L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante

lundi 26 juin 2017

Première du Noir Roman de Jean-Pierre Martinet : c'est ce soir !

WarinMartinet.jpg


N'oubliez pas, c'est ce soir. Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet, le documentaire de Niels Warolin sur une idée d'Alain Amirault, sera projeté pour la première fois...
Avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Julia Curiel, Raphaël Sorin, Eric Dussert, etc.
La séance aura lieu à La Générale à 20 h 15.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
A tout à l'heure...
(Pour ceux qui ne seraient pas insulaires-de-France, nous vous indiqueonrs dès que possible comment visionner le documentaire, foi de préfet maritime).

La Générale
14 avenue Parmentier
75011 Paris
Métro Voltaire

dimanche 25 juin 2017

« L'humanité » – Phnom Penh, par Christophe Macquet

Macquet1.jpg


(« L'humanité » – Phnom Penh, juin 2016)




Il fait une chaleur à crever.

Une palme.

Mot trop chargé.
Comme le mot yourte, par exemple.
Ou comme le mot Patagonie.

Il ne faut pas rêver.
Il ne faut pas faire rêver.

C'est plus rigide qu'il n'y paraît.
Une palme.

C'est comme une biche.
J'ai essayé.

Ou une vigogne.
J'ai essayé.

Ou un chamelon albinos.
J'ai essayé.

Le crin, les dents, l'odeur.
Ça n'est pas fait pour l'humanité.

Une palme, donc.
Une palme frotte brusquement contre le volet.

La nuit.
Sans vent.
Et sans palmier.
Ça me fait sursauter.

Dévoiler ?
Révéler ?

Qu'est-ce que tu dis ?

Hier, caresser l'écorce du pin des Landes dans le fond du jardin.
Demain, photographier la houle des rizières.

Tino.

Dévoiler ?
Révéler ?

Tino.

Il traînait dans les rues, depuis qu'Avine était parti, le regard submergé, sur le chemin des écoliers, des gamins l'appelaient Tino, donc je savais qu'il s'appelait Tino, on l'aimait comme on aime une habitude, sur le chemin des écoliers, la truffe chaude et le poil fatigué, mais je ne savais pas la préparation de sa fin dans les dunes, je ne savais pas la pluie, le vent, les oyats, les puissances, et la brutale indifférence des puissances, pour tous les fils de chien, je ne savais pas sa fin, on dit qu'il se fit déchiqueter, un après-midi de novembre, par les deux Rottweilers de Charles Brodel.

Les élégantes à moto protègent leurs blancheurs.

En couple, à Buenos Aires, sur un balcon, la nuit m'appelle.

Je me mords la langue jusqu'au sang.

Dans le hall de l’aéroport, avant mon départ.

Pays maudit.

Porter un toast aux grêlons anonymes, 2014, Addis-Abeba, sur une colline, derrière l'ambassade du Royaume-Uni, j'ai fait un deal, je ne paie que 150 euros par mois, mais je dois m'occuper de la cabane en bois et de Sanafech (nom d'une espèce de moutarde), il va donc falloir que je passe le test Sanafech, qui a été sévèrement battue dans sa jeunesse et qui mord la moitié de l'humanité, je réussis le test, elle agite la queue et vient me lécher la main, je vais donc vivre trois mois avec elle, tout le quartier en a peur, elle attaque à tout-va, elle a déjà blessé une bonne dizaine de personnes, je la détache le soir (elle file comme une flèche) et je la rattache à 6h du matin avant que les voisins ne se risquent à sortir (elle ne veut pas, évidemment, je dois ruser), quand je m'en vais (marcher, marcher), elle pleure, si je ne lui ai pas fait une rapide caresse entre les oreilles, elle pleure, c'est sans doute religieux pour elle, bonne nuit, bonne nuit, tu n'es pas seule, Sanafech, les nuits sont longues, bougies, bouteilles de Gin, les hyènes et les rôdeurs, mais les rôdeurs n'approchent pas, et quant aux hyènes-ocarina, je ne connais pas les rapports nocturnes de Sanafech et des hyènes, elle doit sans doute faire attention à son matricule, mais elle est folle aussi, en tous cas, elle me rapporte chaque matin des crânes de chèvre à sucer, des bandelettes de momie d’injera, odeur infecte dans son panier, sur le perron, je dois jeter les os, les cornes, les sabots d'âne, tous les matins, je la caresse même si elle a fauté (j’apprends), l’important c’est « son état du moment », elle aime la viande, je lui donne un baiser sur la tête, elle s’allonge parfois sur le dos pour que je lui caresse le ventre (une canine dépasse des babines), j'attrape des puces à force de la caresser, à force de boire et de ne pas me laver, je me transforme en gueux, en mystique aux yeux creux, en Éthiopie (comme en Inde), on peut descendre très bas dans l'insouci de soi, tout en gardant sa dignité, sa fierté, drapé dans une étoffe spirituelle et mitée, Sanafech, c’est un chat, une difficile, si elle n'a pas sa viande (à cause d'un carême imprévu), si le riz est trop froid ou s'il a fermenté, elle n'en veut pas, j'ai beau lui donner des noms doux, j'ai beau l'appeler « Sanafechu » (à l'espagnol, « Sanafétchou »), « tu n'aimes pas le riz froid, Sanafechu, tu ne manges pas ? », ça sort tout seul, sortir, rentrer, sortir de l'humanité, parce que je suis trop seul, il y a une sortie par le haut, et une sortie par le bas, sa tête triste de chien de BD, museau tout fin, tout féminin, deux points noirs à la place des yeux, ce que je peux dire de Sanafech, c’est qu’elle me surprend sans arrêt, son museau fin de femme, la nuit, parfois elle aboie toute la nuit, je ne peux pas mettre des boules Quies, puisqu'il faut que je me réveille à 6h du matin, pour la rattacher, la nuit, toast aux puissances, toast à l'oubli, alcool, photos, bougies, les zigoltons, les zigouigouis, comme les femmes abyssines, œil de velours, ou les femmes cambodgiennes (pays parfumé et pourri, tambour, la guerre, la finesse des jointures, la faim, les lèvres savamment ourlées, la nuque, les cils, les salières princières et le burin magique des vieilles écritures), non, non, tu n'es pas seule, Sanafech, cette nuit, tu t'es réfugiée museau tremblant sous l’antenne parabolique, tandis qu'il tombe des misères, j'emporte la bouteille et je te rejoins, au ras du sol, complètement seul, le bruit des grêlons qui tombent sur le réflecteur, rebondissent sur le sol, les morts, nous mitraillent par en-dessous, blancs, blancs, dans la nuit qui descend, maintenant, je protège ma bouteille et ton museau, tu n’aimes pas ça, l’alcool, je vois, moi, ça me permet de ne plus parler aucune langue, pousse-toi un peu, le Gin me poursuit, tu n’es pas seule, Sanafech, je porte un toast immense à ta vie.

Troisième naissance d'Avine.
C'est le moment où Archibald comprend le RE.

Distillation : purification (quintessence).
Dans les lieux « forts », il faut payer.

Le braiment du baudet : poulie rouillée.

Un rabatineur survolté (avec un bec de lièvre) fait de la retape pour un bus en partance pour le Sud (pour les palétuviers).




Décomposition de mon passé.
Bourbier.

Fermentation.
Les choses vécues.

Cascades d'apparents coqs-à-l’âne, jacarandas, serments, soupers, ibis au bec recourbé, les entonnoirs qu’on a croisés.

Un passereau de la taille d’un colibri.

Un pigeon corne un coin de la photographie



Des trombes d’insectes.
Devant les phares du camion.
J’raccroche les gants.
Expulsé de l’Être par des cons.

Hier, les genêts épineux : une odeur de beurré.
Demain, les genêts épineux : une odeur de mangue mûre.

Les mouches, les mouches, les mouches.
Partout, se collent.
Les mouchent, partout, se colle.

Saturation.
Nuit monochrome.

Stop alcool, le 30 mai.

Nu.
Sec.

Produire mon propre alcool.

Il fait une chaleur à crever.

Il faut suer.
Suer du temps.

Et botter le fondement.
De tous les urbains.
De tous les rats, rateurs et littérateurs.

Crépu (crépusculaire).
Caché.

Elle dit.

El lulugar.
Et la forme ulula.

Oralité.
Caillée.

Avine est de passage.
Barattage de la mer de Morphée.

L'abandon de Daffy (il avait des vers, il marchait de travers), ma mère était tombée malade, alors on a laissé Daffy à mes grands-parents qui vivaient dans le Vaucluse, près du Thor, sur la montagne de Thouzon, puis, mon grand-père l'a donné à un boucher, c'était un épagneul breton à la truffe rose et aux yeux dorés.

Il avait des vers.
Il marchait de travers.

Bouche à nu.
Bouche à sec.

Les yeux de Pastrick se mouillent sans arrêt.

Toucan bat lourdement des ailes.

Pompe à béton vrombit comme un essaim d'asperges hydroponiques (?).

Il fait une chaleur à crever.

Karaoké, la nuit.
Le mec aviné qui chante mal.

Comme le sexe, la littérature.
Parfois c'est lourd, et parfois c'est léger.

Mais qu’est-ce que tu veux dire, frottement de palme ?
Et pourquoi m'as-tu réveillé ?

L'abandon de Negra, Uruguay, bord de mer, Valizas, septembre 2006, fin de l'hiver, bord de mer vide, comme la Schnee 2000 à Koh Kong (le pont futur, l'oiseau en cage, les bernards l’hermite, le coq sauvage et le coq domestique, la tempête qui se forme au sommet des montagnes, ma gueule sous l'abri-parasol, le côté fade et largué), la mer, inhospitalière, partout, j'ai vérifié, rouleaux, goémons, temps couvert, les cigarettes Coronado, las piedras lunares, las dunas melancólicas, la espuma (¿sal y odio?), l’aube des continuations vs l’aube des ruptures, petit matin blafard, pluvieux, Negra boit de l'eau de mer, elle dort encore, pour savoir quelque chose d’une chienne, attendre le moment où elle croit vous « tenir », non, non, on ne peut pas dire d'une chienne qu'elle dort encore, ni qu'elle vous « tient », d'une femme peut-être, mais pas d'une chienne, toujours réveillée avant son maître, toujours « tenue », même s'il s'agit, comme ici, d'un maître provisoire, parce qu'avec Negra, c'est comme ça, petite fille pauvre face à la mer, elle attend qu’il arrive, qu'il l’emmène au ciel dans les profondeurs, qu'est-ce que tu dis ? elle voit des animaux fantastiques, un éléphant, à l'horizon, une pierre précieuse, une boule de feu au bout de chaque défense, devenir riche, petite fille pauvre, sa mère malade, ses larmes, arbre nouveau, fruit rouge, pulpe rouge inconnue, guérit sa mère, qu'est-ce que tu dis ? le petit sa mère meurt sous la glace dans le lac, il ne peut plus sa route, devenir riche, partir pays étranger, amour une fille, baise ne voit plus sa route, ou non, se noie la fille, ou non, s’en va, l’important, c’est la forme, lui dis-je, les adjectifs, je lui propose, c’est la fille qui le tue, on suit la fille jusqu’à la fin, et à la fin la belle innocente, c’est elle qui tue, c’est elle qui reconstruit l'histoire, avec Negra, c'est comme ça, elle traînait sur la plage, sans maître, un chien-paria de plage (comme dans le Sud de l'Inde), non, plutôt un chien-baquiano, comme on dit par ici, un pisteur, un bâtard éclaireur, un canis lupus qui choisit son maître sur la plage et qui l'accompagne pendant plusieurs heures, pendant plusieurs jours, pendant plusieurs semaines, pendant toute la vie même, qui le protège, qui lui ouvre le chemin, Negra, elle s'appelle Negra, je le sais parce qu'elle est toute noire, parce j'ai crié vingt noms sans succès, parce que quand j'ai crié Negra, je l'ai vu redresser les oreilles et remuer la queue et venir vers moi, c'est la nuit, elle a donc eu des maîtres avant moi, allongée sur le seuil, des bruits, baptisée, je ne sais quoi, du vin dans un gobelet en plastique, je ne sais d'où, crillons, cigrales, clapaud ,qui dans l’herbe séduire régner le cadavre du chat mort, comme le cadavre de la chevrette blanche dans le Gobi, perdu photos, oiseaux gueulards, territoriaux, elle montre les voies, elle va de l'avant, elle revient si je tarde, elle attend patiemment, je suis l’œil pour Negra, elle pose parfois, l’arroyo que je ne peux traverser, eau froide, danger, l’obstacle, finalement, je trouve une barque en amont, Negra, ça ne l'arrête pas, sa petite tête noire franchissant l’arroyo glacial (elle me suivra jusqu’au bout), les grandes dunes, le désert de sable, la marche à deux, plus tard, estran, cimetière de vieilles godasses, de lobos marinos, d’oiseaux, la mer rejette les cadavres, la mer se purifie sans mouches, Negra boit de l'eau de mer, Negra entame une patte de lobo mort, phare qu’on n'atteint jamais, la folle à Cabo Polonio, il n’y a que des malheureux en ville, se suicident le dimanche, dit-elle, moi je ne sais pas quand c’est dimanche, ni hay árboles para esconderse, beaucoup de vent, tu deviens fou, les cabanes sont petites, c’est pour se retrouver, c'est pour se ramasser, ça commence comme de l'aventure, l’oiseau criard fait mine de nous attaquer, marche, marche, bonheur, mal aux jambes, le vent, le sable où s’enfoncent mes godillots de chantier, le gilet où j'enfouis ma tête, pour allumer une cigarette, ne jamais rentrer par le même chemin, le bord de mer, le jour décline, les vagues hier comme une marche militaire, aujourd’hui comme un air de carnaval, village-fantôme, au loin, une antique « bergère peul », visage brûlé, enturbannée, elle vient vers nous, pan de manteau qui flottait dans la brume, au début, je savais pas si c’était humain, puis coït dans les dunes, Negra en sentinelle, comme en Mongolie, les poteaux électriques, le soleil qui réapparaît, rayons dieu parle, comme un défi la marche, contre le temps pourri, deux rayons de soleil, récompense, je rentre en stop, recolector de basura, tracteur, puis camionnette, je monte Negra dans la camionnette, trouée dans les nuages, plaine palmiers on dirait le Cambodge, Negra a peur de la camionnette, puis des camions de terrassement, marais en fin de journée, Negra passe et repasse sous le barbelé, Negra se délecte dans les marais, Negra a peur de la camionnette, des camions de terrassement, mais elle n'a pas peur de la mer, elle aime le sable, les dunes, elle boit de l’eau de mer, c'est une sœur de la côte, j'ai loué une cabane de pêcheur, la nuit, elle monte la garde devant la porte, je fais des spaghettis, je lui en donne les trois-quarts, je mange le dernier quart, puis je m'effondre sur mon lit, je rêve, la « bergère peule » me raconte, tu étais habit noir, chaque mois, le même jour, tu enlevais deux enfants pour les manger, on le savait, on vivait en famille dans les arbres, sans barrière humain animal, Negra faisait partie de notre famille, elle avait deux chiots, je t’ai dit non pas chez nous va chercher ailleurs, il y en a d’autres, je pensais que tu te transformerais comme les loups-garou, mais la nuit tu es venu, tu as pris un chiot dans chaque main avec ta mine quand elle est mauvaise, mais tu n’étais pas transformé, tu étais comme un homme habillé avec tes habits noirs de toujours, je me suis dit ça va venir, il va se transformer, tu t’es jeté dans le précipice avec un chiot dans chaque main, j’ai eu si peur pour toi, je me suis dit que là enfin tu allais te transformer, mais non, même pas, et finalement tu t’en es sorti indemne avec un chiot dans chaque main, et je me suis réveillée, le lendemain, je me réveille en sueur, Negra n'a pas bougé, on part de l'autre côté, c'est moi qui l'entraîne, vers Aguas Dulces, un petit étang avec des aigrettes (amoureux des aigrettes, partout, j'ai essayé : j'ai fini par admettre que cet IMMENSE AMOUR était abstrait), l'humanité, c'est une moyenne, Negra ne joue pas avec les grenouilles, c'est beaucoup d'oubli, beaucoup d'appétit, Negra ne veut pas jouer , c'est déjà l'oubli du fonctionnement des organes, elle n'a pas le temps, désir, les vieux, désir, elle est très occupée, l’humanité, les yeux, jusqu'au bout l'humanité les yeux désir les vieux le fonctionnement des organes, pas cariñosa mais fidèle, le bruit des pins qui grincent, être nourri, être aimé, ne pas être abandonné, l’odeur des lobos morts venant de la grande île en face, Negra n'est-elle qu’une « perra » qui sert de guide à tout le monde ? à un moment, je m'assieds et elle disparaît, ennui ? soif ? désertion ? c'était une fausse sortie, elle m'avait contourné, elle m'attendait sagement sur une dune en surplomb, on se remet en marche, on marche, marche, es-tu encore vivante quand tu n'es pas là, Negra, quand je ne te regarde pas, quand je ne pense pas à toi ? on marche, mais rapidement je sens que Negra n'est plus la même, elle me suit, mais je sens que c'est parce qu'elle remplit une mission, elle a l'air d'avoir peur, et brusquement, là, je comprends, on a dépassé la frontière, on n'est plus chez elle, là, brusquement, huit molosses fondent sur nous, Negra se blottit contre ma jambe droite, ils nous entourent, l’échine hérissée en montrant les crocs, c'est un cercle de grognements, museaux froncés, pupilles dilatées, les raideurs de la haine, régulièrement l'un d'eux attaque au centre, essaie de mordre Negra, ce n'est pas moi qu'ils visent, c'est Negra, c'est l'intruse, l'étrangère, je gueule, mais je n'en mène pas large, je ramasse un éclat de parpaing, je lance, de toutes mes forces, je gueule encore plus fort, puis une bouteille de bière vide, kaï-kaï, j'ai touché un grand mâle, taïaut-taïaut, ils s'en vont aussi vite qu'ils sont venus, je gueule une dernière fois, j'ai compris, je rebrousse chemin, le soir tombe, on rentre à la cabane, je fais des spaghettis, je lui en donne les trois quarts, je mange le dernier quart, la nuit s'épaissit, j'oublie la lune, la nuit se tend, je me fous des étoiles, la nuit cède, et je cède avec elle, je m'effondre sur ma paillasse, je rêve, mon plus vieux rêve, la route, la verdure, les arbres sur les bas-côtés, on arrive dans une maison de la vie antérieure, il y a un berceau rempli de pétales fanés au milieu de la cuisine, à contre-jour, puis un autre rêve, le soleil, un chantier (une route en latérite, des pelleteuses), puis un autre rêve, une épouse en cire, ses cheveux partent, exsangue, mâchoires Ramsès, respiration coupée, à la fin, les dents-monstre, la tête dans la cuvette vomit, moi je dis c’est bien, ne t'inquiète pas, ça va aller, ne t'inquiète pas, terrifié-insensible, si gentille pourtant prévenante avec moi dans le hall de l’aéroport, avant mon départ, c’est mon frère qui finit par l'aider, mon frère que je ne reconnais pas, je me réveille dans mon rêve, je réfléchis dans le petit matin blafard, pluvieux, samedi matin, aider une femme accouchement mort, mais qu'est-ce que tu veux dire ? les raideurs de la haine, je me réveille en sueur, Negra n'a pas bougé, dans une heure, je prends le bus pour Montevideo, je suis dans le bus, Negra me cherche, je la vois qui me cherche désespérément dans la gare routière, elle me cherche et le bus démarre.


Macquet_2.jpg


Il fait une chaleur à crever.

Dans le hall de l’aéroport, avant mon départ.
Le bus pour Montevideo.




vendredi 23 juin 2017

Un Gaulois sinon rien

AA_Rutilius_Couv.jpg


Faire du neuf avec du vieux, c'est le coup brillant que viennent de réussir les Belles-Lettres avec la reprise du "Retour en Gaule" de Rutilius Namatianus, qui relate très poétiquement son trajet pour rejoindre sa terre natale, probablement du côté de Narbonne.
Rome est alors accueillante aux citoyens qui l'apprécient, la servent et l'honorent, et le Gaulois Rutilius a fait un belle carrière de préfet. La Capitale de l'Empire est accueillante. En 415, Rutilius décide de quitter son poste et sa chère Rome pour rejoindre sa région. Il trace durant son périple ce journal de voyage qui nous est parvenu, ouvrage de poète et de lettré, document aussi riche que touchant.

Humide de rosée, l’aurore brillait dans un ciel empourpré ; nous déployons nos voiles qui dociles à la brise se gonflent de biais. Quelque temps nous évitons le rivage où le Munio s’étale sur des bas-fonds, dangereux mouillage où une modeste embouchure agite les eaux sans trêve. Puis nous apercevons Graviscae avec ses toits clairsemés, lieu qu’en été l’odeur des marais infecte souvent. Mais les alentours boisés verdoient sous d’épaisses forêts et l’ombre des pins ondoie sur la bordure des flots. Nous distinguons d’antiques ruines que ne garde personne et les affreuses murailles de Cosa déserte. J’ai honte d’exposer la cause ridicule de son malheur, au milieu de choses sérieuses, mais je regretterais de tenir caché un sujet de rire. On raconte que jadis les habitants, émigrants involontaires, quittèrent leurs foyers infestés par les rats ! J’aimerais mieux croire aux désastres essuyés par la cohorte des Pygmées et aux ligues formées par les grues pour leurs guerres habituelles.
Non loin de là nous gagnons le port désigné d’après Hercule ; le jour baisse et aussitôt le vent mollit. Au milieu des restes d’un vieux camp nous devisons à nouveau, de la fuite hâtive de Lépidus en Sardaigne. C’est en effet sur les rivages de Cosa que l’ennemi du sang Romain fut chassé par Rome marchant sous les ordres de Catulus. Cependant il était pire encore, cet autre Lépidus qui dans la guerre civile soutint une guerre impie avec ses deux collègues et qui écrasa la liberté, — rendue à Rome par la bataille de Modène — sous des troupes de renfort aux yeux de la Ville terrifiée. Un troisième osa attenter à la paix ; il reçut le coup fatal que méritent ces malfaiteurs sinistres. Un quatrième voulut se glisser au trône des Césars ; il subit le châtiment d’une impure liaison. Aujourd’hui encore…, mais la renommée saura mieux que nous se plaindre de nos contemporains : laissons la postérité juger et flétrir cette race pernicieuse. Faut-il croire que de certains noms entraînent certaines moeurs ? ou bien qu’à certaines moeurs sont attachés certains noms ? Quoi qu’il en soit, c’est, dans les Annales du Latium, une étrange série de coïncidences qui ramène si souvent l’attentat armé des Lépidus. (...)
Au loin, j'admire les cimes boisées d'Igilium (Giglio), je n'ai pas le droit de la frustrer de l'hommage dû à sa gloire. C'est elle qui naguère protégea ses propres forêts, soit par sa situation naturelle, soit par le génie tutélaire de son maître, lorsque avec son modeste détroit elle fit échec à des armes victorieuses, comme si une vaste étendue de mer la séparait du continent. C'est elle qui accueillit de nombreux citoyens cassé de la Ville mise à sac ; c'est ici que las, ils quittèrent leur frayeur pour la certitude du salut.

Edité à plusieurs reprises depuis 1520, il reparaît cousu dans une toile élégante qui le rend appétissantes aux non latinistes. SI les spécialistes se pâment devant sa maîtrise du distique élégiaque, les lecteurs moins érudits contempleront du lointain de leurs quinze siècles un païen qui s'épanche, laissant courir sa nostalgie pour la patrie d'adoption qui s'éloigne, les panégyriques de ses parents et amis, et dénigrant les ennemis de l'empire livrant celui-ci aux barbares. Frappant aussi le contraste entre Rome, la ville chérie, et la variété des cités bordant la côte, tour à tour havres ou repaires sombres et passages périlleux.

Comme nous avançons dans la haute mer, voici que surgit Capraria, île repoussante toute remplie de ces hommes qui fuient la lumière. Eux-mêmes ils se donnent le nom grec de moines, parce qu'ils veulent vivre seuls, sans témoin. Ils redoutent les faveurs de la fortune, tout en en craignant les revers. Se peut-il qu'on se rende volontairement malheureux, par peur de le devenir ?

Habillé avec les astuces des jeunes graphistes de notre époque, le texte prend tout à coup des allures d'incontournable "tout public" des lettres classiques, de trouvailles inouïes - quand les latinistes le connaissaient par coeur depuis fort longtemps. Mais il faut rendre hommage à la malice des éditeurs lorsqu'ils en ont : ce Retour en Gaule est un coup de maître.



Rutilius Namatianus Retour en Gaule. Texte traduit et présenté J. Vessereau et F. Préchac. - Les Belles-Lettres, 104 pages, 15 €

jeudi 22 juin 2017

Les couvertures du siècle dernier (LXXIII)

Maurice_Frot_dernier_Mandrin.jpg





Jean-Baptiste Buisson & Maurice Frot Le Dernier Mandrin. - Paris, Grasset, 1977, 387 pages.


mercredi 21 juin 2017

High Level

MauriceLevel.jpg


Les amateurs d'effroi vont se lécher les babines, ou se ronger les ongles...
Dans un grand mouvement, paraissent à la fois le premier volume de « Bibliothèque Maurice Level » voulu par Jean-Luc Buard et un volume de la collection "Terreurs anciennes" des éditions La Clef d'argent établi par Philippe Gontier et enrichi d'une bibliographie par le même levelolâtre Buard
Pour situer le personnage de Maurice Level (1875-1926), il faut indiquer qu'il appartient à l'ère de la presse claironnante. Les quotidiens sont pléthoriques, leurs paginations robustes, leurs colonnes larges. Il faut du monde pour remplir une édition et, tandis qu'au XIXe siècle on s'ingéniait à cultiver l'art de la brève et du micro-texte à tendance humoristique ou mondain, il s'agit désormais de remplir des pages utilement car le lectorat est devenu plus exigeant. Il attend de l'information et de la page étonnante.
En matière d'étonnement, Maurice Level, pilier du théâtre de Grand Guignol n'est pas un enfant de chœur ignorant les ficelles du métier. Et il se trouve qu'il est le cousin de Marcel Schwob, ce qui ne gâte rien. Bien intégré au milieu littéraire, il mène une activité particulièrement efficace qui sut finalement accrocher l'intérêt de Lovecraft, précieux gage. Sa mort en 1926 pousse son œuvre à la désuétude, et pour plusieurs raisons. D'abord parce que le genre du "conte" va peu à peu quitter les pages des journaux, de plus en plus avides de reportages et de chroniques "vécues", puis parce que la IIe Guerre mondiale passée, la science-fiction et le roman noir vont occuper tout l'espace. Le conte ou la nouvelle ont vécu leur âge d'or, les récits effrayants trouvent avec le cinéma des monstres et des tueurs autrement plus inquiétants.
Il n'en reste pas moins qu'il était frustrant de ne pouvoir trouver aucun livre de Maurice Level en libraire. En 1977, les éditions Glénat avait donné sa Malle sanglante, suivie vingt-neuf ans plus tard, par ses Portes de l'enfer à L'Aube en 2006... C'est bien peu... Dans le nouveau recueil, sa tour de "Babel" renaissante, une chasse au tigre dirigée d'outre-tombe ou des horreurs en ballon en promenade stratosphérique prouvent que la saynète effrayante avait son charme. Dans sa brièveté même, on y trouvait déjà ce qui attire dans certaines séries télévisées, après avoir produit de très beaux recueils de nouvelles durant le premier XXe siècle.
Pour s'arracher les cheveux et se manger les doigts, allez donc voir Level, il est au niveau.



Maurice Level La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants . Edition établie par Philippe Gontier, bibliographie de Jean-Luc Buard. - Les Aventuriers de l'Art Perdu / La Clef d'Argent,, 2017, 119 pages, 9 €

Maurice Level Contes du Matin, 1921-1924. Edition, préface, documents et bibliographie par Jean-Luc Buard, impression à la demande Lulu.com, 2017. Il s'agit de l'édition complète des 164 contes publiés dans la rubrique "Les Mille et un Matins" du quotidien Le Matin, sous la direction littéraire de Colette, à partir de 1921.

Maurice Level et Guy de Maupassant L'Ombre, texte du feuilleton du Journal, 1921, suivi de Apparition, par Guy de Maupassant, nouvelle édition avec postface et documents réunis par Jean-Luc Buard, impression à la demande par Lulu.com, 2017.

mardi 20 juin 2017

Il n'en ratait pas une

aaaCarteVisMarcStephane.jpg


Sur une carte de visite en vente sur Ebay, on trouve cet étrange message de Marc Stéphane

Marc Stéphane
(Paul Saintly)

Il y explique qu'il est obligé

« de (s)e cacher sous un pseudonyme, contre les indiscrétions de la Rousse qui me cherche assurément pour certaine histoire que j’eus avec un galonné de l’octroi voici un mois… »


Les archives de la police consultée n'avaient pas permis autrefois de nous aider à démêler la vie judiciaire de l'animal Stéphane. Pas de trace d'un dossier... C'était râlant car le dossier promettait d'être croquignolet. Il va falloir y retourner, ou considérer que Marc Stéphane était un délirant intégral, ce que ses apparitions devant les juges contredisent.

A suivre donc.



lundi 19 juin 2017

Le Grand jeu de l'Alamblog

aaalogotyd123.jpg


De quel roman est issue cette entame ?


Dans sa banlieue où les rues sont toujours perpendiculaires, Michel promène des lambeaux de rêve. Ile st qui. Il a vingt-et-un ans. Il veut vivre. En adulte. Il va vire. la vallée de l'Orge. Il sort du passage souterrain. Il monte l'avenue de la Gare. Le Plateau, les lotissements. Au-delà, la vallée de l'Yvette. Il est à l'aise partout. Une nonchalance de grande seigneur. Sa peau joue sur ses os. Piège des mots. La peau ne joue pas. Ne plus stéréotyper la pensée. Longue ascèse. Au bout le dépouillement. Comme les lapins. Il est. Lui. Bien. Dans sa peau. Des rues. Noms de leurs, d'arbres, de généraux, de peintres. Ecrivains, oiseaux, batailles. Michel marche dans des rues. pavillons en meulière, en briques, en parpaings recouverts de crépi. De l'herbe sur les trottoirs. Caniveaux. Ils puent. Stagnants. Son vieil instituteur son vieux maître. Ils sont collègues depuis hier. Lui rendre visite. Des immeubles modérés, l'expression est nouvelle. Le grand ensemble en construction. La future autoroute. Plein sud. Plein ciel. La couleur de ses yeux. Le bleu du ciel est laiteux. Brume. Elle le regarde. Ils se regardent. Il la retrouve. Elle l'attendra toujours. Le goudron est mou. Les tilleuls. LE soir des moustiques (...)


A gagner : un exemplaire de la nouvelle édition de La Grande Vie de Jean-Pierre Martinet préfacé par Denis Lavant !
Règle du jeu : le premier commentaire signalant le bon titre verra son auteur couronné.

A vos marques, prêts, partez !

20 juin 2017 : Résultat du jeu : c'est Sandrine Brugot Maillard qui remporte la partie, devançant de plus de 24 heures les premiers commentaires.

Félicitations !

dimanche 18 juin 2017

Les royaumes imaginaires par Claude Marsey (1921)

AAAADracoSemlich2017A.jpg



L'aventure de Gabriele d'Annunzio, à Fiume, aurait pu finir de plus déplaisante façon. Quand les poètes se jettent dans l'action, ils deviennent parfois dangereux et celui-là était de taille à soulever le monde, du moins en paroles. Mais le temps, la lassitude, l'oubli ont eu raison du poétissime. De son épopée tragi-comique il ne restera qu'un souvenir amusant, une page nouvelle à ajouter à l'histoire des royaumes imaginaires.
D'Annunzio, en effet, ne fut pas le premier des conquistadores fantaisistes.
Sans remonter le cours des siècles, on cite un gentilhomme lorrain, nommé Antoine de Neuhoff, qui eut l'idée, en 1736, de se (proclamer empereur de Corse. Il débarqua à Porto-Vecchio. Tout un peuple l'acclama, mais les Génois, maîtres alors de l'île, s'empressèrent d'intervenir. Ils mirent à la porte l'usurpateur et le pauvre souverain déchu s'en alla mourir à Londres.
Cinquante ans plus tard, un Hongrois au service de la France s'embarqua pour Madagascar, séduisit les chefs indigènes en les abreuvant d'eau-de-vie et se fit reconnaître par eux comme le maître suprême de l'île.
Mais il ne tarda pas à avoir maille à partir avec les Français. On organisa contre lui une expédition et le Hongrois se fit tuer en défendant, les armes à la main, la hutte qui lui servait de palais.
La fin du siècle dernier vit une aventure plus plaisante, celle d'Orélie Ier, roi d'Araucanie.
Orélie était un gascon, né à Chourgnac, près de Périgueux, fils d'humbles cultivateurs, mais descendant d'une vieille famille de soi-disant « seigneurs de Touneins ». Tandis que le jeune homme était saute-ruisseau chez un avoué, il passait le plus clair de son temps à lire les ouvrages de géographie et les récits de voyage, les Cortambert et les Malte-Brun. Ces lectures lui tournèrent la tête. Devenu lui-même avoué à Périgueux, il abandonna un beau jour son étude et, suivi de deux compagnons nommés La Chaise et Desfontaines, il partit pour l'Amérique du Sud !
Ceci se passait en 1860. Antoine-Orélie de Touneins parvint dans le pays des Araucans, sur les frontières méridionales du Chili et là, sans plus tarder, il rendit un décret mémorable par lequel il s'instituait, de son propre chef, monarque constitutionnel d'Araucanie.
Pour se maintenir, il comptait sur l'appui de la France. Mais notre gouvernement le traita de fou, les journaux firent de lui des gorges-chaudes. Après toutes sortes d'aventures qui durèrent jusqu'en 1874, il vit se dresser contre lui le Chili qui voulait s'annexer les terres araucaniennes. On lui tendit un guet-apens, on s'empara de sa personne, on le jeta en prison et la Cour de Santiago décida qu'il serait interné jusqu'à sa mort dans un asile d'aliénés.
L'ancien avoué périgourdin parvint cependant à rentrer en France. Il ne fut plus, à Paris, qu'un roi in partibus, régnant dans un misérable taudis et n'ayant conservé de sa grandeur ancienne que les loisirs de signer parfois, sur une table de cabaret, des brevets de titres ou de décorations fantaisistes.
Enfin, à bout de ressources, Orélie Ier entra à l'hôpital de Bordeaux. Il y mourut en 1878, laissant son royaume chimérique en héritage à un compagnon nommé Laviarde. Celui-ci prit le nom d'Achille Ier, mais plus prudent que son devancier, il se garda bien d'aller tenter fortune en Araucanie.
Cette sombre histoire ne découragea pas les imitateurs. Peu de temps après se fit connaître le marquis de Rays, un breton de vieille souche, qui fonda en Océanie un colonie « 'libre, catholique et royaliste », Port-Breton. On y devait trouver des terres à 5 francs l'hectare et, grâce à la culture, y faire fortune rapide.
L'aventure servit de thème à Alphonse Daudet pour son livre Port-Tarascon. Dans la réalité, le marquis trop libre et trop royaliste, finit en correctionnelle, où il fut condamné à quatre ans de prison et 3.000 francs d'amende pour abus de confiance et homicide par imprudence.
On peut citer encore un ancien sous-officier de spahis, nommé Charles-Marie de Mavrena qui, en 1888, se proclama, en Indo-Chine, roi des Sédangs. Le pauvre homme mourut des suites d'une morsure de reptile.
Vers la même époque, un certain baron de Hardeni-Hickey, après avoir quelque temps dirigé à Paris un journal satirique, s'avisa de s'instituer prince de l'île de la Trinidad. C'était en plein Atlantique, une terre encore inhabitée. James I", nouveau roi de cette île, ne se rendit jamais dans son royaume* mais chercha à y envoyer les autres. Il fallut encore que le gouvernement intervînt pour épargner, à de pauvres hères trop alléchés, de cruelles désillusions.
Mais, parmi tous ces royaumes fantaisistes, il manquait une république. Elle se créa en 1888. Quelques habitants du pays de Counani, territoire alors contesté entre le Brésil et la Guyane française, écrivirent à un certain M. Jules Gros qu'ils connaissaient et qui était publiciste et conseiller municipal de Vanves. On :lui proposait de devenir président du nouvel Etat qu'on voulait fonder.
M. Jules Gros accepta sans hésitation. Il lança aussitôt un journal officiel, créa une décoration, l'Etoile de Counani, se fit faire des cachets par un graveur du Ministère de l'Intérieur, et embaucha, comme premier personnage de sa maison civile, un jeune groom dont l'uniforme consistait uniquement en une casquette portant en lettres d'or: « République de Counani ». Puis, M. Jules Gros s'embarqua pour ses nouveaux Etats. Mais à la Guyane anglaise, les autorités britanniques le transférèrent de force sur un navire qui s'en retournait directement à Londres et le malheureux président se retrouva en Europe sans avoir jamais mis les pieds dans le pays dont il avait accepté le gouvernement.
Il s'en consola aisément et, jusqu'à 'la fin de sa vie.
Il n'eut plus d'autres occupations que de distribuer, à tous ceux qui l'en priaient, la décoration de son ordre.
Qui ne se souvient enfin de l'étrange équipée de Jacques Lebaudy se proclamant, en 1903, empereur du Sahara? La chronique parisienne s'occupa longtemps de lui. Il put croire un moment faire trembler les gouvernements. Il croyait fermement à sa destinée royale. Il déploya pour édifier son trône, une ténacité incroyable. A un moment même on peut dire qu'il avait réussi et l'on suivait, avec une curiosité amusée, ses efforts dignes d'une autre cause. Jamais l'on ne fut plus tenace en ses desseins. Le Sahara eut pendant un certain temps, son roi — le roi du désert - le roi des solitudes. Mais, ce royaume tomba comme les autres. Jacques Lebaudy fut tué par une femme jalouse, à New-York, où il s'était retiré. Il ne restera plus de l'aventure que des joyeux couplets de revue.
Pour ma part, je me souviens des vers d'un chansonnier montmartrois, prophétisant à cet empereur de carton, dont la fortune s'était faite, on ne l'ignore pas, dans la raffinerie:
Très fier de son rôle officiel, il se montra tout sucre et tout miel.
La seul' chos' qui n'soit pas sucrée,
C'est la note qui sera salée !

Claude Marsey




Floréal, 5 février 1921.

Illustration du billet : Draco Semlich, 2017.

samedi 17 juin 2017

Il faut sauver le soldat Europe

AAeuirpe10581060.jpg


Les tatcheriens français n'ayant toujours pas compris les erreurs britanniques d'il y a trente ans, s'obstinent à pratiquer une politique de la frustration et de l'impécuniosité plutôt que de favoriser la floraison et même l'efflorescence.
C'est ainsi que la tristement célèbre Valérie Pécresse, princesse sans grâce, vient de sanctionner de manière arbitraire la revue Europe, qu'elle n'a probablement jamais lue.
Les politiques savent tout, c'est bien connu, ils n'ont pas besoin de lire.
Le refus de la culture et de la prolifération ne les empêche cependant pas de commettre des balourdises dont ils sont les seuls responsables. Témoin la présidente de la région parisienne, qui, comme il y a peu Laurent Wauquiez, le sympathique roi de la curée, de l'Allali et autres phénomènes de la civilisation par le vide, a décidé de couper les subventions de la revue Europe. Wauquiez s'était payé, lui, les associations de défenses des oiseaux.

Naturellement, il n'est pas question de laisser mourir la revue Europe qui nous fournit depuis des lustres sous la conduite de Jean-Baptiste Para du matériau de premier choix pour enrichir la réflexion commune.
Pas commune aux politiques, qui n'ont pas le temps de lire. Commune à ceux qui prennent le temps de réfléchir.

Puisque le citoyen est responsable lui aussi lorsqu'il s'engage, il convient d'utiliser l'action directe. C'est la seule méthode qui peut s'opposer à la censure d'une chambre politique. La méthode est simple et sans danger, vous allez voir : choisissez l'une de vos mains, mettez la dans votre poche, sortez votre porte-monnaie. C'est fait. Si aucun hérisson ne s'y terre, il est possible de s'abonner à la revue Europe.

Et on ne pouvait trouver meilleur argument publicitaire que le nouveau numéro lui-même qui comporte deux dossiers, l'un consacré à Günther Anders, le philosophe de L'Homme dont le traducteur Christophe David est l'un des plus efficaces propagateurs en France, l'autre consacré à Olivier Rolin dont plusieurs écrivains et penseurs de renom viennent tresser les louanges.

Ce numéro d'Europe, 95e année, est le n° 1058-1059-1060 de juin-juillet-août 2017.

Abonnez-vous, vous en serez satisfait : chaque mois des tas de sujets de réflexion, et d'échanges avec vos contemporains.

De la nourriture intellectuelle, de la vraie. Et pour vous en montrer l'authenticité, ces quelques vers du Courrier des morts, ces élégies de Günther Anders traduits par Christophe David, in memoriam Walter Benjamin, ou le récit de l'ouverture des "fûts" de documents que les parents d'Anders avaient fait parvenir aux Usa avant la guerre et qui n'y avaient touché leur but qu'après la mort des expéditeurs :

L'arrivée

A peine les cavernes de son âme
s'étaient-elles vidées de la cohue criarde
des ombres sanglantes qu'une nouvelle nuée d'ombres
arrivait, croassant aussi bruyamment, à la recherche
de niches vides où s'installer, voletant avidement
autour de chaque gente de la roche
(...)
Maintenant vous êtes l), rangés avec soin
dans un ordre bien établi. Chacun à nouveau
à sa place : les ancêtres à gauche,
les enfants à droite. Chacun peut se sentir exister
une dernière fois. Profitez du temps, les morts !
(...)




Europe
4 rue Marie-Rose
75014 Paris
abonnement annuel : 75 €

Ci-dessous, les résumés et le sommaire du numéro.

Lire la suite...

vendredi 16 juin 2017

Le romanesque cas Bollas

AAAA_Alick_Bollas.jpg



Après avoir évoqué Jean-Pierre Martinet ces deux derniers jours, on peut avancer avec certitude que les pathologies littéraires n'ont pas évolué depuis 1931. L'Homme reste l'Homme et les passages à l'acte les passages à l'acte. Rien du reste n'indique que les pulsions seraient maîtrisées. Les désirs non plus, les dieux en soient remerciés...
Avec Alick Bollas dont le pseudonyme appelle le calembour et la contrepèterie, on atteint même aux niveaux de Marcel Lami le meurtrier (Une forêt cachée, La Table ronde, 2013), de Bog l'escrocmarc ou de Marc Stéphane le voleur en matière d'originalité et de brutalité. Il aura marqué de manière assez.. théâtrale la saisons 1931, après avoir fait quelques ronds dans l'eau à la fin du siècle précédent.
Orthographié par les journalistes avec un l ou deux, selon la saison. ce Gréco-Egyptien de nationalité encore incertaine né le 24 novembre 1889 à Alexandrie n'aura connu qu'un destin de miroir brisé. La première trace que l'on conserve de lui date de 1902, date à laquelle il fait jouer une pantomime qu'il a écrite avec Georges Palicot, On ne forge pas l'amour. L'année suivante, il publie son unique roman, Orgueil de chair, chez Savine, qui lui vaut un signalement par Paul GInisty dans le Gil Blas du 11 mars 1893 :

P. S.— Parmi les livres parus, dont je parlerai, je mentionne, dès maintenant, les Rois, de M. Jules Lemaître, un roman... de l'année 1900 ; Thérèse Gervais, un autre roman, de M. Ed. Cadol ; les Angoisses du docteur Combalas, de M. P. Vigné d'Octon; le Crépuscule, de M. Maxime Du Camp. Et voici aussi des livres qui, à divers titres, réclament l'attention : le Règne de Bibesco, une page de l'histoire de la Roumanie, par le prince Georges Bibesco ; le Prem Sagar ou Océan d'amour, traduit de l'hindou, par M. Lamairesse ; la nouvelle série de la Vie privée d'autrefois, ces piquantes études de M. A. Franklin ; la Comtesse de Die, histoire de la noble dame chère aux Cigaliers et aux Fëiibres, par M. Serni-Santy ; Orgueil de chair, de M. Alick Bolas, un livre de vrai « jeune », etc. — P. G.


Alick Bollas est donc alors un "vrai jeune", mais cela ne suffit par Henri Duvernois qui l'éreinte brièvement le 27 mars suivante dans La Presse :

Orgueil de chair est un titre très ronflant, n'abritant, hélas, rien de neuf et rien qui puisse retenirparticulièrement. Le style est lourd, gauche, embarrassé.
Trompée par les hommes, l'héroïne de l'auteur ne veut plus vivre que pour sa fille. C'est un cas psychologique bien usé.
Espérons que bientôt M. Alick Bollas nous fournira dans un autre volume l'occasion de lui adresser des compliments.
En tous les cas qu'il médite l'axiome du vieux Boileau
Toujours sur ie métier remettez voire ouvrage
Polissez-le sans cesse et !e repolissez.


"Exécution littéraire très inégale, mais de sentiment dramatique" ajoute le Figaro (27 mars 1893)
Le Monde illustré avait été plus tendre deux jours plus tôt en reproduisant ce qui paraît être l'inseratur du volume composé par la maison Savine puisqu'on le retrouve presque à l'identique dans La Lanterne deux jours plus tôt, le 23 mars :

Orgueil de chair, par Alick Bollas, est l'histoire cruelle d'une Parisienne passionnée qui se débat au milieu de la torture de ses sens, et se réfugie dans un amour égoïste pour sa fille. Ce roman si attachant est nouveau par l'originalité des caractères et fera certainement palpiter toutes nos mondaines. (A. Savine.)


Voici toujours l'incipit de ce roman qui finit dans le drame et le scandale d'une mère assassinant sa fille devenue sa rivale :

Sur le boulevard Haussmann, le bruit des voitures, la voix goguenarde des marchants ambulants, le fracas de ces maisonnettes roulantes dites omnibus, les cris perçants des moineaux perchés sur les platanes, tout ce brouhaha monotone tourbillonnant venait, comme une guêpe sur les ailes de l'air, bourdonner aux oreilles d'une femme qui, nonchalamment étendue sur un divan, semblait se bercer dans ses rêves.
Elle était là, songeuse, parcourant de son imagination l'espace, puis ramènent sa pensée autour d'elle où tout était fleuri et exhalait un parfum d'ambre ; son âme s'imprégnait ainsi d'une double félicité.

Le reste à l'avenant.
Toujours inspiré, Alick Bollas commet une pièce avec Lucien Cortambert qui est jouée le 23 avril 1895 au Théâtre des Lettres, Monsieur Grand'roy, puis ce sont les Nobles Rastas, avec le même au même endroit, la même année. Il collaborent tous deux à un "grand roman mondain", Ironie que donne le Gil Blas en janvier 1895 et qui sera repris par le Nouvel Echo — où signe Léo Trézenik
On ne parle plus d'oeuvre littéraire ensuite. On le voit en avril 1897 à la "sauterie" de l'Athénée avec Emile Straus, Fabre des Essarts, Georges Bans, Lucien Cortambert ou André Serph... puis on perd Bollas de vue.
Jusqu'en 1931...
Le plus disert est Le Petit Journal qui offre le 7 octobre des détails sur la tragicomédie qui vient de se dérouler au théâtre de la Porte-Saint-Martin...

Le suicidé de la Porte-Saint-Martin
La vie aventureuse d'Alexandre Debray

La personnalité d'Alexandre Debray, cet exalté qui tenta de se donner la mort au cours de la répétition générale de la pièce de M. Maurice Rostand et Pierre Mortier, et dont l'état reste très grave, apparaît, au fur et à mesure que l'enquête se développe, comme celle d'un homme dont l'existence fut particulièrement agitée.
Né le 24 novembre 1889 à Alexandrie, mais d'origine grecque, Alick Bollas se faisait déjà appeler Alexandre Debray à l'époque où il fréquentait au Quartier Latin M. Pierre Mortier et bon nombre de jeunes gens qui, depuis,, se sont fait un nom dans les lettres ou les arts. Lui-même s'adonnait à la littérature et plusieurs de ses pièces : Madame Bluff, L'Enfant gâté, Le Paria, furent jouées avec un certain succès.
Il apparaît cependant de la correspondance que M. Pierre Mortier a conservée qu'il avait néanmoins souvent recours à la bourse de son ami.
En 1912, il épousa une Italienne qui, peut-être à l'instigation de son mari, voulut se faire reconnaître comme étant la fille de la marquise de Peralta. Il y eut, à cette occasion devant le tribunal de la Seine, des débats qui firent sensation. Mme Debray fut déboutée.
En 1914, Debray s'engagea, mais ne demeura que peu de temps sous les drapeaux et fut réformé pour insuffisance physique.
Après avoir traîné quelque temps en France, il se rendit aux Etats-Unis et chercha à y trouver un emploi de metteur en scène dans les studios cinématographiques. Il y fut mêlé à une affaire de chantage dont fut' victime Sydney Chaplin, le propre frère de « Chariot ».
De retour en France, il se fixa à Bois-Colombes, dans un pavillon, 12, rue Maunoury, où il habitait avec une jeune dactylographe de 24 ans. A plusieurs reprises, il demanda sa naturalisation. Elle lui fut toujours refusée en raison des renseignements défavorables recueillis sur son compte. Bien qu'il prétendit à ses voisins écrire pour l'Amérique des scénarios de films qui lui étaient' grassement rémunérés, ses moyens d'existence n'étaient pas très nets. M. Pierre Mortier avait à recevoir ses pressantes, et nombreuses sollicitations et quand l'homme de lettres se fut fatigué et eut signifié à son ancien camarade de ne plus avoir à compter sur lui, ce fut sa compagne que Debray délégua.
M. Mortier ayant de nouveau refusé tout prêt : « Prenez garde, dit la jeune femme, mon mari est très exalté. »
Portant beau, en dépit de sa soixantaine, volontiers arrogant, il n'avait pas gagné la sympathie de ses voisins, et encore, moins celle de son propriétaire qui, bien que lui ayant signifié congé, ne pouvait le déloger du pavillon où il menait une vie bruyante.
A en croire sa compagne, Alexandre Debray croyait être victigie des agissements de M. Pierre Mortier, coupable, d'après lui, de s'opposer à ce que ses pièces fussent reçues dans les théâtres. Cette manie de la persécution avait aigri son caractère déjà naturellement violent ; rien cependant, affirme son amie, ne permettait de prévoir sa détermination.
— Bien au contraire, ajoute-t-elle, ce soir-là, où il voulut m'emmener voir cette pièce à la Porte Saint-Martin, Il semblait très calme. J'étais assise près de lui, au deuxième balcon. Pendant le dernier entr'acte, il me dit : « Je vais faire un tour dans les coulisses ». Quand le rideau se leva sur le troisième acte, il n'était pas remonté et c'est à ce moment que Je l'entendis au balcon Inférieur. Puis ce fut le drame...
Ajoutons qu'Alexandre Debray, n'étant pas en règle avec la loi sur les étrangers, sera expulsé de France s'il survit à sa très grave blessure.
Ce que déclare M. Pierre Mortier
M. Pierre Mortier, très ému, nous a confirmé hier matin ce qui se disait, quelques heures auparavant, tandis que la foule évacuait la salle de la Porte Saint-Martin
— Cet homme à qui Je n'ai jamais refusé les services qu'il n'a guère cessé de me demander depuis de longues années et qui, un Jour, a fini par m'adresser d'incompréhensibles menaces, n'a pu agir que poussé par le délire de la persécution.
Il est vrai, que perpétuellement harcelé de cartes postales injurieuses et de lettres m'annonçant mon assassinat pour le soir même, J'avais fini par en Informer M. le procureur de la République, ce qui a pu mettre le comble à l'exaspération du dément...
Certaines personnes avaient, d'ailleurs, au cours de l'entr'acte, rencontré dans les coulisses M. Alexandre Debray, lequel disait, à qui voulait l'entendre, qu'il cherchait M. Pierre Mortier pour l'abattre.


Comoedia, le même jour, ne dis pas autre chose (7 octobre 1931) et s'appesantit sur ses rapports avec Pierre Mortier et l'entrevue avec sa petite amie :

Les véritables circonstances de la tentative de suicide de la Porte Saint-Martin

Alexandre Debray-Bolas avait fait des essais de chantage contre M. Pierre Mortier qui avait signalé le cas

L'incident dramatique qui marqua la soirée d'inauguration de la Porte-Saint-Martin ne semble pas être seulement le geste d'un demi-dément en proie à l'idée fixe de la persécution. Il s'y mêle de troubles éléments de préméditation qui atténuent singulièrement toutes les premières explications qu'on avait recueillies pour accorder un peu de pitié au héros principal.
Alexandre Debray, de son vrai nom Alick Bolas, est né en 1869, à Alexandrie, de parents grecs. Il y a une trentaine d'années il parvint - à s'infiltrer dans un groupe de jeunes gens, groupe dont faisait notamment partie René Blum, Paul Giafferi et Pierre Mortier. Hélas ! les fidèles. de ce cénacle littéraire pourtant très accueillants, se virent bientôt obligés de se débarrasser de ce compagnon bizarre, chagrin, que ses appétits inquiétants acheminent bientôt vers un trouble destin. Et voici Debray poursuivi pour manœuvres de chantage et tentatives d'escroquerie. Ses victimes sont tour à tour la marquise de Peralta et Sydney Chaplin, le frère de Chariot.
Il y a environ quinze jours, M. Pierre Mortier rencontra Debray-Bolas à l'Imprimerie Centrale de là Bourse. Il y avait dix ans qu'il ne l'avait vu.
Debray-Bolas raconta à M. Pierre Mortier qu'il avait une merveilleuse idée de film, laquelle, réalisée, devait assurer sa fortune et celle de ses amis. Toutefois, sa détresse actuelle était telle qu'il lui fallait 50.000 francs pour pouvoir réaliser ce projet !
M. Pierre Mortier qui malgré sa bonté bien connue avait appris à se méfier du personnage, depuis qu'il l'avait accueilli au Gil Blas et avait été obligé de s'en séparer, accueillit assez froidement la requête de son ex-protégé.
A partir de ce moment notre éminent confrère fut accablé de lettres tour à tour suppliantes et injurieuses et finalement nettement menaçantes.
Vendredi dernier M. Pierre Mortier, comme on sait, maire de Coulommiers, fut avisé à l'Hôtel de Ville qu'une jeune femme insistait pour lui parler.
Croyant qu'il s'agissait d'une de ses administrées, il la fit introduire dans son bureau. La visiteuse lui révéla alors qu'elle n'était autre que Mme Debray.
« Mon mari», dit-elle en substance, me fait peur. Tous ses amis l'abandonnent, le trahissent. Le voici à bout et bien décidé à se faire « sauter ». mais prétend qu'auparavant il fera d'autres victimes parmi lesquelles M. Pierre Mortier et sa famille. »
Croyant à un moment d'exaltation passagère, M. Pierre Mortier calma la jeune femme avec quelques bonnes paroles et l'éconduisit fort courtoisement.
Prévenu par ses huissiers que la solliciteuse s'obstinait à le guetter devant l'entrée de l'Hôtel de Ville, M. Pierre Mortier différa son départ et attendit qu'elle se fût retirée avant de reprendre le chemin de Paris.
Mais à la réflexion il se décida à prévenir le Procureur de la République des derniers incidents survenus.
Debray-Bolas fut appelé à la police judiciaire et un service discret de surveillance fut organisé autour de M. Pierre Mortier.
On connaît la suite, et comment M. Pierre Mortier, malade, ne put se rendre à la répétition général du Général Boulanger, les paroles de Debray-Bolas précédant sa tentative de suicide, son transport à l'hôpital où il se trouve encore actuellement.
Que serait-il arrivé si M. Pierre Mortier avait été au Théâtre de la Porte-Saint-Martin ce soir-là ? Il est établi que pendant l'unique entr'acte Debray-Bolas se rendit dans les coulisses. Il est vraisemblable que si à ce moment il eût rencontré l'ancien directeur du Gil Blas, les menaces de mort qu'il avait proférées, à son égard auraient été mises à exécution.
La tentative de suicide elle-même paraît bizarre — sinon comique — dans son mode d'exécution. Généralement ceux qui veulent en finir avec un revolver appuyent l'arme sur la tempe ou sur la poitrine à hauteur du cœur. Le geste de Debray-Bolas se trouant le ventre est au moins exceptionnel. N'y aurait-il pas là une manifestation à effet et sans danger, qu'une circonstance fortuite a transformée en blessure grave.
En d'autres mots Debray-Bolas n'a-t-il voulu que tirer un coup de revolver le canon de l'arme tourné vers le plancher, et - une bousculade imprévue n'a-t-elle pas donné à ce geste bénin les conséquences que l'on connaît ?
Aux dernières nouvelles le bulletin de santé de l'hôpital porte: « état stationnaire ».



Un complément d'information aooaraît dans Le Populaire du même jour :

Une tentative
de suicide
dans un théâtre
Le désespéré, un aigri
ayait la manie de la persécution

Lundi soir, au moment où le rideau allait se lever sur le dernier tableau du « Général Boulanger », la pièce de MM. Maurice Rostand et Pierre Mortier, dont c'était la « générale », un spectateur des balcons se leva et cria :
"On ne meurt pas seulement d'amour. moi je me tue parce qu'on m'a ruiné."
L'homme, qui avait tiré un revolver de sa poche se tirait aussitôt une balle dans le ventre.
La représentation fut interrompue, et le blessé fut transporté à l'hôpital Saint-Louis, où il dut subir l'opération de la laparotomie.
Les causes de ce drame n'ont pas encore été établies.
Le désespéré, M. Alexandre Debray, dont le véritable nom est Alick Bollas, n'a pas encore pu être interrogé, mais des premiers résultats de l'enquête, il semble résulter qu'il ne devait pas jouir de la plénitude de ses facultés.
Aigri, désabusé de n'avoir pas rencontré le succès dqns la carrière dramatique, bien qu'il ait eu une pièce jouée à l'Athénée. « Madame Bluff ». après avoir collaboré tort longtemps au « Gil Blas », dirigé amicalement par M. Pierre Mortier, M. Debray rendit celui-ci responsable de ses déboires.
Il voulut écrire une pièce, puis un livre pour accuser son ancien ami ; ni l'une ni l'autre ne purent voir le jour et ce fut cause d'un nouveau ressentiment.
M. Alexandre Debray habite avec sa jeune femme, une modeste chambre meublée dans un pavillon avec jardin, au 21 de la rue Manoury.
D'autre part, M. Pierre Mortier aurait déclaré qu'il avait reçu à plusieurs reprises des menaces de mort de la part de M. Debray et qu'il en avait saisi la police. C'est même pour ce motif qu'il n'avait pas voulu assister à la répétition générale du « Général Boulanger ».


L'Oeil de Paris, versé dans les racontards donna le 10 octobre une version à peine différente, mais plus imagée :

La vendetta du Grec
Les habitués des répétitions générales connaissaient bien le héros de l'aventure du théâtie dé la Porte-Saint-Martin, sinon par son nom, du moins par sa silhouette.
Grand, les cheveux noirs très frisés, toujours coiffé d'un feutre d'artiste à larges bords, il était une des illustrations de cette petite famille de resquilleurs du théâtre qu'on appelle les « hirondelles ».
Il était doré d'un accent levantin assez prononcé, et nul ne fut étonné d'apprendre que, sous le nom d Alexandre Debray qu'il s'était donné, se cachait un Grec nommé Alick Bollas.
Il avait été autrefois un rédacteur éphémère du Gil Blas. C'est là qu'il avait connu M. Pierre Mortier, auquel il avait voué, depuis cette époque, une haine mortelle."
— Zé lé touerai, disait-il fréquemment, en roulant des yeux furieux.
Mais nul ne prenait ses menaces au sérieux — nul, sauf M. Pierre Mortier.
Quelques jours avant la représentation du Général Boulanger, celui-ci avait reçu une lettre de Bollas, dans laquelle le Grec se livrait, avec une exaltation toute balkanique, à dès projets sanguinaires sur la personne de son ennemi et de sa famille. Mortier communiqua la lettre au commissaire de police qui dépêcha un inspecteur chez Debray-Bollas.
On a dit que la police n'avait pu mettre la main sur l'agité. Ce n'est pas exact. La vérité est que les enquêteurs s'étaient rendu compte que l'homme était un bavard . fanfaron, mais inoffensif.. Le commissaire fit savoir à M. Pierre. Mortier qu'il pouvait se rendre en toute quiétude à la répétition générale de sa pièce.
Mais M. Mortier jugea plus prudent de s'abstenir.
Aujourd'hui, il fait dire que c'est la maladie qui l'a retenu chez lui.



L'ultime coup fut porté par Les Nouvelles littéraires le 17 octobre 1931...

Le suicidé du théâtre de la Porte Saint=Martin

Alick Bollas dit Alexandre Debray s'est tiré une balle dans le ventre au cours de la soirée du 5 octobre ; il a subi l'opération de la laparotomie le 6 ; le 8 il se mariait in extremis et le 9 au soir il mourait. Parmi les œuvres de lui qui ont été citées, une a été oubliée : Orgueil de chair. Orgueil de chair est un très mauvais roman fort mal écrit.
Daté de décembre 1892 il a paru au commencement de 1893. Ce livre de 360 pages est dédicacé : "Au maître Aurélien Scholl en reconnaissance des encouragements que le premier il m'a donnés. - A. B."
Le volume n' eut aucun succès et l'éditeur le solda fin 1894.
A cette époque Alick Bollas avait moins de vingt-cinq ans, il se disait homme de lettres, était secrétaire de la rédaction de la Revue moderne et collaborateur du Pilori.

CENTRAL 32-65.



aaaaaarevovlerBollas.jpg

jeudi 15 juin 2017

Denis Lavant présente La Grande Vie de Jean-Pierre Martinet

AAA738_martinet2017-couverture.jpg



On ne dira jamais assez quel grand écrivain fut Jean-Pierre Martinet.
L'Arbre vengeur se fait un devoir de la faire savoir depuis de nombreuses années.
A l'occasion de la réédition dans la collection "L'Alambic" de sa La Grande Vie, préfacée désormais par Denis Lavant, mais oui, ce texte magistral est destiné à faire des émules chez les lecteurs.
Ne dit pas autre chose François Angelier dans la magnifique chronique qu'il vient de consacrer à ce grand maudit sur France Culture. Il le place auprès d'Henri Calet, de Samuel Beckett, de Céline et de Raymond Guérin, parmi les astres noirs qui ont su au siècle dernier exprimer la tragédie de l'être humain avec brio, force, fantaisie et, dans le cas de martinet, une terrible ironie tournée contre lui-même.
Soigneusement calfeutré sous une nouvelle couverture conçue par Nicolas Etienne, La Grande Vie de Jean-Pierre Martinet vous est promise... Ne ratez pas le coche.



Jean-Pierre Martinet La Grande Vie. Préface de Denis Lavant. Postface du Préfet maritime. - L'Arbre vengeur, 2017, 80 pages, 9€

mercredi 14 juin 2017

Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet

WarinMartinet.jpg


Retenez votre soirée du lundi 26 juin 2017. Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet, le documentaire de Niels Warolin sur une idée d'Alain Amirault, sera projeté pour la première fois...
Avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Julia Curiel, Raphaël Sorin, Eric Dussert, etc.

La séance aura lieu à La Générale à 20 h 15.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.



La Générale
14 avenue Parmentier
75011 Paris
Métro Voltaire

mardi 13 juin 2017

Syphilis m'était contée

AElizarovSafran.jpg


Mikhaïl Elizarov n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est court. Ce prosateur est fait pour la novella et pour la nouvelle. Les Ongles (Safran, 2014) l'avaient déjà prouvé et son recueil intitulé en russe "Dix-sept ans de pause cigarette", Syphilis en français, redouble la démonstration.
Sans dévoiler les dispositifs qu'imagine Elizarov, on ne peut éviter de signaler que ce garçon manifeste un certain trouble dès lors qu'il est question du corps. Le monde d'Elizarov subit des torsions aussitôt que la matière humaine intervient, se développe, s'use ou se transforme. Et il semble que chez Elizarov, elle se transforme beaucoup. Et souvent.
Caractéristique d'un fantastique du quotidien, à peine teinté, parfois, d'un peu de mysticisme, de diablerie et d'un baroque tempéré, on retrouve dans ces récits le petit dérèglement qui fait les bonnes nouvelles.
Pas pour tout le monde, naturellement.
Entre une lettre de Jésus-Christ, franchement lassé, les charmes de la vie sylvestre, l'oreille de Van Gogh et les tours de magie de Belashev, il est impossible de nier les audaces du fictionneur Elizarov, héritier gothique de Boulgakov.

Par exemple, Belashev gonflait du doigt des ballons ; il était capable de réduire jusqu'à des tailles invraisemblablement minuscules diverses parties du corps humain ; de s'effacer de la main le visage à la place duquel le spectateur ne voyait plus que du vide... Conscrit dans une brigade d'agitation & propagande de l'armée, il périt près de Koursk. Pendant une attaque aérienne, il avait trouvé refuge dans un tank et brûlé avec lui.


Pour sortir de la routine, des ruptures amoureuses, des incestes et des deuils, des travaux de ponts-et-chaussées et des histoires d'hôpitaux, suivez le conseil du Préfet maritime :

Voyez dingue, visez Russe, lisez Elizarov.



Mikhail Elizarov Syphilis. Traduit du russe par Stéphane A. Dudoignon. — Paris, Serge Safran éditeur, 2017, 189 pages, 18,90 €

lundi 12 juin 2017

La gouge et le couteau de Jean Lébédeff

Jean_Lebedeff.jpg


Jean Lébédeff (1884-1972), le graveur et illustrateur bien connu, se retrouve à l'honneur dans le catalogue de la librairie du Scalaire (Lyon). Marc Malfant y a réuni une partie de ses travaux et de sa bibliothèque personnelle.
Né en Russie près de Nijni-Novgorod, Jean Lébédeff était un fils d'agriculteur qui débuta dans la vie à quinze ans comme matelot sur la Volga, devint pilote et finalement capitaine. Engagé dans la lutte pour de meilleures conditions de vie, il fut traqué par la police tsariste et quitta la Russie en 1909 pour se réfugier à Paris où il entra à l'académie de Montparnasse. Dans la continuité d'une pratique personnelle ancienne, il se consacra au dessin et à la peinture, puis à la gravure sur bois abordant talentueusement l'illustration de livres en 1915.
Délaissant la gravure au point d'excellence où l'avait mené le XIXe siècle, il s'employa à retrouver les sensations et l'esthétique des maîtres de la gravure populaire anciens, illustrateurs des incunables ou de l'imagerie russe, renonçant à la virtuosité et portant ses œuvres aux yeux d'un public plus modeste.
Le catalogue de la librairie du Scalaire vous permettra de boucher les trous de votre collection, en particulier avec des ouvrages de la collection « Le Livre de demain » (Fayard) dont il fut un artisan important, ouvrages truffés de dessins et de gravures originaux, et de ce Conte du coq d'or de Pouchkine qu'il édita lui-même à 325 exemplaires sur sa presse à bras personnelle et dont il coloria à la main les illustrations.

Nulle bibliothèque sans son Lébédeff.
Vérifiez la vôtre.


Librairie du Scalaire
10, rue des Farges
69005 Lyon
06.10.17.78.84
librairieduscalaireATorange.fr

dimanche 11 juin 2017

La pince-sans-rire et les vieilles filles

ABarbarPym6.JPG


Rien ne sert de s'armer contre leur charme, les Anglaises nous emballent à tous les coups. Lorsqu'ils ont de l'humour, les Anglais aussi d'ailleurs. Mais les Anglaises, et en particulier celles de Barbara Pym, ont quelque chose de si violemment subtil - comment dire autrement - qu'on en reste interdit.
Attachés à ne pas se soumettre aux astuces et manigances de ces pince-sans-rire d'auteurs d'Outre-Manche, on ne se méfie au fond jamais assez de leurs bigotes à parapluie et de leurs pasteurs pétris de candeur. Tous, ils nous décontenancent dès lors qu'ils ont un pinceau à la main ou entreprennent n'importe quelle action un peu tactique. Une fête paroissiale par exemple, ou une invitation à prendre le thé.
Très différente des grandes romancières que furent Jean Rhys ou Doris Lessing, Barbara Pym est, elle aussi, une grande romancière anglaise. Elle fut relativement négligée, de son vivant, puisqu'une partie de son oeuvre peina à trouver éditeur, et après sa mort. Il fallait le poète Philip Larkin, en 1977, et sa tribune du Times, pour la remettre à l'honneur.
La réédition de ses Femmes remarquables propose la moëlle de l'oeuvre de Pym : Mildred Lathbury, la fille d'un pasteur décédé, travaille à mi-temps dans un centre d'aide aux femmes en difficulté et consacre le reste de son temps à la paroisse. La jeune femme à la vie routinière trouve avec l'installation d'un jeune couple à l'étage inférieure de sa maison sujets à réflexion. Elle est anthropologue et libre, lui est officier de marine et charmant. Tous deux amènent la jeune Mildred à s'interroger d'une manière inédite, sur des points qui ne l'avaient jamais effleurés auparavant. Le monde frappe à sa porte, et en particulier l'Autre, celui avec lequel on forge un couple, ce mystère fondamental...
Et puis il y a le troisième homme, ce blond anthropologue qui suit les offices...
Traité avec l'esprit délicat de Barbara Pym, Des femmes remarquables est une magnifique comédie de moeurs où dérision et mélancolie se disputent chaque page.

J’étais courbée au-dessus des poubelles, occupée à racler les quelques feuilles de thé et pelures de pommes de terre qui tapissaient le fond de mon seau. Cela m’embarrassait de lier connaissance en de telles circonstances. Il avait été dans mes intentions d’inviter un soir Mrs Napier à venir prendre le café. C’eût été une charmante et fort courtoise réunion, en l’honneur de laquelle j’aurais sorti mon plus beau service et disposé des biscuits sur un plat d’argent. Et voilà que je me tenais là, l’air gauche, affublée de mes plus vieux vêtements, les mains encombrées d’un seau et d’une corbeille à papier.


Après les Aventures de Cluny Brown de Margery Sharp (2015) et La Ferme de cousine Judith (2016), la collection Vintage devient la spécialiste de la grande comédie anglaise.

Avec la maison Wombat - on va y revenir - et certain volume tout frais des éditions L'Oeil d'or, on nous prépare un été de lectures délicieuses. Si vous ajoutez à votre baluchon La Grande Poursuite de Tom Sharp, la saison estivale sera vraiment très détendue.


Barbara Pym Des femmes remarquables. Roman traduit de l'anglais par Sabine Porte. - Paris, Belfond, "Vintage", 320 pages, 17 €

samedi 10 juin 2017

Petite Bibliographie lacunaire des éditions France Adel

AdelCharyn.jpg


Après avoir donné la Petite Bibliographie lacunaire de sa collection "Bibliothèque des Utopies" publiée entre 1977 et 1978 par les éditions France Adel, il nous a paru cohérent de proposer l'ensemble du catalogue de la maison, lequel n'est pas pléthorique, comme on va voir. Installée au 2 de la rue Fléchier dans le IXe arrondissement de Paris, cette maison a été lancée par Françoise Adelstain, d'abord attachée de presse aux éditions Fayard. Elle travailla par la suite avec André Balland. On lui doit d'avoir fait paraître sous sa marque ou celle de Balland les premières traductions des romans de William Boyd, Jerome Charyn et Ruth Prawer Jhabvala, des documents d'histoire contemporaine, des biographies. Elle se lancera ensuite dans la traduction en commençant par les 1200 pages du formidable roman de Vikram Seth : Un garçon convenable (Grasset, 1995). Suivront d'autres travaux pour les oeuvres d’écrivains anglo-indiens (Rohinton Mistry, Anita Rau Badami, etc.), des romanciers américains, de documents et particulièrement la correspondance (Hannah Arendt-Mary McCarthy, etc).
Voici déjà le


Catalogue lacunaire des éditions France Adel



Daniel Zimmerman La Garderie. - Paris, F. Adel, 1976, 129 p.

Adelmoindremale.jpgFlorence Michel Le Moindre mâle. - Paris, F. Adel, 1977, 241 p.

AdelFuroncles.jpgBernard Matthieu Furoncles, roman. - Paris, F. Adel, 1977, 181 p.

Restif de la Bretonne La Découverte australe par un homme-volant ou le Dédale français, nouvelle philosophique. Préface de Jacques Lacarrière. - Paris, France Adel, 1977, "Bibliothèque des utopies" (n° 1), 260 pages.

Louis-Sébastien Mercier L'An 2440, rêve s'il en fut jamais. Préface d'Alain Pons. - Paris, France Adel, 1977, "Bibliothèque des utopies" (n° 2), 349 pages

AdelPaixsaccag_ee.jpgDaniel Yersin La Paix saccagée. Les origines de la guerre froide et la division de l'Europe. - Paris, Balland-France Adel, 1977, 327 p.

AdelSussOK.jpgLion Feuchtwanger Le Juif Süss, traduit de l'allemand par Maurice Rémon. Préface de Léon Poliakov. - (Paris), Balland-F. Adel, 1978, VI-358 p.

GalluMarmite.jpgGallus (Arthur de Bonnard)La Marmite libératrice ou le Commerce transformé, simple entretien. Préface de Henri Desroche. - Paris, Balland-France Adel, 1978, "Bibliothèque des utopies" (n° 3), XXIX-246 pages

ALawrenceApocalypse.jpgD.H. Lawrence Apocalypse, traduit de l'anglais par Fanny Deleuze. Préface de Fanny et Gilles Deleuze. - Paris, France Adel, 1978, 211 p.

pierrepontBnOyes.jpgPierrepont B. Noyes
La Maison de mon père, récit traduit de l'américain par Paulin Desroche. Préface de Henri Desroche. - Paris, Balland-France Adel, 1978, "Bibliothèque des utopies" (n° 4), 318 pages

AdelCowboys.jpgTom Robbins Même les cow-girls ont du vague à l'âme, traduit de l'américain par Philippe Mikriammos. - Paris, F. Adel, (Paris), Balland, 1978, 348 p.
;
AdelGeants.jpgFrédérick Tristan Géants & Gueux de Flandres. - Paris, Balland-F. Adel, 1978, 257 p.

Jerome Charyn Le Ver et le solitaire, traduit de l'américain par Daniel Mauroc. - (Paris), Balland-F. Adel, 1979, 262 p.

Ademuisoqiechjaunre.jpgDoris Grumbach Petite Musique de chambre. - Paris, Balland-France Adel, 243 p.

AdelSauvequipeut.jpgFrank Snepp Sauve qui peut. La chute de Saigon et la fuite des Américains racontée par un des hauts responsables de la C.I.A. au Vietnam, traduit de l'américain par Renée et Pierre Van De Putte. - Paris, Balland-France Adel, 1979, 167-(16) p. de pl.

adelJussubger.jpgWilliam Shawcross Une tragédie sans importance, traduit de l'anglais par Françoise Bonnet. - (Paris), Balland-F. Adel, 1979, 438 p.

AdelTaupes.jpgJesus Torbado et Manuel LEguineche Les Taupes. Terrorisés, ces espagnols se sont terrés pendant 30 ans. trad. de l'espagnol par Bernard Lelong. - Paris, Balland-France Adel, 1979, 310 p.

Adelsouriciere.jpgCurtis Cate La souricière. Berlin 1961, l'histoire du mur de la honte, traduit de l'anglais par Jacqueline Carnaud avec la collaboration de l'auteur. - Paris, Balland-France Adel, 1980, 404-(8) p. de pl. :


Annoncé mais jamais publié :
Edward Bellamy Cent ans après

vendredi 9 juin 2017

Des nouvelles de Jacques Decour

Decour-75-1-Couv-200.jpg



Il y a soixante-quinze ans, Jacques Decour était fusillé par les Nazis. Ce jeune homme de trente-deux ans était un espoir de l'intelligence. C'était le 30 mai 1942.
Son acte qu'on ferait bien de ne pas négliger, la fondation de la résistance intellectuelle en France, tout en lui coûtant la vie, plongeait des racines profondes à laquelle nous puisons toujours. On doit lui en être reconnaissant et suivre son exemple lorsqu'à trop bailler aux corneilles on laisse s'infiltrer la violence — toutes les violences — dans notre existence collective.
Par la publication de ce livre gorgé de documents inédits, de dessins, de photos, de témoignages et d'un poème inédit, Emmanuel Bluteau nous propose une biographie chronologique de Jacques Decour depuis sa naissance, le 21 février 1910, dans le XVIIe arrondissement de Paris, jusqu'à sa mort au Mont-Valérien, en passant par les moments phares de son existence, la création des Lettres françaises, de La Pensée libre et de L'Université libre, les trois titres de résistance qu'il contribua à fonder.



Jacques DecourQuand vous voudrez de mes nouvelles. Edition établie par Emmanuel Bluteau. Préface de Brigitte Decour. — La Thébaïde, 72 pages, 15 €

jeudi 8 juin 2017

Le Paco Rabanne de la Révolution

ComiteTranslucide.jpg


Il y a longtemps que ça lui pendait au nez : Eric Hazan vient d'être fessé publiquement.
Parfaitement en phase avec l'ère macroneuse, l'agitateur de librairie vient d'être dévoilé dans un pamphlet impeccable que l'on attendait depuis longtemps : Je sens que ça vient.
Editeur et auteur fils d'éditeur, bon bourgeois assis, Eric Hazan promène depuis une paire de lustres une lippe de penseur "impliqué" jouant au prophète révolutionnaire. C'est en vérité un léger gourou entouré d'un "Comité invisible". C'est confortable, une institution rejouant la grande dramaturgie de la rébellion et de l'indiscipline dans un contexte doucement démocratique. Et à l'intention de qui ? de la moyenne bourgeoisie intellectuelle, largement laminée depuis 1968, inoffensive comme un caniche de concours, inodore, sottement convaincue de l'importance de sa critique radicalement "radicale"...
Le Comité translucide vient mettre les points sur les i avec son petit pamphlet dont le ton très posé mérite des compliments : il est clair, précis et ne donne pas dans l'esbroufe de l'effet de manches. Tout le monde peut comprendre, y compris les apôtres de la Révolution à venir et les hazanophiles, qu'ils soient à turbine ou à ressort. Le Comité translucide ne prend pas non plus les vessies pour des lancers chinoises. Echantillon de cette mise en garde contre cette "littérature pour happy few soucieux de distinction révolutionnaire" sans risque :

Personne parmi eux ne parle plus, bien sûr, de "grand soir" et de "lendemains qui chantent". Mais ce serait néanmoins mal les connaître que de croire pour autant que le "désir de révolution" qui taraudait leurs homologues des générations précédentes ne les ait pas saisis à leur tour, encore que là aussi on préfère parler d'"émancipation" — à la connotation plus individualiste et surtout moins violente voir non— ouvrant ainsi la voie à une nouvelle vague d'enchanteurs diplômés susceptibles, sinon de combler ce désir, du moins de l'apaiser à l'aide de fictions plus ou moins savantes dont le trait commun est la cocasserie, laquelle est redoublée par l'esprit de sérieux qui imprègne les auteurs.
C'est à un premier échantillon — d'autre suivront — de ce pensée qui se pense subversive qu'est consacrée la série en trois volets qui suit, rédigée sous l'égide d'une comité auto-baptisé "translucide", faute d'un autre nom, pour faire rimer invisibilité et lucidité.


Au fond, outre l'erreur d'appréciation sur la situation présente d'Hazan et consorts, le Comité translucide dénonce une mystification moins inconséquente qu'il n'y paraît.
En mettant à bas les arguments lénifiants d'Hazan et de son Comité aux emballements pré-pubères - voir l'édifiant entretien d'Alternative libertaire d'octobre 2013 où Hazan revêt la redingote du meneur d'hommes -, c'est une saine leçon qu'apportent les anonymes publiés par la maison Delga, vieux bastion communiste il est vrai.
Nous vous laissons désormais découvrir le détail de l'argumentation (3 €, vous n'allez pas vous ruiner.)
Nous nous garderons de l'oublier : Eric Hazan est le Paco Rabanne de la Révolution.
Il devrait y songer : la prochaine étape, c'est l'entartage.




Comité translucide Je sens que ça vient. — Paris, La Phasique éditions (éd. Delga, 38 rue Dunois, 75013 Paris), 2017, 24 pages, 3 €

mercredi 7 juin 2017

Gaston Criel promu par Miller

FoutaiseCrielABreton.jpg



A propos de La Grande Foutaise, l'excellent roman de Gaston Criel, Henry Miller écrivait ceci dans Arts sous la forme d'une lettre à l'auteur :

"Il m'a donné l'impression de revivre ma propre vie, à New York, à Paris ou dans un de ces culs-de-sac abandonnés de Dieu, où on se retrouve quand on est inconnu, méconnu et indésirable, et quand on ne sait pas soi-même ce qu'on demande à la vie, à part le vivre et le couvert. (...) Quant au langage dans lequel l'histoire est contée, quel autre langage pourrait-on choisir, j'aimerais le savoir ? C'est un langage vivant, plein de mordant et des sortilège de la misère qui l'a produit.




Gaston Criel La Grande Foutaise. - Paris, Fasquelle, 1953 ; réédition Plasma, 1979.

Les éditions du Sonneur annoncent pour la rentrée une nouvelle édition de L'Os quotidien de Gaston Criel équipée d'une préface de Jacques Josse, n'est-ce pas parfait ?



mardi 6 juin 2017

Petite bibliographie lacunaire de la collection D'Etranges pays

aaaaaKoutchak.jpg

Entre 1976 et 1989, les Presses orientalistes de France ont publié l'une des collections de littérature étrangère les plus captivantes qui soit.
Y apparaissait des chefs-d'oeuvres géorgiens, kirghiz, arméniens, japonais, slovènes, russes, turcs, chinois, khmers, etc. dans une jaillissante variété. Un catalogue où désormais pioche allègrement la nouvelle génération d'éditeurs, qui donnent parfois l'impression d'avoir fait eux-mêmes la découverte du plat qu'ils nous servent.
Saluons comme il le mérite le travail qu'ont effectué les éditeurs brillants et discrets d'alors dont la bibliographie qui suit dit bien les mérites. Quant aux textes magnifiques qui figurent à ce catalogue, ils sont de nature à nous réjouir plus encore.



Catalogue lacunaire

Vladimir Bouritch ''Poèmes, traduit par Léon Robel 1976.

Ivan Vazov ''Sous le joug, traduit du bulgare par Roger Bernard et Nadia Christophorov, 1976.

Collectif ''Chants de palefreniers, traduit du japonais par René Sieffert, 1976.

Oljas Souleimenov ''Le livre de glaise, traduit du russe par Léon Robel, 1977.

Collectif ''Soleil noir. La poésie macédonienne d'aujourd'hui, traduit du macédonien, introduction de Milan Djurcinov. 1977.

Ciril Kosmač ''La Ballade de la trompette et du nuage, traduit du slovène par Jean Durand-Monti, 1977.

Yehuda Amichai ''Poèmes, traduit de l'hébreu de Liliane Touboul, 1977.

Tanizaki Junichirô ''Éloge de l'ombre, traduit du japonais par René Sieffert, 1977

Collectif ''La nouvelle poésie de l'Arménie soviétique. Poèmes traduits et présentés par Vahé Godel, 1977.

Ivo Andritch ''L'éléphant du vizir. Récits de Bosnie et d'ailleurs, traduits du serbo-croate par Janine Matillon. Préface de Predrag Matvejevitch, 1977.

Sabahattin Ali ''Youssouf le Taciturne, roman traduit du turc par Paul Dumont, 1977.

Gyula Illyés ''Poèmes, adaptés du hongrois, 1978.

Juhani Aho ''L'écume des rapides, roman, traduit du finnois par Lucie Thomas, 1978.

Ping-Sin ''Eaux printanières, traduit du chinois par Anne Cheng, 1979.

Ai Ts’ing ''Poèmes, traduit du chinois et présentés par Catherine Vignal, 1979.

Mihaly Vörösmarty ''Histoire du prince Tchongor et de la fée Tündè, pièce en 5 actes, traduit du hongrois par Roger Richard. Préface de Jean Gergely, 1980.

Babur ''Le livre de Babur. Mémoires de Zahiruddin Muhammad Babur de 1494 à 1529, traduit du turc tchaghatay par Jean-Louis Bacqué-Grammont, annoté par J.-L. Bacqué-Grammont et Mohibbul Hasan. Préface de Sabakhat Azimdjanova, Abd-al-Hayy Habibi et Mohibbul Hasan, 1980.

Lao She ''La Cité des chats, traduit du chinois par Geneviève François-Poncet, 1981.

Ciril Kosmač ''Une journée de printemps, traduit du slovène par Jean Durand-Monti, 1982.

Ioury Rytkheou ''Quand partent les baleines, traduit du russe par Monique Salzmann, 1983.

Zakarīyā Tamer ''Printemps de cendre, nouvelles choisies, présentées et trad. de l'arabe par Claude Krul-Attinger, 1983.

Tanizaki Junichirô ''Éloge de l'ombre, traduit du japonais par René Sieffert, 1983.

István Örkény ''Soeur Gloria, traduit du hongrois par Jean-Michel Kalmbach, 1983.

Yuan Hongdao ''Nuages et pierres, traduit du chinois par Martine Vallette-Hémery, 1983.

Yanagita Kunio ''Contes du Japon d'autrefois, traduit du japonais par Geneviève Sieffert, 1983.

Collectif ''Contes kirghiz de la steppe et de la montagne, trad. et présentés par Rémy Dor, 1983.

Mór Jókai Les trois fils de Coeur-de-Pierre, traduit du hongrois par Aurélien Sauvageot, 1983.

Shimazaki Tōson Une famille, roman traduit du japonais par Suzanne Rosset, 1984.

István Örkény Floralies, traduit du hongrois par Jean-Michel Kalmbach. Présentation de Lajos Nyéki, 1984.

Inoué Yasushi La Geste des Sanada, nouvelles traduites du japonais par René Sieffert, 1984.

Miklós Hubay Néronissime ou L'Empereur s'amuse, suivi de l'École des génies, traduit du hongrois et adapté par Jean-Luc Moreau, 1984.

Soulkhan-Saba Orbeliani La vérité du mensonge, traduit du géorgien et préfacé par Gaston Bouatchidzé. Illustrations de Lado Goudiachvili, 1984.

Inoué Yasushi Une Voix dans la nuit, roman, traduit du japonais par Catherine Ancelot, 1985.

Kaikō Takeshi L'Opéra des gueux, traduit du japonais par Jacques Lalloz, 1985.

Bankim Chandra Chatterji Le Monastère de la Félicité, traduit du bengali et présenté par France Bhattacharya, 1985

Frigyes Karinthy Danse sur la corde, traduit du hongrois par Françoise Jarcsek-Gál, 1985.

Conjeevaram Nataraja Annaduraï Râdâ de Rangoon, traduit du tamoul par Léonce Cadelis, 1985.

Collectif Anthologie hussite. Choix de textes traduit et commenté par Jan Lavička, 1985.

Ismail Kadare La Ville du Sud et douze autres, nouvelles, 1985.

Tayama Katai Futon, nouvelles, traduit du japonais par Amina Okada, 1986.

Inoue Yasushi La Tuile de Tenpyô, 1986.

Nagai Kafū Voitures de nuit, nouvelles, traduit du japonais par Roger Brylinski, 1986.

Dezső Kosztolányi L'oeil-de-mer. Dangers et destins, nouvelles traduites du hongrois sous la direction de Jean-Luc Moreau, 1986.

Mori Ōgai L'Oie sauvage, traduit du japonais par Reiko Vergnerie, 1987.

Dezső Kosztolányi L'Oeil-de-mer. 2, Dessins à la plume, nouvelles traduites du hongrois sous la direction de Jean-Luc Moreau, 1987.

Bashô et alii Jours d'hiver, présenté et traduit du japonais par René Sieffert, 1987.

Tadeusz Konwicki Chronique des événements amoureux, traduit du polonais par Hélène Włodarczyk, 1987.

Aleksis Kivi Les Cordonniers de la lande, comédie en cinq actes, traduit du finnois par Lucie Thomas et Aimo Sakari, 1988.

Vaja Pchavéla Le Mangeur de serpent et autres poèmes, traduit du géorgien et préfacé par Gaston Bouatchidzé, 1989.

Tanizaki Junichirô Éloge de l'ombre, traduit du japonais par René Sieffert, 1989.

KostoPof.jpg

- page 1 de 306