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mercredi 22 février 2017

Les couvertures de notre siècle (23)

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Aki Shimazaki Hôzuki. — Léméac/Actes Sud, 2016.


mardi 21 février 2017

Votez Price !

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Spécialiste de l'évitisme, l'Américain Roger Price (1918-1990) était aussi l'auteur du manifeste secret du parti "Moi d'abord" dont il est temps de vous procurer un exemplaire.
Avant qu'il ne soit trop tard...
Pour mémoire, Eric Chevillard disait beaucoup de bien de son précédent volume (lequel n'était autre que le manifeste de l'évitisme), alors...
Alors que la France est plongée avec ses plus grands ON (Fillon, Macron, Hamon, Le Pnon, Mélenchon) dans la course aux ânes du moment, il paraît perspicace de se préoccuper de cette engeance autosuffisante, aberrante, et pour partie assez débectante.
On vous laisse lire Price qui vous expliquera mieux que nous ce qu'est l'égotisme à portée démocratique, vous allez vous marrer.
Pas sûr que vous irez voter en revanche.



Roger Price Votez "Moi d'abord" !. Le manifeste secret du parti Moi d'abord. Couverture de Killoffer, avec 40 illustrations de Roger Price. Traduit de l'anglais (USA) par Frédéric Brument. — Paris, Wombat, 160 pages, 18 €


lundi 20 février 2017

Toujours plus haut


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La société ne demande de comptes qu'à ceux qui sont assez niais pour laisser lire dans leurs livres.
Et ces indiscrétions qui coûtent aux aventuriers la honte et la déchéance, sont les faiblesses, le laisser-aller aux vices complaisamment assouvis. Une discipline rude jusqu'à l'abnégation peut assurer le triomphe des pires êtres. Il y a, si nous partons de ce principe que la place au bonheur est à celui qui tente la vie, une bravoure dans le crime.
Soyez de haut vol et vous monterez aux sommets... Rasez le sol et le chasseur vous abattra.



Jean-François Louis Merlet Le Visage de Machiavel, roman. — Paris, A. Fayard, 1909.


dimanche 19 février 2017

Au bon beurre

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Un premier roman plutôt réussi paraîtra au début du mois de mars à la Différence, il s'intitule La Halle, son auteur est Julien Syrac.
Dès les premières pages, on constate qu'il ne s'use pas à la lecture, ce qui n'est pas si courant, et il se révèle même enthousiasmant dans la foulée, fruit d'une plume plutôt maîtrisée et d'une inspiration qui évite d'ouvrir les portes ouvertes ou de secouer le topoï. Et ce malgré la nature de son sujet qui invite généralement les impétrants à patauger dans la première platitude venue.
Son exercice n'est certes pas inédit : un microcosme valant éprouvette homothétique de la société urbaine contemporaine sert de théâtre à une série d'amibes variées qui y cohabitent, en incarnant si possible la palette sociologique de nos concitoyens. Le milieu est régi par des règles qui lui permettent de fonctionner avec le plus de fluidité — seul enjeu envisageable pour une "vie" commerciale — jusqu'au jour où un changement dans le bouillon de culture provoque une série de phénomènes... à suivre.
Décrivant diablement bien l'univers des commerçants et de leur clientèle, Julien Syrac donne une peinture sans bavure des Beurre-Oeufs-Fromages contemporains (aussi semblables à leurs aïeux que le seront leurs descendants) en humanité atrophiée, recluse et frustrée, pensant en bocal et reportant sur les ors toute leur existence sans attrait ni grandeur.

Devant moi deux tables démontables recouvertes de jupes blanches et de tôles cirées rouges. Dessus neuf paniers en faux osier, parallèles sur deux rangs, une planche à découper, neuf coupelles en étain, un couteau, une piquette, le calicot "Saucissons artisanaux du terroir". Je descends du chariot et ouvre un par un les dix-nuit cartions de saucissons. Sept cent vingt fois cent cinquante grammes de porc industriel, que je vide par poignées dans les paniers sur l'étal, classés par saveur et couleur de ficelle, figue, noix, ail, sanglier, hum, fenouil, cèpe, livres, piment. Une odeur âcre de moisi me monte au nez, le salpêtre me colle aux mains, la poudre blanche macule mon tablier noir "Chez Tonton". Je plonge les deux mains dans la masse déjà suintante. (...) Comme tous les samedis matin, si je tends bien l'oreille, derrière le brouhaha de la Halle, j'entends le bourdonnement du cauchemar me rappeler à cette responsabilité assourdissante : c'est moi le vendeur de saucissons."

La Halle de Julien Syrac mérite une visite.
Ses qualités démonstratives, ses passes ironiques et sa souplesse en assurent la richesse.
Son auteur est par ailleurs un très bon observateur. Il semble avoir pratiqué comme son narrateur la vente de saucissons et en avoir tiré quelques leçons métaphysiques. A tel point qu'on le sent finalement moins à l'aise lorsqu'il évoque l'art (que défend son personnage, ce jeune vendeur de cochonnailles sans illusions) que dans la pique assassine à fleuret moucheté contre la vie commerciale et sa phénoménale engeance, ou la vie économique comme elle va.
A une époque où le rire serait plus naturel, La Halle de Julien Syrac aurait probablement produit quelque chose comme un Clochemerle commercial.. Mais on en n'est assurément plus à la rigolade. Quelque chose s'est cassé.

Voyez caisse.



Julien Syrac La Halle. — Paris, La Différence, 208 pages, 16 €


samedi 18 février 2017

L'Amour en Russie


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Les Nouvelles littéraires, décembre 1922.


vendredi 17 février 2017

Paul Reboux parle du Soleil ne se leva pas (teasing Dahl suite)

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Un livre gai est une chose rare. En voici un.
Ce roman de M. André Dahl est à peine un roman. On pourrait le définir ainsi : Une fantaisie philosophique voltairienne, déroulée sous a forme d'un film fantastique aux éclairages inattendus, analogues à ceux de cet admirable Docteur Caligari, mais sans rien d'obscur et de tragique, et où voisinent des caricatures à la manière d'Abel Faivre et de Caran d'Ache, de Forain et de Daumier.
Cette oeuvre est d'une originalité rare et d'un mérite éclatant tant par la sagesse qui s'y cache sous le sourire, que par l'abondance des expressions heureuses grâce auxquelles l'auteur évoque les personnages ou formule les idées...
Le thème est simple. Un jour... il ne fait pas jour ! A neuf heures du matin, le monde reste dans les ténèbres. Il s'ensuit une perturbation sociale et des troubles domestiques inattendus. Croyant à la fin du monde, les épouses coupables font des aveux. Les ministres sont obligés de se réunir. Le Président de la République, afin de rassurer les populations, fait afficher partout : "Citoyens, la nuit n'est pas la fin du monde !" Des prophète se répandent dans les rues. Les prisons s'ouvrent. Le pape lance une bulle. Une seule chose, dans ce bouleversement général, rappelle la vie antérieure : la fréquence des accidents de chemin de fer.
Le lendemain, l'aurore paraît. Alor, au soleil revenu, les sentiments que la catastrophe avait ballots renaissent dans les âmes. Chacun regrette les confessions provoquées par la crainte du drame final. Et le Mensonge reprend son thème.
Pourquoi le soleil, ce jour-là, ne s'est-il pas levé ? M. André Dahl, dont l'imagination est aussi fertile que celle de Cyrano propose quatre explications, soit romanesque, soit bouffonne, soit scientifique, soit politique. Le lecture pourra choisir. (....)

Paul Reboux



Comoedia

jeudi 16 février 2017

Les couvertures du siècle dernier (LXX)

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Witold Gombrowicz Ferdydurke. Traduction du polonais par Georges Sédir. — Paris, U.G.E., coll. "10/18", 1996.




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mercredi 15 février 2017

Teasing Dahl (suite)

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André Dahl Le Soleil ne se leva pas. — Talence, L'Arbre vengeur, collection Exhumarante, mars 2017.

mardi 14 février 2017

Marmouset promu

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lundi 13 février 2017

Giacometti, les araignées et les éclats de couleur

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On se souvient du plaisir qu'avait constitué la parution des Ecrits d'Alberto Giacometti chez Hermann au début des années 1990. Voici que la maison, d'accord avec la fondation Alberto Giacometti, en publie une partie par fragments en quatre petits livres. On y retrouve des notes, des proses, des fruits d'entretien. C'est comme Giacometti, à la fois frais et fragile, audacieux et respectueux des formes.
On trouve en particulier Le Rêve, le sphinx et la mort de T. quelques pages assez intrigantes. Elles datent de l'époque où les surréalistes le poussent à mettre sur le papier ses rêves, assez élaborés. On trouve aussi ce que l'on peut appeler des ex voto et des credo, des programmes révolutionnaires de créateur, des poèmes parfois mono- ou bissyllabiques (Lulu) et cet étonnant "Eclat de sphère de la pomme d'or"

Eclat de sphère de la pomme d'or dans la lumière


Pieds de chaise, bois qui saute en éclat arraché
Respiration, dans la rue (avenue du Maine) en face du cinéma,
(les affiches de toutes les couleurs les plus violente)
un chien bas, bris, sale et frisé marche lentement le long du mur,
de l'autre côté deux yeux de lumière le regardent,
dans un manteau brun une femme passait au même moment derrière l'iris des yeux
mais il restait la dalle vide et grise,
dans la devanture du soleil la corbeille en paille tressée
les pas suivais sur le trottoir qui tourne dans la rue à côté,
l'autre toute ouverte en face, dans la neige sur une place le cou avance nouvelles bottine le doute à un mètre cinquante des pavés sur la verticale
l'horizontale, largeur des épaules 80.
mais le rire voilé qui fuit vite et disparaît devant nous à l'horizon son écho résonne immédiatement à l'oreille.



Alberto Giacometti Je fais certainement de la peinture - Paris, Hermann/Fondation Alberto Giacometti, 64 pages, 8 €
Notes sur les copies. - Paris, Hermann/Fondation Alberto Giacometti, 61 pages, 8 €
Le Rêve, le sphinx et la mort de T. - Paris, Hermann/Fondation Alberto Giacometti, 61 pages, 8 €
Pourquoi je suis sculpteur. - Paris, Hermann/Fondation Alberto Giacometti, 64 pages, 8 €


dimanche 12 février 2017

Burns Singer en souscription

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Né James Hyman Singer (1928-1964) à New York City, Burns Singer est tout à la fois poète et une sorte de combiné de nationalités indécises. Ou variées. Versé en Zoologie et biologie marine, il a vécu en Angleterre et s'est engagé sous le drapeau américain.
Son oeuvre n'a pas été trop largement répandue en France mais son chef-d'oeuvre, "Sonnets for a Dying Man", qui fait partie du seul livre publié de son vivant Still and All (1957) va paraître sous peu aux éditions Obsidiane dans une traduction à quatre mains de Patrick Maury et Anthony Hubbard.
On se jette sur son carnet de chèque. La parution est annoncée pour le mois d'avril.

Cassons tous les mots qui jamais n'affligent.
Mais gardons la vérité, la vérité qui nous garde
Tous les deux en vie quand l'un ou l'autre dort.




Burns Singer Sonnets pour un homme mourant. Traduit de l'anglais par Patrick Maury et Anthony Hubbard. — Bussy-le-Repos, Obsidiane, en souscription au prix de 15 € franco de port


Obsidiane
18, chemin deu Camp Gaulois
Hameau de Château
89500 Buzzy-le-Repos


samedi 11 février 2017

Bibliothéconomie à la hongroise avant la chute du Mur

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Né en 1934, le Hongrois György Moldova, présenté en 1978 comme la révélation hongroise, ne s'est vu traduire en français qu'une seule fois. C'était pour ses Chiens en caoutchouc, satire énergique de l'économie socialiste dégénérée.
L'absurde y règne, même dans la bibliothèque du personnel. Un cas rare pour les bibliothéconomes.

Le bibliothécaire de l'usine, pour s'éviter d'inutiles manipulations de fichiers et de fastidieuses formalités d'enregistrement, vendit tous les livres et n'en racheta qu'un en dix mille exemplaires. Là aussi, aucune réaction, les lecteurs fréquentaient comme à l'accoutumée la bibliothèque, ils rapportaient les livres empruntés et les échangeaient contre le même.





Georges Moldova Les Chiens en caoutchouc. Traduit du hongrois par Georges Kasaï. — Paris, Editions des Autres, 191 pages.

vendredi 10 février 2017

Tête de Dahl (teasing #2)


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jeudi 9 février 2017

Petite Bibliographie lacunaire des éditions Bossard (fonds russe)

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Les éditions Bossard, déjà aperçus sur l'Alamblog pour leurs efforts engagés en faveur des écrivains oubliés, ont été également actives dans le domaine russe entre 1918 et 1929.
Rapidement concurrencées par la collection des Jeunes Russes chez Gallimard - ensemble peu dynamique qui existe jusqu'en 1938 et disparaît corps et âmes -, elle voit ses titres essentiellement basculer dans le catalogue de la rue Sébastien-Bottin. (Installée en 1923 43, rue Madame, la maison déménage est se trouve en 1925 au 140, boulevard Saint-Germain).
Deux collections se partagent chez Bossard les publications russe : la « Collection des textes intégraux de la littérature russe », dirigée par Henri Mongault (1888-1941), qui fait alors référence, et la « Collection historique de l'Institut d'études slaves ».
(Les éventuels compléments bibliographiques apparaîtront sur ce billet dans les jours qui viennent).

Catalogue
Pavel Nikolaevic Milioukov Le Mouvement intellectuel russe. Traduit du russe par J. W. Bienstock. — Paris, Bossard, 1918, 450 p.
Marc Slonim Le Bolchévisme vu par un Russe. — Paris, Bossard, 1921, 208 p.
Dmitri Mérejkowsky Le Règne de l'Antéchrist et autres textes. Traduits du russe. — Paris, Bossard, 1921, 263 p.
Dmitri Mérejkowsky Quatorze décembre. Traduit du russe, par Michel de Grammont. - Paris, Éditions Bossard, 1921, 418-(1).
Ivan Bounine Le Monsieur de San-Francisco. Traduit du russe, par Maurice. Avec un portrait de l'auteur, par Bakst. - Paris, éditions Bossard, 1922, 343 p.
Émile Haumant Le Problème de l'unité russe. - Paris, Bossard, 1922, 130 p.
Colonel Rézanof La IIIe Internationale communiste. Le "Komintern" Traduction du manuscrit russe. - Paris, Bossard, 1922, 127 p.
Ivan Bounine Le Village, roman traduit du russe par Maurice Parijanine. - Paris, Bossard, 1922. In-12, 292 p.
Dmitri Mérejkowsky Sur le chemin d'Emmaüs. Trad. du russe par M. Dumesnil de Gramont. - Paris, Bossard, 1922, 224 p.
__Dmitri Mérejkowsky. Le Mufle-roi. L'Avènement du cham''. Traduit du russe par Denis Roche. - Paris, Bossard, 1922, 223 p.
Dmitri Mérejkowsky Compagnons éternels, traduit du russe par MauriceParijanine. - Paris, éditions Bossard, 1922, 325 p.
Georges Grébenstchikov Les Tchouraïev, roman traduit du russe et préfacé par Henri Mongault. - Paris, Editions Bossard, 1922, 324 p.
Ivan Sergeïvitch Tougueniev Théâtre. Traduit du russe avec une introduction par Denis Roche. - Paris, Bossard, 1922-1923, 2 vol., 265 p., 235 p.
Alexandre Kouprine Le Duel, roman, traduit du russe par Henri Mongault, avec une postface écrite spécialement pour cette édition et une préface du traducteur. - Paris, Bossard, 1922, 333 p.
Jean Chuzeville Dmitri Mérejkowsky, esquisse de littérature russe. - Paris, Bossard, 1922, 75 p.
Fiodor Dostoïevski Les Frères Karamazov, trad. du russe par Henri Mongault et Marc Laval. - Paris, Bossard, 1923, 388 p. Constantin Balmont Visions solaires, trad. du russe avec une préface par Ludmila Savitzky. - Paris, Éditions Bossard, 1923, 338 p.
Zénaïde Hippius Le Pantin du diable, traduit du russe par Paul de Chèvremont. - Paris, Bossard, 1923, 285 p.
Fiodor Dostoïevski Les Frères Karamazov, roman en quatre parties et un épilogue. Traduit du russe, par Henri Mongault et Marc Laval. Seule traduction intégrale et conforme au texte russe. - Paris, éditions Bossard, 1923. 3 vol. 422 p., 388 p., 305 p.
Alexandre Kouprine La Fosse aux filles. Traduit du russe par Henri Mongault et L. Desormonts. - Paris, Bossard, 1923, 386 p.
Alexandre Kouprine Le caniche blanc et autres contes pour adolescents, traduit du russe par Henri Montgault, orné d'un portrait caricaturé de l'auteur par Don et de vignettes dessinées par Mme Lewitzka. - Paris, Bossard, 1924, 259 p.
Fiodor Dostoïevski Les Possédés, suivis de la confession de Stavroguine, seule traduction intégrale et conforme au texte russe, par Jean Chuzeville. - Paris, éditions Bossard, 1925, 3 vol., 343 p., 415 p., 420 p.
Léon Tolstoï Inédits. Le Mystère de Fédor Kouzmitch, dernier roman. Traduction de Georges d'Ostoya et Gustave Masson, - Paris, Bossard, 1925, 309 p.
Nicolas Gogol Les Aventures de Tchitchikov ou les âmes mortes, poème. Traduit, avec une introduction et des notes, par Henri Mongault. Seule traduction intégrale, conforme au texte russe, donnant l'historique de l'oeuvre, les principales variantes et les passages supprimés par la censure. Ouvrage accompagné d'un portrait de l'auteur et de quelques illustrations documentaires. - Paris, éditions Bossard, 1925, 2 vol., 437 p., p. 439 à 698.
Ivan Chmélov Garçon ! , roman traduit du russe par Henri Mongault. - Paris, Bossard, 1925, 293 p.
Dmitri Merejkowsky Le Roman de Léonard de Vinci. La Résurrection des dieux, traduction approuvée par l'auteur (intégrale et conforme au texte russe), par Dumesnil de Gramont . - Paris, éditions Bossard, 1926, 3 vol., p 1 à 308, p. 309 à 654, p. 655 à 950.
Georges Plékhanov Introduction à l'histoire sociale de la Russie. Traduite du russe en français par Mme Batault-Plékhanov. – Paris, éditions Bossard, 1926, XII-160 p. Collection historique de l'Institut d'études slaves (n° 3).
Fiodor Dostoëivski Mémoires écrits dans un souterrain, traduction intégrale et conforme au texte russe, traduit par Henri Mongault et Marc Laval. – Paris, éditions Bossard, 1926, 145 p.
Fiodor Dostoïevski Le Journal d'un écrivain. Traduction conforme au texte russe et annotée par Jean Chuzeville. - Paris, éditions Bossard, 1927, 3 vol. 360-384-411 p.
Dmitri Mérejkowsky Julien l'Apostat. La Mort des dieux. Traduction approuvée par l'auteur (intégrale et conforme au texte russe), par Henri Mongault. - Paris, Bossard, 1928, 468 p.
Dostoïevsky Un joueur. Notes d'hiver sur des impressions d'été. Traduction intégrale par Henri Mongault et Marc Laval. Avertissement et notes de Henri Mongault. - Paris, éditions Bossard, 1928, 408 p.
Léon Tolstoï Les Quatre livres de lecture, 1869-1872. Première traduction intégrale, avec introduction et notes, par Charles Salomon. - Paris, Bossard, 1928, 2 vol. LXXVI-552 p.
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Fyodor Sologoub Le Démon mesquin. Traduction de H. Pernot et L. Stahl. - Paris, Bossard, 1929.
Ivan Tourguéniev Mémoires d'un chasseur . Traduit du russe, avec une introduction et des notes, par Henri Mongault. Traduction intégrale et conforme au texte russe, accompagnée d'un portrait de l'auteur et de quelques illustrations documentaires. - Paris, Bossard, 1929.
Fiodor Dostoïevski L'Idiot. Roman en quatre parties. Traduit, présenté, annoté par Albert Rousset. Traduction intégrale et conforme au texte russe. - Paris, éditions Bossard, 1930, 2 vol. XI-574, p. 575 à 1095.
Fiodor Dostoïevski Crime et Châtiment. Roman en six parties et un épilogue. Première traduction intégrale et conforme au texte russe par Jean Chuzeville. - Paris, éditions Bossard, 1931, 2 vol. 481 p., p. 482 à 956.



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mercredi 8 février 2017

Paul Redoux par Gabriel Reuillard (1922)

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Paul Reboux
Conducteur de la Charrette qui "charrie"


Menu, modeste, M. Paul Redoux vous accueille au seuil de sa demeure avec un air de demander pardon d'être très occupé, et on ne d'abord s'il vous invite ou s'il vous chasse du bout des doigts, et, si je puis parler ainsi, du bout des lèvres. Par chance pour le reporter, il y a chez ce Parisien très fin, très averti, sur le visage rond duquel se peignent au cours d'une conversation, tous les tons de la blague, de la gouaille même ; il y a, dis-je, cette bonté supérieures des forts qui tente, par besoin d'harmonie, de faire échec aux injustices de la nature et de la société. Pour employer une expression un peu hardie, puis-je dire que l'on pénètre dans l'antichambre du coeur de M. Paul Redoux avant de pénétrer dans l'antichambre de son appartement. Mais on n'est encore que dans l'antichambre...
M. Paul Redoux connaître trop notre stratégie littéraire — ô Fernand Divoire ! — pour n'être pas choqué par le ridicule d'une interview : "Laissons ces à-côtés sans intérêts, nous dit-il tout de suite. Pour l'artiste, pour l'écrivain, l'oeuvre seule compte, etc..."
C'est entendu. Et c'est pourquoi je ne suis pas venu pour lui parler des oeuvres personnelles connues de tous, qui ont montré la surprenante variété de son talent : "La Petite Papacoda", roman italien ; "La Maison de Danse", roman espagnol ; "Romulus Coucou", roman nègre ; "Chouchou", esquisse sentimentale ; "Trente-deux poèmes d'amour", fantaisies où la sensibilité s'allie à l'art de l'expression la plus juste et la plus osée ; "Les Drapeaux", vaste fresque derrière laquelle il a démonté pièce à pièce le mécanisme de la guerre, "Le Phare", un livre d'épouvante ; "Josette", simple histoire d'un coeur humain sur lequel la vie pèse d'un poids trop lourd, sans parler de ses délicieux "A la manière de... (en collaboration avec Charles Muller) qui sont peut-être, dans l'expression fantaisiste choisie par les auteurs, la plus haute leçon de critique littéraire contemporaine.
Je ne suis même pas venu lui demander de me parler des deux ouvrages qu'il vient de terminer : "Colin, ou les Voluptés tropicales", roman qui se déroule dans le monde des colons et des esclaves à Saint-Domingue, sous Louis XV ; "Trio", essai polygamie à paraître prochainement aux Œuvres Libres.
Cette simple énumération suffit pour prouver surabondamment que M. Paul Redoux a fait exactement le contraire de ce qu'imposait la règle selon laquelle un écrivain doit toujours s'efforcer dans le même sens, créer "son genre", pour connaître la gloire. Est-ce à dire que l'auteur de tant d'oeuvres diverses n'a pas su, n'a pas pu donner sa marque personnelle. Non, n'est-ce pas ? Il a créé le genre prothéiforme (sic), voilà tout ; un genre où à travers la diversité des sujets, se retrouve la qualité, toujours la même, de son observation, de son esprit, la justesse des couleurs qu'il emploie pour peindre ses sensations, ses émotions, ses réflexions devant le septale toujours divers de la nature et de la vie.
En voilà quelques-unes de ces oeuvres qui, seules, comptent, comm nous disait M. Paul Redoux. Mais, en dehors de celles-ci, connues et appréciées de toutes les personnes qui lisent, il en est d'autres que l'on ignore, et c'est pourquoi je suis venu vous en parler.
Sa collaboration à l'oeuvre collectif de "La Charrette" n'est pas la moins intéressante, et peut-être nous apprendra-t-elle de nouvelles choses sur la personnalité de l'animateur que nous surprenons aujourd'hui, chez lui, en pleine action.
Tudieu, la belle église ! La vaste pièce un peu austère de la vieille maison (genre hôtel XVIIe siècle, comme on en voit dans le Marais), dans laquelle M. Paul Redoux m'a fait entrer, m'apparaît dans le clair-obscur du demi-jour qui lui arrive à travers un vitrail, comme une espèce de chapelle. Cette impression ne dure qu'un instant, car je vois tout de suite des meubles très modernes : bureaux américains, casiers, tables de machines à écrire, etc. Suis-je tombé chez un de ces businessmen qui tentent d'imposer les méthodes du taylorisme aux productions les plus fantaisistes - et les plus heureuses — de la pensée ? Non, non. Je suis bien dans une chapelle, dans une chapelle moderne, car c'est sur un arrangement cubiste de petits carrés, rectangles, triangles, losanges rouges, verts et jaunes que joue, sur le mur en face de moi, comme sur une étrange mosaïque, la lumière diffuse du vitrail.
Mais M. Paul Reboux me tire brusquement — et impitoyablement — de ma rêverie : "Vous regardez mon fichier, me dit-il. Il a été construit sur le plan que j'ai établi moi-même. C'est très commode ! Je puis retrouver tout de suite ce que je cherche. Je sais ainsi ce que sont devenus tel projet, tel dessin, tel article qu'on m'a apportés."
Je m'approche et je lis sur les étiquettes polychromes des formules de ce genre :
A. — Manuscrits à lire.
B. — Manuscrits lus. Bons.
C. — Manuscrits lus. Mauvais, etc., etc.
"Parce que j'aime la fantaisie, il ne faudrait pas croire, dit M. Paul Reboux, que je suis ami du désordre, du je-m'enfichisme bohème qui a détourné de certains artistes tant de bonnes volontés, de concours salutaires. J'ai, au cours de voyages en Amérique, en Suisse, en Allemagne, étudié les génies très différents de ces pays. J'y ai pris le goût utile à tout organisateur, de l'ordre, de la méthode, et j'ai essayé de l'acclimater chez nous. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est organiser. L'oeuvre collective m'enchante au moins autant que l'oeuvre individuelle, et c'est pourquoi j'ai tant de plaisir à voir naître le plaisir qu'éprouve le peintre, à donner forme, couleur et vie à sa vision par le jeu des touches successives, les collections que l'artiste a formé le projet de réaliser (et qu elle "Merle blanc" a commencé, d'ailleurs à éditer) :"La Charrette, "qui charrie", et que vous connaissez, puis ces publications en formation : "Froufrou, journal léger qui ressuscitera sous une forme littéraire, la tradition française de la gauloiserie de bon aloi ; "Plaisir, magazine hebdomadaire de luxe, et un renouvellement de la mémorable "Assiette au beurre", sous forme de pamphlets populaires."
De ces publications on ne connaît encore que La Charrette qui, à son dixième numéro, est une des plus étonnantes "réussites" artistiques et littéraires de cette époque. Les images pour grands enfants, je veux dire pour enfants qui peuvent, qui doivent penser - et pourquoi ne pas dire que "La Charrette" les y obllige dans une forme aimable, attachante même ? — constitueront pour l'avenir de véritables archives sociales où les artistes aimeront à s'inspirer comme ceux d'aujourd'hui se sont renseignés par Daumier sur les caractéristiques de l'époque louisphilipparde. Ce n'est pas seulement par l'originalité propre des dessins (les noms des collaborateurs de "La Charrette suffisent à tout dire sur ce point : Bécan, Bofa, Boris, Chas Laborde, Faivre, Falké, Foy, Guérin, Homard, Lucien Laforge, Oberlé, Pavis, Roubille, Sem, etc. etc.) que cette collection mérite d'être appréciée, c'est aussi par l'arrangement, le goût avec lequel ils sont assemblés, présentés et la liaison invisible mais sensible entre chacun d'eux.
Les textes qu'accompagnent et soulignent les images ironiques et vengeresses des gens du Cirgue, des Menteurs, des Gens du Monde, de Ceux de Deauville, des Guetteses de Nuit, du Mufle d'après guerre, des Petits trous pas chers, des Parasites, des Ronds-de-cuir à travers les âges, etc... sont de Mmes Lucie Delarue-Mardrus et Séverine, de MM. Paul Allard, Dominique Bonnard, Gaston Chéri, Maurice Dekobra, Léon Deutsch, Roland Dorgelès, Hugues Delorme, Henri Duvernois, Franc-Nohain, José Germain, Michel Herbert, Charles-Henry Hirsch, Robert de Jouvenel, André Lamenté, Pierre Mille, MIchel-Georges-Michel, Georges Pioch, Pierre Valdagne, Pierre Veber, Fernand Vanderem, etc., etc... C'est assez dire la diversité des talents qui se trouvent réunis là et placés chacun au poste d'attaque ou de défense — de défense, c'est rare — qui convenait à sa spécialité (maniement du canon lourd ou léger, de la mitrailleuse, du fusil, de la grenade ou de la simple baïonnette) et qui contribueront à l'ensemble de la victoire du droit, de la liberté, de la civilisation — pour de bon, cette fois — par la revanche de l'esprit sur la stupidité et de la moralité réelle de la vérité sur l'immoralité foncière des mensonges individuels et collectifs dont notre atmosphère sociale est empoisonnée. Et quelle aisance, quelle grâce, quelle affabilité — quel art attique pour tout dire — dans tout cela !
Si discrète que, d'abord, je ne l'avais pas vue, une forme humaine s'agite — une demi-forme plutôt, car elle m'apparaît coupée en deux par un immense cartonnier — et j'entends tout à coup le bruit sec, métallique du déclic des touches d'une machine à écrire, cette espèce de mitrailleuse de la conversation. Avant de fuir visé par "l'ennemie" qui, derrière son parapet den cartons verts s'apprête à faire feu sur moi, cette vision de guerre m'incite à demander sournoisement à M. Paul Redoux :
— La publication des Drapeaux a tourné contre vous un certain nombre de personnes, n'est-ce pas ? Comment avez-vous réagi contre l'hostilité sourde qui s'est manifestée alors ?
— Je n'ai pas eu à réagir, répond, étonné, l'auteur des Drapeaux. Les faits n'ont-ils pas démontré l'excellence de ce que je préconisais alors ? Les accords Stinnes-Lubersac, utopies il y a deux ans, sont devenus les réalités d'aujourd'hui. Le premier, le plus difficile effort dans le sens de la réconciliation indispensable, est fait. On s'aperçoit déjà que les personnes qui ont osé dire les paroles nécessaires ont eu raison et on n'est pas loin de leur savoir gré du courageux geste accompli. Il faut toujours dire ce que l'on pense ; c'est le péril, mais c'est aussi la gloire de notre profession."
J'échappe au déclic meurtrier de la mitrailleuse de l'appartement, j'échappe à M. Paul Redoux lui-même et pour arriver plus vite, en triomphateur, je saute dans un tax qui me charrie, mais hélas ! moins élégamment que "La Charrette".

Gabriel Reuillard




Le Merle Blanc, 28 décembre 1922.

mardi 7 février 2017

Le mauvais goût de la condition humaine

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On savait le mathématicien Didier Nordon doté de sérieuses capacités de vulgarisateur. On ignorait qu'il était tout aussi doué pour le découpage de billevesées en quatre. Avec L'Âme et l'urine, son nouvel essai, c'est la vie sociale et intérieure de l'Homme qu'il remet à plat et à sa juste place. C'est-à-dire quelques mètres carrés d'autonomie limitée avant le grand tas de fumier.
L'existence humaine est conditionnée par le mauvais goût, voilà sa thèse. On ne peut pas lui donner tort...

Enumérer toute les situations où se manifeste le mauvais goût de la condition humaine mènerait à un catalogue long comme l'histoire de l'humanité. Contentons-nous dans les chapitres qui suivent de développer trois exemples.

Et Nordon de s'attaquer à tout ce qui rassure l'être humain, ou participe de son environnement rassurant (la sainte Vierge), à ce qui le rend honteux (l'excrément) ou ce dont il peine à assumer le plaisir (l'érotisme).
Comme chez Orwell, pour qui la paix signifie la guerre, l'information vaut désinformation pour Nordon qui s'en explique efficacement. La démonstration éclaire du reste la façon dont Nordon réfléchit. Il prend le monde par le menu de formulations trop répétées et en établit paradoxalement (ou non) les faits. C'est un observateur qui ne se leurre pas sur ses intentions, ses ambitions, ses répulsions et ses doutes. En particulier sur la procréation... Il attrape son sujet et le tord tout en le poussant — ou en l'étirant — à l'extrême. Sophiste ? non. Logicien plutôt.
Un petit exemple : chez Didier Nordon, la Vierge n'est certes pas "intacta" mais il admet que toutes les statues la représentant en donnent une version "innoncente" : elle est vierge de mauvaises intentions. Cependant est-ce si innocent de mettre en enfant au monde ?
Un peu plus loin, cette interprétation des rapports hypocrites des écrivains avec l'acte charnel : "Puisque l'humanité ne s'est éteinte ni en lisant Racine ni en lisant Lamartine, c'est que la chasteté n'a triomphé que dans les livres." Par quel mystère verse-t-on dans la pornographie quand on décrit l'acte ou la chair ?Et puis quel est ce refus hypocrite des sanies chez l'Homme ?

On ne va pas dévoiler plus avant ce que la comprenette d'êtres libres et honnêtes vis-à-vis d'eux-mêmes, peut-être un peu sauvages et cyniques, savent déjà sans toujours le formuler : la condition humaine n'aboutit presque jamais aux hauts faits glorieux de l'"Entre ici Tartempion"... seul un fantoche comme Malraux pouvait avoir le mauvais goût de déblatérer sur ce thème. En fait, "En se pliant à des normes, le beau est hypocrite - ce qui le rend de très mauvais goût !" On peut dès lors repenser nos rapports aux œuvres louées généralement et remettre en question les éloges établis par les esthètes.

Bref, inutile d'en rajouter : Didier Nordon fait le ménage dans nos pensers. C'est toujours un capharnaüm qu'il s'agit d'aérer, de ranger, de vider. On ne s'aperçoit pas toujours des scories que l'on laisse s'incruster dans les recoins de nos esprits. C'est pourquoi les amateurs de pensées acides et fraîches, celles qui nettoient le mieux, vont se retrouver dans ce livre, modèle de franchise et de subtilité, parfois même d'humour.

Mourrons humbles et décillés, nous dit Nordon, mais mourrons amusés par la vérité de notre sort.



Didier Nordon L'âme et l'urine. Variations sur le mauvais goût de la condition humaine. - Champ Vallon, coll. L'Esprit libre, 144 pages, 17 €

lundi 6 février 2017

Tout Cavàfis

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On doit à Michel Volkovitch une édition intégrale de la poésie de Constantin Cavàfis ou Cavafy (1863-1933) est l’un des plus grands poètes de langue grecque du siècle dernier.
Il était d'Alexandrie et a connu une destinée à la Italo Svevo, ne publiant que peu, et sur le tard produisant ses chefs-d'oeuvre consacrés, pour une part à une vision de l'antiquité, plutôt savante, de l'autre (ses poèmes cachés) à un érotisme enflammé, magnifique.
Considéré comme un anti-Rimbaud par son traducteur, cet modeste et discret employé qui courait les bas-fonds alexandrins la nuit a dressé une oeuvre marmoréenne, touchante, éblouissante et gracieuse tout à la fois.
Un classique à lire toute affaire cessante.


Murailles

On a, sans réflexion, sans pitié, sans pudeur,
dressé autour de moi d’imposantes murailles.

Et je reste à pleurer ici sur mon malheur.
Je ne pense qu’à lui, qui ronge mes entrailles ;

alors que j’avais tant à faire, là dehors.
Les bruits des ouvriers résonnaient à la ronde,

et moi je n’entendais qu’un silence de mort.
Ils m’ont à mon insu enfermé hors du monde



Constantin Cavàfis Tous les poèmes. Traduit par Michel Volkovitch. - Le Miel des anges, 364 pages, 20 €


dimanche 5 février 2017

Tout le monde s'en doute




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Terminologie
Vous allez voir que vont surgir les rappels aux définitions de prévarication, de concussion, de tous ses mots d'autrefois qu'on espérait devenus inutiles, les moeurs gagnant chaque semaine en pureté. On se croirait revenu sous Pompidou avec des bétonneurs devenus téléphonistes et marchands de "service" ou de "conseil". Ca a beaucoup moins de gueule. Les véreux d'aujourd'hui n'ont même pas la morgue du premier maffieux russe venu.
Merci les demi-sels.



Illustration du billet : Le Merle blanc, 29 avril 1922.





samedi 4 février 2017

Beaubourg a 40 ans, l'utopie d'Albert Meister aussi

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Tandis que l'on fête le quarantième anniversaire du Centre Beaubourg, paquebot de la culture, il convient de rappeler l'existence du livre d'Albert Meister (ou Gustave Affeulpin comme on voudra), La Soi-disant Utopie du Centre Beaubourg, qui faisait quelques semaines avant son ouverture le rêve d'un bâtiment offert aux citoyens.

Parmi les dernières utopies du XXe siècle, ce texte électrique et visionnaire mérite d'être relu pour mettre en perspective les aspirations d'un sociologue, auteur de L'Inflation créatrice (Puf, 1975), qui versa dans la littérature pour partager ses rêves d'autogestion.

Un précurseur du mouvement collaboratif dont le nom doit être porté, clamé, toujours, sans fin, jusqu'au moment où l'on reconnaîtra sa pertinence et sa portée.




Albert Meister La Soi-disant Utopie du Centre Beaubourg. Postface du Préfet maritime. - Montreuil, Burozoïque, 2010, coll. "Le répertoire des îles", 256 p., 14 €


vendredi 3 février 2017

Un musée pour les clichés

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Pour la littérature

Inauguration du Musée des Clichés

Dimanche dernier M. Henry Bordeaux, de l'Académie Française, sous-secrétaire d'Etat à la Littérature commerciale a inauguré, boulevard Saint-Germain, le Musée des Clichés et des Lieux Communs mis gratuitement à la disposition des journalistes et des écrivains désireux de réussir dans la littérature, la presse, la politique, le bureau, etc. etc...
M. Henry Bordeaux, précédé d'une suite nombreuse, a été reçu au seuil du musée par M. Louis Forest, notre aimable confrère, directeur du musée, M. Pierre Decourcelle, directeur-adjoint, M. Théodore Botrel, sous-directeur, M. Frédéric Masson, concierge, etc., etc... Le sous-secrétaire d'Etat a visité à bicyclette les salles du musée où de nombreux et précieux documents sont mis à la disposition des étudiants pour se perfectionner dans l'art de ce style neutre, impersonnel et banal qui, seul, permet d'être goûté des foules et d'être distingué de bonne heure par le Gouvernement, les Académies et la grande presse.
M. Louis Forest, préparé par une heureuse et longue carrière de journaliste à ses délicates fonctions de directeur du Musée des Clichés, a successivement présenté au sous-secrétaire d'Etat les plus beaux joyaux de l'importante collection dont il a la garde. On a retrouvé avec un plaisir infini l'aurore aux doigts de rose, l'économiste distingué, le riant bocage, l'innocente bergère, la douce haleine du zéphyr, les coeurs farouches, le radieux visage, le désert affreux, le but sinistre, la grâce enchanteresse, l'amour innocent, les larmes amères, les noirs chagrins, le silence prudent, les sanglots étouffés, le joug odieux, le zèle ardent, etc., etc... utilisés depuis Malherbe par nos écrivains.
Plus de trois mille pièces, soigneusement étiquetées par M. Louis Forest, ont été aussi passées en revue. A li'ssue de sa visite, M. Bordeaux, sous-secrétaire d'état à la Littérature commerciale a rappelé en termes émus toute l'utilité de ces vieux clichés dans la bonne littérature, c'est-à-dire dans celle qui, seule, permet d'être facilement éditée et de s'enrichir rapidement. Il eut des mots charmants pour célébrer son oeuvre propre ; avec une très grande modestie, il l'offrit comme exemple aux éditants enthousiastes.
Parmi les personnes qui assistaient à cette touchante cérémonie (autre cliché) citons MM. Cognacq, de la Samaritaine, Félix Potin de l'épicerie bien connue, Lillaz, du Bazar de l'hôtel-de-Ville, et la plupart des Académiciens.

Duc Onno de Méconnas,
Attaché d'embrassades



Le Merle Blanc, samedi 29 avril 1922.

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