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Les Vrais Coupe-Faim

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jeudi 27 octobre 2016

Les mots de Papier Machine

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Pour la revue Papier machine dont nous parlions il y a peu s'est concentré sur le mot "Coin" dans sa 4e livraisons. - En attendant l'à paraître "Oeuf". Auparavant, il y avait eu "Trappe", "Souffle" et "Manche", comme le prouvent ces couvertures.
Cela méritait d'être dit et montré.
A suivre.

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jeudi 20 octobre 2016

Paris ruinée une nouvelle fois

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Excellent travail de l'acharné Jean-Luc Buard : il a déniché en se basant sur le seul hasard (on prend Gallica, un périodique et on pioche les yeux fermés), une annonce de procès assez curieuse pour lui permettre de trouver la pièce oubliée d'une thématique littéraire fort prisée : Paris en ruine. On se souvient que dix-huit ans avant la mise à bas de l’Ancien régime, l’utopiste Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) avait le premier usé de ce ressort destiné à exciter l’imagination prospective de ses contemporains. Concluant L’An 2440, rêve s’il en fut jamais (1771) par une évocation des décombres de Versailles, il forgeait une figure qui allait beaucoup servir durant le siècle suivant. Il y eut (extrait de la liste) Joseph Méry et "Les Ruines de Paris", Alfred Franklin et "Les Ruines de Paris en 4908" (réédition L'Arbre vengeur), Hippolyte Mettais et "L’An 5865 ou Paris dans quatre mille ans" (1865), Théophile Gautier et sa « Visite aux ruines » (été 1871), Henriot et Paris en l’an 3000 (1912, réédition Phébus), on en passe et, beaucoup plus proches de nous, J.-P. A. Bernard, "Les Deux Paris" (2001), sans oublier Giovanni Macchia, "Paris en ruines" (1988) et la somme des textes référencés par Marc Madouraud en 1994 et Philippe Ethuin dernièrement.
Dans tous ces travaux, il faudra donc ajouter une ligne pour 1822 et le texte de Félix Bodin (1795-1837), "Paris en 5839 (songe)", dont le pouvoir avait tenté de faire taire le récit lors de sa publication dans Le Miroir. C'est Le Constitutionnel du 9 octobre qui évoquait l'affaire (éteinte par la justice qui renvoie les plaignants sans qu'ils aient l'occasion de griffer leur proie) et le dossier est désormais publié qui montre combien les censeurs n'avaient pas apprécié les sous-entendus d'une anticipation de trois ou quatre feuillets...
Peur de la prophétie autocréatrice ? Déjà ?
Le plaisant de l'affaire est que Le Constitutionnel se faisait un malin plaisir de relater par le menu les propos incriminés, citant complaisamment le texte de Bodin, lui assurant de fait une excellente promotion. Sacrés journaux.
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Quoi qu'il en soit, c'est une excellente raison de relire Félix Bodin, l'auteur avec son ami Gérard de Nerval de la Complainte de la mort de haut et puissant seigneur le Droit d'aînesse, déconfit au Luxembourg, faubourg S.-Germain, et enterré dans toute la France en l'an de grâce 1826, accompagnée de notes... et précédée d'une préface, par Cadet Roussel et une société de publicistes, jurisconsultes et gens de lettres...


Félix Bodin Paris en 5839 (Songe). — "Les Cahiers archéobibliopgraphiques", 24 pages, H.C.

mercredi 19 octobre 2016

Plus que quatre jours

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Adeptes du financement participatif, n'oubliez pas que le projet Regen Box a besoin de votre soutien : il s'agit de permettre la mise en œuvre d'un petit appareil qui permettde réutiliser vos piles jetables jusqu'à vingt fois !

Ce projet est soutenu par Paléo-Énergétique
Soyez de l'avenir.

Soyez technofilous.

jeudi 6 octobre 2016

La paix selon Charles Flahault

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A ceux qui doutent de l'avenir, aux décourages, aux attristés, - la vie a pour tous ses heures de douleur, - je dis volontiers : Étudiez la vie dans la nature ! Voyez s'épanouir les bourgeons et les fleurs ! Voyez l'insecte qui butine ou qui dévore ! Ne demandez pas aux livres la réponse aux problèmes que vous découvrirez ! Regardez, observez, cherchez à saisir par vous-même l'harmonie de la nature ; elle vous récompensera largement de vos premiers efforts ; et pour peu que vous lui donniez vos loisirs, elle vous vaudra des joies toujours plus grandes ; vous comprendrez alors que nous aimions la solitude des montagnes, que les préoccupations et les plaisirs des cités nous laissent insensibles ; vous comprendrez nos passions ; vous saurez d'où nous vient la paix ! Et peut-être en viendrez-vous, après tnat d'autres, à proclamer l'incomparable symphonie de la nature et de la vie. Et, vous aussi, vous jouirez d'une grande paix.



Charles Flahault Introduction à La Flore de la France, de la Corse et des contrées limitrophes de l'Abbé H. Coste, 1900.

mardi 4 octobre 2016

Le GPS du livre (Pour n'en pas finir avec une technologie inouïe)

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Propos de saison : le GPS du livre.

Des propos de saison, il en vient lorsque la fraîcheur s'abat sur la terre et que les sous-bois répandent des senteurs de champignon.
Dans les villes, tandis que partout s'activent les promoteurs du fluide informatique et du "contenu" coulant, tandis que s'enferrent parmi eux les promoteurs de la tablette et de l'e-truc (book, pub, etc.), l'Alamblog souhaite avant d'en dire un jour plus long sur un sien projet qui verra le jour au printemps 2018, préciser sa position sur un point spécifique de la doxa numérique qui, depuis plusieurs lustres maintenant, lui tanne doucement le cuir.
Qu'il a sensible.
En particulier lorsque l'on tente de lui faire prendre des vessies pour des raku.
Cela concerne le livre sous sa forme commune de codex, celle qui nous entoure généralement et dont on voudrait nous faire croire qu'elle pourrait être, un jour, effacé par le livre numérique.
Outre que cette proposition est grotesque, elle ne peut être le fruit que d'esprits aux visées idéologiques, ou de gens mal avisés pour ne pas saisir l'évidence (1).
Nous allons tout d'abord reprendre l'explication simple d'Umberto Eco pour planter le décor.
En effet, Umberto Eco avait une prédilection pour l'analogie de la cuillère (2) : objet à la technologie aboutie, indépassée, même si une technologie concurrente, la baguette, coexiste, Eco expliquait qu'un codex au même titre qu'une cuillère — ou qu'une fourchette — était le fruit d'une technologie aboutie et correspondant précisément à un "usage", qu'elle était donc indétrônable (3).
C'est simple.
Même un critique peut comprendre.
Un critique qui se la pète geek aussi.
Dans le cas de la roue, de la fourchette ou du livre, ne cherchez donc pas : la fourchette électronique n'existera pas plus que le codex électronique - et je ne parle pas là du livre d'artiste qui intègre déjà, comme le livre pour enfants, puces ou fichiers sonores, graphiques, etc.
Et pourquoi donc le codex n'est pas remplaçable ?
Et bien parce que.
Et en particulier parce qu'on ne peut pas disqualifier une technologie adaptée à ses usages.
C'est une principe technico-anthropologique de base.
On voudrait que l'on ne pourrait point.
C'est comme ça.
La générosité étant une pierre de touche de la civilisation de l'île du Préfet maritime, l'autre étant la sieste, nous allons vous expliquer tout ça derechef (après vous avoir donné en (4) un néologisme très utile dans le cas qui nous occupe) : en fait, la grande réussite du codex, au-delà de ses capacités de résistance et de stockage, disons donc plutôt l'une de ses grandes réussites, involontaire celle-ci, réside dans sa faculté unique à permettre à l'être humain une topographie mémorielle très précise. Et même très très précise...
Cela repose sur la mise en œuvre de ce que l'on peut appeler le "GPS du livre".
Et qu'est-ce donc que le "GPS du livre", me direz-vous ? La faculté n'en a pas parlé ! Les historiens du livre n'ont pas traqué l'espèce !
Très simplement, ce "GPS du livre" est l'outil inné, apporté en toute innocence par les inventeurs du codex comme une prime fonctionnelle inestimable, qui permet la conjonction de plusieurs organes et objets, lesquels offrent une triangulation inouïe et manifestement radicale dans la formation de la mémoire.
De fait, vous allez constater son effet sur vous-même lorsque je vous aurais dit ceci : l'Homme parvient à se souvenir à des décennies de distance de l'endroit où se trouvait la note concernant bidule dans le livre qu'il lisait à quinze ans, ou l'image de la page sur Carthage de Tout l'Univers qu'il avait en main à l'âge de dix. (Et il n'avait pas encore lu Salammbô, le bougre).
Cela n'arrivera jamais dans le cas de la tablette, et du texte électronique mis — assez maladroitement reconnaîtront les typographes — "en page" sous le nom d'e-pub ou d'e-book.
La triangulation du cerveau, de l’œil et de la pulpe du pouce permet donc grâce à ce mystérieux GPS et à la forme du codex ce travail magnifique du cerveau.
Et qu'est ce GPS ?
Très simplement, c'est l'épaisseur du livre, donc sa tranche.
Oui, vous avez bien lu : la conjonction de la tranche répartie aux confins de la page de gauche et aux confins de la "belle page" permet de stocker sans effort des données apparemment inutiles et cependant capitales.
Voici ce qu'est le GPS du livre selon le Préfet maritime.
D'où l'importance de cette notion d'ouvrage "pagineux" : l'épaisseur du livre constitue aussi le livre.
En ce qui concerne la lecture papier/écran, les spécialistes des sciences cognitives arrivent tous aujourd'hui au constat que faisaient déjà entre 1992 et 1999 ceux qui s'intéressaient à la question de la numérisation des livres, des textes et qui avaient déjà pu argumenter l'évidente résistance du modèle codex. Face à la déferlante médiatique des tenants du "progrès" numériques et d'experts à la mie de pain aussi vite disparus que les entreprises innovantes qu'ils inspiraient, le discours méthodique fut inaudible. Depuis, Alain Giffard du groupe "Ars Industrialis" (5) a travaillé la notion de la "lecture pour soi" (pendant que Jean Bollack prônait la "lecture insistante" pour l'analyse des textes).
Tout est dit : la tablette pour les lectures éphémères, comme la presse l'a très bien compris, le codex pour la lecture qui insiste, pour la lecture qui a besoin d'accueillir le lecteur afin qu'il soit en capacité de mettre en œuvre ses incroyables ressources.
C'est au prix de ce distinguo bien compris que l'on cessera de diffuser des inepties idéologiquement contestables et anthropologiquement fausses. Oui la tablette permet de lire vite, en diagonale même, des écrits dont on n'a pas besoin de se souvenir longtemps.
Non le codex ne cèdera pas un pouce de son terrain.
Les lecteurs qui ne sont pas des ânes le savent bien qui boudent les e-books et jouent sur leurs tablettes plutôt que de découvrir les nouveautés de la rentrée ou d'y lire Rabelais.
C'est ainsi que le codex est grand.
L'être humain un peu aussi.

C'était le GPS du livre, par le Préfet maritime.





Notes
(1) Le paradoxe est que l'évidence de la pertinence du codex crève les yeux au point que chaque lecteur, dans son lit, à la plage ou dans le métro, sait bien, lui, avec ses simples paumes de lecteur, que ces propos tiennent de l'erreur, si ce n'est de la bêtise, pour ne pas parler dans certains cas de malhonnêteté intellectuelle à visée carriériste.

(2) Nous utilisons plutôt celle de la fourchette.

(3) Malicieux qu'il était, Il disait aussi au Nouvel Obs dans les années 1990 (ou 2000 ?) que c'est avec "le trou du cul" que l'on lit le mieux, phénomène qu'il expliquait, en l'illustrant avec la lecture de cabinet - ou de chiottes s'il l'on n'est pas pudibond -, par le rapport entre les matières entrantes et sortantes. Après tout, Bernard Pivot ne nous a jamais rien appris d'autre en dégueulant ses commentaires petit-bourgeois sur ce qui le dépassait (il a toujours préféré le fouteballe et le beaujolpif et confondrait Henri Simon Faure et César s'il les croisait). (Henri qui ?).

(4) Comme nous allons en profiter pour expliciter gratuitement (dans tous les sens du terme), ce néologisme qui a fait florès chez les bibliothéconomes : "pagineux". En effet, dans le cadre de ses activités numériques, le Préfet s'est autorisé, pour des raisons pratiques et fonctionnelles, le néologisme de "pagineux", mot qui sert désormais à désigner un livre riche en pages, lequel n'est pas forcément plus épais qu'un livre moins pagineux mais composé d'éléments plus épais, donc plus volumineux.

(5) Ars industrialis (« Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit ») : Bernard Stiegler, Alain Giffard et Christian Fauré, Pour en finir avec la mécroissance. - Paris, Flammarion, 2009.

samedi 1 octobre 2016

Bog sort de chez lui

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Le mercredi 16 août 1939, "Bog" est logé par les roussins.
Son vol de "L'Indifférent" de Watteau au Louvre n'est pas passé inaperçu...
Paris-Journal publie son portrait avec plusieurs commentaires assez drôles, et notamment sa sortie à un badaud au moment même du vol :

— j'emporte ce tableau pour travailler.
— Comment ? vous travaillez même le dimanche ?

Chez nous, comme on voit, le génie court les rues.
Ce sacré Bog, qui se nourrit de cafés et de sandwichs pour l'amour de l'art, n'avait pas fini d'en faire. On retrouve ses aventures dans ses souvenirs, magnifiquement écrits, même si les ineptes Bernard Pivot et la Luc Lang y ont trouvé à redire. Comme disait Dubuffet, l'art est toujours où on ne l'attend pas. "Bog" y écrivait ceci :

J'ai été roi. Un tout petit, un roi-morpion, mais roi quand même. La preuve ? Pendant plus de vingt ans j'ai battu monnaie, privilège royal, comme on le sait.


Paris-soir poursuivait le récit de son aventure de 1939 le 12 décembre suivant :

La Cour d'Appel a doublé la peine de « Bog », le voleur de « L'Indifférent »

Trop parler nuit, dit-on, trop protester contre les jugements des tribunaux aussi. Cette amère réflexion doit hanter l'esprit de Serge Bogousslavsky, le voleur de « l'Indifférent ».




Timour-Sergueï Bogousslavski La Morue de Brixton. — Arléa, 1998, 460 pages, 23 €


lundi 15 août 2016

Le Claque-Dents, de Louise Michel

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Suite des fictions de Louise Michel (1886-1890) : voici enfin le plus célèbre de ses romans, Le Claque-dents


Le claque-dents, c'est l'agonie du vieux monde.
Il rêve de s'affubler encore de pourpre et d'hermine et de donner à boire aux épées. Mais la pourpre et l'hermine sont souillées, les épées rouillées ne veulent plus boire, l'orgie est terminée.
Il a, le vieux monde, le claque-dents de l'agonie ; Shylok et Satyre à la fois, ses dents ébréchées cherchent les chairs vives ; ses griffes affolées fouillent, creusent toutes les misères aiguës, c'est le délire de la fin.
En vain il voudrait pour rajeunir boire à longs traits le sang des foules, ses pots-de-vin lui montent à la gorge achevant de l'étouffer.
La débâche est commencée au petit bruit sec de l'or, la danse macabre des banques valse autour des dernières bastilles.
Le glas sonne sur tout les tyrannies. Mais elles ne veulent pas mourir, sentant la sève du printemps nouveau.
Nous avons vu là-bas, en Calédonie, de vieux niaoulis dont nul ne savait l'âge, s'effondrer tout à coup ayant encore sur leurs branches mortes quelques rameaux verts.
Un bruit sourd, un nuage de poussière et tout était fini ; le grand arbre n'était plus qu'un petit tas de poussière dans laquelle s'agitaient désespérément des insectes d'une autre époque, mille-pieds énormes, araignées velues, punaises chamarrées.
Ainsi disparaîtra la société où la force prime le droit.
En germinal, les brises chantent, agitant de leurs douces haleines l'herbe pleine de fleurs.
Par instants, un dernier souffle glacé traverse l'air comme une feuille qui passe.
Bientôt s'empliront de vie les nids dans les bois.
Ainsi nous touchons à germinal, à la fin de notre hiver séculaire.
(...)



Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €



dimanche 14 août 2016

Le Monde nouveau de Louise Michel

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Les fictions de Louise Michel (1886-1890) peuvent constituer une lecture pour l'été... Aujourd'hui, partez pour Le Monde nouveau, deuxième roman des six imaginés pour la "série rouge" par leur auteur dans un entretien (Annales politiques et littéraires, 1887) :

Chapitre 1

Le cauchemar de la vie

Combien, par notre automne séculaire, jettent la coupe encore pleine, ne ovulant pas épuise le dégoût de la vie ?
Des petits, des vieux, des jeunes s'en vont ainsi dans l'ombre dont nul ne revient.
Beaucoup luttent broyés, les uns contre les autres, se rendant mutuellement responsables de la commune détresse.
Avez-vous vu, aux portes des abattoirs, les troupeaux se battre follement en attendant la tuerie dont l'odeur les enveloppe .
Dans un fourmillement sembleble humain, ferment le monde nouveau.
Depuis longtemps, depuis toujours, il en est ainsi.
Nous fouillons dans ce livre un coin du charnier.
Sous les arches du chemin de fer, entre Levallois et Clichy, par une de ces nuits de printemps où l'ombre douce et lourde est pareille aux ailes des oiseaux nocturnes, deux hommes achèvent, dans une paix profonde, leur horrible besogne.
Un troisième, étendu à leurs pieds, n'est plus qu'une masse inerte, il a été assommé comme un boeuf d'un coup à la tempe.
...)




Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €



samedi 13 août 2016

Les Microbes humains

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Les fictions de Louise Michel (1886-1890) peuvent constituer une lecture pour l'été... Elles sont parfois échevelée, voire hirsutes, mais elles constituent un très bel exemple de ce que peut être la fiction militante. En guise de fragment apéritif, voici d'abord Les Microbes humains (E. Dentu, 1886), issus comme Le Monde nouveau et Le Claque-dents d'un projet de six romans nommé "série rouge" par leur auteur dans un entretien (Annales politiques et littéraires, 1887) :

Chapitre 1
A la fumée des pipes
C'est le 26 octobre 18... La brasserie des Jeunes Escholiers, au Quartier latin, regorge de femmes.
Que voulez-vous qu'elles fassent, les femmes ? Il n'y a que cela qui va ! la brasserie.
Partout ailleurs, elles ne peuvent pas vivre, même seules, à plus forte raison quand elles veulent donner la becquée à quelque mioche à moitié mort de la paresse et des pléthoresq paternelles, que la mère ne veut pas jeter à l'eau comme un petit de trop dans la nichée.
Ces mères-là qui ne peuvent pas donner à leurs petits la nourriture des colombes, leur donnent la pâture des corbeaux : elles veulents qu'ils vivent :! - C'est plus cruel que de les tuer, mais elles espèrent qu'ils seront heureux. Avez-vous vu, quand un nid tombe de la branche, comme la femelle cherche à garantir sa voucée ? IL en est ainsi des nids humains tombés de l'arbre de misère. A la brasserie, au milieu de la fumée des pipes, des bocks ; des filles buvant pour faire boire le client. Il faut faire son métier.
(...)



Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €



mardi 9 août 2016

Marc Bernard a raison

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Ne trouves-tu pas que les seuls oeuvres qui vaillent la peine d'être lues baignent dans une écume indéfinissable, qu'elles portent une sorte d'aura, au vrai sens du mot, qui vous vient à la figure comme une bouffée de chaleur. L'erreur du surpassement aura été, peut-être, une vaine tentative de vulgarisation, a priori impossible pour capter directement ce souffle. Car là où réussira un écrivain en additionnant des boutons de culotte un autre écoutera avec tout un arsenal d'images étranges. Ne crois-tu pas ?




Lettre de Marc Bernard à Jean Paulhan à propos de l'article signé par Bernard dans Monde (22 juin, 1929) où il écrivait "Nous sommes quelques-uns qui reconnaissons devoir beaucoup à Lautréamont, Rimbaud, Apollinaire, et absolument rien, que notre mépris, à ces littérateurs infatués d'eux-mêmes qu'on appelle Aragon et Breton."

Marc Bernard et Jean Paulien Correspondance. Édition établie, présentée et annotée par Christian Liger (†), complétée et achevée par Guillaume Louet. —Paris, Editions Claire Paulhan, 2013, coll. « Correspondances de Jean Paulhan ». 461 lettres, 37 photographies et fac-similés en couleurs et noir & blanc. Index des Personnes citées. Index des Titres cités. 464 pages, 45 €

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