Sans bouger. J’ai transgressé ma propre interdiction. Je me suis retournée. Et voilà que, comme la femme de Loth, je me suis figée. Pétrifiée jusqu’à la fin des siècles, je verrai ma terre s’éloigner doucement, tout doucement.




Teffi Souvenirs. Une folle traversée de la Russie révolutionnaire. Traduit du russe par Mahaut de Cordon-Prache. — Paris, Editions des Syrtes, 282 pages, 19 €

mercredi 17 mai 2017

Léon Werth 1923

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Portrait Léon Werth en 1923.


Livres d’art
Quelques peintres, par Léon Werth
- Permettez. Je vous le dis en ami et pour vous éviter des impairs, Léon Werth est un type épatant. Sans vouloir douter, bien sûr, de votre sens littéraire.
- Mais doutez-en, mon cher, doutez-en : je ne fais pas partie, que diable, du jury des peintres, et n'ai, je vous l'affirme, aucune velléité de déserter la peinture pour m'en aller juger les écrivains. Et d'ailleurs, vous déplacez la question : vous m'affirmez que Werth a du talent. Une quinzaine de ses amis ont, avant vous, consacré tout un cahier à m'assurer de cette vérité que la seule lecture de ses livres m'aurait révélée. Mais, si j'en avais douté, les deux cents pages de son récent ouvrage : « Quelques peintres », à propos duquel votre admiration se dresse aussitôt en armure de combat, suffiraient à me convaincre. J'allais vous dire le premier que ce petit livre, plein d'esprit, écrit avec une aimable fantaisie qui touche à tout sans insister, se lit comme un agréable roman. J'ajoute qu'à côté de pages charmantes sur des sujets variés : souvenirs d'enfance ou de lycée, impressions d'hôpital, propos sur une modiste ou une danseuse hindoue, il contient de temps à autre, chose plus remarquable, une idée juste sur la peinture. Léon Werth. Par exemple, détermine avec finesse l'art d'un Ingres, et dans un même tableau fait part de la formule et la parc du génie ; il situe sans parti pris ni pour ni contre, et avec ingéniosité, le cubisme : il sait nous donner l'impression d'aimer sincèrement certains peintres : Vuillard, Roussel, Bonnard, et dégage 1a délicatesse de l'un, la grâce de l'autre, la sérénité tendre du troisième.
Seulement, lorsque dans le psautier en l'honneur du romancier philosophe et pamphlétaire, je vois affirmer qu'il est aussi le premier, peut-être le seul critique d'art de notre temps, vous ne m'empêcherez pas de protester contre une promotion tout de même inattendue.
- Lui-même n'en est peut-être pas très fier !
- Il est vrai : il fait profession de foi de n'aimer ni la critique d'art ni les critiques. Certes, nous applaudissons. Pourtant, lorsqu'il commence son livre par un essai d'explication du mystère de Cézanne, lorsqu'il passe à tabac cet ingénieux artiste, ce peintre métaphysique qui s'appelle Léonard de Vinci, ou « cet imbécile d’Hobbéman », sans doute pour s'entrainer à boxer ensuite Maurice Denis ou à faire knock-out le malheureux Henri Martin, lorsqu'il affirme que ce sont les artistes d'aujourd'hui qui nous éclairent ceux d'autrefois : « C'est Renoir qui permet d'aller à Véronèse, et ce n'est pas Véronèse qui vous présentera à Renoir », lorsqu'il campe enfin devant nous en formules définitives la poignée des élus « qu'il faut admirer », il a beau affirmer : « Je ne fais pas de critique », Alceste ne manquerait pas de lui répondre : « Et que fais-tu donc, traitre ? »
Je retrouve ici justement ce genre de critique qui nous est actuellement servi à haute dose : critique de littérateurs qui apprécient, certes, les tableaux, qui admirent plus encore un groupe de peintres, leurs amis, en qui surtout adorent « causer peinture », à la Rotonde ou ailleurs, où se proclament d'étonnantes affirmations, là se forgent ces idolâtries ou ces haines en bloc, qui touchent toutes les écoles et toutes les époques : là s'élaborent ces théories ingénieuses, mais souvent vides, qu'il faut expliquer, Werth l'avoue lui-même, « par le café et les philosophies qui naissent autour des soucoupes »
- Quelques pages avant, je lis : « Si l'écrivain qui traite des arts plastiques ne prétend qu'à faire besogne de journaliste, il échappe par là même à toute critique. Il accomplit un travail qui doit être jugé comme un travail manuel.
Idée fort juste. Seulement, la plupart des pages qui composent les « Quelques peintres » étaient précisément des articles de revue. Nées au jour le jour, au hasard sans doute d'une exposition vue, d'un musée visité, d'un artiste fréquenté, elles avaient ce charme primesautier, parfois ce ton rosse, qui amusent dans un journal qu'on parcourt une fois, puis qu'on oublie.
Mais voici ces articles réunis en un volume ; il sera lu parce qu'il est plaisant, et que son auteur est Léon Werth. Il sera aussi, hélas ! et c’est ma crainte, récité par trop de suiveurs qui prendront ces propos de brillant causeur pour des dogmes.
Ne vous étonnez plus, dès lors, que j'aie fermé le livre, pris mon chapeau, et que je sois allé au Louvre oublier, devant, la Sainte Anne, de Vinci, les Pèlerins d'Emmaüs ou le Gilles tous ces mots jolis, ingénieux, adroits, sincères peut-être, mais qui, tout de même, sont des mots ! (Crès, éditeur.)

J.-G. Goulinat


mardi 16 mai 2017

Avec les sou(venir)s, Sylvain a toujours fait bon mariage

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C'est dans le livre de Sylvain Bonmariage, jamais en mal d'idée lumineuse pour sa promotion, qu'apparaît en 1935 un double cahier publicitaire sur papier glacé, avant le corps de l'ouvrage et après celui-ci. La chose n'est pas si courante.
Le premier cahier de quatre pages comprend des publicités pour la maison Plasto (68, rue d'Assas), spécialiste de la sculpture d'étalage publicitaire, les gants d'Alexandrine, les chocolats de la marquise de Sévigné et un propos de Madeleine de Swarte sur les jambes gainées de bas bleus de la marque Lys, André Baumann, le "fleuriste en vogue", et les films Lumière. In fine, ce sont à nouveau la maison Plasto, puis Au bucheron, 10, rue de Rivoli, l'opinion de Marie Belle sur l'incomparable crème de beauté Neige des Cévennes, et, enfin, le sellier Hermès.

Tout ça sur un seul livre, L'automne des Feuilles de Vigne (Souvenis) paru à l'Edition littéraire internationale. 10, rue de Vaucouleurs, où nous pouvons peut-être imaginer le domicile de Bonmariage (1).



(1) l'errata, habituel chez Bonmariage, signale bien le travail artisanal de l'éditeur.


lundi 15 mai 2017

Visite à Marcelle Tinayre, par Mireille Havet

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Visite à Marcelle Tinayre

Mme Marcelle Tinayre vient de nous donner un bien beau livre, cette "Priscille Severac" d'apparence ingrate et austère et. qui cependant, dès sa publication à La Revue de Paris avait obtenu un grand succès.
C'est l'histoire d'une servante qui cherche à travers le inonde un nouveau .sauveur. Mme Marcelle a connu cette fois son héroïne et n'a fait que transposer des faits véridiques. mais son talent, plus là peut-être que dans ses derniers livres, donne à ce récit un charme et une si grande mélancolie, quo l'on abandonne à regret sa lecture mystérieusement terminée sur une méprise de Priscille, et qui nous entraînait aussi loin dans le domaine des rêves, des ressemblances et de la poésie qu'une histoire dite" d'amour », car elle en est une, tout de même.
Mme Marcelle Tinayre habile une vieille maison. rue de Lille ; le goût du passé et plus que tout celui de la France apparaît dans la grâce de l'ameublement. où ses dorures des cadres et celle des fauteuils se répondent aux lumières tamisées des lampes, dans cette froide journée d'hiver où Mme Tinayre revient, pour quelques heures de la campagne. Mme Tinayre parle d'une voix douce, elle est extrêmement accueillante, cependant sa douceur ne trompe pas. On la sent d'une grande indépendance et toute son œuvre en témoigne.
Je n'ai jamais fait, partie d'aucun groupe littéraire, me dit-elle. A 23 ans j'ai écrit "Avant l'amour", livre qui me fit prendre pour un jeune homme. le n'ai jamais cessé de m'instruire et mes lectures préférées sont les mémoires. Cependant, je n'aime pas dans les romans actuels la forme autobiographique. Tout Je monde en disant « je » peut écrire un beau livre du moment que l'on est absolument sincère, mais ce n'est qu'au second et au troisième volume que l'on peut juger. Il ne suffit pas d'être poète pour bien écrire un roman, ni même de dire la vérité, il ne suffit pas non plus d écrire des choses obscènes. il faut pouvoir parler de tout. Une œuvre variée. voilà ce que je désire.
- Quel est votre livre préféré, Madame ? "La Maison du Péché" ?
Cela dépend des jours, souvent "La Maison du Péché" ; sans douté à cause du conflit religieux frappa-t-elle également le public. On néglige trop maintenant les questions profondes, et c'est pourquoi l'inattendu succès de Priscille me fait plaisir. Le public, par cette préférence qu'il marque soudain à ce livre, ne réagit-il pas contre la multitude des romans bas pour lesquels on fait tant de réclame ? Au fond, pourquoi une illuminée ne serait-elle pas aussi intéressante qu'une fille ou un assassin ?
- Et les femmes de lettres, Madame ?
- Certes les femmes ont du talent, mais pourquoi toujours les comparer entre elles ? On nous laisse dans notre cage aux singes ensemble et c'est une manière de nous prouver qu'on ne met pas notre talent à la hauteur de celui des hommes. Cela, Mademoiselle, c'est une injustice.
Et je dois laisser Mme Tinayre qui repart pour la campagne où elle se repose du succès de Priscille, loin de la foule, au bord de l'Oise. Elle n'a pas voulu me dire ce que serait son prochain livre : sans doute bien différent de celui-ci, puisque Mme Tinayre ne se soucie pas de se raconter elle-même, ni d'adopter une formule comme tant d'auteurs. Elle ne se fie, tel le grand Balzac, qu'à la diversité même de la vie et à son talent qui sont reliés comme une chaîne secrète, mais d'or pur, son oeuvre infiniment variée.

Mireille Havet


Les Nouvelles littéraires, 23 décembre 1922.


Et, prochainement, sur l'Alamblog, La révolte d'Eve : chroniques et autres textes, de Marcelle Tinayre. textes réunis par Alain Quella-Villéger, avec une préface de France Grenaudier-Klijn (Des Femmes, 2017, 251 p., 16 €)

dimanche 14 mai 2017

Chappaz et les maquereaux

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Les maquereaux des cimes blanches


Claudel les a vus au Japon en 1920. Ils parlaient usines — et rivières aux cascades tordues, englouties dans les galeries comme des vierges auxquelles ils avaient coupé les tresses.
Sion port du ciel ! Un commerçant comparis. IL a condamné mille cimes blanches à la prostitution. Un câble, cent sous la passe ! Le tourisme bourdonne ses vêpres, sa boiterie de faussaire.
Sali, démoli, brûlé, cocufié.
% Le magistrat Graisse-la-Patte a donné sa bénédiction aux faisans. Ils ont forcé un pays entier sous prétexte de bienfaisance.
Repus et serines, ils dorment, l'avenir en proche, matelas de billets bleus.
Et un billet donc, tout doux :
A mort les bons rois Dagobert
QuI ont mis le pays à l'envers.



Voici encore ce qu'écrivait Chappaz en quatrième de couverture de son pamphlet :

Mon témoignage est uniquement celui de mon sentiment : j'ai théâtralisé une situation. Paradoxes et humour noir aussi.
Mais est-il indécent de se poser cette question : Et si prospérité a été le masque de la pourriture ?
Je lance un appel à la jeunesse, aux étudiants pour un dossier. Une enquête sur douze affaires curieuses (à choix) en Valais ; sur le mécanisme d'un certain développement : de la promotion aux faillites en passant par les faux ; sur l'illégalité admise ; les financements ; la nouvelle délinquance ; les dessous d'une Station, d'une forêt éventrée, d'une route, d'un Président ; les carences officielles portant atteinte à la vie ou au patrimoine ; l'information-propagande enfin... et son style.
La Crise n'est que l'énorme facture des gaspillages, entreprises à subsides, destructions et superbénéfices. Où le chômage, comme dans un comme dans une guerre peut encore servir d'alibi. Alors qu'en pleine solidarité avec les victimes il faudrait nous recycler dans une "autre" civilisation.
% J'attaque pour un Valais plus propre et plus simple.
Etre satisfait ? la nature est encore trop belle, la race trop vraie.
M. C.





Maurice Chappaz Les Maquereaux des cimes blanches. — Vevey, B. Galland, 1976, 68 p. Collection jaune soufre (n° 2).



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