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Nécrologe à l’usage des gens de lettres

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mardi 14 mars 2017

† John Stewart

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Le photographe John Stewart vient de nous quitter.
Né en 1919 à Londres, il avait assez d'énergie pour qu'on l'imagine bientôt centenaire.
Reprise d'un portrait publié par le Préfet maritime (1) dans le Matricule des anges en 2006.



Le bushido du photographe

Elégant et costaud, John Stuart est un homme aussi sage que raffiné. Son visage de boxeur illuminé par des yeux d’enfant malicieux ne laisse guère ce qu’il a pu endurer. Pudeur et tact masquent chez lui une expérience terrible que la spiritualité orientale dont il est pétri et le code moral des samouraïs, le bushido qu’il a côtoyé de trop près, lui ont permis de surmonter.
Petit-fils de David Gestetner, l’inventeur de stencil, John Stewart est né en 1919 en Angleterre et a passé son enfance à Paris où il a suivi ses études au lycée Janson-de-Sailly. En 1939, il est en formation à la City lorsque la guerre éclate. Engagé, il se retrouve sur le Mount Vernon qui accoste le 13 janvier 1942 à Singapour, un mois avant la capitulation. C’est son premier pas vers l’horreur. Prisonnier avec les troupes britanniques, il subit d’abord l’ennui du camp où l’on s’ingénie à réinventer le briquet (à pied). « Certains se mettaient même à la lecture. » Il y rencontre Foujita de passage dans son curieux uniforme de peintre des armées japonaises (Tokyo l’avait réclamé aux Nazis). Ayant l’opportunité d’apprendre le japonais, John devient interprète, un rôle qui lui sauve la vie, celui d’intermédiaire indispensable entre les nouveaux maîtres et leurs victimes.
Car victimes il y a lorsque les volontaires anglais de la Force F partent en « wagon-riz » pour un camp lointain le 7 mai 1943. C’est un billet pour l’horreur : les Japonais les destinent à la construction de la ligne Siam-Birmanie, le « Chemin de fer de la mort » nécessaire à leur effort de guerre contre l’Inde. Le Mae Nam Kwae (le petit Kwaï), fut le théâtre de l’acharnement sadique de l’armée japonaise sur les prisonniers de guerre et les populations locales.
Pour John Stewart, c’est le début de trois ans et demi de captivité dans la jungle, sous la mousson qui tue, dans un air chargé de miasmes et d’humidité fétide. « Les éclairs silencieux d’un orage distant illuminaient la monstrueuse masse végétale qui nous engloutissait, tandis qu’une pluie battante et incessante noyait tout autre son. » Mais il y a pire… Au terme de son séjour au contact de la soldatesque nippone sujette aux coups de folie, il n’oubliera plus « le bruit des gourdins sur la chair et les os, les cris des coolies, l’horrible odeur de la maladie et l’insupportable témoignage de la cruauté de l’Homme. »
La « fourberie magistrale des Japonais », leur brutalité, leur sadisme atteignent des sommets au camp de Sonkurai. Décimés en outre par la maladie, fruit de la contagion et de la malnutrition, les soldats anglais succombent à la dysenterie, aux abcès, aux fièvres et au choléra qui tue comme le serpent-minute : « Le caporal en charge du bûcher ressentit les premières crampes à l’aube. Le soir son corps brûlait dans les flammes. »
Avant le Hollandais Loet Velmans (Retour à la rivière Kwaï, Phébus, 2005), John Stewart a choisi de revenir sur ses pas en 1979 pour retrouver les lieux de cette indéfectible horreur, affreusement riches de souvenirs funestes et sanglants, comme celui de ce prisonnier mal décapité qui survécut trop longtemps. Il remonte la rivière Kwaï jusqu’à ses affluents près de la frontière birmane et retrouve le fameux Col des trois pagodes. Kwaï n’est pas une page que l’on tourne aisément : en 1957 déjà, la 20th Century Fox l’avait engagé comme conseiller technique auprès de David Lean, le réalisateur du Pont de la rivière Kwaï, film tiré de la fiction de Pierre Boulle. Il vécut alors sur le tournage deux mois d’un ennui maussade. Indépendant cette fois, avec beaucoup d’humilité, une immense pudeur, et lorsque c’est possible avec humour, John Stewart a alors décrit le calvaire terrible de milliers d’hommes grâce à ses notes de 1943 dans Kwaï, deux voyages (1988), un livre aussi passionnant que son auteur est attachant.
La magie de John Stewart réside à l’évidence dans la dignité, les sourires à l’Homme et l’intelligence du monde. Sans forfanterie, grâce au précieux conseil d’un capitaine qui n’a pas survécu : « ne jamais perdre le sens de la vie, l’émerveillement d’être en vie » D’ailleurs, contre « Shikata ga naï koto » (l’inévitable), rien à faire, on ne peut qu’accepter son destin. Le sabre de l’élève officier Toyoyama qui siffla un jour au-dessus de sa tête aurait tout aussi bien pu la lui trancher. Depuis, le sage anglais ne connaît plus la peur.
De la Force F, Sonkurai est devenu le tombeau. Des mille six cents hommes qui s’y trouvèrent seuls cent quatre-vingt-deux d’entre eux regagnèrent l’Angleterre en 1945. Parmi eux, John Stewart qui reprend le fil de sa vie. De passage dans le sud de la France, il rencontre Henri Cartier-Bresson qui le pousse à devenir photographe. Ses portraits de Matisse, Braque et Picasso le lancent, il s’installe à New York où il devient un fameux photographe de mode pour Harper's Bazar ou Vogue, se consacrant à partir des années 1970 à son seul art. Ses natures mortes et ses portraits entrent dans les meilleures collections. Une rétrospective londonienne vient d’ailleurs de le saluer.
Que souhaiter désormais à John Stewart ? de la vie, il semble avoir tout eu… Quant à nous qui pouvons envier et craindre une si riche existence, nous nous souhaitons la chance de pouvoir visiter un jour une ample rétrospective de son œuvre photographique. Et notamment son célèbre portrait du boxeur Muhammad Ali (1977). Les institutions ne manquent pas qui de la photo d’art ont fait leur spécialité. A toutes fins utiles, indiquons leur qu’il reste un maître à présenter au public français.
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John Stewart Kwaï. Deux voyages. - Orléans, Nicolas Jenson, 2006.

(1) Précision aux amateurs trop emballés par les "communs" : le texte n'est pas libre de droit, il est ici gracieusement proposé à la lecture et ne pourra pas être utilisé (sur wikipédia, par exemple) sans l'autorisation de l'auteur.
Illustration du billet : © Christele Jacob, 2011.

lundi 6 juin 2016

† Jean-Dominique Rey (1926-2016)

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Le Monde annonçait le 2 dernier la disparition de Jean-Dominique Rey, personnage mémorable de la littérature et de la critique d'art des soixante dernières années.
Un rare entretien d'il y a seize ans peut aujourd'hui reparaître intégralement pour rendre hommage à ce grand personnage dont les écrits ne seront pas oubliés, malgré sa grande discrétion. En particulier ses recueils d'entretien et ses essais sur l'art, les créateurs dont il s'est toujours montré si préoccupé.
Doit-on ajouter qu'on n'imaginait pas ne plus voir arpenter les vernissages, les salons et les galeries ?



Proche du groupe surréaliste, le critique d’art Jean-Dominique Rey a toujours écrit mais publie seulement à l’âge de soixante-treize ans son premier roman. Une histoire d’amour, de sons et de mots sous le signe de Cranach.

Voir Stendal et mourir

La silhouette de Jean-Dominique Rey est bien connue de ceux qui fréquentent Paris, ses rues à librairies et ses galeries d’art. Pourvu qu’on les ait aperçus une fois, on n’oublie plus sa taille fil-de-férique, sa coupe de cheveux gris et son air nuageux. Avec son air tranquille, un peu grave, Jean-Dominique Rey semble rêver. Sa fréquentation du groupe surréaliste dans les années d’après-guerre lui a injecté un puissant goût du songe. Dans son parcours, l’influence du surréalisme n’est pas un vain mot. Comparse d’Alain Jouffroy avec lequel il partage au lycée la découverte foudroyante de Nadja, il a rencontré André Breton par le plus grand des “hasards objectifs”. («c’est une idée qui remonte à Hegel précise-t-il, je m’en suis aperçu récemment»). Il assiste aux réunions du groupe mais rompt vite, naturellement, lorsqu’en 1948, il affiche son désaccord face à une décision du ‘pape’ Breton. Comme son ami Victor Brauner, il ne comprend pas comment on peut exclure au nom du surréalisme le peintre Matta dont la fuite avec la femme de Gorki n’est qu’une histoire d’amour fou.
Le premier roman de Jean-Dominique Rey est aussi un roman d’amour. Sa sensualité est immense. Les deux amants de L’Amour s’arrête à Stendal sont un écrivain et une musicienne liés de leurs tympans et prunelles à l’art, la musique, les créations de l’Homme. Ce récit est un incessant ballet entre la chose et l’être, les matières brutes des villes (Berlin et Paris), les pigments de la couleur, les vibrations du son et les images nés du verbe. Amalia avait «la démarche d’une femme de Cranach et la forme d’un Titien». On est loin de la gravure de mode. Fils d’architecte, Jean-Dominique Rey est né en 1926 à Paris dans une famille très cultivée. «Il y avait énormément de livres à la maison, partout. Je lisais dans le désordre tout ce qui me tombait dans les mains. Il y avait beaucoup de tableaux aussi. Mon arrière-grand-père était peintre, ingénieur, collectionneur, ami des impressionnistes. » Un cadre propice à l’apprentissage artistique. Le jeune homme quitte néanmoins rapidement la voie de l’architecture dans laquelle le pousse son père pour caboter aux alentours de 1948 du côté du Collège de France et d’un «endroit fabuleux», le Collège philosophique.
Vivant de cours d’anglais et de traductions, il fait donc la connaissance des surréalistes, de Brauner en particulier, et de Paul Celan à l’occasion de son service militaire en Autriche. «Cette rencontre est le meilleur de ce que je dois à Breton.» Commence alors une période où il est hanté «par tout ce qui est métaphysique, religieux». En 1954, il travaille à Paris dans un Centre d’art roman puis après l’échec de ce projet, occupe à la Ville de Paris un poste de bibliothécaire dans le 5e arrondissement. Ensuite il entre chez Plon comme documentaliste. C’est là, à partir de 1955 qu’il apprend le(s) métier(s) de l’édition. Pour la petite histoire, il y prépare avec Michel Foucault la publication de son Histoire de la folie. La même année, il rencontre le philosophe Eric Weill qui dirige la revue Critique fondée par Georges Bataille. Il donne un premier article consacré à la peinture égyptienne ancienne. Sa voie est trouvée, il sera critique d’art. «J’avais renoncé à la création pour me consacrer à l’essai, explique-t-il. Je suis passé d’une littérature de confession, comme dirait Hermann Broch, à une littérature de connaissance».
Après Plon qu’il quitte en 1961, Jean-Dominique Rey fait un cours passage au Nouveau Candide où il remplit durant quelques mois la chronique des livres et rejoint l’éditeur d’art Mazenod qu’il quittera en 1991. Entre-temps, il publie des monographies d’art, organise des expositions et multiplie les articles d’abord dans Jardin des arts, un magazine qui disparaît au début des années 1970, et dans Arts, Cimaise, Plaisir de France, L’Œil, Connaissance des arts ou Les Nouvelles littéraires.
Peu après la littérature intervient de nouveau fortement dans sa vie. Trois très beaux recueils de nouvelles paraissent, L’Herbe sous les pavés (1982), Le Portrait sans ombre (Littéra, 1996) et le récent Final de don Juan (Acanthe, 1999). Sa poésie est publiée par les éditions Dumerchez grâce à Hubert Haddad et, depuis 1995, il co-dirige avec Sarane Alexandrian Supérieur inconnu, revue d’un surréalisme hétérodoxe et ouvert. Les dix-huit premières livraisons ont soulevé le voile sur plusieurs jeunes auteurs (Dominique Dumont, Miriam Silesu, Sarah Jalabert) et quelques grands anciens oubliés (Stanislas Rodanski, Gabriel Pomerand, Claude Tarnaud). Comme il le confesse dans sa nouvelle “Diane au matin”, Jean-Dominique Rey a besoin de se nourrir de beauté, «c’est mon côté vampire».
Est-ce à votre grand-père que vous devez votre intérêt pour l’art ?
J’ai souvent repoussé son influence et parfois je l’ai acceptée. Quand j’étais gosse on m’a emmené tout petit au Louvres et lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire je répondais peintre, mais j’ajoutais «vrai peintre, pas peintre en bâtiment». Parallèlement j’ai été fasciné par les mots. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à apprendre à lire et aucune difficulté à apprendre à écrire parce que pour moi la lettre était une sorte de dessin. Durant toute mon enfance, j’ai été ballotté entre le dessin et les mots. Ce sont eux qui l’ont emporté vers l’âge de quatorze ans lorsque j’ai commencé à écrire sérieusement des poèmes.
Dans L’Amour s’arrête à Stendal, le personnage de l’écrivain invente des mots pour le plaisir de sa maîtresse. Quel plaisir prenez-vous à les formuler ?
Le poète que je suis aime le son des mots. Parfois, je suis gêné parce qu’il peut intervenir au détriment du sens si l’on se laisse guider par la musique des mots. Dès l’enfance, il m’a semblé que l’on pouvait en créer qui n’aurait aucun sens mais une musique extraordinaire. Le premier mot que j’ai dit était “Bugatti”. Il me fascinait. En même temps, j’étais très curieux des allitérations. Parmi mes premières lectures, ou parmi les livres que l’on me lisait, il y en a une que je n’ai jamais oubliée: «Les petits pâtés d’Epaminondas». C’était un conte grec, je crois. Plus tard, j’ai dû lutter contre ce goût de l’allitération qui revenait spontanément dans l’écriture. Ce plaisir du son ne rejoint-il pas la fonction essentielle de la poésie ?
La fonction de la poésie c’est de véhiculer les mots et de les renouveler, en effet. Je crois aussi que cela ne doit pas échapper au roman. Les mots-valises de Lewis Carroll ou les jeux de mots, les imbrications de Joyce m’ont intéressé pour cette raison. Ce qui m’a fait cesser d’écrire à une période de ma vie a été un poème qui était fait uniquement de jeux de mots. Il a paru incompréhensible à plusieurs de mes amis. Pour moi, ça a été une cassure de la poésie. J’ai pensé qu’elle était définitive. J’ai alors cessé d’écrire des poèmes.
Vous tentez également l’expérience de l’introduction du poème dans le roman. Pourquoi ?
Dans le roman, je pense qu’il est préférable d’introduire des poèmes très brefs, ici trois lignes, là dix vers, parce que tout à coup cela donne une autre dimension à la page. Le rôle du poème est aussi de continuer quelque chose car le langage de la prose risque par moment, non pas de se dessécher mais de devenir ou trop aigu ou trop bavard. Avec un poème, on concentre l’essentiel. Dans le roman, il y a une espèce de bavardage que l’on essaye d’éviter, évidemment. Dans la nouvelle le récit est plus ramassé, on supprime certains liens pour aller plus vite d’un élément à l’autre et dans le poème réside la concentration suprême. Un poème est achevé quand on ne peut plus retirer un mot. Si on l’enlève le poème s’écroule. Pas une syllabe de trop, c’est en tout cas ma conception du poème. En introduisant le poème dans le roman, j’ai essayé de donner une concentration totale. Comme un coup de gong.
Vous écrivez: «Chaque être possède son portrait, antérieur à sa naissance, comme si un peintre l’avait prévu». Qui a fait le votre ?
Je ne sais pas. J’ai toujours été étonné de croiser une femme dans la rue et de penser, c’est drôle, elle ressemble à un Titien, ou à un Cranach, ou à un Bonnard. Ce qui me fait dire deux choses : ou le peintre prévoit à partir d’une physionomie une série de personnages qui vont exister ou alors, au contraire, il concentre quelque chose qu’il voit. Il repère un type et en fait un archétype. Le concept de portrait est très important pour moi. Très souvent, j’ai voulu en dessinant faire des portraits mais je ne suis pas un peintre. Un beau jour je me suis aperçu que l’on peut aussi en faire avec des mots. Avec le portrait, l’essentiel est dit.
C’est le poème de la peinture ?
Exactement. On ne peut pas en retirer un iota.
Après l’épisode de votre poème incompris, comment avez-vous retrouvé le désir d’écrire ? Dans un train que j’ai pris la nuit. J’ai toujours beaucoup écrit en marchant, dans le mouvement et dans les trains notamment. Il s’est trouvé qu’un soir autour de 1962, j’étais à peu près seul dans mon wagon. C’est l’après-guerre, un moment un peu sinistre, il y avait peu de lumière. Je me suis allongé sur une banquette, inconfortable du reste, et tout à coup un poème est venu. J’ai hésité entre l’écrire ou l’écouter. Je l’ai écouté. Quelque chose est passé. La poésie est revenu à partir de ce moment-là. L’interruption aura duré dix ans à peu près.
L’Herbe sous les pavés, votre premier recueil de nouvelles date de cette époque ?
Ce sont cinq nouvelles parmi les premières que j’ai écrites. J’ai eu la chance que Wilfredo Lam me fasse quelques gravures pour une édition bibliophilique tirée à une centaine d’exemplaires. Les récits que j’avais ratés à 19 ans revenaient là, tout d’un coup à partir de 1970. J’ai souhaité les publier à partir de 1980 mais vaguement connu comme critique d’art j’ai essuyé des refus partout. Je me suis aperçu qu’il fallait être très connu alors pour publier des nouvelles, ou être sud-américain ou anglo-saxon. Heureusement il y a eu le phénomène des jeunes éditeurs qui ont imposé progressivement la nouvelle.
A partir de 1982, vous continuez sur cette lancée ?
Les choses se remettent. J’ai abordé un grand roman essayant de montrer l’évolution de l’art moderne. Il est fini depuis 1991. Il contient une critique très dure des pratiques de l’art de cette époque mais j’ai renoncé à le présenter aux éditeurs car il y a eu à ce moment là une crise terrible de l’art. Depuis je l’ai retravaillé et ce sont les nouvelles qui ont paru ici ou là dans des revues comme Le Horla.
Quelle place accordez-vous à votre roman L’Amour s’arrête à Stendal ?
Bien qu’il ne soit pas le premier que j’écris, c’est peut-être mon premier vrai roman. L’une de ses caractéristiques réside dans le glissement incessant de l’expression d’un art à l’autre. Comment articulez-vous vos activités artistiques et littéraires ?
Je crois que la réponse est dans ce livre. J’ai essayé de tout réunir en un livre, ce que j’avais peut-être toujours rêvé de faire. Une histoire d’amour, un voyage permanent dans l’espace -c’est très important pour moi parce que je ne tiens pas en place- une passion amoureuse et même érotique qui intègre elle-même la peinture et la musique. Par ailleurs, j’ai essayé d’accéder à un langage amoureux renouvelé. C’est aussi l’histoire de deux villes, Berlin au moment précis de la chute du Mur, et Paris. J’ai voulu introduire l’histoire vivante dans l’aventure de deux personnages qui s’affrontent et se complètent.
Pourquoi l’amour cesse-t-il entre ces deux êtres ?
Il y a une chose fondamentale au XXe siècle, c’est le phénomène de la désaffection. On appelait ça le désenchantement du monde. La désaffection on la trouve dans le domaine de l’admiration pour les œuvres d’art comme dans l’amour. J’ai voulu éclairer comment tout d’un coup la désaffection ronge une relation très riche.
Il a suffit d’un mot, le nom d’une ville où l’amante a passé son enfance...
Apparemment oui. En fait, il y a plusieurs circonstances et notamment le fait qu’elle parle de son enfance et qu’elle veuille l’introduire lui dans son enfance. C’est très dangereux car on ne peut pas pénétrer dans l’enfance d’un autre. Lui cherche quelque chose dans Berlin, ville à l’atmosphère lourde où tout est en suspens, où rien ne se résout aisément...
Pourquoi alors avoir choisi la ville de Stendal qui évoque évidemment l’auteur de «De l’amour» ?
C’est une espèce de symbole. Stendhal qui est pour moi le plus grand romancier du XIXe siècle a créé le phénomène de la cristallisation amoureuse. Avec L’Amour s’arrête à Stendal, je voulais exprimer l’inverse: cette désaffection. Stendhal a eu plus de deux cents pseudonymes dans sa carrière mais c’est en passant par la petite ville de Stendal où mon train s’est arrêté aussi qu’il a trouvé son nom définitif.
Vous évoquez à plusieurs reprises l’importance de l’analogie. Qu’est-elle pour vous ?
L’analogie c’est le fondement du monde. C’est son secret, sa base, son moteur, son principe. L’œuvre d’art ne peut procéder que de l’analogie. C’est une grande loi du monde présente dans les écrits des philosophes médiévaux, puis chez les romantiques, loi remise en vigueur par Breton et le surréalisme. Dans le domaine de la théologie par exemple, Maître Eckhart ou Jacob Boëhme ont un sens extraordinaire de l’analogie. Elle a joué un rôle fondamental dans la science également. Peut-être les choses sont-elles en train de changer complètement aujourd’hui. Je me pose la question de savoir ce qui a remplacé l’analogie qui est en perte de vitesse, sauf dans le champ artistique. L’analogie est la chair de la pensée, de la formulation, de la poésie, de l’imagination, de l’art tout court. Un rêve est l’analogie involontaire de l’existence.

Propos recueillis par Eric Dussert

L'entretien avait été réalisé à l'occasion de la parution de L’Amour s’arrête à Stendal (Fayard) et de Final de don Juan, nouvelles (Namur, Editions de l’Acanthe)

Le Matricule des Anges, n° 32, septembre-octobre 2000 repris sur L'Alamblog du 18 septembre 2006.

samedi 20 février 2016

† Umberto Eco (1932-2016)


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Il était né à Alexandrie, c'est imparable.
(Alexandrie, Piémont, pour être exact).
Requiem.

samedi 6 février 2016

† René Troin (1952-2016)

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Pierre Laurendeau nous informe de la disparition de René Troin. Nous relayons cette triste nouvelle, avec le texte et la photographie qu'il a bien voulu faire parvenir à notre île :

la disparition de René Troin. René était un « deleaturien » de la première heure, dès 1979. Il fut toujours attentif à mes aventures éditoriales, que ce soit sous la griffe de Deleatur, du Polygraphe, un temps Ginkgo et depuis quelques années Sous la Cape. Au tournant du siècle, René me transmit de courts textes – jeux d’écriture, petites nouvelles tendrement acidulées, farce cocasse autour de Johnny H. … - qui m’enchantèrent, ainsi que les lecteurs attentifs quand je les publiais dans la collection des « minis » de Deleatur. Je reçus ensuite un magnifique récit mêlant fiction et souvenirs de jeunesse, « La Crau, Arizona », qui parut à l’enseigne de Deleatur en 2002 ; suivi de « Georges écrit » (un faux roman policier à étages et à clés), que je fis publier chez Ginkgo, dans la collection « Biloba ». Enfin, en 2012, parut dans la collection Sous la Cape, un roman à tiroirs multiples, hommage souriant aux Mille et une Nuits, « Chantier Schéhérazade ». Les textes de René entretenaient avec la chanson, française ou anglo-saxonne, des liens d’amitié, j’allais dire de vénération, teintée de distanciation amusée. Les couvertures des deux plus récents romans, créées par Michel Guérard, en témoignent. Depuis quelques années, René se consacrait, avec deux complices, à un blog dédié à son sujet de prédilection : « Crapauds et Rossignols ». René n’était pas un bavard – les amis qui le rencontrèrent au Bougainville, à Paris, où il se rendait parfois le mercredi, s’en souviennent : en apparence en retrait des conversations croisées, il intervenait toujours avec pertinence et gentillesse. Sylvette, sa compagne (qui illustra plusieurs publications de photos), ainsi que Clément et Aurélie, ses enfants, nous ont toujours accueillis, Agnès et moi, avec chaleur dans leur maison de Toulon… En 2002, nous avions organisé, avec la complicité de la bibliothèque et de la DRAC de la Région PACA, une lecture-présentation de « La Crau, Arizona » à Hyères. René, aphone ce jour-là, avait joué une partition drolatique sur ses textes et nous avions imaginé un jeu de scène où un double de René Troin, mauvais acteur, avait pris sa place… L’acteur est parti, mais ses livres témoignent d’une présence toujours active de René.

Pierre Laurendeau




Notice wiki René Troin.

jeudi 21 mai 2015

† Clod'Aria (1916-2015)

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Alors qu'on poursuit le démembrement de la Laïque au profit de l'école privée, Suzanne Humbert-Droz disparaît ce moi à L'Orbrie, en Vendée où elle vivait. Née en 1916, elle a été institutrice et poète sous le pseudonyme de Clod'Aria.
Abandonnée par sa mère, adolescente tourmentée, elle a été élevé par sa grand-mère et a mené sa vie avec passion et enthousiasme, brisant à l'occasion les codes de l'école laïque forcément un peu austère, peignant et écrivant proses et poésies pour le compte de tous les éditeurs qui ont peu ou prou compté au siècle dernier (Soc & Foc, le Chat qui tousse, Edmond Thomas et Plein Chant, L'Arbre de Jean Le Mauve, etc.)
Sa poésie, simple et chaleureuse n'était pas sans malices. Elle était également haïjin.


Beau temps :
Rien dans la boîte aux lettres
Les amis jardinent...

Clod'Aria

samedi 10 janvier 2015

† Henri Simon Faure (1923-2015)

(© Eric Dussert 2006).




Très mauvaise nouvelle ce matin apportée par son éditeur, Du Lérot : Henri Simon Faure est décédé cette nuit.

Ses lecteurs savent quelle immense perte nous faisons là.

Né le 1er octobre 1923, il est l'éternel auteur du Mouton pourrissant dans les ruines d'Oppède et d'autres magnifiques poèmes.

Un hommage lui sera rendu prochainement.

Ses obsèques auront lieu au crématorium de Cote Chaude à Saint-Etienne jeudi 15 janvier à 9 heures puis il rejoindra Lell Boehm et leur fils Daniel au Cimetière d'Oppède le Vieux où l'urne sera déposée à 15 h 30.

En attendant l'hommage annoncé, voici toujours une page de l'Alamblog qui lui était consacrée.



Requiem.


jeudi 8 janvier 2015

Graphite pour un tombeau


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mercredi 7 janvier 2015

Bon, pour les voeux, on repassera...





Pour l'heure, on va acheter Charlie Hebdo.



vendredi 7 novembre 2014

† Michel Ohl (1946-2014)

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De même que nous avions un peu d'avance en plaçant Michel Ohl dans La Forêt cachée, par affection autant que par prosélytisme, l'année dernière, nous voici avec quelques jours de retard sur la triste annonce de sa disparition : il s'est éteint le 20 octobre dernier à l'hôpital Saint-André à Bordeaux (il était né le R décembre 1946). Depuis, conscient de l'importance de cette perte, le Préfet maritime tourne en rond, procrastine, cherchant la meilleure manière de lui rendre hommage, et un hommage d'autant plus appuyé qu'il aura été l'un des premiers et plus actifs alamblogonautes, souvent sur le pont, toujours amical.
Apparemment, il n'y en aura pas de manière assez originale pour dire qui était ce collagiste zaporogue génial, écrivain et épistolier d'enfer dont le dernier courrier datant du mois de juillet nous enjoignait de lire Gyula Krudy ou la nostalgie, dans une publication des éditions EdeN, de Pierre Ziegelmeyer, - sa marque personnelle de bibliopole à lui étant Schéol (chez Ohl).

Me voici récrivant, de petits mots, vaille que vaille, et lisotant des recueils de faits-divers épouvantables. Je vous donne le dernier recueil que j'ai composé de citations de Gyula Krudy, mon écrivain préféré, que (Pierre) Ziegelmeyer m'a fait découvrir voici 25 ans. J'ai dû recopier cela il y a 1 an 1/2, 2 ans, je ne savais encore que Mr. Crab était incurable, mais il ne progresse pas vite, mais l'allure d'enterrement peut changer, il peut soudain filer à tombeau ouvert, je ne seai pas inhumé au champion des cimetières : Ohlsdorf, et pourquoi vous parlè-je soudain d'Ohlsdorf : à cause de mon village, de Thomas Bernhard, de Premier Amour de Beckett et de Fallada (...) Le Fallada que je préfère, de loin, est Le Buveur, parce que c'était lui (par que c'était lui - et un petit peu moi aussi), le passage éterne à l'asile est d'une vérité horrifiante, nonobstant "artifices" et "invraisemblances", et le Buveur, le Saint Buveur, "se promène" au cimetière d'Ohlsdorf je ne sais + quand (...) (Georges Walter) écrit son xième dernier livre, voué à Kessel, et Kessel rêvait de mourir dans son fauteuil au milieu d'une cigarette, et c'est ce qui est arrivé. Ainsi finit cette lettre.

falladaBuveur.jpg Amical Ohl, généreux Ohl, lecteur émérite qui "dispatchait" Estaunié pour mieux le faire lire, comme il le fait là pour Krudy, Fallada ou son ami Georges Walter, autre ami commun de Joseph Kessel et de notre Zaporogue... Grégory Haleux a fort bien effectué le travail d'hommage qui s'imposait dans un beau billet très bien illustré, après avoir en des temps plus anciens donné cette curiosité d'Ohl : Cessez de lire avec Michel Ohl.
Indissociable de Joseph Kessel, d'Edmond Thomas et de Georges Walter, le drôle d'oiseau qu'était Ohl laisse pour la partie la plus accessible de sa bibliographie un nombre significatif de livres fort imaginatifs, souvent à la marque de Lattès puis de Plein Chant, tels que :
Le nom du livre intitulé Marie-Botte ou Pèle-Galets (Plein Chant, 1985).
L'An Pinay (Plein Chant, 1991).
Le Prix du boeuf (Plein Chant, 1996).
La Main qui écrit (Plein Chant, 2003).
Jeux des mots et de l'esprit s'y donnent grand champ et forment un panorama qui va s'incruster durablement dans le paysage culturel - et littéraire donc - en particulier parce qu'ils sont souvent dotés de poignées bien macabres, tout en chêne, et concomitants mais non superposables aux amusements oulipiens ou aux grattages pataphysiques. Même s'il a démarré sur un Pataphysical Baby (après Sonica mon lapin), Michel Ohl aura transcendé les catégories et apporté une oeuvre bien particulière, empreinte d'humour noir et de légèreté, de graves bouleversements et de savoirs plaisants dont L'Homme noir, Raymond Roussel et Jean-Pierre Verheggen confondus pourraient peut-être dire quelque chose d'approchant. Et encore... Les enterrements qui frétillent de la queue sont si peu courants. Ils nous emmèneraient du côté d'un brautiganisme bien tempéré, somptueux parfois, décoiffant et souvent très tendre.
Pour vous faire une idée de l'imagination galopante d'M. O. (n'en ayons pas peur...), parcourez la bibliographie "en préparation" sise dans Le Nom du livre intitulé Marie-Botte ou Pèle-Galets (Plein chant, 1985), elle est édifiante. Mériterait même un recopiage bloguesque, en attendant que Sétaphen Mahieu intègre ces titres magistraux dans sa bibliographie des ouvrages sans corps. (Mais quelle âme !).
Le temps de retrouver notre exemplaire de Boobook (Galimart) et nous revenons...



Bibliographie
Le Silence et le Temps (Paris, les Paragraphes littéraires de Paris, 1962).
Sonica mon lapin (Paris, Millas-Martin, 1972).
Pataphysical baby (Paris, Lattès 1974).
Zaporogues (P., Lattès 1976).
Sacripants ! (P., Lattès, 1977).
Chez le libraire (P., Lattès, 1978).
Traité de tous les noms, ripopée (P., Lattès, 1980).
Entre devins, ripopée (P., Lattès, 1982).
Le Nom du livre intitulé Marie-Botte ou Pèle-Galets (Bassac, Plein Chant, 1985).
L'an Pinay (Bassac, Plein Chant, 1991).
Boobook (Galimart, 1992).
Onessa (Schéol, 1993).
La Mer dans Poe, ripopée (Opales, 1994).
L'Enterrement qui frétillait de la queue (Schéol, 1994).
Le Prix du Boeuf (B., Plein chant, 1998).
Premier souvenir dernier écrit (Finitude, 2001).
La Main qui écrit (B., Plein Chant, 2003).
Rêves d'avant la mort (B., Plein Chant, 2006).
Un chalet sur la Néva (avec Georges Walter) (Atlantica, 2006).
Pauvre cerveau qu'il faut bercer (Le Castor Astral, « Millésimes », 2006).

dimanche 31 août 2014

† Christian Bachelin (1933-2014)






Cette nuit un grand silence règne sur toute la terre...



Le poète et romancier Christian Bachelin s'est éteint vendredi soir, à la veille de son anniversaire, au Kremlin-Bicêtre, à 18h52.
C'est une très grande perte. Ceux qui ne l'ont pas encore lu s'en apercevront bientôt.
Il était né le 1er septembre 1933 à Compiègne.

Ses obsèques auront lieu demain, vendredi 5 septembre, à 15 h 15, au cimetière de Cachan.


Dernier cri

J’écris ce poème avec de la fumée
Avec du sable avec de l’ombre
Mes mains s’enfoncent dans la neige
Sans jamais rencontrer la terre
Mais tout à coup le vent disperse la poussière
La poussière du poème
Tout à coup un cheval couronne de sa mort
Le royaume ébloui que me prête l’hiver
Tout à coup un rose éclate les ténèbres
Tout à coup un poisson ruisselle sur la table
Tout à coup un oiseau traverse la fenêtre
Et la maison s’effondre en gerbe de cristal

Il reste le cri nu de la réalité
Le cri pulvérisé de l’œuf en train d’éclore
Le cri rouge du rat encerclé par le feu
La nudité de l’os quand retombe la cendre
L’évidence du roc de la dent arrachée
Ce qui vibre immobile et se tord de fureur
La clarté sans issue où gravite la mer
La terreur du granit que le gel assassine
Les objets à pétrir comme un pain de famine
Le présent à saisir dans son flagrant délit

Christian Bachelin



En 1999, année de la double parution d'Atavismes & Nostalgies (fruit merveilleux des presses de Jean Le Mauve) et de Buttoirs rouillés de la mémoire (très beau texte massacré par les photocopieuses — militaires, ce qui convient parfaitement à l'enfant de troupe qu'était Christian Bachelin, pas du tout au poète et à ses lecteurs — du triste éditeur de La Bartavelle), le Préfet maritime consacrait ces petites lignes à Ténébros :

Christian Bachelin ouvre l'une de ses boîtes à souvenirs. Il l'a intitulée Atavismes et nostalgies parce que ce poème est une évocation de son histoire personnelle (nostalgie) et des figures familiales de son père noyé (atavisme), de sa mère et de sa femme disparues. Sa partition est douloureuse mais il la décline en "bonheur nostalgique", "fermentation des impressions" pour soulever d'"imperméables amnésiques" et aboutir dans les Butoirs rouillés de la mémoire, titre d'un autre recueil. On devine quel poète il est dès ses premiers mots. Pudique emballeur, il fait le coup de poing avec des images puissantes mêlées parfois de fatrasies complices, des images franches qui se gravent vite dans l'esprit : "Le cambouis se méfie des marteaux", l'oublierait-on?

Après neuf volumes de vers et une première prose, l'admirable Soir de la mémoire (Méréal, 1998), il fait de désastreux constats et s'assure de "ne plus être en tout que le moindre fait divers". De tels mots d'échec attirent le soupçon sur une existence terrible et sa corollaire, la solitude. Aujourd'hui fantomatique, Christian Bachelin est né en 1933 à Compiègne. Il fut enfant de troupe avant d'occuper de petits boulots jusqu'au début des années 1990. Après c'est la déroute, il est "englouti dans un tourbillon immobile" dit son ami Yves Martin qui le comparait à Strindberg. Retiré du monde, il n'écrit plus et publie quand il le peut ses poèmes dont la forte charpente, la portée lyrique ou musicale, l'éclat d'évidence lui offrent d'équitables opportunités. Celle, notamment, d'entrer au catalogue de l'éditeur-typographe Jean Le Mauve qui a fait d'Atavismes et nostalgies une authentique merveille. On n'en dira pas autant de Butoirs rouillés de la mémoire littéralement saboté par un éditeur indélicat. Fort heureusement, la poésie de Bachelin ne se dissout pas dans les coquilles. Elle mérite néanmoins beaucoup d'attention. Le message vaut aussi pour les lecteurs.

E.D.

Un précédent billet sur Christian Bachelin.
Pour entendre l'Emission Clair de nuit (France Culture, 2000) qui lui était consacré.

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