L'Alamblog

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dimanche 31 août 2014

† Christian Bachelin (1933-2014)






Cette nuit un grand silence règne sur toute la terre...



Le poète et romancier Christian Bachelin s'est éteint vendredi soir, à la veille de son anniversaire.
C'est une très grande perte. Ceux qui ne l'ont pas encore lu s'en apercevront bientôt.
Il était né le 1er septembre 1933 à Compiègne.
Nous vous apporterons plus d'information dès que possible.



Dernier cri

J’écris ce poème avec de la fumée
Avec du sable avec de l’ombre
Mes mains s’enfoncent dans la neige
Sans jamais rencontrer la terre
Mais tout à coup le vent disperse la poussière
La poussière du poème
Tout à coup un cheval couronne de sa mort
Le royaume ébloui que me prête l’hiver
Tout à coup un rose éclate les ténèbres
Tout à coup un poisson ruisselle sur la table
Tout à coup un oiseau traverse la fenêtre
Et la maison s’effondre en gerbe de cristal

Il reste le cri nu de la réalité
Le cri pulvérisé de l’œuf en train d’éclore
Le cri rouge du rat encerclé par le feu
La nudité de l’os quand retombe la cendre
L’évidence du roc de la dent arrachée
Ce qui vibre immobile et se tord de fureur
La clarté sans issue où gravite la mer
La terreur du granit que le gel assassine
Les objets à pétrir comme un pain de famine
Le présent à saisir dans son flagrant délit

Christian Bachelin



Un précédent billet sur Christian Bachelin.
Pour entendre l'Emission Clair de nuit (France Culture, 2000) qui lui était consacré.

Utopies du siècle dernier

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Il y a bien longtemps que l'Alamblog aurait dû vous signaler ce livre. Et puis il se l'est calé dans la pile des livres particulièrement délectables, ceux qu'on retourne voir de temps à autres avec la même attente et le même plaisir... Bon, le Préfet maritime dans un sursaut de clairvoyance comme il en connaît parfois s'est aperçu que son attitude vis-à-vis de ces ouvrages délicieux était singulièrement égoïste, il a dérogé à ses habitudes et vous présente enfin ce panorama des utopies du siècle dernier rédigé, et ça n'est pas sans sel, par le co-créateur de la série Louis La Brocante Jacques Crouzet... Comme si les utopies, finalement, faisaient partie de ces vieillies choses héritées des siècles précédents et rapetassées encore et toujours par des idéalistes - ou non - à des fins parfois mal maîtrisées.

Le XXe siècle a été celui des utopistes, ces hommes qui veulent refaire le monde et rendre les hommes heureux. Les menaces que font courir à l’humanité les guerres et le progrès technique les conduisent à imaginer des contre-sociétés harmonieuses, des villes idéales, des communautés égalitaires, une langue universelle. Conçus par des personnalités charismatiques, il arrive que ces rêves deviennent réalité, pour disparaître le plus souvent avec leurs créateurs. Il arrive aussi qu’ils se transforment en cauchemars, sous la conduite de mégalomanes aux idées délirantes.


Voilà ce que nous dit l'auteur et son panorama a l'avantage d'être à la fois varié et inattendu en certains points. Une bonne révision et des découvertes, le rêve pour faire le point sur ce rêve de l'humanité, justement, qui tente inlassablement d'améliorer les choses avec ses moyens, parfois dérisoires, parfois démesurés, parfois grotesques et contre nature, et en mettant en œuvre des gestes esthétiques parfois grandioses, parfois déments.
Une excellente synthèse doublé d'un voyage au pays des idées — ce qui n'exclue par les incursions amazoniennes ou sahariennes.

Projets utopiques présentés
Monte Verita et Henry Œdenkoven (1875-1935)
Shantidas et Lanza del Vasto (1901-1981)
L'amour de Sion et A. D. Gordon (1856-1922)
Auroville et Mirra Alfassa (1878-1973)
La langue de Babel et Louis Lazare Zamenhof (1859-1917)
Les enfants de Joséphine Baker (1906-1975)
Les frères Villas Boas
Taizé et Roger Schutz (1915-2005)
Les cités radieuses de Le Corbusier (1887-1965)
La New Babylon de Constant Nieuwenhuys (1920-2005)
Broadrace City de Frank Lloyd Wright (1867-1959)
Brasilia d'Oscar Niemeyer (1907-2012)
Les sables de Jacques Lebaudy (1868-1919)
La Germania d'Albert Speer (1905-1981)
Les Hommes-singes staliniens d'Ilya Ivanovich Ivanoc (1870-1932)
Fordlandia de l'autocrate Henry Ford (1863-1947)



Jacques Rouzet C'est quand, le bonheur ? - Utopistes, utopies au XXe siècle, des frères Villas Bôas à Joséphine Baker, l'histoire de ceux qui ont voulu changer le monde, 352 p.-16 p. h.-t., 22 €

samedi 30 août 2014

Chez Umberto Saba, triestin

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Au 30, de la Via San Nicolò, menaçant ruine — son plancher s'enfonce sous le poids des bibliothèques, opposant à l'assurance de la surface plane de la rue piétonne qu'elle voudrait éliminer des vagues souples qui craquent comme un feu de pommes de pin —, la librairie d'Umberto Saba (1883-1957) existe toujours au cœur de la cité de Trieste.
Tout à côté, la bâtisse où vivait Joyce et où Berlitz lui permettait de gagner sa vie.
Des livres et des poussières qui ont vu aussi Gambini, Svevo, et tant d'autres...
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A l'occasion de ce court billet, ne pouvait que ressurgir la courte merveille d'Italo Svevo intitulée Le Tramway de Servola. Elle permet de prendre de la hauteur après avoir longé le Canal Grande. On sait gré à Christian Molinier d'avoir publié avec tant de soin ce texte plein de grâce et de beautés.

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Italo Svevo Le Tramway de Servola. Traduction de Gilles Moraton, illustrations (délicieuses) de Philippe Coudray. — L'Anabase, 1995, 45 p., 7,10 €

et, tout récemment, paru...
Christian Molinier Six jours à Capri. — Anabase, 2014, 63 p., 9 €



Photos : Copyright Draco Semlich 2014

jeudi 28 août 2014

Petite bibliographie lacunaire de la collection Les Jeunes Russes (1926-1938)

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Entre 1926 et 1938, les éditions Gallimard ont publié la collection "Les Jeunes Russes", où fut mis en évidence la fine fleur de la littérature de l'Outre-Dniepr d'après 1917, soit 15 volumes de fiction.
Dirigée par Boris de Schoelzer, elle se présentait ainsi :

La révolution russe, quel que soit le jugement qu'on porte sur elle, a provoqué l'éclosion d'une nouvelle génération d'écrivains. Leur art se rattache assurément aux maîtres du siècle précédent : Gogol, Tolstoï, Dostoievski, mais il présente un caractère propre, une pensée originale, une forme renouvelée. C'est donc un aspect inconnu de la Russie contemporaine que cette collection, conçue en dehors de tout parti-pris politique, va révéler au public français.




Boris Pilniak (1894-1938) L'Année nue, traduit du russe par L. Bernstein et L. Desormonts. - Paris, Gallimard, 1926, 224 p. Edition originale numérotée, tirage à cent exemplaire destiné aux bibliophiles de la Nouvelle revue française (5e éd. 1930).

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Vsévolod Ivanov (1895-1963) Le Train blindé numéro 1469, traduit du russe par Sidersky. - Paris, Gallimard-Editions de la "Nouvelle Revue française", 1927, 218 p.

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Lydia Seifoulina (1889-1954) Virineya, suivi de La Vieille et de Enfance dorée, traduit du russe par Hélène Iswolsky. - Paris, Gallimard, 1927, 249 p. (6e éd. 1930).

Alexandre Néviérov (pseud. de A. S. Skobelev) Tachkent, ville d'abondance, traduit du russe par Brice Parain. - Paris, Gallimard-Editions de la "Nouvelle Revue française", 1928, 285 p.

Valentin Kataev (1897-1986) Rastratchiki, traduit du russe, par André Beucler. - Paris, librairie Gallimard-éditions de la Nouvelle Revue française, 1928, 226 p.

E. Zamiatine (1884-1937) Nous autres, traduit du russe par B. Cauvet-Duhamel. - Paris, Gallimard, 1929, 237 p.

Ilya Ehrenbourg Rapace, traduit du russe par G. Aucouturier. - Paris, librairie Gallimard, 1930, 519 p.)

Constantin Fédine Les Cités et les années, traduit du russe par Mme Ergaz.. - Paris, Gallimard, 1930, 387 p.

Michel Zochtchenko La Vie joyeuse, traduit du russe par Siderski. - 2e éd.. - Paris, Gallimard, 1931. - 235 p.

Alexandre Sytine Le Pasteur des tribus, traduit du russe par Mme D. Ergaz. - Paris, Gallimard, 1932, 271 p.

Vladimir Lidine (1894-1979) Le Renégat. - Paris, Gallimard, 1933, 269 p.

Mihail Cholokhov (1905-1984) Les Défricheurs, traduit du russe par D. Ergaz. - Paris, Gallimard, 1933, 350 p.

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Nicolas Tikhonov (1896-1979) Tête brûlée (suivi de) Camouflage, Le Calife, Les Six tomans, suivie d'une note, traduit du russe par V. Pozner. - Paris, Gallimard, 1936, 253 p.

Léo Cassil (1905-1970) Le Voyage imaginaire, traduit du russe par Vera Ravikovitch et Henriette Nizan. - Paris, Gallimard, 1937, 255 p. ; in-16.

Vacesklas A. Chichkoff (1873-1945) La Horde, traduit du russe par André Beucler. - Paris, Gallimard, 1938, 253 p.

Annoncés mais non parus :
Léonide Léonov Nouvelles
Alexis Tolstoï Un roman
A. Zamiatine Récits



Une occasion, aussi, de se procurer le numéro de la revue Europe consacré au début de l'année à Vladimir Pozner (1905-1992) :
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Revue Europe
"Vladimir Pozner / Danièle Sallenave"
Janvier-février 2014, n° 1017-1018
ISBN: 9782351500613
20,00 €

Au sommaire du dossier Pozner, des écrits tels que
Vladimir Pozner : À l’ombre des grands hommes
- La lettre de Gorki.
- Chacun son tambour.
- Charlie Chaplin entre « malins » et « fortiches ».
- Les mots ne peuvent.
et... Valérie Pozner : Entre l’ombre et la lumière.
Jean-Baptiste Para : Volodia.
Jorge Semprun : Inventaire du monde, inventaire du roman.
Henri Godard : Vladimir Pozner et la question du roman.
Claude Leroy : Depuis le temps, depuis le temps..
. Michel Aucouturier : Vladimir Pozner, passeur de la « littérature soviétique » en France.
Wolfgang Klein : Vladimir Pozner et les intellectuels antifascistes allemands.
Bernard Eisenschitz : « Je suis tombé dans le cinéma par hasard ». Vladimir Pozner scénariste américain.
Olivier Apert : Résurrection soignée de Vladimir Pozner.
Sandrine Samson : Les archives Pozner.
André Pozner : Repères chronologiques.
Blaise Cendrars, Philippe Soupault, Isaac Babel, Heinrich Mann et alii : Lettres à Vladimir Pozner.

mercredi 27 août 2014

Bientôt sur l'Alamblog !

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Une lecture pour l'été : Louise Michel, Les Claque-Dents (Paris, Dentu, circa 1890) :

C'était bien la République Sociale du monde, du genre humain : la terre respirait comme lavée par l'orage, un échelon était monté dans l'humanité. IL n'y avait plus qu'à enfouir le cadavre du vieux monde en donnant le jour au monde nouveau.




Louise Michel Trois romans. Les Microbes humains - Le Monde nouveau - Le Claque-dents, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. - Lyon, Presses universitaires de Lyon, 636 pages, 26 €


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