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mercredi 14 février 2018

L'Ours blanc chez les gens de Saxon

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On vous le disait hier : il est de retour et tout à fait en forme.
Dans la livraison 18, qui fait suite à la 17e comme il est logique, Jérémie Gindre nous raconte la Saga des gens de Saxon, récit des riches heures du valais. Y sont mixés de fragments de sagas nordiques avec des morceaux de Pline l'Ancien et des pépites césarines de la Guerre des Gaules. Entre Ramuz, Cingria et plusieurs autres, on songe à certaines pages de Céline Minard, Marie Fréring ou Rayas Richa lorsqu'ils/elles se libérent du carcan de la pure grammaire et tentent de trouver une langue qui serait de toujours.
Échantillon :

Il arriva que les propriétaires des troupeaux vinrent les visiter. il y a vait là Denis Capuchon-de-Peau, Guy de Saxon et Pascal le Fourneau. Ils passèrent l'après-midi sur la terrasse de la bergerie, à jouer aux cartes et à se divertir de toutes les façons. On parla d'un saisonnier africain qui avait fui le Sierra Leone, où il avait subi une grande frayeur, si bien qu'il n'était plus cabale de dormir. (...)


Abonnez-vous, réabonnez-vous : on ne peut décemment se priver de son Ours blanc


L'Ours blanc, 28 pages, 5 €
Direction : Hervé Laurent
Rédaction : Vincent Barras, Alain Berset, Cléa Chopard
Abonnement : info@revue-loursblanc.org
Éditions Héros-Limite : Alain Berset, Gaia Biaggi, Georges Mishuga
Case postale 266
CH – 1211 Genève 8

mardi 13 février 2018

Ours de saison

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Tranquille sur sa banquise, L'Ours blanc s'était accordé une vacance. Il s'est donc absenté quelque temps et puis le voici de retour, plutôt très, très en forme. Disons-le, carrément rechargé à bloc.
Sa livraison 17 (traduisons : #17 pour les technochoses) est consacrée aux échanges de deux personnages nommés Robert Lax & Thomas Merton, figures de la modernité comme on va voir.
Thomas Merton, né en France en 1915, vivant aux Etats-Unis et mort à Bangkok, était un moine cistercien à tendance sociale, quoique trappeur, pardon : trappiste (son home ressemblait plus à un bungalow sympa à la campagne qu'à une trappe d'autrefois) — ET poète, écrivain, etc. Robert Lax, quant à lui, était un artiste américain né en 1915 (pareil) vivant en Grèce — il n'a pas le droit à sa fiche wikipédia, c'est dire que son oeuvre doit valoir le coup d'oeil.
Leur correspondance aura de toute manière la primeur pour l'instant. Le peu qui est traduit dans cette livraison a de quoi renvoyer André Breton à ses joujoux infantiles.
Nous ignorons si Thoms et Robert prenaient des substances ou bien s'ils communiquaient par code. On dirait. Ce fragment d'échange, traduit par Vincent Barras s'intitule zovie, zovie, bam, alléluia et contient des lettres postées entre le 16 octobre 1965 et le 4 mars 1966. Lettres qui prouvent qu'on savait se détendre et réfléchir dans les années 1960. C'est autre chose que les pensers de Descentes, Noix ou Mangot.
Echantillon :

Chers Russ et Bill,
Eh bien tu te demandes probablement pourquoi je n'ai pas écrit pendant si longtemps depuis le camp. Je vais te le dire. Le camp a été en feu pendant des mois. Tout à a commencé avec la fabrique de papier tue-mouche dont j'étais le chef en charge du papier tue-mouches trappiste, une organisation communiste de façade qui compte plusieurs millions. Je te parlerai des millions une autre fois. Le feu a commencé dans la section "impératifs" (...). (Merton).

Bien Cher Smedley,
c'est bon d'être un ermite. Je suis aussi un ermite. c'est mieux toujours l'être. c'était james guttman qui me disait de ne pas l'être, maintenant que je regarde en arrière. tu dois toujours être un ermite.
et colle aux impératives. pas de jack, pas d'impératif. voler jack aux impératifs. je viens de lire un livre sur l'impératif hypothétique. l'hypothétique c'est quand le patient pense qu'il a peut-epêtre un impératif. pas de jack, pas d'impératif. il aurait dû savoir mieux. il aurait dû.
j fictions l'étidrape du journal de béla lugosi n'a pas d'impératifs. il est tout entier gants médicaux. (...) (Lax).



Quand on vous dit que L'Ours blanc est LA revue indispensable aux amateurs de littérature.


L'Ours blanc, 32 pages, 5 €
Éditions Héros-Limite
Alain Berset, Gaia Biaggi, Georges Mishuga Case postale 266
CH – 1211 Genève 8

jeudi 1 février 2018

L'agenda de Gérard Nerval

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Les éditions du Lérot tournent à plein régime. En attendant de vous parler de leur Méténier tout neuf, voici un Nerval nouveau qui mérite d'entrer dans les bibliothèques d'amateurs : grâce aux travaux des historiens littéraires, voici l'agenda réuni du sieur Nerval, recomposé par Michel Brix.
Jour par jour, heure par heure, lorsque c'était possible, la vie de Gérard de Nerval où sont entrés, à l'occasion des faits d'histoire générale. C'est passionnant comme une biographie et ça a le mérite d'évacuer les analyses personnelles et les interprétations.
Michel Brix rappelle ce qu'écrivait en 1987 Raymond Poggenburg à propos de son agenda Baudelaire : « Chez Baudelaire, pour que l’Albatros plane en haut, il faut bien que le Chiffonnier fouille en bas ».

J’ai retenu l’image qui est plaisante. écrit Michel Brix. Il m’a été agréable, au reste, de remplir cet humble rôle de Chiffonnier, au bénéfice d’un écrivain qui fait maintenant partie de ma vie depuis quarante ans.

Un bel hommage.
Du fait, du vrai, du nervalien.


Michel Brix Chronologie de la vie et des œuvres de Gérard de Nerval. Avec l'index des noms de personnes, des œuvres et projets d’œuvres de Nerval. Tusson, Du Lérot, 480 pages, 50 euros


mardi 19 décembre 2017

Livres d'artistes au siècle dernier

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Tandis que circule sous le manteau la correspondance Guy Debord-Gil Joseph Wolman, très intéressante et annotée avec soin dans le cadre d'une entreprise d'"édition privée hors commerce" un peu anonyme, paraît un double catalogue de la librairie Jean-Yves Lacroix gorgée d'écrits et d'images du XXe siècle, dont un Basile Sainte-Croix dédicacé à Max jacob, d'une part et de cent cinquante livres d'artistes et de multiples d'autre part.
Jean-Michel Alberola (dont une vie de Debord, 2005, constituée de détournements de la Vie de Rancé d'un certain Chateaubriand), Jean-Louis Brau, Dotremont, Duchamp, Dufrêne, Hains, Klein, Aleksei Kruchenykh ou Gil Joseph Wolman, un panorama plutôt riche.


51 rue du Montparnasse
75014 Paris
la.palourde@wanadoo.fr

mercredi 8 novembre 2017

Maison vide sans Picasso

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Sans Picasso, Dora Maar a dû faire avec. Si l'on peut dire. Leur relation (fameuse) avait débuté en 1936. Après avoir été la maîtresse de Georges Bataille, Henriette Theodora Markovitch, dite Dora Maar, fut présentée au peintre par Paul Eluard aux Deux Magots. Leur relation prit fin en 1943. La photographe, fragile et de tempérament torturé, eut dû mal à s'en remettre, suscitant l'inquiétude de ses amis, lorsque se fit ressentir le besoin d'internement. Une analyse prit le pas sur la psychiatrie et Picasso, mal à l'aise sans doute, offrit en guise de cadeau de rupture à celle qui fut sa muse durant sept ans, une belle maison sise à Ménerbes. La photographe s'y installa dans une existence "pétrifiée", peignant, écrivant à quelques amis, côtoyant les jeunes Anne et Jérôme de Staël, résidant de Ménerbes eux-mêmes, dans le souvenir des visites de Braque, des Eluard, Man Ray, Crevel, Penrose, Lee Miller et de la smala surréaliste...

Plages sauvages et non surveillées, éclats de rire couverts par le grondement des rouleaux, ombres dures de juillet, peaux burinées et désirables, chapeaux de paille couvrant l'impudeur des corps, visages épanouis sous des voies lactées. De baignades en vernissages, d'apéritifs en parties de pétanque, de canisses fêlées en mauresques glacées. Et puis Kaazbek, le lévrier afghan, toujours dans l'ombre de leurs pas à quémander des zakouskis. Sept, huit années d'une fête foisonnante. La présence d'une famille de coeur, une farandole intemporelle de cadavres colorés.

Dora Maar disparut en juillet 1997 et la maison fut réhabilitée, non sans que Jérôme de Staël prenne la marque de ce lieu éteint, témoin d'une existence autrefois vive. Ses photographies mettent l'accent sur l'abandon des lieux, la déshérence du bâti, l'irrémédiable mélancolie qui émane de la demeure de cette princesse à la pierre dormante du Luberon.
Demeure sans Picasso, et désormais sans Dora Maar.
Le texte de Stéphan Lévy-Kuentz et le témoignage d'Anne de Staël la convoquent cependant très nettement. Selon deux modalités bien différentes. Le premier use de l'évocation poétique, magique un peu, et celle qui fut l'enfant du voisinage livre un portrait vécu et touchant. La muse enfuie est là à nouveau.



Stéphan Lévy-Kuentz Sans Picasso. Photographies de Jérôme de Staël. Postface d'Anne de Staël. - Paris, Manucius, 84 pages, 15 €


mardi 7 novembre 2017

Les mains vides

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Pour honnir les cyniques qui confondent à dessein chômage et farniente, retrouvons le roman de Maria Borrély (1890-1963) qui les informerait sur la mansuétude (puisqu'attendrir on ne pourra point) : Les Mains vides, l'un de ses derniers livres, daté de 1932, réédité en 1989 par son fils Pierre et réimprimé à plusieurs reprises depuis par La Part commune et tout dernièrement par la coopérative Parole - qui publie également les œuvres complètes de Maria Borrély, il faut le préciser, et on y reviendra.

On était quatre grands amis enchaînés par le sort...

Sur un tempo semblable à celui de Delteil et dans des phrases cousues comme l'aurait fait un Giono, un livre touchant, brutal et beau, habité par tous les vents de Provence, cheminant par toutes ses routes, le long desquelles les chômeurs égrenaient leurs misérables existences avant de finir sur les bancs de Marseille.

Sa figure est enflammée par la faim. Dans ses oreilles, des cloches bourdonnent, la tête lui tourne et presque, il commence à voir les étoiles du ciel en plein jour.

Sur les traces de La Faim (Hamsun) et de Ceux du trimard (Marc Stéphane), juste avant La Gueule (Seignolle), un très beau livre à ranger près de ceux des meilleurs plumes de l'entre-deux-guerres.


Maria Borrély Les Mains vides. - Parole, 2017, 99 p., 11 €




Illustration du billet : Les trimardeurs, par Steinlen (1913).

lundi 6 novembre 2017

Les apporteurs de neuf (1884)

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Bruno Fuligni s’est occupé de ressusciter le Journal des assassins de Jules Jouy (dit « le poète-chourineur » parce qu’il avait débuté comme garçon-boucher), journaliste et écrivain dont la chanson « Derrière l’omnibus » connut un grand succès et qui finit chez les fous à Charenton. Membre du Chat noir, des Hydropathes et autres manifestations fumistes, il était un poète animé d'une verve révoltée et gouailleuse, un farceur, qui lança son journal sardonique typique de la « petite presse » en usant du vecteur de l’humour noir au moment où le culte de la guillotine battait son plein. L'espérance de vie n'était que de cinquante ans à l'époque...
Comme autrefois les canards sanglants faisaient monter l’effroi, il en jouissait, multipliant les plaisanteries carabinées et les astuces à base d’assassinat pour amuser les lecteurs des grands boulevards. L’aventure dura le temps de publier dix livraisons, du 30 mars au 1er juin 1884. On y trouvera à relire un étonnant manifeste littéraire qui prouve que la modernité ne craint pas la légèreté. Songeons à Alphonse Allais...

Les Trois juges de Plougonvlin, ou la Fille O. Bertin Chérie (Seul bien de ma vie.)
Notre préface
A notre compatriote Edmond de Goncourt :

Voici le roman que nous annoncions, il y a dix ans à peine, dans un ouvrage qui n'a jamais paru et auquel nous n'avons jamais travaillé.
C'est tout simplement une monographie de cocotte, observée dans le milieu des misères et des élégances de la Richesse, du Pouvoir, de la suprême bonne compagnie, une étude de jeune fille de concierge officielle sous le quatrième empire.
Certes, nous ne nous le dissimulons pas, pour le LIVRE que nous rêvons depuis un dixième de siècle, il eût été peut-être préférable d'avoir pour modèle une jeune fille de la rue des Martyrs, dont l'affinement et les sélections de race, les traditions de métier, les aristocratiques relations, l'air ambiant même du quartier qu'elle habite, auraient doté notre roman d'un type à la distinction plus profondément ancrée dans les veines, à la distinction perfectionnée par... plusieurs générations !
Mais voilà... notre roman « la fille O. Berlin, chérie, seul bien de ma vie ! » a été pondu avec les recherches qu'on met à la composition d'un « livre d'histoire » et nous croyons pouvoir avancer qu'il est peu de livres sur la femme, sur l'intime féminité de son être depuis son enfance jusqu'à son extrême vieillesse, peu de livres fabriqués avec autant de confessions féminines.
Quand on a,comme nous, cent soixante-quatorze ans et six mois (à nous deux), ce sont de bonnes fortunes littéraires très rares.
Donc, nous nous sommes appliqués à rendre « le joli et le distingué » de notre sujet. Point de réalisme ! ce que nous avons cherché, c'est de la « réalité élégante ».
Toutefois, nous n'avons pu nous résoudre à faire de notre héroïne une créature « insexuelle ». Ça c'est le chic d'hier et d'aujourd'hui. — Notre chic à nous c'est le chic de demain.
On nous reprochera peut-être le manque de péripéties, d'intrigues. Ah ! chers lecteurs, s'il nous était donné de rajeunir seulement de cinquante-quatre ans (à nous deux), nous voudrions écrire des romans dénués de toutes ces complications inutiles : plus d'annonces, plus de suicides, plus déjuges, plus de tribunaux, plus d'accouchements clandestins ou non. plus de notaires, plus de mariages, plus d'adultères, plus de rendez-vous, plus de clairs de lune, plus d'intérêt, plus de style, plus d'imagination, plus d'auteurs,'plus d'éditeurs; plus de papier, plus d'imprimeurs et plus de public !
Et surtout — retenez ceci — plus de mort au dénouement.
C'est trop gai pour les générations futures.
Nous rejetterions cet expédient de nos livres, comme « un moyen théâtral d'un emploi méprisable. »
Et pourquoi ?
Parce que la machination livresque a été épuisée par Soulié, par Sue, par J. Jouy et Gaston Picourd, grands imaginateurs !
Il faut trouver (et nous avons trouvé) une nouvelle dénomination, une autre dénomination que celle de roman : Nihil, tel sera désormais le litre générique de nos immenses travaux.
Le public !... quoi de plus bête et de plus insignifiant ? Trois ou quatre femmes, pas plus, tous les trente ans, lui retournent ses catéchismes du beau !... Mais les apporteurs de neuf ! parlez-moi de ça.
Nous sommes dés apporteurs de neuf ! Nous n'avons rien de commun avec les marchands du Temple.
A ce propos, disons que la presse, ces temps derniers - c'est-à-dire depuis un siècle — s'est élevée contre l'effort d'écrire, c'est-à-dire contre les contorsions auxquelles se livrent sur leurs fauteuils les écrivains de race en dictant une lettre à leurs commettants. Voudrait-on nous faire descendre à parler le langage omnibus des faits divers ?
Alors oùsque serait le progrès ?
Non, par notre glorieuse mémoire, nous le jurons sur nos propres cendres (l), nous sommes résolus à employer le langage tramway, le langage wagon, le langage ballon dirigeable, mais jamais le vulgaire patois omnibus.
Rien ne nous indigne comme l'audition de ces phrases ineptes : Suer à grosses gouttes, tourner la cervelle, avoir l'air consterné, etc.
N'est-il pas beaucoup plus logique et plus « élégant » d'écrire : Transpirer comme un boeuf, mettre les méninges à l'envers, avoir l'air tout baba, etc. ?
Répétons-le, le jour où la hernie morale n'existera plus chez le lettré, nous sommes ratiboisés.
Voyez Balzac. L'infortuné n'avait pas un style personnel, c'est ce qui explique son obscénité.
Qu'on nous pardonne d'être un peu longs. Ceci est la préface de notre premier livre, c'est une sorte de baptême littéraire.
Depuis cent ans (à nous deux), nous luttons, nous peinons, nous geignons, nous combattons, roués de coups par tout le monde, nous sommes fatigués, nous en avons assez, et voilà pourquoi, au lieu de laisser la place aux autres, nous publions cet ouvrage.
Il y a aussi un autre petit motif, c'est que, dans celte préface-baptême, nous voulons annoncer notre journal de la vie à deux, oeuvre qui, d'ailleurs, ne doit paraître que soixante-quinze ans (à deux) après la mort de l'éditeur et de sa femme, qui se chargera de sa publication.
Ce Journal est celui de deux pensées jumelles (à verres convexes) et peut être considéré comme l'expansion d'un seul moi et d'un seul je.
Vous en jugerez, d'ailleurs, dans une centaine d'années (à deux), si l'éditeur en question n'a pas la vie trop dure (2).
Maintenant, toi
Fille O. Bertin, chérie,
Seul bien de ma vie,
pauvre premier volume, va t'exposer aux mépris dus à la jeunesse extrême de tes auteurs.
Nous avons une confiance à la Stendhal dans le siècle qui va venir.
On nous nuira tant que l'on voudra, ça n'empêchera jamais que nous ayons failli écrire un roman pour la Revue des deux Mondes ; ça n'empêchera jamais que nous ayons inventé les bocaux où sont renfermés les chinois, plagiés après coup par les frères de Goncourt.
Quand on a fait cela, il est vraiment difficile de faire autre chose et de n'être pas quelqu'un d'amusant !... On en jugera.


(1) Nous sommes partisans de la crémation anticipée.
(2) Sa femme seule est inquiétante.




Jules Jouy et alii Le Journal des Assassins. Organe officiel des chourineurs et des voleurs, présenté par Bruno Fuligni. — Paris, Place des victoires, 160 pages, 25 €

jeudi 19 octobre 2017

Aristonomia

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Boris Akounine est décidément habile lorsqu'il s'agit de surprendre. Son nouveau roman traduit, Aristonomia, premier volet d'une trilogie, donne d'emblée des signes de singularité forte. Avant d'en dévoiler plus, on en donne pour indice ce passage issu d'un préambule où l'auteur dévoile les enjeux d'une littérature qui compte.
Certains pourraient en prendre de la graine, non ?



Les livres qui méritent d'être lus ont ceci en commun que l'auteur les a écrits pour lui-même. Peu importe que l'oeuvre s'adresse à un certain public ou à l'humanité en général, un "vrai" livre se reconnaît toujours à son absence de prétention. A sa candeur, si vous préférez. L'écrivain ne craint pas de passer pour un naïf, il ne cherche pas à paraître plus intelligent ou plus instruit qu'il ne l'est, il ne feint pas d'être affecté par ce qui l'indiffère, il ne fait rien pour plaire. Il a d'autres chats à fouetter. Une question le tourment, et sa quête de réponse est sa façon de se soigner. Quand on veut guérir, on ne gaspille pas ses forces à des riens.



Nous reviendrons bientôt sur ce roman et sur la notion d'"aristonomia" qu'y déploie Akounine.


Boris Akounine Aristonomia. Traduction Yves Gauthier.. - Paris, Louison, 2017, 664 pages, 27 €

mardi 8 août 2017

Un moustique héroïque

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《Quel vaste cimetière je suis ! 》



Durant la quête suicidaire d'un moustique, tout un monde de petite bête, d'étrangetés humaines et de soûlographies narcotiques...
Un roman qui ose déroger à la bienséance linéaire et au confort du lecteur. Voilà qui tient à distance les fictions formatées façon séries et les bioficts qui dévalent les pentes désquamées de la sainte Rentrée.
Pour les amateurs de Macedonio Fernandez, Carlo Emilio Gadda, Roberto Arlt et André Biely.

Erlom Akhvlediani, Un moustique dans la ville. Traduit du géorgien par Isabelle Ribadeau Dumas et Rusudan Turnava, le Serpent à plumes, parution le 7 septembre 2017, 174 pages, 17 €


dimanche 7 mai 2017

Quinzinzinzili pour tous !

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Longtemps au catalogue de la collection L'Alambic, le grand roman de Régis Messac, Quinzinzinzili, vient de trouver place dans la collection "La Petite Vermillon" des éditions La Table Ronde.
C'est la preuve de son succès auprès des lecteurs. Et c'est la preuve de l'absence de routine au sein des éditions de L'Arbre vengeur qui, ne pouvant se résoudre à réimprimer sans cesse les mêmes ouvrage, poursuivent leur conquête littéraire.
Régis Messac, que l'on a souvent évoqué ici depuis 2006, se mesure à l'aune de ce roman d'après le cataclysme et à celle de son essai novateur sur les Détective Novels qui prenait date dès les années 1930 sur un sujet dont l'explosion interviendra à partir des années post-1945 seulement.
Dans Quinzinzinzili, roman de 1935, un instituteur fait visiter une grotte à ses élèves lorsqu'un cataclysme éradique l'humanité en surface. Au sortir de la grotte, la vie continue pour cette petite troupe qui réinvente des règles en se souvenant partiellement et imparfaitement des enseignements de leurs parents.
Les néologismes fusent.
Les habitus reviennent au galop...
Publié dix-neuf ans avant Sa majesté des mouches de l'Anglais William Golding (1954), Quinzinzinzili est un roman-clé de la littérature française du siècle dernier.
Si vous ne l'avez pas encore lu, il vous reste à le découvrir.
Autant vous dire qu'on envie cette chance.



Régis Messac Quinzinzinzili. Préface du Préfet maritime. — La Table ronde, 2017, "la Petite Vermillon" (n° 438), 208 pages, 7,1 €

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