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vendredi 26 février 2010

Les oeuvres des enfants : un entretien avec Claude Ponti

ClPonti.jpg © Eric Dussert 2010.



Il avait annoncé qu’il le ferait, et il l’a fait : Claude Ponti, l’un des plus talentueux et imaginatifs créateurs de livres pour jeunes lecteurs (1) de notre époque a créé avec quelques amis le Muz, ou Musée des Œuvres des Enfants, accessible à tous “sur Internet, particulièrement aux enfants, en tous lieux, à toute heure, en toute saison, quelque soit l’humeur de la météo et la résistance aldutinienne”.

Après l’ouverture du champ artistique opérée par Jean Dubuffet dans les années 1940, c’est une nouvelle fenêtre qui est ouverte.
Elle est destinée à souligner l’importance et l’intérêt d’œuvres dont l’attrait est souvent réservé aux murs des domiciles familiaux, lorsqu’il n’est pas relégué aux cartons, quelque part au placard au fond du couloir.
Les premières œuvres recueillies par le Muz, le jeune enfant est parfois doué d’un talent étonnant, doté de visions exceptionnelles.

Le but n’est évidemment pas de starifier quelques têtes blondes, brunes ou rousses (seul un prénom vient “autoriser” l’œuvre présentée) : le Muz vise essentiellement à mettre en évidence la force de talents qui n’ont pas attendu le passage par les Beaux-arts pour s’exprimer, et dont le jaillissement ne rabattra rien devant les travaux d’artistes plus laborieux, plus âgés, plus formatés.

Avec nos vœux de grand succès au Muz, quelques questions ont été posées à Claude Ponti pour l’édification des Alamblogonautes, comme cela leur avait été promis il y a quelque temps déjà…

A quel moment avez-vous porté attention aux œuvres des enfants ?
Toujours, mais englobé bêtement dans mon goût de l’art brut, des naïfs, ou des Facteurs Chevaux et des Gaston Chaissac. Non englobé, à partir du moment où j’ai rencontré beaucoup d’enfants de par mon travail de faiseur de livres pour enfants. J’étais souvent face à des œuvres d’enfants réalisées en ateliers, en classe, en médiathèque ou à l’occasion de concours. Et chaque fois le même constat, on ne faisait rien de ces œuvres ENSUITE. Dans le meilleur des cas, elles finissaient par pourrir dans la cave de l’école, si l’école avait une cave. Totalement non englobé lorsque ma fille vers six ou sept ans a écrit et dessiné un petit livre comme beaucoup d’enfants. Elle voulait le faire publier, et qui était mieux placé que moi pour ça ? Sauf que j’étais le mieux placé pour expliquer que non, aucun éditeur ne voudrait publier un petit livre fait par un enfant, ils pensent que ça n’a pas de sens. La désespérance, c’est que le résultat de la longue discussion absurdante (elle avait d’excellents bons arguments) fut qu’elle cessa d’écrire pour de longues années.

Comment l’idée du Muz a-t-elle émergé ?
Suite à ces événements tragiques et après de longues parlottes avec des amis confrontés à la même adultitude, et travaillant avec des enfants ou en contact avec d’autres, dont certains réussissaient à imprimer, graver, des livres faits par les enfants, d’aucun allant jusqu’à faire faire des jardins poèmes en nature véritable invités à Chaumont sur Loire, nous conclûmes que nous allions construire un Musée des œuvres des enfants.

Comment fonctionne-t-il ?
C’est tout simple.
On tape « lemuz.org » là où il faut sur l’écran ordinatique d’Internet en frappant de doigts légers le clavier de l’ordinateur. Et on entre en devenant immédiatement un visiteur.
Le visiteur va dans la collection permanente du Muz, en découvre les splendeurs. Il peut aussi visiter par mots clés, ou thèmes : voir les œuvres des filles de six ans vivant au Canada. Hop, il voit.
Le visiteur peut aussi se dire « hé moi aussi, je suis un enfant, auteur d’œuvres » et en suivant les indications, il peut proposer une œuvre au Muz dont le jury l’acceptera peut-être.
Le visiteur peut aller voir les collections particulières qui sont spécifiques à des organismes ou associations (Germaine Tortel, La source, Freinet, Constellation…).
Le visiteur peut aller dans le Kiosque pour s’informer de différentes choses qui concernent le travail des enfants ou le travail avec les enfants.
Le visiteur peut ouvrir un atelier dans le Muz, y avoir son code personnel d’accès et y présenter sont travail avec des enfants, avant, pendant et après qu’il soit réalisé. Et même PARTAGER cet atelier avec d’autres groupes de travail.

Quelles sont les spécificités des œuvres des enfants ?
La seule spécificité des œuvres des enfants est d’être produites par des enfants. Ce qui veut dire que leur pourcentage de remarquabilité est à peu près le même que celles des non-enfants. C’est pourquoi le Muz est exigeant et doté d’un jury pour CHOISIR les œuvres qui entrent dans sa collection. Incidemment on peut voir une plus grande fraîcheur et une vigoureuse spontanéité plus courante chez les enfants, mais ce sont là des outils caractéristiques de l’expression de leurs œuvres et ce qui intéressent le Muz et ce que DISENT les œuvres.

Ne doit-on pas considérer que l’art instinctif des enfants, natif pour dire les choses autrement, est antérieure et prime sur la production calibrée par le passage par l’école et la pédagogie artistique ?
On remarquera, et on est prié de le faire si on n’y avait pas pensé, que le Muz n’emploie jamais le terme d’art ni ses dérivés. C’est délibérément volontaire. Nous nous situons AVANT les définitions de l’art. Nous pensons que les enfants disent des choses et qu’il est important que cela soit respecté, transmis, conservé, apprécié. Si c’est de l’art ou du cochon, la poste héritée de l’avenir le dira à qui veut l’entendre.

N’envisagez-vous pas de fixer quelque règle sommaire, à l’instar de ce qui existe dans le domaine de l’art brut, afin de distinguer l’œuvre jaillissant naturellement et celle qui est produit sous l’effet du mimétisme ou de l’enseignement ?
Corollons autrement. Le Muz s’intéresse à ce que disent les enfants. Il cherche ce qu’ils disent fortement, ce qu’ils expriment de leur vie, de la vie, comme les adultes (qui, eux ont des milliers de musées, et de supports, et d’universités pour siroter leurs pensées). Donc pourquoi le Muz irait prendre en considérations des œuvres mimétiques ou issues d’exercices scolaires ? Nous cherchons des expressions d’être, non des copies conformes de formes sociales. Cela dit certaines « études » de Bach pour rester dans l’incontestable actuel, sont plus que des études. Hiihihihihi !

La perception de la valeur des oeuvres des enfants va-t-elle évoluer selon vous ?
Nous ne sommes pas sûrs de vouloir employer le mot valeur (litote). Ce qui est sûr c’est que chaque jour la perception que nous avons des œuvres des enfants évolue. Elle s’enrichit et se diversifie.

Comment imaginez-vous l’avenir du Muz ?
Radieux, avec des lendemains qui chantent, des bouts de la fin du tunnel, une aube permanente, des dizaines de milliers d’enfants qui se sont approprié le Muz et des adultes un peu moins cons (guerriers, fondamentalistes, ultralibéraux, malades, pollués, matérialistes, etc.) car enfin éclairés par la sagesse des enfants. Hahhahahaha !

Votre projet ne risque-t-il pas de connaître un frein en ne dévoilant pas la personnalité de “l’artiste” ? Les instances critiques du monde artistique peuvent-elle fonctionner avec pour seul grain à moudre une œuvre sans “auteur” ?
Hohohoohoho ! Alors là, mon cher Préfet Maritime, relisez tout ce que je viens de vous écrire en réponse à vos questions écrites qui me donnent (étant toutes écrites d’avance avant et en même temps) l’avantage du sarcasme facile et arbitraire. Nous ne connaissons pas d’artiste. Aujourd’hui, l’artiste se définit par son autoproclamation et son champ d’activité par son appropriation. Quid des enfants là-dedans, diantre ? Palsembleu, Môssieur, l’art est facile et la critique difficile, n’entrons pas dans la maison stérile de Paul Hémique sinon nous finirons au cabanon de Paul Emploi !



Propos recueillis par Le Préfet maritime



(1) Aucun âge limite à notre connaissance, demandez aux parents de votre entourage…



En préparation : la mise à jour de la bibliographie relative aux oeuvres des enfants



Le Muz
Association pour la création d’un Musée des Oeuvres des Enfants
11, rue Ferdinand Duval
75004 Paris

mercredi 30 décembre 2009

Des origines de certains événements et des bases de la langue

Proverbe.jpg



Chez Dilecta, on peut se fournir en Art des putains ou en Arabe du coin, en Animal Sketching d’Alexandre Calder, en Fondements du judo d’Yves Klein, ou en Manifeste des Nouveaux Réalistes de Pierre Restany.
Mais c’est la collection Dada qui nous importe aujourd’hui car y est proposé depuis plus d’un an - excusez le retard - un fac-similé plus qu’intégral de la revue Proverbe, “feuille mensuelle pour la justification des mots” lancée par Paul Eluard depuis son home du 3 rue Ordener (Paris XVIIIe) avec le concours de Jean Paulhan, qui signe l’éditorial “Syntaxe” où s’exprime le souci de vivifier la langue, et la participation de Philippe Soupault, Tristan Tzara, André Breton, Francis Picabia et Maurice Raynal. Le premier numéro paraît le 1er février 1920, soit un an précisément après la proposition émise par Paulhan de présenter André Breton à Paul Eluard : il était donc bien partout, Paulhan, avec son air de ne pas y toucher, et son appétence pour les finesses langagière et comportementale :

l’auto, la pratique des jalons et ces mots anglais qui sont peut-être des gros mots, j’ai toujours vu que tout se passait comme si (n° 3, 1er avril 1923, p. 1)

Il se présente sous la forme de quatre pages et dans le goût typographique de Dada qui fait toujours les délices des amateurs de tracts. On y découvre tout d’abord que “391 ne contient pas d’arsenic” et que les mots “s’usent à force de servir”, et notamment chez les écrivains qui en connaissent trop, dont “les oeuvres sont les plus ternes qui soient” (Paulhan toujours).
Plus tard, en s’adjoignant les ébullitions de Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée ou Céline Arnauld au fil des 6 livraisons (la dernière est titrée L’Invention n° 1 et Proverbe n° 6 (1er juillet 1921), cette feuille aura bravement soutenu les efforts conjoints de quelques jeunes gens décidés à ne pas laisser la langue dans l’état où ils l’avaient trouvée.
Et d’ailleurs,

Après nous la blennoragie (Docteur V. Serner)

Rarissime ou uniques, la collection originale et les documents annexes fournis par Paul Destribats et présentés par Dominique Rabourdin sont reproduits dans leur “jus”, couleur du papier comprise, au format, comme autant de pièces que l’on dirait authentiques. Ces pages sont tout simplement captivantes - et pas seulement le manuscrit de la première page “à trou” de l’échantillon gratuit au fameux ajour intitulé “Bracelet de la vie”. On s’y perd, l’esprit y fait son chemin, sourit, rebrousse, tergiverse, cahote, s’interroge et se prend à rêver d’une ère où, dans la grisaille d’une crise bientôt séculaire, quelques êtres reprendraient le dessus, le nerf, le knout, l’envie…

Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n’importe où




Proverbe feuille mensuelle pour la justification des mots. Fac-similé édité et présenté par Dominique Rabourdin. - Paris, Dilecta, 2008. Sous chemise, 1 livret de 16 pages et 6 numéros indépendants, 25 euros



NB Dilecta a publié en autre choses passionnantes les Sept manifestes Dada de Tzara et les manifestes futuristes (Debout sur la cime du monde)

Dilecta
4, rue de Capri, 75012 Paris
contact@editions-dilecta.com

jeudi 3 décembre 2009

Le Manuscrit Hopkins de R. C. Sherriff est en librairie

big-sherriff.jpg



Depuis vendredi dernier, Le Manuscrit Hopkins de Robert Cedric Sherriff (1896-1975) est à nouveau disponible, grâce aux éditions L’Arbre Vengeur, et à sa collection “L’Alambic”. Autant vous dire que le Préfet maritime est très fier de ce volume - un pépère de 415 pages qui, outre ses profuses vertus excitantes, a la particularité d’être le plus gros bébé de la firme. Mais qu’à cela ne tienne, vous n’allez pas vous effaroucher pour si peu.
Comme l’indique Michael Moorcock dans sa préface, c’est tout de même “Un classique majeur de la science-fiction britannique”. Et il a raison.

“Classique” sans aucun doute, son auteur appartient à la génération de Régis Messac (Quinzinzinzili), suivant immédiatement celle de Théo Varlet (Le Roc d’or), deux auteurs dont on connaît désormais très bien les vertus gustatives.

“De la Science-fiction britannique”, en effet, puisque son auteur était un Anglais bon teint, capitaine de tranchée durant la Première Guerre mondiale, que son expérience martiale conduisit à écrire Journey’s End (1930), un sacré succès d’alors. Neuf ans plus tard, il proposait ce Manuscrit Hopkins qui décoiffe.

Ce que ne dit pas dans sa préface Michael Moorcock (parce qu’il vous suffira d’entrouvrir le livre pour vous en apercevoir), c’est à quel point il est question dans ce roman délicieux de poulets, de plan de partage des eaux territoriales et de la lune qui dévisse sur les Britanniques citoyens. Ce livre inattendu et plein de grâces est l’oeuvre d’un survivant du cataclysme qui s’ensuivit. Retraité ronchon, cet éleveur de poules de concours avait pourtant tenté de prévenir ses collègues savants et ses concitoyens de la catastrophe imminente : de fait, il appartenait à la Société de la Lune, laquelle ne fit pas beaucoup mieux que la Société des Nations…

Un dernier mot : les plus informés des internautes apprendront avec intérêt que Le Manuscrit Hopkins nous a été conseillé par Dominique Poncet.


Quiquoidoncou.jpg
R. C. Sherriff Le Manuscrit Hopkins. Préface de Michael Moorcock. Traduction de Virginia Vernon et Daniel Apert. Ill. de Jean-Michel Perrin. — Talence, L’Arbre vengeur, collection “L’Alambic”, 415 pages, 16 euros.

Dans la même veine “aube de la science-fiction”, L’Arbre vengeur offre à la grande joie des lecteurs qui n’auront pu calmer leur impatience avec ce seul Manuscrit Hopkins, et parallèlement au film Benjamin Button (Brad Pitt y rajeunit), cet autre excellent roman, L’Homme qui s’est retrouvé d’Henri Duvernois… dont nous allons bien finir par parler un jour.




samedi 26 septembre 2009

La Vie : pipi, joujou, gaga, dodo (1889)

lanterne_japonaise.jpg Lillian Genth, Woman with a japanese lantern (1915)



Comme nous l’annoncions hier, voici un extrait de La Lanterne Japonaise, feuille de cabaret, si l’on peut dire, lancée par Jehan Sarrazin, avec le concours de George Auriol, Maurice Rollinat, Paul Verlaine, Charles Cros et quelques autres pseudonymographes.
C’est en substance un curieux écrit de Marcel Bailliot, le contemporain de Paul Verlaine, collaborateur des Annales gauloises, de la Plume, chroniqueur dramatique de la Revue indépendante et spécialiste du détatouage que nous vous proposons. Bailliot n’est pas un inconnu, puisqu’il fit cité, notamment, par Aurélien Scholl aux côtés de Zola, Coppée et Retté lorsqu’il évoque les Soirs de la Plume en préface à l’opus de Léon Maillard, La Lutte idéale. Les Soirs de la Plume (P. Sevin, 1892) :

Voilà Marcel Bailliot, le zutiste, ayant cinquante refrains à son arc, chansons dans la manière blagueuse, crânes, frisques et joviales, avec en dessous bien masquée, une jolie petite pointe sentimentale et attendrie ; a plus fait pour la gloire de Moréas que les bibliopoles du quai. Bailliot chante les Abricots, les Trottins, les Dos et s’appuie sur les Fanfares du coeur.


La Vie
Pipi, joujou, gaga, dodo

A mon ami Dareste


Parce qu’au fond des armoires l’enfant a vu les crèmes et les gâteaux, les confitures et les gelées, il tend vers ces friandises ses menottes potelées. Puis longtemps encore il mange, il boit, et son ventre s’arrondit, tel celui d’un oiselet goulu dans le nid sali.
Pipi.
Oh ! les petites femmes qui rient et chantent dans les claires matinées de printemps ! Des femmes et des fleurs, des roses et des jolies filles. Le jeune homme lève ses yeux ingénus vers elles, puis sentant en lui un trouble immense, il les aime toutes : les brunes dont l’amour tue, les blondes aussitôt prises aussitôt fanées, les châtaignes, ces futures bourgeoises du pot-au-feu, les rouges que guette la phtisie, les négresses aux mamelles en poire. L’homme longtemps s’amuse avec.
Joujou.
Il les a tant aimées, les belles créatures, qu’il sent dans ses moelles de lancinantes douleurs. Ataxie et détraquement. La volupté troublante boute encore en lui des désirs fous pendant les nuits sans sommeil, mais le vieillard vidé ne connaîtra plus les joies de l’intime possession. Voilà-t-il pas que dans ses rêves érotiques défilent les anciennces avec leurs cheveux dénoués, et le pauvre invalide des combats d’amour sombre dans le gouffre de la nuit intellectuelle.
Gaga.
Plus de soleil et plus de fleurs ; la nuit tombe lentement sur son intelligence finie. Sous les pommiers fleuris s’agernt les amoureux, et sur la face ridée de l’aïeul passe encore parfois un sourire au souvenir du passé, mais la mort fermera bientôt ces yeux qui ne savent plus voir, ces lèvres qui ne peuvent plus aimer.
Puis, sous la terre il dormira d’un sommeil dont on ne se réveille jamais, mais son corps donnera les ferments qui feront pousser plus vives les fleurs immortelles de l’amour.
Dodo.

Marcel Bailliot

La Lanterne japonaise, samedi 20 avril 1889, p. 3.

Il semble que Le Cri-cri 1er avril (n° 30, Paris, J. Strauss) ait également publié ce texte du zutiste Bailliot.

mercredi 13 mai 2009

Benjamin Franklin est un coquin !

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Comme on connait mal les grands hommes ! Et comme on ignore la variété des facettes de leurs génies… Témoin, le Leonardo da Vinci américain, le touche-à-tout rayonnant, la conscience large et polyvalente des jeunes Etats-Unis d’Amérique, j’ai nommé Benjamin Franklin (1706-1790), autodidacte magnifique… et malicieux !
Au lendemain de la Déclaration d’Indépendance des treize colonies anglaises, en 1776, il fut envoyé en France pour établir un traité d’alliance contre le Royaume-uni. Installé à Passy, l’ambassadeur Franklin reprend la vie parisienne qui avait été la sienne dix ans plus tôt. Et dans la langue de Voltaire, son ami, il écrit avec un esprit soufflant, si l’on peut dire, et un humour débridé une série de courts textes, ces Bagatelles, qu’il imprime lui-même - on n’a pas oublié qu’il était imprimeur de profession, n’est-ce pas ? - et distribue dans son petit cercle d’intimes.
On suppose que ces écrits furent imprimés séparément à une dizaine d’exemplaires, ou un petit peu plus. Un jour, Franklin en réunit quelques fascicules qu’il brocha et les donna à un ami. Cet exemplaire unique se retrouve aujourd’hui à la BnF et c’est là que l’on a pu lire, deux siècles plus tard, ces petits écrits charmants, vifs où il est question de la goutte (un dialogue superbe), du pet (une charge contre les concours académiques), et tous sujets propres à amuser ses amis, ou à les édifier : son plaidoyer contre l’égocentrisme de la population “blanche” vis-à-vis des autochtones “rouges” ne manque vraiment pas de grandeur ni d’allure. Et puis il y a ces écrits de circonstance plus intimes où l’ambassadeur tente de séduire la veuve d’Helvétius…
Depuis qu’Albert Einstein a tiré la langue au photographe, on sait que le génie peut avoir ses moments d’insouciance et même de légèreté. En voici la preuve, administrée par un Franklin, qui, de l’esprit des Lumières, nous donne par le même coup un aperçu… pétaradant.



Benjamin FRANKLIN Bagatelles et autres textes. Menue traduction et postface du Préfet maritime. - Paris, Mille et une nuits, 13 mai 2009, 128 p., 3, 50 euros.

lundi 11 mai 2009

Sorin s'invite (et un nouveau Grand Jeu-concours de l'Alamblog)

SorinRafII.jpg



Sous une éléphantine couverture qui arbore la même superbe vignette qu’une récente édition du Voyage au pays de la quatrième dimension de Gaston de Pawlowski (Paréiasaure Théromorphe, s.d.), Finitude donne la suite des aventures journalistiques de Raphaël Sorin.
Après ses Produits d’entretiens (Finitude, 2005), au beau titre prometteur et vrai, voici 21 irréductibles, nouveau recueil de sources (articles, enquêtes, interviews, rencontres, etc.) équipées de photographies. Irréductibles… la pertinence du vocable nous paraît plus matamoresque qu’exacte, mais… what else ? Qu’imaginer d’autre ? Patrice Delbourg, déjà, avait tenté pour ses “53 portraits d’écrivains Les Désemparés (Castor astral, 1998), sans plus de succès. L’exercice est délicat. D’ailleurs, si l’on considère les oiseaux encagés pour la circonstance, sans doute, pour une bonne part d’entre eux, mais qu’est-ce qu’irréductible ? Et parions qu’il en est un, au moins, qui n’a d’irréductible que sa réductibilité, si l’on n’ose dire. Passons, nous voyons bien ce que nous voulons dire (voir in fine).
Ainsi donc, quatre ans plus tard, on reprend l’histoire du critique littéraire où on l’avait laissée. On poursuit notre lecture auprès d’écrivains dont il est agréable de lire les noms. Ils se remarquent tous, et parmi eux…
des Georges: Schehadé et Simenon ;
des Henri : Pollès et Thomas ;
et puis Marc Bernard, André Fraigneau, Louis Calaferte, Marcel Mariën, Eugène Dabit, Edmond Jabès, Michel Ohl (comparé à Maurice Roche et à “une réincarnation inventive d’Ubu”, toutes proportions gardées sans doute…), Julien Green, Gérard Macé, Roger Gilbert-Lecomte, Jean Hugo, Christian Guillet, Bernard Frank, André Pieyre de Mandiargues, Yves Martin, Elias Canetti.
Finalement, les “irréductibles”, ne sont-ce pas leurs bons textes ?

Quoi qu’il en soit, c’est une très belle occasion de lancer un nouveau Grand Jeu de l’Alamblog* : de tous, quel est selon vous l’intrus, l’inutile, le barbant ?


Raphaël Sorin 21 irréductibles. — Bordeaux, Finitude, 176 pages, 16 euros.


  • A gagner, comme toujours, un ouvrage de la collection “L’Alambic”.

samedi 31 janvier 2009

Qui se cache derrière le serpent ? (le nouveau jeu-concours de l'Alamblog)

serpent.png



La question est très simple ce jour : qui se cache derrière ce dessin ?



As usual, un livre de la collection “L’Alambic” au plus vif des internautes.

jeudi 27 novembre 2008

Une victoire écrasante !

jjjj.jpg photo FB, 2008



Victoire ! Un gagnant au grand Jeu-Concours de l'Alamblog

A la question "Qui sont-ils ?" Christian Garcin a répondu en livrant huit des dix noms des membres du jury des trois Prix de l'Humour noir, réunis au Procope (c'est la faute à Voltaire).
Il recevra donc sous peu un exemplaire des Ruines de Paris en 4908, par Alfred Franklin publiées à l'enseigne de l'Arbre vengeur dont la parution en librairie est prévue pour demain.

Dans l'ordre, de gauche à droite, nous avions donc Dominique Noguez, Patrice Delbourg, Jacques Vallet, Bertrand Beyern, Bernard Haller, Franz Bartelt, Eric Dussert, Christian Zeimert, Yves Frémion et Patrick Rambaud.

Bravo.

mardi 25 novembre 2008

Un nouveau Grand Jeu-Concours de l'Alamblog !

jjjj.jpg photo FB, 2008


Qui sont-ils ?

C’est le nouveau grand jeu-concours de l’Alamblog !

Pour huit bonnes réponses sur dix personnages, un exemplaire des Ruines de Paris en 4908, par Alfred Franklin publiées à l’enseigne de l’Arbre vengeur.


Nota bene : Les appliques ne font pas partie du groupe, quand bien même elles sont lumineuses.
Nota bene bis : les personnages en question ne peuvent évidemment pas jouer.
Nota bene ter : certains qui fréquentent certain préfet ne peuvent évidemment pas jouer itou, non plus que leurs relations proches, n’est-ce pas ?

mardi 4 novembre 2008

François Caradec use du rompol

caradec.jpg



Il fallait s’y attendre : lorsque François Caradec écrit un roman noir, ça n’est pas pour le placer sous la bannière désormais galvaudée du “polar”.
Non, lorsqu’il écrit un roman noir, François Caradec réinvente avec le concours de Léo Malet le “rompol”.
Pour n’en avoir encore parcouru que quelques pages, nous nous garderons bien d’émettre un avis sur Le Doigt coupé de la rue du Bison. Mais nous avons l’appétit développé car il est aisé de pressentir quels jeux joyeux nous réserve ce premier rompol. Et un rompol, que l’on a, incidemment, placé sous la protection de Boris Vian, dit Bison ravi si l’on se souvient bien. Sachons encore que le doigt coupé a été trouvé dans les années 1950 et que le récit dure douze mois.
Sur notre île, nous allons saluer dignement cette nouvelle invention de l’auteur du Dictionnaire des gestes, un fameux personnage à moustaches cher à notre coeur et à notre esprit.



François CARADEC Le doigt coupé de la rue du Bison. — Paris, Fayard, 234 pages, 16 euros.

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