L'Alamblog

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dimanche 15 janvier 2017

Les loisirs d'Albert Robida

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L'association des amis d'Albert Robida (1848-1926) poursuit la mise en valeur du travail de ce grand imaginatif d'avant Gaston de Pawlowski et Jacques Carelman. Ue récente livraison du Téléphonscope, leur organe donne dans une débauche de dessins et de couleurs.
La livraison de la fin de l'année 2016 est bien faite pour attirer le chaland : dans l'effervescence pleine de transports du Second Empire et de la Troisième République, et en attendant ce qui se profilait doucement, la guerre et la guerre (dont Robida fut aussi un impeccable illustrateur, en particulier lorsqu'il fallait inventer des appareils à militaires impossibles), l'esprit aussi satirique que perspicace de Robida fit des merveilles.
Loisirs, spectacles, sports émergents et information culturelle, sans oublier les nouvelles technologies de communication qu'edouard Estaunié nommera bientôt télécommunications, il y a là un univers de plaisirs à ne pas négliger...
Au sommaire :
Tourisme culturel chez Robida
Albert Robida et la Bretagne
Les Bords de Seine au temps de Robida
Robida critique de théâtre
Robida chroniqueur du Salon
Robida peintre de la convivialité : loisirs et plaisirs de la table
Les Loisirs du futur selon Robida
Voyages et distractions à l’Expo !
Et tout cela dans des articles signés Laurent Antoine, Jean-Louis Ayme, Philippe Brun, Philippe Burgaud, Marielle Gobé, Dominique Lacaze, Michel Thiébaut, Patrice Warin.

Le Téléphonoscope, novembre 2016, n° 23, et son blog.



samedi 14 janvier 2017

Métro 2033

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Passé à la caméra pour série télé dans le monde slave, décliné en jeux vidéo, Métro 2033 est un autre roman de fin du monde (après Dans la forêt de Jean Hedland dont nous parlions hier). Ici, plus un poil de nature mais les sous-sols du métro moscovite où s'est replié le peu qu'il reste d'une humanité affaiblie et en danger. Dans des conditions d'existence peu propices à la prise de poids ou au cancer de la peau par excès d'UV, des tribus autonomes regroupées par station tentent de survivre en se protégeant de la radioactivité extérieure et des mutants qui infestent la planète. Le temps de l'Homme serait-il fini ?
Huis-clos de la pénurie ultime, ce livre de Dmitry Glukhovsky raconte la course à l'angoisse d'un messager de plus de huit cents pages. Il démontre que les romanciers russes savent toujours tenir une plume, quand bien même ils interviendraient, l'air de rien, dans des domaines que l'on pensait hyperbalisés. Fantastique et thriller, certes, mais net, sans excès de trucages ni d'effets spéciaux.
De la vraie littérature d'évasion.
Gare aux rayonnements toutefois.



Dmitry Glukhovsky Métro 2033, traduit du russe par Denis E. Savine. — Paris, Le Livre de proche, 864 pages, 9,90 €

vendredi 13 janvier 2017

Faire souche

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Spécialisées dans le "nature writing" américain, les éditions Gallmeister viennent de faire paraîre Dans la forêt de l'Américaine Jean Hedland, un roman archétypal de ce que peut être aujourd'hui dans l'esprit d'un romancier le retour à la nature. En l'occurence, et pour être précis, un retour contraint et forcé après un déclin rapide de la civilisation. Quid de la survie ?
Chez Jean Hedland, romancière, le tableau est le suivant : deux soeurs élevées dans un isolement relatif, en forêt, à quelques kilomètres d'une petite ville, voient la société disparaître peu à peu, à commencer par ses deux piliers contemporains que sont l'électricité et le téléphone. Contraintes de s'organiser pour survivre avec les bribes de savoirs épars que leurs parents leur ont transmis, presque par hasard, elles organisent leur vie après quelques cahots en une sorte de robinsonade fragile dans la maison familiale au coeur d'une clairière où font parfois irruption les dangers mais où il est possible de cultiver son jardin, de planter des graines et de contempler la nature en attendant les péripéties que le monde jette allègrement sous les pieds de l'humanité.
Le livre de Jean Hegland est assurément important sur un point — au-delà de ses qualités de roman prenant : il nous met dans la figure ce que nous nous empressons d'occulter, tous autruches que nous sommes : la connaissance de notre milieu naturel est telle que nous ne survivrions pas une seule saison isolés dans la nature.
Et comme de bien entendu on ne se souvient plus du tout de ce que nous avait dit la grand-mère...
Si l'identification avec les deux soeurs de Dans la forêt est plus aisée qu'avec les personnages des souterrains de Métro 2033 du Russe Dmitri Glukhovsky — nous en parlerons demain — elle est sans doute encore moins rassurante car elle prend des allures beaucoup plus proxime...
De quoi se calfeutrer tout un week-end dans le canapé en se demandant comment l'on va bien pouvoir faire pour se débrouiller si demain...



Jean Hegland Dans la forêt. Traduit de l'américain par Josette Chicheportiche. — Paris, Gallmeister, "Nature writing", 304 pages, 23,50 €



jeudi 12 janvier 2017

Ascension de la Kroupskaïa

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Le Préfet maritime avait promis de vous parler à du roman de Vladimir Charov qui vient de paraître aux éditions Louison et il va faire face à sa promesse.
Plus qu'un long discours, une citation qui appartient au cœur du livre servira aujourd'hui d'apéritif. C'est dire que le Préfet aura l'occasion de revenir à ce livre dans les temps qui viennent...
La scène présentée intervient à un moment du récit où Lénine, très atteint par ses différentes attaques, invente un langage manuel et part à l'assaut de la Kroupskaïa, son épouse.

La Kroupskaïa parut se réveiller quand, toujours clopinant, il atteignit son mamelon. Lui-même ne remarqua rien : la route lui avait coûté trop de peine. Malgré sa respiration crépitante et sifflante, il tenta là encore de se redresser, de se relever en prenant appui sur son pouce, mais il ne parvint pas à garder l'équilibre et retomba, sa main à présent en coquille sur le sein, comme tantôt sur la joue. C'était chaud en cet endroit, douillet. Éreinté par l'effort, il s'apaisa, se réchauffa, sembla s'assoupir.




Vladimir Charov Soyez comme les enfants, ou vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux... roman traduit du russe par Paul Lequesne. Préface d'Eric Naulleau. — Paris, Louison, 493 pages, 25 €

mercredi 11 janvier 2017

1917, c'est sûr, on va en parler...

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En 2017, on va en parler de Claude Anet et de son formidable reportage sur La Révolution russe qu'il a vécu de l'intérieur entre 1917 et 1920 comme "correspondant de guerre civile" du Petit Journal.
C'est pas Tintin, mais c'est pas triste non plus. Témoin cette arrestation.
Fruit d'articles publiés quotidiennement ou presque, Anet finit par publier ses notes en quatre volumes entre 1917 et 1920.
Le journaliste relate au jour le jour l'aventure des premières années de la Révolution russe. Il analyse les événements et les personnalités, de Kerenski à Lénine et Trotski.
Publié à l'occasion des 90 ans de la Révolution d'octobre, le voici qui va servir à illustrer aussi le centenaire.


Claude Anet. La Révolution russe. Chronique d'un témoin : 1917-1920. Edition présetnée par Eric Dussert. - Paris, Phébus, 864 pages, 29,40 €



mardi 10 janvier 2017

Copiste de lui-même

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Peut-être se souvient-on de ce que le poète Yves Martin avait, lors de ses fréquents séjours à l'hôpital, prit l'habitude, contraint forcé, de composer ses poèmes sans le recours au papier et de les apprendre par cœur afin de les noter au moment de ses libérations. Son recueil de 1992 a du reste et pour cette raison un titre presque verlainien : L'Hôpital vole. Il n'était pas le premier à user de la mémoire pour recouvrer un manuscrit.
En 1922, quatre ans après l'armistice donc, les toutes fraîches Nouvelles littéraires du 11 novembre évoquait le cas presque identique de l'écrivain François J. Bonjean, né le 26 décembre 1884 à Lyon.

Son propre copiste.
Certains journaux ont annoncé que M. J. Bonjean présentait au jury des Dix Une Histoire de douze heures, que préfaça Romain Rolland (F. Rieder et Cie, éditeur, 7, place Saint-Sulpice). Mais personne n'a encore écrit l'histoire de ce livre.
F. J. Bonjean le composa en Allemagne, durant sa captivité qui dura quarante et quelques mois, dont dix-huit dans un camp de représailles. Il le composa durant sa captivité, l'écrivit et l'apprit par cœur.
Bien lui en prit., car lorsque grièvement malade, il fut évacué sur un sanatorium de la Suisse, les Allemands, on ne saurait dire pourquoi, lui prirent son manuscrit.
Bonjean, dont la vie était en danger, demeura en Suisse quelques mois, revint en France à l'armistice et voulut reconstituer son livre. Mais les souffrances subies avaient affaibli sa mémoire et il connut des semaines douloureuses, de vide et d'impuissance.
Subitement, le chapitre IV lui revint à la mémoire, après plusieurs semaines de tâtonnements dans les ténèbres. Puis le chapitre VII ; enfin par petits ou gros paquets il retrouva tout le livre. dont il devint enfin un copiste fidèle.


Descendant d'une famille de Chambéry qui semble avoir oeuvré dans la pharmacie sur plusieurs générations, il devint pour sa part professeur à l'École normale d'instituteurs à Nice. Après la guerre et la période qu'il passa en camp de prisonnier, il devint un collaborateur de la revue Europe (1923-1930) où il devient un spécialiste et un témoin du monde musulman, après avoir pris un poste de professeur en Egypte (1919-1924) et publié son Histoire d’un enfant du pays d’Egypte. Centré sur les questions relatives à la vie moderne en Egypte, à l'islam et à l'exotisme, il donne une trilogie romanesque particulière descriptive où il montre un pays en proie au déchirement entre respect de la tradition et irruption de la modernité dans tout son potentiel de fascination. Parcourant le Moyen-Orient (Alep), l'Asie (Inde) et le Maghreb (Fez, Marrakech) entre 1927 et 1939, il donne ensuite son grand roman, Confidences d’une fille de la nuit puis s'installe définitivement au Maroc. Il y mourra, à Rabat, le 12 juin 1963.
I

En 1922, Benjamin Crémieux avait donné un compte rendu de son premier roman dans la NRF :

Une Histoire de douze heures, par F. J. Bonjean (Rieder).

Ce livre répond à une des questions que nous nous sommes le plus souvent posées au cours de la guerre. A quoi pensaient, que pensaient nos prisonniers en Allemagne ? Non pas la masse, pour qui les obligations de la captivité ne différaient peut-être pas beaucoup de celles de la tranchée ou de l’usine, mais les êtres les plus conscients, les hommes libres, l’élite. M. F. J. Bonjean nous en montre une demi-douzaine, dans un camp de Bavière, qui ont su se trouver parmi la foule et qui entre-choquent leurs personnalités, exaspérées par le cafard avec une violence qui confine parfois à la haine. Il y a un peintre, un philosophe, un aristocrate ami des sports, un ingénieur, un soldat de métier, et enfin, poète et penseur à la fois, Sevrier le héros central du livre, qui semble autobiographique.
La scène est d'abord dans le coin de baraque où vit Sevrier. Il est midi. L'histoire finira à minuit dans la baraque où le peintre et le sportsman font popote en commun. Douze heures pendant lesquelles ces hommes parlent, discutent, souffrent, mettant à nu le fond de leur pensée et de leur âme. Chacun d'eux sait ce qu'il pense, ce qu'il sent, ce qu'il croit ou a cru vouloir. Conversations de damnés qui s'agrippent chacun à leur espoir différent, qui se fournissent chacun une explication différente du mal dont ils souffrent et dont souffre le monde. Ces conceptions diverses, nous les connaissons : celle qu'expose le sportsman, Drieu La Rochelle et Elie Faure ont mis tout leur lyrisme à l'animer ; celle du soldat de métier, nous la retrouvons dans l'Action Française et l'Echo de Paris de chaque jour ; celle de l'ingénieur, nous l'avons trouvée dans tous ces livres qui ont fourmillé après l'armistice : Produire, Agir, Mettons de l'ordre dans la maison! La reconstruction de la France, etc. ; les idées du philosophe, du peintre et de Sevrier, plus subtiles et plus profondes, nous en avons eu l'écho dans des conversations particulières ou nous les avons agitées en nous. Ici elles nous sont présentées dans l'ambiance de désolation où elles ont été conçues.
Certes, les personnages sont des types, des façons de penser, de sentir, d'être, plutôt que des individus ; ils symbolisent le jeu multiforme d'un cerveau et d'une âme singulièrement riches et héroïques. Toutes les raisons de vivre, de lutter ou de renoncer, remises en question par la guerre, nous les voyons soudain à nu, à cru chez ces écorchés vifs. Et si parfois la roue dentée de leurs raisonnements semble tourner à vide, souvent aussi, elle nous accroche et nous déchire jusqu'aux entrailles.
L'orgie des dernières pages autour du "ragoût monstre" obtenu par la fusion de plusieurs plats expédiés en boîtes soudées » et de « huit bouteilles de vin et quatre de liqueurs, pour dix personnes » est un morceau hallucinant.
Mais pourquoi, dans ce beau livre pathétique et austère, avoir introduit cette série de poèmes en prose quasi érotiques, assez mal réussis, qui n'ajoutent rien à l'émotion du lecteur et dont le ton est indigne de Sevrier, leur pseudo-auteur.

Benjamin Crémieux

lundi 9 janvier 2017

Le Singulier pluriel de René Corona

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En matière d'essai sur la poésie, on a moins que rarement l'occasion de s'enthousiasmer. Cette fois-ci, si.
Objet particulièrement délicat à appréhender, et plus encore à présenter, la poésie, qui est à la fois tout et tient à des riens, est comme l'anguille ou le leprechaun, elle se faufile et glisse, insaisissable. On en connaît qui pensant la saisir à pleines mains se retrouvent grosjean comme devant avec des explications oiseuses et des théories fumeuses. Vous pensez parler de la poésie ? Gare, neuf fois sur dix vous ne parlez que de ce que vous avez saisi du petit bout de votre lorgnette et si l'on y prêt un peu attention, on s'aperçoit que la poésie vous a joué un tour : c'est de vous que vous parlez et non de la poésie : elle a interverti les rôles pendant que vous vous réjouissiez du bon tour que vous étiez censé lui avoir joué. Voilà la poésie. Voilà son jeu favori. Une mésaventure qui n'arrivera pas à René Corona.
René Corona est chercheur à Messine, où il enseigne langue et traduction françaises. Il a publié plusieurs ouvrages - outre ses nombreux articles en italien et en français sur la poétique, l’histoire de la langue, la synonymie et la traduction. En 2014, il s'est intéressé aux Exercices d'admiration (Hermann) et il vient de nous donner son Singulier pluriel tout entier voué à la poésie et à ses enjeux. L'admiration et l'attention sont très certainement les deux garants de la qualité et dusuccès de son essai. Non seulement René Corona aime la poésie, mais il aime aussi ce qu'il fait et sait le transmettre sans mettre de barrière entre ces langues forgées et les oreilles ouvertes qui lui font face. A coup sûr un excellent pédagogue. En outre, un homme cultivé que n'arrêtent aucune des barrières du snobisme, de la mode ou des sempiternelles dévotions de commandes qui vérolent la critique — qu'elle soit universitaire ou journalistique. Au contact de grammairiens, linguistes, poètes, rhétoriciens qui pratiquent la langue et la forgent, René Corona a acquis assez de souplesse pour absorber les sursauts de la poésie et a pu remettre

"au centre du débat culturel et linguistique la nécessité de la poésie lyrique, tout en soulignant la richesse et la singularité des poètes et des écrivains qui grâce à leurs voix indépendantes ont su donner au lyrisme toute l’intensité nécessaire pour créer une sorte de viatique contre l’indifférence et la froideur de l’époque. (...) À partir du Poète, (...) il a essayé de montrer comment le lyrisme s’installe un peu partout, et dans la Grande Indifférence ne cesse de donner à voir. Là où la voix singulière exprime par sa profondeur toute la beauté et partant même la misère du monde, le pluriel (les voix du passé, du présent, d’ici et d’ailleurs…) se laisse entendre et touche, au gré de sa diversité originale, toutes les notes universelles. C’est aussi une réponse à la question sempiternelle, à savoir si les poètes sont encore utiles, question aujourd’hui pour l’auteur encore plus actuelle puisque ils ont, en apparence, disparus de la vie publique. Du moins, a-t-on tenté de les faire disparaître."

Un pour tous, tous pour un, en quelque sorte. Le poète en mousquetaire, son lecteur en amateur d'escarmouche et en défenseur de la prolifération du sens et de l'émotion.
En abordant la poésie par le biais de la grammaire, de la traduction, de la poétique, de l’humour, ou des thèmes de la chanson, de la ville, du soir, de la nuit, de la solitude, ou de la foule, René Corona démontre aisément que le soi-disant refus de poésie du temps présent n'est qu'une erreur manifeste de ceux qui tiennent le crachoir et prétendent donner le ton.
Le ton est donné certes, mais la note est libre et chaque lecteur de Desnos en sait quelque chose qui ne craint rien ni pour la poésie, ni pour ses joies de lecteur à venir.

Un monde sans poésie est un risque que l'on court quand le trop-plein d'intelligence veut édicter les lois du vivre en commun selon les carcans du mauvais goûts.

Et Corona de citer Franck Venaille.

On a fait de l'intelligence un couteau de l'armée suisse, une faculté-orchestre. Dure d'oreille en poésie, elle se montre ains prêt à tous les initiatives quand il s'agit de supprimer la poésie, la vie, la fantaisie, le génie créateur, au bénéfice du graphique, du dossier, de la fermeture Eclair".

Mais

Le bonheur de jules renard est le nôtre, les livres qu'il nous reste à lire sont notre joie future.


Lisez René Corona, qui cite Derême, Fargue, Montale, Reznikoff ou Desnos, vous verrez à quel point le lyrisme est vif. Combien parie-t-on que son essai devient votre livre de chevet ?


René Corona Le Singulier pluriel. "Icare et les élégiaques" - Paris, Hermann, 440 pages, 35 €

dimanche 8 janvier 2017

Céline urbain

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Les exégètes de Louis-Ferdinand Céline n'en auront probablement jamais fini. S'ils repiochent les uns après les autres les textes canoniques et régions avoisinantes, ils enrichissent de génération en génération le propos et fournissent les outils qui vont servir la prochaine vague de lecteurs studieux. Cette fois c'est au tour de Laurent Simon qui propose en trois volumes "A la ronde du Grand Paris", un dictionnaire des lieux de Paris et Banlieue présents dans l'ouverte du grand écrivain.
Il y avait déjà eu des travaux en la matière, mais il faut remettre le labeur sur le burlingue et, aux côtés des 750 pages du Dictionnaire de la correspondance et des 13 cartes postales évoquant des lieux céliniens (Autour de Céline) compléter le travail, le parfaire en somme et donner tous les plans, cartes, cartes postales, photographies, le tout assorti des citations afférentes et des index et tables indispensables pour s'y retrouver (lieux par thématiques, noms cités, etc.).
Depuis la rue des Saules, où l'on va enterrer madame Bérange, la concierge, la place clichy, où ça a débuté comme ça, "le Poissonnière", le casino d'Enghien, au coin de chez Ziem, où est né Gen Paul dont la mère était blanchisseuse, bref tutti luoghi
Et le cabaret de Crémoïlle, qui copiait le Cabaret du Néant, rue Saint Eutherpe, débit inexistant dans une rue imaginaire. "Zamo ! Un fou !"



Laurent Simon A la ronde du Grand Paris. Dictionnaire des lieux de Paris et de sa banlieue cités par Louis-Ferdinand Céline dans son oeuvre et sa correspondance, ou fréquentés par l'écrivain. Tusson, Du Lérot, 3 volumes, 327-311-269 pages, 140 €


samedi 7 janvier 2017

Ne sortez pas sans votre Imprévisible

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Vous pouvez vous le procurer...

"Après trois années d’interruption, voici un nouveau millésime des agendas L’Imprévisible, le septième d’une série appelée, système décimal oblige, à en comporter dix."

L’Imprévisible est un agenda de type indépendant à vocation facétieuse et réflexive. Basé sur la même année calendaire que tous les agendas qui se respectent, il a la particularité de laisser ses auteurs, en l’occurrence Marie-Liesse et Thiérry Kerserho, déterminer en fonction de l’air du temps les journées à fêter. Le 9 novembre est ainsi le « jour des emprunts toxiques » et le 31 mai celui des « arrêts facultatifs ».
Chaque journée est également équipée de données historiques : le 31 mai est donc la journée mondiale sans tabac et, en 1907, celle qui a vu la fondation du Club français de l’épagneul breton.
Si vous souhaitez savoir quel jour a été crée la crêpe dentelle ou à quel moment de l’années ont été retirés de la vente 40.000 jeux de billes chinois toxiques, « N’attendez pas les jours paisibles pour adopter L’Imprévisible. »
L'Imprévisible qui n'est pas un fainéant vous offre également des citations aussi édifiante que, parfois, improbables.
Un régal pour occuper les réunions pesantes.%% Par les éditeurs de la somme consacrée à la Banalyse évoquée ici récemment.


L’Imprévisible 2017. Registre des jours. - Le jeu de la règle (www.lejeudelaregle.fr), 381 pages, 23,17 €

Retour en 2009 Imprevisible2017.jpg

jeudi 5 janvier 2017

17, année B7

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La ville de Montpellier consacre une exposition à Gaston Baissette, l'auteur de L’Étang de l'or, l'un des très grands livres français du siècle dernier.
Vous ne saviez pas ?
Allez, vous voilà informés.
Le livre est un chef-d’œuvre qu'il n'y a pas si longtemps Yves Martin conseillait à qui voulait l'entendre. Depuis son île, le Préfet fit à son tour le porte-voix, tandis que son éditeur maintenait le livre à son catalogue, vaillamment.
Médecin, poète, homme de la nature, Gaston Baissette mérite toute votre attention et la mise en vitrine de ses archives vaut que vous vous pressiez, jusqu'au 17 février, à la médiathèque centrale Emile Zola.
Pour vous exciter l'appétit, une émission de 2014 par Alexandre Héraud sur France inter devrait faire l'affaire : c'est ici
Et par là, quelques vers.

mercredi 4 janvier 2017

Plat comme l'enthousiasme (1922)

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Du cheveu en littérature. - L'aspect extérieur d'un écrivain, comme celui d'une maison de commerce, fait partie de la publicité.
Il est assez difficile de se créer un style écrit qui soit nouveau, nourri, rare, vivant.
Il est plus aisé de se créer une silhouette, un type ; et, depuis Homère jusqu'à Paul Fort, les poètes n'y ont point manqué. Mais, après la guerre, se dessine une autre mode. Les jeunes auteurs qui ne redoutent point les solécismes de langage, évitent ceux de conduite ou de costume. Et ceci, qui semblerait devoir n'intéresser que !e coiffeur ou le tailleur, éclaire d'un jour singulier l'évolution des mœurs littéraires.
Au temps de mes vingt ans fleuris, vers 1906, quand je débutais dans les Lettres et dans le Jardin du Luxembourg, une partie des jeunes écrivains faisait encore du symbolisme, l'autre était en coquetterie avec ces bohèmes ténébreux, qui colportaient des louis de cristal dans les boîtes d'allumettes suédoises.
(A ce propos, si jamais Francis Carco ou François Bernouard, Vincent Muselli, André Salmon ou André Warnod écrivent leurs mémoires, quelles heures picaresques s'évoqueront soudain !)
Or, en ces temps-là, si des jeunes gens, boucanés moralement et socialement, pouvaient fréquenter, sur un pied de cordialité, d'innocents poètes, c'est qu'ils étaient tous unis par la communauté, par la franc-maçonnerie, par l'uniforme du cheveu, du pantalon, du chapeau, de toute la silhouette. Il n'était pas chose nécessaire d'avoir une plume pour faire figure d'écrivain : il suffisait : il suffisait d'avoir des cheveux.
Aujourd'hui de telles confusions ne seraient plus possibles. Et nos jeunes hommes de lettres sont corrects et peignés comme des banquiers.
Cela tient peut-être, à ce qu'en 1912, l'on fondait une « école", comme entrée de jeu et qu'en 1922 on lance une affaire. Cette affaire est représentée par des paquets d'actions qui s'appellent encore des livres, mais ne sont véritablement cotés, qu'après admission à la Bourse, qu'elle soit de Voyage, Goncourt, ou Zaharof.
« L'âge des affaires », qui a modifié toutes les formes de notre activité publique, ne pouvait épargner notre activité tmentale. Et. d'autre part, la génération, à qui « la vie chère » interdit « la vie de jeunesse », doit se refuser tout agrément superflu.
C'est pourquoi, par exemple, M. Lucien Descaves avec sa moustache nationaliste, W. Pascal Forthuny avec le fleuve lyrique de ses poils, M. Anatole France avec sa calotte de limited, M. Paul Souday avec sa mâle allure de mousquetaire du Balzard, représentent capillairement, des temps révolus.
Aujourd'hui, le cheveu se porte plat, comme l'enthousiasme.
Roger Dévigne




Les Nouvelles littéraires, 21 octobre 1922, n° 1, page 2.

mardi 3 janvier 2017

Visite de l'Alamblog

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En début d'année, une visite s'impose.

Ici le cicerone officiel de l'île du Préfet maritime montre le mont dominant, lequel est foutu comme le Fuji San.


Illustration : Raymond Cazanave.

lundi 2 janvier 2017

Viande de bison froide

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L'hiver est arrivé, c'est parfait. Vous pouvez ouvrir Butcher's Crossing de John Williams.
Ce 'Carrefour du boucher' est un excellent roman western qui relate l'une des dernières chasses aux bisons, à une époque où elles font déjà partie des activités du passé. Le bison lui-même y est quasiment passé.
Le récit de l'équipée de quatre hommes dans une vallée merveilleuse — la Sangri-La du chasseur de bisons, où il ne fait cependant pas bon passer l'hiver — devrait vous dépayser. Moins zazou psychédélique que le Zebulon de Rudolph Wurlitzer, Williams, auteur de Stoner si l'on s'en souvient, (Le Dilettante, 2001, trad. Anna Gavalda), mérite le détour. Quant bien même sa narration est d'un parfait linéaire, la voie du chariot est beaucoup plus... Lisez donc et vous verrez.
Butcher's Crossing est une ville fantôme ? allons, allons...





John Williams Butcher's Crossing. Traduti de l'anglais par Jessica Shapiro. — Paris, PIranha, 304 pages, 19 €

samedi 31 décembre 2016

En 2017, on va en parler

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L'an prochain... on va en parler...


Illustration du billet : anonyme, dessin issu du livre de Maurice Wullens (1894-1945)Paris, Moscou, Tiflis. Notes et souvenirs d'un voyage à travers la Russie soviétique. Préface de Henri Guilbeaux. - Paris, Les Humbles, 1927, 227 p.



vendredi 30 décembre 2016

Après Bibi et Ubu : bubu

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La revue NRV (en attendant la revue) est toujours pleine de surprises. Elle fait penser au Paresseux, en moins tout-fiction, qui se serait mélangé à feu Du Poil au genoux du fameux duo Peigné-Seron. C'est dire qu'on l'attend avec impatience.
Au sommaire de ce numéro 4, bien des choses à nouveau. La légende tient donc. Le farfelu maîtrisé se maintient, l'iconoclaste bourgeonne doucement, la culture du coq-à-l'âne s'expansionne, les pseudonymes poudroient, bref, la route est tracée droit : on avance.
Après un "petit rappel" sur le cannibalisme en maoïsme après lecture des Stèles rouges de Zheng Yi (Bleu de Chine, 1999), déboule Baptiste-Marrey, quatre-vingt-huit ans au compteur, dans un propos militant et ferme, montrant du doigt les nouveaux pompiers du théâtre d'aujourd'hui et les dérives de la culture dramatique officielle - tenue par une poignée d'apparatchiks. Ça commence fort. Plus loin une ministre Rossignol en prend pour son ignorance (à propos "De l'esclavage des nègres" de Montesquieu), au cours d'une leçon fournie par Dominique Lebailly, puis Marcellin Gabelou se plaint des vitres de voiture teintées, tandis que Tysette Grimm vante la littérature de Jakub Demi (1878-1961 tout de même), dont la Lumière oubliée (Fissile, 2015, 16 pages, 5 €) fut considérée de summum de la prose du XXe siècle" Bohumil Hrabal lui-même. La préfacière de ce pamphlétaire catholique, Erika Abrams, rappelle une anecdote à son propos :

"Le seul mot qui n'a pas perdu son sens, dit-il un jour à un ami en lisant le journal, c'est merde."

Qu'attendons-nous pour nous procurer l'opus ?
Au chapitre détente, "Des salons littéraires et des mots élogieux", article de Balzac (La Mode, 20 novembre 1830), et ces exercices de détournement de titres de livres célèbres par Marcellin Gabelou. Cela rappelle beaucoup les torpillages graphiques de Clémentine Mélois mais l'exercice va plus loin...

Ah ! le col...
Poèmes d'un grimpeur, allégés de leur ponctuation, comme il se doit dans ce type d'effort
(...)
Virginie (et Paul)
Par le Collection "la genre", les amours impossibles de deux enfants. De l'exotisme et des larmes.
(...)
J'irai crever sous vos bombes
Dictionnaire raisonné de l'antimilitarisme et de ses annexes.

On ne dira rien d'autre, si ce n'est que Jakob Adrian Vogelsang donne avec "La littérature bubu" un très très bel exemple de critique littéraire motivée, prônant le recours à Girolamo Rovetta, Aphra Behn et Francesco Gritti lorsqu'on veut du formalisme loué les sources. C'est bien vu.
BIen entendu, rien à avoir avec la Bibi de Raymonde Linossier, non plus qu'avec Ubu.
Un avant-goût ?

Le mouvement bubu a été fondé à leur insu par William Burroughts et Charles Bukowski. (...)






NRV (en attendant la revue) (n° 4, janvier 2016). "La revue n'a pas d'adresse et, par voie de conséquence, ne reçoit aucun manuscrit (dont, d'ailleurs, elle ne veut pas). (...) On peut tenter de se la procurer mais il y faut de l'esprit de finesse, l'intuition, et beaucoup de chance.". Le Préfet maritime souhaite dès lors en cette veille de bombance une bonne chasse à tous !
Illustration du billet : Willi Geiger, ex libris pour Ida Roessler (1878-1971) (circa 1928).

jeudi 29 décembre 2016

Le printemps des enfumés

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Tandis que le père Noël se retire à pas de loups et en attendant que les invaders nous invadent enfin, depuis le temps, un petit coup d'oeil à la revue du Crieur (n° 5), qui, la bienveillante, apporte de l'air. D'abord l'article rétrospectif de Pierre Lagrange sur une étonnante publication de temps enfouis que l'on n'a vraiment pas envie de réveiller : 1960 et Le Printemps des magiciens, de Louis Pauwels (le crétin du "sida mental") et Jacques Bergier... Les frères Bogdanov avaient onze ans et on peut parier que la fissure vient de l'abus de Pauwels-Bergiers et de leur future revue Planète. De plus c'était "Français, Monsieur !" à une époque de la Grandeur de la France qui sentait bon la course à l'atome, cette formidable fiesta qui a tant plu aux Polynésiens. Bref, comment un joyeux pêle-mêle de poudres de perlimpinpin et de fumées oiseuses (nazis, martiens, civilisations disparues, île de Pâques, etc.) permettaient d'essayer de digérer malgré le reflux colonial en se coltinant à l'ailleurs consolateur. Le succès fut plus que colossal, il fut terrible.
Dans ce Crieur un autre article, de Pablo Servigne, nous renseigne sur la collapsologie, ou étude des effondrements. Ce qui n'est sans doute pas peu utile au retour des fêtes. Mais le sociologue évoque surtout le cas des sociétés humaines déclinantes. Pour le reste sont explorés les vérités des positionnements politiques du pape François ou de Pierre Rahbi, l’agriculture écologiste qui doute du mariage pour tous et refuse la procréation assistée. Par ailleurs, nos amis auteurs liront avec bénéfice l'intervention d'Aurore Gorius et Marion Rousset sur les scandales qui éclaboussent en silence les sociétés de gestion de droits, et puis sont évoqués encore les évolutions de la sociologie, les capitalistes reniant le capitalisme, etc. Et on laisse de côté l'article sur la poésie française contemporaine qui la cherche avec une loupe inefficace là où elle ne se trouve certes pas; et en ahanant un discours sans jugeote. C'est marrant cette manie qu'ont en parlant de leur taf certains poëtes de faire des phrases.
Pour le reste : excellent numéro, sans blague.


Revue du Crieur (n° 5), Médiapart/La Découverte, 160 pages, 15 €

mercredi 28 décembre 2016

Et vaudou de saison

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Après le mammouth, le vaudou et l'araignée.
Après avoir lu L'Île magique de W.-B. Seabrook, Vous nous en direz des nouvelles de ces sept récits de l'étonnant et circonspect Whitehead (1882-1932), pasteur épiscopalien (à vos souhaits) et ami de Lovecraft que l'on a comparé à Stoker, Hodgson ou Blackwood. Du weird et du sérieux...


Henry S. Whitehead La Mort est une araignée patiente. Traduit de l'anglais d'outre-atlantique par Gérard Coisne. — Bordeaux, L'Eveilleur, 250 pages, 20 € En librairie le 20 janvier 2017.

mardi 27 décembre 2016

Mammouth de saison



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Et pour bientôt (26 janvier), un thriller avec apprenti sorcier, mammouth congelé et femme de quarante mille ans, CIA, etc. Sans compter une course poursuite dans la taïga. Bref, Un bouquin à lire tout près du feu.
Par l'auteur de La Rose du Tibet, titre curieusement non traduit en français, pourtant loué par Graham Greene en ses termes : "Je n'avais pas réalisé à quel point l'authentique récit d'aventure m'était inconnu, avant de lire The Rose Of Tibet"...
Si c'est pas du compliment...



Lionel Davidson Hohnny Porter et le secret du mammouth congelé. Préface de Philippe Pullman, traduction de Valérie Bourgeois. — Belfond, coll. "Vintage", 688 pages, 18 €


lundi 26 décembre 2016

Digestion



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dimanche 25 décembre 2016

Promo d'Henry Poulaille

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Henry Poulaille, le spécialiste des noëls anciens méritait bien d'apparaître ce jour.



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