L'Alamblog

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jeudi 4 juin 2009

Procès de la jeune littérature (1962)

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Dans Le Monde n° 5329 du 7 mars 1962, Pierre-Henri Simon (1903-1972) parle de L’Après-midi de Monsieur Andesmas de Marguerite Duras et de Mobile de Michel Butor. Le procès qu’il intente à ce dernier livre devient celui de la jeune littérature des années 60. No comment.


« Allez-y voir chers lecteurs ! Pour quelque 20 NF, vous pourrez vous rendre acquéreurs d’un volume, exactement 542 grammes de papier, imprimé dans tous les corps et dans tous les sens, selon les dispositions subtiles et avec des plans pleins d’intentions, 330 pages de grand format où vous ne trouverez exactement rien (…). Sans doute quelques bibliophiles passionnés ou quelques amateurs particulièrement éclairés croiront-ils encore avoir fait une affaire en s’appropriant ce monstre ; mais si vous vous croyez plutôt les victimes d’une sorte d’escroquerie, ne vous en prenez pas à moi : je vous ai avertis que vous n’avez reçu qu’une signature, comme dans un chèque sans provision. (…) Qu’il (Butor) puisse commettre l’erreur d’écrire Mobile, qu’un grand éditeur le publie, et que des critiques importants croient nécessaire de se fournir d’une esthétique, voire d’une métaphysique pour suivre ces coquecigrues au vol, on est bien obligé d’y voir le symptôme d’un désordre mental d’autant plus grave qu’il est collectif. Aussi bien ne s’agit-il plus d’un cas personnel : l’impasse où M. Butor vient de se fourvoyer est celle où des garçons pleins de talent, égarés par des théories meurtrières de la culture, s’acharnent à se détruire ; les maîtres y apportent plus de talent et plus de mesure, les suiveurs s’y cassent les reins. Quand la pseudo objectivité de M. Francis Ponge conduit ce bon styliste à l’insignifiance calculée, faut-il s’étonner que de plus jeunes et de moins rusés se jettent par rigueur logique dans le moins-que-rien ? Alors je pose la question : en un temps où les peuples ont de bonnes raisons de demander aux livres une nourriture et une force, le rôle des écrivains français réputés intelligents est-il de leur offrir de la pensée en miettes et de l’inhumain fabriqué ? »

jeudi 28 mai 2009

Victor Barrucand contre le racisme aristocratique

tunisbar.jpg ca a pourtant l’air bien droit tout ça…



Une coupure de presse qui en dit long sur le temps “charmant “des colonies…
Il va sans dire que l’Alamblog laisse à cet auteur, tellement altier mais si peu grand, la responsabilité des idées qu’il diffuse. Et l’on sait qui l’on plaint.


Tunis la Blanche


Sous la signature de mon confrère Victor Barrucand, je lisais, mercredi dernier, dans la Dépêche Algérienne, une critique assez sévère de la relation « des impressions tunisiennes» que fait dans le Temps du 29 août, Madame Myriam Harry.
J’ignore si M. Victor Barrucand connaît Tunis, mais ce que je puis affirmer, moi,— ayant habité longtemps, et tout dernièrement encore, cette ville bizarre — c’est que les diverses critiques, formulées par Mme Harry, sont rigoureusement exactes et marquées d’une très grande justesse, en même temps que d’un remarquable esprit d’observation.” Mme Harry, écrit Barrucand, reproche aux Tunisiens de ne rien entendre à l’architecture.” Les Tunisiens européens n’ont nulle connaissance, en effet, de cet art délicat ; si, je me trompe, ils veulent tous, sans aucun doute, avoir une maison qui ressemble, à s’y méprendre, à la Tour de Pise (route du Belvédère).
Ils bâtissent, bâtissent avec une rapidité formidable, entremêlant sans vergogne du style art nouveau avec du style arabe ou du style rappelant vaguement nos anciens châteaux féodaux. Une seule chose les préoccupe, c’est que leur maison soit entièrement peinte en bleu ou en vert, ce qui est d’un coup d’oeil cocasse et bien peu esthétique ! Mme Myriam Harry critique ensuite les Tunisiennes indigènes de ce qu’elles s’empaquettent, se ficellent la figure de bandelettes noires ; la remarque n’est que trop vraie.
Mais, que ne parle-t-elle de leurs chaussures ‘?… Ah ! les chaussures des Tunisiennes et des Tunisiens, riches ou pauvres, quel poème ! Que leur pied rivalise avec celui de Cendrillon, ou qu’il puisse dépasser celui de l’homme-géant, la pointure est toujours la même, celle d’an enfant de 10 ans ! Tant qu’à la forme, identique pour tous, hommes ou femmes, c’est tout simplement une savate ! On voit alors, spectacle réjouissant, la moitié du pied qui dépasse de la semelle, ce qui permet au talon et au bas de traîner tranquillement dans la poussière ou dans la boue !
Parlant enfin de la campagne, Mme Harry s’écrie que ce n’est « qu’une affreuse banlieue ». Mon Dieu, je me demande bien sincèrement comment M. Barrucand veut dépeindre autrement les environs tunisiens ! Je me souviens de les avoir maintes et maintes fois parcourus le nez au vent et le fusil sur l’épaule, ces mornes environs. J’aurais été pourtant un fameux admirateur de cette « luminosité admirable », dont parle mon confrère algérois, mais hélas ! comme ma soeur Anne je ne l’ai jamais aperçue.
J’ai simplement senti les effets caloriques d’un soleil de plomb, j’ai humé délicieusement les odeurs-fétides-d’un lac ignoble, et aussi loin que ma vue a pu.s’étendre, j’ai distingué des montagnes abruptes et dos oliviers rabougris.

Vicomte DE LA JARRE.


Revue mondaine oranaise, n° 177, dimanche 9 septembre 1906, pp. 9-10.

mardi 19 mai 2009

La police en met un coup (ça bosse dur à la préfecture)

Nous ne prenons pas souvent le clavier pour nous exprimer sur des sujets oiseux, mais lorsque l’humour involontaire s’en mêle, ainsi qu’une censure larvée, nous ne pouvons nous en empêcher.


Et, en effet, on apprend, messieurs-dames les chefs de la police, que vous fîtes arrêter ces jours François et Johanna Bouchardeau à Forcalquier.
Quelle audace, bon sang, quelle audace ! Un couple d’éditeurs, ça c’est du coup de filet !
Evidemment, ils manifestaient leur soutien à un prisonnier (1) ! Bien entendu, mais aussi, quelle idée ?
Et vous fîtes arrêter Samuel Autexier itou. Très bien, c’est lui aussi un homme dangereux (et je ne parle pas de sa soeur que je ne connais pas).
Depuis notre île, je puis vous assurer, messieurs-dames les chefs de la police, que la scène est farce. Le Canard enchaîné va se régaler.
Vous les avez relâchés ? Bien, bien. Ils n’étaient donc pas apparentés à Boris Savinkov ? Non ? Tant mieux. Nous voilà rassurés.
Une question tout de même, messieurs-dames de la haute police : disposaient-ils eux aussi de kalashnikov ?
Ca m’étonnerait.


Pour l’autocrate de notre île

A. M.

PS une piste tout de même : les éditions Gallimard font commerce du Viol des foules par la propagande politique, un livre interdit avant-guerre, et sacrément gros en plus. Ca ne vous tente pas ?

(1) Je ne sais quel apprenti-embrouillaministe à tendance bavarde, ex-directeur de revue, ex-bouillant révolutionnaire à la mie de pain (qui organise ses réunions de conjurés au Verre à Pied, rue Mouffetard, au milieu des RG !! Ouarf et re-Ouarf !), et futur héros du peuple (c’est à parier même si c’est navrant).

samedi 21 février 2009

Les jumelles à clous

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Oui, chers Alamblogonautes, il s’agissait bien des jumelles à clous.
Lire certains livres, c’est se brouiller la vue.
Et les idées.
Vous aurez été prévenus.

jeudi 9 octobre 2008

Une culture d'emprunts (promenade au jardin)

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Ce billet remplace celui qui fut initialement diffusé
Une visite au jardin, qui ne date que d'hier au soir (23/08/2008) nous a fort instruit. Il faut dire que la conversation de l'asperge, à la différence de celle du chou-rave, de la salade ou de la blette, est instructive.
Nous apprîmes donc deux choses :

1) Que l'asperge est la réincarnation de Citizen Kane ;
2) Que nous ne sommes rien (ce sur quoi nous tombons bien d'accord) et que l'asperge est tout.

C'est une façon de voir les choses qui en vaut une autre... Et nous passons aussi sur les détails croustillants que nous gardons pour nos mémoires.
En conséquence, nous coupons là et hormis le goût que nous avons pour la belle image en coupe qui nous passe l'envie de retirer tout à fait le billet initial, nous souhaitons bon courage au petit potager et à ses habitants.
Il va leur en falloir.

jeudi 25 septembre 2008

Les chiffres de l'édition (Triste histoire des livres)

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Sur 450 millions d'exemplaires de livres produits annuellement à fin de vente, sauriez-vous deviner combien sont finalement pilonnés ?

De 25 à 30 %, soit près de 150 millions.

Chômeurs françouais, choisissez un métier d'avenir : devenez pilonneur ! *




  • A défaut lancez-vous dans l'imprimerie. Evitez à tout prix l'édition -secteur fonctionnant grâce à l'exploitation du lumpenproletariat intellectuel et avec le concours des peoples et zauteurs de tous poils - et la librairie -idem-; la seule mention des rémunérations de libraires salariés ou de secrétaires d'édition vous laisserait pantois). Avec ça, n'oublions pas que le papier pilonné, récupéré, est ensuite recyclé : il a enfin la chance, gorgé d'encre qu'il est, d'intervenir bravement dans le développement d'une filière industrielle parmi les plus polluantes. Mais elle est bien estampillée "écologique", alors tout va bien.

vendredi 19 septembre 2008

La grosse blague du mois (rentrée littéraire you own me !)

florence.jpg Florence Richard (à qui nous n'avons pu demander son autorisation...)



Qui a donc osé cet incipit ?

Je rentrais de Florence, où j'étais allé passer une dizaine de jours, escomptant que la contemplation des inestimables témoignages de la floraison artistique qui s'y épanouit au Quattrocento contribuerait à apaiser le chagrin que m'avait causé mon amour malheureux pour Clara Stern.



Clara Stern ? Oh la vache, il y va fort, l'animal !!!

Et tout ça derrière l'épigraphe tiré de Saint-Jean (ça rigole pas)

Oserons-nous ajouter cette télévisuelle remarque : "Avait-il conservé son balai, des fois que ?".

L'édition littéraire française est sauvée, pas vrai ?
La preuve sera fournie ici même par la publication de quelques incipits relevés.

mercredi 17 septembre 2008

Tricastin mon amour

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Souvenir de l'été 2008






mercredi 10 septembre 2008

Pierre Daix, ou des dangers d'utiliser son index

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On signalait à propos de Gabriel Nigond, ce grand absent, l'importance des index et leur danger principal : la lacune totalitaire. L'idée ne nous en était pas venue (le soleil tapait dur ces jours, sur notre île), mais il nous apparaît désormais que la négligence du biographe, et de son allié l'indexeur (ou établisseur d'index, ce qui n'est guère plus joli), conduit effectivement à un totalitarisme d'autant plus mesquin qu'il ne s'affiche pas et ruse avec l'oubli. Totalitarisme de l'histoire telle qu'on nous la présente et telle que nous sommmes tentés de la représenter encore ; totalitarisme du succès et de la notoriété (substrat : ce qui n'est pas connu ne mérite pas de l'être *), totalitarisme de la gomme à figures qui bistourise l'anecdote pour en évincer les seconds rôles, etc.
Au détour d'une solde, nous sommes tombés sur un livre au titre alléchant : Pierre Daix, Les Lettres françaises. Jalons pour l'histoire d'un journal, 1941-1972 (Tallandier, 2004).
Et nous fumes tenté d'y plonger lorsque, par réflexe, nous sommes allés renifler l'index.
Mal nous en prit : entre Marx (Karl) et Matteotti (Giacomo), pas de Masson (Loys). La truffe en alerte, nous nous inquiétâmes à juste titre : Loys Masson était des Lettres françaises historiques, clandestines... Où était-il donc encore passé, ce sacré poète ?
Nous pûmes nous assurer que l'index du bouquin de Daix comporte bien, en revanche, le nom de Jean Paulhan, autrement plus embêtant pour Daix, car trop notoire pour être effacé.
Voilà donc un cas de révisionnisme. Comme le Politburo gommait les photos en son temps, Pierre Daix gomme le nom de son prédécesseur au poste de rédacteur en chef des Lettres françaises, méthode non seulement totalitaire, stalinienne et détestable, mais encore dangereuse : en ne citant nulle part Loys Masson, qu'il dégomma avec le concours du Parti et d'Aragon, Pierre Daix dévoilé dévalide son propos qui s'en va à peu près tout à l'égout. Comme les méthodes du Parti lors de cette réappropriation des fruits de la Résistance.
Mais qu'est-ce qu'il croyait ce Daix ? Qu'on allait se souvenir de lui ? N'avait qu'à écrire Les Tortues. Désormais nous savons qu'il restera de lui ce souvenir honteux (et son bouquin est déjà reparti avec la drouille) :

Pierre Daix ou l'effaceur de Masson (deux fois).



  • Ce principe stupide est toutefois d'un bon rapport pour nozigue : c'est grâce à lui que nous faisons chopin en chinant.

lundi 14 juillet 2008

Petit rappel estival

Nous interrompons nos programmes pour rediffuser ce message important :
Toulitoulitouli



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