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Les Vrais Coupe-Faim

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dimanche 5 novembre 2017

Petite bibliographie lacunaire de la « Bibliothèque dionysienne »

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Publiée entre 1922 et 1928, chez l'éditeur G. Crès, la Bibliothèque dionysienne était dirigée par le talentueux Elie Faure.



Catalogue

BenCelliniDionys.jpgBenvenuto Cellini Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même, traduite & annotée par Maurice Beaufreton. - Paris, G. Crès, 1922, 2 vol. de 685 p.-6 p. de pl.

Eugène Delacroix Oeuvres littéraires. - Paris, G. Crès, 1923, 2 vol. (XIII-151, XI-235 p.). portrait. Comprend : I, Études esthétiques ; II, Essais sur les artistes célèbres.

BenbaudDionys.jpgCharles Baudelaire Variétés critiques. I. La Peinture romantique. II. Modernité et Surnaturalisme. Esthétique spiritualiste. - Paris, G. Crès et Cie, 1924, 2 vol. in-8. T. I, XI-198 p. et portraits. T. 2, 238 p. et portraits.

BenAmauryDionys.jpgAmaury-Duval L'atelier d'Ingres. - Paris, Crès et Cie, 1925, IV-252 p. et gravures

Théophile Silvestre Les Artistes français. - Paris, G. Crès, 1926, IX-195, 252 p. Portraits. T. I. Romantiques, T. II. Eclectiques et réalistes.



Petrus Paulus Rubens Correspondance, traduite et annotée par Paul Colin. - Paris, Crès, 1927, 2 vol. (XVIII-331 p.-III-255 p.). T. 1. Vie publique et intellectuelle, T. 2, Chronique de Flandres, 1625-1629



BenVerhaDionys.jpgÉmile Verhaeren Sensations. Avant-propos de l'éditeur, par Élie Faure. Avertissement, par André Fontaine. - Paris : G. Crès, 1928, XIV-255 p., pl., portrait.



vendredi 27 octobre 2017

Martinet (état-civil)

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L'érudition locale n'est pas un vain labeur. Grâce à ce vecteur de recherche, on en apprend toujours un peu. Témoigne cet article de Geneviève Monloubou publié en 2014 dans la Revue historique et archéologique du Liournais et de la vallée de la Dordogne (tome LXXXII, n° 303, 1er semestre 2014, p. 73-88) : il y est question de Jean-Pierre Martinet dont G. Monloubou fut une condisciple au lycée. Sur la base de ses souvenirs, de données récoltées localement et de vérification à l'état-civil, voici ce qu'elle apporte à son tour au panthéon Martinet :
Jean-Pierre Martinet est né à la maternité de l'hôpital de Libourne le 12 décembre 1944.
Il est le fils de Jean Martinet, né le 13 juin 1903 à Bordeaux, professeur d'espagnol au collège de garçons, et de Yvonne Suzanne Marguerite Planchot, institutrice, née le 20 juin 1919 à Chateaulin (FInistère), décédée le 18 octobre 1997 (Libourne).
Le père est un professeur particulièrement chahuté, semble-t-il. Pourrait s'être suicidé. Jean-Pierre Martinet est orphelin très tôt. Il a un frère aîné : Yves Maurice (Saint-Nazaire, 31 octobre 1939-Libourne, 6 février 2007), résident à l'EHPAD (pavillon 20) de la Fondation Sabatié à Livourne.
Il a également une soeur : Monique Marie Suzanne Alégria Martinet (2 mai 1943, Livourne), mise sous tutelle en 1956, fréquente épisodiquement l'hôpital psychiatrique.
Voilà des faits établis.

Pour un rappel plus général, G. Mouloubou rappelle ceci :
1955 : 6e au collège de garçons. S'occupe du ciné-club avec M. Chauvet, le professeur de mathématiques.
1959 : lycée mixte de Libourne, seconde littéraire (section B)
1962 : obtient son baccalauréat
1979 : démission de son poste d'assistant-réalisateur à l'ORTF
Départ de Paris : printemps 1979
Attente d'un héritage à Libourne, au 27, rue Chanzy, dans la maison familiale
Installation à Tours. Il vit dans l'arrière-boutique de sa maison de la presse du 8, rue George Sand
Retour à Libourne
Décès le 18 janvier 1993

On ne dira jamais assez quel grand écrivain fut Jean-Pierre Martinet.





Jean-Pierre Martinet La Grande Vie. Préface de Denis Lavant. Postface du Préfet maritime. - L'Arbre vengeur, 2017, 80 pages, 9€

mercredi 26 juillet 2017

Baudelaire chez les singes

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Le 24 avril 1864, Baudelaire met un pied à Bruxelles. Il a l'intention de rester quinze jours, le temps de prendre des notes sur les collections de peinture particulières réputées du jeune royaume (fondé trente-quatre ans plus tôt).
Deux ans plus tard, s'ennuyant mortellement, le poète est toujours à Bruxelles...
Jean-Baptiste Baronian explique pourquoi une série d'échecs l'a conduit à s'incruster dans ce pays qu'il déteste... Et on sait à quel point.
On y reviendra sans doute.
Voilà en tout cas une vraie lecture d'été riche et salée !



Jean-Baptiste Baronian Baudelaire chez les singes. - Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 19,5 €

samedi 22 juillet 2017

Jean-Pierre Martinet : le dvd !

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On se souvient que la première du documentaire consacré à Jean-Pierre Martinet a eu lieu il n'y a pas si longtemps (c'était en juin).
Voici que le dvd est accessible à cette adresse pour la modique somme de 16 €

A bons entendeurs...

Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet. Un film de Niels Warolin, sur une idée originale d'Alain Amirault, avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Raphaël Sorin, Julia Curiel, Sylvie Robic et Eric Dussert.

mardi 18 juillet 2017

Clowneries, par un expert

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Du rouge le plus éclatant, rouge comme le pif de Pifo, la réédition par L’Arche d'un ouvrage de 1962 éclaire un pan de la création dialoguée : les Entrées clownesques de Tristan Rémy (1897-1977), l’historien du cirque issu du groupe des écrivains prolétariens, nous vaut quelques moments de rares plaisirs : les dialogues entre Coco l'auguste, Pifo et Monsieur Loyal renouvellent l’extase de générations d’enfants. Ils renvoient aussi aux grandes créations dramatiques, aussi étrange que cela puisse paraître. Le théâtre de l'absurde ou Ubu ne sont jamais très loin...

« Mesdames, Messieurs, mon tour a parfaitement réussi. Ici la pomme de terre a pris la place du cigare et là le cigare a pris la place de la pomme de terre. »

Au fond, c'est Shakespeare par le tout petit bout de la langue de belle-mère. Et ça fonctionne toujours assez car avec le renfort d'une imagination enfantine, les scènes se visualisent très bien. D'ailleurs, les didascalies proposées par Rémy sont ici assez nombreuses et précises pour suppléer toute panne imaginative.
Ce sont réunies cinquante-neuf « entrées clownesques » qui constituent le fonds historique du genre. Rémy livre le corpus à partir duquel les professionnels ont excité la clientèle payante, l'ont mise en condition de recevoir un spectacle de bric et de broc, ritualisé à l'extrême et cependant toujours différent. Fixées pour la première fois par écrit en 1962 par Tristan Rémy, ces scènes typiques font partie d'un répertoire collectif que tous les comiques (bouffons, clowns, mimes, pitres, burlesques...) ont enrichi durant des décennies. Equipé d'une préface historique efficace, il s'agit donc bien d'un ouvrage de référence à l'usage des amateurs ou des professionnels, et pour tous ceux qui s'intéressent à la figure du clown et du grotesque.
Passionné par le cirque et le music-hall, Tristan Rémy était le chroniqueur des spectacles populaires, qui l'amenèrent à poursuivre des recherches historiques sur l'art clownesque. Profitant de la loi de 1864 sur la liberté des spectacles qui "ouvre le cirque à la comédie dialoguée", la clownerie s'invente une dramaturgie nouvelle. Auparavant, la clownerie anglaise, qui avait le haut du pavé, jouait du charabia et du borborygme (un clown anglais du XVIIIe siècle limitait ses paroles aux seules voyelles). Ce faisant, Tristan Rémy nous propose de dépasser l'histoire du spectacle vivant pour toucher à l'anthropologie. Ces saynètes qu'il nous rappelle avec précision, n'ont-elles pas en effet à voir avec celles qui se jouent pour nous tous les jours, entre êtres humains ?
Sur les plateaux de télévision, au sommet des différentes tribunes, au cours des "mouvements spontanés", dans les amphithéâtres et aux micros qui poussent de partout... Bref, dès que les hommes prennent la parole ?
Vérifier vaut le coup, foi de préfet maritime.




Tristan Rémy Entrées Clownesques. Une dramaturgie du clown. — Paris, L'Arche, 287 pages, 19,50 €

dimanche 16 juillet 2017

Sur le petit écran ce soir

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Ne ratez pas les aventures drolatiques de la famille Durell à Corfou ce soir à la tévé.
C'est la mise en images mobiles de la délicieuse Trilogie de Corfou de Gerald, l'ami des animaux dont on vous a parlé il y a peu.
Plutôt que de vous fader encore une fois la sempiternelle partie de boules/balade du soir autour du camping, jetez un oeil, ça devrait être plaisant. (C'est British et ça compte six épisodes).
Et pour ceux qui en voudront plus ensuite, c'est à la Table ronde en trois volumes.



Gerald Durrell Ma famille et autres animaux. Traduction de Léo Lack revue. — Paris, La Table ronde, 400 pages, 14 €
Oiseaux, bêtes et grandes personnes. Traduction de Léo Lack. — Paris, La Table ronde, 352 pages, 14 €
Le Jardin des dieux. Traduit par Cécile Arnaud. — Paris, la Table ronde, 304 pages, 14 €

mardi 4 juillet 2017

Kijé n'est pas là

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Tynianov... Ce patronyme n'entraînera pas de pâmoison dans la foule. Et pourtant, Iouri Tynianov (1894-1943) est l'égal de Melville : son Kijé ne vaut pas moins que Bartleby.
Bien sûr, il est russe. On ne saurait être tous américains. Faut-il imaginer que cela a pu avoir un effet dans la réception d'un grand texte mémorable ?
Lorsque vous l'aurez lu ce majestueux Kijé, vous constaterez de vous même que cela ne change rien en effet. Le Lieutenant Kijé est un de ces récits qui érigent un type immarcescible et significatif, soit un classique de premier rayon. Par hasard, il appartient avec Bartleby ou Au coeur des ténèbres à la catégorie des nouvelles à peine développées qui posent des bornes importantes. Et c'est ainsi que, tandis que le Bartleby de Melville fait office de mascotte de la postmodernité, Le Lieutenant Kijé est celle de notre temps.
Fable cruelle et folle de 1927, Le Lieutenant Kijé relate comment un certain Kijé naît de l’erreur de copie d’un scribe du tsar Paul Ier, le fils de la Grande Catherine, despote notoire, et conduit à la suppression des rôles du bien réel lieutenant Sinioukhaïev dont le nom a été rayé par compensation. Il n'est pas question d'insuffler le désordre dans l'entourage immédiat d'un tsar qui a la main lourde dès lors qu'il lui prend l'envie de punir...
Propos sur la fraude, sur la simulation et sur la brutalité du pouvoir, on ne sera pas surpris d’apprendre que Kijé connaît une carrière fulgurante, un mariage fastueux (où il ne se présente tout de même pas) et a plusieurs enfants comme il se doit. Tynianov, qui avait l'habitude de dire que son rôle débutait au moment où les documents historiques qui lui servaient de source s'interrompaient, s'est servi d'une anecdote réelle du règne de Paul Ier pour mettre sur pied cette tragicomédie qui porte condamnation de l'époque de Paul Ier comme de la notre.
En cherchant bien...


Iouri Tynianov Le Lieutenant Kijé, traduit, annoté et commenté par Lily Denis. - Paris, Galliamrd, Folio bilingue (n° 94), 144 pages, 7,70 €

Une fois séduit(e) par Tynianov, vous aurez la possibilité de vous ruer sur Iouri Tynianov La Mort du Vazir-Moukhtar, traduit par Lily Denis. - Paris, Gallimard, "Folio" (n° 6337), 720 pages, 9,30 € ou sur Le Disgrâcié... Dans La Mort du Vazir-Moukhtar, c'est du poète Griboïedov, le contemporain de Pouchkine, qu'il est question.

dimanche 18 juin 2017

Les royaumes imaginaires par Claude Marsey (1921)

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L'aventure de Gabriele d'Annunzio, à Fiume, aurait pu finir de plus déplaisante façon. Quand les poètes se jettent dans l'action, ils deviennent parfois dangereux et celui-là était de taille à soulever le monde, du moins en paroles. Mais le temps, la lassitude, l'oubli ont eu raison du poétissime. De son épopée tragi-comique il ne restera qu'un souvenir amusant, une page nouvelle à ajouter à l'histoire des royaumes imaginaires.
D'Annunzio, en effet, ne fut pas le premier des conquistadores fantaisistes.
Sans remonter le cours des siècles, on cite un gentilhomme lorrain, nommé Antoine de Neuhoff, qui eut l'idée, en 1736, de se (proclamer empereur de Corse. Il débarqua à Porto-Vecchio. Tout un peuple l'acclama, mais les Génois, maîtres alors de l'île, s'empressèrent d'intervenir. Ils mirent à la porte l'usurpateur et le pauvre souverain déchu s'en alla mourir à Londres.
Cinquante ans plus tard, un Hongrois au service de la France s'embarqua pour Madagascar, séduisit les chefs indigènes en les abreuvant d'eau-de-vie et se fit reconnaître par eux comme le maître suprême de l'île.
Mais il ne tarda pas à avoir maille à partir avec les Français. On organisa contre lui une expédition et le Hongrois se fit tuer en défendant, les armes à la main, la hutte qui lui servait de palais.
La fin du siècle dernier vit une aventure plus plaisante, celle d'Orélie Ier, roi d'Araucanie.
Orélie était un gascon, né à Chourgnac, près de Périgueux, fils d'humbles cultivateurs, mais descendant d'une vieille famille de soi-disant « seigneurs de Touneins ». Tandis que le jeune homme était saute-ruisseau chez un avoué, il passait le plus clair de son temps à lire les ouvrages de géographie et les récits de voyage, les Cortambert et les Malte-Brun. Ces lectures lui tournèrent la tête. Devenu lui-même avoué à Périgueux, il abandonna un beau jour son étude et, suivi de deux compagnons nommés La Chaise et Desfontaines, il partit pour l'Amérique du Sud !
Ceci se passait en 1860. Antoine-Orélie de Touneins parvint dans le pays des Araucans, sur les frontières méridionales du Chili et là, sans plus tarder, il rendit un décret mémorable par lequel il s'instituait, de son propre chef, monarque constitutionnel d'Araucanie.
Pour se maintenir, il comptait sur l'appui de la France. Mais notre gouvernement le traita de fou, les journaux firent de lui des gorges-chaudes. Après toutes sortes d'aventures qui durèrent jusqu'en 1874, il vit se dresser contre lui le Chili qui voulait s'annexer les terres araucaniennes. On lui tendit un guet-apens, on s'empara de sa personne, on le jeta en prison et la Cour de Santiago décida qu'il serait interné jusqu'à sa mort dans un asile d'aliénés.
L'ancien avoué périgourdin parvint cependant à rentrer en France. Il ne fut plus, à Paris, qu'un roi in partibus, régnant dans un misérable taudis et n'ayant conservé de sa grandeur ancienne que les loisirs de signer parfois, sur une table de cabaret, des brevets de titres ou de décorations fantaisistes.
Enfin, à bout de ressources, Orélie Ier entra à l'hôpital de Bordeaux. Il y mourut en 1878, laissant son royaume chimérique en héritage à un compagnon nommé Laviarde. Celui-ci prit le nom d'Achille Ier, mais plus prudent que son devancier, il se garda bien d'aller tenter fortune en Araucanie.
Cette sombre histoire ne découragea pas les imitateurs. Peu de temps après se fit connaître le marquis de Rays, un breton de vieille souche, qui fonda en Océanie un colonie « 'libre, catholique et royaliste », Port-Breton. On y devait trouver des terres à 5 francs l'hectare et, grâce à la culture, y faire fortune rapide.
L'aventure servit de thème à Alphonse Daudet pour son livre Port-Tarascon. Dans la réalité, le marquis trop libre et trop royaliste, finit en correctionnelle, où il fut condamné à quatre ans de prison et 3.000 francs d'amende pour abus de confiance et homicide par imprudence.
On peut citer encore un ancien sous-officier de spahis, nommé Charles-Marie de Mavrena qui, en 1888, se proclama, en Indo-Chine, roi des Sédangs. Le pauvre homme mourut des suites d'une morsure de reptile.
Vers la même époque, un certain baron de Hardeni-Hickey, après avoir quelque temps dirigé à Paris un journal satirique, s'avisa de s'instituer prince de l'île de la Trinidad. C'était en plein Atlantique, une terre encore inhabitée. James I", nouveau roi de cette île, ne se rendit jamais dans son royaume* mais chercha à y envoyer les autres. Il fallut encore que le gouvernement intervînt pour épargner, à de pauvres hères trop alléchés, de cruelles désillusions.
Mais, parmi tous ces royaumes fantaisistes, il manquait une république. Elle se créa en 1888. Quelques habitants du pays de Counani, territoire alors contesté entre le Brésil et la Guyane française, écrivirent à un certain M. Jules Gros qu'ils connaissaient et qui était publiciste et conseiller municipal de Vanves. On :lui proposait de devenir président du nouvel Etat qu'on voulait fonder.
M. Jules Gros accepta sans hésitation. Il lança aussitôt un journal officiel, créa une décoration, l'Etoile de Counani, se fit faire des cachets par un graveur du Ministère de l'Intérieur, et embaucha, comme premier personnage de sa maison civile, un jeune groom dont l'uniforme consistait uniquement en une casquette portant en lettres d'or: « République de Counani ». Puis, M. Jules Gros s'embarqua pour ses nouveaux Etats. Mais à la Guyane anglaise, les autorités britanniques le transférèrent de force sur un navire qui s'en retournait directement à Londres et le malheureux président se retrouva en Europe sans avoir jamais mis les pieds dans le pays dont il avait accepté le gouvernement.
Il s'en consola aisément et, jusqu'à 'la fin de sa vie.
Il n'eut plus d'autres occupations que de distribuer, à tous ceux qui l'en priaient, la décoration de son ordre.
Qui ne se souvient enfin de l'étrange équipée de Jacques Lebaudy se proclamant, en 1903, empereur du Sahara? La chronique parisienne s'occupa longtemps de lui. Il put croire un moment faire trembler les gouvernements. Il croyait fermement à sa destinée royale. Il déploya pour édifier son trône, une ténacité incroyable. A un moment même on peut dire qu'il avait réussi et l'on suivait, avec une curiosité amusée, ses efforts dignes d'une autre cause. Jamais l'on ne fut plus tenace en ses desseins. Le Sahara eut pendant un certain temps, son roi — le roi du désert - le roi des solitudes. Mais, ce royaume tomba comme les autres. Jacques Lebaudy fut tué par une femme jalouse, à New-York, où il s'était retiré. Il ne restera plus de l'aventure que des joyeux couplets de revue.
Pour ma part, je me souviens des vers d'un chansonnier montmartrois, prophétisant à cet empereur de carton, dont la fortune s'était faite, on ne l'ignore pas, dans la raffinerie:
Très fier de son rôle officiel, il se montra tout sucre et tout miel.
La seul' chos' qui n'soit pas sucrée,
C'est la note qui sera salée !

Claude Marsey




Floréal, 5 février 1921.

Illustration du billet : Draco Semlich, 2017.

mardi 6 juin 2017

Petite bibliographie lacunaire de la collection D'Etranges pays

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Entre 1976 et 1989, les Presses orientalistes de France ont publié l'une des collections de littérature étrangère les plus captivantes qui soit.
Y apparaissait des chefs-d'oeuvres géorgiens, kirghiz, arméniens, japonais, slovènes, russes, turcs, chinois, khmers, etc. dans une jaillissante variété. Un catalogue où désormais pioche allègrement la nouvelle génération d'éditeurs, qui donnent parfois l'impression d'avoir fait eux-mêmes la découverte du plat qu'ils nous servent.
Saluons comme il le mérite le travail qu'ont effectué les éditeurs brillants et discrets d'alors dont la bibliographie qui suit dit bien les mérites. Quant aux textes magnifiques qui figurent à ce catalogue, ils sont de nature à nous réjouir plus encore.



Catalogue lacunaire

Vladimir Bouritch ''Poèmes, traduit par Léon Robel 1976.

Ivan Vazov ''Sous le joug, traduit du bulgare par Roger Bernard et Nadia Christophorov, 1976.

Collectif ''Chants de palefreniers, traduit du japonais par René Sieffert, 1976.

Oljas Souleimenov ''Le livre de glaise, traduit du russe par Léon Robel, 1977.

Collectif ''Soleil noir. La poésie macédonienne d'aujourd'hui, traduit du macédonien, introduction de Milan Djurcinov. 1977.

Ciril Kosmač ''La Ballade de la trompette et du nuage, traduit du slovène par Jean Durand-Monti, 1977.

Yehuda Amichai ''Poèmes, traduit de l'hébreu de Liliane Touboul, 1977.

Tanizaki Junichirô ''Éloge de l'ombre, traduit du japonais par René Sieffert, 1977

Collectif ''La nouvelle poésie de l'Arménie soviétique. Poèmes traduits et présentés par Vahé Godel, 1977.

Ivo Andritch ''L'éléphant du vizir. Récits de Bosnie et d'ailleurs, traduits du serbo-croate par Janine Matillon. Préface de Predrag Matvejevitch, 1977.

Sabahattin Ali ''Youssouf le Taciturne, roman traduit du turc par Paul Dumont, 1977.

Gyula Illyés ''Poèmes, adaptés du hongrois, 1978.

Juhani Aho ''L'écume des rapides, roman, traduit du finnois par Lucie Thomas, 1978.

Ping-Sin ''Eaux printanières, traduit du chinois par Anne Cheng, 1979.

Ai Ts’ing ''Poèmes, traduit du chinois et présentés par Catherine Vignal, 1979.

Mihaly Vörösmarty ''Histoire du prince Tchongor et de la fée Tündè, pièce en 5 actes, traduit du hongrois par Roger Richard. Préface de Jean Gergely, 1980.

Babur ''Le livre de Babur. Mémoires de Zahiruddin Muhammad Babur de 1494 à 1529, traduit du turc tchaghatay par Jean-Louis Bacqué-Grammont, annoté par J.-L. Bacqué-Grammont et Mohibbul Hasan. Préface de Sabakhat Azimdjanova, Abd-al-Hayy Habibi et Mohibbul Hasan, 1980.

Lao She ''La Cité des chats, traduit du chinois par Geneviève François-Poncet, 1981.

Ciril Kosmač ''Une journée de printemps, traduit du slovène par Jean Durand-Monti, 1982.

Ioury Rytkheou ''Quand partent les baleines, traduit du russe par Monique Salzmann, 1983.

Zakarīyā Tamer ''Printemps de cendre, nouvelles choisies, présentées et trad. de l'arabe par Claude Krul-Attinger, 1983.

Tanizaki Junichirô ''Éloge de l'ombre, traduit du japonais par René Sieffert, 1983.

István Örkény ''Soeur Gloria, traduit du hongrois par Jean-Michel Kalmbach, 1983.

Yuan Hongdao ''Nuages et pierres, traduit du chinois par Martine Vallette-Hémery, 1983.

Yanagita Kunio ''Contes du Japon d'autrefois, traduit du japonais par Geneviève Sieffert, 1983.

Collectif ''Contes kirghiz de la steppe et de la montagne, trad. et présentés par Rémy Dor, 1983.

Mór Jókai Les trois fils de Coeur-de-Pierre, traduit du hongrois par Aurélien Sauvageot, 1983.

Shimazaki Tōson Une famille, roman traduit du japonais par Suzanne Rosset, 1984.

István Örkény Floralies, traduit du hongrois par Jean-Michel Kalmbach. Présentation de Lajos Nyéki, 1984.

Inoué Yasushi La Geste des Sanada, nouvelles traduites du japonais par René Sieffert, 1984.

Miklós Hubay Néronissime ou L'Empereur s'amuse, suivi de l'École des génies, traduit du hongrois et adapté par Jean-Luc Moreau, 1984.

Soulkhan-Saba Orbeliani La vérité du mensonge, traduit du géorgien et préfacé par Gaston Bouatchidzé. Illustrations de Lado Goudiachvili, 1984.

Inoué Yasushi Une Voix dans la nuit, roman, traduit du japonais par Catherine Ancelot, 1985.

Kaikō Takeshi L'Opéra des gueux, traduit du japonais par Jacques Lalloz, 1985.

Bankim Chandra Chatterji Le Monastère de la Félicité, traduit du bengali et présenté par France Bhattacharya, 1985

Frigyes Karinthy Danse sur la corde, traduit du hongrois par Françoise Jarcsek-Gál, 1985.

Conjeevaram Nataraja Annaduraï Râdâ de Rangoon, traduit du tamoul par Léonce Cadelis, 1985.

Collectif Anthologie hussite. Choix de textes traduit et commenté par Jan Lavička, 1985.

Ismail Kadare La Ville du Sud et douze autres, nouvelles, 1985.

Tayama Katai Futon, nouvelles, traduit du japonais par Amina Okada, 1986.

Inoue Yasushi La Tuile de Tenpyô, 1986.

Nagai Kafū Voitures de nuit, nouvelles, traduit du japonais par Roger Brylinski, 1986.

Dezső Kosztolányi L'oeil-de-mer. Dangers et destins, nouvelles traduites du hongrois sous la direction de Jean-Luc Moreau, 1986.

Mori Ōgai L'Oie sauvage, traduit du japonais par Reiko Vergnerie, 1987.

Dezső Kosztolányi L'Oeil-de-mer. 2, Dessins à la plume, nouvelles traduites du hongrois sous la direction de Jean-Luc Moreau, 1987.

Bashô et alii Jours d'hiver, présenté et traduit du japonais par René Sieffert, 1987.

Tadeusz Konwicki Chronique des événements amoureux, traduit du polonais par Hélène Włodarczyk, 1987.

Aleksis Kivi Les Cordonniers de la lande, comédie en cinq actes, traduit du finnois par Lucie Thomas et Aimo Sakari, 1988.

Vaja Pchavéla Le Mangeur de serpent et autres poèmes, traduit du géorgien et préfacé par Gaston Bouatchidzé, 1989.

Tanizaki Junichirô Éloge de l'ombre, traduit du japonais par René Sieffert, 1989.

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lundi 8 mai 2017

Le populisme en littérature

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Saluons en ce huit mai de repos le travail des éditions La Thébaïde qui proposent souvent des livres intéressants et des documents bien ficelés. Après les écrits de Magdeleine Paz, Jean Prévost ou Pierre Bost, c'est au tour de Léon Lemonnier (1890-1953), pédagogue à la Sorbonne de secouer sa gangue d'oubli grâce à François Ouellet qui lui taille un volume très illustratif.
Sous le titre de son Manifeste du Populisme, c'est la part idéologue/chef d'école de son personnage qui est mis ici en valeur, et non ses propres fictions. Il faudra avoir un jour le courage de s'y pencher, mais elles titrent tellement romans de moeurs à tendances sentimentales, autant dire qu'on ne s'est pas empressé d'y courir. Quant à ses biographies à la chaîne consacrées aux célébrités britanniques, elles sont probablement aussi désuètes que la plupart des biographies de cette époque qui en consommait des masses colossales. Passons, c'est le moteur du "populisme" littéraire qui importe aujourd'hui, c'est-à-dire lui-même et acolyte André Thérive (1891-1967), autre figure littéraire dont l'oeuvre a sombré corps et âme...
A la fin des années 1920, ils furent les fondateurs du courant « populiste » qu'ils tentèrent d'imposer. Et Thérive en avait les moyens puisqu'il prenait le poste de Paul Souday au Temps, place éminente, dominante d'où il est loisible de faire la pluie et le beau temps. Cependant, l'école littéraire de Thérive et Lemonnier ne prit pas bien et ne cristallisa qu'en un prix littéraire. Il fit date lors de sa première remise en désignant Eugène Dabit et son Hôtel du Nord en 1931 et c'est à la notoriété de ce dernier qu'il doit encore le fait que son souvenir ne soit pas complètement effacé. Le prix Populiste existe encore, on se demande pourquoi. Et comment. Mais il existe encore. Le milieu littéraire a de ces bizarreries parfois... Au-delà de ce nom assez mal venu à la fin des années 1920, le Populisme ne prit pas, d'autant que côté théorie, Lemonnier et Thérive y allait à la truelle en prenant le monde populaire comme décor plutôt que comme sujet. C'était Amélie Poulain avant l'heure, une tentative beaucoup trop candide à une époque où la vie politique bouillonnait, où, après 1917 et la Grande Guerre on imaginait mal la misère servir de seul décor pour des récits banals.
Le livre qui nous est servi aujourd'hui a le mérite de n'occulter aucune facette de ce "dossier" fugace de l'histoire littéraire. Le passage du Populisme s'écrit dignement et c'est une très bonne chose. Même si cette initiative de deux écrivains maladroits est arrivée à contretemps (Henry Poulaille allait occuper tout l'espace avec une "littérature prolétarienne" autrement plus étayée et relayée) — et sur une idéologie curieuse —, elle a le mérite de parler d'une époque où la question littéraire se vivait dans la prolongation de son passé glorieux d'écoles et de tendances, où la question littéraire ne se limitait pas à la photographie tout sourire des nouveaux impétrants coiffés pour l'occasion, où les chiffres de vente ne remplaçaient pas la question de l'art littéraire.
De quoi ?



Léon Lemonnier (et André Thérive) Manifeste du roman populiste et autres textes. Préface de François Ouellet. — La Thébaïde, 186 pages, 16 €

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