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vendredi 30 décembre 2016

Après Bibi et Ubu : bubu

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La revue NRV (en attendant la revue) est toujours pleine de surprises. Elle fait penser au Paresseux, en moins tout-fiction, qui se serait mélangé à feu Du Poil au genoux du fameux duo Peigné-Seron. C'est dire qu'on l'attend avec impatience.
Au sommaire de ce numéro 4, bien des choses à nouveau. La légende tient donc. Le farfelu maîtrisé se maintient, l'iconoclaste bourgeonne doucement, la culture du coq-à-l'âne s'expansionne, les pseudonymes poudroient, bref, la route est tracée droit : on avance.
Après un "petit rappel" sur le cannibalisme en maoïsme après lecture des Stèles rouges de Zheng Yi (Bleu de Chine, 1999), déboule Baptiste-Marrey, quatre-vingt-huit ans au compteur, dans un propos militant et ferme, montrant du doigt les nouveaux pompiers du théâtre d'aujourd'hui et les dérives de la culture dramatique officielle - tenue par une poignée d'apparatchiks. Ça commence fort. Plus loin une ministre Rossignol en prend pour son ignorance (à propos "De l'esclavage des nègres" de Montesquieu), au cours d'une leçon fournie par Dominique Lebailly, puis Marcellin Gabelou se plaint des vitres de voiture teintées, tandis que Tysette Grimm vante la littérature de Jakub Demi (1878-1961 tout de même), dont la Lumière oubliée (Fissile, 2015, 16 pages, 5 €) fut considérée de summum de la prose du XXe siècle" Bohumil Hrabal lui-même. La préfacière de ce pamphlétaire catholique, Erika Abrams, rappelle une anecdote à son propos :

"Le seul mot qui n'a pas perdu son sens, dit-il un jour à un ami en lisant le journal, c'est merde."

Qu'attendons-nous pour nous procurer l'opus ?
Au chapitre détente, "Des salons littéraires et des mots élogieux", article de Balzac (La Mode, 20 novembre 1830), et ces exercices de détournement de titres de livres célèbres par Marcellin Gabelou. Cela rappelle beaucoup les torpillages graphiques de Clémentine Mélois mais l'exercice va plus loin...

Ah ! le col...
Poèmes d'un grimpeur, allégés de leur ponctuation, comme il se doit dans ce type d'effort
(...)
Virginie (et Paul)
Par le Collection "la genre", les amours impossibles de deux enfants. De l'exotisme et des larmes.
(...)
J'irai crever sous vos bombes
Dictionnaire raisonné de l'antimilitarisme et de ses annexes.

On ne dira rien d'autre, si ce n'est que Jakob Adrian Vogelsang donne avec "La littérature bubu" un très très bel exemple de critique littéraire motivée, prônant le recours à Girolamo Rovetta, Aphra Behn et Francesco Gritti lorsqu'on veut du formalisme loué les sources. C'est bien vu.
BIen entendu, rien à avoir avec la Bibi de Raymonde Linossier, non plus qu'avec Ubu.
Un avant-goût ?

Le mouvement bubu a été fondé à leur insu par William Burroughts et Charles Bukowski. (...)






NRV (en attendant la revue) (n° 4, janvier 2016). "La revue n'a pas d'adresse et, par voie de conséquence, ne reçoit aucun manuscrit (dont, d'ailleurs, elle ne veut pas). (...) On peut tenter de se la procurer mais il y faut de l'esprit de finesse, l'intuition, et beaucoup de chance.". Le Préfet maritime souhaite dès lors en cette veille de bombance une bonne chasse à tous !
Illustration du billet : Willi Geiger, ex libris pour Ida Roessler (1878-1971) (circa 1928).

vendredi 16 décembre 2016

Les écrivains français oubliés des années 1930

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Beaucoup de choses dans ce nouveau numéro de la Revue italienne d'études françaises (RIEF), et en particulier un dossier poétique composé par Valerio Magrelli et les actes de la journée d'études de décembre 2015 consacrées aux écrivains français oubliés des années 1930.
Comme le disait Gianfranco Rubino, dont l'érudition et la finesse nimbent le préambule qu'il donnait en ouverture de la journée : « En dehors de toute hiérarchie, c'est l'amour inconditionné de la littérature qui légitime une telle entreprise ». Conclusion in petto : on aimerait avoir ici, dans l'hexagone, un œil aussi pointu dans le domaine de la liittérature italienne des années 1930... Encore un petit effort, mesdames-messieurs les Français.

Sommaire
Paola Perazzolo :« Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l’ordre » : (in)achèvement et imperfection chez Isabelle de Charrière
Roland Chollet : Nerval et le temps. Le thème de l’horloge
Eric Pellet : Crise logique, crise poétique : Francis Ponge et Antonin Artaud (1923-1926)
Fabio Vasarri : Calembours poétiques et traduction : Glossaire j’y serre mes gloses, de Michel Leiris à André Masson
Frédéric Martin-Achard : Être moins ou ne pas être : sur quelques modalités paradoxales d’existence du personnage romanesque contemporain (Alféri, Chevillard, Modiano, Vasset)
Daniela Tononi : Génétique des textes et système chaotique

Les écrivains français oubliés des années trente Gianfranco Rubino : Autour d’écrivains oubliés
Ornella Tajani : Autobiographie d’un pécheur habitué. Sur Marcel Jouhandeau
Iacopo Leoni : André Thérive : résignation contre négation
Ida Merello : Jacques Spitz : un auteur au purgatoire
Maria Chiara Gnocchi : Un René Guillot inconnu : le romancier des années 1930
Olivier Maillart : Les ruptures de Georges Limbour
Francesca Lorandini : Relire Marcel Aymé
Teresa Manuela Lussone : Une oubliée sous les feux de la rampe : le cas Némirovsky
René Corona : Il y a Belle Lurette… Henri Calet… contre notre oubli
Fabrizio Impellizzeri : Maurice Sachs ou la chronique d’une exclusion
Henri Godard : Jean Malaquais, une étoile filante de la littérature
Grazia Tamburini : Jacques Decour, le visage oublié de la Résistance
Éric Dussert : De la gomme et de la perte d’adhérence dans les lettres françaises

Seuils poétiques
Trois poètes français traduits par trois poètes italiens. Avec une note sur la poésie d’un poète et traducteur français, sous la direction de Valerio Magrelli
Ce dossier se veut comme un hommage à la littérature française de la part d’un petit groupe de poètes italiens qui se sont particulièrement distingués dans l’exercice de la traduction. Il s’agit d'Antonella Anedda (qui a choisi un texte de René Char dédié à Georges Braque), Franco Buffoni (face aux vers de L’Albatros de Baudelaire) et Maurizio Cucchi (avec sa version d’un poème de Rimbaud, Au Cabaret-vert). Ces choix d’auteurs sont analysés avec attention par Simone Giusti. Le dossier se conclut avec une note de Valerio Magrelli sur la poésie de Bernard Simeone, disparu à Lyon le 13 juillet 2001 à quarante-quatre ans, et considéré comme un des plus importants « passeurs » entre les deux cultures. Valerio Magrelli Présentation
Antonella Anedda : Avec Braque, peut-être, on s’était dit... de Char
Franco Buffoni : L’Albatros de Baudelaire
Maurizio Cucchi : Au Cabaret-vert de Rimbaud
Simone Giusti : Trois poètes traducteurs de poètes
Valerio Magrelli : La poésie de Bernard Simeone

Le point sur Vincenzo De Santis, traduction et pornographie

Documents : Andrea Schellino : Lettres échangées entre Sainte-Beuve et Madame Aupick suivies du « dossier littéraire » sur Baudelaire par Sainte-Beuve
Anna Maria Scaiola, Lettres inédites de Pierre Loti à la princesse Mathilde Bonaparte et au comte Joseph Primoli

Aurélia Cervoni, Un compte rendu des Fleurs du mal dans le Courrier franco-italien du 9 juillet 1857

Relectures
Lionello Sozzi, La fonction de la littérature : culte du Moi et formation de l’opinion

lundi 12 décembre 2016

Les couvertures de notre siècle (21)

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Un récit plein d'esprit, par une femme perplexe.

"Le meilleure moyen d'éradiquer la mère parfaite, c'est de glandouiller. Le terme est important car il n'appelle à aucune espèce de réalisation, il est l'ennemi du mot concilier. Car si faire voeu d'inutilité est déjà courageux dans notre société, pour une mère, c'est la subversion absolue. Le jour où je refuse d'accompagner père et bébé à un déjeuner dominical pour traîner en pyjama toute la journée, je sens que je tiens quelque chose."



Amandine Dhée La Femme brouillon. — La Contre-Allée, 96 pages, 13 €


mercredi 7 décembre 2016

Crevel tout seul

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René Crevel est l’auteur des trente-quatre lettres inédites tout juste publiées par Alexandre Marc. Entre avril 1925 et l'été 1928, elles étaient destinées à Albert Flament (1877-1956), le critique littéraire et confident de Crevel, Caresse Crosby (1891-1970), jeune veuve et éditrice des Black Sun Press, ainsi que Jean Schlumberger (1877-1958), le co-fondateur de la NRF qu’on ne présente plus. Trois interlocuteurs et la même soif de contact, de confidences, de projets sans cesse renouvelés. Trois correspondances nimbées d’angoisse, parfois forte, qui émane de ces demandes incessantes de contact : « écrivez-moi », conclue-t-il ses lettres.
Son appel est si fort qu’il en est déchirant. René Crevel le confesse : « Je n’ai le courage d’aucune solitude. »

Mon cher Albert,
Ma vie ici est un quasi néant. Et c'est parce qu'il n'y plus rien à dire que ce silence entre mes amis et moi descend
Votre René



René Crevel La Sagesse n’est pas difficile. — La Nerthe, 114 pages, 12 €

lundi 14 novembre 2016

Les feux de paille selon Somerset Maugham

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Qui n'aurait pas plongé un jour dans les pages d'un vieux Somerset Maugham (1874-1965) ne se doute pas des moments plaisants qu'on y passe. On voudrait n'en plus sortir. Pour saluer la réédition de plusieurs volumes dans la Petite Vermillon, nous vous proposerons quelques citations égrainées au fil des jours. D'abord, ce Grand Écrivain qui est une sorte de modèle du genre. Maugham s'y montre enclin à une certaine forme d'exotisme bohème mais sait y rester profond et vrai. Et s'il peint des personnages un tantinet turbulents, il nous les présente sous leur jour le plus sympathique. (Son empathie n'allait pas jusqu'à copier les manières des gens "bien").

- Le supplément littéraire du "Times" était splendide. Le vieux aurait été content. Il paraît que la "Quarterly Review" lui consacre un dossier dans son prochain numéro.
- Je n'en continuerai pas moins à trouver ses romans ennuyeux.
Roy sourit avec indulgence.
- Enfin, ça ne te trouble pas d'être seul de ton avis ?
- En aucune façon. Voilà trente-cinq ans que j'écris, et tu n'imagines pas combien j'ai vu d'astres monter dans le ciel de la gloire, puis passer au rang des vieilles lunes. Que sont-ils devenus ? Morts ? Ronds-de-cuir dans quelque bureau ? Dans un asile de fous ? Peut-être, réfugiés dans un village perdu, sont-ils trop heureux de pouvoir prêter leurs livres au docteurs et aux vieilles filles désoeuvrées. Ou peut-être font-ils encore figure de grands hommes dans une petite pension d'Italie ?
- Oh ! il y a des feux de paille, j'en conviens.
- Tu as même fait des conférences sur eux.



William Somerset Maugham Le Grand Écrivain. Traduit par E.-R. Blanchet. - Paris, La Table ronde, "La Petite Vermillon", 256 pages, 8,70 €

mardi 8 novembre 2016

Maraudes, ou l'hybridation naturelle des genres

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Pour suivre notre idée, et reprendre après le billet d'hier notre réflexion sur les assertions d'Ivan Jablonka prétendant sottement donner du "mouvement" aux frontières littéraires, et même "hybrider les genres" (propos d'un apôtre), ce fragment de René-Jean Clot répondant le 15 avril 1953 à une enquête d'Arts sur le "second métier" de l'écrivain...

Il est clair que cette société n'a pas besoin de notre art, il est absolument certain que notre pensée ne peut changer quelque chose à ce monde égoïste, exsangue et sans coeur. les directeurs de banque, les généraux, les prêtres, les boulangers, les agrégés, avec tant d'autres, n'ont pas besoin de notre art... Gagner sa vie avec un second métier, c'est un peu se réchauffer les doigts avant d'attaquer son propre ouvrage... En gagnant sa vie avec des hommes qui ne s'intéressent pas à son art, l'écrivain peut apprendre le secret qui les fait vivre".


C'est exactement ce que fait Sophie Pujas. Dans les rues, elle maraude. On ne sait pas si c'est son deuxième métier. On ne sait d'ailleurs plus si celui de journaliste, son premier métier, en est encore un. Les avis sont partagés. En tout cas, elle trotte à travers Paris - c'est une Parisienne - et elle s'emplit la rétine tout en noircissant son calepin de notations variées. Elle n'est pas sotte, elle est même d'un naturel assez malin : elle sait parfaitement noyer le poisson du réel dans l'eau du bain onirique.
En cas de besoin bien sûr.
Mais il est si rare qu'on y soit vraiment obligé...

Puis l’affiche fut remplacée par une publicité pour du rouge à lèvres. Une petite garce aguicheuse. Une usurpatrice de bas étage.
Depuis, les matins sont sans âme.

Dans son très beau livre de proses courtes, Maraudes, elle confesse ce qu'elle a saisi des êtres qu'elle croise. C'est autrement plus beau que ce que l'on peut lire ici ou là, et ça réconcilie avec l'être humain.
Naturellement, on est tenté d'aller chercher Fargue et Philippe, Marcel Cohen et Jacques Réda, Calet et Yves Martin, Hardellet et Giraud, des doux, pour étayer notre propos. Au fond, on pourrait s'en passer en résumant le propos qui sera compréhensible pour tous : Sophie Pujas est une jeune femme qui aime écrire et se promener le nez au vent à la rencontre de la vie. En vraie curieuse, elle reluque beaucoup : les gens, les murs, les vitrines, les couleurs, les mouvements, les fantômes du passé, mais la simplicité et la bienveillance de ses intentions sont si frappantes qu'il ne viendrait pas à l'idée de lui en faire le reproche. Elle incarne à la perfection l'authentique chroniqueuse dont la devise ressemble toujours à celle-ci :

Plus on croit au hasard, plus il est généreux."

On souhaite donc à tous de tomber un jour sur Maraudes.


Sophie Pujas Maraudes. - Paris, l'Arpenteur, 163 pages, 16 €

mardi 25 octobre 2016

Papier machine

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Le Salon des revues a ceci de passionnant qu'on y découvre dans la profusion ce qu'on peine la plupart du temps à découvrir ailleurs. (Quelques exceptions chez les libraires néanmoins).
Cette année, sur une table particulièrement avenante, celle qui faisait face à une autre table particulièrement avenante (où trônaient Europe, CCP et Le Cahier du Refuge), se trouvaient côte à côte trois revues qui donnent la mesure : L'Ours blanc (nous allons y revenir), La Moitié du fourbi et Papier machine.
Toutes les trois méritent d'être suivies parce qu'elles incarnent une dynamique d'aujourd'hui et font œuvre de proposition constructive. On sait bien que les revues sont lancées pour vivre et mourir, et, naturellement, l'attention se porte toujours sur les dernières lancées. Elles tirent même à elles toute l'attention. Elles paraissent plus fraîches, plus nerveuses aussi, jusqu'à l'égarement parfois, et suscitent autant d'espoirs que de curiosité. Lesquels ne sont pas déçus puisque qu'avec La Moitié du fourbi, L'Ours blanc et Papier machine, on se trouve en compagnie bénéfique et partageuse.
Pour commencer, Papier machine donc, dont le berceau a été posé en Belgique par une bande de bashibouzouks, c'est du moins le nom de l'association éditrice. Sous divers mots d'ordre (c'est bien le cas de le dire), l'équipe très ramassée propose des livraisons thématiques rassemblées sur la base d'appels aux contributions inspirées par un mot.

Qui ne dit mot consent.

C'est le sous-titre de Papier Machine, qui incite dès ses feuilles de garde, et grâce à un collage d'Adèle Jacot, à rester smart, au moins comme David Niven :

seul ou en famille
Toujours Nickel

dit-elle. Et la revue, dont le mot de passe était "Coin" (n° 4) est très nickel en effet.
Son édito, illustré par de très beaux modèles de bashibouzouk (littéralement tête qui échappe à la norme, donc irrégulière), versé dans les affres de l'enjeu de la "Pertinence" du sommaire donne ceci :

Les questions en fleur de la première année avaient, en tombant graine, donné naissance à des nouvelles questions qui parsemaient les collines alentours et attendaient d'être découvertes. Il vint à l'esprit de l'un des bashibouzouk qu'ils pourraient dresser les abeilles afin de pouvoir explorer grâce à elle, chacune des corolles, chacun des calices. Aussitôt dit, aussitôt fait.
Mais au printemps de la troisième année, les questions s'étendaient à perte de vue dans toutes les directions. Les graines de la deuxième année avaient à leur tour engendré les fleurs de la troisième année. Bientôt, les abeilles ne suffisant plus, ils dressèrent chèvres et papillons, mais échouèrent pour à visiter chaque question.
Au matin de la quatrième année, ils n'étaient pas plus avancés. Ils avaient le regard hagard et l'esprit gélatineux. Alors, ils abandonnèrent toute méthode, tirant un trait définitif sur l'exhaustif. De toutes les façons, dit l'un, je n'ai jamais aimé ce mot. D'un autre côté, dit l'autre, il faut bien apprendre à renoncer. Et c'est ainsi que le hasard devint la boussole des bashibouzouk et de la reproduction des plantes à question.


Équilibrée malgré ces dires, et très surprenante il est vrai, riche mais sans excès, graphique mais sans pose, largement ouverte aux nouveaux venus, elle est capable d'offrir de la broderie topographique moderne (Doriane Millet), des chiens qui gagnent leur laisse, des polyglottes et des confusionnistes, de l'économie et de l'architecture, des télépathes ambulants, de la spéléo Box et de la "boucle étrange", des photos (en particulier le cimetière miniature de Louise Devin), des dessins magnifiques, des oreilles d'âne qu'on met au coin, des coings (bien sûr), des chausses-trappes et des créations, jusqu'au petit coin, forcément, et à la niche écologique, qui ressemble plutôt à une cabane sympa, à un bon petit coin douillet pour passer l'automne. Pour dire les choses simplement, c'est "de l'oxygène en grande quantité" (R. Imaggiolo) que répand Papier Machine.
Si la rédaction déterminée de Papier Machine est parvenue à avancer sans se taper dans le "coin", souhaitons lui de pouvoir dès le prochain numéro marcher sur un "Oeuf".


P. S. Page 96, un jeu d'Aïnhoa Jean-Calmettes "sous le radar" qui nous explique que sur Wikipédia, en cliquant sur le premier lien de n'importe quelle page (sauf lien entre parenthèses ou entre guillemets) puis encore et encore, on finit toujours par tomber sur "Philosophie". Nous avons fait le test en partant de "piano" et nous sommes tombés dans une boucle connaissance (philosophie)/science/connaissance (philosophie)/science, etc. Il faut remarquer que la démonstration fonctionne presque puisque le deuxième lien de la page "Connaissance (philosophie)" renvoie vers le premier mot : science et puis vers un deuxième mot : "Philosophie". On y était presque.
On n'en déduira rien à propos de Glenn Gould.


vendredi 14 octobre 2016

Gothique colonial

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Matthew Gregory Lewis (1775-1818) n'est pas l'auteur du seul Moine dont Artaud tira des merveilles. Il est aussi celui de L'Anaconda, une nouvelle parue en 1808 dans les Romantic Tales, traduite une première fois en 1822 par la baronne de Sénevas (Alexandrine Dodun de Keroman) pour le compte de la veuve Renard (l'édition de 1822).
Ce récit rapidement mené raconte comment le serpent vert et jaune sema la panique dans la propriété d'Asie — on est à côté de Colombo — d'un riche planteur anglais. Après l'abus de douves de châteaux obscurs entourés de forêts sombres, de souterrains humides, de monastères sans humanité et de caves surpeuplées d'insectes et de surmulots, ce texte scelle l'irruption du monstre dans le roman gothique.
Et en forêt tropicale, s'il vous plaît. La luxuriance a de la mâchoire.
La critique britannique a bien voulu voir dans ce conte un assaut contre l'impérialisme paternaliste britannique (le patron meurt des conséquences de l'absorption de l'haleine viciée du bestial, mais oui, signe que Lewis n'avait pas fait de longues études en sciences naturelles, et le vieux serviteur un petit peu broyé par le serpent lui survit puisque manifestement il était souple). On peut en discuter longtemps. On ira plutôt voir ce récit pour découvrir un peu plus M. G. Lewis, cet auteur rare, mort jeune et qui reste probablement l'écrivain qui aura été la plus grande victime littéraire de son propre grand succès.
Les éditions Finitude ont choisi d'équiper l'opus d'une tranche noire sur des pages historiées du goût le plus serpentin.
C'est noir comme faire-art de deuil, c'est élégant comme une orchidée noire, c'est piquant comme une haie d'aubépine.



Matthew Gregoy Lewis L'Anaconda. Traduction de Pauline Tardieu-Collinet. — Bordeaux, Finitude, 126 pages, 14,90 €

dimanche 25 septembre 2016

Du beau linge

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Avec les cravates de Lucien Daudet et le Manteau de Proust de Lorenza Foschini, on a d'abord pensé que les Bottines proustiennes de Michel Erman relevaient d'une nouvelle exploration des panards du grand homme. C'était dans la continuité lingère d'ailleurs et notre appareil supérieur, à peine irrigué aux aurores il faut dire, n'en a pas été remué outre mesure.
En fait, on a songé que La Table ronde, très amatrice d'auteuses anglosaxonnes, avait choisi de mettre en évidence ce qui du tissu et du cuir fait l'Homme qui se respecte. Du style, de l'élégance quoi !
Mais ça n'était pas ça.
Trompé par les vieilles habitudes de lecture transversale - le contraire de la lecture insistante de feu Jean Bollack, comme on sait —, nous avions équipé d'un e des bottins qui ne demandaient qu'à ne pas se laisser marcher sur les arpions. Un bottin, ça se respecte (1).
En somme, voici une triplette pour les proustiens avec l'ami, le manteau et les adresses de "La recherche".
Ajoutons ce propos du particulier singulier qui préface la nouvelle de Daudet (L.) : "C'est le fils d'Alphonse, le frère de Léon, l'ami de Marcel, et c'est la première fois depuis des lustres qu'on le réédite - sa toute première nouvelle, pour être précis, charmantissime, entre Balzac et Proust. Avec en goodies, une présentation de l'auteur, sa bibliographie commentée, deux articles de Proust sur ses livres et un de lui, lumineux, sur la Recherche."
Du dandy adoncque.



Lucien Daudet Le Prince des cravates. — La Table ronde, "La petite vermillon" (n° 419), 112 pages, 5,9 €
Lorenza Foschini Le Manteau de Proust. — idem (n° 417), 140 pages, 5,90 €
Michel Erman Bottins proustiens. — idem (n° 418), 239 pages, 7,10 €


(1) Notez qu'une bottine également.



samedi 24 septembre 2016

L'Anti-Encyclopédie du cinéma

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Certes, Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle sont des amuseurs, des ironistes et des satiristes, tout ça à la fois, mais ce sont aussi des observateurs et, foi de Préfet maritime, ils n'ont ni les yeux dans leurs poches, ni la langue dépendue. C'est ce qui fait le sel des bons humoristes : le talent d'observation et de déformation.
On n'en voudra pour preuve de ce que l'on avance cette seule page, illustrée car l'ouvrage est enluminé par Charles Berberian, où est fusillé sur place le cinéma français dont l'allant et la créativité semble souvent s'arrêter à l'avance sur recette.

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La légende ("On aurait juré que les personnages attendaient la fin du film et que plus personne ne se souvenait du scénario") laisse un arrière-goût de déjà ressenti, et nous allons passer sur les pages les plus drôles pour vous en laisser la primeur. Mais vous pouvez imaginer ce que dérouillent les stars de la profession et autres personnages autosuffisants de la profession...
Sont aussi passés en revue le cinéma coréen, burkinabé, américain, etc., les magazines de cinéma, les réalisateurs et les films de débat (un must) et beaucoup d'autres choses encore. On fera grâce au personnel monopolisant les affiches de nos cinémas des commentaires qui les pointent. Une baffe à la fois pour ces apparatichiks.
Et songez à ces décorateurs qui nous plaçaient récemment et sans vergogne des livres de la NRF sous le coude de Zola ! Ah les brutes ! Leur suffisance leur laisse imaginer que le cinéma efface l'anachronisme ?
Bref... C'est le week-end, ne nous échauffons pas : rions.
Avec Vincenot et Prelle, vous verrez sous peu que c'est (presque) sans fin.



Emmanuel Prelle et Emmanuel Vincenot L'Anti-Cyclopédie du cinéma. Illustrations (magistrales comme d'habitude) de Charles Berberian. — Paris, Wombat, coll. "Les Insensés" (n° 29), 142 pages, 14,50 € A paraître le 6 octobre

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