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mercredi 19 juillet 2017

Chez Maurice Beaubourg (1924)

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En guise d'apéritif à une prochaine réédition de deux ouvrages de Maurice Beaubourg (informations plus riches cet automne), cette petite visite au "méconnu" d'alors...


Chez Maurice Beaubourg, lauréat du « Prix des Méconnus »

« Dans le train qui me ramenait à Paris, j’eus le temps dé réfléchir sur le cas de Maurice Beaubourg. Pourquoi cet écrivain était-il méconnu ? Sans doute était-il resté durant toute sa vie à l’écart des combinaisons de la vie littéraire s’était-il abstenu de toutes ces démarches que l’on dit nécessaires, peut-être même de toute ambition. Cet homme qui tous les matins depuis trente ans, s’installe à sa table de travail, couvre d’une écriture appliquée des feuilles qu’il déchire comme Mirbeau, s’il y fait la moindre rature, a toujours été de son époque, mais n’a guère songé à la nôtre.
« En effet, nous avons maintenant perdu toute pitié et tout indulgence pour ces petits boutiquiers, ces gros petits potards ventripotent, ces petites dames à yeux perdus à bouche en espoir de boule de gomme qui prenaient la ligne de Vincennes parce qu’il s’y trouvait plus de tunnels que sur les autres, et qu’il s’est plu à décrire.
Les « canotiers » qui, le dimanche, fuyaient la capitale, ces parisiens promus banlieusards, ces employés en costumes d’alpaga accompagnés de femmes chapeaux fleuris, ou ces ménages qui se rendaient en tandem à la Grenouillère, ne nous intéressent plus. Toutes ces passions politiques aussi qui troublaient le silence des chefs-lieux de cantons, ces luttes religieuses aujourd’hui éteintes appartiennent pour nous à la préhistoire. C’est ce qui fait que certains contes de Beaubourg datent comme ces photographies que l’on retrouve dans un album de famille. Mais il ne faut pas se laisser rebuter par quelques chapeaux « Niniche » ou les culottes de cyclistes qui faisaient le bonheur des jeunes femmes d’autrefois. Dans vingt ans l’on reprendra Beaubourg… les modes, d’il y a 50 ans nous paraissent moins ridicules que celles de l’année dernière. L’on découvrira alors que sous cette ironie à laquelle il n’a jamais manqué de faire droit, se déruise la plus fine sensibilité, qu’il a non seulement mis à nu l’âme du bourgeois de 1900 mais celle des hommes en proie depuis toujours à cette quotidienne que livrent dans leur vie la réalité et le rêve.
(…) Le jury du prix des méconnus ne s’est pas trompé : Beaubourg aura sa place dans la littérature contemporaine à côté de Jules Renard et de Maupassant. Les toiles de banlieue et les bals puvlics de Renoir ne son-elles pas entrées dans l’immortalité au même titre que les bergères de Watteau ?

Jacques Guenne.

Nouvelles littéraires, 1er octobre 1927

mercredi 7 juin 2017

Gaston Criel promu par Miller

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A propos de La Grande Foutaise, l'excellent roman de Gaston Criel, Henry Miller écrivait ceci dans Arts sous la forme d'une lettre à l'auteur :

"Il m'a donné l'impression de revivre ma propre vie, à New York, à Paris ou dans un de ces culs-de-sac abandonnés de Dieu, où on se retrouve quand on est inconnu, méconnu et indésirable, et quand on ne sait pas soi-même ce qu'on demande à la vie, à part le vivre et le couvert. (...) Quant au langage dans lequel l'histoire est contée, quel autre langage pourrait-on choisir, j'aimerais le savoir ? C'est un langage vivant, plein de mordant et des sortilège de la misère qui l'a produit.




Gaston Criel La Grande Foutaise. - Paris, Fasquelle, 1953 ; réédition Plasma, 1979.

Les éditions du Sonneur annoncent pour la rentrée une nouvelle édition de L'Os quotidien de Gaston Criel équipée d'une préface de Jacques Josse, n'est-ce pas parfait ?



dimanche 30 avril 2017

Se casser les dents

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Pour saluer la situation politique du moment, ce magnifique ex libris dessiné pour Josef Klüber (1873-1936) par l'Allemand Willi Geiger (1875-1971), qui n'ignorait rien de l'Expressionnisme.
Il fut d'ailleurs classé par les nazis parmi les artistes "dégénérés" et mis à l'index.
Il survécut à la guerre et consacra dix planches ravageuses à Hitler et à ses sbires en 1947 sous le titre d'Eine Abrechnung.
Son travail dans le monde de l'édition le place parmi les premiers graphistes du siècle dernier.
Louons l'art de ce peintre et graveur magnifique que les fascistes n'ont pu empêcher de créer.



samedi 1 avril 2017

Les couvertures de notre siècle (25)

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Gaspard Delanoë Autoportrait (remake). — Paris, Plein Jour, "Les Invraisemblables", 2017. Couverture de Stéfani de Loppinot.



samedi 11 mars 2017

Les couvertures de notre siècle (24)

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Blaise Cendrars The Bloody Hand. Préface by Nicolas Beaupré. Translation by Graham macLachlan. — Pont-Aven, Vagamundo, 2017, 382 pages, 39 €.



lundi 26 décembre 2016

Digestion



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dimanche 25 décembre 2016

Promo d'Henry Poulaille

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Henry Poulaille, le spécialiste des noëls anciens méritait bien d'apparaître ce jour.



jeudi 1 décembre 2016

De la compréhension selon Robert Walser

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« Qui que tu sois, toi qui lis ces lignes, je te supplie de toute mon âme de ne pas me considérer comme digne de pitié, mais plutôt comme enviable. On croit qu'il faut se comprendre mutuellement, ce qui n'est absolument pas nécessaire. Car il y a beaucoup plus d'intelligence à se satisfaire les uns des autres. Il n'y a aucun avantage à comprendre autrui, mais on a tout à gagner si on aime le voir, et si nos paroles le vivifient. »



Robert Walser « Il m'est difficile de vous décrire... », Le Territoire du crayon. — Zoé, 2013.



Illustration du billet : Efroimson Illya Yakovlevich (1913-1992), huile sur toile, 59/49 cm.



vendredi 19 août 2016

Un squeletté de Doré

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On nous fait voir des cadavres que dévorent les loups et aussi le squelette blanchi d'une mère sans qu'on retrouve la moindre trace de son enfant, ce qui autorise toutes les hypothèses sur le sort de celui-ci. Les gravures, en hors-texte, sont affreusement réalistes, les os de la mère font une pleine page.



Arthur Bernard Tout est à moi, dit la poussière. - Champ Vallon, 2016, p. 150.
A propos de L'Habitation du désert, ou Aventures d'une famille perdue dans les solitudes de l'Amérique. Ouvrage du capitaine Mayne-Reid traduit de l'anglais par Armand Le François et illustré par Gustave Doré (Paris, L. Hachette, 1859).


vendredi 12 août 2016

Chez un mandarin

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Chez un Mandarin

M. Francis de Miomandre qui pour relier ses plus beaux livres choisit un satin fleurs et du crêpe de Chine, aime trop les plaisirs délicats, et ces petits bonheurs subtils dont notre temps n'a plus guère la notion pour qu'on s'étonne de lé voir porter chez lui un pyjama-pagode dont les manches dociles à ses gestes décrivent mille arabesques. M. de Miomandre habite rue Théophile-Gautier, et, de chez lui, l'on s'étonne qu'en vérité Auteuil soit un quartier qui ressemble si fort à l'Extrême-Orient. Les fenêtres encadrent un paysaqe où 1l y a des cyprès et mille arbres capricieux comme sur les estampes japonaises que M. Francis de Miomandre a mises au mur, sur sa bibliothèque, sur son pyjama même, fallait dire sur son visage. Mais chaque soie, chaque estampe cache les livres les plus graves et les plus beaux. Ce qu'on pourrait appeler le nipponisme familier de Francis de Miomandre n'est point signe de quelque goût frivole, et si l'auteur de "La Naufragée" est sensible aux plaisirs à fleur de peau et se réjouit de la panne mauve de son salon et d'une étoffe sablonneuse qui fait de son bureau de travail une charmante place, où pour ne pas avoir la tentation de se promener pieds nus, il a mis une plaque de verre, si M. de Miomandre aime tant à jouer avec les manches de son pyjama-pagode, il n'en est pas moins l'un des plus graves et des plus avertis ; il va chercher dans sa bibliothèque un exemplaire des Chants de Maldoror et rappelle qu'il fut un des premiers à admirer le fameux comte de Lautréamont condamné (sans appel, semblait-il en d'autres temps), et que M. Francis de Miomandre défendit alors envers et contre tous.
M. Francis de Miomandre. assez sage pour ne point se jeter au milieu (le toutes ces petites manœuvres turbulentes qui font, seIon lui, des simples agités de ceux qui furent d'abord de vrais artistes et de vrais hommes sensibles, n'en est pas moins capable d'une action directe. C'est lui qui, par un article dans Paris-Soir, a déclenché la campagne en faveur d'Unamuno. Aussi Espagnol que Chinois et écrivain bien parisien, M. Francis de Miomandre trouve une surprenante gravité pour parler de la malheureuse condition faite aux intellectuels espagnols, et surtout au Recteur le l'université de Salamanque envoyé aux Canaries, et il précise : « Il y a deux sortes de Canaries, les Canaries portugaises, qui sont un paradis terrestre, et les Canaries espagnoles qui sont un enfer terrestre. Bien entendu, le Dictatoriat n'a pas envoyé Unamuno au paradis terrestre, et le déporté se trouve dans un vrai cachot. où il n'a pas d'eau à boire, où. les conditions de vie sont épouvantables."
M. Francis de Miomandre, assez mandarin, répéterai-je, pour ne se point soucier des agitations politiques, insiste néanmoins sur la misérable existence actuellement réservée aux écrivains espagnols ; il oublie la panne mauve, les grandes manches, les cyprès, les estampes, Auteuil, et parle avec une véritable ferveur.
Il n'est point facile de quitter un écrivain qui a tant de gestes. de mots, de paroles et de souvenirs, il a mille livres à montrer, mille histoires à raconter, mille auteurs à présenter ; et c'est ainsi qu'il ne quitte une bibliothèque que pour se précipiter sur une autre et va de Claudel à Rimbaud, de Lautréamont à Max Elscamp (sic) et de Montherlant à un de ses précurseurs ignorés, Jean Reutlinger, mort pour la France, dont il réunit, lui-même les écrits. Il ouvre ce livre à une page souvent lue et montre un morceau intitulé : Bouin parcourt dans la demi-heure 9 k. 721 m. record du monde, et etxplique-t-il, ces pages furent écrites en un temps o l'on ne parait pas encore de jeux olympiques.

Les Nouvelles littéraires, 5 avril 1924.


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