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mercredi 15 novembre 2017

Vingt-et-une vieilles recettes pour mettre à mort les grands coupables

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Repéré par Christophe Macquet dans le fonds de Gallica, ce fragment éloquent de la monographie d'E. Moura, ancien officier de marine, ancien représentant du gouvernement français au Cambodge, officier de la légion d'honneur, officier de l'instruction publique, commandeur de plusieurs ordres étrangers, membre de la société académique indo-chinoise et des sociétés de géographie de Lisbonne et de Bordeaux.:


Vingt et une vieilles recettes pour mettre à mort les grands coupables

Les crimes atroces, connus sous la dénomination de 0crot-tus, sont regardés comme les plus graves qu’on puisse commettre. Ce sont : Entrer dans le royaume les armes à la main - Voler les bonzes - Brûler le Palais du roi — Brûler les livres sacrés – Mettre le feu aux pagodes et aux bonzeries - Incendier les maisons des mandarins et des particuliers – Se saisir des bonzes, de leurs élèves, ou même des particuliers, pour les tuer ensuite de n’importe quelle façon — S’emparer des serviteurs du roi pour les mettre à mort — Tuer son père ou sa mère, ou ceux par qui on a été élevé — Tuer un individu que l’on a poussé au vol, afin de se rendre maitre des objets volés — Voler des objets de grand prix, tels que des idoles du Bouddha en or, en argent, en bois, en briques, en pierre, en étain, en cuivre jaune ou rouge, en vermeil; ou bien voler les livres sacrés et autres objets de ce genre qui sont comme la base de la religion, comme l’aliment de la piété des hommes - Couper les arbres sacrés.
La peine édictée contre les crimes atroces est la mort; et il y a vingt et une manières de faire périr le coupable, suivant la gravité de son crime :
On brise la tête du coupable, de manière que le sang jaillisse; puis on applique dessus une barre de fer chauffée au rouge, qui doit brûler les chairs jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les os du crâne.
On décalotte complètement la tête, en sorte que la peau retombe sur le front et recouvre la figure du patient.
On oblige le patient, par moyen d’un bâillon, à tenir la bouche ouverte et on y verse de l’huile que l’on enflamme avec une mèche.
On fend la bouche des deux côtés jusqu’aux oreilles; puis on y met un bâillon qui la maintienne ouverte, pleine de sang.
On enveloppe les deux mains dans une toile bien imprégnée d’huile et on y met le feu.
On taillade les chairs du condamné depuis la nuque jusqu’aux chevilles et on le frappe jusqu’à ce qu’il expire sous les coups.
On l’écorche depuis le cou jusqu’aux reins, de manière que la peau en retombant lui couvre la partie inférieure du corps.
On lui passe un trident de fer à travers le corps et on le à terre avec cette arme.
On le brûle à petit feu jusqu'il ce qu’il rende le dernier soupir.
On lui arrache des lambeaux de chair avec un coutelas à deux tranchants, de manière à pratiquer dans tout son corps des trous inégaux et on laisse la mort venir.
On lui dépèce le corps des pieds à la tête, jusqu‘il ce qu’il ne reste plus que le squelette.
On lui taillade les chairs; puis, avec un peigne de fer, on en racle les lambeaux jusqu’au décharnement complet de sa personne.
On couche le coupable sur le flanc, puis on lui enfonce une barre de fer pointue qui lui traverse la tête d‘une oreille à l’autre et le fixe à la terre.
On lui broie les os avec une pierre, sans enlever ni la peau ni les chairs. On le plie ensuite comme un paquet et on le jette de côté.
On lui arrose le corps avec de l’huile bouillante jusqu’à ce qu’il meure.
On lâche sur lui des chiens dressés exprès et affamés qui le dévorent et lui rongent les os.
On le pourfend avec une hache.
On le transperce avec une pique jusqu’à ce que la mort s’ensuive.
On l’enterre jusqu‘aux seins dans une fosse; après quoi, on l’entoure de paille de riz à laquelle on met le feu; et quand son corps est couvert de brûlures, on passe sur le sol une charrue et on la repasse jusqu’à ce que le cadavre soit réduit en lambeaux.
On lui fait manger des morceaux de sa chair qu‘on a frits à l'huile.
On l’assomme à coups de bâton.
On le frappe jusqu’à ce qu’il meure, avec un rotin encore couvert de ses épines.

On n’appliquera qu’une seule de ces peines à chaque coupable et cette peine devra être en rapport avec l’énormité du crime.




Traduction Jean Moura in Le Royaume du Cambodge. - Paris, E. Leroux, 1883.


mardi 14 novembre 2017

Vingt-et-un livres muets

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Christophe Macquet est un homme surprenant. Comme par hasard, il a surgi de l'ombre portée de Louis Watt-Owen, cet alchimiste. Depuis quelque temps déjà, on suit attentivement ce qu'il avance en guise de pions et l'on est attentif à ne pas manquer de nous laisser surprendre — on aurait beau faire les blasés, on n'y parviendrait pas. Récemment encore, il nous lançait sa traduction de textes cinquantenaires ou presque du khmer Soth Polin, une sorte de diabolus ex-machina aux idées tortes et longues que les ongles d'un ermite.
Et voici que ce sont ses vingt-et-un livres muets qui sont mis en vente pour que les amateurs s'en emparent.

lundi 11 septembre 2017

Génial et génital

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Tous ceux qui ont lu L'Anarchiste savent de quelles ressources disposent le Cambodgien Soth Polin. Grâce à l'entremise de Christophe Macquet, qui le traduit du khmer, les éditions du Grand Os annoncent pour le mois prochain un recueil inédit de ses nouvelles.
Génial et génital, c'est ainsi que s'intitule le livre.
On ne voit pas comment un titre pareil laisserait indifférent...



Propos de l'éditeur

Pour beaucoup, le Cambodgien Soth Polin est l’écrivain d’un seul livre, L’Anarchiste, livre culte écrit en 1979, quelques mois après la chute du régime de Pol Pot. Il existe pourtant d’autres pépites, inédites en français, comme ce Génial et génital, publié dix ans plus tôt, où, avec une hargne et une lucidité extrêmes, l’auteur ruminait déjà ce désespoir proprement «polinien», désespoir à la fois personnel (je suis un minable), historique (la décadence, depuis Angkor) et métaphysique (il est avilis- sant d’être humain). La gueule fendue jusqu’aux oreilles ! GÉNIAL ! Un bon coup de burin dans la tête ! GÉNIAL ! Croître, vieillir et mourir ! GÉNIAL ! Tout ça parce que ma femme est une pondeuse de concours ! Sniff ! Sniff ! Quel parfum atroce et divin ! Atrocement GÉNIAL ! Divinement GÉNITAL ! À chaque humiliation, à chaque nouveau coup porté à leur dignité, les personnages des quatre nouvelles de ce recueil en redemandent. Communiquer, disent-ils, Ordonne-moi d’exister, La mutation des êtres, C’est comme tu veux, Na, le ton est donné : les narrateurs, doubles de l’auteur, sont des faibles, moins soumis à la tyrannie de leur « petite-sœur » qu’à la spirale de leur désir masochiste. Un enfer (bouddhique) des passions où la jubilation et le rire, un rire sauvage, omniprésent, un rire nietzschéen, sauvent l’auteur et son œuvre du cynisme et de la noirceur.

Soth Polin est né en 1943 au Cambodge. Son premier roman, Une vie absurde (Tchiivit ‘Et Ney, 1965), fortement influencé par Nietzsche, Freud et Sartre, mais aussi par la philosophie bouddhiste, est un énorme succès. Suivent de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont les grinçants et crépusculaires Tu es l’amour de ma vie (‘Aun Tchie Mtchah Snaè, 1966), Un homme s’ennuie (Bo’râh ‘Apsok, 1967) et La Mort dans l’âme (Morena’ Knong Duong Tchèt, 1973). Proche des milieux nationalistes, anti-Sihanouk et anticommuniste, il fonde à la fin des années 60 le quotidien Nokor Thom. Il soutient la politique de Lon Nol avant de prendre ses distances et de se réfugier en France en 1974. Il travaille à Paris comme chauffeur de taxi et publie L’Anarchiste (La Table ronde, 1980), son seul roman écrit en français. Il quitte la France, presque dans la foulée, et part s’établir sur la côte ouest des États-Unis, où il vit toujours aujourd’hui.



Soth Polin Génial et génital. nouvelles traduites du khmer et présentées par Christophe Macquet. - Toulouse, Le Grand Os, 2 octobre 2017, 112 pages, 12 €


Et toujours L'Anarchiste. — Paris, La Table ronde, 2011, "la Petite Vermillon", 257 pages, 8,70 €

dimanche 25 juin 2017

« L'humanité » – Phnom Penh, par Christophe Macquet

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(« L'humanité » – Phnom Penh, juin 2016)




Il fait une chaleur à crever.

Une palme.

Mot trop chargé.
Comme le mot yourte, par exemple.
Ou comme le mot Patagonie.

Il ne faut pas rêver.
Il ne faut pas faire rêver.

C'est plus rigide qu'il n'y paraît.
Une palme.

C'est comme une biche.
J'ai essayé.

Ou une vigogne.
J'ai essayé.

Ou un chamelon albinos.
J'ai essayé.

Le crin, les dents, l'odeur.
Ça n'est pas fait pour l'humanité.

Une palme, donc.
Une palme frotte brusquement contre le volet.

La nuit.
Sans vent.
Et sans palmier.
Ça me fait sursauter.

Dévoiler ?
Révéler ?

Qu'est-ce que tu dis ?

Hier, caresser l'écorce du pin des Landes dans le fond du jardin.
Demain, photographier la houle des rizières.

Tino.

Dévoiler ?
Révéler ?

Tino.

Il traînait dans les rues, depuis qu'Avine était parti, le regard submergé, sur le chemin des écoliers, des gamins l'appelaient Tino, donc je savais qu'il s'appelait Tino, on l'aimait comme on aime une habitude, sur le chemin des écoliers, la truffe chaude et le poil fatigué, mais je ne savais pas la préparation de sa fin dans les dunes, je ne savais pas la pluie, le vent, les oyats, les puissances, et la brutale indifférence des puissances, pour tous les fils de chien, je ne savais pas sa fin, on dit qu'il se fit déchiqueter, un après-midi de novembre, par les deux Rottweilers de Charles Brodel.

Les élégantes à moto protègent leurs blancheurs.

En couple, à Buenos Aires, sur un balcon, la nuit m'appelle.

Je me mords la langue jusqu'au sang.

Dans le hall de l’aéroport, avant mon départ.

Pays maudit.

Porter un toast aux grêlons anonymes, 2014, Addis-Abeba, sur une colline, derrière l'ambassade du Royaume-Uni, j'ai fait un deal, je ne paie que 150 euros par mois, mais je dois m'occuper de la cabane en bois et de Sanafech (nom d'une espèce de moutarde), il va donc falloir que je passe le test Sanafech, qui a été sévèrement battue dans sa jeunesse et qui mord la moitié de l'humanité, je réussis le test, elle agite la queue et vient me lécher la main, je vais donc vivre trois mois avec elle, tout le quartier en a peur, elle attaque à tout-va, elle a déjà blessé une bonne dizaine de personnes, je la détache le soir (elle file comme une flèche) et je la rattache à 6h du matin avant que les voisins ne se risquent à sortir (elle ne veut pas, évidemment, je dois ruser), quand je m'en vais (marcher, marcher), elle pleure, si je ne lui ai pas fait une rapide caresse entre les oreilles, elle pleure, c'est sans doute religieux pour elle, bonne nuit, bonne nuit, tu n'es pas seule, Sanafech, les nuits sont longues, bougies, bouteilles de Gin, les hyènes et les rôdeurs, mais les rôdeurs n'approchent pas, et quant aux hyènes-ocarina, je ne connais pas les rapports nocturnes de Sanafech et des hyènes, elle doit sans doute faire attention à son matricule, mais elle est folle aussi, en tous cas, elle me rapporte chaque matin des crânes de chèvre à sucer, des bandelettes de momie d’injera, odeur infecte dans son panier, sur le perron, je dois jeter les os, les cornes, les sabots d'âne, tous les matins, je la caresse même si elle a fauté (j’apprends), l’important c’est « son état du moment », elle aime la viande, je lui donne un baiser sur la tête, elle s’allonge parfois sur le dos pour que je lui caresse le ventre (une canine dépasse des babines), j'attrape des puces à force de la caresser, à force de boire et de ne pas me laver, je me transforme en gueux, en mystique aux yeux creux, en Éthiopie (comme en Inde), on peut descendre très bas dans l'insouci de soi, tout en gardant sa dignité, sa fierté, drapé dans une étoffe spirituelle et mitée, Sanafech, c’est un chat, une difficile, si elle n'a pas sa viande (à cause d'un carême imprévu), si le riz est trop froid ou s'il a fermenté, elle n'en veut pas, j'ai beau lui donner des noms doux, j'ai beau l'appeler « Sanafechu » (à l'espagnol, « Sanafétchou »), « tu n'aimes pas le riz froid, Sanafechu, tu ne manges pas ? », ça sort tout seul, sortir, rentrer, sortir de l'humanité, parce que je suis trop seul, il y a une sortie par le haut, et une sortie par le bas, sa tête triste de chien de BD, museau tout fin, tout féminin, deux points noirs à la place des yeux, ce que je peux dire de Sanafech, c’est qu’elle me surprend sans arrêt, son museau fin de femme, la nuit, parfois elle aboie toute la nuit, je ne peux pas mettre des boules Quies, puisqu'il faut que je me réveille à 6h du matin, pour la rattacher, la nuit, toast aux puissances, toast à l'oubli, alcool, photos, bougies, les zigoltons, les zigouigouis, comme les femmes abyssines, œil de velours, ou les femmes cambodgiennes (pays parfumé et pourri, tambour, la guerre, la finesse des jointures, la faim, les lèvres savamment ourlées, la nuque, les cils, les salières princières et le burin magique des vieilles écritures), non, non, tu n'es pas seule, Sanafech, cette nuit, tu t'es réfugiée museau tremblant sous l’antenne parabolique, tandis qu'il tombe des misères, j'emporte la bouteille et je te rejoins, au ras du sol, complètement seul, le bruit des grêlons qui tombent sur le réflecteur, rebondissent sur le sol, les morts, nous mitraillent par en-dessous, blancs, blancs, dans la nuit qui descend, maintenant, je protège ma bouteille et ton museau, tu n’aimes pas ça, l’alcool, je vois, moi, ça me permet de ne plus parler aucune langue, pousse-toi un peu, le Gin me poursuit, tu n’es pas seule, Sanafech, je porte un toast immense à ta vie.

Troisième naissance d'Avine.
C'est le moment où Archibald comprend le RE.

Distillation : purification (quintessence).
Dans les lieux « forts », il faut payer.

Le braiment du baudet : poulie rouillée.

Un rabatineur survolté (avec un bec de lièvre) fait de la retape pour un bus en partance pour le Sud (pour les palétuviers).




Décomposition de mon passé.
Bourbier.

Fermentation.
Les choses vécues.

Cascades d'apparents coqs-à-l’âne, jacarandas, serments, soupers, ibis au bec recourbé, les entonnoirs qu’on a croisés.

Un passereau de la taille d’un colibri.

Un pigeon corne un coin de la photographie



Des trombes d’insectes.
Devant les phares du camion.
J’raccroche les gants.
Expulsé de l’Être par des cons.

Hier, les genêts épineux : une odeur de beurré.
Demain, les genêts épineux : une odeur de mangue mûre.

Les mouches, les mouches, les mouches.
Partout, se collent.
Les mouchent, partout, se colle.

Saturation.
Nuit monochrome.

Stop alcool, le 30 mai.

Nu.
Sec.

Produire mon propre alcool.

Il fait une chaleur à crever.

Il faut suer.
Suer du temps.

Et botter le fondement.
De tous les urbains.
De tous les rats, rateurs et littérateurs.

Crépu (crépusculaire).
Caché.

Elle dit.

El lulugar.
Et la forme ulula.

Oralité.
Caillée.

Avine est de passage.
Barattage de la mer de Morphée.

L'abandon de Daffy (il avait des vers, il marchait de travers), ma mère était tombée malade, alors on a laissé Daffy à mes grands-parents qui vivaient dans le Vaucluse, près du Thor, sur la montagne de Thouzon, puis, mon grand-père l'a donné à un boucher, c'était un épagneul breton à la truffe rose et aux yeux dorés.

Il avait des vers.
Il marchait de travers.

Bouche à nu.
Bouche à sec.

Les yeux de Pastrick se mouillent sans arrêt.

Toucan bat lourdement des ailes.

Pompe à béton vrombit comme un essaim d'asperges hydroponiques (?).

Il fait une chaleur à crever.

Karaoké, la nuit.
Le mec aviné qui chante mal.

Comme le sexe, la littérature.
Parfois c'est lourd, et parfois c'est léger.

Mais qu’est-ce que tu veux dire, frottement de palme ?
Et pourquoi m'as-tu réveillé ?

L'abandon de Negra, Uruguay, bord de mer, Valizas, septembre 2006, fin de l'hiver, bord de mer vide, comme la Schnee 2000 à Koh Kong (le pont futur, l'oiseau en cage, les bernards l’hermite, le coq sauvage et le coq domestique, la tempête qui se forme au sommet des montagnes, ma gueule sous l'abri-parasol, le côté fade et largué), la mer, inhospitalière, partout, j'ai vérifié, rouleaux, goémons, temps couvert, les cigarettes Coronado, las piedras lunares, las dunas melancólicas, la espuma (¿sal y odio?), l’aube des continuations vs l’aube des ruptures, petit matin blafard, pluvieux, Negra boit de l'eau de mer, elle dort encore, pour savoir quelque chose d’une chienne, attendre le moment où elle croit vous « tenir », non, non, on ne peut pas dire d'une chienne qu'elle dort encore, ni qu'elle vous « tient », d'une femme peut-être, mais pas d'une chienne, toujours réveillée avant son maître, toujours « tenue », même s'il s'agit, comme ici, d'un maître provisoire, parce qu'avec Negra, c'est comme ça, petite fille pauvre face à la mer, elle attend qu’il arrive, qu'il l’emmène au ciel dans les profondeurs, qu'est-ce que tu dis ? elle voit des animaux fantastiques, un éléphant, à l'horizon, une pierre précieuse, une boule de feu au bout de chaque défense, devenir riche, petite fille pauvre, sa mère malade, ses larmes, arbre nouveau, fruit rouge, pulpe rouge inconnue, guérit sa mère, qu'est-ce que tu dis ? le petit sa mère meurt sous la glace dans le lac, il ne peut plus sa route, devenir riche, partir pays étranger, amour une fille, baise ne voit plus sa route, ou non, se noie la fille, ou non, s’en va, l’important, c’est la forme, lui dis-je, les adjectifs, je lui propose, c’est la fille qui le tue, on suit la fille jusqu’à la fin, et à la fin la belle innocente, c’est elle qui tue, c’est elle qui reconstruit l'histoire, avec Negra, c'est comme ça, elle traînait sur la plage, sans maître, un chien-paria de plage (comme dans le Sud de l'Inde), non, plutôt un chien-baquiano, comme on dit par ici, un pisteur, un bâtard éclaireur, un canis lupus qui choisit son maître sur la plage et qui l'accompagne pendant plusieurs heures, pendant plusieurs jours, pendant plusieurs semaines, pendant toute la vie même, qui le protège, qui lui ouvre le chemin, Negra, elle s'appelle Negra, je le sais parce qu'elle est toute noire, parce j'ai crié vingt noms sans succès, parce que quand j'ai crié Negra, je l'ai vu redresser les oreilles et remuer la queue et venir vers moi, c'est la nuit, elle a donc eu des maîtres avant moi, allongée sur le seuil, des bruits, baptisée, je ne sais quoi, du vin dans un gobelet en plastique, je ne sais d'où, crillons, cigrales, clapaud ,qui dans l’herbe séduire régner le cadavre du chat mort, comme le cadavre de la chevrette blanche dans le Gobi, perdu photos, oiseaux gueulards, territoriaux, elle montre les voies, elle va de l'avant, elle revient si je tarde, elle attend patiemment, je suis l’œil pour Negra, elle pose parfois, l’arroyo que je ne peux traverser, eau froide, danger, l’obstacle, finalement, je trouve une barque en amont, Negra, ça ne l'arrête pas, sa petite tête noire franchissant l’arroyo glacial (elle me suivra jusqu’au bout), les grandes dunes, le désert de sable, la marche à deux, plus tard, estran, cimetière de vieilles godasses, de lobos marinos, d’oiseaux, la mer rejette les cadavres, la mer se purifie sans mouches, Negra boit de l'eau de mer, Negra entame une patte de lobo mort, phare qu’on n'atteint jamais, la folle à Cabo Polonio, il n’y a que des malheureux en ville, se suicident le dimanche, dit-elle, moi je ne sais pas quand c’est dimanche, ni hay árboles para esconderse, beaucoup de vent, tu deviens fou, les cabanes sont petites, c’est pour se retrouver, c'est pour se ramasser, ça commence comme de l'aventure, l’oiseau criard fait mine de nous attaquer, marche, marche, bonheur, mal aux jambes, le vent, le sable où s’enfoncent mes godillots de chantier, le gilet où j'enfouis ma tête, pour allumer une cigarette, ne jamais rentrer par le même chemin, le bord de mer, le jour décline, les vagues hier comme une marche militaire, aujourd’hui comme un air de carnaval, village-fantôme, au loin, une antique « bergère peul », visage brûlé, enturbannée, elle vient vers nous, pan de manteau qui flottait dans la brume, au début, je savais pas si c’était humain, puis coït dans les dunes, Negra en sentinelle, comme en Mongolie, les poteaux électriques, le soleil qui réapparaît, rayons dieu parle, comme un défi la marche, contre le temps pourri, deux rayons de soleil, récompense, je rentre en stop, recolector de basura, tracteur, puis camionnette, je monte Negra dans la camionnette, trouée dans les nuages, plaine palmiers on dirait le Cambodge, Negra a peur de la camionnette, puis des camions de terrassement, marais en fin de journée, Negra passe et repasse sous le barbelé, Negra se délecte dans les marais, Negra a peur de la camionnette, des camions de terrassement, mais elle n'a pas peur de la mer, elle aime le sable, les dunes, elle boit de l’eau de mer, c'est une sœur de la côte, j'ai loué une cabane de pêcheur, la nuit, elle monte la garde devant la porte, je fais des spaghettis, je lui en donne les trois-quarts, je mange le dernier quart, puis je m'effondre sur mon lit, je rêve, la « bergère peule » me raconte, tu étais habit noir, chaque mois, le même jour, tu enlevais deux enfants pour les manger, on le savait, on vivait en famille dans les arbres, sans barrière humain animal, Negra faisait partie de notre famille, elle avait deux chiots, je t’ai dit non pas chez nous va chercher ailleurs, il y en a d’autres, je pensais que tu te transformerais comme les loups-garou, mais la nuit tu es venu, tu as pris un chiot dans chaque main avec ta mine quand elle est mauvaise, mais tu n’étais pas transformé, tu étais comme un homme habillé avec tes habits noirs de toujours, je me suis dit ça va venir, il va se transformer, tu t’es jeté dans le précipice avec un chiot dans chaque main, j’ai eu si peur pour toi, je me suis dit que là enfin tu allais te transformer, mais non, même pas, et finalement tu t’en es sorti indemne avec un chiot dans chaque main, et je me suis réveillée, le lendemain, je me réveille en sueur, Negra n'a pas bougé, on part de l'autre côté, c'est moi qui l'entraîne, vers Aguas Dulces, un petit étang avec des aigrettes (amoureux des aigrettes, partout, j'ai essayé : j'ai fini par admettre que cet IMMENSE AMOUR était abstrait), l'humanité, c'est une moyenne, Negra ne joue pas avec les grenouilles, c'est beaucoup d'oubli, beaucoup d'appétit, Negra ne veut pas jouer , c'est déjà l'oubli du fonctionnement des organes, elle n'a pas le temps, désir, les vieux, désir, elle est très occupée, l’humanité, les yeux, jusqu'au bout l'humanité les yeux désir les vieux le fonctionnement des organes, pas cariñosa mais fidèle, le bruit des pins qui grincent, être nourri, être aimé, ne pas être abandonné, l’odeur des lobos morts venant de la grande île en face, Negra n'est-elle qu’une « perra » qui sert de guide à tout le monde ? à un moment, je m'assieds et elle disparaît, ennui ? soif ? désertion ? c'était une fausse sortie, elle m'avait contourné, elle m'attendait sagement sur une dune en surplomb, on se remet en marche, on marche, marche, es-tu encore vivante quand tu n'es pas là, Negra, quand je ne te regarde pas, quand je ne pense pas à toi ? on marche, mais rapidement je sens que Negra n'est plus la même, elle me suit, mais je sens que c'est parce qu'elle remplit une mission, elle a l'air d'avoir peur, et brusquement, là, je comprends, on a dépassé la frontière, on n'est plus chez elle, là, brusquement, huit molosses fondent sur nous, Negra se blottit contre ma jambe droite, ils nous entourent, l’échine hérissée en montrant les crocs, c'est un cercle de grognements, museaux froncés, pupilles dilatées, les raideurs de la haine, régulièrement l'un d'eux attaque au centre, essaie de mordre Negra, ce n'est pas moi qu'ils visent, c'est Negra, c'est l'intruse, l'étrangère, je gueule, mais je n'en mène pas large, je ramasse un éclat de parpaing, je lance, de toutes mes forces, je gueule encore plus fort, puis une bouteille de bière vide, kaï-kaï, j'ai touché un grand mâle, taïaut-taïaut, ils s'en vont aussi vite qu'ils sont venus, je gueule une dernière fois, j'ai compris, je rebrousse chemin, le soir tombe, on rentre à la cabane, je fais des spaghettis, je lui en donne les trois quarts, je mange le dernier quart, la nuit s'épaissit, j'oublie la lune, la nuit se tend, je me fous des étoiles, la nuit cède, et je cède avec elle, je m'effondre sur ma paillasse, je rêve, mon plus vieux rêve, la route, la verdure, les arbres sur les bas-côtés, on arrive dans une maison de la vie antérieure, il y a un berceau rempli de pétales fanés au milieu de la cuisine, à contre-jour, puis un autre rêve, le soleil, un chantier (une route en latérite, des pelleteuses), puis un autre rêve, une épouse en cire, ses cheveux partent, exsangue, mâchoires Ramsès, respiration coupée, à la fin, les dents-monstre, la tête dans la cuvette vomit, moi je dis c’est bien, ne t'inquiète pas, ça va aller, ne t'inquiète pas, terrifié-insensible, si gentille pourtant prévenante avec moi dans le hall de l’aéroport, avant mon départ, c’est mon frère qui finit par l'aider, mon frère que je ne reconnais pas, je me réveille dans mon rêve, je réfléchis dans le petit matin blafard, pluvieux, samedi matin, aider une femme accouchement mort, mais qu'est-ce que tu veux dire ? les raideurs de la haine, je me réveille en sueur, Negra n'a pas bougé, dans une heure, je prends le bus pour Montevideo, je suis dans le bus, Negra me cherche, je la vois qui me cherche désespérément dans la gare routière, elle me cherche et le bus démarre.


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Il fait une chaleur à crever.

Dans le hall de l’aéroport, avant mon départ.
Le bus pour Montevideo.




samedi 24 décembre 2016

Bouffe et amarante

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Après le fesse-libris pour le moins... curieux de cette semaine, il nous a paru, depuis notre île, et l'on nous excusera cette courte vue, qu'une affiche publicitaire pour un magazine un peu grotesque, si ce n'est tout à fait con, ferait assez bien l'affaire.
En contre-point, et parce qu'on ne peut se laisser aller à la bêtise satisfaite sans manquer à notre dignité d'être humain, nous livrons le cadeau de saison que Christophe Macquet nous envoie d'Asie.
C'est "une petite strophe énigmatique du poète cambodgien krâm Ngoy pour passer Noël".


20. Ne foulez pas aux pieds
L'amarante « fiente de poulet »
Dans leurs paraboles, nos Aînés
Appelaient amarante
Deux, trois espèces de plantes
N'allez pas chier
Où vous avez mangé




mardi 5 juillet 2016

A Phnom Penh aussi Wouèlbec est grillé

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« À un moment de la soirée, Varman-Rosée, passablement éméché (il a vidé cinq bouteilles de rhum arrangé), se lâche sur Wouèlbec : petite sociologie portative, indigente et perverse, centré, pépé, on repère le dispositif, wouèl, wouèl, le rachitique n'avait pas le choix, il a joué au mieux avec les cartes qu'il avait, laid, scrofuleux, tête à baffes, conceptuel et libidineux, ami contrefait des puissants, pépé, centré, sexualité de retraité, narcissisme occidentalo-centré, rat des fêtes, rat crevé, vindicatif comme un nain tabassé, protégé par les avocats et la police, il a joué au mieux avec les cartes et le territoire qu'il avait, fouraillant dans son entrejambe, cervelle qui chauffe, ressentiment obsidional, fouraillant dans sa mort individuelle, le monde est gris, les avocats, le monde est plat, le compte est bon, centré, pépé, le monde est riquiqui, le style est plat, donc j'ai raison, je suis diva, griser les styles, bouffon gavé, briser les envolées, le cheveu gras, centré, bébé, le vin millésimé, protégé par les gardes-frontière et les phalanges de l'Identité, wouèl, wouèl, j'écris des chansonnettes pour la grande morue du Palais des Glaces, relooké comme un vagabond, et puis s'élever sur les décombres, je suis rock-star du troisième âge, surprotégé, centré, bébé, je suis l'auteur du troisième type, se relooker, il a joué au mieux avec les cartes et le territoire qu'il avait, empruntant les traits des grands auteurs au visage de fouine consumée, les grands incandescents, du look, bébé, centré, vindicatif comme un histrion démasqué, et pas de style, oh non, pas d'âme, pas de couilles, et qu'est-ce qui reste quand on n'a pas de style, pas d'âme, pas de couilles ? wouèl, wouèl, il reste la notoriété, le pouvoir, l'argent, la sexualité fantasmée, c'est-à-dire finalement la PEUR (et toute une société, tout un public captif, se reconnaît). »


Phnom Penh, août 2013


Extrait d'un manuscrit en cours de Christophe Macquet mettant en scène le personnage de Varman-Rosée, "une sorte de Falstaff".

lundi 14 mars 2016

Livres muets à Phnom Penh

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Christophe Macquet, qui n'est plus ni au Népal ni en Sibérie orientale, non plus qu'aux Maldives ou à Machu-Pichu, nous signale que deux livres muets sont publiés à Phnom Penh.

Un éléphanteau vert (Éditions Sipar, Phnom Penh (Cambodge), 28 pages au format 140/180 mm à 5 exemplaires numérotés et signés. Il s'agit de "réinjections et photographies directes" de Bayou Petit-Caillou, Bénarès, Katmandou, Lafayette, Montréal, New-York, Niagara Falls, Nouvelle-Orléans, Toronto, Wimereux (2015).

On n’entend pas (Éditions Sipar, 28 pages au format 140/180 mm à 4 exemplaires numérotés et signés. Il s'agit de "réinjections" sur des photographies originales d'Argentine, Arménie, Bolivie, Cambodge, Éthiopie, France, Inde, Iran, Népal, Venezuela (2007-2015)



samedi 7 février 2015

D'argentine en Lituanie

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Le nouveau livre muet de Christophe Macquet, Anoche hubo una tormenta, transporte, via l'Atlantique Sud et 26 photographies prises entre 2005 et 2011, d'Argentine en Lituanie.
L'ouvrage est tiré à 50 exemplaires numérotés, il paru à Erevan en décembre 2014 et les éditions Le Grand Os peuvent vous permettre de vous le procurer.
Ceux qui ignorent encore l’œuvre de Christophe Macquet peuvent se tourner vers l'Alamblog et plus encore vers son site personnel Obscures.

Christophe Macquet Anoche hubo una tormenta. - Erevan, Antares, 28 pages dont 26 photographies couelurs (isbn 978-9939-51-705-6) 20 € (+ 1,50 € frais de port)

vendredi 19 décembre 2014

Cette fille a la peau verte (Macquet le débouleur)

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Le 8 décembre dernier, Christophe Macquet annonçait sur son blog Obscures la parution de trois nouveaux "livres muets".
C'est peu de dire que ce photographe-écrivain-globe-trotter a quelque chose de fascinant.
Plus véloce que les amateurs de traîneaux ou de cabanes sibériennes, il va imprimer ses livres de photographies en Arménie ou au Kerala, shoote des tombes en Terre de feu, use de pratiques solitaires comme la "réinjection" (photographie de l'un de ses clichés via l'écran d'un ordinateur, la nuit de préférence et toujours dans l'obscurité pour maintenir un cadre noir) ou, plus récemment de la maréidolie. Il a bien fallu qu'il nous explique ce qu'était ce mot-valise composé de marée et paréidolie (illusion d'optique donnant à voir une forme, un visage, dans un objet, un rocher, etc.). « Et "le mot "paréidolie" est beaucoup utilisé en psychanalyse jungienne (on s'en fout) », s'empresse-t-il d'ajouter.
Frappé par la qualité des images et des textes de cet habitué de l'Alamblog (souvenez-vous de Luna Western), la parution des Sélénogrammes de la solitude avine où il tangote, assez incantatoire, prenant...

Et Macquet-la-tête-noire écrivait dans son noir (sur la voûte dans son noir, sur la voûte dans son noir) (...)

ou de L'Oiseau, récit physique, album de photographies prises en Amérique latine durant la décennie qui vient de s'écouler, soulignent encore l'importance de ses gestes.
Littérairement comme graphiquement, frappe d'abord l'immense liberté de Christophe Macquet. Pas de postulats, de dogmes, de formes "à s'y tenir". Liberté grande. L'écharpe de vent autour de la tête, on passe de la macrophotographie au flou derrière la vitre ou aux complicités dans le tunnel. On est sans cesse surpris. On se prend à penser, à moins d'être subjugué, à penser qu'il est si rare d'être surpris ainsi... Mais n'est-ce pas normal puisqu'

"En cette trente-huitième année de l'incarnation du phosphène de rien"

tout apport de Christophe Macquet vient bouleverser par son caractère autonome, énergique, international et assez certainement social, le panorama culturel prévisible et prévu ?
C'est un franc-tireur au pied léger, un indépendant armé d'imagination jusqu'aux dents qui bousille les têtes de gondole sans l'avoir toutefois bien remarqué. Un débouleur. Un ruineur de commerce diront les gens du métier, un punk apatride, un électron libre.
Il convient donc de prêter attention à cette œuvre étrange et attirante, rendue plus précieuse encore par les mystères de sa conception et de ses pérégrinations. La façon dont elle arrive jusqu'à nous est, pour commencer, le premier de ses enjeux, partant de ses charmes.
Enfin de l'air frais.


Christophe Macquet Cette fille à la peau verte (maréidolies). — Kerala, DC Press, 2014, 28 pages. ISBN 978-93-84786-07-6
Sélénogrammes de la solitude avine. — Arménie, Actual Art, 2013, 28 pages. ISBN 978-9939-816-40-1
L'Oiseau, récit physique. 82 photographies couleurs — Toulouse, Le Grand Os, 2014, 88 pages, cartonnage illustré éditeur, tirage à 100 exemplaires, 32 € (port 1,50 €).



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mercredi 25 juin 2014

Des livres muets en provenance d'Arménie

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Toujours en vadrouille à travers les solitudes du monde, parfois habitées, Christophe Macquet nous prévient, peut-être d'Arménie, qu'il publie un "livre muet", tout juste après son Sélénogrammes de la solitude avine.
Ce nouvel opus du reporter silencieux s'intitule L’histoire de la fille sans trou/Համր գիրք. Il se trouve auprès des éditions Antarès.



Christophe Macquet L’histoire de la fille sans trou/Համր գիրք. — Erevan, Antarès, 28 pages, 140/140 mm, isbn 978–9939–51–624-0. 50 exemplaires vendus ici.


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