L'Alamblog

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vendredi 29 avril 2016

Sur le métier de biographe

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S'il devait être promulguée (espérons que non) une constitution de la république littéraire, elle devrait faire une obligation aux biographes de faire le portrait seulement d'hommes qui leur sont en partie similaires et congénères : on éviterait ainsi une quantité de livre mous, médiocres et faux."




Roberto Ridolfi Vita di Francesco Guicciardini, Rome, Belardetti, 1960 cité par Gianfranco Sanguinetti Argent, sexe et pouvoir. A propos d'une fausse biographie de Guy Debord. Prague, le 341 décembre 2015, Cahier du Refuge, mars 2016.



jeudi 28 avril 2016

Les couvertures du siècle dernier (LXIII)

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Henri Duvernois Recueil de contes. - Paris, Flammarion, 1964, 299 p.

mercredi 27 avril 2016

Acier contre acier

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Il faut reconnaître que les sabots font un bruit d'enfer. C'est acier contre acier. On n'y peut rien et ce sont des sons si aigus que, les premier jours, beaucoup croient entendre des cris. En réalité, il n'y a pas deux wagons transportant la même charge. Ils n'arrivent dont pas avec la même force dans les sabots. Ca suffit à modifier la tonalité des roues. C'est pour cette raisons que certains riverains ne s'habituent pas : c'est plus fort qu'eux, ils ne peuvent pas s'empêcher de tendre l'oreille.



Marcel Cohen et Jacques Le Scanff Deux textes sans titre et huit photos. — Paris, Le Préau des collines, 40 pages, 8 €


mardi 26 avril 2016

Tirer la feuille

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Et pendant que nous siestons, ici ou au pays du Soleil levant, les pages fusent du Grand Dévidoir, sans fin, alimentant heures creuses et boîtes à fantasmes, incessamment, toujours.


lundi 25 avril 2016

Emile Bergerat, par Maurice Hamel

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Émile Bergerat
Je ne sais comment la postérité jugera le grand ouvrier de lettres lettres qui vient de disparaître, ni quelle place elle consentira à lui accorder parmi les grands morts que l'on vénère ou parmi les immortels que l'oublie. Quoiqu'il advienne de sa renommée et de sa destinée, il faut se hâter de saluer la magnifique aventure de cette vie, toute attristée par l'amertume de n'avoir réussi à retirer, d'un long labeur et d'une lutte incessante, qu'ingratitude. et que défaite finale ! Oui, vraiment, il y eut, beaucoup de bravoure, de talent, de grandeur et de foi dans cette carrière où Bergerat entra avec le sourire et qu'il acheva presque dans le désespoir ; mais il y eut aussi beaucoup de colère, de dépit, d'indignation et de chagrin dans le continuel combat livré à la gloire qui ne lui vint pas, au succès qui, à peine approché de lui, se détourna en ricanant à la fortune qui s'appliqua à le fuit ! Il y eut de tout cela, et c'est ce qui est tout magnifique et triste, cet ensemble complet et douloureux qui fait de lui une des figures les plus respectables et les plus intéressantes de l'histoire de la littérature du XXe siècle... Poète, dramaturge, critique, publiciste, chroniqueur, il aborda tous les genres, non point hélas! avec un égal succès de notoriété, mais, mais avec incontestablement un égal succès de facilité, d'inspiration et de virtuosité. Dramaturge - dramaturge malheureux - il n'en apporta pas moins à la scène des "situations" brillantes et singulières qui auraient pu l'enrichir si elles avaient été servies par une langue plus sobre et inscrites dans une formule plus incisive... Il "délayait" interminablement, sans tenir compte de la mentalité spéciale des foules, et de la nécessité de s'y adapter... Poète, ilé tait mieux à son aise, libre de manier les mots, de jongler avec les vocables, de chevaucher la chimère, de bondir dans les nues, de créer personnages, formes, caractères, épisodes, selon son caprice, selon son inspiration qui était originale et féconde... Il est déjà "lui", dégagé de toute contrainte, libéré de toute servitude... Mais c'est, véritablement, comme chroniqueur qu'il était passé maître... Aux qualités prodigieuses dont la nature l'avait gratifié, aux qualités purement "intellectuelles », au lyrisme, à l'amour des images, au sentiment musical des formes et des rythmes, il joignait quelque chose qui fait l'homme plus fort et rend le talent plus sonore et plus humain. Ce quelque chose c'était la colère, la haine, l'ironie terrible, le sarcasme prompt et vengeur comme un fer de lance... On a pu dire de lui que c'était un des plus cruels chroniqueurs d'il y a vingt-cinq ans, avec Jean Lorrain, Paul Bonnetain, Catulle Mendès, Octave Mirbeau, au temps splendide où Fernand Xau réunissait les plus belles intelligences littéraires, à l'époque à la littérature - et quelle littérature ! - était le seul aliment quotidien du public... C'était aussi celui du grand reportage, du reportage substantiel de Jules Huret et d'Emile Berr.
Bergerat, sans atteindre jamais le diapason du pamphlet, se haussa à celui de la satire la plus ardente et la plus acérée: il y resta d'ailleurs toujours parisien et toujours poète, et c'est en cela que sa personnalité s'affirma d'un éclat si particulier ; il mêla le lyrisme à la gouaille, l'éclat de rire à l'hymne d'amour, les accent de la colère à ceux de la poésie, il confondit douleur, Passion, haine, tendresse, scepticisme et enthousiasme. Puis quand il avait écrit une étincelante chronique, toute saturée d'esprit, toute fleurie des grâces de sa plume, il se tournait vers de plus graves problèmes, et c'est alors qu'il devenait - à sa façon - philosophe et sociologue.
Un des sujets qui le passionnaient le plus et qu'il abordait, avec fréquence, c'était cette éternelle question du public et du théâtre.
On se souvient des luttes homériques qu'il soutint contre les directeurs qui lui refusaient ses pièces ou ne les lui prenaient qu'après de multiples tergiversations, et contre le public qui, lorsqu'enfin elles étaient jouées, se chargeait, de les faire retirer de l'affiche.... Alors, le pauvre Bergerat s'écriait :
« J'avoue cependant, dans ce malentendu entre la critique et le public, c'est le public qui. est le plus coupable ; et les directeurs de bonne volonté qui peut-être ne demanderaient pas mieux que de réagir, se brisent contre l'indifférence découragée de leurs spectateurs. Pourquoi n'impose-t-il pas sa volonté, et ne se révolte-t-il pas contre la fabrication débordante et le sempiternel ressassement ?
Le spectateur qui a préludé aux plaisirs du théâtre par un bon dîner, en proie aux lourdeurs de la digestions, ne reprend pas avant dix heures au moins la possession de ses facultés. Jusque-là, il faut le bercer mollement, avec des bavardages et surtout ne pas l'inquiéter par des propositions hardies. De là, deux actes de balivernes, nugea fugaces, dit Horace. Vers dix heures et demie, comme il est à peu près en état de comprendre l'exposé de la situation, l'auteur la lui expose. Naturellement c'est l'adultère. On ne traite pas d'autre chose depuis trente ans.
Oh ! oui, le public est responsable de cette ruine d'un art sublime, et s'il voulait seulement hausser les épaules, tout changerait en un clin d'œil" (13 février 1883). Voici maintenant ce que disait un critique notoire à l'époque où apparaissait pour la première fois Plus que Reine, à la Porte Saint-Martin : « Avec la représentation de Plus que Reine, à la Porte Saint-Martin, M. Emile Bergerat, auteur dramatique s'est-il désenguignonné. et va-t-il pour enfin, comme tant d'autres qui n'ont pas ses qualités d'esprit, de verve, de fantaisie poétique, se trouver en contact avec le public auquel il peut prétendre donner de l'amusement et l'émotion ?" Les lignes qui suivent sont particulièrement instructives en ce qui concerne la carrière de Bergerat jugée par le même critique. "Jamais écrivain n'accomplit plus pénible labeur, et ne fut poursuivi à ce point par la mauvaise chance. Journaliste brillant, critique d'art et de théâtre renseigné et partant sur les bonnes pistes allié à l'un des grands noms de la littérature de ce temps, il devait, semble-t-il, n'avoir qu'à se présenter pour réussir, là même où se prélassent et règnent tant de médiocrités.
"Tout au contraire, il lui a fallu attendre des années et des années pour voir quelques-unes de ses œuvres dramatiques s'animer de cette vie particulière que les spectateurs communiquent à une pièce par leur foule, leur approbation leurs bravos.
« Le plus grand des chefs-d'œuvre écrits pour la scène n'a pas exprimé tout ce qui était en lui, s'il n'y a pas eu, à son profit, cette connivence, cette collaboration des êtres réunis pour l'entendre."
Emile Bergerat fut-il un mauvais dramaturge ? Il ne m'appartient pas d'émettre, sur ce point, un jugement personnel. Les pièces lyriques furent-elles privées du souffle qui anime celles des grands maîtres, ou furent-elles simplement dépourvues de la construction et du métier théâtral qui imposent des œuvres plus médiocres à l'attention des masses ? Toujours est-il qu'il ne réussit jamais, dans le théâtre, aux joies et à la fortune de quoi il avait aspiré ardemment, patiemment et longuement !
Le public ne lui témoigna toujours qu'une indifférence injurieuse. Et la critique s'appliqua, de toutes ses forces a le décourager. Sarcey demeura son contemporain le plus féroce. Comme on lui faisait un jour remarquer qu'Emile Bergerat écrivait de fort belles préfaces à ses pièces, « l'oncle » répliqua avec un esprit qui ne lui était pas habituel :- Eh bien ! pourquoi ne fait-il pas jouer ses préfaces !

Maurice Hamel


Floréal, 3 novembre 1923.

dimanche 24 avril 2016

Courir tout nu sur la place de l'Opéra

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— Et pourquoi est-il en panne de sujet ?
— Parce qu'à chaque fois qu'il en trouve un, il se rend compte qu'il est éculé.
— Mais l'artiste ajoute toujours une touche personnelle au sujet traité, si bien qu'il en devient nouveau, au moins dans cette mesure.
— Ce n'est plus suffisant à l'ère des révolutions radicales. En effet, la science triomphante a relégué l'artiste dans la marge de la culture. Il aurait bien investi la place forte des grandes vérités, mais il n'en avait pas les moyens. Le coeur meurtri, il s'est lancé dans des mouvements de contestation, a écrit des anti-romans, inventé le théâtre de l'absurde, etc. Et comme les scientifiques avaient accaparé l'intérêt du public avec leurs équations énigmatiques, le artistes, défaits, ont voulu faire sensation en créant des oeuvres atypiques, obscures et étranges. Tu sais, si l'on ne peut pas se faire remarquer par une pensée profonde, on peut toujours essayer d'y arriver en courant tout nu sur la place de l'Opéra !




Naguib Mafhouz Le Mendiant. Traduit de l'arabe par Mohamed Chairet. — Sinbad-Actes Sud, 1997.



samedi 23 avril 2016

Bibliographie lacunaire de la collection Ciment

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Publiée à l'enseigne des Éditions sociales internationales, la collection Ciment était destinée à

Contribuer à la sauvegarde de la Culture et à la construction d'une littérature réaliste et Isco sociale : tels sont les buts de la nouvelle collection ciment publiée sous la direction de Renaud de Jouvenel


Echo du congrès de 1935, la collection ne publia que neuf livres durant deux années seulement. N'empêche, qu'on y lise et l'on verra de quel bois se chauffait le séduisant Renaud de Jouvenel.


Catalogue

Agnès Smedley La Chine Rouge en marche, récits traduits et adaptés de l'anglais par Renaud de Jouvenel. — 1937, 320 p.

CimentGustaveRegler.jpg Gustave Régler La Passion de Joss Fritz, roman traduit de l'allemand par Jeanne Stern. — Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 344 p.

Tristan Rémy La Grande Lutte, roman. — Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 291 p.

cimentOSTROVSKI.jpg Nicolas Ostrovsky Et l'acier fut trempé, roman traduit du russe par V. Feldman. — Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 329 p.

CIMENTACIERANDREPHILIPPE.jpg André Philippe L'Acier, roman — Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 253 p. (Prix Ciment 1937)

John Dos Passos 1919, roman traduit de l'anglais par Maurice Rémon. — Paris, Éditions sociales internationales, 1937, 2 vol. (287 et 293 p.).

CimentVICTORFINK.jpg Victor Fink Légion 14, roman traduit du russe par Charles Steber — Paris, Éditions sociales internationales, 1938; 252 pages,

Marthe Arnaud Manière de blanc. Préface de Marcel Griaule. — Paris, Éditions sociales internationales, 1938, 223 p.

Jorge Coronel Icaza La fosse aux Indiens, roman traduit de l'espagnol et préfacé par Georges Pillement — Paris, Éditions sociales internationales, 1938, 209 p. Le titre annoncé était celui de l'original en espagnol : Huasipungo.



vendredi 22 avril 2016

Un caprice de chérubins

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Un jour, quelques-uns des chérubins entendirent parler des activités éreintantes auxquelles se consacrent les gens sur Terre pour passer le temps. Ils demandèrent humblement au Padre Eterno de leur accorder la permission de faire une petite gita dans le monde et d'avoir un petit diavolo pour s'amuser, la prochaine fois qu'ils ne seraient pas de service. Le Padre Eterno, qui ne vous refuse jamais un caprice quand Il sait que cela vous permettra de recevoir une leçon, fit le signe de la croix et dit : "Je vous accorde cette permission".





Baron Corvo (Frederick Rolfe) L'Hérésie de fran Serafico et autres histoires que toto m'a contées. Traduit par Francis Guévremont. Préface de Julien Delorme. — Paris, L'Oeil d'or, 80 p., 12 €


jeudi 21 avril 2016

Walser et l'humour

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La fille de la maison industrielle me parut aussitôt très jolie, sinon belle. Elle me semblait svelte, mais pas trop. Par ailleurs, je voyais qu'elle était habillée avec élégance, bien que l'auteur ne fît aucune allusion dans ce sens. Pour une raison indéfinissable, elle me paraissait belle. L'humour, d'ailleurs, était introuvable dans ce petit livre. Du moment que je suis peut-être moi-même plein d'humour, le manque de drôlerie de l'oeuvre que je lisais me fut sincèrement agréable. A mon avis, les natures joyeuses lisent de préférence du sérieux, de même que les gens sérieux aiment à se faire sourire par de douces gaudrioles. Suis-je un ami de la réflexion ? Certainement ! Lorsque je suis en situation de pouvoir écrire de façon réfléchie, je me donne à moi-même l'impression d'être heureux, c'est-à-dire d'être éminemment intelligent. Tout en croyant que les humoristes, à force de vouloir faire de l'humour, peuvent de temps à autre devenir mélancoliques, je poursuis le compte rendu de mon histoire, que l'on peut appeler une histoire d'amour, dans laquelle l'amour se présent sous deux formes, l'une habituelle et l'autre, insolite.





Robert Walser, "L'enfant adoptif" in Marion Graf Robert Walser, lecteur de petits romans sentimentaux, suivi de trois texte inédits de Robert Walser. - Lausanne, Zoé, "Mini-Zoé", 48 pages, 4,50 €



mercredi 20 avril 2016

Châteaux royaux de Roumanie (Ilarie Voronca)

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La Roumanie
Châteaux royaux

Chacun des huit châteaux appartenant à la famille royale de Roumanie a un charme et une beauté qui lui sont propres. Qu'il s'agisse des deux palais royaux de Bucuresti (celui situé sur la Calea Victoriei et celui de Cotroceni), qu'il s'agisse fies châteaux de Bran, de Balcic, de la Maison de Copäceni où surtout des châteaux de Peles, de Pelisor et de Foisor à Sinaia, on retrouve non seulement le goût le plus raffiné, allié aux lignes les plus artistiques et sobres, mais aussi de vraies richesses d'art ancien, moderne ou national.
L'aile gauche du Palais Royal situé dans la Calea Victoriei à Bucuresti, résidence permanente de S. M. le Roi, est une vieille demeure datant de la première moitié du XIXe siècle et ayant appartenu jusqu'en 1851 à la famille de boyards des Golesco. Dès la première année de son règne (1866), le roi Charles Ier a transformé l'ancien palais en une vraie résidence royale. Une partie du palais ayant subi un incendie en 1926, c'est le 1er janvier 1935 qu'a eu lieu l'inauguration des nouvelles grandes salles, refaites sous l’œil attentif et si profondément connaisseur de S. M. le roi Carol II.
Les meilleurs architectes et artistes du pays ont été appelés par S. M. le roi Carol II pour réaliser une œuvre durable et authentique. La grande salle du trône est construite dans le style Adams et décorée avec des peintures et sculptures dues aux meilleurs artistes roumains vivants. Les salles du palais ont des intérieurs vraiment royaux. Elles renferment une très riche collection de tableaux de la Renaissance italienne, des écoles flamande et espagnole, ainsi que des tissus et des objets d'une valeur artistique inestimable.
Le Palais de Cotroceni (banlieue de Bucarest) est un vieux monastère datant du XVIIe siècle, transformé, en 1866, en résidence royale d'été.
A Bran, dans le cœur sauvage des Carpathes, la reine Marie et le roi Ferdinand Ier ont transformé en féerique résidence royale d'été un vieux château médiéval datant du XIIIe siècle. Ce château, tant par sa position que par la beauté de ses intérieurs roumains, est une vraie merveille.
La reine mère Marie a apporté le même enthousiasme et la même science dans l'édification et l'arrangement du château de Balcic, sur la côte de la Mer Noire. Ce château, en style oriental, est un attrait de plus pour les visiteurs de l'admirable station maritime de Balcic. C'est toujours la reine mère Marie qui arrangea les maisons royales de Copäconi et de Scrovistea.
Mais ce sont les châteaux de Peles, de Pelisor et de Foisor, à Sinaia, qui jouissent de la réputation la plus unanime tant par les traditions qui se rattachent à eux (le château de Peles a eu son cinquantenaire en 1933) que par la beauté sans égale des sites au milieu desquels ils s'élèvent et des grandes richesses artistiques qu'ils renferment.
Sinaia est une localité alpine qui n'a rien à envier du point de vue beautés naturelles aux stations similaires suisses. Endroit rêvé pour les vacances d'été, on y trouve aussi toutes les conditions nécessaires aux sports d'hiver (Sinaia possède une des meilleures pistes de bob de l'Europe).
Le château de Peles, commencé en 1873, a été inauguré le 7 octobre 1883. Le roi Charles Ier a entendu y créer non seulement une résidence d'été, mais aussi une œuvre parfaite que l'on pût léguer aux générations futures. Construit dans le style de la Renaissance allemande, le château de Pelés se compose d'un édifice central avec une ancienne cour intérieure couverte d'un vaste plafond mobile; à droite se trouve une méniane à double étage, et à gauche une aile attachée au corps principal par deux galeries qui entourent une deuxième cour, dite cour d'honneur. Ce château est un vrai musée qui fait honneur au pays tout entier. La collection de tableaux est distribuée dans toutes les chambres, en décorant somptueusement les murs et s'adaptant au mobilier précieux et rare. On peut ainsi admirer de salle en salle des tableaux d'une valeur inestimable, tels des Gréco, Rubens, Titien, Van Dyck, Rembrandt, Velasquez, Murillo, Breughel, etc.
La position du château est féerique. A ses pieds coule l'eau du Pelec. A proximité se trouve le château du Pelisor, sous lequel coule en susurrant le petit ruisseau du Pelisor.
Le château « Pelisor » a été élevé par le roi Charles Ier pour le fils héritier de Ferdinand Ier aujourd'hui Carol II, roi de Roumanie. A proximité se trouve également le beau château du Foisor, où est né le roi Carol II et où Sa Majesté aime habiter aussi actuellement.
Ces châteaux sont tous une preuve vivante du goût et du sens artistique de la famille royale de Roumanie.

Ilarie Voronca
.

L'Européen, hebdomadaire économique, artistique et littéraire, vendredi 20 Septembre 1935.

mardi 19 avril 2016

Babel, par Émile Malespine

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Babel


Indee. Buesno-Aires à 9 milles milles ?
C'est tout près : 2 secondes par la T.S.F.
Creuset de Babel chez Berlitz.
Four électrique des langues chauffé par les Transats et les railways.
... You say ?
Je ne comprend (1) pas. Air connu.
On ne sait plus parler français.
I d'ont speak english y no sé hablr espanol
weder Deutsch noch Italienisch sprechen
con una grande facilità.
Le pickpocket se sert chez le voisin pour éclairer sa chandelle. Il y a trouve de quoi nourrir la langue caméléon.
Alas poor Footit !
Ils l'ont cristallisée dans le dictionnaire et desséchée
dans les herbiers des grammaires.
Ca sent le moisi !
Point critique. La langue s'évade et passe à l'état liquide.
Elle coule, incodifiable, à travers mille bouches.
Les mots vivent dès qu'il (1) sont prononcés.
Monsieur Larousse et les académies n'enregistrent que les naissances légitimes.
Et les autres ?
Une pose..... Dédain...... Indifférence.....
On cause.
Arrivent la reconnaissance et la naturalisation.
Ils sont bientôt de la famille.
Les philologues y perdent leur latin pour les inscrire.
sur (1) les registres de l'état civil.
Le dictionnaire se forme au wagon restaurant.
On y met, avec la carte du lunch, quelques mots dans sa poche.
On les ressort. Ils passent dans les fonographes des journalistes, qui les distribuent comme des prospectus.
La réclame porte. Les hommes — comme les femmes — aiment les magasins de Beautés. C'est bon marché
et ça fait chic. Bueno Bonito y Barasto.
A bon compte on approvisionne son vocabulaire de mots savants. Les perruches répètent toujours la leçon.
Les ventres digèrent. Ils apprennent les langues et s'en Nourrissent. SALADE RUSSE formée surtout d'ANGLAIS
Ils sont partout ! Les anglais speak english.
Les américains speak english.
Les japonais speak english.
Les chinois speak english.
Les australiens speeak english.
Les canadiens speak english.
And we
WE WILL SPEAK ENGLISH ALSO
Pas tout à fait.
Numérotez 1. Centre de gravité : Pacifique.
Mais le singe copie l'enfant ; l'enfant singe l'homme.
L'américain est un enfant organisé.
On troque.
Nous standardisons, taylorisons.
Quelle belle esthétique faite avec rien.
Rien L'ESSENTIEL.
Les sauvages se tatouent. Ornement. Tatouage.
Eux. Ils viennent chercher chez nous nos vieilles lunes.
romantiques ou gréco-latines. Ils déménagent les antiquités.
poussiéreuses et les toiles barbouilles qui ensbombre l'ossuaire de nos musées.
Avec cela, ils tatouent leurs buildings.
Chez nous : Mobilier standard (1) par pure esthétique.
Donc l'enfant singe l'homme et copie jusqu'au son de sa voix.
C'est pourquoi il y a aura du français dan la macédoine américaine.
No tenga usted cuidado !
Il y aura aussi de l'espagnol.
J'arrive à Buenos-Aires. America del Sur !
TOdas la lengas se encuentran en una misma.
Ils travaillent ferme à l'Espéranto futur.
L'autre. El actuel.
Une invention de grammairien.
Langue immuable ? Misère !
Rien ne l'est.
Tout se transforme.
Struggle for life où les mots les plus fort vivront.
Les chemins de fer, les avions et les transats sont les grammairien de la langue internationale.


Émile Malespine

Lumière, 15 janvier 1922.

(1) Sic (NdE).

Émile Malespine

Ilustration du billet © Draco Semlich 2015.

lundi 18 avril 2016

La littérature à trou

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Le 30 novembre 1829, Charles Dovalle est mort, tué lors d'un duel absurde comme il s'en déroulait de temps en temps parce qu'un article n'avait pas eu l'heur de plaire. Dans le cas présent, c'est Mira-Brunet, le directeur du Théâtre des Variétés qui tua le jeune homme de lettres par balle en 1829 à Paris pour un mauvais calembour et dans des circonstances un peu scabreuses.
Mal reçu par Mira en son théâtre, Dovalle s'était autorisé une pique en écrivant que le directeur des Variétés ne serait jamais un "Mira beau". L'autre, qui était laid, le prit fort mal et bien qu'il eut été blessé le premier à l'épaule par l'épée de Dovalle (qui n'avait pourtant jamais tiré), imposa la poursuite du duel, mais au pistolet cette fois. Dovalle y laissa la vie.
Là où l'anecdote prend un accent terrible, c'est lorsque les amis du défunt trouvèrent dans son portefeuille traversé par le projectile un papier plié où figurait le brouillon de son poème en cours, le dernier. Naturellement, ils publièrent un recueil posthume de ses écrits poétiques, auxquels Victor Hugo donna une préface avec Charles Louvet. Puis, un peu plus tard, Edouard Fournier repris le poème dans ses mémoires au moment de donner de Dovalle un souvenir.
Ne lésinons pas sur l'importance de ce livre, Le Sylphe puisque c'est là que Victor Hugo donna sa définition du romantisme. Né en 1807 à Montreuil-Bellay (49), Dovalle aura eu un vie fort courte. Dans ses écrits pour le Trilby ou le Journal Rose, il avait parfois pris le pseudonyme de Mlle Pauline A.



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Charles Dovalle Le Sylphe, poésies de feu Ch. Dovalle, précédées d'une notice par M. Louvet, et d'une préface par Victor Hugo. - (Paris), Ladvocat, Palais-Royal, 1830, XXIV-224 p.



dimanche 17 avril 2016

Bibliographie lacunaire de la revue Au Balcon

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Au Balcon, Revue mensuelle de littérature, d’art & d’expressions diverses. 1871-1914.
Paris, 1995 (Éditions du Fourneau), in-12, nombreuses illustrations, environ 224 pages en tout.
Du n°1 au n°7 (janvier juillet 1995), 32 p. par fascicule. Chaque livraison de 32 pages comportait un Lexique Rimbaud et un Dictionnaire des noms propres imprimés sur papier rouge et des textes critiques ou des présentations de Cathé, Chaléat, Coquio, Dommartin, Giocanti, M. & S. Laurent, Le Couëdic, Lefrère, Philippe Oriol et Christian Soulignac.
Ce dernier a doté d'une mise en pages singulière les sept brochures agrafées sous couverture crème imprimée et illustrée en noir, in-8, 21x14,5 cm, double feuillet central imprimé sur papier rouge.
Les numéros 4 et 5 d'avril et mai 1995 sont sortis fin octobre 1995, et le dernier numéro de Juillet 1995 est sorti fin février 1996.

Autour du directeur de la rédaction Stéphane Le Couëdic s’étaient regroupés des collaborateurs d’horizons très divers, tant politique que culturels mais dont le but commun était l’étude de cette période charnière entre le XIXe et le XXe siècle, 1871-1914.
La revue, initialement, ne devait pas s’intituler ainsi mais Au Balcon de l’Avant-Siècle, titre beaucoup plus explicite. La maquette du numéro 1 fut entièrement réalisée avec ce titre et quelques exemplaires spécimen imprimés pour faire connaître la revue.
Mais un éditeur parisien ayant transformé l’expression Avant-Siècle en marque commerciale, décision fut prise de faire tomber cette dernière du titre (afin d’éviter toute assignation) et il ne resta plus aux collaborateurs que le balcon pour s’accouder et regarder passer les gens.
L’organisation du contenu de chaque revue fut immuable pour tous les numéros : une première partie publiant des textes ou des documents d’époque et une seconde partie consacrée aux études. Au centre, pour les séparer, les pages rouges contenant le lexique Rimbaud et le dictionnaire des noms propres. La mise en page, furieusement « fin-de-siècle », offrait un contrepoint voulu au contenu. (C.L.S.).


n° 1, janvier 1995
Éditorial, Stéphane Le Couëdic.
Quatre lettre de P. Verlaine à M. Barrès, Christian Soulignac et Stéphane Le Couëdic.
Le quartier Latin, Maurice Barrès.
Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Dictionnaire : G. Samazeuilh, Stéphane Giocanti.
Lettre de P. Gauguin à H. Nocq, Stéphane Laurent.
Villiers de l’Isle-Adam musicien, Stéphane Le Couëdic.
L’Avenir littéraire : les Hommes d’aujourd’hui - Léon Vanier, Georges Brandimbourg, note de Philippe Oriol.
Bibliographie des revues : Les Taches d’encre, Christian Soulignac.
Vie associative, Stéphane Giocanti, Stéphane Le Couëdic.
Actualités, Stéphane Giocanti, Stéphane Le Couëdic.

n° 2, février 1995
Éditorial, la Rédaction.
Lettre de Mécislas Golberg à Karl Boès, Catherine Coquio.
Feuilles volantes sur le symbolisme, M. Golberg, Catherine Coquio.
Le fantôme de l’Art nouveau, Stéphane Laurent.
Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Dictionnaire : M. Golberg, Catherine Coquio.
Villiers de l’Isle-Adam musicien II, Stéphane Le Couëdic.
Pensées sur l’art, M. N. Whistler, traduction de S. Mallarmé, note de Stéphane Le Couëdic.
Bibliographie des revues : Cahiers Mécislas Golberg, Catherine Coquio.
Vie associative, Stéphane Laurent.
Actualités, Christophe Chaléat.

n° 3, mars 1995
Éditorial, la Rédaction.
Villiers de l’Isle-Adam musicien III - partitions, Stéphane Le Couëdic.
Je m’accuse par Jean Charles-Brun, Maurice Laurent, note de Stéphane Giocanti.
Lettre de Léon Bloy à Jean Charles-Brun, Stéphane Giocanti.
Variétés (divertissement), note de Christian Soulignac
. Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Dictionnaire : Christian Beck, Berthe de Courrière, Christian Soulignac.
Léon Bloy et Alfred Jarry devant les cochons, Christophe Chaléat.
Enterrements, Jehan Rictus, note de Philippe Oriol.
Bibliographie des revues : Perhindérion, Christian Soulignac.
Vie associative, Stéphane Laurent, Stéphane Giocanti, Stéphane Le Couëdic.
Actualités, Christophe Chaléat, Stéphane Le Couëdic.

n° 4, avril 1995
Éditorial, la Rédaction.
Correspondance Bernard Lazare - Francis Vielé-Griffin, Philippe Oriol.
La création de l’école Romane, Jean Moréas, note de Stéphane Giocanti.
Barbares et Romans, Charles Maurras, note de Stéphane Giocanti.
La renaissance Romane, Pierre Quillard, note de Christophe Chaléat.
Dictionnaire : Marius André, Catherine Coquio ; Minerve casquée, Stéphane Le Couëdic.
Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Autour de l’école Romane, Stéphane Giocanti.
L’Avenir littéraire : Entretiens politiques et littéraires - Bernard Lazare, Georges Brandimbourg, texte établi par Philippe Oriol.
Bibliographie des revues : Minerva, Stéphane Le Couëdic.
Vie associative, Stéphane Laurent.
Actualités, Stéphane Le Couëdic.

n° 5, mai 1995
Éditorial, la Rédaction.
L’enfant qui revient, nouvelle, Élémir Bourges, texte établi et présenté par Stéphane Le Couëdic.
Deux lettres d’Élémir Bourges à Émile Bernard, notes de Stéphane Le Couëdic.
Iconographie bourgienne, Stéphane Le Couëdic.
Printemps, poème, Élémir Bourges, texte établi par Stéphane Le Couëdic.
Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Dictionnaire : Élémir Bourges, Stéphane Le Couëdic.
André Suarès critique, Henry Dommartin.
A propos de Pelléas et Mélisande, Vincent d’Indy, notes de Stéphane Giocanti.
Le centenaire oublié : Berthe Morizot, Stéphane Le Couëdic.
Bibliographie des revues : Le Symboliste, Christian Soulignac.
Vie associative, Stéphane Laurent.
Actualités, Stéphane Le Couëdic.

n° 6, juin 1995
Éditorial, Philippe Oriol et Christian Soulignac.
Couverture du n° 1 du Mercure de France, note de Philippe Oriol et Christian Soulignac.
L’Avenir littéraire : Les Hommes d’aujourd’hui - Alfred Vallette, Georges Brandimbourg, texte établi par Philippe Oriol.
Le Symbolisme, Remy de Gourmont, note de Christian Soulignac.
Lettre de Rachilde à Pierre Quillard et A.-F. Herold, notes de Christian Soulignac.
Carte de visites d’Ephraïm Mikhaël à Alfred Vallette, note de Philippe Oriol.
Quasi, Remy de Gourmont, notes de Philippe Oriol et Christian Soulignac.
Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Dictionnaire : Louis-Pilate de Brinn’gaubast, Philippe Oriol ; Rodolphe Darzens, Jean-Jacques Lefrère.
Claude Terrasse et le Mercure de France, Philippe Cathé.
La fondation du Mercure de France, Philippe Oriol.
Bibliographie des revues : La Pléiade, Christophe Chaléat.
Vie associative, Stéphane Laurent.
Actualités, Christian Soulignac.

n° 7, juillet 1995
Éditorial, Stéphane Laurent.
Hugues Rebell et son maître Stéphane Mallarmé, documents sur leurs relations littéraires (1886-1892), Stéphane Le Couëdic.
Lexique Rimbaud, Stéphane Le Couëdic.
Dictionnaire : Hugues Rebell, Stéphane Le Couëdic.
Le corps de la peinture, Françoise Lucbert.
Le Grenier des Goncourt, Stéphane Laurent.
Bibliographie des revues : La Décadence, Christian Soulignac.
Pierre Saunier, marsien de l’Avant-siècle, Christian Soulignac.
Vie associative, Françoise Lucbert.
Actualités, Stéphane Laurent.

samedi 16 avril 2016

Le Préfet change d'île

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Le Préfet change d'île.
Un indice.


Illustration : détail d'une nature morte d'Emmanuel Sougez (1889-1972) de 1926-1928.

vendredi 15 avril 2016

Le motif de la curiosité

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Ce jour, le motif de la curiosité du Préfet maritime, c'est un petit volume des éditions des Presses de l'université de Québec, Je ferme les yeux pour couvrir l'obscurité de Kelly Berthelsen, Groenlandais né en 1967. Il vit à Gaqortoq, à quelques kilomètres du village inuit où il est né, Ammasivik. Son livre paru en janvier dernier en France surprend nos habitudes de lecteurs qui attendent des panoramas grandioses parcourus d'aiguillons de froid, d'éclats d'eau chaude et de nuages volcaniques. Et c'est une visite à un monde terrible que nous convie ce recueil, un monde où les êtres sont "rongés de pensées noires, de haine, de révolte et d’un profond désarroi moral et social". Faut-il ajouter qu'il y a quelque chose chez Berthelsen qui nous évoque Patricia Grace la Néo-Zélandaise ?


Je demande à mon ami préféré dans le monde de l'électricité s'il a vu l'obscurité qui se déverse des yeux des hommes. Non, il n' pas vu. C'est bizarre, car je vois l'obscurité tous les jours et je vois aussi tous les jours l'obscurité se déverses des hauts-parleurs de la radio. Et chaque fois que j'allume la télévision, je suis obligé de l'éteindre de nouveau, avant que la pièce ne devienne toute sombre. Peut-être a-t-il été endommagé par le monde de l'électricité et ne voit-il pas l'obscurité. Peut-être son âme s'est-elle brisée. Ou peut-être est-il sen train de perdre la vue. Pauvre homme, il risque d'être avalé par l'obscurité puisqu'il ne la voit pas.
J'éteins l'électricité et je me dépêche de m'habiller dans le noir. Parce que maintenant je m'apprête à avaler la seule lumière de ma vie. Je sors le paquet de lumière de ma poche et mes mains tremblent, j'ai la gorge nouée tant la lumière me manque. J'en avale, un et demi, parce que neveux être là où le soleil brille. Je les mastique d'abord dans la bouche, parce que comme ça le monde s'éclaircit plus vite.




Kelly Berthelsen Je ferme les yeux pour couvrir l'obscurité. Traduction du danois par Inès Jorgensen. Commentaire de Daniel Chartier. - Presses universitaires de Québec, 2015, coll. "Jardin de givre", 188 pages, 16 €

jeudi 14 avril 2016

Du prix selon Bernard

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Il est une lutte que tout notre immeuble suit avec une attention passionnée : celle contre les prix. Certes, on ne les ménage pas, il suffit pour s'en assurer de se promener dans Paris, de lire les communiqués de victoire que l'on publie dans la plupart des boutiques. On les "pulvérise", on les "sacrifie", on les é"crase" ; à notre étonnement, les prix paraissent ne pas se porter plus mal. Malgré l'immense déploiement de forces qui les cerne, non seulement ils maintiennent intactes presque toutes leurs positions, mais s'il leur arrive de céder un peu de terrain ici, c'est pour en regagner là ; un recul de quelques centimètres est compensé par une avance de plusieurs mètres. Pareils au roseau de la fable, ils plient mais ne rompent pas ; ils se redressent au contraire, avec une vigueur accrue, ayant encore gagné en hauteur. C'est à peine si on peut suivre leur croissance du regard. Ils font irrésistiblement songer à la pousse des bambous.



Marc Bernard Vacances surprises. — Finitude, 160 pages, 15,50 € NB Plusieurs ouvrages paraissent, en particulier une biographie de Marc Bernard par Stéphane Bonnefoi aux éditions du Murmure. Nous y reviendrons.

mardi 12 avril 2016

Titaÿana grande reporter

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Tradition bien établie dans le monde anglo-saxon (Nellie Bly par exemple), la grande reportère française n'est pas engeance courante lorsque Titaÿna, née en 1897, entreprend de parcourir le monde pour en faire le tableau. Le XIXe siècle a vu émerger la figure de la femme journaliste (Séverine, etc.), mais elle a rarement muté en journaliste grand reporter. Parfois en aventurière, ce qui est tout autre chose. (On en connaît ici et là un cas, en particulier dans la presse "mag" qui commence à voir le jour mais nous y reviendrons ici même un peu plus tard). Pour l'heure, parlons de Titaÿana.
Sœur d'Alfred Sauvy, Élisabeth Sauvy (1897-1966) est reporter à Paris-Soir dans les années 1925-1939. Elle fonde aussi le magazine Jazz, collabore à Vu, bref, c'est l'Andrée Viollis du mouvement ! En tout cas, son existence est exubérante et elle finit par tomber dans l'excès, au mauvais moment, et au mauvais endroit. Elle signe des articles collaborations et doit se retirer aux États-Unis, où elle se fait silencieuse.
Cette première réédition, qui paraît quelques années fait suite à la biographie de Benoît Heimermann (Titaÿna, l'aventurière des années folles, Flammarion, 2011) et à une première réédition de 1985 par Francis Lacassin. Cette fois, cette Une femme chez les chasseurs de têtes (Nouvelle revue critique, 1934) enrichie de "La Caravane des morts" (version presse) et d'un troisième reportage aérien en terre américaine ("10 000 km à bord des avions ivres"). Style incisif et imagé, parfaite "scénographie" de ses papiers, Titaÿana préfigure le journalisme de l'image animée et doit à sa personnalité assez remarquable un retour chez les lecteurs amateurs d'allant et d'exotisme.

« Le village approche. Encore quelques mètres et nous l’atteindrons. Je passe ma main sur mon front pour chasser un malaise : une odeur fade se dégage des pierres, l’air semble lourd de miasmes. C’est la chaleur sans doute ; de larges gouttes de pluie tombaient tout à l’heure. Pourquoi ai-je un désir d’air pur dans cette montagne ? Le Malais vers lequel je me retourne tient sa main sur sa bouche. Éprouverait-il la même oppression ? Son regard fuit le mien, il paraît vouloir éviter toute conversation. Le soleil est presque tombé, dans quelques minutes il fera nuit. Brusquement, à la suite de mon guide, je me trouve au milieu du village toradja. L’étonnement coupe ma fatigue et mes pensées. Saisie, je regarde les demeures inattendues. Sont-elles maisons, autels, tombeaux ? Je ne sais pas encore. En deux rangées parallèles elles bordent une place centrale. Des crânes humains suspendus à leur sommet attestent la vaillance des habitants. Chaque case est une sorte de caisson surélevé à deux mètres du sol par des piliers de bois lisse. La disproportion entre la puissance de ces fondements et la légèreté de ce qu’ils supportent évoque ces dragons massifs chevauchés d’une princesse rayon de lune. »


Titaÿana, Une femme chez les chasseurs de têtes (et autres textes) — Marchaily, 272 pages, 18 €

lundi 11 avril 2016

Des fous au Scalaire (part III)

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La librairie du Scalaire de Marc Malfant procède à la diffusion de son troisième catalogue consacré aux fous littéraires, hétéroclites et autres bizarroïdes.
Un sujet qu'il est bon de réviser de temps à autres pour éviter de prendre le potiron.
Mais oui, vous aussi.
Dans ce frais et réjouissant opus, on trouve sous 66 notices savantes quelques noms connus, comme ce poète de Tollemache-Sinclair, ce toqué de Berbiguier, ou l'utopiste Victor Coissac, et puis des gaillards fameux dont le nom n'était pas si notoire. Mais on ne va pas tout déballer ici !
Sachez qu'il est question d'Atlantide, de langues, de processus, d'écroulements et de Napoléons, et puis aussi de genèses universelles, d'organisation sociale (lyonnaise ou non) et de règne de la félicité.
C'est d'un grisant total.
Une prime à L'Évolution régressive de Georges Salet et Louis Lafont dont le titre nous enchante. On croirait réunis les patrons d'Ikea, de la Fnac et de Darty pour nous parler de la "société de services" et du capitalisme contemporain.
Rien sur le Panama en revanche. Si j'ai bien lu.


Librairie du Scalaire
10, rue des Farges
69005 Lyon
librairieduscalaire@orange.fr


dimanche 10 avril 2016

La Voix de Dieu et le roman français des années 1960

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Le soir, je lisais des romans existentialistes français des années 1960 — j'en avais hérité une bibliothèque entière d'un capitaine de brise-glace nucléaire, qui avait coulé dans ma piaule à l'époque de la privatisation. Cette lecture donnait à ma dépression une noble coloration européenne, mais cela ne durait jamais : il suffisait d'un trajet dans un tram bondé pour que le roseau pensant se transforme de nouveau en un looser juif et chauve.




Viktor Pelevine Dieux et mécanismes, traduit par Galia Ackerman et Pierre Lorrain. — Paris, Alma éditeur, 326 pages, 19 €


samedi 9 avril 2016

Wagons à bestiaux

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Une équipe de quatre jeunes et joyeux éditeurs a lancé une maison au nom révolutionnairement primesautier, Prairial, il y a peu (1). Contre toute raison économique, elle s'attache à déployer depuis sa base posée en pleins vents tourbillonnants de l'actualité éditoriale un éventail d'ouvrages de bon aloi, et leur qualité se remarque. On ne va donc pas les laisser attendre la pratique comme l'officier Drogo attendait le barbare, n'est-ce pas ?
Dans leur catalogue prêt à l'emploi des lecteurs les moins empotés, on trouve du roman par l'image (Ronge-Maille vainqueur des Luciens Descaves et Lafargue, par exemple), bien retroussé et grave comme il faut, du Crevel, du Gilbert-Lecomte, du Darien et même, tout récemment, Les Couilles engagés de Benjamin Péret qui trouve enfin son titre. Là encore du livre vif, avec tendance à taper sur l'air du temps et le bourgeois assoupi. En somme, une maison comme ça, c'est exactement ce qu'il nous faut. Chaque jour. Pour nous éveiller l'esprit.
Jamais à l'air d'une audace que les financiers qualifieraient de suicidaire, l'équipe de Prairial publie un classique de la Grande Guerre oublié, signé Jean Lépine, Hommes 40 Chevaux (en long) 8. Publié en feuilleton en 1931, il parut en volume en 1933, mais il est très vite éclipsé par certain roman à succès sur le même sujet, ou presque, d'un certain Céline qui a opté, lui, pour un titre plus cinglant.
Pour autant, il ne sera pas nécessaire d'en faire des tonnes après vous avoir donné à lire le fragment suivant. Vous serez convaincus de l'intérêt de la vision de Jean Lépine, engagé volontaire en 1915, observateur très fin, peintre de scènes plus fin encore :

Des formes d'hommes, invraisemblables sous leur équipement hétéroclite, toutes pareilles et toutes différentes, des jeunes et des vieux, des grands et des petits, des maigres et des gras, tous les échantillons d'une humanité pitoyable sont rassemblés là. Un régiment décimé puis reformé s'embarque pour le front. Cela s'appelle des troupes fraîches.



Jean Lépine Hommes 40 Chevaux (en long) 8. — Paris, Prairial, 232 pages, 13 €


(1) Et comme le disait l'Almanach du Père Peinard en 1894, “Prairial foutra à tous des fourmis dans les pattes." Et, plus loin : "Dans le siphon des plus bouchés, il collera une idée de révolte”.
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