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jeudi 28 septembre 2017

Retour de l'Os

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C'est aujourd'hui que reparaît L'Os quotidien, l'un des grands livres de Gaston Criel.
Pour saisir quelques plumes de cet oiseau noir, fragment fumé :



Un idiot s'est laissé aller dans une fille qui avait la flemme de se lever... Un mauvais coup et le petit paquet de chair tirera sa vie d'erreur en omission... Dans l'éther et les cris, ma tête tricote avec les bras impudiques... Leurs doigts masturbent de longues aiguilles, les flots blancs et roses s'épanchent sur les couvertures grises. Accouchement laineux. Entre la laine et le pot au lait de l'Assistance publique, quelques-uns ont déposé des roses. Des fleurs dans l'étable. Les taureaux se pressent, la gueule encore vive des vins du dimanche. La tante est là, avec son paquet de biscuits, et la cousine Gilberte, qui vient en souriant, pose ses fruits près de maman et un baiser de rouge gras sur le front écrevisse de la chair vagissante.
Je trépigne près du lit ; près de Jacqueline qui me serre en ses bras. Elle me couvre le visage de baisers. J'en tends sa voix qui me murmure à l'oreille : "Cajole-moi !" Je n'en puis plus ! Je lui en veux d'avoir pondu cet oeuf de tripes et de cris, cette petite fonction qui commence à prendre rang dans le monde de la déglutition.
(...)




Gaston Criel L'Os quotidien. Préface de Jacques Josse. — Paris, Le Sonneur, 176 pages, 16 €

samedi 9 septembre 2017

Pardon si ça tache

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Dans quelques jours paraîtra L'Os quotidien, l'un des grands livres de cet auteur qui a tout pour devenir "culte" aux côtés de Martinet ou de Bove : Gaston Criel

L'Os quotidien est sa dernière prose publiée en 1987 par Samuel Tastet alors que Criel atteint le terme de son existence. Il revient dans cet écrit jeté comme un expresso serré pour lendemain de cuite sur ses jeunes années passée en partie dans un stalag puis dans le Saint-Germain-des-Près décontracté de l'après-Libération.

Tandis que Sartre, Romains et Duhamel brossent des sagas ou des romans pleins de pages, un homme plus tout à fait jeune (Criel est né en 1913 - son alter ego romanesque Robert lui ressemble comme deux gouttes d'eau) mène son existence comme on se jette à l'eau. Le poète qu'il était avant-guerre (il a publié dès 1937 sa poésie) est parvenu à traverser l'épreuve du travail forcé dans les fermes allemandes sans trop de dommages. Il a même lancé un canard à Magdeburg, l'XI A. Cahiers littéraires du Stalag, un mensuel de camp de prisonnier dont il est le "directeur". Un numéro qui pourrait être unique paraît le 29 février 1944. Il n'a jamais combattu. Il a été raflé au cours de la Drôle de guerre. Après un très long trajet Aller vers les profondeurs agricoles de l'Allemagne, il y a un long retour en train et puis... Saint-Germain-des-Près, le havre où les pépés roucoulent aux bras des GIs.

Dans L'Os quotidien, l'encre arrive vite à la cible, et pardon si ça tache.

Avec le whisky des Ricains tout va. Lorsque les Ricains s'éclipsent pour aller combattre le Teuton en Forêt noire, ça devient une autre histoire. Les petits commerçants font grise mine : le dollar s'est barré. Les gosses girondes espèrent bien un peu le retour du chéri bientôt papa, mais bernique... Tout ce petit monde doit réinventer son quotidien et au milieu de ces Français déboussolés, le poète qui doit gagner son pain. Et puis il lui faut lui nourrir l'enfant qu'il a fait à Jacqueline. Si l'on en juge par la coulée de dégoût paternel, il est clair que la reproduction n'était pas le mobile des faits. Robert est cynique comme on l'est rarement, mais ses sorties dégoûtées sont d'une terrible drôlerie que beaucoup de jeunes mamans ne pourraient pas lire sans hoqueter de rage. Sanies, odeurs sûres de la maternité, pissats du nouveau-né, Criel donne sans mesure dans le criant de vérité. — Il faut noter qu'il publiait, lui, Gaston Criel, Hygiène sur un véritable papier hygiénique aux éditions Le presse à bras en 1948...
Mais baste, il faut nourrir la famille. Les conditions d'existence n'étaient pas si reluisantes. Homme à tout faire pour des maisons d'édition technique ou, à son corps défendant, semi-escroquières, Robert doit trouver l'os à ronger. Il chôme, se forme à la comptabilité, et puis... Et puis, on ne va pas tout vous raconter d'autant que l'anecdote n'est pas ce qui prime. Ce sont les sentiments muris, cuits et recuits d'un homme d'expérience (Criel a été serveur de bar de nuit), qui confirment que latence et récurrence forment bien en littérature la trame des oeuvres solides comme de la toile de marine.

Le livre ne ressemble d'ailleurs qu'à Criel. L'ambiance des camps - ni Guérin, ni Hyvernaud -, la vie des bars - ni Yonnet, ni Giraud -, le soulagement du sexe et la déception des attachements — ni Calaferte, ni Deux —, du Criel tout craché. L'énergie qui jaillit des lignes de L'Os et le coupant de ses esquilles sont assez troublants pour empêcher de dire quand le livre a été composé. Peut-être dans les années 1980, mais à partir de notes anciennes qui apporteraient cette sensation d'instantanéité et la vibration intense de scènes saisies au vol. En tout cas, les lecteurs de Phantasma ou de Sexaga reconnaîtront son petit air, son tempo, et cette figure de mâle singulière, gorgée d'une angoisse qui se pare d'insolence ou de mutisme pour faire face. Avec l'ironie mêlée de désolation des gars à qui on ne la fait plus. Marque unique d'un être déchiré qui mesure les difficultés et l'irresponsabilité des êtres.

Un grand bouquin, et une excellente porte d'entrée au bar Gaston Criel.



Gaston Criel L'Os quotidien. Préface de Jacques Josse. — Paris, Le Sonneur, 176 pages, 16 € Parution le 28 septembre.

NB : En 2016 le recueil Gris aurait reparu aux éditions Samuel Testet à Orléans.

mercredi 7 juin 2017

Gaston Criel promu par Miller

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A propos de La Grande Foutaise, l'excellent roman de Gaston Criel, Henry Miller écrivait ceci dans Arts sous la forme d'une lettre à l'auteur :

"Il m'a donné l'impression de revivre ma propre vie, à New York, à Paris ou dans un de ces culs-de-sac abandonnés de Dieu, où on se retrouve quand on est inconnu, méconnu et indésirable, et quand on ne sait pas soi-même ce qu'on demande à la vie, à part le vivre et le couvert. (...) Quant au langage dans lequel l'histoire est contée, quel autre langage pourrait-on choisir, j'aimerais le savoir ? C'est un langage vivant, plein de mordant et des sortilège de la misère qui l'a produit.




Gaston Criel La Grande Foutaise. - Paris, Fasquelle, 1953 ; réédition Plasma, 1979.

Les éditions du Sonneur annoncent pour la rentrée une nouvelle édition de L'Os quotidien de Gaston Criel équipée d'une préface de Jacques Josse, n'est-ce pas parfait ?



mardi 16 juin 2015

Wouah wouah wouah : Popoème !

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Grand recueil de poésie du siècle dernier, Popoème est le livre qui vous manque. Vous l'ignorez encore mais il vous manque.
Et vous êtes vernis, il vient de reparaître avec une superbe photo de Gaston Criel nu — oui, à oualpé.
Publié en 1976, c'est pour Criel le livre de la révolte où la violence, la détresse et la scatologie balayent toute institution humaine, dans des vagues dont l'écume se nomment tendresse, dérision et émotion.
Absolument cru, absolument direct, absolument nerveux, un livre pleins de vers comme ce

Tu m'as collé au caca-mundi et je n'y puis rien mère-salope

dont la vérité n'est pas à discuter.
Mais la puissance de ce petit recueil est notable, car Gaston Criel, né en 1913, notons-le a soixante-trois ans lorsqu'il paraît. Quel poète laisse exploser sa révolte à soixante-trois ans...

Postface

Ça fait chier la poésie
les petits cris écrits
sur pneus crevés de rêves dégonflés

T'as vu mon texte ?
Et mon cul ?
Tu l'as vu ?



Gaston Criel Popoème. — Nolay (58), Le Chemin de fer, 2015, 59 p., 9 €


samedi 13 juin 2015

Une forme solide pour le langage...

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L'arsenal des lettres, chiffres et signes constitue un outil tout-terrain dont on devrait se réjouir tous les jours. C'est un champ de signes où jubilent les esprits. C'est aussi une forme solide pour le langage, comme l'écrit justement certain essayiste récemment traduit en français. Et le marché de la poésie qui se déroule en ce moment place Saint-Sulpice à Paris est le lieu où batifolent tous ces caractères avec plus ou moins de fantaisie, de lyrisme, de sérieux, de mélancolie, de morgue ou de timidité, de folie ou de sagesse, et parfois même les deux. Le lieu où s'illustrent toutes les capacités de cette technologie merveilleuse.
Cette promenade du week-end vous évitera d'aller mettre des baffes à certain pitoyable individu qui gesticule au palais de Tokyo en jetant des livres, maladroitement, comme un pauvre couillon inepte. L'année prochaine il jettera probablement des urnes de vote, l'année suivante les cendres de sa mère, le pauvre couillon inepte.
Pour le consoler, nous lui conseillons derechef la Philosophie de Charles Henrion, ce vaudevilliste si célèbre autrefois et si mort aujourd'hui (depuis 1808). Le pauvre inepte couillon trouvera dans ces seize (16) pages suffisamment d'esprit pour regretter toute sa vie sa pitoyable mise en scène couillonne. Tandis que nous nagerons dans la félicité. Et en particulier en apercevant la réédition de Popoème de Gaston Criel, ce très grand et très fortiche recueil de poèmes révoltés de 1974, sur certain stand ferroviaire...
Que sont donc grands les dieux du Signe !

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Robert Bringhurst La Forme solide du langage Essai sur l'écriture et le sens. Traduit de l'anglais par Jean-Marie Clarke et Pascal Neveu. - Paris, Ypsilon, 2011, 80 pages, 18 €

Gaston Criel Popoème. Maquette et illustrations de Renaud Buénerd - Paris, Les éditions du Chemin de Fer, coll. "Micheline", 60 pages, 9 €

Charles Henrion Ma Philosophie. - Bannes-Paris, Fornax, 16 pages, format 20,5 x 13 cm. Couverture de carte Conqueror vergé gris, sur laquelle est rempliée une jaquette de vergé gris à la forme provenant du XIXe siècle, porteuse d'une étiquette de vergé blanc de même provenance, imprimée en vieux rose et noir. Intérieur composé à la main et imprimé en typographie au plomb en vieux rose et noir. Illustrations « libres » composées d'un assemblage de vignettes du caractère à combinaisons Super-Veloz dont l'usage est ainsi détourné. En feuilles sous la couverture. 69 ex. sur vergé blanc à la forme provenant du XIXe siècle, tous numérotés à la presse.

jeudi 19 mai 2011

Les archives de la vie littéraire sous l'Occupation

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Une énorme exposition vient d'ouvrir ses portes à l'hôtel de ville de Paris : Archives de la vie littéraire sous l'Occupation.

850 pièces issues de cent fonds d'auteurs déposés à l'IMEC composent ce panorama inédit - les précédentes éditions de l'exposition présentée notamment à New York sont désormais dépassées...

On peut y découvrir jusqu'aux chutes de papier peint sur lesquelles Jacques Audiberti rédigea Monorail - son père, maçon à Antibes, lui avait procuré ce rare papier, reliquat de chantiers -, les "Stalag" du poète Gaston Criel alors prisonnier, etc. etc.

C'est le plus riche ensemble sur la période qui ait jamais été montré. Et gracieusement encore !

A ne pas rater, évidemment.

A cette occasion, Tallandier publie un catalogue ébouriffant très illustré dont voici les références :

Robert Owen Paxton, Olivier Corpet et Claire Paulhan Archives de la vie littéraire sous l'Occupation. Exposition, Paris, Hôtel de Ville, 11 mai au 9 juillet 2011. Paris, Tallandier, coll. "Albums illustrés", relié et très illustré en noir et en couleurs, 446 pages, 39,90 €

Pour lire le dossier de presse, voir ci-dessous

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jeudi 9 décembre 2010

Les poèmes du colonel

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Au catalogue de la maison Jacques Brémond (unlimited) se cachent mille choses passionnantes, serties dans des livres superbes.
Au catalogue, L'océan et l'enfant de Giuseppe Conte (traduction de Jean-Baptiste Para), La Fausse Quête de Gaston Criel, Dolmen de Thierry Metz côtoient des auteurs contemporains (Bernard Noël, Sylvie Durbec, Michaël Glück, Cédric Le Penven, Albane Gellé, Marie-Céline Siffert, etc.), une collection de lettres (imprimées sur papier de cagettes) et des livres d'artistes admirablement reliés.

Aujourd'hui ce sont les Poèmes du colonel que nous souhaitons présenter en deux mots, ne serait-ce que pour mettre en évidence cette couverture à croûte de collet de buffle marquée au fer, "véritable matériau de cordonnier éternel". Et ça n'est pas la seule particularité de cet ouvrage.

Il est en effet équipé d'une quatrième signée par Claude Couffon, le fameux traducteur hispanophone, d'une préface de Rodrigo de Zayas, et d'un fameux fragment de Cent ans de solitude servi en préambule - parce que Gabriel Garcia Marquez y évoque le colonel en question, Aureliano Buendia.

militaire aux trente-deux défaites, poète et fabricant de petits poissons d'or, le poète Buendia a laissé trente-trois poèmes "amicalement instinctifs", comme ce "Réquisitoire contre la ligne droite". "Bien sûr, explique Claude Couffon, Macondo, ses pluies torrentielles, ses paysages oniriques, ses personnages farfelus ou incongrus et délirants, son ambiance envoûtante, y sont présents."

La balle était illettrée

On a signé l'armistice dans une ambiance de deuil.
Dans l'inventaire de la reddition
j'ai fait figurer les 62 briques d'or
que notre comptable a rendues l'une après l'autre.
A trois heures et quart je me suis tiré une balle
en plein cercle d'iode
Pour rien. Juste le trou de son passage.
Le médecin m'a eu.
J'aurais dû viser le palais pour éviter le ridicule.
Même mes ennemis m'ont proclamé martyr.
Les salauds !


Et le colonel lyrique au moment de conclure :

Maintenant
j'ai un mystère très urgent à résoudre.



Marquez n'y avait pas songé : Buendia avait laissé des poèmes et ils sont délectables.


Ramiro Oviedo Valdivieso Les Poèmes du colonel. Préface de Rodrigo de Zayas - Remoulins-sur-Gardon, Jacques Brémond, 2002, 62 pages, 12 €



Jacques Brémond
Clos de la Cournilhe
30210 Remoulins-sur-Gardon
04.66.57.24.79
editions-jacques-bremond@wanadoo.fr

dimanche 19 septembre 2010

Bibliographie lacunaire des éditions Plasma

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Alors que Gérard Guégan s'est consacré à la mémoire du Sagittaire, maison qu'il dirigea durant la seconde moitié du XXe siècle, rien ne semble avoir été établi encore en ce qui concerne les éditions Plasma.
Et c'est bien curieux quand on y songe...
Il suffit de constater combien ce catalogue a donné lieu à des éditions postérieures pour que l'on ne doute pas de l'audience de la maison et de la fermeté de son goût.
Pour déflorer enfin la question, le Préfet maritime inaugure le premier pan d'un enquête qui promet d'être longuette et devrait donner un jour prochain, à l'enseigne Des Barbares..., un objet livresque...
Pour l'heure, et sauf erreur ou oubli de notre part, disons déjà que les éditions Plasma ont publié de 1973 à 1983 à l’adresse du 12, rue Chabanais (Paris 2e), une courte artère restée fameuse pour sa maison peu ouverte mais fort fréquentée. On trouve parfois aussi dans les volumes l’adresse de la Librairie Drachline, où s’élaborent les projets sous la direction de Pierre Drachline, qui assure également la diffusion (58, rue des Moines, Paris 17e).
Notre enquête ne fait que démarrer, nous vous tiendrons au courant…

Nous avons repéré les collections suivantes :

Feuilles vives (1978-)
Table rase (1977-)
Mémoire du nouveau monde, animée par Philippe Dogmons, Philippe Huvet, Hubert Perrier (1980-)
Temps noir
En dehors
Fantasy
Les Sans-espoir (deux ouvrages parus chez Plasma, le troisième, Fond de cale de Jean-Claude Pirotte, chez Le Sycomore en 1984).

Une Revue, ''L'Assommoir" paraîtra aussi quelque temps sous diffusion Plasma: Du n° 1 au n° 2 (mars 1978 et automne 1978), "La France Stalinienne" (Maurice Blanchard, Roger Vailland, M. Gorki, L. Pougtcheva, André Stil) et "1984, le futur accompli". Les numéros suivants ne portent plus la marque Plasma. Par ailleurs, il faut noter que les animateurs des "Carnets" ou "Cahiers" de l'Hirondelle, proches de Plasma à leurs débuts donneront la série ultérieure de plaquettes "Les Carnets de l'Hirondelle'', brochures poétiques.




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dimanche 5 septembre 2010

Bientôt en librairie...

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Nous ne manquerons pas d'évoquer ici les mémoires de Frédérick Tristan. Et notamment des pages consacrées à Samuel Beckett, Gaston Criel, certain Adrien Salvat, l'Asie et quelques autres sujets...




Frédérick Tristan Réfugié de nulle part. — Paris, Paris, 469 pages, 24 euros. Mise en vente le 1er octobre.

samedi 8 novembre 2008

René Daumal et Les Cahiers du Sud (un centenaire)

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Le centenaire de la naissance de René Daumal est l’occasion de festivités. C’est aussi le moment de la publication par Pascal Sigoda de la correspondance du Mont analogue avec les Cahiers du Sud.
Voilà qui nous réjouit. Le travail est du reste fort bien fait, nourrissant et instructif sur les rapports entre le Grand Jeu et la revue marseillaise de Jean Ballard, lesquels furent importants comme on sait, grâce au go-between Daumal.
Sans faire ici l’index du volume, nous avons noté sur un coin de page les noms du capitaine Hendrick Cramer, de Victor-Emile Michelet, d’Emile Dermenghem, de Gaston Criel, de Ribemont-Dessaignes, de André R. de Renéville, de Luc Dietrich, de Roger Gilbert-Lecomte.
On s’aperçoit très vite à cette lecture des liens très amicaux, voire affectueux, que partageaient les deux couples Ballard-Daumal. La correspondance entamée au début de l’année 1929 n’aura connu qu’une période de silence entre 1934 et 1940, “parce que je trouve que les relations épistolaires sont assez illusoires”, dixit Daumal. Sur le plan individuel, on peut le penser, sur le plan historique, c’est tout le contraire. Et il suffit pour en juger de prendre connaissance des quelques lettres de la veuve de Daumal après sa disparition le 10 mai 1944 pour voir s’organiser les publications à venir, celles qui aboutiront dans la publication d’hommages ou des volumes de sa correspondance, avant l’apparition du Cahier de l’Herne de 1968, véritable point de départ de la redécouverte du grand homme.
Très souvent inédits, les lettres et les documents présentés par Pascal Sigoda ne remplacent sans doute pas une biographie exhaustive mais n’en restent pas moins d’un intérêt tout à fait supérieur. “Daumal au travail” s’y reflète avec une parfaite netteté et ses préoccupations apparaissent sous une lumière crue, notamment lorsqu’il entreprend des notes de lectures ou des articles pour Ballard, sur des sujets qui ne surprendront personne tels que le Livre des morts tibétains, la spiritualité, Tagore, Aurobindo, etc.
Un ouvrage de référence, adoncque, équipé en outre d’une préface, d’une bibliographie et de notes, comme il se doit et comme sait parfaitement le faire la maison Au signe de la licorne.



René DAUMAL Correspondance avec Les Cahiers du Sud. — Clermont-Ferrand, Au signe de la licorne, coll. “Le Grand Jeu”, 200 p., 25 euros

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