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mercredi 8 novembre 2017

Maison vide sans Picasso

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Sans Picasso, Dora Maar a dû faire avec. Si l'on peut dire. Leur relation (fameuse) avait débuté en 1936. Après avoir été la maîtresse de Georges Bataille, Henriette Theodora Markovitch, dite Dora Maar, fut présentée au peintre par Paul Eluard aux Deux Magots. Leur relation prit fin en 1943. La photographe, fragile et de tempérament torturé, eut dû mal à s'en remettre, suscitant l'inquiétude de ses amis, lorsque se fit ressentir le besoin d'internement. Une analyse prit le pas sur la psychiatrie et Picasso, mal à l'aise sans doute, offrit en guise de cadeau de rupture à celle qui fut sa muse durant sept ans, une belle maison sise à Ménerbes. La photographe s'y installa dans une existence "pétrifiée", peignant, écrivant à quelques amis, côtoyant les jeunes Anne et Jérôme de Staël, résidant de Ménerbes eux-mêmes, dans le souvenir des visites de Braque, des Eluard, Man Ray, Crevel, Penrose, Lee Miller et de la smala surréaliste...

Plages sauvages et non surveillées, éclats de rire couverts par le grondement des rouleaux, ombres dures de juillet, peaux burinées et désirables, chapeaux de paille couvrant l'impudeur des corps, visages épanouis sous des voies lactées. De baignades en vernissages, d'apéritifs en parties de pétanque, de canisses fêlées en mauresques glacées. Et puis Kaazbek, le lévrier afghan, toujours dans l'ombre de leurs pas à quémander des zakouskis. Sept, huit années d'une fête foisonnante. La présence d'une famille de coeur, une farandole intemporelle de cadavres colorés.

Dora Maar disparut en juillet 1997 et la maison fut réhabilitée, non sans que Jérôme de Staël prenne la marque de ce lieu éteint, témoin d'une existence autrefois vive. Ses photographies mettent l'accent sur l'abandon des lieux, la déshérence du bâti, l'irrémédiable mélancolie qui émane de la demeure de cette princesse à la pierre dormante du Luberon.
Demeure sans Picasso, et désormais sans Dora Maar.
Le texte de Stéphan Lévy-Kuentz et le témoignage d'Anne de Staël la convoquent cependant très nettement. Selon deux modalités bien différentes. Le premier use de l'évocation poétique, magique un peu, et celle qui fut l'enfant du voisinage livre un portrait vécu et touchant. La muse enfuie est là à nouveau.



Stéphan Lévy-Kuentz Sans Picasso. Photographies de Jérôme de Staël. Postface d'Anne de Staël. - Paris, Manucius, 84 pages, 15 €


mardi 7 novembre 2017

Les mains vides

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Pour honnir les cyniques qui confondent à dessein chômage et farniente, retrouvons le roman de Maria Borrély (1890-1963) qui les informerait sur la mansuétude (puisqu'attendrir on ne pourra point) : Les Mains vides, l'un de ses derniers livres, daté de 1932, réédité en 1989 par son fils Pierre et réimprimé à plusieurs reprises depuis par La Part commune et tout dernièrement par la coopérative Parole - qui publie également les œuvres complètes de Maria Borrély, il faut le préciser, et on y reviendra.

On était quatre grands amis enchaînés par le sort...

Sur un tempo semblable à celui de Delteil et dans des phrases cousues comme l'aurait fait un Giono, un livre touchant, brutal et beau, habité par tous les vents de Provence, cheminant par toutes ses routes, le long desquelles les chômeurs égrenaient leurs misérables existences avant de finir sur les bancs de Marseille.

Sa figure est enflammée par la faim. Dans ses oreilles, des cloches bourdonnent, la tête lui tourne et presque, il commence à voir les étoiles du ciel en plein jour.

Sur les traces de La Faim (Hamsun) et de Ceux du trimard (Marc Stéphane), juste avant La Gueule (Seignolle), un très beau livre à ranger près de ceux des meilleurs plumes de l'entre-deux-guerres.


Maria Borrély Les Mains vides. - Parole, 2017, 99 p., 11 €




Illustration du billet : Les trimardeurs, par Steinlen (1913).

lundi 6 novembre 2017

Les apporteurs de neuf (1884)

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Bruno Fuligni s’est occupé de ressusciter le Journal des assassins de Jules Jouy (dit « le poète-chourineur » parce qu’il avait débuté comme garçon-boucher), journaliste et écrivain dont la chanson « Derrière l’omnibus » connut un grand succès et qui finit chez les fous à Charenton. Membre du Chat noir, des Hydropathes et autres manifestations fumistes, il était un poète animé d'une verve révoltée et gouailleuse, un farceur, qui lança son journal sardonique typique de la « petite presse » en usant du vecteur de l’humour noir au moment où le culte de la guillotine battait son plein. L'espérance de vie n'était que de cinquante ans à l'époque...
Comme autrefois les canards sanglants faisaient monter l’effroi, il en jouissait, multipliant les plaisanteries carabinées et les astuces à base d’assassinat pour amuser les lecteurs des grands boulevards. L’aventure dura le temps de publier dix livraisons, du 30 mars au 1er juin 1884. On y trouvera à relire un étonnant manifeste littéraire qui prouve que la modernité ne craint pas la légèreté. Songeons à Alphonse Allais...

Les Trois juges de Plougonvlin, ou la Fille O. Bertin Chérie (Seul bien de ma vie.)
Notre préface
A notre compatriote Edmond de Goncourt :

Voici le roman que nous annoncions, il y a dix ans à peine, dans un ouvrage qui n'a jamais paru et auquel nous n'avons jamais travaillé.
C'est tout simplement une monographie de cocotte, observée dans le milieu des misères et des élégances de la Richesse, du Pouvoir, de la suprême bonne compagnie, une étude de jeune fille de concierge officielle sous le quatrième empire.
Certes, nous ne nous le dissimulons pas, pour le LIVRE que nous rêvons depuis un dixième de siècle, il eût été peut-être préférable d'avoir pour modèle une jeune fille de la rue des Martyrs, dont l'affinement et les sélections de race, les traditions de métier, les aristocratiques relations, l'air ambiant même du quartier qu'elle habite, auraient doté notre roman d'un type à la distinction plus profondément ancrée dans les veines, à la distinction perfectionnée par... plusieurs générations !
Mais voilà... notre roman « la fille O. Berlin, chérie, seul bien de ma vie ! » a été pondu avec les recherches qu'on met à la composition d'un « livre d'histoire » et nous croyons pouvoir avancer qu'il est peu de livres sur la femme, sur l'intime féminité de son être depuis son enfance jusqu'à son extrême vieillesse, peu de livres fabriqués avec autant de confessions féminines.
Quand on a,comme nous, cent soixante-quatorze ans et six mois (à nous deux), ce sont de bonnes fortunes littéraires très rares.
Donc, nous nous sommes appliqués à rendre « le joli et le distingué » de notre sujet. Point de réalisme ! ce que nous avons cherché, c'est de la « réalité élégante ».
Toutefois, nous n'avons pu nous résoudre à faire de notre héroïne une créature « insexuelle ». Ça c'est le chic d'hier et d'aujourd'hui. — Notre chic à nous c'est le chic de demain.
On nous reprochera peut-être le manque de péripéties, d'intrigues. Ah ! chers lecteurs, s'il nous était donné de rajeunir seulement de cinquante-quatre ans (à nous deux), nous voudrions écrire des romans dénués de toutes ces complications inutiles : plus d'annonces, plus de suicides, plus déjuges, plus de tribunaux, plus d'accouchements clandestins ou non. plus de notaires, plus de mariages, plus d'adultères, plus de rendez-vous, plus de clairs de lune, plus d'intérêt, plus de style, plus d'imagination, plus d'auteurs,'plus d'éditeurs; plus de papier, plus d'imprimeurs et plus de public !
Et surtout — retenez ceci — plus de mort au dénouement.
C'est trop gai pour les générations futures.
Nous rejetterions cet expédient de nos livres, comme « un moyen théâtral d'un emploi méprisable. »
Et pourquoi ?
Parce que la machination livresque a été épuisée par Soulié, par Sue, par J. Jouy et Gaston Picourd, grands imaginateurs !
Il faut trouver (et nous avons trouvé) une nouvelle dénomination, une autre dénomination que celle de roman : Nihil, tel sera désormais le litre générique de nos immenses travaux.
Le public !... quoi de plus bête et de plus insignifiant ? Trois ou quatre femmes, pas plus, tous les trente ans, lui retournent ses catéchismes du beau !... Mais les apporteurs de neuf ! parlez-moi de ça.
Nous sommes dés apporteurs de neuf ! Nous n'avons rien de commun avec les marchands du Temple.
A ce propos, disons que la presse, ces temps derniers - c'est-à-dire depuis un siècle — s'est élevée contre l'effort d'écrire, c'est-à-dire contre les contorsions auxquelles se livrent sur leurs fauteuils les écrivains de race en dictant une lettre à leurs commettants. Voudrait-on nous faire descendre à parler le langage omnibus des faits divers ?
Alors oùsque serait le progrès ?
Non, par notre glorieuse mémoire, nous le jurons sur nos propres cendres (l), nous sommes résolus à employer le langage tramway, le langage wagon, le langage ballon dirigeable, mais jamais le vulgaire patois omnibus.
Rien ne nous indigne comme l'audition de ces phrases ineptes : Suer à grosses gouttes, tourner la cervelle, avoir l'air consterné, etc.
N'est-il pas beaucoup plus logique et plus « élégant » d'écrire : Transpirer comme un boeuf, mettre les méninges à l'envers, avoir l'air tout baba, etc. ?
Répétons-le, le jour où la hernie morale n'existera plus chez le lettré, nous sommes ratiboisés.
Voyez Balzac. L'infortuné n'avait pas un style personnel, c'est ce qui explique son obscénité.
Qu'on nous pardonne d'être un peu longs. Ceci est la préface de notre premier livre, c'est une sorte de baptême littéraire.
Depuis cent ans (à nous deux), nous luttons, nous peinons, nous geignons, nous combattons, roués de coups par tout le monde, nous sommes fatigués, nous en avons assez, et voilà pourquoi, au lieu de laisser la place aux autres, nous publions cet ouvrage.
Il y a aussi un autre petit motif, c'est que, dans celte préface-baptême, nous voulons annoncer notre journal de la vie à deux, oeuvre qui, d'ailleurs, ne doit paraître que soixante-quinze ans (à deux) après la mort de l'éditeur et de sa femme, qui se chargera de sa publication.
Ce Journal est celui de deux pensées jumelles (à verres convexes) et peut être considéré comme l'expansion d'un seul moi et d'un seul je.
Vous en jugerez, d'ailleurs, dans une centaine d'années (à deux), si l'éditeur en question n'a pas la vie trop dure (2).
Maintenant, toi
Fille O. Bertin, chérie,
Seul bien de ma vie,
pauvre premier volume, va t'exposer aux mépris dus à la jeunesse extrême de tes auteurs.
Nous avons une confiance à la Stendhal dans le siècle qui va venir.
On nous nuira tant que l'on voudra, ça n'empêchera jamais que nous ayons failli écrire un roman pour la Revue des deux Mondes ; ça n'empêchera jamais que nous ayons inventé les bocaux où sont renfermés les chinois, plagiés après coup par les frères de Goncourt.
Quand on a fait cela, il est vraiment difficile de faire autre chose et de n'être pas quelqu'un d'amusant !... On en jugera.


(1) Nous sommes partisans de la crémation anticipée.
(2) Sa femme seule est inquiétante.




Jules Jouy et alii Le Journal des Assassins. Organe officiel des chourineurs et des voleurs, présenté par Bruno Fuligni. — Paris, Place des victoires, 160 pages, 25 €

jeudi 19 octobre 2017

Aristonomia

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Boris Akounine est décidément habile lorsqu'il s'agit de surprendre. Son nouveau roman traduit, Aristonomia, premier volet d'une trilogie, donne d'emblée des signes de singularité forte. Avant d'en dévoiler plus, on en donne pour indice ce passage issu d'un préambule où l'auteur dévoile les enjeux d'une littérature qui compte.
Certains pourraient en prendre de la graine, non ?



Les livres qui méritent d'être lus ont ceci en commun que l'auteur les a écrits pour lui-même. Peu importe que l'oeuvre s'adresse à un certain public ou à l'humanité en général, un "vrai" livre se reconnaît toujours à son absence de prétention. A sa candeur, si vous préférez. L'écrivain ne craint pas de passer pour un naïf, il ne cherche pas à paraître plus intelligent ou plus instruit qu'il ne l'est, il ne feint pas d'être affecté par ce qui l'indiffère, il ne fait rien pour plaire. Il a d'autres chats à fouetter. Une question le tourment, et sa quête de réponse est sa façon de se soigner. Quand on veut guérir, on ne gaspille pas ses forces à des riens.



Nous reviendrons bientôt sur ce roman et sur la notion d'"aristonomia" qu'y déploie Akounine.


Boris Akounine Aristonomia. Traduction Yves Gauthier.. - Paris, Louison, 2017, 664 pages, 27 €

mardi 8 août 2017

Un moustique héroïque

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《Quel vaste cimetière je suis ! 》



Durant la quête suicidaire d'un moustique, tout un monde de petite bête, d'étrangetés humaines et de soûlographies narcotiques...
Un roman qui ose déroger à la bienséance linéaire et au confort du lecteur. Voilà qui tient à distance les fictions formatées façon séries et les bioficts qui dévalent les pentes désquamées de la sainte Rentrée.
Pour les amateurs de Macedonio Fernandez, Carlo Emilio Gadda, Roberto Arlt et André Biely.

Erlom Akhvlediani, Un moustique dans la ville. Traduit du géorgien par Isabelle Ribadeau Dumas et Rusudan Turnava, le Serpent à plumes, parution le 7 septembre 2017, 174 pages, 17 €


dimanche 7 mai 2017

Quinzinzinzili pour tous !

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Longtemps au catalogue de la collection L'Alambic, le grand roman de Régis Messac, Quinzinzinzili, vient de trouver place dans la collection "La Petite Vermillon" des éditions La Table Ronde.
C'est la preuve de son succès auprès des lecteurs. Et c'est la preuve de l'absence de routine au sein des éditions de L'Arbre vengeur qui, ne pouvant se résoudre à réimprimer sans cesse les mêmes ouvrage, poursuivent leur conquête littéraire.
Régis Messac, que l'on a souvent évoqué ici depuis 2006, se mesure à l'aune de ce roman d'après le cataclysme et à celle de son essai novateur sur les Détective Novels qui prenait date dès les années 1930 sur un sujet dont l'explosion interviendra à partir des années post-1945 seulement.
Dans Quinzinzinzili, roman de 1935, un instituteur fait visiter une grotte à ses élèves lorsqu'un cataclysme éradique l'humanité en surface. Au sortir de la grotte, la vie continue pour cette petite troupe qui réinvente des règles en se souvenant partiellement et imparfaitement des enseignements de leurs parents.
Les néologismes fusent.
Les habitus reviennent au galop...
Publié dix-neuf ans avant Sa majesté des mouches de l'Anglais William Golding (1954), Quinzinzinzili est un roman-clé de la littérature française du siècle dernier.
Si vous ne l'avez pas encore lu, il vous reste à le découvrir.
Autant vous dire qu'on envie cette chance.



Régis Messac Quinzinzinzili. Préface du Préfet maritime. — La Table ronde, 2017, "la Petite Vermillon" (n° 438), 208 pages, 7,1 €

jeudi 27 avril 2017

Ôé

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La collection "L'Imaginaire" a fini par prendre belle allure. (Ceux qui ont plus de trente ans se souviennent de ses premières années calamiteuses où des reprints véritablement salopés constituaient le prétexte d'une maison occupée à conserver des droits sur des oeuvres de son propre catalogue en déshérence et à donner le change, très maigre, à des héritiers pour les maintenir dans l'orbe : les choses ont changé). Avec la publication du Faste des morts de Kenzaburô Ôé (né en 1935), magnifique recueil de trois textes fondateurs de l'oeuvre du Japonais, il y a lieu de se réjouir.
"Le Faste des morts", "Le ramier" et "Seventeen" (autrefois traduit "Dix-sept ans") sont trois textes absolument remarquables. Il n'y a pas besoin d'épiloguer. Ils évoquent la mort et la faiblesse, la douleur et la fatalité, l'orgueil et la honte, les frustrations et les désirs comme peu de nouvellistes savent le faire. Publiés entre 1957 et 1961, ils donnent d'Ôé une idée impressionnante et démontrent qu'il abordait sans faux-fuyant des sujets majeurs d'emblée. Manipulation de vieux cadavres défraîchis dans une morgue, une grossesse ambivalente, les jeux pervers d'enfants encagés dans une isntitution de redressement, recours à l'extrême-droite pour apaiser des désirs sexuels inassouvis, ce sont des troubles et des troubles qu'empile Ôé sans barguigner et avec une terrible précision, une terrible sensibilité. Voilà un gaillard dont on ne se demande pas pourquoi il a eu le prix Nobel.

Dans les rixes nocturnes j'ai castagné. Dans ces violentes ténèbres qui grondaient de cris de douleur et de peur, d'insultes et de lazzis, je voyais Sa Majesté Impériale rayonner sous une auréole, moi, seventeen, le seul à être au comble du bonheur. Ce soir-là, où il bruinait, le bnuit qui courait sur la mort d'une étudiante avait réduit un instant la foule chaotique au silence. Et les étudiants, trempés de pluie, accablés d'exaspération, de tristesse et de fatigue, observaient le silence ; pendant tout ce temps, moi, j'avais un orgasme de violeur, moi, le seul seventeen, au comble du bonheur, jurant le massacre devant cette vision dorée.

C'est à se demander pourquoi on n'a pas lu Ôé plus, et plus tôt. On se demandera aussi pourquoi "L'Imaginaire" et pourquoi pas "Folio", mais là, hein, on nous dira de nous taire.


Kenzaburô Ôé Le Faste des morts. Traduit par Ryôji Nalaùura et René de Ceccatty. - Paris, Gallimard, "L'Imaginaire", 191 pages, 6, 90 €

lundi 27 mars 2017

Zurn et Hans

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Hélène Parmelin avait proposé son Histoire des nus, Perrine Le Querrec donne des Ruines.
C'est un recueil de "télégrammes" à phrases parfois censurées par l'auteur elle-même d'un bon trait noir épais. Elle y poétise les relations d'Unica Zurn, Hans Bellmer et la Poupée, "dans leur 10 mètres carrés".
Là, c'est

armes blanches, voiles noirs, chairs roses.




Perrine Le Querrec Ruines. — Paris Tinbad, 65 pages, 12 €

samedi 4 mars 2017

Les leçons de Rouletabille

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Excellente initiative des éditions Amadava qui, après l'exposition consacrée à Gaston Leroux par la BnF, s'occupent de faire jaillir des archives Francis Lacassin déposée à l'Imec des pièces intéressantes du père de Rouletabille.
Et en l'occurence, outre Le Dîner des bustes, nouvelle de première qualité bien connue, un excellent point de vue sur le journalisme à propos du "rouletabillisme" de son temps. C'est lors d'une conférence que Leroux, assez fier de ses intrépidités — qui confinaient parfois à la fraude, en particulier par l'usage de fausses identités —, raconta comment le nouveau journaliste de son temps, le Rouletabille donc, n'attendait pas que lui tombe toute cuite la circulaire ou le poulet, le petit bleu ou l'indiscrétion : il allait les chercher, les provoquant même. Il était fini le temps des avocats de Paris-chroniqueurs assis dans les brasseries des grands boulevards...

Rouletabille, c'est le journalisme moderne, le globe-trotter de la nouvelle, l'infatigable mémorialiste de cette époque formidable héroïque et incohérente qui a tout changé, tout bousculé, tout transformé, la Presse comme le reste du monde, et qui a mis au premier plan le Mouvement.

CQFD.
Quelques anecdotes amusantes viennent compléter le tableau. Leroux n'avait pas besoin d'internet pour faire le buzz.



Gaston Leroux Le Dîner des bustes, suivi de Conférence sur Rouletabille. — Caen, Amadava (7 impasse Dumont 14000 Caen), coll. "Romanex", 103 pages, 9 €

dimanche 26 février 2017

Rose de Sibérie

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Il y a bien longtemps qu'on ne s'était autorisé un week-end en compagnie d'un roman d'espionnage. C'est cette histoire de mammouth congelé qui nous a intrigué. Plus que le nom du héros, Johnny Porter, qui se nomme en réalité Jean-Baptiste Porteur, universitaire talentueux d'origine amérindienne, doué pour les langues dites primitives et capable, comme un véritable James Bond, de faire des prouesses avec une voiture russe qu'il a fabriqué lui-même. Si.
Le tout commence en Occident, se poursuit au Japon et se déroule finalement en Sibérie dans des conditions plutôt hivernales. De plus, les lieux sont secrets, les villes n'apparaissent pas sur les cartes (au bord de la Kolyma elles ont longtemps servi de goulag ou de centres de recherche secrets), les camions disposent de vingt vitesses — ils roulent d'ailleurs sur la glace avec des pneus dégonflés à demi - et on mange du poisson (1).
Ultime roman du Britannique Lionel Davidson (1922-2009), dont Graham Greene avait salué la Rose of Thibet (toujours pas traduit apparemment), ce Johnny Porter et son mammouth congelé composent un déicieux passe-temps bourré de suspens.
Un vrai roman d'aventure dont on aimerait beaucoup voir aussi la version cinématographique.



Lionel Davidson Johnny Porter et le secret du mammouth congelé. Traduit de l'anglais par Vélrie Bourgeois. Préface de Philip Pullmann. — Paris, Belgond, "Vintage noir", 676 pages, 18 €


(1) On notera au passage que si la couverture remplit son office en indiquant au lecteur qu'il s'agit bien ici d'un roman d'espionnage, les vêtements qu'elle propose au héros ne lui offrirait que quelques minutes de survie — préciser au graphiste que Tcherny Vodi (Eaux Noires) n'est pas Prague, en hiver tout spécialement : viser plutôt la vêture des peuples du Nord avec chapeau à oreilles fourrées.

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