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vendredi 5 mai 2017

Pertes et profits

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Même déception qu'hier : encore un joli sujet mal torché.
Avec un nom qui sonne comme un pseudonyme, Giorgio Van Straten, directeur d'institutions culturelles — c'est un métier — vient de publier un recueil intitulé Le Livre des livres perdus. Eh bien...
Il est facile de se persuader que le titre n'est pas le bon puisqu'il s'agit d'un livre racontant l'histoire de huit pertes de textes, et non pas de livres, mais de manuscrits. Il s'agit donc plus certainement d'Un livre à propos de quelques manuscrits disparus. L'aimable promenade de Giorgio Van Straten ne peut donc pas prétendre incarner LE livre définitif sur la question.
Ca a tout de suite une autre allure, forcément. C'est moins vendeur, moins péremptoire mais pas plus nourrissant qu'un livre de l'Argentin qui se prend pour Borgès. L'opus de Van Straten en prend une allonge plus modeste, mais ça convient mieux à ce livre écrit sans efforts, sans périodes inoubliables non plus, un peu badin mais pas trop, un peu mondain, un peu inutile. En somme, on sort déçu de cette lecture qui nous répète sans faconde ce que nous savions déjà des écrits perdus de Bruno Schulz, de Sylvia Plath, de Gogol ou d'Ernest Hemingway.
Après le livre d'un autre Argentin, Fernando Báez (1), très partiel malgré son titre, mais finalement beaucoup plus riche que celui-ci, on en vient à espérer qu'un Luciano Canfora se consacre correctement au sujet un jour, puisqu'Eco, malheureusement...
Mais soyons justes : une surprise figure en tête de l'ouvrage. Giorgio Van Straten nous y parle de l’Italien Romano Bilenchi (1909-1989), un écrivain qu’il a connu personnellement. Et on va voir que cela change tout, et dans la teneur des pages et dans l'intensité de l'émotion. La veuve de Bilenchi a fait disparaître un roman inachevé. Voilà du nourrissant. Enfin du vécu ! C'est ce qu'on espérait. On court voir ses écrits.




Giorgio van Straten Le livre des livres perdus (traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, 176 pages, 18 €)


Romano BIlenchi Récits (Anna e Bruno e altri racconti), trad. Maddy Buysse, Gallimard, 1969.
Anna et Bruno (Anna e Bruno), nouvelle, trad. Marie-José Tramuta, Les Bilingues de Babel, 1995.
Les Années impossibles. Traduit par Marie-José Tramuta. Préface de Mario Luzi. — Verdier, 1994, 192 pages, 14,70 €



(1) Histoire universelle de la Destruction des livres. — Paris, Fayard, 2008, 527 p., 2! € Dans cet essai, l'Universel du titre renvoie essentiellement )a zone correspondant aux tablettes de Summer et à la guerre d'Irak comme support de réflexion sur la biblioclastie.

jeudi 4 mai 2017

De quoi l'anonymat est le nom

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A propos d'anonymat, un livre vient de paraître chez Grasset : Incognito.
Son auteur a choisi de ne pas utiliser de pseudonyme. C'est son choix. Il aurait pu.
On sait que Grasset n'est pas l'éditeur des essayistes et l'on se trouve ici confronté à un essaillon plutôt qu'à un véritable travail charpenté. Le sous-titre du livre l'indique assez : Anonymat. Histoires de contre-cultures. On voit le genre. C'est le titre qui nous signifie exactement : je vous parle d'un sujet, mais pas complètement, par touches. Et comme je le déclare dès la page de titre, vous ne pouvez pas vous plaindre.
Et bien si, on va se plaindre et pas plus tard que maintenant.
Paniquez pas, ça va être rapide.
Ce livre rédigé avec beaucoup de bonne volonté et quelques petites recherches (sur internet), ressemble beaucoup à un mémoire de maîtrise — avec les contre-sens d'usage — qui aurait permis de dresser un livre chapitre par chapitre sur une idée-clef, autour d'un auteur, etc. Pas de vue panoramique ou approfondie.
C'est à croire que l'auteur a de la famille chez Grasset. Mais soyons comme l'éditeur, sympathiques, et empruntons ce livre en bibliothèque - n'allez pas vous mettre la honte chez votre libraire qui sait pertinemment que c'est bel et bien vous qui l'achetez... - pour constater ce qui suit :
Non, l'histoire des idées ne débute pas avec Debord et Deleuze.
Non, un coup d'oeil à Rabelais ne suffit pas pour faire historique (en deux pages).
Non, la contre-culture n'est pas la réponse à toutes les questions.
Et non, Daft Punk n'appartient pas à la contre-culture.
Etc. On ne va pas faire le boulot de Grasset ici, mais on peut tout de même indiquer deux ou trois pistes à son auteur et à son éditeur bien léger :
- Ne jamais citer les Inrockuptibles, et surtout pas Nelly Kapriélan, si l'on souhaite être un tout petit peu crédible auprès des gens cultivés mais aussi auprès des gens ignares qui en savent toujours plus qu'on le croit. En particulier sur les cuistres.
- Chercher du côté de Brunet et de son Dictionnaire des oeuvres anonymes. Je ne donne pas les références, on les trouve sur internet.
- Eviter de saloper un beau sujet. Il y a des rancuniers parmi les lecteurs. Sur notre île, on en sait quelque chose...



Yann Perreau Incognito. Anonymat, histoires d’une contre-culture. — Paris, Grasset, 306 pages, 19,90 €



lundi 19 décembre 2016

Une gauloiserie pour moments festifs

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Le Préfet maritime peut bien confesser qu'il ne se laisse pas aller assez souvent à la gaudriole ou à la gauloiserie (voire au mauvais goût ?), tout le monde s'en était déjà aperçu.

Pour corriger cet excès regrettable, il vous offre ce jour une image qui a pris la mer pour lui parvenir il y a quelque temps.

Oui, c'est... comment dire...
La chose serait due à Tomi Ungerer...

Il avait semblé déjà au Préfet maritime que les amateurs de curiosa n'étaient pas toujours les plus subtils de ses convives...


samedi 17 décembre 2016

Les couvertures de notre siècle (22)

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En Russie, on appelle ça une tête à balle... Le publicitaire Maxime T. Ermakov est sollicité par les agents d'un obscur service de la sécurité d'Etat qui lui demandent de se suicider. La raison de cette "proposition" est simple : son cerveau comporte une spécificité qui met en péril la (présumée) harmonie du monde. Evidemment.
L'influence de Raspoutine est donc un tropisme indécrottable et son influence ne paraît toujours pas effacée (revient Félix Ioussoupof !)
Tissées de câbles gros comme la cuisse d'un cosaque, les démêlées de Maxime avec son environnement paraît caractéristique d'une certaine production littéraire russe du moment : un peu d'affaire d'Etat, une louche de paranormal (pas trop non plus), quelques coups de main (propriétaires violents, etc.), un ou deux coups de folie, quelques autochtones mesquins, un petit peu de décès, et hop, emballé c'est pesé.
Sauf que ce roman est plutôt pesant, d'un humour aussi pétillant qu'est élégant un uniforme de maréchal soviétique, et subtil comme un plan quinquennal.
On fera donc l'impasse, tout en admirant sans réserve une couverture très réussie, et on retournera lire Vladimir Charov.

Olga Slavnikova La Tête légère. Traduit du russe par Raphaëlle Pache. — Mirobole, coll. "Horizons pourpres", 480 pages, 22 €

jeudi 8 décembre 2016

Lire un oeuf

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Vous en avez assez de lire des trucs sans intérêt ?
Lisez un oeuf !


samedi 3 décembre 2016

Du rififi chez les lapins

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Pour un samedi tranquille, voici la carte qui permet de lire Watership Down de Richard Adams en toute tranquillité.

Gaffe aux taupinières et aux animaux domestiques.




P.S. Une version HD lisible de la carte : ici.

dimanche 6 novembre 2016

Occidental, cache ton nombril

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A notre grande surprise, le polyprimé de la saison, Ivan Jablonka, a prétendu "faire bouger les lignes de 'genre' dans le champ de l'écriture contemporaine" avec un assez médiocre récit de "fait divers réel".
La vanité ne l'étouffant apparemment pas, non plus que son ignorance de la littérature, contemporaine en particulier (qu'il nomme "écriture"), nous avons décidé de lui souligner quelque fait. Puisqu'il semble ne pas se douter que certains "écrivent" avec autre chose que leur aveuglement nombriliste et leur engagement de circonstance.
Comme le souhaite justement David Gaussen, "Gageons donc que les historiens renonceront bientôt à se déguiser en écrivains." (D'autant qu'ils semblent ne pas parvenir à percevoir la place de leur propre production "littéraire" dans le concert des nations. Curieuse et éloquente cécité. Pour l'heure...

Pour l'heure, nous laissons la parole à Inaam Kachachi, journaliste et romancière irakienne vivant à Paris qu'il nous a été donné de lire parce qu'elle est une amie d'Ahmed Saadawi, que nous avons rencontré récemment au cours de son voyage de promotion pour la parution de la traduction française de son roman Frankenstein à Bagdad (Piranha). Inaam Kachachi vient de publier Dispersés (Gallimard). En 2003, elle publiait des écrits de femmes irakiennes prises dans des tourmentes autrement plus graves que les complots "de bac à sable de la rue d'Ulm".

Lisons Inaam Kachachi :

Non, certes, écrire n'est pas facile. Mais, en Irak, écrire devient de nos jours un véritable exploit quand on sait les incommensurables difficultés, matérielles et éthiques, cassées par la guerre - les deux guerres - , et surtout l'embargo. Par ailleurs, l'édition est une mission quasi impossible dans un pays qui manque de papier, d'encre, de pièces détachées pour les imprimantes. Et de cette belle rose aux pétales rayonnants, partout convoitée : la liberté d'expression.
Là-bas, après avoir couché les enfants, les femmes écrivent dans l'obscurité des sempiternelles coupures d'électricité. L'inspiration atteint des yeux fatigués et externes. Des yeux ne pouvant plus s'offrir un stylo de kohol importé, au prix exorbitant : autant que cent stylos à bille, trois poulets ou quatre-vingt galettes de pain. Un salaire mensuel entier, en somme.
Les Irakiens écrivent sur du papier brun, déchet des imprimeries, sur des feuilles qui ont déjà servi, sur les vieux cahiers scolaires périmés des enfants. Ils consignent telle strophe de poème ou tel passage de roman sur tout ce qui se plie : un vieux reçu, une facture non payée, un sachet kaki froissé qui, naguère, a apporté des fruits à la maison (enfin, pour ceux qui ont pu s'en offrir, un jour). Ils écrivent même au verso d'une ordonnance de médecin...
Une journaliste de mes anciennes consoeurs m'a raconté comme elle avait puni son petit-fils avant de se retirer pour pleurer dans sa chambre. Elle lui avait administré une tape sur la main parce qu'il taillait un crayon avec prodigalité, insouciant de la peine qu'elle éprouvait à acquérir le précieux article : les crayons aussi sont soumis à l'embargo, ces Messieurs des commissions onusiennes estimant que "le graphite contenu dans les crayons pourrait être détournée à des fins militaires" (sic).


Et parce qu'Ivan Jablonka voudra sans doute en savoir plus sur ces femmes qui écrivent avec leur sang, nous nous faisons le plaisir de lui être obligeant en lui en donnant les noms :
Hayat Sharara
Rim Qaïs Kobba
Buthaina Al-Nassiri
Lamea Abbas Amara
Lotfiya Al-Dilaimi
Haifaa Zangana
Siham Jabbar
Irada Al-Jibouri
Gulala Nouri
Alia Mamdouh
Dunaya Mikhaïl
Salam Khayyat
May Mudhaffar
Maysaloun Hadi
Noha Al-Radhi

Parions qu'il va se battre pour les faire publier en France.


Inaam Kachachi Paroles d'irakiennes. Le drame irakien écrit par des femmes. — Monaco, Le Serpent à Plumes, 2003.
Si je t'oublie, Bagdad, traduit de l'arabe par Ola Mehanna et Khaled Osman. — Paris, Liana Levi, 2009.
Dispersés, traduit de l'arabe par Francois Zabbal. — Paris, Gallimard, 2016, 272 pages, 23,50 €

samedi 22 octobre 2016

Léon Gozlan écrit à Old Nick

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Ce 1er janvier 1843

Mon cher Forgues,

Depuis bientôt huit ans que vous prenez la peine d'appliquer votre spirituelle critique à mes oeuvres, vous devez vous apercevoir, sans doute à regret, car vous avez un but en me critiquant, que je ne me hâte pas d'entrer dans la bonne voie. Quelles que soient les raisons qu'il y ait de votre côté et du mien pour ne pas nous mettre d'accord, convenez que vous êtes un mattre bien malheureux et moi un élève fort rétif. Si vous êtes de cette opinion, qui est la mienne, ne pensez-vous pas qu'il est temps de mettre fin à ce travail sans fruit?
Vous pouvez être spirituel, fin, caustique, bienveillant, surtout en traitant d'autres sujets, et moi, je vous l'avoue, je ne me réformerai jamais, mais jamais. Je ne donne rien au hasard. Je fais ce que je veux, soit que j'écrive un roman, soit que j'écrive un drame. A quoi bon alors me tourmenter inutilement ? Je ne veux pas supposer qu'il vous est indifférent que je profite ou non de vos avis, de vos conseils, de vos leçons. Vous faites plus de cas de votre temps et moi je fais un cas infini de votre caractère. Vous ne voulez rien perdre, moi, je ne veux rien dédaigner de ce qui vient de vous.
Tout ceci pour arriver à vous prier, mon cher Forgues, de suspendre indéfiniment ce travail d'analyse que, depuis huit ans, vous exercez sur ma peau. A quoi bon descendre dans les détails des motifs qui me font une nécessité de vous écrire cette lettre tout amicale ? Faut-il rappeler une occasion récente ? Je serais vif, vous me croiriez irrité. Faut-i! vous dire qu'un travail de deux longues années appelle une attention calme et de plusieurs jours pour être jugé ? Vous verriez dans mes paroles une allusion trop directe. Faut-il vous dire qu'une œuvre grave doit être pesée gravement, que le succès, ce dieu inconnu, doit être adoré à deux genoux, fût-il, comme les dieux de l'Inde, monstrueux, révoltant, difforme ? Non, il ne faut que vous prier de rester mon ami en cessant d'être mon juge pour que vous compreniez le but de cette lettre.

A vous,

Léon Gozlan

Rue de Trévise, 21.

L'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 1887.

Illustration du billet : Benjamin (Roubau) (1811-1847), "Panthéon Charivarique".

mardi 20 septembre 2016

Derrière l'abattoir

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En 1917, les concierges s'avisèrent, en installant leurs poubelles devant leurs portes, qu'il passait encore trop d'hommes dans les rues. Moloch, au même moment, exigeait des fournées nouvelles. Ce fut alors que l'on décida de passer au crible, une fois de plus, les déchets virils de l'arrière et que l'on décréta la 'récupération', c'est-à-dire la mobilisation des malades, des éclopés, des mal-foutus.
Il y eut un grand cri dans la presse (...).



Albert-Jean Derrière l'abattoir. - Paris, Éditions du Monde nouveau, 1923.



dimanche 11 septembre 2016

Kenneth Rexroth à Beaubourg, ses livres surtout pas (chez Flammarion)

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L'exposition Beat génération qui a lieu à Beaubourg met en évidence, sans trop forcer non plus, le rôle de Kenneth Rexroth.
C'est bien. C'est déjà ça. (Claude Pélieu peut se brosser, lui, et les noms de Mary Beach, de Daniel Mauroc ou de Daniel Giraud n'apparaissent même pas.)
Lorsqu'au terme de la visite on déboule dans la librairie improvisée, une salle à bouquins, on réalise rapidement qu'un problème se présente : pas un livre de Rexroth. Ah ? Bigre..
Des tas de "Folios" et de bouquins de chez Gallimard par contre.
Forcément, cette partie périphérique de l'exposition dépend de la librairie Flammarion qui occupe les lieux. Et il se trouve que Flammarion appartient au groupe Gallimard et consorts.
Pour faciliter le travail des salariés de Flammarion qui doivent subir, on suppose, le sort des esclaves de la grande distribution, nous allons leur mâcher le travail pour leur faire gagner de précieuses minutes : les gars, voici où trouver les livres de Kenneth Rexroth dont le plus récent vient de paraître (on ne vous fait pas la blague de vous pousser à trouver ceux de Daniel Mauroc ou de Daniel Giraud) :

Les poèmes d'amour de Marichiko. Traduit par Joël Cornuault. — Paris, Erès, 2016, 12 €

Les classiques revisités, essais traduits par Nadine Bloch et Joël Cornuault. — Bassac, Éditions Plein Chant, 1991, 18 €

L’automne en Californie, poèmes traduits et présentés par Joël Cornuault. — Paris, Fédérop, 1994, 13,72 €

En prime, trois publications peut-être plus difficiles à obtenir, mais ça n'est pas certain :

Le San Francisco de Kenneth Rexroth, chroniques traduites de l’américain et présentées par Joël Cornuault, Plein Chant, n° 63, été 1997.

Huit poèmes pour la musique d’Ornette Coleman ; deux poèmes pour Brew et Dick, traduits par Joël Cornuault, Europe, octobre 1997.

Les constellations d’hiver, poèmes traduits par Joël Cornuault (Vichy, Librairie La Brèche, 1999)

Il est notoire que le dossier "Kenneth Rexroth" de la revue Plein Chant, traduit et présenté par Joël Cornuault (n° 24, avril 1985) est épuisé.


Dites pas merci, c'est à nous que ça fait plaisir.

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