L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

samedi 23 septembre 2017

Emmanuel Bove a un prix

AAAAEmBove.jpg




Tandis que reparaît la traduction par Emmanuel Bove d'Un Conte de deux villes, le grand roman de Charles Dickens, à l'Arbre vengeur, cette image de l'écrivain français en 1928.

Les Nouvelles littéraires, 17 novembre 1928.



vendredi 22 septembre 2017

Pierre de Lanux et l'éthique internationale (1924)

aaaaaaPierredeLanuwx.jpg


Dans quelques jours doit paraitre sous la signature de M. Pierre de Lanux un important essai, qui doit retenir l'attention de tous les intellectuels soucieux de la situation internationale des États, et qui, sans distinction de parti politique, étudient le caractère des démocraties d'aujourd'hui et, les chances d'un pacifisme nouveau. M. de Lanux qui pose les plus angoissants problèmes de ce temps, dans son « Éveil d'une éthique internationale », fut membre du Haut Commissariat français aux États-Unis, attaché à la Conférence de la Paix, correspondant de périodiques américains, enfin, organisateur et délégué du Comité d'action pour la Société des Nations, il est aujourd'hui membre du secrétariat de la S.D.N. Ce n'est pas la première fois que M. de Lanux étudie les questions internationales, « La Yougoslavie » (Payot, 1916) et « Young France et New America » (Macmillan, 1917) nous avaient fait part déjà des observations et des réflexions les plus pertinentes de cet esprit, plus qu'aucun autre inquiet de notre époque. Comme nous lui demandions de nous présenter son livre, il nous a exposé qu'il n'avait pas voulu faire une œuvre originale, au sens où le « Contrat Social » et le « Capital » de Marx, sont des livres originaux, initiateurs de doctrines neuves. « J'ai voulu, nous a-t-il confié, établir l'ordre entre des notions sur lesquelles nous vivons - les unes antiques, les autres récentes - et j'ai refusé de connaître certaines contradictions plus apparentes, plus politiques que réelles (patriotisme contre internationalisme par exemple).
» Je suis frappe du fait qu'en un monde où presque chacun hait et méprise la guerre, celle-ci soit encore possible, et comme acceptée par une autre part de nous-mêmes. Je crois que les mœurs, habitudes et règles de conduite des États sont en retard sur le reste des idées et des institutions. La morale internationale ne fait que s'ébaucher. Mais se construira-t-elle par nous, sans nous, ou même contre nous ?
» La question m'intéresse simplement. Citoyen du monde, j'attends arec impatience que ce monde mette en pratique les principes de conduite pacifique et raisonnable qu'il s'est donnés en 1919. Français, je souhaite de toutes mes forces que mon pays ait une part essentielle dans la formulation et la mise en œuvre de cette « civique internationale » qui se forge autour de nous. Individu, enfin, et jaloux de certaines libertés spirituelles, je m'inquiète si ces Iibertés ont plus à risquer de l'ordre démocratique ou du désordre empirique. »



Les Nouvelles littéraires, 23 août 1924.


Pierre de Lanux Éveil d'une éthique internationale. - Paris, Stock, 1924.

Pierre Combret de Lanux (1887-1955) a été secrétaire d'André Gide. En 1911, il cosignait avec Gaston Gallimard la traduction de la Judith de Hebbel (Marcel Rivière).

jeudi 21 septembre 2017

La littérature ? laisse tomber...

AABrouillonProsper.jpg


Durant plusieurs années de critique littéraire, Éric Chevillard a souffert ce que souffrent les lecteurs qui se trouvent obligés de lire des livres frelatés. C'est pas une sinécure mais il a trouvé un remède à tant de souffrances, et une manière de vengeance souriante.
Pour lutter contre une grave dépression qui l'aurait probablement conduit à une terrible remise en question de son être, forcément, il a entrepris de noter les plus beaux morceaux de phrases que des esprits embrumés ont couché un jour sur le papier, que des éditeurs négligents n'ont pas jugé étranges et que des correcteurs endormis ont laissé passer. De beaux morceaux, vous allez voir ça... C'est un peu ce que Régis Messac nommait les "Dents de vautour et mains de serpent ", c'est-à-dire des grosses inepties ou des audaces particulièrement niaiseuses.
La somme de ces subtils morceaux de bravoure destinés aux gourmets les plus pervers, il les a réunis et nous en présente le bouquet dans un livre conçu comme la défense de la créature Prosper Brouillon, le fameux auteur d'immarcescibles best-sellers à répétition auquel il attribue la totalité de ses trouvailles.
% Un échantillon ?

Emma Besuchet "avait une voix douce qu'accentuait encore un fort accent vaudois"

Tout en prétendant faire l'éloge de ce monstre de Prosper Brouillon, Chevillard le narquois parvient à souligner les dérives d'un milieu éditorial sans colonne vertébrale, tout en se payant le luxe d'égratigner le milieu "germano-creusois", mixte amer et jaloux composé des snobs de la Rive gauche de Paris et des locaux de tous poils. Outre que ce concept va probablement marquer les esprits et s'enraciner, c'est un régal de dérision, et probablement aussi d'autodérision.
Bien sûr, Chevillard ne cite pas (par pure humanité) les auteurs qu'il a épinglés dans ce bestiaire du style. Mais rien ne nous empêche de donner ici quelques noms retrouvés après rapide enquête. Les mauvais auteurs de la décennie naissant sont, comme on pouvait s'y attendre, moitié niais, moitiés insignifiants : Denise Bombardier, le poids lourd de l'esprit, Joël Kerviel, Eric-Emmanuel Schmitt, Alexandre Jardin, Jean Teulé, Eliette Abecassis, Frédéric Beigbeder ou Yasmina Khadra, etc.

Le conseil du Préfet maritime est par conséquent le suivant : plutôt que de vous embarquer dans un livre frais susceptible de n'avoir pas été "vérifié" par le personnel chargé de sa publication, ou d'investir une fois encore dans la littérature américaine (vous n'en avez pas marre ?), réclamez à votre libraire ce pamphlet souriant et faites-en un best-seller à son tour.

Prosper Brouillon en serait vengé.
Et les lecteurs avec lui.



Éric Chevillard Défense de Prosper Brouillon. Illustrations Jean-François Martin. - Lausanne, Noir sur Blanc, 2017, "Notabilia", 101 pages Paru le 14 septembre 2017

mercredi 20 septembre 2017

Baudelaire au pays des singes

BaudeBaron.jpg


Flemmard comme une couleuvre à l'approche des froidures, le Préfet maritime bouquine sans se soucier du temps qui passe. Y devrait pas, on est d'accord. N'empêche, quelques bons livres sous la pogne, une chaise longue qu'il échange de temps temps pour un canapé ou un banc de pierre chauffé à mort par le soleil de l'île, il ne réclame surtout rien d'autre car il sait que certains, c'est Henri Beraldi qui le lui a dit, doivent s'employer d'ordinaire à remuer des livres sans cesse. Cela constitue un travail. Celui du Préfet maritime sera de vous confier qu'il a lu Baudelaire au pays des Singes, de Jean-Baptistse Baronian, compatriote des "singes" lui-même, où il relate l'expérience de Charles Baudelaire en Belgique entre 1864 et 1866, année de son "éclipse cérébrale".
Très bien documenté - Baronian connait la chanson et les personnages - ce livre est le parfait guide sur le sujet. Clair, complet et rédigé avec enthousiasme, il raconte ces années de désillusion terrible du poète dont les projets vont de Charybde en Lemer. Si l'on peut dire.
Félicien Rops, Poulet-Malassis, Charles Monselet, ils sont tous de la partie et font une ronde autour du poète. Voilà, se dit-on en fermant le livre, comment l'histoire littéraire devrait toujours être portée. Érudite mais sans ostentation, plaisante mais sans facilités, annotée mais uniquement pour prolonger une information et, surtout, soutenue par une pensée du sujet, et non la répétition béate de données galvaudées.
Soit un plaisir de lecture et des lumières utiles.


Jean-Baptiste Baronian Baudelaire au pays des singes. - Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 155 pages, 19,50 €

vendredi 15 septembre 2017

Beraldi l'explorateur

BeraldiTschann.jpg


Bien connu des amateurs de livres anciens, Henri Beraldi (1849-1931) était un bibliophile de la haute époque. Celle où Octave Uzanne bouillait d'enthousiasme et proposait des ouvrages magnifiques, avant-garde d'une édition de luxe florissante.
On doit d'ailleurs à Beraldi quelques ouvrages de références classiques dans le domaine de la gravure des XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs milliers de notices d'artistes français et étrangers, leurs catalogues, le tout enrichi de détails sur leur formation, leur milieu et les activités dans le domaine de la gravure, du dessin et de l'illustration du livre en France. Des mines.

Alors, quel rapport avec l'exploration ?

Eh bien, c'est tout simple : tandis que Jules Verne promenait à travers le monde ses personnages en prenant soin de leur secouer les côtes, au moment même où une armée d’explorateurs parcouraient l’Afrique sauvage et la Sibérie létale, tout en établissant le menu détaillé des repas autochtones à Bornéo, le journal de vulgarisation scientifique La Nature, qui était le Sciences et Vie de l’époque, proposait entre juin et septembre 1893 le reportage de ce drôle de bibliophile en visite dans un drôle de pays : la Bibliothèque nationale.

Et là, ma foi, il décrit ce qu'il voit dans un style vif et mutin qui n'est pas sans provoquer le plaisir. Moins moqueur qu'impressionné, il ne se remet pas des soins prodigués aux livres par ces êtres étranges que l'on nomme bibliothécaires...

Vous pensiez que le bibliothécaire était un être falot ? Pensez donc ! C’est un lutteur et Beraldi l’avait bien compris.

Avec son compère graveur, le Stéphanois Louis Poyet (1846-1913), spécialiste des gravures à la fois techniques et exotiques, Henri Beraldi nous propose un chef-d’œuvre du panorama administratif fin-de-siècle.

Au-delà de la bibliophilie, il s'est hissé au rang de Jules Verne de la bibliothéconomie, de Courteline du livre broché, de Labiche du papier relié.



Henri Beraldi Voyage d'un livre à travers la Bibliothèque nationale. Avec des gravures de Louis Poyet - Paris, Tschann et Cie, 2017, 95 pages, 8,5 €

mercredi 13 septembre 2017

Naoshima (dream on the tongue)

Naoshima.jpg


Ce vendredi le film de Claire Laborey, Naoshima (dream on the tongue) sera projeté à la Maison de la Culture du Japon en présence de la réalisatrice.

Naoshima est la traversée d’une petite île de la mer intérieure de Seto. Depuis les années 90, sa population décroît et vieillit, son industrie périclite. Sous l’impulsion d’un impressionnant projet de mécénat d’art contemporain, Naoshima se transforme. Les lignes pures et atemporelles des trois musées conçus par Tadao Ando, et les œuvres in situ se fondent dans le paysage, dispersées le long de ses rivages, à l’ombre de sa forêt. À travers le récit d’un rêve ou d’un souvenir, se dessine une île où la présence de l’art jaillit d’une nature primitive et résonne avec la permanence fragile des rites quotidiens. Elle bouscule les représentations des habitants et les confronte à cette obsédante question : qu’est-ce que la beauté?



Maison de la culture du Japon
Vendredi 15 septembre 2017 à 19 h 30
Mo Bir-Hakeim
Grande salle (niveau -3)
Tarif unique 5 €


mardi 12 septembre 2017

Jean-Pierre Le Goff (L'invité n° 0175)

catJeanPLEGOFF.jpg


Le nouveau catalogue à prix marqué de la librairie Trois Plumes est consacré à L'invité n°0175. Il regroupe environ 200 numéros concernant Jean-Pierre Le Goff (1942-2012), poète et plasticien banalyste issu de la dernière génération surréaliste.
Le catalogue recèle des ouvrages parfois très rares, voire très très rares, de Jean-Pierre Le Goff, ainsi que des ouvrages relatifs à la banalyse et aux banalystes, puis divers livres et plaquettes à teneur surréaliste et régions circonvoisines.
Tous ces ouvrages proviennent de la bibliothèque de Jean-Pierre Le Goff naturellement et sont pour la plupart agrémentés d'envois.
Un document historique en somme, à ne surtout pas négliger.

Benoît Galland - Librairie Trois Plumes
4 avenue Montaigne
49100 Angers
06.30.94.80.72




lundi 11 septembre 2017

Génial et génital

SothPolin2.jpg


Tous ceux qui ont lu L'Anarchiste savent de quelles ressources disposent le Cambodgien Soth Polin. Grâce à l'entremise de Christophe Macquet, qui le traduit du khmer, les éditions du Grand Os annoncent pour le mois prochain un recueil inédit de ses nouvelles.
Génial et génital, c'est ainsi que s'intitule le livre.
On ne voit pas comment un titre pareil laisserait indifférent...



Propos de l'éditeur

Pour beaucoup, le Cambodgien Soth Polin est l’écrivain d’un seul livre, L’Anarchiste, livre culte écrit en 1979, quelques mois après la chute du régime de Pol Pot. Il existe pourtant d’autres pépites, inédites en français, comme ce Génial et génital, publié dix ans plus tôt, où, avec une hargne et une lucidité extrêmes, l’auteur ruminait déjà ce désespoir proprement «polinien», désespoir à la fois personnel (je suis un minable), historique (la décadence, depuis Angkor) et métaphysique (il est avilis- sant d’être humain). La gueule fendue jusqu’aux oreilles ! GÉNIAL ! Un bon coup de burin dans la tête ! GÉNIAL ! Croître, vieillir et mourir ! GÉNIAL ! Tout ça parce que ma femme est une pondeuse de concours ! Sniff ! Sniff ! Quel parfum atroce et divin ! Atrocement GÉNIAL ! Divinement GÉNITAL ! À chaque humiliation, à chaque nouveau coup porté à leur dignité, les personnages des quatre nouvelles de ce recueil en redemandent. Communiquer, disent-ils, Ordonne-moi d’exister, La mutation des êtres, C’est comme tu veux, Na, le ton est donné : les narrateurs, doubles de l’auteur, sont des faibles, moins soumis à la tyrannie de leur « petite-sœur » qu’à la spirale de leur désir masochiste. Un enfer (bouddhique) des passions où la jubilation et le rire, un rire sauvage, omniprésent, un rire nietzschéen, sauvent l’auteur et son œuvre du cynisme et de la noirceur.

Soth Polin est né en 1943 au Cambodge. Son premier roman, Une vie absurde (Tchiivit ‘Et Ney, 1965), fortement influencé par Nietzsche, Freud et Sartre, mais aussi par la philosophie bouddhiste, est un énorme succès. Suivent de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont les grinçants et crépusculaires Tu es l’amour de ma vie (‘Aun Tchie Mtchah Snaè, 1966), Un homme s’ennuie (Bo’râh ‘Apsok, 1967) et La Mort dans l’âme (Morena’ Knong Duong Tchèt, 1973). Proche des milieux nationalistes, anti-Sihanouk et anticommuniste, il fonde à la fin des années 60 le quotidien Nokor Thom. Il soutient la politique de Lon Nol avant de prendre ses distances et de se réfugier en France en 1974. Il travaille à Paris comme chauffeur de taxi et publie L’Anarchiste (La Table ronde, 1980), son seul roman écrit en français. Il quitte la France, presque dans la foulée, et part s’établir sur la côte ouest des États-Unis, où il vit toujours aujourd’hui.



Soth Polin Génial et génital. nouvelles traduites du khmer et présentées par Christophe Macquet. - Toulouse, Le Grand Os, 2 octobre 2017, 112 pages, 12 €


Et toujours L'Anarchiste. — Paris, La Table ronde, 2011, "la Petite Vermillon", 257 pages, 8,70 €

samedi 9 septembre 2017

Pardon si ça tache

CrielGaston1-500x756.jpg


Dans quelques jours paraîtra L'Os quotidien, l'un des grands livres de cet auteur qui a tout pour devenir "culte" aux côtés de Martinet ou de Bove : Gaston Criel

L'Os quotidien est sa dernière prose publiée en 1987 par Samuel Tastet alors que Criel atteint le terme de son existence. Il revient dans cet écrit jeté comme un expresso serré pour lendemain de cuite sur ses jeunes années passée en partie dans un stalag puis dans le Saint-Germain-des-Près décontracté de l'après-Libération.

Tandis que Sartre, Romains et Duhamel brossent des sagas ou des romans pleins de pages, un homme plus tout à fait jeune (Criel est né en 1913 - son alter ego romanesque Robert lui ressemble comme deux gouttes d'eau) mène son existence comme on se jette à l'eau. Le poète qu'il était avant-guerre (il a publié dès 1937 sa poésie) est parvenu à traverser l'épreuve du travail forcé dans les fermes allemandes sans trop de dommages. Il a même lancé un canard à Magdeburg, l'XI A. Cahiers littéraires du Stalag, un mensuel de camp de prisonnier dont il est le "directeur". Un numéro qui pourrait être unique paraît le 29 février 1944. Il n'a jamais combattu. Il a été raflé au cours de la Drôle de guerre. Après un très long trajet Aller vers les profondeurs agricoles de l'Allemagne, il y a un long retour en train et puis... Saint-Germain-des-Près, le havre où les pépés roucoulent aux bras des GIs.

Dans L'Os quotidien, l'encre arrive vite à la cible, et pardon si ça tache.

Avec le whisky des Ricains tout va. Lorsque les Ricains s'éclipsent pour aller combattre le Teuton en Forêt noire, ça devient une autre histoire. Les petits commerçants font grise mine : le dollar s'est barré. Les gosses girondes espèrent bien un peu le retour du chéri bientôt papa, mais bernique... Tout ce petit monde doit réinventer son quotidien et au milieu de ces Français déboussolés, le poète qui doit gagner son pain. Et puis il lui faut lui nourrir l'enfant qu'il a fait à Jacqueline. Si l'on en juge par la coulée de dégoût paternel, il est clair que la reproduction n'était pas le mobile des faits. Robert est cynique comme on l'est rarement, mais ses sorties dégoûtées sont d'une terrible drôlerie que beaucoup de jeunes mamans ne pourraient pas lire sans hoqueter de rage. Sanies, odeurs sûres de la maternité, pissats du nouveau-né, Criel donne sans mesure dans le criant de vérité. — Il faut noter qu'il publiait, lui, Gaston Criel, Hygiène sur un véritable papier hygiénique aux éditions Le presse à bras en 1948...
Mais baste, il faut nourrir la famille. Les conditions d'existence n'étaient pas si reluisantes. Homme à tout faire pour des maisons d'édition technique ou, à son corps défendant, semi-escroquières, Robert doit trouver l'os à ronger. Il chôme, se forme à la comptabilité, et puis... Et puis, on ne va pas tout vous raconter d'autant que l'anecdote n'est pas ce qui prime. Ce sont les sentiments muris, cuits et recuits d'un homme d'expérience (Criel a été serveur de bar de nuit), qui confirment que latence et récurrence forment bien en littérature la trame des oeuvres solides comme de la toile de marine.

Le livre ne ressemble d'ailleurs qu'à Criel. L'ambiance des camps - ni Guérin, ni Hyvernaud -, la vie des bars - ni Yonnet, ni Giraud -, le soulagement du sexe et la déception des attachements — ni Calaferte, ni Deux —, du Criel tout craché. L'énergie qui jaillit des lignes de L'Os et le coupant de ses esquilles sont assez troublants pour empêcher de dire quand le livre a été composé. Peut-être dans les années 1980, mais à partir de notes anciennes qui apporteraient cette sensation d'instantanéité et la vibration intense de scènes saisies au vol. En tout cas, les lecteurs de Phantasma ou de Sexaga reconnaîtront son petit air, son tempo, et cette figure de mâle singulière, gorgée d'une angoisse qui se pare d'insolence ou de mutisme pour faire face. Avec l'ironie mêlée de désolation des gars à qui on ne la fait plus. Marque unique d'un être déchiré qui mesure les difficultés et l'irresponsabilité des êtres.

Un grand bouquin, et une excellente porte d'entrée au bar Gaston Criel.



Gaston Criel L'Os quotidien. Préface de Jacques Josse. — Paris, Le Sonneur, 176 pages, 16 € Parution le 28 septembre.

NB : En 2016 le recueil Gris aurait reparu aux éditions Samuel Testet à Orléans.

vendredi 8 septembre 2017

I wish it could be 1984 again

Nineteen2.jpg



Entre 1982 et 1988, Nineteen était le meilleur magazine de rock français. Rédigé par une équipe réduite du côté de Toulouse, il faisait l'histoire du rock qui se tient debout, et tenait la chronique du rock vivant. Et même très très vivant si le Préfet maritime en croit ses acouphènes — qui sont d'époque (concert Cherokees, Vienne, 198?)...
L'arrivée d'un nouveau numéro était une joie, avec, pour les abonnés, le plaisir supplémentaire, mensuel (?) du fanzine Going Loco, et trimestriel d'un disque souple révélant des morceaux encore inédits...
C'était le bonheur.
En 2016, Les Fondeurs de briques ont entrepris la publication des meilleurs pages de Nineteen, Anthologie d’un fanzine rock, 1982-1988 consacré au "rock underground" de ces années (1), et ils enchaînent avec un volume (+ cd) consacré aux groupes français (2). C'était l'époque où l'on écoutait des disques importés d'Australie, où New Rose, Bondage, Gougnaf et autres Gymnote Mission nous fournissaient des galettes, Où les Batmen faisaient la première partie des Died Pretty à Grenoble...
I wish it could be eighty four again, i wish it could be..., si l'on ose dire.

Le livre sortira courant octobre. Réservez-le grâce au bon de souscription.


Nineteen. Anthologie d'un fanzine rock. Sous la direction d'Antoine Madrigal.
Tome 1 : 432 pages + 16 pages de photos, 2016, 25 €
Tome 2 : 352 pages + 16 pages de photos + CD 19 titres : en souscription jusqu'au 24 octobre puis 25 €
(1) Alex Chilton, Barracudas, Cramps, REplacements, Plimsouls, Gun Club, X, Saints, Radio Birdman, Sunnybous, Dogs, Soft boys, nomads, Dream Syndicate, Undertones, Len Bright Combo, Fleshtones, Died Pretty, Scientists, Dr Feelgood, Wilko Johnson, Sting Rays, Milkshakes, Nikki Sudden, True West, MC5, Sky Saxon, Flamin'Groovies, Sonics, Seeds, Chocolate Watch band, Elliott Murphy... et les autres.

(2) Batmen, Cherokees, City Kids, Coronados, Daltons, Dum Dum Boys, Fixed Up, Flamingos, Gamine, King Zize, Little Bob, Roadrunners, Shifters, Shredded Ermines, Snappin’ Boys, Soucoupes Violentes, Eric Tandy, Gilles Tandy et les Thugs. Mais où sont donc passés les Mescaleros, Hot Pants et autres Chesterbox ?



- page 2 de 313 -