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samedi 13 mars 2010

Paris en songe

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Jacques Fabien n’est pas le plus fameux des utopistes du XIXe siècle, c’est le moins que l’on puisse dire.

Assez peu fréquenté, son Paris en songe, qui avait manqué une réédition en 2001, reparaît le 17 prochain à l’enseigne des éditions Burozoïque qui se sont fait, grâce leur collection “Le Répertoire des îles”, une spécialité des utopies. Entre autres.

Pour ne rien dévoiler de trop de cette utopie socialiste particulièrement intéressante, annonçons que Jacques Fabien était un notaire des beaux quartiers qui prit en grippe le luxe du Second Empire.
Prenant le contrepied des apothéoses urbanistiques d’Haussmann, il rêva d’une capitale rendue aux petites gens.

Il serait probablement fort attristé de constater comment on chasse aujourd’hui de Paris jusqu’aux classes moyennes. Du songe de Fabien au cauchemar contemporain, il y a loin.

Une belle et bonne utopie méconnue à découvrir à un prix singulièrement modique.


Jacques Fabien Paris en songe. Postface de Jean-Pierre Arthur Bernard, avec neuf collages de Julie Jacob et Fred Chance. — Montrouge, Burozoïque, 2010, 104 pages, 8 euros



Rappel, dans la même collection, ce classique des classiques :

Louis-Sébastien Mercier Paris en l’an 2440, rêve s’il en fut jamais. Édition présentée par Michel Lallement et illustrée par Delphine Dupart. - Montrouge, Burozoïque, 336 pages, 17 euros

mercredi 10 mars 2010

Josef Vachal, artiste révélé

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C’est la saison des livres extraordinaire : après Tante chinoise, de Marguerite Bonnevay, cette jeune devancière de la bande dessinée moderne, voici l‘Orbis pictus du tchèque Joseph Váchal, un créateur fort singulier, comme on les aime, écrivain, graveur, éditeur, imprimeur, homme-orchestre pour tout dire.
Après avoir fréquenté les cercles artistiques de son pays, il devint une sorte d’ermite tout entier consacré à son travail. Ses réalisations, maîtrisées de A jusqu’à Z, éditées par ses propres soins, sont d’une extrême rareté, car publiés à très petits nombres. Mais quelles splendeurs ! On comprend très bien l’engouement d’Etienne Cornevin, son traducteur, éditeur et exégète.
Pour lui donner raison, la petite image placée ci-dessus donne une idée de la richesse de l’univers esthétique de Joseph Váchal, artiste singulier si l’on peut dire, répugnant aux conventions et aux effets de réseaux (nous encourageons la lecture de l’appareil critique de l’album, mais aussi celui qui a été placé par les éditions Engoultemps dans son édition du Roman sanglant dudit Váchal il y a trois ans).

Conçu comme un complément moderne au « Monde en images (version anglaise) » du fameux Coménius (1592-1670), pédagogue et auteur du premier syllabaire illustré sous le titre d‘Orbis Sensualium Pictus - , l’Orbis pictus de Josef Váchal est donc enfin disponible en français sous forme d’un album superbe dont l’original n’avait été tiré qu’à 25 exemplaires en 1932.

Ce beau livre, qui attendrira tous les amateurs de gravure, de curiosités et de langue, se compose ainsi : chaque page est illustrée d’un bois gravé sur un thème exprimant le monde moderne, comme Coménius exprimait en son temps le monde plus rural dans lequel il vivait. Cette illustration est à son tour expliquée par un petit texte où Vachal fait preuve à la fois de pédagogie, c’est le but, et d’une ironie et d’un humour parfois très caustique.
Pour tout dire, c’est un régal et nous ne pouvons que conseiller la lecture des pages « le bibliophile », « le comédien », « l’esquimau », « la fabrication des films », « l’hôpital », « le littérateur », « les patrons », « le suicide », « le touriste » ou « le bar ».

Nous vous donnerons prochainement, si vous êtes sages, un exemple de ces compositions madrées, réalisées dans le goût expressionniste pour le plus grand plaisir de nos rétines, avec un soupçon de sarcasme vibrant, pour le plus grand plaisir de nos esprits…
.

Pour aller un plus loin à la découverte de Joseph Váchal, nous recommandons en outre son Roman sanglant, volume à la fois érudit et fictionneux à mort, où après avoir retracé l’histoire de la littérature populaire, Váchal entreprend d’écrire un “pulp” un lui-même - et dans quelle exaltation ! - avec tout le bataclan du crime, de l’horreur et de sang…

Un Grand-Guignol tchèque ou rien !

On ne se fait guère de doute : la redécouverte de Joseph Váchal est aussi importante que celle d’Arno Schmidt et autres personnages poly-symphoniques de cet acabit. N’en ratez rien !



Joseph Váchal Orbis Pictus. - Châteauroux, Céphalophore entêté, 100 pages, 30 euros (port 6,70). 11 exemplaires de tête à 70 euros avec un ex-libris de l’auteur.

Éditions du Céphalophore entêté
84 rue Montaigne
36000 Châteauroux
etienne.cornevinATfree.fr

Et aussi : Joseph Váchal Roman sanglant, étude culturelle et historico-littéraire, traduit du tchèque par Myriam Prongué. Postface de Xavier Galmiche. - Woippy, Engouletemps, 325 pages, 21 euros

Éditions Engouletemps
12 rue du Paquis
57140 Woippy
infoATengouletemps.com

lundi 8 mars 2010

Tante Chinoise à Gonfaron (Var)

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Marguerite Bonnevay avait douze ans lorsqu’elle a établi, en 1894, la chronique en images d’un village du Var, Gonfaron, où elle passait ses vacances avec sa famille. Les éditions La Table Ronde ont édité il y a peu l’album de ses dessins doublé d’un DVD du film qu’en tira David Perlov en 1956, avec un préambule de Jacques Prévert, et le soutien de Jeanne Moreau, Veira da Silva ou Raymond Calder.

De Madeleine, Jacques Prévert avait écrit ceci : “Elle aurait pu s’appeler Fragile, Cocasse, Maladive ou Malice. Mais elle s’appelait tout bonnement Marguerite et n’avait pour toute baguette magique qu’un crayon à changer les gens.” De fait, Marguerite s’éteindra en 1903 à l’âge de vingt et un ans en laissant un cahier exceptionnel. Cahier qui fait d’elle, gardons-nous de l’oublier, un précurseur de la bande dessinée. Avait-elle eu seulement connaissance des œuvres de Christophe ?

Au long des vingt-sept pages de son cahier de dessin, la jeune fille, qui s’ennuyait sans doute un peu, s’était consacrée à l’observation du petit monde de Gonfaron et avait établi des figures du village une caricature follement légère et incisive.
La vie du petit bourg, son armée du Salut, ses cancanières, ses processions, ses couples radins et ses vieilles filles se voyaient portraiturés à la manière caustique sous les noms de “mère Tripotatibus”, “Reniflette”, “Toupinette”, “la reine des culottes” et vivaient de drôles d’aventures à base d’envols en ballons, de courses de cochons, d’accidents, de leçons de natations par le professeur Homard et de mariages.

Un livre délicieux qui rejoint derechef la bibliographie des oeuvres des enfants en démontrant que les petites personnes sont des individus moins candides qu’on veut bien le croire.

On devrait même s’en méfier, tiens, après avoir lu ce livre qui tintinnabule comme un grand chapelet d’éclats de rire%%


Marguerite Bonnevay Tante Chinoise et les autres. Edition établie par Nathalie Jungerman. Film de David Perlov.— Paris, La Table ronde, 80 pages et le DVD du film, 28 €

mercredi 3 mars 2010

L'Œil bleu # 10

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Encore un excellent sommaire pour la revue L’Œil bleu, fameuse publication du “XXe sauvage” dont nous sommes si fiers, ici, sur notre île.

(Nous aurions dû, et mieux que ça, faire l’apologie des trois précédents numéros qui sont restés à notre chevet, truffés de bouts de papier en guise de marque-pages et de coups de crayon en guise de notes… Nous rattraperons cette inacceptable insouciance en reprenant dans un billet commémoratif les sommaires manquants, foi d’animal).

Pour le printemps, L’Œil bleu nous gâte comme rarement : Bernard Marcotte redécouvert ainsi que sa Foire aux Chimères, revue des années 1907-1908 où signa Roger Dévigne, à propos duquel nous vous promettons quelques pages un jour prochain, mais encore André Veidaux, “anarchiste éclectique” et… et… et… une version inédite du “Souvenir d’hôpital” de Verlaine retrouvée par son specialistus magnus, j’ai nommé l’admirable et amical Michael Pakenham



Sommaire

Bernard Marcotte Poèmes
Paul Tuffrau Souvenirs sur Bernard Marcotte
Paul Schneebeli André Veidaux (1868-1927), anarchiste éclectique (1re partie)
id. André Veidaux et la genèse du numéro spécial de La Plume consacré à « L’Anarchisme » (1893)
André Veidaux Prière sociale
id. Anarchisme d’art
Henri Bordillon Marthe, la bohémienne
Michael Pakenham Une version inconnue de « Souvenir d’hôpital » de Verlaine
Bibliographie des revues La Foire aux Chimères (1907-1908)



L’Œil bleu
59, rue de la Chine
75020 Paris

associationoeilbleu@yahoo.fr

12 euros

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