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En attendant le Singe

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vendredi 7 août 2015

Le Yéti de la rue de la mouche (Louis Watt-Owen)

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Tandis qu'en ce début août les réserves de bons bouquins commencent à s'épuiser - sur notre île c'est une avanie carrément flippante -, (pour tout dire il ne nous reste plus que les trois romans de Vladimir Charov à relire), un petit constat éthologique subreptice nous a rendu le sourire.
En effet, Louis Watt-Owen a réouvert La Main de Singe, ce sacré cabaret où se déplient les humeurs de quelques penseurs carabineux (plutôt que carabinés).

Pas d'autre bonne raison à donner à notre plaisr : comme il le dit lui-même à propos de Clément Rosset, la moindre minute en compagnie de La Main de singe dope son homme pour plusieurs jours.

Voilà pourquoi on lit avec un plaisir non feint "Le Yéti de la Rue de la Mouche" en écoutant, comme c'est recommandé par la direction le "Bordello Queen" d'Isobel Campbell.

Dans ce poème de derrière les fagots (craquants dans la canicule), Watt-Owen taille ses crayons en jusqu'auboutiste, sirote arabica bouillant et eau glacée, fume Caporal et invoque les dieux afin qu'ils pourrissent la vie des fâcheux, poursuit une mouche avec un gros couteau, engage une tranche de jambon rose dans sa machine à écrire verte et puis entame la première de ses trois siestes.
Vous conviendrez qu'un homme qui possède aujourd'hui un taille-crayon - et s'en sert - mérite d'être lu.

Si d'aventure Radio Singe s'autorisait une existence tangible, il mériterait aussi d'être écouté.


lundi 13 mai 2013

Un gourdin, s'il vous plaît ! (Marc de Montifaud)

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L'utilisation de la boxe comme métaphore de l'expression littéraire a d'abord frappé chez Arthur Cravan avant d'être reprise, à quelques reprises, chez les plus farouches de nos auteurs à gants. Et notamment par Dominique Poncet ou, plus récemment, par Christophe Macquet.
Ce fragment d'un texte défensif de Marc de Montifaud, la plus virile des femmes de plume - elle appartenait à un temps qui menait de George Sand à Colette, curieuse luge -, montre que les plus vifs sont parfois les plus rudes, et peuvent se montrer rugueux sans émietter le glissant superbe de leur style.

De quoi avoir envie de relire tout Marc de Montifaud.



I
Je n'ai point reçu de leçons de boxe ou de savate ; sous le rapport du coup de poing, j'avoue que mon éducation a été terriblement négligée, et je dois de graves reproches à mes parents qui n'ont pas su deviner, comme c'était leur devoir, que la savate ou la boxe seraient un jour les seuls éléments de victoire au milieu de la société dans laquelle j'étais appelé (sic) à vivre. On ne pense pas à tout. Ils ont cru, eux qui appartenaient aussi à la presse, que la grammaire et la dialectique offraient toujours des armes courtoises entre gens bien nés; ils se sont persuadés, - les naïfs, - qu'il existerait quand même une société dont les adversaires pourraient se dire les plus mortelles injures sans pour cela emprunter un langage de portefaix. Quelle était leur erreur ! Je les déclare donc responsables de tout ce qui m'arrive, comme attaque de la presse. Pourquoi ne m'ont-ils pas enseigné ce que c'était que le "chien", le "chic" et le "zinc" de ces messieurs ? Pourquoi ne m'ont-ils pas appris, qu'entre gens de lettres, il n'existait ni homme, ni femme et que le suprême du goût consistait à se montrer auvergnat. Il est vrai, qu'à cet égard, leur éducation devait offrir les mêmes lacunes que la mienne. N'importe ! je persiste à dire qu'ils ont eu tort : Foin de la grammaire et des belles lettres ! un gourdin, s'il vous plaît !
(...)




Marc de Montifaud Madame Ducroisy, la presse et la justice... Précédé d'une lettre de M. Raoul Postel, Ancien Magistrat, Ancien Rédacteur de l'Echo universel. - Paris, impr. de A. Reiff, 1879, 46 p.

lundi 18 avril 2011

Contre Onfray

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Tandis que Louis Watt-Owen se déchaîne énergiquement contre Michel Onfray et ses lecteurs-trices, auxquels il passe un redoutable savon - que l'on peine à ne pas trouver justifié - et ce avec le soutien de Frédéric Schiffter, un bref rappel pour cette archive de l'Alamblog qui avait déchaîné, elle aussi, commentaires et énervements...

Reste aussi une question : après Onfray, qui ?

lundi 10 janvier 2011

Sursauts de la Main

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Dans le cadre du projet de Fanette Mellier à Chaumont, Dominique Poncet devait intervenir après Céline Minard et Eric Chevillard.
Aux dernières nouvelles, les travaux seraien engagés.
C'est la preuve que 2011 commence bien, comme on l'avait deviné.
Dans la foulée, nouveaux signes de vie du blog La Main de singe, on s'en réjouit aussi.

jeudi 18 mars 2010

Filadelf Gorilla révélé (merci Gallica !)

chiromonkey.jpg.gif J.-L. Faure, Chiromonkey



Un grand merci à Norbert Gaulard, qui nous fournit ses notes sur le mystérieux Filadelf Gorilla.
Ex-mystérieux Gorilla devrions-nous dire puisque nous savons désormais qui se cachait sous ce pseudonyme étrange…

Filadelf Gorilla était donc Alexandros Themistokles Philadelpheus (1866-1954), le directeur de l’Acropole d’Athènes et de son musée jusqu’en 1920.

C’est sur Gallica, et dans une recension d’Auguste Michel donnée dans la Revue des études grecques, publication trimestrielle de l’association des études grecques, tome XII, année 1899, p. 342, comptes rendus bibliographiques), que se trouve l’essentiel de notre frais savoir sur le drôle d’oiseau :

39. PHILADELPHEUS (Alex.) Der Pan in der antiken Kunst. Athènes, (M. I. Saliberos) 1899, in-12, 23 p.
À la suite d’Immerwahr, Bérard, etc. M. Philadelpheus tient Pan pour un dieu solaire arcadien, dont le caractère pastoral et satyrique ne serait qu’une déformation postérieure, spécialement due à l’humour attique ; mais il n’explique nullement les causes de cette déformation ni des attributs pastoraux de ce prétendu dieu solaire. M. P. passe en revue les principaux monuments figurés relatifs à Pan, particulièrement le groupe de Florence (Pan et Olympe) qu’il attribue à Praxitèle et le « relief aux trois masques » qu’il commente ingénieusement. En revanche, ce qu’il dit des monnaies témoigne d’une grande inexpérience. Les statères d’Arcadie sont du IVe siècle ; les souvenirs archaïsants que M. P. y découvre (si nous comprenons bien sa pensée, p. 8) sont purement imaginaires. Sur les aurei de Panticapée, Pan n’est ni juvénile, ni humain ; on dirait que M. P. ne les a jamais regardés. En tout cas, il ignore l’admirable statère de Lampsaque où l’on voyait autrefois Actéon, mais où Furtwaengler a reconnu Pan. – Cette agréable œuvre de dilettante, écrite, nous ne savons pourquoi, en allemand, est dédiée au peintre Gysis et à « Mister (sic !) Gifford Dyer ». M. Philadelpheus qui, sous le nom de « Filadelf Gorilla », a écrit en français les mémoires d’un singe, est décidément un grand polyglotte. Auguste Michel.

Norbert Gaulard, qui a poussé l’enquête, nous révèle en outre ceci de la bibliographie de l’oiseau, pardon, du gorille :

Philadelpheus est l’auteur d’une quantité de guides et catalogues sur les antiquités grecques, et l’Acropole en particulier, mais aussi de : Critiques d’éminentes compétances (sic) sur “L’homme singe dégénéré”, le récent ouvrage de Mr Filadelf Gorilla (extraits des journaux français : Athènes, Papageorgiou, 1894, 16 p.).
L’Homme singe dégénéré a fait l’objet d’une publication sous son vrai nom à Athènes en 1949 (mention de 3e édition complètement refondue), ainsi que Critiques d’éminentes personnalités sur la 3e éd. de son ouvrage par Alexandre Fhiladelpheus (sic) (Athènes, 1950, français-grec, 78 p.).
Traduction anglaise : The Man Degenerated Ape ; notes and impressions of a Gorilla, across the Ancient and Modern World ; a completely revised English translation of the 3d French ed. by Prof. Georg Biggott, frontispice de l’auteur, préface de Mario Meunier, lettre de l’amiral Dr. A. Tanagra (Athens, G. S. Christou & Son, 1952) by Alexander (sic) Philadelpheus.

Alexandros Philadelpheus a préfacé :
J’ai cherché un homme de Laura Melamed (Paris, Editions de la Jeune Académie, 1936).
La Couronne de violettes de Josée Sekaly (Le Caire, Alexandrie, Aux éditions de la Semaine Egyptienne, s. d., 300 exemplaires).
Le peintre et l’homme de Spiros Vikatos (Athènes, s.n., 1938).
L’Âme de la Grèce de Nikolaos D. Aiginetes (Athènes, 1929).

Pour l’anecdote, Norbert Gaulard ajoute qu’il a fourni les photos de quatre objets antiques illustrant The Ape in Antiquity de William Coffman McDermott (1938).


Voilà un premier sauf décisif dans la connaissance de Filadelf Gorilla.

jeudi 11 mars 2010

My books, my books (Filadelf Gorilla)

chiromonkey.jpg.gif J.-L. Faure, Chiromonkey



« My books, my books ! »

C’est le cri qui sort de la bouche d’un expirant savant.

C’est le grand singe dégénéré, Dickens, ce moribond célèbre, qui déjà près de la tombe dans son râle et en rendant son dernier soupir ne se souvint ni de ses amours, ni de sa patrie, ni de son foyer ; il ne pleura ni la lumière comme Antigone, ni la belle nature, ni la lune, les étoiles, une aube matinale, les oiseaux qui chantent, les brebis qui paissent, les moutons qui bêlent ; il ne regretta ni les rivages pittoresques de Portsmouth, ni les flots, ni les vagues, ni les sillons que tracent les barques des pêcheurs sur la mer, ni le ciel en pourpre au coucher du soleil, ni les nuits silencieuses des campagnes, ni les roses riantes, les jasmins et les belles orchidées de l’Angleterre ; il ne regretta rien de tout cela, le cruel. Il ne regarda ni en haut, ni en bas, ni la terre, ni la voûte du ciel, ni les enfants, la femme, les amis, les parents, ses admirateurs !… En expirant, le grand auteur de « Nicolas Nickleby » poussa deux seuls mots de sa poitrine déjà refroidie ; et les pieds déjà dans la tombe, en se redressant pour la dernière fois, il s’écria comme un fou : « Mes livres, mes livres ! » et sur ces mots il retomba un cadavre!… Oh ! quelle folie et quel crime !

Et on érige des statues à Gutemberg (1), ce grand criminel, qui changea la terre en un triste cimetière !… Napoléon, César, Attila, Alaric, Tamerlan, Alexandre et Bismarck qui tuèrent des milliers d’hommes, qui amputèrent, estropièrent, rendirent borgnes ou boiteux des millions de mortels, ne furent que les vrais éclaireurs qui donnèrent la vie, la santé, la force à cette humanité qui meurt en demandant ses livres, ces papyrus pourris, ces pâtes vilaines, pleines de microbes et des bacilles des poitrinaires, celte pâte, qui affiche le monopole de répandre la lumière avec l’encre noire et sombre des infirmeries !

Brûlez-les ces livres maudits, brûlez-les et faites en un incendie pour désinfecter l’air, pour purger les villes !

Vous vous consumez comme des chandelles, vous fondez comme la cire sous vos lampes inspiratrices, avec vos lunettes d’aveugles !… Toute la terre ressemble à une forêt allumée, qui brûle, qui s’extermine. Ce feu, c’est beau, superbe. Cet incendie est grandiose et beau, mais ce sont des forêts qui brûlent et dépérissent, ce sont des êtres humains qui se consument. Brûlez les livres, plutôt que de vous torréfier vous-mêmes. Mettez le feu aux bibliothèques, aux salons littéraires, aux librairies, aux écoles, à la Sorbonne, aux Académies, aux théâtres, aux collèges, avant qu’un nouveau Bismarck y dirige ses obus funestes ! Demain sera la réaction. Après Périclès, c’est Lysandre ; après Auguste, Néron ; après le Christ, Attila ; après Voltaire, Bonaparte ; après Lamartine, Hugo et Goethe, Bismarck et les communards !… Ainsi, attendez de jour en jour votre Néron !



Filadelf Gorilla


(1) Sic

mardi 9 mars 2010

Les Grands Poètes (Filadelf Gorilla)

chiromonkey.jpg.gif J.-L. Faure, Chiromonkey



Les grands poètes

Je les vois ces fronts ridés, ces sourcils par moment froncés, ces yeux enfoncés, perdus, ces regards contemplatifs et distraits, mais profonds, qui percent la chair et voient directement dans votre âme et lisent votre pensée ! Ces regards qui méditent la nature, qui la pénètrent, qui lui arrachent tant de mystères, tant de secrets !

Je vous vois, vous tous vieillards ou jeunes, au début, au déclin de 1’Age, robustes ou débiles, sains ou maladifs, avec votre air gauche, avec vos manières d’êtres faibles et soumis ! Vous êtes tous là dans le Panthéon de l’humanité, vous formez tous une galerie à part ! un sublime Parnasse usurpateur de l’immortalité des dieux de l’antique Olympe. Et ces cheveux blanchis qui vous attirent le respect ? C’est la neige qui reste fixée toujours là-haut, aux cimes des montagnes et méprise les obscurités des vallées et des plaines ! Ces têtes blanchies par le temps c’est le faîte de la science et du génie qui ne daignent que par moment descendre jusqu’à la vie des hommes et aux faiblesses des mortels !

Pourtant, c’est vous, ô fronts éclairés et pensifs, qui consolez cette pauvre humanité ! Sur vos ailes d’aigle elle a pu pénétrer dans des mondes qu’elle ignorait. Votre torche toujours allumée lui a montré les routes éthérées du ciel. Après tant de siècles c’est encore par toi, chantre d’Achille, que-nous montons à l’Olympe !…

Et le Paradis, à jamais peut-être pour nous inconnu, c’est par tes yeux fermés pour la terre et ouverts pour les cieux, ô Millon, que l’homme l’a pu reconquérir, flâner dans les délicieuses demeures des dieux, y retrouver ses chimères, ses rêves,ses génies adorés !…

Et la Nature qui pendant de longs siècles semblait être pour toujours dérobée, cette adorable Nature, qu’a imitée Phidias et tâché de surpasser Raphaël, ce domaine où planent les génies de Platon, d’Aristote, de Virgile et de Dante, c’est l’œuvre puissante et gigantesque de ce Titan Shakespeare, qui a ouvert ses portes colossales à l’humanité avide de respirer cet air céleste, noyée qu’elle était dans les ténèbres depuis de longs siècles, étouffée par le mensonge, par le despotisme, égarée par l’encens des prêtres, exaspérée d’être toujours à genoux devant une croix noire que le Dieu-martyr depuis longtemps avait fui, abandonnant la foule des hypocrites et des fourbes qui s’égorgeaient sur ses reliques sacrées, pour de vaines futilités de dogmes,pour des scrupules d’hérésie !…



Filadeld Gorilla

samedi 6 mars 2010

L'anarchiste-singe (Filadelf Gorilla)

chiromonkey.jpg.gif J.-L. Faure, Chiromonkey



L’anarchiste-singe

Voilà donc que le singe apparaît. Aussitôt que la faiblesse et la corruption s’emparent du corps social, le singe avance son museau et montre son rictus sarcastique… Le singe c’est la nature chaste, pure, saine, qui n’est pas fardée, exténuée, corrompue, empoisonnée.

L’argent c’est un métal, et, comme tous les métaux pris à grandes doses, un poison. La bête-ancêtre, l’architype père de l’espère apparaît juste au moment critique où l’espèce lutte contre la mort. Le Tiers-État, le serf, Danton, Marat, Saint-Just, Mme Rolland, étaient les singes du passé. Les socialistes, les anarchistes, Pini, Ravachol, Proudom, Krapotkine (1), Elisée Reclus, sont les singes de l’avenir. Les trois mots qu’on lit à chaque pas, Liberté, Egalité, Fraternité, à travers votre civilisation, sont ternis, sont presque éteints. Il faut que le singe avec sa brosse de peintre original, de père artiste, les repasse avec une couleur plus vive, celle du sang.

Entrez dans les catacombes do la misère, descendez dans les caves, insinuez-vous dans les coulisses de tous ces misérables que vous condamnez, de tous ces parias, ces singes déshérités que vous immolez sur l’échafaud, approchez-vous sans peur de ces bêtes fauves dont vous vous déliez tant et essayez de les connaître à fond, d’approfondir leur âme, de mettre le doigt sur leurs plaies, d’écouter leurs plaintes, leurs sanglots, leur râle, de les voir de près, de sentir leur pouls, de respirer l’acide carbonique des mansardes où ils grelottent, où ils grouillent pendant l’hiver et se rôtissent pendant l’été !…

« Triste égalité d’un peuple libre ! C’est encore Pini l’anarchiste qui parle ainsi (2), les parias, les ouvriers, je les comptais par milliers, pendant que par milliers aussi je comptais les panses ventrues des gros bourgeois qui, aux terrasses des cafés, prenaient leur apéritif pour se préparer à bien digérer et passer ensuite une joyeuse soirée avec quelque fille de meurt-de-faim.
« Comme la vie parisienne est belle pour ces gens ! Musique, bals, cafés-concerts, jeux, théâtres, femmes ; et pendant que, des somptueux édifices et des salles illuminées, s’envolaient les échos de ces fêtes, le policier, sur la voie publique, à chaque instant arrête les victimes de l’opulence, inculpées d’avoir l’estomac vide et d’être privées de domicile. Un vagabond pour la relégation est une bonne note pour le policier. Voilà la morale de vos lois et de la liberté d’un peuple républicain.
« Puis, le matin, pendant que le bourgeois, sur la douce plume, se délassait des soûleries nocturnes, je voyais arriver par bataillons ces ouvriers qui avaient tout produit et qui, mourant de faim, attendaient pendant trois ou quatre heures à la devanture de ces restaurants pour manger une soupe confectionnée avec des os dépouillés et les restes que la bourgeoisie rassasiée et soûle abandonnait en pâture aux chiens. J’en ai vu qui, pour être des premiers, dés quatre heures du matin, stationnaient pour la distribution de huit heures. Quatre heures ; l’estomac vide, en plein hiver, pour recevoir une soupe que le chien du bourgeois aurait dédaignée! El comme la distribution n’arrivait qu’à moitié colonne à cause du grand nombre de miséreux, ceux-ci se jetaient alors sur les caisses aux immondices gisant devant les maisons et disputaient aux chiens sans maître cet horrible repas. Et cela, je le voyais en plein boulevard, au restaurant Bréband et sur cent autres points de la ville sur le seuil de ces grands magasins remplis de toutes les belles choses de la nature et du produit des fatigues du travail. — Oh ! fraternité du régime démocratique ! »

Je cite beaucoup de son carnet d’anarchiste. Mais est-ce qu’on trouverait ailleurs une peinture plus fidèle, plus navrante de ces drames de la misère ? Ce sont de vrais tableaux de Rembrandt, tant leur réalisme est écrasant, tant la nature saute aux yeux, tant l’homme-singe apparaît avec tous ses os, sa chair et son squelette !… Ibsen n’aurait pas décrit une scène plus réaliste que celle-ci… Oh ! cette misère que nous ignorons, que nous apprenons par bribes, que nous entrevoyons dans les courts récits et les reportages des journaux !…

Et dire que Zola est un malfaiteur, que ses livres sont infectieux, puisqu’ils disent la vérité, puisque dans un de ses chefs-d’œuvre, dans Germinal, il nous décrit tout ce monde qui vit dans les cavernes, dans les cloaques, dans les ténèbres, près des morts ! Non, vénéré Père Cornut, qui avez écrit les « malfaiteurs littéraires », ni la presse, ni le roman, ni Zola, ni Monpassant (3), ni Bourget, ni la Philosophie, ni Renan, ni Fabre, ni Havet ne sont des malfaiteurs et des corrupteurs !

Notre époque a le virus dans le sang, c’est l’âge avancé, c’est la vieillesse de l’Europe, c’est la décadence de la race latine plutôt que ces hommes, qui honorent, ces jours derniers et qui jettent la lumière dans les ténèbres qui nous envahissent; la vraie cause de vos malheurs, de cet état lamentable de votre société !…

Ce ne sont plus les curés et les cardinaux, les archevêques et les papes, les seuls représentants du Christ et du christianisme, la presse, la philosophie, les universités, les littérateurs, les professeurs, les romanciers, tous sont des prêtres et des éclaireurs, tous répandent la lumière !…


Filadelf Gorilla


Notes de l’éditeur
(1) Sic et resic. N’oublions pas que Filadelf est un singe arrivé récemment à Paris…
(2) Vittorio Pini (circa 1860-1903 à Cayenne), anarchiste italien, auteur du Manifeste des anarchistes de langue italienne au peuple d’Italie.
(3) Sic.

vendredi 26 septembre 2008

Louis Watt-Owen est de retour

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Louis Watt-Owen est de retour et il est .












mardi 5 février 2008

L'Imponder # 21

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Très belle chronique de Louis Watt-Owen (said "wot", Captain ?), inspirée par la retrouvaille d'un certain numéro de La Main de Singe (imp., deuxième série), où figurent Arno Schmidt et sa taraudante question quasi léniniste, et son âme dévouée, Claude Riehl : Que faire, en effet...
En outre, cette autre interrogation :

Combien de Bovary se prennent pour Flaubert et préfèrent empoisonner les libraires avec des autofictions !?!



That's a question.

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