L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

Recherche

Votre recherche de Gabriel chevallier a donné 11 résultats.

mercredi 15 juin 2016

Gabriel Chevallier, prix Courteline 1934

GabrielC123hevalier.jpg


En France et hors de France.
A Lyon.
Avec Gabriel chevallier, lauréat du prix Courteline, pour son roman « Clochemerle ».
A Lyon, ville où tout le monde se connait, où Jes habitudes sont régulières et les petits groupes de l'amitié constitués pour longtemps, il est facile de mettre la main sur un homme dont on a besoin. Nous savons dans quel discret café du centre trouver en cette saison Gabriel Chevallier, seul à une table, un stylo à la main. C'est d'ailleurs pour nous un sujet d'étonnement que l'on puisse ainsi travailler en plein tohu-bohu de joueurs et de bavards.
- Vous écrivez vraiment dans ce bruit ?
- J'y écris vraiment, et presque chaque jour. Articles, correspondance, et même mes romans J'ai toujours sur moi les derniers feuillets du manuscrit en cours. Où que je me trouve, si j'ai un peu de temps libre, je les tire de ma poche et J'avance mon histoire. Pour composer, je n'ai pas besoin que l'humanité fasse silence. Et j'estime même que cette rumeur qui m'environne forme un accompagnement très favorable aux actions de mes personnages. Ils baignent dans le réel qui émane des lieux publics. ce qui fait qu'ils en prennent naturellement l'accent.
- Avez-vous, pour écrire, des lieux de pré- dilection ?
- Non. J'ai simplement des humeurs du moment. Ainsi, je connais les possibilités d'utilisation littéraire de presque tous les cafés lyonnais. Certains sont charmants le matin, en été : on a le soleil sur la table, entre dix heures et midi, sans qu'il fasse trop chaud ; d'autres sont agréables le soir. Des cafés, plus confortables, sont à recommander pour l'hiver, alors que d'autres, ouverts à tons les vents, sont délicieux au printemps. Ceux-là, il faut les chercher dans les faubourgs, sur les quais ou les pentes de nos collines.
- Mais vous n'écrivez pas seulement au café ?
- Non, bien entendu. J'écris encore chez moi, comme tout le monde. Mais j'entends que le fameux cabinet de travail de l'écrivain ne se change pas en cellule. C'est pourquoi je vais volontiers m'établir dehors, en plein mouvement de la rue.
- Comment êtes-vous venu à la littérature ?
- Cela remonte à plusieurs années. Je voyageais pour affaires, dans quinze départements. Le soir, à l'hôtel, il fallait bien que Je m'occupe. Car je suis un déplorable joueur de cartes, et un insupportable logicien dans la discussion, où j'apporte l'entêtement des gens de notre pays. Pour ces raisons, mes confrères me trouvaient peu sociable J'en étais réduit à me. distraire par mes propres moyens. L'isolement me conduisit à découvrir qu'un simple stylo pouvait rendre de grands services au nomade que j'étais alors.
- Quels sont vos procédés de composition ?
- Plaît-il ? C'est plus simple que cela, et le n'aime guère les procédés, qui mènent un jours à l'artifice. Je prends un sujet. je commence à raconter. Après avoir écrit en tâtonnant un certain nombre de pages, il rue semble que J'ai enfin trouvé le ton qui convient à mon sujet. Je n'ai plus qu'à me laisse aller. Ce qui vous explique que je change de ton lorsque je change de sujet.
- Prenez-vous beaucoup de notes ?
- Pour le roman, jamais. Elles me gêneraient.
- Bref, vous n'avez aucune règle ?
- Écrire beaucoup, écrire tous les jours si possible.
- Êtes-vous satisfait de la récompense décernée à Clochemerle ?
- Certainement. Il me semble que Courteline aurait aimé ce livre, où j'ai pris de grandes libertés.
- Ayez-vous des manuscrits terminés ?
- Oui. Mais que je retoucherai probablement J'ai cessé d'y penser, pour le moment.
- Vous allez entamer autre chose ?
- J'hésite entre plusieurs sujets. Mais j'ai l'idée d'un grand machin difficile. un truc à se casser la figure... Peut-être commencerai-je par là, peut-être pas... J'aborde à peine le roman, et c'est une vole où il y a immensément à découvrir.
- Quel est, à votre avis, le critérium du roman ?
- Pfuu !... Pourtant, j'entrevois ceci : une chose qui ferait dire aux gens du métier : « ça y est ! », et à "l'homme de la rue" : « Ça m'intéresse ». Un roman, ce n'est peut-être qu'une histoire réussie. Cette simplicité est très difficile, il ne faut pas se le dissimuler.
Le reste de notre entretien se perdit dans la confusion d'un dîner très animé, qui eut lieu à quelque quarante kilomètres de Lyon, sur le plateau des Dombes. Au cours de ce dîner, il fut consommé pas mal de beaujolais, et notamment du cru de Clochemerle dont notre hôtelier possédait, par privilège rare, quelques bouteilles.
Paul Garcin.

mardi 6 octobre 2015

Des chevets au front

DuhamVdesMart.jpg


Il y avait bien longtemps qu'on n'avait pas lu une ligne de Georges Duhamel (1884-1966). On n'en ressentait guère le besoin il faut dire. Depuis qu'il avait occupé l'espace littéraire de ses grandes machines, succès par milles qui s'accumulent désormais dans les vide-greniers (en grands papiers s'il vous plaît), et de sa posture de bon bourgeois qui a réussi, n'était guère excitant c't'oiseau-là. Et cependant Laurence Campa, la biographe d'Apollinaire, présentant sa réédition de Vie des martyrs, premier ouvrage conséquent de Duhamel paru en pleine guerre au Mercure de France, parvient à redorer son blason en rendant tout son intérêt à la fois littéraire et humain à ce qui constitue la première marche du parcours de cet écrivain qui a marqué son temps.
Parmi ceux qui ont témoigné de la Grande Boucherie (liste partielle ici), Georges Duhamel fait partie des 20.000 médecins qui ont fréquenté "l'envers de l'enfer", ses tables d'opération improbables, sa chirurgie à l'arrachée, ses "autochir" (pour automobile chirurgicale), les hôpitaux de l'arrière ou les cahutes du front. Très tôt, en 1917, il donnait son récit au même moment que Derrière la bataille (Payot, 1917) d'un autre médecin, Léopold Chauveau, qui utilisait la même modalité de témoignage sous forme d'anecdotes et de récits courts. Naturellement, l'observateur des Témoins, Jean Norton Cru y mit son nez et préféra Chauveau, plus direct selon lui, moins paternaliste, larmoyant et "littéraire", mais il est fort probable que nous ne croirons pas sur parole un Cru qui n'a jamais été critique littéraire, tant que nous n'aurons pas lu Chauveau. Bienveillant et consolateur, Duhamel en tout cas marqua considérablement les esprits en insistant sur ce que la douleur pouvait représenter concrètement pour ces "martyrs" pilonnés, écrasés, troués, déchirés par les balles et les fragments d'obus, ou les coups de pied de cheval. La façon dont il présentait à de maintes reprises la "cérémonie" du pansement, en particulier, renvoyant à des images très nettes, déchirantes pour le coup, terribles et terriblement répétitives.
Il est clair que ces générations (Pergaud, Apollinaire, Fargue, Philippe, Miomandre, etc.) découvraient le témoignage et son usage, à la suite sans doute des chroniqueurs façon Caliban (Emile Bergerat) et des naturalistes, comme les reporters naissant. L'horreur des hôpitaux militaires ne prêtait d'ailleurs pas à l'Art pour l'Art... Les drames humains qui s'y jouaient chaque jour et sans répit ne pouvaient qu'émouvoir ceux qui se devaient d'intervenir et d'ajouter aux souffrances pour sauver. Au fond, si Gabriel Chevallier a dit La Peur, on peut considérer que Duhamel a écrit en quelque sorte son pendant : La Douleur.



Georges Duhamel Vie des martyrs. Précédé de "Inter arma poesis" de Laurence Campa. - Paris, Payot & Rivages, 2015, "Petit Bibliothèque Payot. Classiques", 205 pages, 8,10 €

mardi 4 août 2015

Sortie de La Peur (un film de Damien Odoul)

PeurGCOdoul.jpg



Le film librement tiré par Damien Odoul du roman de Gabriel Chevallier est en passe de sortir. Vous pourrez le voir dès le mercredi 12 août.

Après avoir travaillé sur une adaptation des Gardiennes d'Ernest Pérochon, qui évoque le travail des femmes à l'arrière, Damien Odoul s'est tourné vers La Peur et a trouvé au coeur de la Grande Guerre décrite par Gabriel Chevallier, et dans la lignée de son film Le Souffle (2000), un étroit rapport au langage, quoique distendu, de ces hommes de troupe parfois analphabètes et incapables de saisir les ordres que leur donnent les gradés. Puis il fait le choix d'un "monde monochrome en contraste avec l’arrière, les villes enluminées, la nature et ses couleurs saisonnières. Le film est dans un « ton camouflé », sans être du noir et blanc. Au son, une symphonie de bruits et de silence, en mélange. Et l'effet giratoire que prennent les explosions dans le casque des Poilu." Et puis il y a du front la face "tranquille : la popote, une cagna, des artilleurs posant avec des masques à gaz, des corvées d’eau, un canon explosé, des ruines, un dirigeable dans le ciel... L'envers de cela, je l'ai trouvé, explique Damienl Odoul, dans les dessins du peintre et graveur allemand Otto Dix, que je connaissais déjà, mais dont j'ai vu en Belgique une exposition saisissante. Les croquis de Goya, dès qu'on évoque une guerre, sont aussi présents à l'esprit. Tout est là en ce qui concerne le cauchemar. Les films sur la guerre de 14, j'en ai vu. Ma référence, c'était plutôt la Syrie. Sur le tournage, je ne parlais que de Kobané, la manière qu'ont eue les combattants de construire des petites tranchées, de bricoler eux-mêmes leurs armes."


Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des cavernes, des cadavres, du sang, de l'eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la crotte, du feu, de l'acier, voilà ce que c'est la guerre. Tout ça est une œuvre du diable !

(Otto Dix dans son journal de guerre.)


A l'exception de Patrick de Valette, qui incarne Ferdinand, une résurgence du Casse-Pipe célinien, tous les comédiens n'ont jamais apparu sur grand écran : Nino Rocher, Pierre Martial Gaillard, Théo Chazal, Eliott Margueron, Frédéric Buffaras, Jonathan Jimeno Romera, Charles Josse, Anioula Maidel, Miro Lacasse.
La Peur, un film de Damien Odoul. En salle le 12 août prochain.

Rappel : Gabriel Chevallier sur l'Alamblog

mardi 21 avril 2015

De tout (un peu)

IslandWharf.jpg


C'est l'arrivée du steamer du capitaine Uluspecski, un transport d'assez joli tonnage, qui a été cause de tout. Créee par sa vitesse d'approche un peu... fluide et le ressac, une lame est venue frapper le wharf avec une violence inhabituelle. Et avec lui le préfet maritime et son clavier, lequel lui fut arraché des mains et connut enfin les joies de la baignade. Le temps qu'un plongeur parvienne à récupérer l'engin (le port est assez profond à cet endroit précis) et que l'on réchauffe l'appareil avec un sèche-cheveux, pensez bien que la semaine était passée. Par bonheur, il s'agit de matériel robuste qu'un peu d'eau salée n'impressionne pas.
Voilà, à notre dam, l'explication de ce silence presque inaperçu. Seuls les plus soupçonneux des alamblogonautes ont conçu l'idée que la fièvre bonneffienne de ces jours n'était pas dû qu'au seul hommage de la réédition présente (aux éditions L'Arbre Vengeur) d'Aubervillers (un chef-d'oeuvre du siècle dernier, soit dit en passant). Ils avaient raison.
D'ailleurs, en cette saison où fleurissent les catalogues à prix marqués des libraires d'ancien (c'est l'approche du Salon du livre ancien au Grand-Palais qui provoque cette effervescente floraison), mille petites choses vous étaient destinées qui ont fini chez les mérous. Restent toutefois quelques très bonnes nouvelles. Tout d'abord, les libraires Patrick Fréchet, Anne Lamort, Pierre Saunier, Jérôme Doucet (nous allons évoquer sous peu deux de ses propres publications sous peu), et d'autres encore, provoquent et la curiosité et l'avide convoitise. Songez un peu que s'offrent sur leurs catalogues :
- chez Anne Lamort : des livres de Caraciolli, René Le Pays; Joseph Delaroa (son surnuméraire facétieux) ou Pierre Chaine (Les Mémoires et les Commentaires de Ferdinand dans un état peu courant) ou encore Gegout et Malato dans leur Prison fin de siècle de 1891, etc. ;
- Chez Pierre Saunier un bel ensemble de romans dévêtus de Jean Larocque (couvertures conservées), un dessin de Tromelin et un album photographique de 62 dessins du même, Les Intermèdes de Talloires de Ghika, La Danza macabra europea d'Alberto Martini, etc. ;
- Chez Patrick des raretés variées d'après-guerre (avant-garde, patatruque et surréalisme révolutionnaire), etc.
Bref, nous nageons dans les notices alléchantes.
Pour que la frustration ne s'installe pas, cet extrait des Mémoires d'un rat de Pierre Chaine qui nous offre d'indiquer que, sous peu, c'est-à-dire en septembre, sortira sur grand écran grâce au Pacte, La Peur de Gabriel Chevallier, un film de Damien Odoul où figurera par emprunt un Ferdinand également. Odoul est le réalisateur du Souffle (2000) et de nombreuses autres choses. On n'a qu'un hâte : voir ce film.

"Ma prison fut placée sur la banquette de tir et je fus exposé sur ce pilori aux outrages des soldats. Les uns me piquaient avec la pointe de leur baïonnette, poussant des rires de triomphe quand ils m’avaient arrachés des cris de douleur et de rage. D’autres tiraient ma queue qui, bien qu’écourtée par les batailles, sortait quand même entre les barreaux. Il se trouva naturellement un mauvais drôle pour m’inonder de son urine car la vessie chez les hommes est une inépuisable source de plaisanterie." (Pierre Chaine, Les Mémoires d'un rat, 1917)


pierreChaineRat.jpg

lundi 1 décembre 2014

Félicien Champsaur et son bain de boue

couChampEnf.jpg


Bien connu des services de la Publicité littéraire, Félicien Champsaur, le très actif journaliste et homme de livres, ne cessa naturellement jamais de produire, quand bien même l'acier pleuvait sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.
Rôdé aux usages et tempo de la presse, ce roué personnage savait soigner ses écrits et le faisait avec talent (nous en reparlerons à propos de l'essai récemment paru chez Plein Chant). Invité à visiter le front en novembre 1916 avec quelques confrères, il laissa un curieux document en préface de L'Assassin innombrable (1) - assassin dont on devine assez vite l'identité - une "symphonie dramatique de haine" richement éditée. Mais le suspens n'en était pas la caractéristique majeure.
Réédité judicieusement par Le Vampire actif, la préface devenue L'Enfer de Verdun autonome, n'est pas, contrairement à ce qu'en pense Alexis Jenni, un texte "littérairement splendide". C'est un bon écrit de vieux maître, journalistique certes, une pièce de prose fort bien troussée, et parfois même émue, sous la plume d'un journaliste éprouvé qui mène à bien sa mission et sait satisfaire son commanditaire. A cinquante-huit ans, il a de plus une idée derrière la tête : faire un succès de théâtre, et un succès pa-trio-ti-que. Et sur ce programme prend de l'avance en dégommant dès son préambule la concurrence de vieux comédiens et de premières blettes qui effectuent eux aussi la visite chez les Poilus pour y dramer classique à l'aise. Quant à la splendeur littéraire, on en est déjà très loin.
La singularité de l'écrit de Félicien Champsaur tient à ce qu'il est bigrement schizophrène, et en cela constitue un beau morceau de l'art officiel d'époque. C'est là que l'on voit son talent en réalité : mi-rodomont mi-frère des héros, styliste impeccable - un peu trop d'emphase au final -, le patriotard craignant essentiellement la censure parvient à placer ses billes en se positionnant outrancièrement contre l'Alboche, après avoir épaulé pieusement les soldats, victimes du Kaiser, dans la boue.
Ah, cette boue qui le dégoute...

- c'est la boue qui nous attaque, nous empoigne aux chevilles, aux mollets, la boue effrayante.

De belles pages guerrières pleines de boue et de cadavre et de morceaux de métal, avec des rognons d'arbres, beaucoup de rognons d'arbres, par un de l'arrière, des pages guerrières assaisonnées d'une étonnante et détestable mystique de la guerre (pages 61-62) qui n'aide décidément pas à apprécier ce Champsaur-là. Et lui qui redouble d'efforts en dressant la statue du héros, le général Nivelle...
Bref, en fieffé reporter, il observe, note et rapporte mêmes les propos de son ami Nicolas Beauduin, le gendre de Gaumont, croisé par hasard (?), chargé d'un service cinématographique tout neuf, puis va suivre — après avoir béni Vauban — ! — jusqu'au fort de Douaumont, à travers le dédale, le brouillard et... la boue.

Ayant tout juste le temps de nous laver les mains, tous crottés comme d'abominables barbets, n'ayant aucun moyen de changer de toilette, je montre, confus, une plaque de boues sur mon épaule au général Nivelle. Il me répond, en souriant :
- Mais c'est très chic. Tâchez de la garder jusqu'à Paris.

fchampslampe.jpg
On peine à croire que Champsaur n'aie pas compris la plaisanterie du militaire, comme l'on peine à croire que le récit de sa prise de trophée (une lampe électrique) et le ton général de son propos n'aient alerté sur le décalé désormais inélégant — pour ne pas dire autre chose — de certains de ses commentaires. Drôle d'homme que ce Champsaur qui, par moments, ressemble aux personnages mis en scène dans le Nécropolis d'Henry Champly (La Sirène, 1922) et n'atteint jamais, quoi qu'il en soit, l'intensité des témoignages d'un Gabriel Chevallier (La Peur) ou des notes de Louis Pergaud, pourtant beaucoup moins lyriques ceux-ci, dans leur panade. Car c'est au chaud, bien au chaud, que l'on peut faire des phrases.
L'Enfer de Verdun est donc un document des plus précieux parce qu'il met en lumière la pensée de l'arrière. Apparemment bienveillante, va-t-en-guerre néanmoins, cette pensée dont les ingrats Poilus bientôt ne voudront plus.



Félicien Champsaur L'Enfer de Verdun. Édition établie et présentée par Hugues Béesau et Karine Cnudde. - Lyon, Le Vampire actif, 100 pages, 10 €

FCHMPassinnom.jpg
(1) L'Assassin innombrable, sous-titré "Symphonie dramatique de haine contre Guillaume II...et chant d'amour pour nos morts". - Paris, La Renaissance du livre, 1917, 100 pages. Impression bicolore, illustrations de Ibels, Charles Léandre, Bretel, Fabius Lorenzi, Raphael Kirchner, Whidoff
Fchampsterre.jpg

lundi 6 janvier 2014

La Panique

LouisBP.jpg



La Panique

La neige fouette au loin l'immensité tragique
Pleine du roulement des galops éperdus :
les yeux larges, hagards, les cheveux noirs tordus,
Blême, à tombeaux ouverts a chargé la Panique
Une torche agitée haut à son poing. Déjà
Sa longue robe blanche à fleurs mauves ou prunes
Se fend et flotte au loin comme un rayon de lune,
Et son ombre a mêlé chevaliers et goujats.
Aux gueules des canons, les lueurs écarlates
La montrent, emmêlée au chaos du torrent,
Activer l’Épouvante, amalgamée aux rangs,
Et pousser les derniers fuyards à coups de latte ;
Les bras nus, se haussant verdâtre et jaune, elle est
— dans l'inondation annihilant les grades -
Le chef suprême qui, plissant ses yeux de jade
Rit aux éclats, avec un geste de balais.

Louis Berger



Louis Berger (Berger-Boigeol) Sous le canon. — Paris, Eugène Figuière, 1928, Collection "Les Petites Anthologies du XXe siècle" dirigée par Jacques Salève, p. 11.

Où l'on constate que le sujet n'est pas tabou chez les combattants. Gabriel Chevallier l'évoquait dans La Peur, et son roman reste l'un des plus grands livres sur la Première Guerre mondiale...

jeudi 19 janvier 2012

Le "Carnet de guerre" de Louis Pergaud

PerCarn.jpg


Le Carnet de guerre de Louis Pergaud n'avait paru qu'en 1994 dans le 30e numéro du bulletin de ses "amis" ; c'était le fruit d'un long travail de déchiffrement et d'identification des personnages mentionnés par le poilu, bientôt sous-lieutenant, l'auteur De Goupil à Margot et de La Guerre des boutons (1912) qui, le 3 août 1914, entame sa rédaction :

"Au soir, arrivée à la gare de Verdun".

Moins d'un an plus tard, le 6 avril 1915, il écrit simplement

"Des bruits nouveaux circulent. Nous aurions repris Marchéville, mais nous aurions aussi avancé du côté de Combres. Mais rien n'est confirmé."

Puis il se tait. Il est fauché lors de l'attaque du 7 au 8 avril sur la côte 233 de Marchéville. Il avait trente-trois ans, un prix Goncourt (1910), une amoureuse et une âme généreuse, beaucoup d'espoirs. Son Carnet qui reparaît en avance de la commémoration de 2014 a un grand mérite : dire sans le moindre fard le quotidien des soldats, la vie chargée de tracas des poilus dont d'autres ont préféré, après coup, tailler un habit glorieux.

"Je suis chef de petit poste au moulin de Bonzée avec un poste d'écoute à 350 m sur la route de Fresnes - bombardement dans la nuit - les obus allemands sifflent au-dessus de nos têtes : ça vous fiche tout de même un petit coup dans l'épigrastre, mais au 3e ou au 4e on y est habitué."

Sans souci formel et dans l'urgence, Pergaud note au jour le jour sa crainte de la maladie, les difficultés de se nourrir, de se coucher, de dormir, de se mouvoir la nuit dans des tranchées envahies par la boue, la stupidité des habitudes militaires, l'"héroïsme" de généraux dingues envoyant les hommes au casse-pipe pour accélérer leur carrière, les "caractères" dont le mélange au sein d'une même troupe donne à l'existence un sel dont elle se passerait bien. Et puis il dit la mort affreuse des copains, les corps déchiquetés, l'odeur de la boue mêlée à celles du sang et des sanies.

Vite lu, longtemps en mémoire. Un document aussi important que l'est un livre comme La Peur de Gabriel Chevallier.


Louis Pergaud Carnet de guerre, Edition établie par Françoise Maury (et Patrick Ramseyer). Postface par Jean-Pierre Ferrini. - Paris, Mercure de France, 160 pages, 6,80 €

lundi 22 novembre 2010

Mascarade

Mascarade.jpg



Gabriel Chevallier est un grand écrivain.
Si la plupart des lecteurs de générations chenues a gardé en mémoire ses fantaisies de Clochemerle (Presses universitaires de France, 1934), le Lyonnais Chevallier (1895-1969) a conquis de haute lutte, mais lentement, sa place au soleil des morts. La Faute à Clochermerle, justement, qui a contenu ses livres dans le no man's land des publications désinvoltes, facétieuses, amusantes, dont on ne se permet d'avouer la lecture. Et comment donc ! Un pitre !!

Sauf que Gabriel Chevallier n'avait rien d'un pitre et qu'il a fallu la réédition de La Peur en 2002 (Le Passeur-Cécofop) à l'initiative judicieuse d'un fils d'éditeur, pour que les lecteurs français sans accointance lyonnoise s'en aperçoivent. Exit la voie unique de Clochemerle - dont les rééditions n'ont jamais cessé, même si les "suites" de l'opus fondateur n'ont pas connu le même succès éditorial : Clochermerle-les-Bains, Clochemerle-Babylone (1)

Bref, Gabriel Chevallier est un grand écrivain, et deux livres le prouvent : La Peur et Mascarade, le recueil de cinq récits très impressionnants d'un point de vue littéraire, et fort brillants du point de vue de l'observation des êtres. Deux nouvelles paraissent immédiatement hors normes : "Le Crapouillot" et "Tante Zoé" qui auraient dû valoir à Chevallier des louanges incessantes.

Dès les premières pages de ces deux récits, on constate à quel point le colonel V... et le père du narrateur de "Tante Zoé" sont deux personnages passionnants. La tante elle-même, fruit paradoxal de générations et de générations de vieilles filles, n'étant pas de moindre envergure. C'est même une nature dont on fait les... Mais, non, restons discrets et ajoutons seulement qu'en lui fournissant militaires dans les tranchées ou vie de famille cahotante, le monde a fourni une matière formidable à Gabriel Chevallier. Et le moindre de ses talents ne fut pas de savoir lui faire rendre tout son jus. D'ailleurs, si l'on ajoute à ces deux chefs-d'œuvre le destin d'un collabo, les derniers jours d'un propriétaire de trésor ou la cohabitation d'un assassin et d'un perroquet - qui ne manquent pas d'allure non plus - vous obtenez le recueil de nouvelles gratinées le plus plaisant qui soit (2). En somme, après Calet, Guérin, Bove, Maurice Raphaël (3), et tous les autres, voici venu le temps des retrouvailles avec Gabriel Chevallier.



(1) Une occasion de signaler la bonne cité de Machonville imaginée dans la foulée par un Marcel-E. Grancher qui avait flairé le filon en 1942 dans des romans jamais réédités quant à eux.
(2) Et un parfait cadeau de Noël...
(3) On pense tout naturellement à l'extraordinaire nouvelle intitulée Le Piano, la Naine et les chiens (Grenoble, Cent Pages, 2005, 46 p. 8 €).

Gabriel Chevallier Mascarade. — Paris, Le Dilettante, 317 p., 22 €
- La Peur. — Paris, Le Dilettante, 349 p., 22 € ; Paris, LGF, "Livre de poche" (n° 31906), 408 p., 6,95 €
- Clochermele. — Paris, LGF, "Livre de poche" (n° 252), 376 p., 6 €

mercredi 15 septembre 2010

Où l'on parle de Céline et de Gabriel Chevallier... et de l'absence de vainqueur au Jeu de l'Alamblog

DervalMassacre.jpg



— Vous avez lu le dernier Céline ?
— Ouou...i
— Et alors ?
— Heu...
— N'est-ce pas ?
— On se demande...
— Pour moi, il est fou, cette fois, Céline !
— Assurément, il est malade, ce garçon !
— Quand même, il exagère !
— Ces grossièretés !...
— C'est tellement démodé, tout ça !
— Les Juifs sont des gens comme les autres.
— J'en connais de très bien... J'ai de très bons amis...
— Mais, pensez, voyons !
— Et pour les critiques, vous avez lu ?
— Oui !... Et Proust ?
— Proust ! Ah, Proust
— Prou-Proust, il dit ! Et il fait allusion... Il paraît que Proust...
— Jeune homme riche ! Habitué de bonne heure aux valets de chambre, n'est-ce pas ?
— Et Stendhal !
— Cézanne !
— Racine !
— Quoi, Racine aussi !
— Comme je vous le dis !
— C'est du délire !
— Vous avez prononcé le mot. C'est du délire !
— Moi, je m'étais bien dit tout de suite, en lisant son premier, vous savez : Au bout de la nuit...
— On en avait fait tout un plat !
— Entre nous...
— Quiand on juge, aujourd'hui...
— Avec le recul.
— Il faut le recul...
— Dame ! Qu'est-ce que c'est, en somme, la postérité ?
— Le recul, évidemment !
(...)



Ce délicieux dialogue, issu du Vendémiaire daté de mercredi 26 janvier 1938 et signé en une par Gabriel Chevallier, le désormais fameux auteur de La Peur dont nous aurons le plaisir de parler une fois encore sous peu, figure dans un roboratif ensemble publié par André Derval.
Celui-ci, que nous avons déjà présenté ici, avait déjà proposé un dossier de presse relatif à Beckett, un bouquin et un principe épatants. Rassembler les articles pondus par les uns et les autres dans le vrai de l'événement ne manque jamais d'intérêt. Outre qu'on y analyse merveilleusement la réception d'une oeuvre par les pairs de l'auteur — c'est beaucoup moins vrai aujourd'hui —, ce sont les pensers d'une époque qui surnagent, comme les légumes à la surface du bouillon. Et dans le cas de Louis-Ferdinand Céline, mazette, ça n'est pas peine perdue lorsque l'on observe ce qui s'écrivit au moment de la publication de Bagatelles pour un massacre, le 28 décembre 1937 (1), ce "pogrom de papier", le pamphlet le plus "XXe siècle" du siècle dernier et le plus interdit depuis 1945. Terrible !
Nous n'allons pas déflorer le contenu de ce nouveau recueil, ce serait vous couper la surprise sous les pieds et nous n'aurons pas la joie de nous rouler après André Gide ou Léon Daudet dans le débat sans fin qui voudrait trancher : essai polémique ou oeuvre littéraire ? S'il est vrai que Céline a trouvé dans le registre du pamphlet une voix, un style différents, il a aussi déplacé les bornes de l'obscénité. Rebatet, Mounier, Jean Renoir, Charles Plisnier (assez brillant), Jacques Spitz (curieuse position), Victor Serge, Marcel Arland, André Billy, Brasillach, Victor Serge et beaucoup d'autres ont déjà donné leur avis et les céliniens s'empaillent depuis des lustres sur ces questions, faut-il en rajouter ?
Bagatelles pour un massacre est l'un des pires pamphlets antisémites qui soit, c'est aussi l'une des plus grandes oeuvres littéraires du siècle dernier.
Qui a dit que la littérature avait un rapport avec la morale ?
Avec "le recul, évidemment", André Derval sert enfin les pièces du dossier et les présente avec autant de méthode que de bonne grâce — et il lui a fallu de l'appétit ! — les sursauts ou les glissades des uns et des autres, la stupéfaction, la colère, tout une époque assez peu capable de juger avec perspective ce qui, plus tard, crèvera les yeux.
Avec "le recul, évidemment", on met aisément Céline en bouteille. Ses contemporains furent pris au dépourvu, par ce "maboul", ce forcené, cet extraordinaire bretteur, ce Rabelais passé au noir. On peut aujourd'hui se faire une religion grâce à ce livre qui est destiné à devenir un inévitable et, du même coup, estimer la portée des coups, de part et d'autre. Bravo, beau travail !



André Derval L'Accueil critique de Bagatelles pour un massacre. — Paris, Ecriture, 288 pages, 23 €



(1) Jamais sans estomac, André Malraux publie L'Espoir en même temps, devançant l'appel pour raisons d'actualité... guerrière.

jeudi 31 mai 2007

Index intégral de L'Alambic (1999-2004)


Joseph Ducreux, Le Discret (circa 1790).



Nous vous l’annoncions dans ce récent billet et dans le précédent : La réédition en fac-similé intégral de L’Alambic est sur le point de paraître, après avoir été en préparation, comme de juste.
Le volume reprendra les dix livraisons connues à ce jour (y compris le hors série Yves Martin et L’exubérant Barbecue), soit 40 pages d’informations denses.
Afin de vous donner une idée du contenu maintes fois souriant de cette feuille naguère imprimée en offset sur papier vert par maître Edmond Thomas, en voici déjà l’index.
Replet, n’est-il pas ? C’est que nous avions nous avions beaucoup travaillé, quoique peu souvent. Tout de même, vous constaterez zébahis que cet index nominum n’est pas de ceux que l’on peut — mais comme c’est vilain — se glisser négligemment dans la narine. Pour cause, il comprend peu ou prou 1360 noms propres…
L’Autocrate et le Préfet — qui ont bien failli y laisser une paire de rétines — en restent eux-mêmes étourdis.
Vous serez désormais, chères nautes, chers nautes, prévenus que l’objet est en vente.

Une souscription est lancée du reste :

L’Alambic, collection intégrale
Préface et index nominum par votre serviteur
Couverture illustrée par Dominique Poncet
Fac-similé au format de l’original équipé d’un index, 297/210mm, 56 pages

Souscription jusqu’au 21 juin : 17 € (franco de port pour la France)
Souscription groupée avec Un roman dans la planète Mars d’André Laurie, proposé par Christian Soulignac : 30 € (toujours franco de port pour la France)

Il ne sera décidément pas fait de service de presse.
Des Barbares… seront présents au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice à Paris, du 21 au 24 juin 2007, aux côtés des éditions Fornax et non loin de l’Atelier du Gué.

Pour accéder à l’INDEX NOMINUM, voir plus bas.

Une production DES BARBARES…
E. Dussert
29, rue du BORREGO
75020 PARIS
FRANCE

Lire la suite...

- page 1 de 2