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Les Vrais Coupe-Faim

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mardi 9 janvier 2018

Les cases de l'ange

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Auteur d'un seul livre, ou presque (il a aussi écrit quelques nouvelles), le Cubain Guillermo Rosas (1946-1993) a fini sa vie en exilé misérable à Miami. Equipé de quelques bricoles et d'une précieuse anthologie des poètes anglais, il a traversé la mer pour se retrouver dans une situation délicate : sa famille déjà installée aux USA s'est rendu compte à son arrivée sur le sol américain qu'il n'était pas dans un état brillant. Placé dans une "boarding home" au milieu d'une petite tribu de demeurés et de séniles incontinents, il a néammoins trouvé l'énergie d'écrire un court récit très beau où il dit tout à la fois sa solitude et la rigueur odieuse du sort qui lui est fait au milieu des siens, les Cubains exilés.

Cette nuit j'ai rêvé que, de retour à La Havane, je me trouvais dans un funérarium de la 23e Rue. De nombreux amis m'entouraient. Nous buvions du café. Soudain, une porte blanche s'ouvrit et un énorme cercueil, porté par une douzaine de vieilles pleureuses, entra. un ami m'enfonça son coude dans les côtes et me dit :
–C'est Fidel Castro qui est là-dedans.
Nous nous retournâmes. Les vieilles déposèrent le cercueil sur le catafalque au milieu de la salle en versant des torrents de larmes. Alors, le sépulcre s'ouvrit. Fidel montra d'abord une main. Ensuite la moitié du corps. Enfin, il sortit complètement de la caisse. il rectifia sa tenue de cérémonie et vint vers nous en souriant. – N'y a-t-il pas de café pour moi ? demanda-t-il ?
Quelqu'un lui tendit une tasse.
– Eh bien, nous sommes morts, déclara Fidel. Maintenant, vous constaterez que cela ne règle rien non plus.




Guillermo Rosas Mon ange. Traduit de l'espagnol par Liliane Hasson. - Actes Sud, 2004, "Babel", 128 p. 6,60 €.


lundi 11 décembre 2017

Les chanteurs calanchent aussi




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Avec un grand sens de l'actualité, l'Alamblog vous convie à la lecture d'un livre qui, au prix d'une petite transposition mentale, soulagera tout ce qui de fanatique compose l'aire francophone.

Là, c'est Sinatra, qui a beaucoup pêché, mes soeurs, mes frères, mais ce pourrait fort bien en être un autre.

Et c'est un excellent roman, original, vif, comme on les aime, en XXI parties et deux cent quatre-vingt treize pas.

Enlevé, matois, plein de surprises, c'est probablement le livre qu'il ne faudrait pas rater une fois encore.

5. On m'observe. Je voudrais voir la porte
- Sans aller jusqu'à parler de postérité, déçu je suis, quand même un peu, par l'accueil. Par tous les... Tous ces...



Soyez modernes, soyez vivants, lisez des livres !



Michel Jourdain Frank Sinatra au Paradis. - Champ Vallon, 384 pages, 23 €

vendredi 24 novembre 2017

Il n'y a pas que des charretiers dans la nature

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Écrit sur un Almanach des Muses

Bouts-rimés, impromptus, quatrains et triolets,
Vous avez eu vos jours de mondaines conquêtes,
Vous avez illustré des hôtels, des palais,
Versaille et Trianon vous ont donné des fêtes.

Mais il n'est plus le temps où vous suiviez la cour,
Où les petits marquis vous ouvraient les ruelles,
Où les petits abbés, pour vous, plumaient l'Amour,
Et trempaient dans le musc ses chatoyants bouts d'ailes.

Vous revêtiez alors un pompeux maroquin ;
Vous portiez en signets la faveur rose et blanche.
Au rebut désormais vous dormez en bouquin,
Avec le catogan, oubliés sur la planche.

Pourtant, si vous voulez devenir un placet,
Hanter bals et concerts sous forme de message,
Quitter furtivement mon gant ou mon gousset,
Glisser sous un mouchoir, entrer dans un corsage...

Chanteur, et plus encor dilettante amoureux,
Je veux vous rajeunir, ambrés comme mes rimes,
Prêter votre manière à mes soins ténébreux,
Régler sur votre ton les tendresses mes crimes.

Votre mode a passé, mais vos propos sont doux ;
Vous savez contenir une galanterie :
La dame qui reçoit les prières par vous
Laisse ses cruautés tourner en rêverie.

Charles Coran




Sur Charles Coran (1814-1901), on peut se tourner vers Charles Monselet pour en apprendre un peu (Statues et statuettes contemporaines, Paris, D. Giraud et J. Dagneau, 1852). Monselet qui ouvrait son portrait sur ses mots louangeurs :

"Il n'y a pas que des charretiers dans la nature."

On peut retrouver aussi l'autoportrait que Coran dressait dans son volume d'Élégances :

Peignons mon portrait ressemblant :
Pour la fortune un nonchalant ;
Un dédaigneux de vaine gloire ;
Un païen ne sachant rien croire ;
Un rimeur d'idéal imbu,
Chantre du vin qu'il n'a pas bu ;
Un démocrate, et qui s'en vante,
Chez lui l'égal de sa servante,
Et aux champs, l'ami des près, des bois,
Dans le monde, un homme aux abois
Trouvant tout faux, tout laid, tout triste,
Et chez sa dame, un coeur d'artiste
Aimant tout jusqu'au falbala. -
Je garantis ce portrait-là.

dimanche 5 novembre 2017

Petite bibliographie lacunaire de la « Bibliothèque dionysienne »

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Publiée entre 1922 et 1928, chez l'éditeur G. Crès, la Bibliothèque dionysienne était dirigée par le talentueux Elie Faure.



Catalogue

BenCelliniDionys.jpgBenvenuto Cellini Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même, traduite & annotée par Maurice Beaufreton. - Paris, G. Crès, 1922, 2 vol. de 685 p.-6 p. de pl.

Eugène Delacroix Oeuvres littéraires. - Paris, G. Crès, 1923, 2 vol. (XIII-151, XI-235 p.). portrait. Comprend : I, Études esthétiques ; II, Essais sur les artistes célèbres.

BenbaudDionys.jpgCharles Baudelaire Variétés critiques. I. La Peinture romantique. II. Modernité et Surnaturalisme. Esthétique spiritualiste. - Paris, G. Crès et Cie, 1924, 2 vol. in-8. T. I, XI-198 p. et portraits. T. 2, 238 p. et portraits.

BenAmauryDionys.jpgAmaury-Duval L'atelier d'Ingres. - Paris, Crès et Cie, 1925, IV-252 p. et gravures

Théophile Silvestre Les Artistes français. - Paris, G. Crès, 1926, IX-195, 252 p. Portraits. T. I. Romantiques, T. II. Eclectiques et réalistes.



Petrus Paulus Rubens Correspondance, traduite et annotée par Paul Colin. - Paris, Crès, 1927, 2 vol. (XVIII-331 p.-III-255 p.). T. 1. Vie publique et intellectuelle, T. 2, Chronique de Flandres, 1625-1629



BenVerhaDionys.jpgÉmile Verhaeren Sensations. Avant-propos de l'éditeur, par Élie Faure. Avertissement, par André Fontaine. - Paris : G. Crès, 1928, XIV-255 p., pl., portrait.



vendredi 27 octobre 2017

Martinet (état-civil)

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L'érudition locale n'est pas un vain labeur. Grâce à ce vecteur de recherche, on en apprend toujours un peu. Témoigne cet article de Geneviève Monloubou publié en 2014 dans la Revue historique et archéologique du Liournais et de la vallée de la Dordogne (tome LXXXII, n° 303, 1er semestre 2014, p. 73-88) : il y est question de Jean-Pierre Martinet dont G. Monloubou fut une condisciple au lycée. Sur la base de ses souvenirs, de données récoltées localement et de vérification à l'état-civil, voici ce qu'elle apporte à son tour au panthéon Martinet :
Jean-Pierre Martinet est né à la maternité de l'hôpital de Libourne le 12 décembre 1944.
Il est le fils de Jean Martinet, né le 13 juin 1903 à Bordeaux, professeur d'espagnol au collège de garçons, et de Yvonne Suzanne Marguerite Planchot, institutrice, née le 20 juin 1919 à Chateaulin (FInistère), décédée le 18 octobre 1997 (Libourne).
Le père est un professeur particulièrement chahuté, semble-t-il. Pourrait s'être suicidé. Jean-Pierre Martinet est orphelin très tôt. Il a un frère aîné : Yves Maurice (Saint-Nazaire, 31 octobre 1939-Libourne, 6 février 2007), résident à l'EHPAD (pavillon 20) de la Fondation Sabatié à Livourne.
Il a également une soeur : Monique Marie Suzanne Alégria Martinet (2 mai 1943, Livourne), mise sous tutelle en 1956, fréquente épisodiquement l'hôpital psychiatrique.
Voilà des faits établis.

Pour un rappel plus général, G. Mouloubou rappelle ceci :
1955 : 6e au collège de garçons. S'occupe du ciné-club avec M. Chauvet, le professeur de mathématiques.
1959 : lycée mixte de Libourne, seconde littéraire (section B)
1962 : obtient son baccalauréat
1979 : démission de son poste d'assistant-réalisateur à l'ORTF
Départ de Paris : printemps 1979
Attente d'un héritage à Libourne, au 27, rue Chanzy, dans la maison familiale
Installation à Tours. Il vit dans l'arrière-boutique de sa maison de la presse du 8, rue George Sand
Retour à Libourne
Décès le 18 janvier 1993

On ne dira jamais assez quel grand écrivain fut Jean-Pierre Martinet.





Jean-Pierre Martinet La Grande Vie. Préface de Denis Lavant. Postface du Préfet maritime. - L'Arbre vengeur, 2017, 80 pages, 9€

mercredi 26 juillet 2017

Baudelaire chez les singes

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Le 24 avril 1864, Baudelaire met un pied à Bruxelles. Il a l'intention de rester quinze jours, le temps de prendre des notes sur les collections de peinture particulières réputées du jeune royaume (fondé trente-quatre ans plus tôt).
Deux ans plus tard, s'ennuyant mortellement, le poète est toujours à Bruxelles...
Jean-Baptiste Baronian explique pourquoi une série d'échecs l'a conduit à s'incruster dans ce pays qu'il déteste... Et on sait à quel point.
On y reviendra sans doute.
Voilà en tout cas une vraie lecture d'été riche et salée !



Jean-Baptiste Baronian Baudelaire chez les singes. - Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 19,5 €

samedi 22 juillet 2017

Jean-Pierre Martinet : le dvd !

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On se souvient que la première du documentaire consacré à Jean-Pierre Martinet a eu lieu il n'y a pas si longtemps (c'était en juin).
Voici que le dvd est accessible à cette adresse pour la modique somme de 16 €

A bons entendeurs...

Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet. Un film de Niels Warolin, sur une idée originale d'Alain Amirault, avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Raphaël Sorin, Julia Curiel, Sylvie Robic et Eric Dussert.

mardi 18 juillet 2017

Clowneries, par un expert

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Du rouge le plus éclatant, rouge comme le pif de Pifo, la réédition par L’Arche d'un ouvrage de 1962 éclaire un pan de la création dialoguée : les Entrées clownesques de Tristan Rémy (1897-1977), l’historien du cirque issu du groupe des écrivains prolétariens, nous vaut quelques moments de rares plaisirs : les dialogues entre Coco l'auguste, Pifo et Monsieur Loyal renouvellent l’extase de générations d’enfants. Ils renvoient aussi aux grandes créations dramatiques, aussi étrange que cela puisse paraître. Le théâtre de l'absurde ou Ubu ne sont jamais très loin...

« Mesdames, Messieurs, mon tour a parfaitement réussi. Ici la pomme de terre a pris la place du cigare et là le cigare a pris la place de la pomme de terre. »

Au fond, c'est Shakespeare par le tout petit bout de la langue de belle-mère. Et ça fonctionne toujours assez car avec le renfort d'une imagination enfantine, les scènes se visualisent très bien. D'ailleurs, les didascalies proposées par Rémy sont ici assez nombreuses et précises pour suppléer toute panne imaginative.
Ce sont réunies cinquante-neuf « entrées clownesques » qui constituent le fonds historique du genre. Rémy livre le corpus à partir duquel les professionnels ont excité la clientèle payante, l'ont mise en condition de recevoir un spectacle de bric et de broc, ritualisé à l'extrême et cependant toujours différent. Fixées pour la première fois par écrit en 1962 par Tristan Rémy, ces scènes typiques font partie d'un répertoire collectif que tous les comiques (bouffons, clowns, mimes, pitres, burlesques...) ont enrichi durant des décennies. Equipé d'une préface historique efficace, il s'agit donc bien d'un ouvrage de référence à l'usage des amateurs ou des professionnels, et pour tous ceux qui s'intéressent à la figure du clown et du grotesque.
Passionné par le cirque et le music-hall, Tristan Rémy était le chroniqueur des spectacles populaires, qui l'amenèrent à poursuivre des recherches historiques sur l'art clownesque. Profitant de la loi de 1864 sur la liberté des spectacles qui "ouvre le cirque à la comédie dialoguée", la clownerie s'invente une dramaturgie nouvelle. Auparavant, la clownerie anglaise, qui avait le haut du pavé, jouait du charabia et du borborygme (un clown anglais du XVIIIe siècle limitait ses paroles aux seules voyelles). Ce faisant, Tristan Rémy nous propose de dépasser l'histoire du spectacle vivant pour toucher à l'anthropologie. Ces saynètes qu'il nous rappelle avec précision, n'ont-elles pas en effet à voir avec celles qui se jouent pour nous tous les jours, entre êtres humains ?
Sur les plateaux de télévision, au sommet des différentes tribunes, au cours des "mouvements spontanés", dans les amphithéâtres et aux micros qui poussent de partout... Bref, dès que les hommes prennent la parole ?
Vérifier vaut le coup, foi de préfet maritime.




Tristan Rémy Entrées Clownesques. Une dramaturgie du clown. — Paris, L'Arche, 287 pages, 19,50 €

dimanche 16 juillet 2017

Sur le petit écran ce soir

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Ne ratez pas les aventures drolatiques de la famille Durell à Corfou ce soir à la tévé.
C'est la mise en images mobiles de la délicieuse Trilogie de Corfou de Gerald, l'ami des animaux dont on vous a parlé il y a peu.
Plutôt que de vous fader encore une fois la sempiternelle partie de boules/balade du soir autour du camping, jetez un oeil, ça devrait être plaisant. (C'est British et ça compte six épisodes).
Et pour ceux qui en voudront plus ensuite, c'est à la Table ronde en trois volumes.



Gerald Durrell Ma famille et autres animaux. Traduction de Léo Lack revue. — Paris, La Table ronde, 400 pages, 14 €
Oiseaux, bêtes et grandes personnes. Traduction de Léo Lack. — Paris, La Table ronde, 352 pages, 14 €
Le Jardin des dieux. Traduit par Cécile Arnaud. — Paris, la Table ronde, 304 pages, 14 €

mardi 4 juillet 2017

Kijé n'est pas là

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Tynianov... Ce patronyme n'entraînera pas de pâmoison dans la foule. Et pourtant, Iouri Tynianov (1894-1943) est l'égal de Melville : son Kijé ne vaut pas moins que Bartleby.
Bien sûr, il est russe. On ne saurait être tous américains. Faut-il imaginer que cela a pu avoir un effet dans la réception d'un grand texte mémorable ?
Lorsque vous l'aurez lu ce majestueux Kijé, vous constaterez de vous même que cela ne change rien en effet. Le Lieutenant Kijé est un de ces récits qui érigent un type immarcescible et significatif, soit un classique de premier rayon. Par hasard, il appartient avec Bartleby ou Au coeur des ténèbres à la catégorie des nouvelles à peine développées qui posent des bornes importantes. Et c'est ainsi que, tandis que le Bartleby de Melville fait office de mascotte de la postmodernité, Le Lieutenant Kijé est celle de notre temps.
Fable cruelle et folle de 1927, Le Lieutenant Kijé relate comment un certain Kijé naît de l’erreur de copie d’un scribe du tsar Paul Ier, le fils de la Grande Catherine, despote notoire, et conduit à la suppression des rôles du bien réel lieutenant Sinioukhaïev dont le nom a été rayé par compensation. Il n'est pas question d'insuffler le désordre dans l'entourage immédiat d'un tsar qui a la main lourde dès lors qu'il lui prend l'envie de punir...
Propos sur la fraude, sur la simulation et sur la brutalité du pouvoir, on ne sera pas surpris d’apprendre que Kijé connaît une carrière fulgurante, un mariage fastueux (où il ne se présente tout de même pas) et a plusieurs enfants comme il se doit. Tynianov, qui avait l'habitude de dire que son rôle débutait au moment où les documents historiques qui lui servaient de source s'interrompaient, s'est servi d'une anecdote réelle du règne de Paul Ier pour mettre sur pied cette tragicomédie qui porte condamnation de l'époque de Paul Ier comme de la notre.
En cherchant bien...


Iouri Tynianov Le Lieutenant Kijé, traduit, annoté et commenté par Lily Denis. - Paris, Galliamrd, Folio bilingue (n° 94), 144 pages, 7,70 €

Une fois séduit(e) par Tynianov, vous aurez la possibilité de vous ruer sur Iouri Tynianov La Mort du Vazir-Moukhtar, traduit par Lily Denis. - Paris, Gallimard, "Folio" (n° 6337), 720 pages, 9,30 € ou sur Le Disgrâcié... Dans La Mort du Vazir-Moukhtar, c'est du poète Griboïedov, le contemporain de Pouchkine, qu'il est question.

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