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mercredi 17 septembre 2014

Suite du journal de Roger Rudigoz (les bonnes nouvelles de l'automne)

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Tandis que les plus joyeux ont attaqué la lecture du nouveau roman d'Antoine Volodine (bolchomoï !), Finitude annonce avec fierté la parution du deuxième volume du diaire de Roger Rudigoz, le fameux auteur du fameux Fauteuil vert (Le Tout sur le tout, 1986). Le premier avait vu le jour à la (bonne) surprise générale il y a deux ans.
On risque bien de retrouver dans ce nouveau volume ce french spirit virevoltant entre l'ironique acide et l'amer (1) qui fait la marque de nos diaristes les plus goûteux.

Je me sens heureux. Cela m'arrive de plus en plus souvent. Je devrais me méfier.




Roger Rudigoz A tout prix (journal II). — Finitude, 208 pages, 19,50 €. Sortie le 6 novembre 2014



(1) Naturellement, puisque Homme libre toujours, etc.

mardi 16 septembre 2014

Faire de l'histoire aux temps romantiques

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Une fois n'est pas coutume. Signalons ici une soutenance de thèse qui promet d'être roborative.
David Gaussen racontera devant le jury composé de Claude Millet, Yann Potin et Sylvain Venayre comment on faisait "de l'histoire à l'époque romantique. Histoire nationale, nouvelle histoire (1789-1848)", une thèse dirigée par François Hartog.

Avant d'être nationaliste, l'histoire de France a été nationale. En opposition à l'histoire monarchique, des savants cherchent, au début du XIXe siècle, à faire l'histoire de toutes les composantes de la société. C'est cette révolution épistémologique que j'essaie d'explorer dans cette thèse, dans laquelle je mets en avant plusieurs personnages peu connus (Amans-Alexis Monteil, Félix Bourquelot, Eugène Garay de Monglave, etc.) mais qui ont joué chacun un rôle important dans ce processus.



Jeudi 25 septembre à 14h00 à l'École des Hautes études en sciences sociales (105, boulevard Raspail, 75006 Paris, salle 1)
Entrée libre. Un verre sera offert à l'issue



Photo : © Draco Semlich 2014.

dimanche 14 septembre 2014

Les couvertures d'un siècle ancien (XLVII)

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Une parfaite incitation à aller voir l'exposition Suzuki Harunobu (musée Guimet) où se voient des gravures du XVIIIe siècle particulièrement étonnantes (couleurs, gaufrages, moirages...).



Georges Courteline Les Femmes d'amis. Dessins de Steinlen. — Paris, Marpon et Flammarion, 313 pages.


samedi 13 septembre 2014

Un peu d'audace dans un monde plein d'amour

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En reprenant le titre de son édition italienne, les éditions La Contre-Allée ne se sont pas facilité la vie : la lettre amoureuse de la Tchèque Jana Černá s'intitule Pas dans le cul aujourd'hui. Si la proposition n'a rien que de très légitime, son positionnement en couverture d'un charmant petit livre orange bouleverse une partie de l'interprofession de la librairie française qui prend tout à coup des pudeurs de rosière pour faire son métier, vendre des livres.
On a connu cette frange de nos ami(e)s de la librairie moins regardants lorsqu'il s'agissait de vendre certaines saloperies papetières ces dernières années. Sans parler des choses fort réactionnaires ou bien dangereusement connes qu'ils empilent avec l'agilité de bipèdes entraînés à la manipulation de parallélépipèdes.
Mais là, hein, le trou du cul, ça dépasse les bornes, nous disent ceux-là (qui ne sont pas représentatifs de la totalité de leur profession, les dieux en soient remerciés).
Oui, braves libraires refuznik, vous aurez toujours raison de vous draper, l'automne arrive et il va faire froid.
Au-delà du fait qu'on appelle cela, très exactement, de la censure — (pratiquée par ceux-là même qui s'enthousiasmaient pour un vieux qui criait "Râlez un bon coup !" comme s'il avait poussé aux vents, ça ne manque pas de sel) — il est remarquable que, en l'occurrence, la librairie qui refuse de mettre à disposition de ses clients ce petit livre les prive d'une chose très belle. Et comment appelle-t-on un libraire qui prive ses clients de belles choses ?
Je vous laisse imaginer la formule qui vous conviendra. Nous avons ici sur notre île la nôtre, et nous songeons que c'est, au fond, comme un boucher qui priverait ses pratiques d'une belle côte de bœuf.
Il n'y a pas si longtemps, la même mésaventure arrivait à Bienvenu Merino qui de son Diarrhée au Mexique avait abandonné, las, l'idée de faire la promotion chez les libraires — ou dans la presse ! Le bouche à oreille fonctionnant cependant très bien chez nous — les lecteurs savent quels verrous condamnent un livre et ont pris l'habitude de contourner les points commerciaux de blocage —, le livre fut vite réimprimé. La leçon de tout cela est peut-être que la pudibonderie ne ridiculise que celui qui s'en sert et qu'à refuser d'affronter le monde ou les mots du monde, on se prépare des constipations carabinées.
Dans le fond, si l'on ose dire, que nous raconte ce livre ?
Rien de plus simple : c'est une longue lettre d'amour et une leçon de liberté de l'étonnante Jana Krejcarova — fille de Milena Jesenská, la célèbre Milena de Kafka, journaliste et résistante morte à Ravensbrück et de l'architecte d'avant-garde Krejcar —, née en 1928 à Prague, qui s'est distinguée toute sa vie en menant une vie de bohème totale, mère de cinq enfants qu'elle n'éleva pas et à la tête d'un héritage qu'elle dilapida. Femme de ménage ou aide-cuisinière, elle rejeta tout conformisme qu'il soit social, politique ou artiste et c'est ce que montre brillamment sa belle lettre de 1962 à son amant, le philosophe Egon Bondy.
Issu d'un poème placé en épigraphe de sa lettre, ce "Pas dans le cul aujourd'hui" démontre assez que la trivialité n'empêche guère la poésie, et c'est justement le sujet de sa lettre, au-delà de l'expression de son désir sexuel et de l'émotion qui s'empare d'elle lorsqu'elle pense à son homme. Imagine-t-on sujet plus beau ?

Je n'ai jamais été trop encline à me comporter de manière raisonnable, sans doute simplement parce que je ne suis pas du tout raisonnable ou parce que tout ce qui est sain et raisonnable me répugne de manière presque physique. Tout ce que j'ai fait dans ma vie et dont j'ai eu honte, je l'ai fait parce que c'était raisonnable. Non merci, sans façon, gardez-moi de la peste, du typhus et de l'esprit raisonnable. Le raisonnable, ce sont les affiches antialcooliques, la gestion d’État , les préservatifs et la télévision, c'est la poésie stérile qui sert la bonne cause (...)

Bien entendu, Jana Černá n'était pas une bas-bleu, et avant son décès dans un accident de la route en 1981, elle a fréquenté des milieux où la liberté ne se portait pas en sautoir. Dissidente, liée aux mouvements souterrains de la culture d'opposition, parfois sous pseudonymes (Gala Mallarmé, Sarah Silberstein), elle écrivit des textes remarquables d'audace et de transgressions des codes. Une leçon à retenir si l'on souhaite bousculer le bourgeois, et un passage obligé s'il l'on souhaite se lancer dans la littérature érotique.

Pourquoi est-ce que je ne peux pas maintenant, là, tout de suite, prendre ta bite et me la fourrer sous l'aisselle, l'enrouler dans mes cheveux et tirer sur sa peau en la tenant entre mes pieds, lui tailler une pipe avec les dents, la laisser retomber, me la fourrer dans le cul, la ressortir pour l'enfoncer dans ma chatte avant de lécher sur elle mon propre jus ?

Alors que la mode est à la posture rebelle, il serait donc dommage de ne pas se promener ostensiblement avec ce petit livre à la main (frimer à 8,5 €, c'est très avantageux). En signe d'affirmation de sa liberté individuelle, par exemple.
Et si l'on en vient à le lire, ce merveilleux petit livre, on comprendra pourquoi ici on en fait des kilos.



Jana Černá Pas dans le cul aujourd'hui. Lettre à Egon Bondy. Traduit du tchèque par Barbora Faure. — Lille, La Contre Allée, 2014, 96 pages, 8,5 €
Et aussi
Jana Černá Vie de Milena, de Prague à Vienne. Postface de Jan R. Cerny. - La Contre Allée, 2014, 256 pages, 18 €

vendredi 12 septembre 2014

La couverture à laquelle vous avez échappé

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Ce jour, service de presse du nouvel opus du Préfet maritime, Les 1001 Vies des livres.

Voici la couverture que vous ne verrez pas en librairie le 26 septembre prochain.

La maison Vuibert a eu une heureuse initiative en demandant à une artiste du papier quelques objets particuliers...

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