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Les lauriers sont fanés

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samedi 9 février 2013

Bonnand se la pète en Syrie

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On pouvait aisément attendre quelle soit close pour lire la correspondance électronique d'Alain Bonnnand à Roland Jaccard. Il n'y avait nulle urgence à nous balancer Le Testament syrien car Bonnand en est à meubler.
Dans ce nouvel opus, il se montre pataud, enfile des perles, des sentences de broc, fait des endives au jambon, statue (en se plantant) sur le passage dans le domaine public d’Émile Zavie (cf. apostille), nous met sous les yeux sa bien inutile existence au pays des Centre Culturel Français et autres regroupements d'expatriés (mais il joue au football, lui, l'intellectuel, symptôme bien clair de cet élitisme condescendant et faussement alerte). Tout en nous faisant bien comprendre que les femmes, hein, il les observe, les connaît, et les tient à sa pogne.
Le pauvre vieux.
Et puis, puisqu'il est français et philosophe (au moins), il fait de l'humour et se demande par exemple si les tanks syriens sont climatisés. Bonnand s'essaye à l'humour noir (une révolution ça mérite, non ?)... Son coq-à-l'âne avec Jaccard (dont on se demande bien quelles pouvaient être ses réponses) en devient vite oiseux, puis ennuyeux, puis pénible, au point que l'on regrette beaucoup sa première manière, celle de Martine résiste.

Et puis on passe à autre chose en allant chercher des livres de Cingria sur AddAll et sur Galaxidion.



Alain Bonnand Le Testament syrien. — Paris, Écriture, 128 pages, 14,95 €



NB L’œuvre de Zavie ne tombera dans le domaine que le 1er janvier 2014.

dimanche 9 décembre 2012

Billevesées pour période économique troublée (De la servitude volontaire I)

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Monsieur,
Je ne puis me pardonner moi-même le ton avec lequel je me suis permis de vous parler et les paroles insolentes qui sont sorties de ma bouche. Il faut que la colère m'ait entièrement privé de la raison pour que j'aie agi de la sorte. Vous êtes mon supérieur, je vous dois donc le respect en toute occasion et, eussé-je eu mille fois raison pour le fond, je n'aurais pas dû montrer une obstination que je regrette bien sincèrement aujourd'hui ; mais, indépendamment de ce motif, il y en a un autre que je n'aurais jamais dû oublier : c'est que, par votre caractère personnel, vous êtes à tous égards, bien digne de considération et de respect ; aussi je suis tout à fait confus de mon inexcusable vivacité, ou, pour mieux dire, de ma grossièreté. Mais cependant une chose me rassure : connaissant la bonté de votre cœur, je suis certain que vous excuserez ceui qui vous témoigne aujourd'hui les plus vifs regrets de sa faute, et qui est, avec le plus profond respect.
Monsieur,
Votre très-humble et très obéissant serviteur.





Armand Dunois Le Secrétaire des familles et des pensions, contenant 1° Les règles du style épistolaire ; 2° Des exercices (matières et corrigés) sur les sujets de lettres les plus usuels ; 3° Des lettres choisies des écrivains célèbres. — Paris, Librairie Garnier Frères, 1931, 317 pages.

lundi 16 janvier 2012

Molière-Corneille : l'affaire rebondit

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C'est l'affaire du siècle (dernier) : Corneille a-t-il écrit les pièces de Molière ?

Depuis que Pierre Louÿs (1) a soutenu cette thèse avec la dernière énergie, que Poulaille l'a relayée - puis René-Louis Doyon, puis d'autres encore - , on n'en finit pas de batailler pour savoir qui de quoi et vice-versa.

La Sorbonne vient de faire un nouveau pas en créant enfin un site dédié à l'affaire, un site très roboratif où sont repris un par un chacun des arguments de ceux que ladite université nomme les "conspirationnistes" (on voit là que l'affaire est grave) Denis Boissier, Dominique Labbé et quelques autres - lesquels disposent eux-même d'un site L'Affaire Corneille-Molière, associés aux Corneilliens.

Le propos des moliéristes de la Sorbonne, Georges Forestier en tête, est très méthodique - on sent parfois poindre l'énervement, forcément - mais c'est assez passionnant.

La question est : vont-ils enfin débattre dans la sérénité ? (puisque, assez certainement, la vérité est entre les deux thèses...)

Depuis que les analyses statistiques appliquées au lexique du corpus moliérien ont été validées par les uns puis invalidées par les autres, il est rassurant de voir que le cadavre bouge encore et que les énergies déployées sont nombreuses.

Quelle andouille a dit naguère, à propos de La Princesse de Clèves je crois, que ces auteurs d'autrefois ne nous intéressaient plus guère ?
Vraiment, ils passionnent, bien au contraire !


(1) Facétieux personnage, comme l'on sait.


Illustration : le fameux "ils en ont parlé" de Caran d'Ache à propos de l'Affaire Dreyfus, Un dîner en famille, Paris 13 février 1898

jeudi 5 mai 2011

Le cri du poète obscur

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Si Marc Michel est un "petit romantique" inconnu, il en est d'autres qui ne sont que "méconnus". Leur sort n'est pas plus enviable vraiment, mais ils ont eu, de leur vivant, l'opportunité de se publier en volume, fût-ce au prix d'une souscription. Ce qui n'a pas été le cas de Marc Michel qui laissa errer son fantômatique Pohol dans les pages ruinées de périodiques défunts, oubliés, aux colonnes de moins en moins fréquentées...
Pour saluer et Marc et les autres, voici un poème d'Auguste Vard, "le poète graisse-wagons", figure disparue en 1909 dont la notoriété mérite elle aussi un petit coup de pouce.




Le cri du poète obscur

Jouet d'un instinct téméraire,
J'ai dit, jaloux de resplendir :
Plus on gravit mieux on s'éclaire,
Pour rayonner sachons grandir.
Montons vers la trouée ardente !
Suivons Homère, Eschyle, Dante,
Thémistocle, Napoléon !
Des plus grands dressons-nous, émules.
Il est, mépris des âmes nulles,
Au Forum des chaises curules
Et des tombeaux au Panthéon !

L'audace, élan vaste et suprême,
Dompte la terre, étreint les cieux;
Forge ou détruit un diadème
Fait et défait et rois et dieux.
L'audace peut tout ce qu'elle ose !
Un trône, un dais, l'apothéose
Ne sont qu'une étape, un jalon,
Un vestige de sa conquête ;
Du seul sublime elle est en quête
Et le sublime n'est qu'un faite
Où son pied rêve un échelon !

A des splendeurs inaccessibles
Dont les voyants font leur trépied,
Et mes voeux ont choisi pour cibles
Le génie entre de plain-pied ;
Le génie asseoit sa mémoire,
S'y revêt de flamme et de gloire:
C'est son Thabor, l'Horeb sacré
Où le Dieu qui nous interpelle
Nous dicte ce que l'ange épèle,
Le ciel à la terre rappelle,
L'homme sans l'homme eût ignoré.

Mais l'Idée en vain m'illumine
De son jour intime et profond :
C'est en rampant que je chemine.
Je fais ce que les moindres font ;
J'ai des devoirs que me dispute
La plus lourde et stupide brute
Qui mange, qui dort et qui boit ;
Mon âme, énervée et stérile,
Traîne aux abois la terreur vile
Que n'a pas la brute servile,
De manquer de maître et de toit.

Muet en face de l'infâme,
Qui m'accuse en poussant des cris.
Je ne repousse ni le blâme,
Ni les soupçon, ni le mépris.
Je dis au nain : d'où vient ta haine ?
Tu planes : vois, ma taille à peine
Au niveau de mes maux atteint ;
Je murmure à l'envie abjecte :
Tu me souilles, on te respecte ;
Rayonne, aiglon, je pleure, insecte,
Mon génie à ton souffle éteint !

Tes dons sacrés, la gloire, ô Muse,
Où vont-ils ? aux scribes marchands !
La foule admire ou s'en amuse :
Ils vendent leur âme et leurs chants !
Laissant les cerveaux en jachère,
Faux prêtres, leur dogme est l'enchère ;
Bouffons, coupe-jarrets ou pis,
Nul d'entre eux ne me vaut peut-être :
Je suis ce qu'ils veulent paraître
Et ne puis me faire connaître
En paraissant ce que je suis !

Une voix crie en mon sein : "Va !"
L'archange au fier profil farouche
Du charbon saint brûle ma bouche
Et je me dresse sur ma couche
Job remué par Jéhova !

A cette étreinte surhumaine,
Insecte élu, je céderai !
J'irai, Seigneur, où ton doigt mène,
Comme Baruch, j'obéirai !
J'obéirai comme Isaïe !
Ma voix, acclamée ou haïe,
N'est que ta voix, ô vérité !
L'inspiration solennelle
Etendant son souffle et son aile
Met très haut son aire éternelle
Et monte où va le cri jeté.

L'aube est l'heure ardente et sublime
Dont la pourpre éternellement,
D'astre en astre et de cime en cime,
De firmament en firmament
Emigre, féconde et limpide ;
Toujours dure et coule rapide ;
Renaît et meurt à tout instant :
L'aube du génie est l'image,
Comme elle écartant tout nuage
De front en front et d'âge en âge
Il se transmet, - phare éclatant !



Auguste Vard Vernon - Vingt minutes d'arrêt. Heures noires et Nuits blanches. Poésies d'un ouvrier. - Paris, Ed. Monnier, de Brunhoff et Cie, éditeurs, 1886, pp. -88

mercredi 5 janvier 2011

Greene fut-il Chase ?

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Figurez-vous que l'année 11e promet d'être amusante elle aussi...

En effet, parallèlement à l'immarcescible et grotesque affaire Corneille-Molière (le grostesque revient à qui l'on devine), voici que se développe l'affaire Greene-Chase.

La question qui se pose dans les Bulletins des Polarophiles tranquilles est celle-ci : James Hadley exista-t-il ?

Sous forme dialoguée, Les Polarophiles tranquilles - tranquilles, mais moins qu'il y paraît - n'hésitent pas à remettre en question la réalité de son être et à attribuer à Graham Greene l'autorité des oeuvres signées de son triple nom.

Voilà qui va étonner dans le milieu, troubler sans doute, faire rugir peut-être. Depuis 2009, les arguments des Polarophiles ont mûri, et quoi qu'il en soit leur interrogation est plaisante.



Les Polarophiles tranquilles
Cazon Thierry
86, avenue de Grasse
06400 Cannes
04 93 38 20 69

mercredi 1 décembre 2010

La nouvelle critique littéraire

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Il n'aura échappé à personne que la véritable critique littéraire qui compte s'expose désormais dans les grandes surfaces.

L'avantage de ce nouveau type de commentaire critique se passe de mot ; il fait appel à l'instinct du lecteur (et client potentiel) et à son sens de l'association (c'est Gourmont qui serait content !) En somme, plus d'articles à lire, plus de paperolles de libraires qui masquent les couvertures.

Ici, par exemple, nous pouvons "lire" que, selon telle chaîne de grandes surfaces, le livre primé par les Goncourt est une casserole, catégorie fait-tout.

Nous restons curieux de savoir où a été placé le dernier Renaudot...





Illustration : © Klara Delpas 2010

vendredi 13 août 2010

Gare !

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Non, il n'est pas question de soleil, de sel ou d'aiguilles de pins !
Il s'agit de la Rentrée Littéraire.
Encore, dites-vous ?
Mais oui, forcément !
La Rentrée Littéraire, infectieuse épreuve du trimestre à venir qui va nous être servie par les déesses du moment à grand renfort de sourires perfides.
Bref, la Rentrée littéraire avec son lot de papier mal imprimé, mal édité, mal corrigé, mal écrit, mal imaginé...
L'affreuse Rentrée Littéraire approche, et c'est beaucoup moins enthousiasmant que la pêche à la truite en Amérique.

L'Alamblog derechef adresse une pensée amicale à toutes ses nautesses et à tous ses nauteux afin qu'ils traversent sans encombre cette passe calamiteuse.

Courage à tous !

vendredi 23 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829

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La suite de ce merveilleux feuilleton que vous attendez tant paraîtra sous peu, et sous la forme d'un volume à l'enseigne Des Barbares...

C'est frustrant, n'est-ce pas ?

Songez tout de même qu'outre la conclusion de cette terrible histoire, vous aurez (pour un prix aussi raccourci que possible) force textes inédits de Marc Michel, et tout un équipement documentaire bien digne de Pohol le maudit



Pohol et autres textes inédits, par Marc Michel, Paris, Des Barbares... paraîtra en septembre. Une souscription sera lancée dans les jours à venir.

jeudi 15 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829 (XV)

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XV

Meurtre

"Vois cette lettre, elle est de toi ; c'est celle, t'en souyient-il, que tu écrivis au supérieur de mon séminaire quand je voulais.y rentrer en quittant ta maison... cette lettre où tu me calomniais par amour, tu ne sais pas que Marie l'a lue et s'est noyée après... Je n'ai donc plus ici-bas que ton affection ; aussi je viens à toi, et je t'aime... Ne le crois-tu pas ? Mais vois comme je ris, comme je suis heureux là, à tes côtés, comme mes baisers brûlent sur la main qui tremble... Tu ne dis rien, Julie ?... parle-moi, parle-moi donc... dis-moi que lu me pardonnes et que tu m'aimes encore... Il me faut ton amour, vois-tu, il me le faut ! c'est mon dernier espoir, ma dernière joie ; ne me l'ôte pas, au nom de... »

Il n'osa dire : au nom de Dieu.

Quand il l'eut bien rassurée à force de paroles d'amour, de supplications, de baisers, et qu'elle eut dit : oui! il se pencha comme pour l'étreindre, et lui enfonça un couteau dans le sein.

"Damnée ! s'écria-t-il avec une joie féroce, elle n'a pas eu le temps de dire à Dieu : pardon !"

Il ranima la petite lampe, revint auprès du lit, et contempla cette femme morte et ce sang qui coulait...

Il riait en voyant cela.

(à suivre.)

mercredi 7 juillet 2010

Pohol, histoire de 1829 (XIV)

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XIV

Un amour d'homme

Voilà, parbleu ! un riche appartement, une belle tenture, de beaux meubles, un lit voluptueux, ma foi ! sans son manteau de soie... et puis, cette petite lampe qui.se meurt et laisse tomber sur tout cela ses débiles rayons blanchis par le verre brut qui l'entoure !... Oh ! cet appartement me plaît.

Dans ce lit une femme dort. — Est-elle jeune ou vieille? — Mais, pas très vieille, sans doute, puisque son appartement est si frais !

C'est madame de Bax. — Minuit.

Voici que les rideaux de soie de la croisée se meuvent... voici qu'un homme en sort, vêtu de noir, grand... Voici qu'il s'avance sans bruit, s'arrête auprès du lit, croise les bras et appelle : « Julie ! »

Ne tremblez pas; vous allez voir.

« Point de cris, femme ! » dit l'homme, « c'est Pohol que tu aimes et qui repoussait ton amour, comme Dieu repoussait le sien. Je t'aime aujourd'hui, et je reviens vers toi... Oh ! cela te semble un rêve, n'est-ce pas ? tu ne m'attendais pas aujourd'hui; à cette heure, jamais... regarde, c'est bien moi, pourtant !... Mais tu ne me dis rien ?... est-ce que tu as peur?... est-ce que tu n'as pas de joie à me revoir ? »

Elle avait peur, vrai Dieu! et sa main, que l'homme avait saisie et qu'il pressait dans la sienne, tremblait !

« Tu m'aimais bien Julie... je le sais, c'est pour cela que tu m'as empêché de consacrer à Dieu ma vie ; tu la voulais pour toi. Eh bien ! à toi ma vie ! mon âme, je ne te quitte plus... toujours auprès de toi... Auprès de toi toute l'éternité ! ajouta-t-i! en serrant les dents.

Mais il se remit.

(à suivre.)

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