L'Alamblog

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vendredi 23 février 2018

Maintenance technique de l'Alalamblog

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La réponse du grand jeu de l'Alamblog était Félix Fénéon, dont les oeuvres complètes (nouvelle édition) sont en préparation.
Nul vainqueur...



Pour information : L'Alamblog devant transhumer d'un serveur l'autre, les contenus habituels seront versés via Facebook le temps que les travaux s'opèrent.


mercredi 21 février 2018

Le Grand jeu continue

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Le Grand Jeu de l'Alamblog continue : Qui a écrit ceci ?


Programme politique
Dans quelques mois auront lieu les élections municipales, préludes indicateurs des grandes périodes électorales de 1906.
Un groupe de citoyens indépendants, n’appartenant à aucun des partis politiques qui se disputent le pouvoir, a pris l’initiative de dire « la vérité quand même » sur les éternelles chansons qui bernent le Peuple Français. Nous sommes dépourvus d’ambition personnelle, n’ayant pour but que le Bien Public, répudiant les sectaires quels qu’ils soient, nous faisons appel aux hommes livres de tous les partis pour purger la France des Parlementaires et des hypocrites.




Deux réponses judicieuses ont été ajoutées au commentaire du billet lançant le jeu, soyez perspicicaes, jouez et gagnez !

La réponse sera réponse divulguée vendredi !
Le lot : L'alamblogonaute vainqueur recevra un prochain livre édité par le Préfet maritime.
Un indice : Le document n'a jamais été réédité depuis 1903. Il appartiendra à un prochain volume compilatoire.






Illustration du billet : le Gueulard de Metz, figure détachée au début du XIXe siècle du grand orgue de la cathédrale où elle servait à amuser les fidèles : le gueulard ouvrait fort la bouche lorsque la note la plus grave de l'instrument était joué. Copyright Draco Semlich, 2018.

mardi 20 février 2018

Le Grand Jeu de l'Alamblog

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Qui a écrit ceci ?



Programme politique
Dans quelques mois auront lieu les élections municipales, préludes indicateurs des grandes périodes électorales de 1906.
Un groupe de citoyens indépendants, n’appartenant à aucun des partis politiques qui se disputent le pouvoir, a pris l’initiative de dire « la vérité quand même » sur les éternelles chansons qui bernent le Peuple Français. Nous sommes dépourvus d’ambition personnelle, n’ayant pour but que le Bien Public, répudiant les sectaires quels qu’ils soient, nous faisons appel aux hommes livres de tous les partis pour purger la France des Parlementaires et des hypocrites.




Réponse vendredi !

Le lot : Le premier alamblogonaute qui aura déniché la bonne réponse recevra un prochain livre édité par le Préfet maritime.

Un indice : Le document n'a jamais été réédité depuis 1903. Il appartiendra à un prochain volume compilatoire.





Illustration du billet : copyright Draco Semlich, 2017.

lundi 19 février 2018

Henri Simon Faure dans son corps de garde d'Oppède

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Dans la foulée de l'exposition de Saint-Etienne, le vendredi 2 mars à 18h30, la médiathèque d’Oppède vernira son exposition Henri Simon Faure dans son corps de garde d'Oppède. Avec une présentation de Frédérique Vacher et la participation des éditions Du Lérot.
Une lecture de ses poèmes par Jean-Noël Pomadère aura lieu à Oppède-le-Vieux le samedi 10 mars à 16h.
Vive HSF !


samedi 17 février 2018

Exécution dans la brume

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Exécution dans la brume d'un bateau belge.

Probablement inspirée à la censure par les monochromes d'Allais


L'Homme enchaîné. Journal quotidien du matin (rédacteur en chef : Georges Clemenceau), 10 avril 1917.

vendredi 16 février 2018

Borrély Borrély Borrély (cinq fois)

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Après plusieurs rééditions à La Part Commune l'oeuvre littéraire de Maria Borrély (1890-1963) a paru chez Parole qui propose désormais un coffret pour réunir les cinq opus majeurs (ne sont pas repris ses essais).
Certes, l'oeuvre est modeste en volume mais certains de ces écrits mériteraient d'être entrés au bagage culturel collectif de base une bonne fois pour toutes, au même titre que ces romans du siècle dernier qui trouvent une place sur les grands et petits écrans, dans les collections de poche ou les clubs. Marie Christine Barrault lisait Le Dernier Feu en 1982 à la télévision, s'en souvient-on ? On se souvenait alors que Gide et Giono avait été séduit par la prose de cette femme au verbe droit et net qui a illustré la Provence comme Marie Mauron le fera, à l'époque où Rose Celli côtoyait Giono elle aussi.
Si l'on sait encore se laisser prendre aux narines par les villages isolés de Provence, des vallons odorants, des êtres sans affèterie, beaucoup de vent (la vallée du Rhône est réputée par son vent qui rend fou, en particulier du côté d'Arles) et un certaine dose de misère (morale, sociale, amoureuse), il est clair qu'on est bon comme la Romaine : “Vous m’avez eu” a écrit André Gide à Maria Borrély.
Pur produit de cette génération de jeunes femmes qui ont conquis le statut d'institutrice, Maria Borrély est une pièce déterminante de notre littérature du siècle passée. On devrait s'apercevoir à la lire que ce que l'on nomme la phrase blanche a peut-être avec elle acquis ses lettres de noblesse. Bien avant certaines autres.


__ Maria Borrey__ Les Mains vides. - Artignosc-sur-Verdon, Parole, 99 pages, 11 €
Le Dernier Feu. - id., 207 pages, 12 €
Sous le vent. - id., 200 pages, 12 €
Les Reculas. - id., 213 pages, 12 €
La Tempête apaisée. - id., 127 pages, 12 €


illustration du billet : Elisabeth Salmon, Hommage à Maria Borrély (gravure).


A titre de document, nous plaçons ici l'aritcle de Marguerite Grépon, aux attendus bien personnels, consacré à Sous le vent, le roman de Maria Borréy :

La Femme aux champs

Depuis George Sand, le roman paysan n'a guère tenté les femmes. Est-ce parce que les paysannes n'écrivent pas, et que les femmes réussissent surtout l'autobiographie, comme elles réussissent tout ce qu'elles font par amour ? Qui donc chériraient-elles plus qu'elles ?
D'autre part, pourquoi écrivent les femmes ? Par vengeance contre l'extérieur, ou pour justifier quelque incompréhension. Et qui donc écrit, parmi elles ? Les sujets qui, depuis l'enfance, aspirent à la vie spirituelle, qui cherchent, au delà du monde extérieur et de ses apparences, une réponse dans les livres. Si ces tendances se manifestent dans des familles terriennes il y a peu de chances pour que la jeune fille, destinée aux travaux domestiques, donne satisfaction à ses goûts. Au contraire, le garçon qui montre des aptitudes scolaires est souvent dirigé vers le lycée du chef-lieu, par ses parents mêmes dont il flattera la vanité.
Il faudrait donc des conditions contradictoires de vie pavsanne et civilisée, rustique et studieuse, pour qu'une fille, élevée â la terre, même pourvue du don, eût assez d'instruction pour écrire. Les spectatrices de la vie champêtre la décrivent artificiellement ; celles qui la vivent ne songent pas à la traduire. D'ailleurs, un sujet qui dit oui ne séduit pas comme un sujet qui dit non. La terre dit oui. Elle ne trompe pas les espoirs mis en elle. Accidentellement, elle restreint ou accroît la part de bénéfice prévu, elle ne saurait donner autre chose que ce qu'elle a promis. Il n' y a pas de résistance possible de l'individu contre elle ; il faut subir sa loi de travail, ou accepter qu'elle trahisse.
Et enfin, l'amour, le sujet le plus florissant parmi les femmes, se réduit, à la campagne, à l'idylle qui finit bien, par le mariage, à l'idylle qui finit mal, par le coup de tête, l'expatriement du garçon, la tentative de suicide de la fille, jadis l'entrée en religion. En poussant au noir, on a le tableau de la fille-mère et de la malédiction du village. Mais les schémas possibles sont limités.
L'adultère fournit peu de traits nouveaux ; l'amour en province, ou, pour parler plus exactement, l'amour sans cesse surveillé par le voisin, ne peut être que régulier, et dès lors sans histoire apparente, ou irrégulier, et tout de suite dompté par le scandale.
Le roman paysan, mettant en scène de vrais paysans; a donc très peu tenté les écrivains de notre côté qui excellent dans des raffinements d'observations, fort peu de mise à la campagne. Les femmes ont à dire ce qui n'a pas toujours semblé valable aux hommes, l'usure de leur sensibilité contre les assauts contraires, ininterrompus, d'un adversaire redoutable : la vie quotidienne. Même l'amour, leur apparaît tragique, dans sa subdivision en fragments journaliers. Placées comme de l'ouate entre des verres, dans la caisse de la vie sociale, elles reçoivent des chocs permanents et divers, qu'elles s'emploient a étouffer consciencieusement. Peut-être est-ce là leur rôle essentiel. Et quand elles veulent réagir en s'exprimant, elles apportent un outil affiné par cette incessante provocation de l'extérieur.
Mais à la campagne, en plein air, l'ouate est moins serrée. Les chocs sont moins pénibles. La vie sociale, l'opposition entre un être et un groupement n'existent guère. Voilà donc le vrai « sujet-femme » écarté. Que reste-t-il ? Comme décor, la terre et son exploitation. Comme personnages, des cœurs simples. Le décor a toujours fourni de la matière aux écrivains. Le paysage « état d'âme » s'est toujours trouvé à point nommé pour modeler une destinée ou influencer une décision. Mais le livre tout entier consacré aux champs semble une entreprise pénible à mener jusqu'au bout.
Voici pourtant une heureuse réussite avec Sous le vent. Les éléments sont à la mode ; Rose Celli a écrit un livre surprenant sous le signe de l'eau ; à son tour, Maria Borrély nous présente un roman remarquable sous le signe du vent. Qu'on ne s'y trompe pas, le vent est ici le personnage principal ; c'est lui qui bouscule les arbres, les maisons et le cœur des filles, qui les rend toutes un peu folles d'amour. Typographiquement même, les blancs de la page culbutent sans cesse le texte, les phrases courtes abordent l'esprit avec une sorte de netteté sonnante,comme des grains de sable soulevés par le mistral et plaqués contre une vitre.
Dans ce roman paysan, le tour de la phrase volontairement peuple, parlé, usuel, n'est pourtant jamais vulgaire. Le style direct, dépouillé, est un contenant à la mesure du contenu. Abus d'images dira-t-on. Mais le peuple parle couramment par images ! C'est de l'inépuisable réservoir de son langage que sont sorties les plus frappantes, les plus poétiques. Les pages de Maria Borrély plongent dans une forte poésie terrienne. La figure de la Marie, fraîche et ravissante fille de Provence, ardente à l'ouvrage, rieuse comme un jour de soleil, domine ce roman, aussi chaste que passionné. Eprise soudain du garçon du moulin, Olivier, elle perd en un clin d'œil sa joie de vivre et dépérit lentement jusqu'au matin tragique.
Mais l'essentiel du livre, c'est l'attaque brusquée du vent, la terre et ses travaux : les semailles, les récoltes, la cueillette des olives, le défrichement des mauvaises places. les menus faits de la vie rurale.
Arielle, fille des champs, de Harlor, qui vient d'obtenir le prix George Sand, est aussi un roman paysan, dont l'intrigue reste simple. Cependant. la terre n'y tient pas la première place ; c'est la psychologie d'Arielle qui vertèbre le livre L'amour malheureux d'une villageoise pour un poëte de passage, s'il a des accents sincères, semble plus apprêté que celui de la Marie pour Olivier. Ici, les personnages respirent moins dans la nature, nous apparaissent moins soumis aux fatalités d'un pays. Telle campagne de France doit promulguer des ordres que telle autre ne pourrait ratifier. L'entêtement d'un cœur du Midi n'est pas l'entêtement d'un cœur du Nord ou de l'Est. Le rapport entre une terre et sa flore sentimentale est plus sensible chez Maria Borrély. Arielle est touchante en faisant la découverte progressive du « déjà dit » de son talent poétique, mais il n'y a pas, dans l'expression de son amour, et dans sa poursuite, ces qualités de puissance simple, de netteté, d'ampleur, par lesquelles sont vivifiés les romans en plein air. Quoique pleine de mérites cette œuvre en somme n'apporte point une touche neuve. Elle est consciencieuse, ne manque pas de force et de sérénité ; elle semble pourtant plus appliquée que spontanée et d'une formule photographique.
Ainsi, les femmes qui sont influencées par la nature paraissent aptes à y trouver des sujets. Etant plus animales que l'homme (dans le sens où ce mot définit la sûreté de l'instinct), plus primitives, moins déformées par la culture cérébrale, (j'ouvre ici une parenthèse pour faire remarquer qu'étant moins remaniées par acquis livresque, elles le sont davantage par les contraintes sociales) elles baignent directement dans le monde extérieur. Le métier-femme également, le contact direct avec les détails concrets (alimentation, vêtement, entretien) a développé leur appareil sensoriel : estimation marchande par l'œil et le toucher. Quand une Colette met son flair de femelle et de ménagère à poursuivre un fragment du monde extérieur, jusqu'à quels secrets ne pénètre-t-elle pas ?
Mais quand on a terminé la lecture de romans-paysans, on se pose seulement une question mélancolique : ce genre de livres, que Giono et Chamson ont porté si haut sont-il aimés par ceux qu'ils dépeignent ? Les êtres simples se reconnaissent-ils dans ces personnages qui les ont pris pour modèles ? La Marie n'aimerait-elle pas mieux se retrouver sous les traits d'une paysanne d'opérette, plutôt qu'en un roman où l'art est d'autant plus discret qu'il a rejeté durement ses apparences trompeuses ?
Sans doute, à l'image de cette campagnarde surprise par le naturel des artistes de théâtre et résumant : ce ne sont pas des acteurs, cette Marie, devant certaines phrases de Sous le vent : « Ça montait lentement d'entre les collines, gonflait, grossissait, » dirait : « voilà un bien mauvais ouvrage, on n'écrit pas ainsi dans les livres ! » En revanche, elle se régalerait d'un feuilleton, ou de quelque auteur à tirades boursouflées.
Eh ! oui, on peut se demander si les classes travailleuses, qui n'ont pas le loisir de se cultiver, perdront jamais leur goût du mauvais chromo ? Il faut du temps, il faut des générations, pour éliminer Saint-Sulpice. Enfin, on doit comprendre que le travail démesuré abêtit; un livre qui, par probité, relatera la dureté du labeur, n'amusera pas un esprit fatigué comme un ciné-roman. Le peuple a besoin de féerie, mais d'une féerie sans transposition littéraire, dont les points de départ restent proches : le prince qui épouse la bergère, une voisine, et qui lui fait boire des alcools compliqués, dans les bars célèbres, qu'il ne voit que sur l'écran. Il a besoin qu'à la rigueur, l'aventure puisse lui arriver.
Ainsi, sans doute, on aboutit à deux littératures : une, écrite sur le peuple, qui y pénètre difficilement, à cause de sa qualité ; une autre, toute convenue écrite non sur lui, mais pour lui, qui y passe. C'est déjà une réponse à faire aux nombreuses enquêtes soulevées par le populisme. On peut aussi remarquer ce phénomène produit dans une génération antérieure : Loti fut un auteur mettant en scènes des êtres simples, et lu par le peuple. Reste à savoir si c'est à cause de ses qualités ou de ses défauts ?

Marguerite Grépon


Les Nouvelles littéraires, 3 janvier 1931.


jeudi 15 février 2018

Le vent sous cloche

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On mésestime les possibilités
Du vent sous cloche.


Elle a raison, Constance Chlore, de nous intéresser au vent sous cloche, comme à la plupart des sujets qu'elle aborde dans son livre, L'Alphabet plutôt que tien.
Des forêts de signes émerge une vérité, celle de son allant personnel et des facultés pétillantes de son crâne.
De la langue et de l'amour, voilà de quoi il est question en ces pages constellées de jeux typographiques par l'éditeur lui-même.



Constance Chlore L'Alphabet plutôt que tien. Typographies de Xavier Dandoy de Casablanca. - Bastia, Eoliennes, 72 pages, 12 €

mercredi 14 février 2018

L'Ours blanc chez les gens de Saxon

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On vous le disait hier : il est de retour et tout à fait en forme.
Dans la livraison 18, qui fait suite à la 17e comme il est logique, Jérémie Gindre nous raconte la Saga des gens de Saxon, récit des riches heures du valais. Y sont mixés de fragments de sagas nordiques avec des morceaux de Pline l'Ancien et des pépites césarines de la Guerre des Gaules. Entre Ramuz, Cingria et plusieurs autres, on songe à certaines pages de Céline Minard, Marie Fréring ou Rayas Richa lorsqu'ils/elles se libérent du carcan de la pure grammaire et tentent de trouver une langue qui serait de toujours.
Échantillon :

Il arriva que les propriétaires des troupeaux vinrent les visiter. il y a vait là Denis Capuchon-de-Peau, Guy de Saxon et Pascal le Fourneau. Ils passèrent l'après-midi sur la terrasse de la bergerie, à jouer aux cartes et à se divertir de toutes les façons. On parla d'un saisonnier africain qui avait fui le Sierra Leone, où il avait subi une grande frayeur, si bien qu'il n'était plus cabale de dormir. (...)


Abonnez-vous, réabonnez-vous : on ne peut décemment se priver de son Ours blanc


L'Ours blanc, 28 pages, 5 €
Direction : Hervé Laurent
Rédaction : Vincent Barras, Alain Berset, Cléa Chopard
Abonnement : info@revue-loursblanc.org
Éditions Héros-Limite : Alain Berset, Gaia Biaggi, Georges Mishuga
Case postale 266
CH – 1211 Genève 8

mardi 13 février 2018

Ours de saison

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Tranquille sur sa banquise, L'Ours blanc s'était accordé une vacance. Il s'est donc absenté quelque temps et puis le voici de retour, plutôt très, très en forme. Disons-le, carrément rechargé à bloc.
Sa livraison 17 (traduisons : #17 pour les technochoses) est consacrée aux échanges de deux personnages nommés Robert Lax & Thomas Merton, figures de la modernité comme on va voir.
Thomas Merton, né en France en 1915, vivant aux Etats-Unis et mort à Bangkok, était un moine cistercien à tendance sociale, quoique trappeur, pardon : trappiste (son home ressemblait plus à un bungalow sympa à la campagne qu'à une trappe d'autrefois) — ET poète, écrivain, etc. Robert Lax, quant à lui, était un artiste américain né en 1915 (pareil) vivant en Grèce — il n'a pas le droit à sa fiche wikipédia, c'est dire que son oeuvre doit valoir le coup d'oeil.
Leur correspondance aura de toute manière la primeur pour l'instant. Le peu qui est traduit dans cette livraison a de quoi renvoyer André Breton à ses joujoux infantiles.
Nous ignorons si Thoms et Robert prenaient des substances ou bien s'ils communiquaient par code. On dirait. Ce fragment d'échange, traduit par Vincent Barras s'intitule zovie, zovie, bam, alléluia et contient des lettres postées entre le 16 octobre 1965 et le 4 mars 1966. Lettres qui prouvent qu'on savait se détendre et réfléchir dans les années 1960. C'est autre chose que les pensers de Descentes, Noix ou Mangot.
Echantillon :

Chers Russ et Bill,
Eh bien tu te demandes probablement pourquoi je n'ai pas écrit pendant si longtemps depuis le camp. Je vais te le dire. Le camp a été en feu pendant des mois. Tout à a commencé avec la fabrique de papier tue-mouche dont j'étais le chef en charge du papier tue-mouches trappiste, une organisation communiste de façade qui compte plusieurs millions. Je te parlerai des millions une autre fois. Le feu a commencé dans la section "impératifs" (...). (Merton).

Bien Cher Smedley,
c'est bon d'être un ermite. Je suis aussi un ermite. c'est mieux toujours l'être. c'était james guttman qui me disait de ne pas l'être, maintenant que je regarde en arrière. tu dois toujours être un ermite.
et colle aux impératives. pas de jack, pas d'impératif. voler jack aux impératifs. je viens de lire un livre sur l'impératif hypothétique. l'hypothétique c'est quand le patient pense qu'il a peut-epêtre un impératif. pas de jack, pas d'impératif. il aurait dû savoir mieux. il aurait dû.
j fictions l'étidrape du journal de béla lugosi n'a pas d'impératifs. il est tout entier gants médicaux. (...) (Lax).



Quand on vous dit que L'Ours blanc est LA revue indispensable aux amateurs de littérature.


L'Ours blanc, 32 pages, 5 €
Éditions Héros-Limite
Alain Berset, Gaia Biaggi, Georges Mishuga Case postale 266
CH – 1211 Genève 8

lundi 12 février 2018

Sur la mort d'Erskine Childers

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Sur la mort d'Erskine Childers

J’ai lu, dans les journaux, qu’en Irlande on a fusillé M. Erskine Childers. Il était mon ami. Nous nous connûmes en 1920 par l'entremise d’un homme qui devait, par la suite, contribuer à son assassinat.
Un soir d’octobre, Desmond Fitzgerald me dit :
— Allez ce soir, Bushy-Park road, n° 12, chez Erskine Childers. C’est un Anglais qui combat avec nous pour la cause du Sinn-Fein, un vrai héros... Je vous retrouverai chez lui.
Ceci se passait à Dublin, au temps où toute l’Irlande « heurtait de son cœur la gueule des canons ». Nul Irlandais n’eût alors osé croire qu’un jour une épaule irlandaise s’appuierait aux crosses de mitrailleuses britanniques.
Nous étions, au Shelbourne hôtel, deux journalistes français. L’autre s’appelle Joseph Kessel. Vers neuf heures, nous partîmes. Bushy-Park road se trouve au nord de Dublin, très loin du centre. L’outside-car, qui nous emportait au grand trot de son cob, dépassa bientôt les faubourgs, les jardins, la banlieue ; un air glacé rabattait dans la nuit la fumée que le cabby au nez bleu, fumant sa bouffarde, lâchait par bouffées tranquilles. Nous trouvâmes difficilement l’entrée du cottage. Grand embarras. Une maladresse, une démarche irréfléchie pouvait perdre un homme. Peut-être la police anglaise ignorait-elle le refuge de celui que nous cherchions et qui venait de jeter, dans la rumeur affairée de l’Europe, le premier cri de détresse et le premier appel pour l’Irlande que l’on ait entendu.
Des claires-voies peintes en Liane se succédaient, bordant les jardins nocturnes. Nous trouvâmes finalement ce que nous cherchions après mille subterfuges de policiers.
C’était une demeure luxueuse. Erskine Clnlders, fort riche, l’avait peuplée-des plus beaux livres et des plus beaux objets. Dans le salon, nous trouvâmes plusieurs personnes et, d’abord, une femme incomparable, celle de l’hôte. Elle était malade, étendue sur une chaise-longue, les jambes couvertes d’un plaid. Américaine, d’origine irlandaise, Mme Childers vivait pour la liberté de l’Irlande. Elle reçut avec une attention passionnée les deux Français quelle savait favorable à la cause de 1’ Irish Republic ». Son mari se tenait debout derrière elle. M. Bourgeois, du Temps, était là, ainsi qu’un O'Bricn de Galway. Devant la cheminée où brûlait du charbon de terre, la mère de Mme Childers préparait le thé. Kessel était assis à ma gauche. A ma droite il y avait Desmond Fitzgerald.
Il était alors ministre de la propagande dans le cabinet fugitif que présidait Arthur Griffith. Desmond Fitzgerald était on the run ; cela signifie, à peu près, qu’il tenait le maquis. Son visage, bien que ravagé par la fatigue et l’inquiétude, gardait quelque chose d’angélique. Son passé, connu de tous, était celui d’un héros. Ceux qui approchaient Fitzgerald l’aimaient absolument. Il charmait jusqu’aux reporters des journaux anglais. Je crois que nul ne lui voua plus que moi-même une affection où la confiance le disputait à l’anxiété. Car ses amis ne cessaient point de trembler pour sa vie. Dix-huit mois durant nous ne pûmes ouvrir un journal sans appréhender d’y trouver l'annonce de sa mort. Un jour, à Paris, la nouvelle arriva de son arrestation. Surpris par les agents de Londres, il avait été conduit à Dublin Castle, et devait, selon les dépêches de Reuter, être conduit à Mountjoy. Pour quiconque connaissait les méthodes delà répression britannique en Irlande cette information contenait un sens redoutable. Les soldats de sir Greenwood et du général Macready se débarrassaient aisément d’un prisonnier : on agençait un simulacre d’évasion, puis on abattait le sinn-feiner sur place. C’était l'usage de ces jours affreux. Sachant cela, et bouleversé parce que je venais d’apprendre, j’écrivis un article que je portai, en toute bâte, à M. E. J. Bois, rédacteur en chef du Petit Parisien, en le pressant, en le suppliant de le publier. L’article parut le lendemain, en première page, accompagné d’un portrait de Fitzgerald. Je crois encore aujourd’hui que cet appel, fait sur un ton volontairement modéré, contribua (par cela seul qu’il nous montrait attentif au sort d’un rebelle) à sauver sa vie.
C’est ce même Desmond Fitzgerald qui, membre du gouvernement de l'« Etat Libre » et seul ministre survivant aux anciens jours, porte aujourd’hui, pour une lourde part, la responsabilité de la mort d’Erskine Childers. Je veux dire qu’il accepta la mise à mort de notre ami commun, ordonnée par un ministère dont il fait partie. Le crime de Childers fut, en vérité, d’avoir gardé sa foi à un idéal qui fut celui de Fitzgerald. Il n’est personne au monde qui puisse soutenir le contraire. Au temps où je fréquentais ces deux hommes, ils communiaient dans une même détestation des compromis. Le spectre de Mac Swinney chassait l'ombre transigeante de Redmund. Et cependant Fitzgerald devait signer le pacte de Londres.
Il ne m’appartient pas, je le sais, de juger la politique des deux partis irlandais; quelle que fût mon opinion sur ce point, je me suis, en dépit de maintes sollicitations, abstenu de l’exprimer. Mais un homme vient de mourir, que j aimais, avec le consentement d’un homme que j’ai aimé. Aujourd'hui je dois parler...
Aujourd’hui, je revois Desmond Fitzgerald, assis à ma droite dans le salon de Bushy-Park ; j’entends sa voix et la voix du mort ; je les aperçois, l’un et l'autre, tenant à la main leurs tasses de thé. Il me suffit, de fermer les yeux pour imaginer cet amical décor, celte soirée où il fut tant parlé des lettres françaises, de Paris, des ballets russes et de M. Lloyd George. Tout cela m’était présent à l’heure même où j’appris que douze fusils, venus des arsenaux anglais, avaient mis en joue le brave Erskine et que vous, Fitzgerald, aviez accepté cette horreur. Je vous ai défendu de toute la force d’une pensée fidèle, Desmond. Certainement je ne regrette rien. Mais je rougis de ma crédulité. Vous, vous !... Il me semble que vous m’avez trompé, moi aussi, qui croyais en vous si profondément et si aveuglément que, désormais, je chercherai le calcul, le mensonge et la haine derrière tous les visages humains.

Erskine Childers naquit en 1870 à Londres. Par son père et son oncle, qui fut ministre sous Gladstone, il appartenait au monde des Britains les plus orgueilleux. Après ses études, il entre au secrétariat des commissions parlementaires. C’est, au cœur même de l’Angleterre constitutionnelle, une situation fort enviée, très lucrative. C’est de cette époque que date son roman : The Riddleofthe sands (L'Enigme des sables), livre au prodigieux succès, qui sous une forme plaisante et attachante annonce la guerre de 1914 et dénonce les entreprises de l’espionnage allemand dans la mer du Nord. En vérité, The Riddle of the sands contient le récit d’aventures qui furent celles de Childers et d’un compagnon de voyage à bord d’un petit voilier. Le compagnon, c'était Mme Childers. Je crois que c’est durant cette croisière que cette épouse admirable contracta la maladie dont j’ai parlé plus haut. La guerre vint. Laissons ici parler M. Jacques Marsillac : Childers s'engage immédiatement et est nommé au commandementd’un bâtiment porte-avion avec lequel il participe au fameux raid de Cuxhaven le jour de Noël 1914. Plus tard, il passe dans l’aviation navale,s’y conduit brillamment et,à la suite d’un raid au-dessus des points définis précisément dans l'Enigme des sables (raid au cours duquel il livre combat à cinq avions allemands), il reçoit une très haute distinction : la croix dite des services distingués. Vous voyez donc le personnage: un Anglais éduqué en Angleterre, vivant en Angleterre, ayant appartenu longtemps à une administration anglaise, ayant combattu à deux reprises, et brillamment, pour l’Angleterre.
Avec la fin de la guerre coïncide une volte-face presque incroyable. Childers s’affilie au Sinn Fein, prend part aux coups de main et aux embuscades contre l’armée d’occupation anglaise en Irlande et devient rapidement l’un des hommes les pins écoutés dans les milieux extrémistes... Avec sa fortune, son passé, le nom qu’il portait, il eût pu vivre heureux et honoré en Angleterre. Il choisit de s’en aller faire le coup de feu en Irlande, éternellement pourchasse, un outlaw (1) !
Prenons encore à M. J. Marsillac ceci : Childers ayant épousé une Américaine de souche irlandaise, qui avait une affection passionnée pour son pays d’origine, abandonna son poste au Parlement pour se consacrer à la cause du home rule pour l’Irlande.
Cela éclaire tout le drame. Un beau roman d’amour et de bravoure, une leçon de renoncement comme l’humanité en vit peu. Childers, jusqu’au seuil du tombeau, tint des serments que seule entendit sa femme bien-aimée, la douloureuse veuve de Bushy Park. Respectons ces héroïques secrets.

Après trois jours et trois nuits passés en hypocrites avocasseries, Childers fut, le 25 novembre 1922, mené au poteau. Les douze hommes, que l’on avait, tout d’abord, désignés pour la besogne, refusèrent obéissance à leurs chefs. On chercha, vainement, un peloton de volontaires. De guerre lasse, on décida quelques soldais au moyen d’un macabre stratagème : les fusils seraient chargés par les soins de la cour de justice, les uns à blanc, les autres à balle, puis distribués au hasard. Ainsi, nul d’entre les fusilleurs ne contribuerait en toute certitude au trépas du martyr. Il n’en fallut, à ce qu'il parait, pas davantage pour décider leur conscience. Ils obéirent donc. On a peu de détails sur les derniers préparatifs ; les bourreaux publièrent seulement qu’Erskine Childers mourut sans faiblesse. Rien de surprenant après ce que nous savons du soldat et du citoyen.
« Nous voyons le personnage », écrivait notre distingué confrère. Nous le voyons, en effet. Mais, à ce Childers désormais fameux et de tous respecté, qu’on me permette de substituer un instant l’autre, non point le héros : l’homme,— celui qui se tenait debout dans une chambre, au fond d'un cottage, à Dublin, tout près de sa compagne, au milieu de ses amis.

Il était de taille médiocre, très brun, très maigre, les tempes grises, le regard velouté. Il atteignait alors cinquante ans. L’habitude de la méditation avait sillonné sa figure ; deux longues parenthèses encadraient sa bouche, toujours entr’ouverte, qui laissait voir de longues incisives. Mme Childers, ayant étudié en Sorbonne, aimait à parler notre langue ; les conversations de Bushy-Park se tenaient donc en français. Childers ne parlait que l’anglais. Il se mêlait peu à nos propos ; sa femme, de fois à autre, les lui traduisait. On le sentait d’ailleurs peu enclin aux controverses de salon. Il apportait en toutes choses, et principalement dans ses amitiés, une vigueur silencieuse et un attachement dénué de rhétorique. Je crois avoir mérité son estime. Les lettres qu’il m’écrivit, et que j’ai conservées, m’apportèrent le témoignage d’une camaraderie dont j’étais fier et que sa mort orne à présent d’un inégalable prestige.
C’est à cela hélas ! à ces adieux iniques, que la guerre elle-même ne nous a point formés. Que par la volonté des hommes le cœur de notre ami ait cessé de battre, c’est contre quoi l’on se révoltera toujours. Childers n’est plus. Ceux qui ont voulu cela prirent le temps de la réflexion ; il ne tomba point dans une embuscade sur quelque route pluvieuse de la vieille île aux batailles; il ne fut point arraché de son lit et massacré par une horde de Blaks and tans avinés. On l’a « exécuté » froidement, après une senlence rendue par je ne sais quelle cour martiale, sur une inculpation de « port d’armes prohibées ». Leur première victime, les « réguliers » n’osèrent donc point l’accuser de rébellion ; c’est un mot qui leur fait peur encore. Ainsi, les Chouans,passés aux Bleus, n’osaient insulter aux serments du Bocage.
Quelle fut, dans la noire solitude de sa prison, durant les trois veillées funèbres de Mountjoy, la suprême méditation de Childers vaincu ? L'homme, dit Renan, qui a sacrifié à une grande idée son repos et les récompenses légitimes de la vie éprouve toujours un moment de retour triste quand l'image de la mort se présente à lui pour la première fois et cherche à lui persuader que tout est vain. Childers se rappela-t-il ses courses en mer, les aventures de L'Enigme des Sables, l’avenir de paix et d’amour qui (s’il y avait eu dans ce monde deux cœurs moins grands et moins fervents) eût éclairé les chemins de sa vie ? Un doute le perça-t il et connut-il, avant de réunir ses forces pour les derniers pas, cette faiblesse qui fait chanceler tous les apôtres et tous les martyrs? Alla-t-il jusqu’à maudire ceux qui consommaient son sacrifice, ceux qui, pareils aux stupides témoins du Calvaire, se préparaient à verser le sang de leur propre rachat ? Ou bien accepta-t-il sa destinée et prit-il, avant de mourir, une conscience plus haute de sa mission ?
Ceux qui l’ont connu pencheraient pour cette dernière hypothèse. Il est vrai que la fin tragique d'Erskine Childers est un événement dont nul ne peut mesurer le retentissement lointain. Cela comptera plus, sans doute, dans l’histoire politique de l’Occident, que ces Conférences dont les journaux et les peuples se repaissent, plus que les voyages d anciens ministres et plus que maints coups d’Etat transalpins. Ce n’est, à présent, qu’un fait divers. Ainsi va le monde. Les bûchers ne furent jamais que des faits divers. Mais, déjà, le Move up Mick, Make room for Dick ! des républicains irlandais jette aux meurtriers de Chitders le défi de la vieille terre révoltée. Le sang, hélas ! appelle toujours le sang...
J’atteste que la dernière pensée de Childers, debout devant la ligne des douze trous noirs, fut toute d’espérance et de noble pardon. Il savait par cœur Shakespeare. Qui sait s’il ne songeait point, avant de tomber foudroyé, à la scène d'Antoine et Cléopâtre,où le chef trahi, apprenant la félonie d’Aenobarbus, lui fait porter ses biens et la surnaturelle parole : « Que rien ne manque de ce qui lui appartient; et dites-lui qu’Antoine vaincu lui souhaite de ne point trahir son nouveau maître. »

Henri Béraud
Venise, déc. 1922.



(1) Le Journal, 26 novembre 1922.


Le Mercure de France, 15 janvier 1923.



Erskine Childers L'Enigme des sable. Un rapport des services secrets. Traduit de l'anglais par Jeanne Véron, 1997, 12 € (trois éditions purement parasites ayant paru depuis, nous vous conseillons naturellement l'édition qui avait onze ans d'avance sur la concurrence).


Illustration du billet : détail : Délégués du Sinn Fein à Londres en octobre 1921, de g. à d. Fitzgerald, Lynch, Charteris, O'Brien et, assis, de g. à d. A. Griffith, Barton, Duggan, Duffy, Childers Image fixe : photographie de presse / Agence Rol Octobre 1921

dimanche 11 février 2018

Manuel Orazi perdu chez les dingues (une erreur tragique)

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L'exposition La Folie en tête consacrée à plusieurs collections historiques d'art brut, présentée à la maison de Victor Hugo (Paris) nous donne l'occasion de saluer le célèbre Calendrier magique du Lyonnais Austin de Croze illustré par Manuel Orazi (L'Art nouveau, 1896). Rappelez-vous, L'Alamblog vous le présentait en 2008 déjà.
Par une bizarrerie inexplicable, malencontre, bête concours de circonstance, méprise idiote, bref, un truc de cet acabit, une copie non signalée de trois des dessins d'Orazi, reproduits en asile (?) et en grand format (??), figurent par erreur dans cette exposition qui perd du coup un peu de sa superbe. Et c'est dommage parce que des pièces formidables y sont présentées qui méritent bigrement le déplacement. Les découvertes y sont nombreuses, foi de curieux, cousues, ficelées, peintes à l'aiguille, ou tout comme, dans un déluge de figures délirantes et obsessionnelles. Le "Voyageur français", grand adepte du papier peint psychédélique, ne vaut-il pas le coup d 'oeil ?
Mais que viennent y faire ces dessins d'Orazi ? Esquisses d'Orazi ? Copies par un curiste ? Ou bien acquisitions du psychiatre ? mystère et boule de boulette. Et, naturellement, les commissaires nous laissent dans la plus noire purée car ils n'ont pas fait le rapprochement avec l'imprimé commandé par Mister Bing. Bref, la nature des pièces présentées devient malheureusement un peu flottantes malgré le travail de résurrection effectué sur des pièces jusqu'ici enterrées dans les archives.
On espère toutefois des explications dans le catalogue. Bernique ! Le catalogue — vraiment trop cher (1) — n'indique rien d'autre sur cette question Orazi qu'un "anonyme" de mauvais aloi. Pour que les commissaires de l'exposition puissent vérifier nos dires, signalons que le Calendrier d'Austin et d'Orazi est en ligne, lui, gratuitement sur Gallica.
Merci Gallica.


PS on attend toujours un bon fac-similé de ce chef-d'oeuvre fin-de-siècle...

(1) Les amateurs d'art brut ne sont pas forcément de richissimes enfants au panier percé. Tout le monde sait que ce catalogue va être soldé dans quelques mois parce qu'invendu. Forcément invendu, dirait la vieille. Il a le prix d'un grand album relié mais le format d'un ouvrage standard, et ça n'est pas sa toile de couvrure en polyamide imitation soie qui nous trompe, ô éditeurs dédaigneux.

samedi 10 février 2018

Retardataires et chanceux : l'exposition Sévellec est prolongée !

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Si vous n'avez pas vu encore l'exposition à ne pas rater, celle de Ronan-Jim Sévellec, la Galerie Antonine Catzéflis vient de vous faire une fleur en annonçant sa prolongation jusqu'au 13 d'avril !
Nous ne pouvons que vous engagez à vous y rendre désormais, et sans trop tarder (cela vous donnera la possibilité d'y retourner) car Il est peu de dire que les pièces présentées sont magnifiques. C'est en vérité une sorte d'apothéose. D'ailleurs, la Quinzaine littéraire en a rendu compte, il y a peu.
Il faut avoir vu ces fascinantes pièces pour rêver plus fort à nos univers enfuis.



Galerie Antonine Catzeflis
23 rue Saint-Roch
75001 Paris
Mardi au samedi, 14h à 19h et sur rdv.
01 42 86 02 58
info@antoninecatzeflis.com

vendredi 9 février 2018

Consolations à Tristan Derême

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Consolations à à Tristan Derême qui n'a pas eu le prix Vie-Heureuse

Derême, en quelle erreur t'induit
le besoin de dorer ta plume,
toi, le seul rimeur d'aujourd'hui
qui sache parler à la lune...
Avec ton œil d'enfant, ton nez
relevé comme une épigramme
% et ton chapeau tout étonné
de recouvrir, là-haut, ton âme ;
Tu vas, Pierrot de la Garonne,
vers quels rêves, quels jeux austères ?
cherchant des rimes ? des couronnes ?
ou le dernier train pour Cythère ?

Mais tu conserves, dans ta malle
poil de chèvre (entre ta pipe,
quatre fleurs, un brin d'idéal)
ô flûteur de fines musiques !
tous tes poèmes, mon Derême.
Et c'est pour eux, va, que l'on t'aime.

Pour vous, chambres d'amour, pour vous
soirs de Toulouse et d'Ariège,
pour vous, tonnelles de rosiers,
pour vous, guinguettes de baisers,
pour vous, seins fous
jaillis du corsage et vous,
lèvres qui parcourez ces corps naïfs
de rêveuses provinciales,
pour toi, Théocrite de Tarbes,
lyrique, érudit et lascif.

Et quand les amants de Paris
voudront chanter et voudront vivre,
ils se liront, tout bas, ton livre
et, tous, le donneront, le prix !

Roger Dévigne



Les Nouvelles littéraires, 16 décembre 1922


jeudi 8 février 2018

Limerick à la main

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Comptine nonsensique en rimes ne crachant pas sur la gaudriole, l'alcoolisme et la vulgarité, le limerick est une trouvaille anglosaxonne qui n'a jamais vraiment passé la Manche.
Plus le limerick est cochon, meilleur il est. Comme le bourgeois. Mais sa petite musique de comptine à provocations fonctionne assez mal en français, même s'il lui reste le charme terrible des produits d'importation aux senteurs fortement exotiques.
Une société des amateurs de limericks avait failli voir le jour au début des années 2000 (2002 peut-être) dans l'entourage de Valérie Rouzeau et de Christian Bachelin qui avait donné lieu à quelques exercices partagés. Le projet avait fait pschitt, malheureusement. On aurait pu lire des vers de Gillies Orlieb et de quelques autres qui ne manquaient pas d'allure. Mais y'a pas, le limerick, c'est exactement comme le rock'n'roll et autres trucs en "ck", ça n'est pas franchement franchouillard. (La preuve avec la grande majorité de nos rockeux françoués). Certains disent que, comme les fraises et en l'absence d'ale, le limerick voyage mal et la tentative de Jacques Barbaut n'en est que plus méritoire.
Dans une tradition qu'illustrèrent Lewis Carroll, Edward Lear et Gerson Legman, il nous propose deux cent trente-huit limericks en version bilingue, suivi de leur recette (à l'instar du volume sur les haïkus de Mille et une nuits : Au fil de l'eau qui fournissait le même service pour le petit poème japonais, ceux deux livres sont donc frères), le tout agrémenté d'une postface et d'un index. Après tout, qui dit gaudrioles variées dit index, c'est parfaitement légitime. Si le haïku a trois vers, le limerick en a cinq et il s'orne de deux rimes. Si le haïku impose la présence d'un mot de saison et l'absence de mot de racine chinoise (easy en français), le limerick nomme un personnage et raconte une absurdité aussi grosse que possible contenant des détails obscènes. Henri Parisot, qui traduisit le Book of nonsense de Lear donna de tout ça une idée particulièrement précise en conférant au petit poème typé l'exact espace situé entre la berceuse et la fatrasie. Quelques vers pour la route ?

Dès que cette serveuse de chez Lipp
Lui ôta incongrûment le slip
Il songea à René Magritte
(Cette oeuvre l'habite)
Sa copie conforme d'une pipe.


Cette lexicographe de chez Larousse
Qui pratique l'acte en douce
T'attire jusque dans les bureaux
Du secteur Mots Nouveaux
Teinte en flamboyante rousse.





Jacques Barbaut Alice à Zanzibar. - Aethalidès, 93 pages, 12 €

mercredi 7 février 2018

Paysage avec pavés

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Avec la petite avance que lui assure le calme requinquant de son île, le Préfet maritime avait signalé en mai 2008 l'importance d'un texte resté coincé dans les replis de la mémoire collective : Plus vivants que jamais, le "journal des barricades" d'un poète Pierre Peuchmaurd disparu un an plus tard.
Le livre reparaît ce mois chez Libertalia pour participer à la commémoration des événements, comme ils disent, durant lesquels certains ont appris à confectionner des cocktails, d'autres à dépaver les rues, les autres enfin à parler.
Depuis, ces derniers parlent toujours, notez bien. Ce sont les seuls à être restés actifs.
Peuchmaurd, lui, était poème dans l'âme. Il a donc fait poète, écrivain et a publié des livres. Il était l'un des tous premiers, si ce n'est le premier, à raconter ce qu'avait été vraiment, pour des gens jeunes, ce mai qui emboucanait aux gaz lacrymo Fernand Combet chez lui non loin de la place St Michel.
Un document historique, doublé de l'un des premiers pas d'un écrivain du tiers du siècle dernier.
A lire.



Pierre Peuchmaurd Plus vivants que jamais. Préface de Joël Gayrault. - Libertalia, 128 pages, 8 €

mardi 6 février 2018

Trois types d'hommes

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Mazzini, Marx et Bakounine représentent, en effet, trois types d'homme, de même qu'ils incarnent trois doctrines. La révolution possède en Mazzini le démocrate, son prêtre ; en Marx le socialiste, son savant ; en Bakounine, l'anarchiste, son soldat. Pour Mazzini la révolution est une religion, pour Marx une science, pour Bakounine une mystique. Selon la philosophie de Mazzini, Dieu et l’État se complètent, puisque Dieu s'identifie avec l'idéal, l'Etat avec la réalité; la révolution est, selon ce concept, le moyen de créer la république démocratique, c'est-à-dire la seule forme de l’État qui correspondant à l'idéal et dans laquelle, par conséquent, Dieu se manifeste. Marx, par contre, considère la révolution comme une nécessité pour libérer les forces économiques que la société capitaliste a déjà développées dans son propre sein. Bakounine, enfin, voit dans la révolution une explosion de forces humaines pour conquérir la liberté.







Hanns-Erich Kaminski Bakounine. La vie d'un révolutionnaire. — Paris, La Table ronde, "la petite vermillon", 406 pages, 8,70 €

lundi 5 février 2018

Louis Postif (1935)

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Louis Postif en 1935 par Bécan, pour l'Intransigeant.
On se souvient que c'est dans un camp de prisonnier en 1915 dans le camp de Gustrow (Mecklembourg) que Louis Positif a découvert un vieil exemplaire de Croc Blanc qui le décida à devenir traducteur. Ancien étudiant du Wilson-College de Londres, il ne résista pas à son enthousiasme et entama une très brillante carrière de traducteur.


samedi 3 février 2018

Les yeux de la tête

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La parution d'un livre de Bérénice Constans conduit à un plaisir rare et subtil.
S'il est équipé d'une préface de Claude Louis-Combet et enrichi de dessins, c'est un moment que l'on déguste dans la plus grande tranquillité et avec mille précautions. Après avoir découronné les pages, on ne néglige pas un bon verre de vin non plus qu'un fauteuil trop confortable. On s'installe. On occupe la latence à se remémorer ce que Bérénice Constans traçait pour les Cahiers du Schibboleth et pour ses éditions Galimart et on s'immerge dans la préface... Elle est intitulée "Bérénice, l'obscur et sa transparence". Claude Louis-Combet s'y lance comme dans une fable...

A l'artiste qui oeuvrait, à la recherche de son âme, à sa figuration inachevée, inachevable, dans une profusion de couleurs célestes et de formes viscérales, il advint que tout se brouilla, que l'acuité de la perception visuelle, dissimulée sous l'évidente passion de douceur et de tendresse, s'émoussa, chancela, se délita. Des éléments obscurs, filaments, vibrions, essaims, surgis de profondeurs sans nom, brouillèrent cette limpidité étale qui avait, jusqu'à présent répondu à la quête, quasi tique, de la lumière et du vide.

A l'instar d'Edward Munch relatant par le dessin ce que sa vision devenait peu à peu, les écrits et dessins de Bérénice Constant racontent une sienne histoire de l'oeil que des macules et des taches noires envahissent. C'est aussi un récit de la création et de la pensée d'icelle.

Elle observait la tache sur le mur, en se mordant nerveusement la lèvre. Plusieurs fois de suite, elle ouvrit et ferma les yeux, en essayant de s'arracher à sa vision, mais il eut en elle comme une cassure. La tache s'accrochait. Une secousse épouvantable l'envahit. Elle n'osait plus disposer de son corps.
L'obscurité allait s'abattre sur elle en une pluie de cendres noires.


On n'hésitera pas à dire ici que Bérénice Constans dévoile beaucoup d'elle dans ce livre composé de fragments et de moments. C'est un retour sur sa création, sur la création en général, et un dévoilement intime plus général encore. Elle signe avec cet Oeil sont oeuvre la plus urgente et celle qu'il convient de voir. Avec tous les yeux de la tête.


Trouve la forme. Saisir la forme.
Arrête le mouvement. Arrêt de bouger.
Tiens ta tête.
Droit,
Le regard droit.

(...)

Ceux que l'oeil sent,
Ne le ferme pas.
Ouvre.

C'est ainsi que tu défends ton secret.



Sans conteste, l'un des plus beaux livres de ces temps.


Bérénice Constans L'Oeil de tous les yeux. - Fata Morgana, 96 pages, Exemplaires de tête : 13 ex. numérotés accompagnés d'un dessin original de Bérénice Constans, 120 €. 787 exemplaires sur vélin du Grand Maurian : 17 €

vendredi 2 février 2018

Eric Vuillard est-il un plagiaire ?

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Après l'Ordre du jour, la Question du jour : Eric Vuillard serait-il un plagiaire ?
On trouvait depuis quelque temps déjà que la littérature d'Eric Vuillard masquait mal un léger côté prof d'histoire-géo un peu pataud. Son récent prix Goncourt nous a poussé à la lecture pour vérifier si, depuis notre île, il y avait lieu de revoir notre position ou non.
Résultat : c'est non. Indéniablement. Toujours aussi pataud et sans style. Eric Vuillard fait de la littérature comme on mâchonne. Et il s'obstine dans sa mauvaise habitude de traîner son sabre de figures en figures de l'Histoire emboutissables en petits bouquins vite écrits.
Mais il y a pire.
En affinant un peu nos lectures, nous pouvons désormais annoncer que le plus récent de ses livres a été beaucoup trop vite écrit.
Forcément.
Et on va voir pourquoi.
(Les passages à la ligne non subventionnés par la publicité sont destinés à faire monter le suspens).
C'est en découvrant le meilleur chapitre de son petit livre, "Les morts", qu'on a été pris d'un (énorme) soupçon.
On sent d'abord une différence toute nette de volubilité. Pour dire les choses comme ça. Eric Vuillard paraît tout à coup plein de savoir et fait preuve d'une pensée qui s'organise comme il ne nous y avait pas habitué. Tout à coup, l'ânonneur s'autorise l'emballée.
Grands dieux !
Aurait-il pris des substances ?
On est perplexe puisqu'on a lu un peu plus tôt des phrases brillantes comme celle qui suit :

"c'est alors qu'un minuscule grain de sable se glissa dans la formidable machine de guerre allemande"

Et, de fait, un gros morceau de granit s'écroula sur la caboche du romancier désinvolte... quand il s'agit de rendre à César ce qui n'appartient pas à Vuillard.

Démonstration : en réalité ce chapitre qui se fait remarquer dans le fil terne de sa prosodie vient tout droit du volume collectif intitulé "L'Anschluss, une affaire européenne" dirigé par Felix Kriessler (Presses universitaires de Rouen, 1991) et en particulier du chapitre d'Eckart Früh, "Terreur et suicide à Vienne après l'annexion de l'Autriche".
La comparaison est proprement sidérante : faits, anecdotes (Benjamin en particulier), raisonnement, et même conclusion, tout est très (très) similaire ou ostensiblement retravaillé pour masquer la source, à un point que l'on se demande si un juge ne revêtirait pas carrément ça du nom de plagiat ou bien de parasitisme ? Nous laissons les héritiers de M. Früh, les presses universitaires de Rouen, leurs avocats et les éditeurs de Vuillard en juger (1).
La question qui nous intéresse est celle-ci : Eric Vuillard rétrocèdera-t-il la quote-part de ces gains pour ce chapitre aux héritiers de l'auteur de l'article ?
Ce serait élégant.

(1) Ajout du 4 février : Une âme dévouée à la juste répartition des éloges nous communique les pièces à conviction :

L'essentiel se trouve pages 92 (quatre suicides) et 93 (vous apprécierez la forme de la conclusion de Vuillard) et dans les notes de bas de page, page 94, la note 25 sur Benjamin.

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jeudi 1 février 2018

L'agenda de Gérard Nerval

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Les éditions du Lérot tournent à plein régime. En attendant de vous parler de leur Méténier tout neuf, voici un Nerval nouveau qui mérite d'entrer dans les bibliothèques d'amateurs : grâce aux travaux des historiens littéraires, voici l'agenda réuni du sieur Nerval, recomposé par Michel Brix.
Jour par jour, heure par heure, lorsque c'était possible, la vie de Gérard de Nerval où sont entrés, à l'occasion des faits d'histoire générale. C'est passionnant comme une biographie et ça a le mérite d'évacuer les analyses personnelles et les interprétations.
Michel Brix rappelle ce qu'écrivait en 1987 Raymond Poggenburg à propos de son agenda Baudelaire : « Chez Baudelaire, pour que l’Albatros plane en haut, il faut bien que le Chiffonnier fouille en bas ».

J’ai retenu l’image qui est plaisante. écrit Michel Brix. Il m’a été agréable, au reste, de remplir cet humble rôle de Chiffonnier, au bénéfice d’un écrivain qui fait maintenant partie de ma vie depuis quarante ans.

Un bel hommage.
Du fait, du vrai, du nervalien.


Michel Brix Chronologie de la vie et des œuvres de Gérard de Nerval. Avec l'index des noms de personnes, des œuvres et projets d’œuvres de Nerval. Tusson, Du Lérot, 480 pages, 50 euros


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