L'Alamblog

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vendredi 31 octobre 2014

Robinson 1922

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On vient de découvrir un Robinson.
Le Fantoma II, yacht appartenant à un riche Anglais, M. A.E. Guinness, accomplissait une croisière

au Spitzberg, quand les passagers trouvèrent un homme en ce paysage plutôt désolé. Tout d'abord, ils se crurent le jouet d'un mirage. Mais non, l'homme était réel.

Gardien et manipulateur de T. S. F., il y a plus de deux ans déjà qu'il vit lit, entièrement seul, à des centaines de kilomètre» de toute habitation humaine.
Six chiens sont les compagnons de ce moderne Robinson sans Vendredi.




Floréal, 11 novembre 1922.

jeudi 30 octobre 2014

Sabre et cailloux

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La résidence d'écrivain en villa culturelle de pays étranger (Médicis, etc.) a ceci de particulier qu'elle produit généralement de petits livres, taillant rarement au-dessus de 120 pages, dont le sujet ou la texture, disons le "projet", présente une forte singularité.
On a vu paraître récemment L'Apiculture selon Samuel Beckett, promenade bénigne de Martin Page en 86 pages (L'Olivier, 2013) et on se souvient bien de L'Ongle noir (Mille et une nuits, 1997) de Bernard Comment, produit lourd pour sa part, qui bottait en 47 pages les fesses de l'apparatchik Angrémy (Pierre-Jean Rémy) et disait tout le mal qu'il pensait de ce genre de "pension d'Etat" que sont les "villas de résidence". La liste pourrait être longue, et la parution du Ka Ta de Céline Minard prouve que cette tradition n'est pas prêt de s'éteindre puisqu'il est le fruit de sa résidence à la villa Kujoyama en 2011.
Le goût des arts martiaux (avec sabre) est une constante chez Céline Minard qui en avait régalé les lecteurs de Bastard battle (2008) en chantonnant les vers François Villon. Avec Ka Ta, cette évocation littéraire des déplacements répétés et répétés encore, "à vide", c'est-à-dire sans adversaire, qui deviennent une chorégraphie véritable où le justesse du geste confine à la beauté, c'est au fond à une réflexion esthétique qu'elle nous appelle à travers un "petit livre insolite" plein de discipline.
Les illustrations de l'artiste scomparo ne seront pas pour rien dans la séduction qu'exerce cette nouvelle marche posée par l'écrivain. Des miniatures sur galets, en particulier, rendent grâce au goût nippon de la miniature (déjà relevé par Lafcadio Hearn) quand les mots de Céline Minard rendent grâce à la tradition qui sait jouer de la lumière.
Nous joindrons ici une citation sous peu.



Céline Minard Ka Ta. Illustrations de Scomparo. - Paris, Rivages, 2014, 64 pages, 10,00 €

mercredi 29 octobre 2014

Pascale Hémery se catalogue en ville

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La ville de Nevers consacre une très belle exposition à la graveuse Pascale Hémery, « La ville aléatoire ».
Pour l'occasion un concours de nouvelles et d'illustrations est ouvert et un catalogue magnifique (et en couleurs) a paru contenant la plupart des superbes gravures de l'artiste.
Il arrive donc que les Parisiens soient frustrés eux aussi.


Médiathèque Jean-Jaurès
Nevers
4 octobre 2014-17 janvier 2015


mardi 28 octobre 2014

Sagesse de Charles Rohmer

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Il y a tout au fond de mon personnage, une image grise et salie, à égale distance de la vie et de la mort, en équilibre entre la vie et la mort et qui est le décor même d'une absence que je m'efforce à susciter en présence. L'homme est penché sur cette vague figure qui n'a pas de nom et il ne pense pas, il n'éprouve rien. Mais c'est à cela qu'il se reconnaît. Toute image qui rejoint cette image, il s'y retrouve dans son "insignifiance" mortelle. De là vient sa complicité avec les lieux les plus dispersés de la terre, auxquels il n'avait jamais attaché d'importance.
Il n'est à peu près rien d'important. Les choses importantes bedonnent, se boursouflent et crèvent tristement.L'essentiel est en retrait. Il faut marquer le monde et aussi s'en abstraire (ne pas affliger l'univers de son insistance). Savoir seulement qu'il est malaisé d'être et d'être soi néanmoins. Regarder sa nuit avec lucidité.




Charles Rohmer Le Personnage et son ombre. - Paris, Gallimard, 1952, 235 pages, coll. "Les Essais" (LIX).



dimanche 26 octobre 2014

Des origines du cauchemar des scholastes

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On doit au grammairien Gilles Ménage (1613-1692) l'invention de la "dissertation", ce chevalet de torture des lycéens et des scholastes. Il en donna la première mouture en 1652 puis en 1689 sous le titre de Dissertation sur les sonnets pour la belle matineuse qu’édite aujourd’hui judicieusement Guillaume Peureux chez Hermann.
Aussi répandu que la mort du petit cheval, la « Belle Matineuse » est un motif récurrent de la poésie depuis des siècles. L’image de cette femme merveilleuse aperçue à l’aube et déclenchant des vagues d’émotions renversantes, a conduit et conduira encore des poètes à s’épancher sur tous les registres et dans toutes les langues sur la beauté estompant la splendeur du soleil, au bas mot, ou tel autre paysage somptueux.
Enchaînant les arguments comme dans le cadre d’une conservation savante, alternant les points de vue sur la compétence linguistique et poétique et le jugement esthétique, Gilles Ménage établissait un panorama du thème partant du latin Quintus Catulus — qui saluait le comédien Roscius ! — menait jusqu’à Voiture et Malleville qui rivalisèrent de vers sur le sujet… féminin cette fois. En cherchant un peu, on s’aperçoit que le sujet a trouvé des poètes pour l’exploiter jusqu’au siècle dernier. Figure de l’entourage de Madame de Maintenon, Ménage, peint en Vadius dans Les Femmes savantes, auteur du premier dictionnaire étymologique de la langue française, polémiste et érudit, était habité par la conviction qu’au fil des âges l’expression s’affinait et que l’on finirait, à l’aide d’une langue solide et élégante, à faire « beau sens ».



Gilles Ménage Dissertation sur les sonnets pour la Belle Matineuse. Édition de Guillaume Peureux. — Paris, Hermann, 148 pages, 16 €



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