L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

De l’air ailleurs

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 22 janvier 2010

En feuilleton sur FesseBouc (pots neufs, bonnes veilles soupes)

Bouc.jpg Image empruntée, apparemment, à Monsieur Toussaint Louverture, que nous remercions.



C’est indéniable, l’internaute est un être plus autonome que le consommateur de produits télévisuels ou que le coureur de soldes (susceptible d’acquérir dans l’extase des slips à quarante euros en beuglant “Pas cher !”).

Une fois qu’il a payé son matériel et trouvé le moyen d’établir une connexion avec la Foire aux LOL l’internaute agit, fût-ce virtuellement, sur son environnement, fût-il plat et rétro-éclairé.

Ne lui confiez jamais une application, il la détourne, la met à sa pogne.

Ainsi de FesseBouc, réseau “social” (berk) destiné à la drague d’un nolife (et geek !) amerloque, muté en outil d’autopromotion et de bavardage débridé mais aussi… en nouveau dispositif de “petite presse” façon XIXe siècle !

La preuve ?

La preuve, c’est le lancement le 15 janvier dernier de Kill that marquise !, un “feuilleton noir et foutraque à livraison quotidienne”, sur ces mots :

La marquise, chronologiquement sortie la veille à dix-sept heures, devenue veuve, défoncée aux tranquillisants, réveillée seule dans un appartement dénué de bonniche, confrontée non sans angoisse à un projet de petit déjeuner à réaliser sans aide aucune, et enfin confrontée au discours abracadabrantesque d’un privé amateur de Suze matinale, ne trouva pas la force de réclamer de plus amples informations au sujet de ce mystérieux collectif Burma qui, sans cesse, était revenu dans la bouche d’Alfonsi.



Second fragment pour goûter :

Exit la marquise sortie la veille à dix-sept heures, parce qu’évanouie le lendemain matin quand lui apparut le visage de Vanessa. En stand by Emma Saint-Nazaire, veuve de la Bôle. Trop d’émotions : la bonniche strangulée, et ça le jour même où son marquis de mari se fait raccourcir dans des circonstances on ne peut plus étranges. Sans compter cette bague aux armoiries du marquis retrouvée en possession de la Vanessa sans qu’on sache pourquoi. Et puis le ventre vide ! N’avait rien dans l’estomac depuis combien d’heures la pauvre Emma ? Elle serait morte, on pourrait vous le dire. Une autopsie et hop ! tout s’éclaire : jambon beurre ou rillettes cornichons, réserve du patron ou grand millésime… Tandis que là, seulement évanouie, on ne peut que conjecturer. Ou, aussi sagace qu’Alfonsi, nous enquérir auprès de Yann-Erwann de l’emploi du temps de la marquise la veille au soir. Et accessoirement de son régime alimentaire. Il suffit de suivre le privé à l’imperméable crasseux. Et, de fait, nous accorder la double magie de l’ubiquité et du flash back. Après tout, pourquoi lésiner ? Il n’y a qu’à d’entrer dans le bistrot où il vient de pénétrer. Pas aussitôt, non. Laissons passer un peu de temps. Qu’il ne se doute de rien. Le temps de noter discrètement sur le carnet qui ne quitte notre poche le nom du bistrot : bar de l’Univers. Ensuite, l’air dégagé, s’avancer droit vers le zinc. Se placer à distance raisonnable du privé afin de pouvoir entendre ses propos s’il en tient. Remarquer qu’à cette heure (dix-heures vingt trois à la pendule qui orne un des murs), Alfonsi carbure à la pression. Longue gorgée sans prendre le temps, semble-t-il, d’analyser quoi que ce soit quant aux impressions déclenchées par celle-ci. D’un revers de main, essuie la mousse déposée au-dessus de sa lèvre supérieure. Plonge la main droite dans la poche intérieure de son imper. En ressort une photo. Dix heures vingt-cinq à la pendule offerte par un maître brasseur. « Dites, vous connaissez ce gars-là ? » Le privé regardait par en dessous le patron qui, un à un, essuyait ses verres, jetant un œil impassible au cliché. « Yann-Erwann, oui, il vient ici de temps en temps. Plutôt le soir, pour l’apéro. » « Vous l’avez vu récemment ? » « Oh ! je dirais que ça fait bien une bonne quinzaine qu’on l’a pas vu. D’ailleurs, on en parlait, l’autre jour, avec ma femme. Il aurait déménagé, il nous l’aurait dit quand même. Pas le genre à se barrer sans payer son coup aux copains ! » Dix heures vingt-sept. Demi cul sec. Monnaie au comptoir. Vous n’aurez pas le temps de terminer le café trop chaud que vous aviez commandé.

mardi 22 septembre 2009

Fan des Seventies

voutsch.jpg


Signalé par Guy Darol, le Tréponème Bleu Pâle se lance dans l’histoire de la presse underground !
Des imprimés pas courants à admirer, comme ce Vroutsch au graphisme étonnant.

dimanche 26 juillet 2009

Joseph Quesnel (1897-1931)





On ira voir sur le site des amis de Remy de Gourmont les pages qui concernent Joseph Quesnel car cet illustrateur, poète et prosateur n'est pas le dernier des personnages intéressants de Coutances.
Il est mort très jeune, à peine plus âgé qu'Henri Gaudier-Breszka. On retient aisément, à son sujet, la marque qu'il se choisit, Le pou qui grimpe, pour estampiller ses impressions. Un souvenir des tranchées, probablement ?
Editeur du Chien de pique (1927-1931) et de l'Almanach du Pou qui grimpe (1920-1921) dont René-Louis Doyon assura la diffusion des quatre premières livraisons dans sa librairie La Connaissance, il fut un proche des Gourmont (frères).
Son Livre du Pou (ill. ci-dessous) mérite hautement qu'on se le procure en s'adressant à Tourisme et culture en pays de Coutances (02.33.19.08.10 ; tourisme-coutances@wanadoo.fr ). (A suivre)

mercredi 3 juin 2009

La mort la Littérature (début XXIe siècle)

Tombeau.jpg Tombeau du roi Sakalava Babay



L’ambiance est si délétère, le sentiment de frustration si général que l’on voit fleurir partout des réflexions sur la mort de l’art, de la littérature, de la créativité - on ne prononce surtout plus le mot “décadence”, ça fait réac. Nous profitons de la mise en ligne de la 5e livraison d’LHT, revue universitaire en ligne, consacrée à la fin de la littérature pour en remettre une louche.
L’ensemble de la livraison est particulièrement intéressant. Depuis les trois textes historiques de Jacques Rivière (“La crise du concept de littérature”, 1924), Raymond Dumay (“Mort de la littérature”, 1950) et Jacques Etienne Ehrmann (“La mort de la littérature”, 1971) jusqu’à l’entretien avec Dominique Viart.

Sommaire
Alexandre Gefen : Ma fin est mon commencement : les discours critiques sur la fin de la littérature
Guillaume Artous-Bouvet : Versions d’un tombeau
Olivier Bessard-Banquy : Du déclin des lettres aujourd’hui
Stéphane Chaudier et Julian Négrel : Le Stabat Mater de Régis Jauffret : quel tombeau pour quelle littérature ?
Alexandru Matei : La perplexité devant la littérature
Mathilde Morantin : « Usages du roman pour une littérature usagée » : l’instrumentalisation du roman au service de la fin de la Littérature
Timothée Picard : La mélomanie porte-t-elle les écrivains à la « déclinologie » (et vice-versa) ?
Kôjin Karatani La fin de la littérature moderne
Dominique Viart Résistances de la Littérature contemporaine (entretien)
Enrique Vila-Matas : Les Dés des os des morts (fragments)

Notons encore ce fragment d’une synthèse assez juste d’Olivier Bessard-Banquy :

“il entre souvent, dans le discours des déclinologues, des arrière-pensées stratégiques (mieux vaut dénigrer ce qui existe si l’on veut valoriser sans le dire sa propre production). On peut surtout noter que cette vision noire de l’écrit s’explique par un amour pulsionnel de la littérature et une souffrance bien compréhensible devant le peu de cas que le monde contemporain en fait. Dans le discours alarmiste des prophètes du malheur, il faut voir en creux l’extraordinaire puissance des lettres pour ceux qui s’en nourrissent comme la difficulté de vivre dans une démocratie qui n’est pas plus active pour convaincre le plus grand nombre de la richesse ou de la splendeur des grands textes. Le discours sur le déclin des lettres est donc un discours sur le sens de la littérature dans la démocratie contemporaine. Aucun de ces sombres analystes ne part de l’idée que la démocratie en soi mène à l’extinction des humanités. Mais tous constatent dans les faits que la marchandisation de la culture débouche sur une quête délétère du marché de masse à l’évidence incompatible avec les visées élitistes de la littérature de création. Tous se rejoignent pour reconnaître à la littérature le pouvoir qui est le sien, permettre à celui qui s’en nourrit de se construire sa vision du monde, de s’humaniser en se plongeant dans des récits qui permettent de mieux saisir comment sont, comment pensent et comment vivent les autres. Mais tous constatent aussi que ce souci de s’humaniser, de s’approfondir, a été liquidé avec le culte de la performance de la société libérale. C’est finalement au cœur de ce triste constat que l’on doit voir une lueur d’espoir : puisque la littérature est la meilleure voie d’accès à un humanisme véritable, il ne fait pas de doute que tous les désenchantés du monde moderne et de la société marchande y verront longtemps le seul refuge possible pour lutter contre les sordides appels à consommer plus et penser moins en attendant la mort”


Voilà pourquoi nous nous permettons d’ajouter cette question, en attendant la camarde : Enrique Vila-Matas, malgré son aura de co-néo-Borges (partagée avec Alberto Manguel), n’est-il pas justement celui qui illustre le mieux la lassitude ? Que peut donc nous dire sa lente, ennuyeuse quoique roborative digestion de toute fiction ?
Alberto Manguel ou Vila-Matas et leurs séides (des exemples ?) n’incarnent-ils pas le paradoxe céciteux d’une époque de hauts cris néanmoins vouée aux Maxime Chattam, aux Fred Vargas, aux Marc Lévy ? Ils sont les plus vertueux, les plus cultivés, les plus livresques des écrivains du moment, les plus doués peut-être ou pas, mais ils semblent n’avoir qu’un rôle, ces vertueux : justifier le reste du bazar.

Petite piste en forme de note additionnelle
Le journal de l’interprofession des professionnels de la profession signale ceci : aux Etats-Unis (puisque tout ce qui prime doit être validé par l’expérience américaine), un mouvement se décèle qui prend de l’ampleur en France également depuis plusieurs années (sans que le journal susdit n’en parle bien fort) : l’autoédition. Le vilain mot… En 2008, l’autoédition américaine a produit plus que les maisons d’édition installées…
Ainsi, voici rassérénés les esprits exotiques éclairés (EEE), c’est-à-dire les esthètes à fort niveau d’indépendance - on regarde du côté des primates à paluches, par exemple - qui étaient déjà bien convaincus que la médiation des réseaux éditoriaux commerciaux ne sont plus une garantie, ni de qualité, ni d’intérêt, ni de pérennité. En somme, ce mouvement reposant sur l’autodétermination et sur un rejet net du toutégaletoutisme régnant, ainsi que des diktats d’une critique paumée, veule ou compromise avec la communication télochique et ses nervis (un exemple ?) va modifier la donne.
Alors, évidemment, pour faire le tri dans le monceau d’ouvrages joyeusement issus de zones de production incontrôlées, il faut et il faudra de l’audace, du nez, du savoir, de la sensibilité : où le Lautréamont du jour ? où le talent ?
C’est précisément là qu’on commence à rigoler.
Or le rire est le propre des vivants.
CQFD.

mercredi 20 mai 2009

Nicole Caligaris

placedumort.jpg


Nous n’avons pas parlé de Nicole Caligaris aussi souvent que nous l’aurions souhaité. Une curieuse “Place du mort” nous en offre l’occasion.
Cliquez, vous y êtes.

vendredi 20 mars 2009

Du Lérot s'affiche sur la toile

vrac.jpg



Les éditions Du Lérot oeuvrent depuis 1982 en Charente, à Tusson, soit non loin de Bassac et autres lieux voués à l’encre d’imprimerie depuis plusieurs décennies. Leur site internet a ouvert récemment et c’est avec un grand plaisir autant qu’avec le sentiment des transmissions utiles que nous vous confions leur adresse.
Allez donc voir le catalogue de la maison : il fait peu de doutes que vous en développerez des appétits puissants. S’il faut attiser plus encore votre intérêt, voici quelques noms et quelques publications qui vont titiller les neurones de votre curiosité : nous nous arrêterions évidemment sur les noms d’Henri Simon Faure, très grand poète contemporain, de Maurice Ciantar, si nous disposions de plus de temps, et nous ajoutons ceux de Jules Vallès, André Léo, André Druelle, Henri Béraud, Zo d’Axa et des contemporains méritants tels que Eric Seebold ou Laurent Grisel.
Ne négligeons pas les revues Histoires littéraires ou l’Année Céline et le merveilleux Lérot rêveur, publication parmi les plus intempestives et achroniques du temps. C’est Jean-Paul Louis qui en est le pilote, et il sait décoiffer - se souvient-on de ses vacances au bord de la mer ? Allez donc voir Etudes de bigorneaux, ça paie.



Du Lérot éditeur
16140 Tusson



P. S. Jean-Paul Louis proposera sous peu, chez Gallimard, l’édition de la correspondance L.-F. Céline-Albert Paraz. On en espère mille joies, et autant de savoirs.

samedi 14 mars 2009

Nouvelles du front

peterweissweiss.gif



De très bonnes nouvelles sur le front de la littérature étrangère ce jour avec la création des éditions Le Bruit du temps, par Antoine Jaccottet, le fils du poète, et des éditions Perturbations, par Séverine Weiss, jeune éditrice et traductrice dont nous avons déjà parlé ici — elle dirige également la collection “Chaos” des éditions Isabelle Sauvage (nous en reparlerons le mois prochain).
De quoi remplir son panier de nouvelles traductions de Peter Weiss (L’Ombre du corps du cocher) — les éditions Perturbations s’intéressent aux expérimentateurs — ou de Robert Browning (L’Anneau et le livre) et d’Ossip Mandelstam (Le Timbre égyptien) — le Bruit du temps laboure les champs en jachère de grands auteurs.
Des débuts qui promettent.
Chapeau à nos deux bibliopoles.
Nous vous incitons à les acheter auprès des éditions Pertubations (contact@perturbations.net) ou en librairie pour leur donner un puissant coup de pouce.

mandelstam0.jpgbrowning0.jpg

vendredi 13 février 2009

Le chameau qui rit (une image offerte par Christian Garcin)

chameau-rieur-Chapeau-Garcin.jpg




Une image dénichée par Christian Garcin sur le blog des Littératures d’extrême orient, où confesse-t-il, “on trouve parfois des trucs et des machins pas inintéressants”.

Commentaire que nous nous étions fait déjà après avoir constaté.

Mais ce chameau, hein… Et sur la muraille de Chine encore !


(Petit échauffement de la vanité : un bon commentaire de Louis Watt-Owen sur l’Alamblog ; en même temps des découvertes.)

jeudi 29 janvier 2009

En attendant la révolution...

pasencorelarevolution.jpg


Sur le net, Radio L’Ombre

mercredi 14 janvier 2009

Les camps des Sokols selon Alexandre Pogoretsky

Pogoretsky.jpg


Le Bibliophile russe, on l’a déjà dit ici, est un généreux blogmaster qui offre à rythme doux de partager ses trésors relatifs à l’immigation russe en France.

En ce moment, c’est la dissertation du cadet Alexandre Pogoretsky (1926-2005) qui nous passionne.
C’est un document des années 1936-1938.
L’enfant y raconte son séjour de vacances dans un camp russe des Sokols de Paris installé à Labenne Océan :

Il y a évidemment des lascars qui n’en foute (sic) pas une rame, et les autres pauvres bougres qui bossent comme des nègres. Enfin à neuf heures et demie tous se rassemblent et l’allumette craque, le feu pétille et les chants s’élèvent au ciel étoilé. “

- page 2 de 5 -