L'Alamblog

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jeudi 5 février 2009

La censure de guerre (bois vert)

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L’accord est si grand d’abord que les journaux se soumettent de bonne grâce à la censure comme aux mesures de police qui ordonnent de ne pas les crier dans la rue, de ne pas les gratifier de manchettes énormes, de ne pas multiplier les éditions spéciales, toutes choses qui sont de nature à surexciter la population. Toute la presse a compris qu’il ne faut pas laisser passer à l’étourdie des renseignements militaires qui pourraient être utiles à l’ennemi qu’il importe de surveiller même les annonces, qui peuvent répandre en langage conventionnel des nouvelles transmises par des espions restés à l’intérieur. c’est ainsi que le général Dubail, commandant la place de Paris, interdisait, le 11 juin 1917, tout envoi à l’étranger de périodiques contenant des annonces de publicité.
La censure s’établit donc sans encombre et sans résistance. Le bureau dit « de la presse » était installé au Ministère de la Guerre. Chaque journal devait y apporter ses épreuves, ses morasses, comme on dit en termes techniques, les censeurs indiquaient ce qui devait être « échoppé » ; un coup de téléphone à l’imprimerie et le journal paraissait amputé de tout ce qui avait semblé dangereux. En province, l’opération chirurgicale se faisait à la préfecture ou au siège du commandement militaire.

La censure rendit quelques services. L’intervention gouvernementale ne fut pas d’ailleurs purement négative. Elle renseigna par ses communiqués attendus avec fièvre elle combattit les mensonges hardis de l’agence Wolf qui, de Berlin, annonçait la prise de Belfort, l’assassinat de M. Poincaré, Paris mis à feu et à sang par la révolution. Elle publia des documents officiels sur les atrocités allemandes. Elle fit paraître une série de brochures sur L’Effort Français. Aidée par des sociétés privées (L’Alliance Française, les Amitiés françaises, l’Idée française à l’étranger), elle travailla à maintenir fermes l’espoir et le courage de la France. Il y eut alors une Maison de la Presse, chargée de diriger les esprits dans le sens voulu par le gouvernement. On a pu l’accuser (l’expression date de cette époque) de « bourrage de crânes ». Mais ce qu’il faut regretter surtout, c’est que son influence ait été maigre hors de France, là où il eût été le plus nécessaire de détruire les erreurs et les calomnies accumulées contre nous. Seulement il existait un cercle vicieux on voulait faire de la propagande à l’étranger et l’on interdisait à nos journaux et revues de franchir la frontière c’est par des conférences, des missions envoyées chez nos voisins que fut remplacée, mais de façon insuffisante, l’action de nos périodiques.

Pour ne parler que de l’intérieur, le malheur est que, par une pente rapide, presque fatale, la censure, de militaire qu’elle devait être, devint très vite politique qu’au lieu de s’inspirer uniquement des intérêts de la patrie, elle dégénéra en moyen de défense pour les ministres qui se trouvaient au pouvoir. Puis, autre malheur, pour exercer avec compétence et impartialité les fonctions de censeur, il aurait fallu des hommes de première valeur, presque des surhommes et l’on n’eut le plus souvent que des hommes de valeur médiocre (1) : officiers qui apportaient là des habitudes disciplinaires peu faites pour des intellectuels, ou bien « fils à papa », heureux de s’embusquer dans des postes de tout repos. Quelques-uns étaient des blessés ou des malades renvoyés du front les autres, qui ont allégué pour leur défense qu’ils avaient pu là empêcher quelque mal, furent sévèrement tancés par les corps dont ils faisaient partie. Le Conseil de l’Ordre des avocats fut saisi de la question de savoir si un membre de l’Ordre pouvait remplir une fonction qui consiste à couper les ailes de la pensée ; un Syndicat de la Presse française refusa d’admettre ceux qui l’avaient acceptée et obligea même un de ses membres à démissioner pour s’être plié à cette besogne.



Note de l’auteur
1 Parmi les censeurs, on rencontre des hommes portant des noms connus: Georges Hugo, André Fallières, Victor Margueritte, des gens de lettres : Armand Charpentier, Gaston Rageot, Jean de Gourmont, Paul Gsell, André Lichtenberger ; des journalistes : Bonnamour, Albin, Paul de Cassagnac, Francis de Miomandre ; des professeurs, des sous-préfets, des avocats, des auteurs dramatiques, des éditeurs (Didier, Arnaud), un garde-champêtre, un curé, un commandant de gendarmerie. - La Vie de Paris par Jean-Bernard, donne cette liste.




Georges Renard Les Travailleurs du Livre et du Journal. T. II. - Paris, G. Douin, 1926, pp. 63-65.

mercredi 30 juillet 2008

Rions un peu : Isidore Isou

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Parce qu'on s'ennuie un peu, à cette heure où les baleines à bosses s'éloignent du rivage, il nous est revenu que nous avions noté pour la bonne bouche quelques "pensées" broussailleuses d'Isidore Isou afin de vous en divertir un jour.
Ce jour est venu.

Où l'on voit que l'oiseau avait réussi la délicate synthèse de Homais, de Bouvard, de Pécuchet et de San Antonio. Et nous nous garderons bien d'évoquer sa jeunesse roumaine.

Florilège à méditer

« Je préfère les femmes qui me donnent de l'argent sans faire l'amour avec moi aux femmes qui font l'amour avec moi sans me donner un sou. »


« Je préfère mon nouveau dégoût à l'ancien goût dégoûtant. »


« Je crois que de moi on a déjà dit tout le mal qu'on puisse dire. Ce qui me semble original et rare reste le bien qu'on puisse découvrir dans mes actions. »


« Chaque victoire de la jeunesse a été une victoire contre les mots. »



On a rarement croisé, je crois, d'auteur aussi doué dans l'enfilage d'inepties, de mufleries vaniteuses et de bêtises petit-bourgeois.
C'est sans doute là ce qui fera entrer l'Isou dans les dictionnaires. Et probablement sous cette forme :

"Isou, n. m., de Isidore Isou, personnage grotesque de la seconde moitié du XXe s. Pl. Isoux : 1. Pensée idiote qui revêt une apparence d'intelligence. "Cesse de me seriner avec tes isoux" (Ph. Sollers), "Le ministre débitait l'isou avec une aisance confondante, mais sans s'en apercevoir" (M. Weitzmann). 2. Usage vain de mots. "Je n'ai rien compris à son isou." (A. Volodine). Syn. Bla-bla. 3. Système de langage justifiant une vérité temporelle voire travestie utilisé à des fins mercatique, politique, mondaine : "En l'occurence, le discours de Carrefour et des industriels des secteurs de la santé et de l'électronique était basé sur l'angoisse, l'affect, la peur de la mort, auquel remédierait la pulsion d'achat, donc sur l'isou du moment." (A. Mangematin). Syn. Topoï.


Trève de plaisanterie. N'oublions cependant pas ce dernier point - Et c'est beaucoup moins drôle : Contrairement à de nombreux créateurs, Isou Ier eut droit à une nécrologie dans Le Monde (signée Jean-Luc Douin, 2 août 2007), preuve que d'aucuns le prenaient au sérieux. Sans doute les mêmes qui ont cru à la pensée politique selon Sartre, à l'esthétique selon Malraux et, plus récemment, à la "philosophie" selon l'isou du gars Kacem.
Ca fout les jetons.

L'Alamblog recommande tout particulièrement aux amateurs les opus isoldiens suivants : Isou ou la Mécanique des Femmes (Escaliers de Lausanne, 1949), Lettre à Franc-Tireur sur le procès de la «Mécanique» (1951), Défense de la Mécanique des Femmes (UR n° 2, 1952). Mais les autres sont aussi croquignolets (*).

(*) Il convient de respecter scrupuleusement une posologie maximale. On a connu des cas de méningite chez des individus allant jusqu'au bout d'une plaquette isoldienne. Consultez votre médecin traitant.

samedi 5 juillet 2008

Christian Berst contre les Vieux Bébés Riches

lapinFelix.jpg © Félix D.-L. Toute reproduction interdite.




Christian Berst, le créateur de la galerie Objet Trouvé dédiée à l'art brut et à l'outsider art prend la plume pour dire son fait au "milieu".


Une fustigation distribuée aux dodus Vieux bébés riches.
La fessée qu'ils réclamaient.

mercredi 9 avril 2008

Des portraits d'éditeurs...

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Nous n'y sommes pas encore allé voir mais nous parions bien volontiers qu'il a de quoi rire de toutes les couleurs dans le dossier thématique du nouveau numéro de la revue Décapage.
Son sujet ?

"Portraits d'éditeurs"


Faut-il vraiment en dire plus ?

Les comploteurs se nomment Jean-Baptiste Evette, Pascal Garnier, Stéphane Héaume, Dominique Noguez, Vincent Ravalec.
A en juger par certains noms, on doit frémir dans certaines rues de Paris. Boulevard Haussmann, par exemple. Mais ailleurs aussi, et plus encore peut-être. Bref.
On retrouve aussi, évidemment, les rubriques habituelles de la revue.


Décapage
La Table ronde (éd.)
Avril 2008, 96 pages, 8, 50 €

mardi 5 février 2008

Mes poires, par Marc Stéphane (1904) (un dernier, d'accord ?)

MarcSte_phane.jpg Marc Stéphane pendant la guerre de 1914


Avant d’avoir la joie de vous annoncer une double bonne nouvelle concernant Marc Stéphane, voici une ultime méchanceté - nous pourrions en ajouter encore, et encore - de ce bretteur, ami rebuté de Léon Bloy, précurseur d’un certain LFC dans l’ordre de la langue “nature”.


Paul et Victor Magueritte. — “Monsieur, je suis l’homme qui a effeuillé l’une après l’autre, et sans reprendre haleine, ma parole ! ces marguerittes nationales : le Désastre, les Tronçons du Glaive, les Braves Gens, la Commune… — Et vous vous amusâtes ?
— Ah ! boufre, tu parles ! Un peu, beaucoup, énormément…
— Pas du tout ! Je conçois cela !
O Marguerittes, fleurs ohnètes du document !…



Marc STEPHANE Aphorismes, boutades et cris de révolte. - Paris, Cabinet du Pamphlétaire, 1904, p. 53.

lundi 4 février 2008

Noguez avait raison : Lénine était dada !

Lenine_dada.jpg

Oui, cette photographie le prouve, Vladimir I. dit Lénine était dada.

Bourré, sourdingue et dada.

Toujours sceptiques ? Lisez donc Lénine dada de Dominique Noguez et La Révolution russe de Claude Anet.
Parions que la librairie Le Dilettante vous accordera 5 % de remise si vous vous réclamez de l'Alamblog.
Pour la remise sur le Claude Anet, vous pouvez toujours vous brosser.


Dominique NOGUEZ Lénine dada. — Paris, Le Dilettante, 2007, 191 p. sans prix ni code barres.

Claude ANET La Révolution russe. Chroniques (1917-1920). Edition établie avec préface, chronologie et notices biographiques, par le Préfet maritime. — Paris, Phébus, 854 p. 29 €

lundi 14 janvier 2008

Mes poires, par Marc Stéphane (1904) (allez)

MarcSte_phane.jpg Marc Stéphane pendant la guerre de 1914


Maurice Barrès. — S'il apprenait un jour qu'il y eût au désert un seul chameau plus chameau que lui, s'en irait illico (2) zigouiller tous les chameaux.


(2) En mission officielle — l'incorrigible arriviste !

Marc STEPHANE Aphorismes, boutades et cris de révolte. - Paris, Cabinet du Pamphlétaire, 1904, p. 53.

mercredi 9 janvier 2008

Mes poires, par Marc Stéphane (1904) (toujours)

MarcSte_phane.jpg Marc Stéphane pendant la guerre de 1914


Rachilde. — Je voulais d'abord dire son fait à cette incohérente et dégoûtante femelle. Mais bah ! pour ce que ça Valette, un bas-bleu !




Marc STEPHANE Aphorismes, boutades et cris de révolte. - Paris, Cabinet du Pamphlétaire, 1904, p. 53.

jeudi 3 janvier 2008

Mes poires, par Marc Stéphane (1904)

MarcSte_phane.jpg Marc Stéphane pendant la guerre de 1914


A Willy

Si je suis Claudine à l'école,
Je rigole,
Et quand vient Claudine à Paris,
Je souris ;
Mais voici Claudine en ménage,
Et je rage
Tant, que si Claudine s'en va
— ça me va !...


Marc STEPHANE Aphorismes, boutades et cris de révolte. - Paris, Cabinet du Pamphlétaire, 1904, p. 26.

vendredi 21 décembre 2007

Mes poires, par Marc Stéphane (1904) (encore)

MarcSte_phane.jpg Marc Stéphane pendant la guerre de 1914


Paul Adam. — Fait l'article comme un vendeur du Bon Marché — dont il restitue d'ailleurs parfaitement le type : "et avec ça, madame ?".




Marc STEPHANE Aphorismes, boutades et cris de révolte. - Paris, Cabinet du Pamphlétaire, 1904, p. 39.

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