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jeudi 8 décembre 2016

Lire un oeuf

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Vous en avez assez de lire des trucs sans intérêt ?
Lisez un oeuf !


mercredi 7 décembre 2016

Crevel tout seul

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René Crevel est l’auteur des trente-quatre lettres inédites tout juste publiées par Alexandre Marc. Entre avril 1925 et l'été 1928, elles étaient destinées à Albert Flament (1877-1956), le critique littéraire et confident de Crevel, Caresse Crosby (1891-1970), jeune veuve et éditrice des Black Sun Press, ainsi que Jean Schlumberger (1877-1958), le co-fondateur de la NRF qu’on ne présente plus. Trois interlocuteurs et la même soif de contact, de confidences, de projets sans cesse renouvelés. Trois correspondances nimbées d’angoisse, parfois forte, qui émane de ces demandes incessantes de contact : « écrivez-moi », conclue-t-il ses lettres.
Son appel est si fort qu’il en est déchirant. René Crevel le confesse : « Je n’ai le courage d’aucune solitude. »

Mon cher Albert,
Ma vie ici est un quasi néant. Et c'est parce qu'il n'y plus rien à dire que ce silence entre mes amis et moi descend
Votre René



René Crevel La Sagesse n’est pas difficile. — La Nerthe, 114 pages, 12 €

mardi 6 décembre 2016

Descendre du cheval empanaché

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C'est peut-être un désir inconscient de rachat qui a poussé de nombreux chercheurs, attentifs et méticuleux — et il m'y conduit aussi parfois —, à supposer que cet homme qui croyait à l'aventure était capable d'admettre, à la fin, que la sienne était erronée et que la véritable, la plus risquée des aventures est de reconnaître l'impossibilité de nos rêves égocentriques et absurdes, accepter avec humilité cette désillusion nécessaire, descendre du cheval empanaché et cheminer sur les chemins de cette terre qui accueille et soutient tous les voyageurs, sans distinction de rang.



Claudio Magris Enquête sur un sabre. — Paris, Desjonquères, 1987 ; Gallimard, L'Imaginaire, 2015.



Illustration du billet © Draco Semlich 2016


lundi 5 décembre 2016

Pédalera-t-il ?

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Rétif à la bicyclette, contrairement à Jarry ou à Cingria, le grand Edmondo de Amicis s'ouvrit néanmoins d'une relative "tentation" qui lui faisait des fourmis, mais pas au point de passer à l'acte non plus.
Dans sa confession, on découvre les curieux arguments qui lui furent opposés pour qu'il enfourche enfin la trépidante :

C'est ainsi que commença pour moi la période des tentations secrètes. Elles furent accompagnées par d'autres, venues de l'extérieur, que m'offraient ceux qui font publicité de toutes les choses nouvelles. Comment ne pas se sentir tenté quand, sept fois par semaine au moins, on vous demande : "Pourquoi n'allez-vous pas - ou vas-tu pas - à bicyclette ?" Il y eut de braves gens qui me dirent les choses vraiment en face, comme s'il s'agissait de saveur mon âme, et qui me proposèrent un professeur, me promirent les secrets de l'apprentissage, m'offrent de m'accompagner dans les premières excursions. Je reçus aussi des lettres d'amis lointains, qui cherchaient à me pousser vers le cyclisme, leur passion souveraine, en quatre pages d'exhortations chaleureuses. Beaucoup usaient, pour me toucher au vif, de l'aiguillon de la critique littéraire. L'un d'eux m'écrivit : "Tu verrais combien cela pourrait améliorer ton style : "il y a, même dans tes meilleurs pages, certaines stagnations dans le flux du propos, et cela, à l'avenir, ne se produirait plus." Un autre m'écrivit : "Si vous pédaliez, votre esprit s'habituerait à embrasser une plus grande quantité de choses en même temps, vous seriez d'une concision plus synthétique dans l'expression de votre pensée..." Ces remarques, je l'avoue, me firent beaucoup réfléchir. (...)




Edmondo de Amicis La Tentation de la bicyclette. Préface d'Olivier Favier. — Paris, Les éditions du Sonneur, 48 pages, 5 €

dimanche 4 décembre 2016

Les couvertures du siècle dernier (LXIX)

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Watership Down, le fameux roman lapinesque de Richard Adams (1974)... Il a reparu dans un magnifique fracas graphique chez Monsieur Toussaint Louverture, mais voici pour information la couverture de 1976 dans son jus.
Elle a vieilli sans doute, mais elle prouve au moins une chose :
En matière de camouflage les lapins sont champions.


samedi 3 décembre 2016

Du rififi chez les lapins

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Pour un samedi tranquille, voici la carte qui permet de lire Watership Down de Richard Adams en toute tranquillité.

Gaffe aux taupinières et aux animaux domestiques.




P.S. Une version HD lisible de la carte : ici.

vendredi 2 décembre 2016

Magritte et quelques autres

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INtéressant catalogue conjoint des libraires Jean-Yves Lacroix et Benjamin Pitchal intitulé "Exilés & Précurseurs".
On y trouve en particulier la collection des rares Cartes d'après nature de Magritte, une publication uninominale, coloriée à la main ! dont le peintre gratifiait ses amis.
Parmi les autres jolies objets du désir :
un portrait photographie de Courbet par Appert
un moulage de la main droite de Victor Hugo de 1877 par GIrolami
un portrait de Verlain endormi par Paterne Berrichon
un exemplaire des Portraits du prochain siècle (1894)
l'Introduction à une Chimie unitaire d'August Strinberg (1895)
Le Pavillon ou La Saison de Thomas W. Lance. Petit poème cultique, de Levey (1897)
une rare édition du 41° d'Iliazd, Buka Russkoy literatury ("Le père fouettard de la littérature nationale", 1923)
le Genêt de Siegfried Kracauer (1933)
une page manuscrite de Walter Benjamin et une lettre
quelques folastries d'Auguste Boncors
une rare affiche du Dada Jazz Band des Réverbères de Noël Arnaud (mai 1939)
l'ultime livraison du Cheval de 4 de Michel Tapié (août 1944))
une lettre d'Emmanuel Peillet à Jacques Bonnefoy dévoilant de fait le pot-aux-roses de l'affaire Torma (20 juin 1947)
lae programme du Festival du film maudit (Biarritz, 29 juillet-5 août 1949) des envois d'André Hardellet dont l'un particulièrement touchant sur La Cité Montgol (Seghers, 1952)

A ma petite Maman,
ces images qui fardent un peu le souvenir de ma jeune,
En l'embrassant très fort, le fils

Ou celui-ci, amusant, sur Les Chasseurs deux (Pauvret, 1973)

Pour André Hardellet,
dans un moment d'oublié de la réalité.
André Hardellet




jeudi 1 décembre 2016

De la compréhension selon Robert Walser

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« Qui que tu sois, toi qui lis ces lignes, je te supplie de toute mon âme de ne pas me considérer comme digne de pitié, mais plutôt comme enviable. On croit qu'il faut se comprendre mutuellement, ce qui n'est absolument pas nécessaire. Car il y a beaucoup plus d'intelligence à se satisfaire les uns des autres. Il n'y a aucun avantage à comprendre autrui, mais on a tout à gagner si on aime le voir, et si nos paroles le vivifient. »



Robert Walser « Il m'est difficile de vous décrire... », Le Territoire du crayon. — Zoé, 2013.



Illustration du billet : Efroimson Illya Yakovlevich (1913-1992), huile sur toile, 59/49 cm.



mercredi 30 novembre 2016

Les Coulisses du plomb

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Très beau recueil de Guy Girard, poète et peintre, accompagné par les polaroïds de Christian Martinache.
Queue de traine surréaliste, de bon aloi, très imagé et serein. Même si les pingouins y prennent le drapeau de la révolte...

Le poids d'un peigne
Je ne sais plus de quelle horde il s'agit : des êtres bien peignés des champignons de hasard ou des bouchons de parade venus des confins de la roseraie mentale qui se disputent l'acoustique de ma falaise.
Quelques siècles plus tôt,tout aurait été si simple : tatouer les nénuphars et dénouer les tatous. Mais aujourd'hui, quelle corvée que de se couper le coeur en quatre sous l'aura d'un cosmonaute au rire dialectique !
Sinon, à la pleine lune, il suffit d'applaudir pour qu'une fée couverte de sparadrap surgisse d'une reprise de "Raw Power" par les invisibles...




Guy Girard Les Coulisses du Plomb. Polaroïds de Chrstian Martinache. Préface de Jean-Pierre Lassalle. — Nevers, Le Grand Tamanoir, 98 pages, 12 €

A noter : ce sont les éditions du Grand Tamanoir promettent qui ont publié le volume d'Her de Vries consacré aux éditions de "Fata Morgana" (Ciel Changeants. Marseille-New York-Buenos Aires), avec des documents inédits (2013, 82 p., 10 €


lundi 28 novembre 2016

Toujours la sieste

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Aussi douillettement installé qu'un pasteur de Theodor Powys, le prêtre orthodoxe de Panteleïmon Romanov (1884-1938) n'a rien à lui envier...
C'est un authentique art de vivre que l'on voit se déployer, là, sous nos yeux.
Et l'oeil, Romanov l'avait incroyablement affûté.
Encore assez peu traduit en France malgré les efforts de Luba Jurgenson, des éditions du Griot puis des éditions Héros-limite, il y a là un auteur "à suivre".
Bientôt un mot sur son Camarade Kisliakov...


Avec quel sentiment de calme joyeux, qui puisait à des causes profondes, invisibles, retrouva-t-il la régularité de son existence !
De nouveau, la vie devint légère, tranquille, de nouveau elle coula dans le moule contre lequel il s'était révolté.
A présent Fiodot Ivanovitch faisait la sieste non seulement après le déjeuner, mais aussi après le petit-déjeuner, et avant le dîner. Mais c'était celle d'après déjeuner qu'il appréciait le plus.
On tirait le rideau dans la chambre à coucher. Les mouches s'en allaient au plafond ou se promenaient sur l'oreille, tournant le dos l'une à l'autre. On mettait du kvas sur la table de chevet ; Fiodor Ivanovitch ses déshabillait et s'effondrait sur l'édredon, que l'on avait battu jusqu'à ce qu'il devînt tout vaporeux.
Au bout de deux, trois heures de sommeil, une douce et délicieuse détente gagnait tout son corps. Etendu sur l'édredon chaud, bras et jambes écartés, il gémissait même d'un excès de plaisir qui drôle presque la souffrance. Son corps s'abandonnait à une faiblesse extrême, tout mouvement accompli à cet instant causait une douleur, le ramenant péniblement à la réalité.
Il était totalement impossible, dans ces moments-là, de le réveiller pour quelque besoin personnel. Mais, chose étrange, il suffisait à ses oreilles d'entendre un son de cloche, même faible, pour que le message lui parvînt, et aussitôt le père Fiodor se mettait en mouvement, prêt à l'emploi, autrement dir, prêt à accomplir son devoir.



Panteleïmon S. Romanov Le Droit de vivre ou le problème des sans-parti, traduit par Luba Jurgenson. — Genève, Héros-Limite, coll. "Feuilles d'herbe", 312 pages, 13 €

dimanche 27 novembre 2016

Branle-bas !

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Caboteurs et caboteuses, le Préfet maritime ne pouvait faire autrement que de vous alerter à propos de la parution d'un dictionnaire illustré des termes de marine passés dans le lexique courant. Vous pouvez imaginez, bande de marins d'eau douce, combien il est passionnant.
Ne serait-ce que parce qu'Il a été rédigé par Stéphane Mahieu, dont on a évoqués déjà les excellents travaux ici même —, un homme de marine et adulateur des mots qui sait parfaitement de quoi il cause : prendre une biture, être en valdingue ou dans le coaltar, en bapaume, en pantenne ou dans la pétole, se mettre en machemoure... tout ça lui est familier. Mais il nous dévoile aussi d'où vient le vrac, ce qu'est un subrécargue, une baderne, un brûlot. Tout un monde, quoi.
Pour vous appâter tout à fait, un échantillon : auriez-vous deviné ce qu'était un "interlope" ?
Ne faites pas les malins !
Eh non, ça n'est pas qu'un adjectif, c'est d'abord un substantif signalant un bateau qui fait de la contrebande avec des pays lointains dont le commerce est exclusivement réservé à une grande compagnie. Que le monde de la mer est riche !
Bref, servi avec force rasades de citations littéraires, ce livre est la preuve que le monde de la mer n'a pas fasciné que Poe et qu'il convient à tous, dès à présent. Vous y lirez, outre Stéphane Mathieu lui-même, Jules Vallès ou Bertrand Russell, c'est tout dire. Et même ce superbe vers de Robert Desnos dans Corps et Biens :

"La mer, c'est la nuit qui dort pendant le jour"




Stéphane Mathieu Mettre les voiles et autres expressions nées de la mer. Dictionnaire illustré. — Paris, Vagnon, 160 pages, 22,95 €.

samedi 26 novembre 2016

Acoustique de la lecture

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On connaît Christiane Veschambre depuis l'époque où elle éditait avec Thierry Trany et Florence Pazzottu la revue Petite. On reparlera de cette revue pas si petite et magnifiquement colorée. A l'époque déjà ses sommaires parlaient pour elle. Mais revenons au sujet du jour : Christiane Veschambre et sa Basse Langue. Depuis Les Lais de la traverse, publiés aux éditions des Femmes en 1979, Christiane Veschambre écrit et publie. Basse Langue, son livre récemment paru aux éditions Isabelle Sauvage montre comment sa lecture, ses plongées répétées dans les langues d'autrui (Erri de Luca, Robert Walser, Gilles Deleuze et Emily Dickinson en particulier) révèle une source de sa vie et de sa création, quelque chose de profondément enfoui en tout cas.

Enfant, j'ignorais que les livres étaient écrits par des personnes. J'ignorais qu'ils étaient écrits. C'était de l'écriture, cela je l'avais sous les yeux, et j'aimais y aller, y demeurer. Et les livres, je les aimais tout entière chaque qu'il m'en arrivait un - ce n'était pas une maisons avec livres là où je vivais mais chaque individu-livre y entrant, à l'occasion, était accueilli à l'égale des choses qui permettaient de vivre comme la nourriture, le charbon, les vêtements, le buffet, le robinet, le poste de radio.

Le poste de radio, oui, bien sûr. Car au fond, en dévoilant le parcours de la lectrice Christiane Veschambre dans le parcours de l'écrivain Christiane Veschambre, son récit évoque un cas d'acoustique poétique, la lecture faisant office de capteur de sons. Les sons captés au cours des lectures, différentes pour différents sonnent, provoquent des vibrations qui, conjuguées, font jaillir une basse profonde. C'est un peu le principe de l'orgue au bourdon ou de la troisième voix du chant mongole, l'irruption d'une infra-basse qui fait s'écrouler les ponts, mais l'exemple est mal choisi... cette basse langue des profondeurs est ici celle dont la sédimentation provoque la fondation, la création, le solide.


Christiane Veschambre Basse Langue. - Plounéour-Ménez, éditions Isabelle Sauvage, 142 pages, 18 €


vendredi 25 novembre 2016

Les libertins vus par leurs cadets

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Les libertins du XVII siècle vus par les bibliophiles du XIXe, c'est le sujet de la journée d'études intitulée "Un XVIIe siècle hors Panthéon : les "libertins" au XIXe siècle" organisée la semaine prochaine (2/12) à l'ENS de Lyon par Michèle Rosellini et Stéphane Zékian. Il sera question de la redécouverte des libertins (façons XVIIe) par les bibliophiles et bibliomanes du XIXe siècle, c'est-à-dire Jules Gay, Théophile Gautier ou Paul Lacroix, François-Tommy Perrens et alii, ou encore, à cheval entre deux siècles Frédéric Lachèvre (1855-1943).
Comme ce sera une journée de travail sérieux, nous glissons ici le programme officiel des festivités :

Cette journée d’étude souhaite revenir sur une dimension du xviie siècle longtemps minorée. En éclairant les avatars post-révolutionnaires de figures et de corpus catégorisés comme « libertins érudits » ou délibérément rejetés sous l’étiquette du « libertinage de mœurs », notre objectif sera de contribuer au comblement de ce qui fut longtemps un angle mort de l’historiographie littéraire et philosophique.
Incarnée par des figures de penseurs comme La Mothe Le Vayer, Naudé ou Gassendi, mais aussi de poètes et de romanciers comme Théophile de Viau et Cyrano de Bergerac, cette contre-culture du XVIIe siècle a pâti du privilège exorbitant conféré au « siècle de Louis XIV » conçu à la fois comme résumé suffisant de tout le XVIIe siècle et comme identifiant national. Pareille observation vaut surtout pour l’Université, où cet autre XVIIe siècle ne sera exhumé (et souvent encore méprisé) que sous la IIIe République.
Encore faut-il ne pas ériger le dernier tiers du xixe siècle en point de départ absolu. Dès le début du siècle, et bien que la catégorie même de « libertinage érudit » ne soit pas encore instituée, les corpus en question sont édités et commentés selon des principes de nomination, de classification et d’évaluation qui restent à étudier en tant que tels.
Au carrefour de la mémoire académique et de l’érudition bibliophilique, c’est bien à la mise en histoire d’un XVIIe siècle hors Panthéon que vise cette rencontre.



Programme
9h00 Accueil des participants et introduction générale
Michèle Rosellini et Stéphane Zékian
9h30 Melaine Folliard (CIELAM-AMU) : « Théophile de Viau au xixe siècle : libre-penseur ou poète sans sagesse ? »
10h00 Bruno Roche (IHRIM-Saint-Étienne) : « La réception des Dialogues faits à l’imitation des Anciens de La Mothe Le Vayer au XIXe siècle, ou les paradoxes de la critique moralisatrice »
Présidence : Antony McKenna (IHRIM / Saint-Étienne)
10h30•11h discussion
11h15 Charles-Olivier Stiker-Métral (Université Lille III / ALITHILA) : « Saint-Évremond, un auteur pour happy few ? »
11h45 Stéphane Zékian (CNRS / IHRIM) : « Saint-Évremond à l’Académie »
12h15•12h45 discussion
Déjeuner 12h45•14h00
(Pas de sieste mentionnée)
14h00 Magali Charreire (Université Montpellier III / CRISES) : « Paul Lacroix et les “libertins érudits” du XVIIe siècle : enjeux d’un inventaire romantique au xixe siècle »
14h30 Mathilde Bombart (Université Lyon III-IHRIM) : « Une politique de la rareté bibliographique : les libertins du XVIIe siècle catalogués et édités par Jules Gay »
15h00 Aurélie Julia (Revue des deux mondes) : « Frédéric Lachèvre, un érudit à la poursuite des libertins »
15h30•16h15 discussion
Pause 16h15•16h30
16h30 Michèle Rosellini (IHRIM-ENS) : « Le phénomène bibliophilique dans la deuxième moitié du xixe siècle : exhumation, actualisation ou dénaturation du libertinage érotique du xviie siècle ? »
17h00 Pierre-François Moreau (IHRIM-ENS) : « Relire Perrens. Sur la construction des catégories »

Vendredi 2 décembre, ENS Lyon, site Descartes, salle F120


jeudi 24 novembre 2016

Les couvertures du siècle dernier (LXVIII)

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Charles Vildrac Vers le travail, Milot. Livre de lecture courante. - Paris, : Société universitaire d'éditions et de librairie, 1933. 90 compositions originales d'Henri Mirande, 268 pages

mercredi 23 novembre 2016

Un livre curieux

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XXVI

En lisant l'Annuaire, ou plutôt en le feuilletant au galop et au hasard, je me disais : Ce livre est véritablement le précepteur de l'existence parisienne ; il ne charme pas, mais il instruit; c'est par lui seul qu'on peut connaître exactement Paris, cet abrégé de l'univers; Paris, le grand consommateur du globe; le minotaure à qui toutes les nations payent le tribut.
C'est pour Paris que le Sibérien va à la chasse de l'hermine et de la martre, que l'Egypte déterre ses momies, que le nègre plante des champs de cannes à sucre, que le chercheur d'or fouille les ruisseaux de la Californie; c'est pour Paris que Saint-Étienne fabrique ses plus belles armes, que Lyon brode ses plus fins tissus, que Marseille lance ses vaisseaux sur tous les océans ! Les velours, les guipures, les dentelles, les parfums de l'Orient, les pierreries de l'Inde, le vent tissé et brodé par les fées, les festons et les astragales de toutes les nations, Paris a tout cela, mais tout cela est disséminé à droite et à gauche, à l'ouest et à l'est, au nord et au sud de la grande ville. Le monde entier est dans Paris et Paris est dans l'Annuaire ; c'est là que vous trouverez rangées et étiquetées comme des fioles d'apothicaire toutes les professions, toutes les industries, toutes les merveilles. Vous verrez défiler, escadrons par escadrons, nos forgerons, nos architectes, nos hommes politiques, nos tisseurs, nos doreurs, nos imprimeurs, nos magistrats, nos orfèvres, nos littérateurs, nos joailliers, nos avocats, nos fleuristes, nos jardiniers, nos artistes. Nous avons huit cent soixante-deux avocats à la cour d'appel, messieurs, et quelque chose comme seize cent quatre-vingt-treize médecins, mesdames ! Avez-vous besoin de chaussures ? vous pouvez compter sur le zèle et le cuir de huit cent quatre-vingt-dit bottiers et cordonniers. Six cent soixante architectes sont toujours prêts à dresser des plans et des étages de moellons; supposez-les tous occupés, et voyez d'ici quelles myriades de phalanstères vont improviser tous ces artistes de la pierre de taille.
Si tu te promènes par les rues ou sur les boulevards en flâneur, ô Parisien de Paris, des départements ou de l'étranger, n'oublie pas que tu as toujours à ta disposition cinq cent soixante-quatre cafés et estaminets et six cent quatre-vingt-quatorze restaurants, ouverts à tous les estomacs et à toutes les bourses, depuis le restaurant de la Maison-d'Or, où l'on dîne à quarante francs par tète,jusqu'à l'établissement non moins célèbre de l'azard de la fourchette, dont l'addition ne peut jamais excéder la somme de cinq centimes ; tu trouveras encore sur ta route huit cent quarante-cinq marchands de vins en gros, quatorze cent soixante-dix-huit débitants de vins en détail, quatre cent quatre-vingt-quinze bouchers, cent quatre-vingt-huit charcutiers, six cents boulangers, sans compter deux cent cinquante-trois chaudronniers, trois cent quinze corroyeurs, six cent soixante ébénistes, six fabricants de queues de billards, vingt-neuf pédicures, quarante-cinq marchands de cirage, dix-sept fabricants de cartes à jouer, quarante-deux bureaux de placements, soixante quinze chocolatiers, six cent trente-lrois marchandes de modes, deux cent vingt-huit marchands de rubans, trois cent quarante-deux gantiers, trois cent trente-six fabricants de parapluies, cent vingt lapidaires; quatre cent dix-neuf fleuristes, et deux cent cinquante-deux pensionnats de demoiselles. Boarding School for young ladies, c'est ainsi que cela s'écrit et se prononce aujourd'hui en français.
Ce n'est pas tout, il ne faut pas moins de neuf cent trente-six tailleurs pour habiller Paris ; aussi Paris est-elle la ville la mieux vêtue du globe. Paris a un habit noir et un gilet échancré pour toutes les circonstances, pour aller à la bourse, au bal, chez sa maitresse et à l'enterrement. La province garde encore comme une tradition économique l'habit des dimanches ; Paris n'a que des dimanches dans tout le cours de l'année, et c'est pourquoi Paris a tant de tailleurs, sans compter les portiers, qui sont pour la plupart des tailleurs méconnus. On s'est beaucoup moqué de l'épicier, et l'on comprend tout de suite la jalousie qu'a dû exciter ce débitant élémentaire, qui s'est multiplié dans ces dernières années comme les pains de l'Évangile.
Plantez un épicier quelque part, il en poussera mille. Paris possède, pour le quart d'heure, dix-neuf cent soixante-treize membres de cette corporation formidable. Étonnez-vous, après cela, qu'un gouvernement qui reposait sur cette base se soit cru éternel ! Que l'homme de lettres ne se plaigne plus dorénavant de la rareté des éditeurs. J'ai compté les libraires parisiens: ils forment une phalange composée de sept cent quarante-cinq individus, plus disposés, il est vrai, à vendre des livres au, publie qu'à acheter des manuscrits aux auteurs. A défaut d'éditeurs, l'homme de lettres a sous la main quatre-vingt-deux maîtres en typographie et munis d'un brevet du gouvernement. Pour peu qu'il appartienne à une des quarante-deux sociétés plus ou moins savantes, telles que l'Athénée des arts, l'Institut historique, la Société entomologique, la Société asiatique, la Société phrénologique, la Réunion des enfants du délire, d'Apollon, etc., il sera bien malheureux s'il ne trouve pas un typographe qui consente à l'imprimer tout vif. pour son argent. L'artiste qui débute n'est pas non plus en droit de se récrier; il peut porter ses improvisations sur toile dans cinquante-trois magasins; les propriétaires de ces boutiques artistiques et de bric-à-brac sont toujours enchantés de pouvoir fournir des Murillo et des Rubens inférieurs, aux banquiers amis des arts, qui veulent décorer leur salon à l'aide de n'importe quoi. Enfin, sans vouloir épuiser toutes les catégories de cet Annuaire universel, qu'il me soit permis de dire au Parisien qu'il possède également trois cent dix-neuf marchands de bois et de charbon en gros ; quarante-deux fabriques de bougies diaphanes, cyrogènes, stéariques, célestes, du soleil, de l'étoile, du phénix, de l'éclipsé, de blanc de baleine, bougies de cire mélangée, bougies où il n'entre que de la cire pure et bougies où il n'entre que du suif. Paris compte encore cinquante-trois fabriques de bouteilles; trente fabriques de briquets phosphoriques, hydroplatiniques ou phlogosaides (où diable le grec va-t-il se nicher?); dix-huit chasubliers; cinquante-cinq marchands de chevaux; trois cent quarante-six couteliers; trois cent cinquante-sept graveurs, et soixante-seize crémiers ; et si le lecteur veut bien songer que je n'ai pas donné le quart de toutes les catégories industrielles contenues dans l'Annuaire, il peut se faire une idée de toutes les industries brassées pour le Parisien, de tous les commerces établis pour le Parisien, de toutes les professions inventées pour le Parisien, cet être caressé, choyé, adulé, et qui serait aussi le plus heureux des mortels s'il connaissait son bonheur et son Annuaire.
0 fortunatos nimium !
La partie la plus aride de ce livre est sans contredit la liste générale des adresses, et pour qui sait lire cependant, la lecture de cette liste offre encore un certain attrait. On est étonné que tant de gens qui ne sont ni parents ni alliés et qui ne se ressemblent guère portent le même nom et jusqu'au même prénom. J'ai eu la patience de compter deux cent soixante-trois Lacroix, cent quatre-vingt-sept Henry, deux cent trente-deux Bernard, cent quarante-trois Leblanc, quatre-vingt-six Lerouge et soixante-quatre Levert. Je ne parle ni des Legris, ni des Leroux, ni des Lenoir. Vous comprenez que dans ce vocabulaire, comme à la foire, il en est plus d'un qui se nomme Martin, Gautier, Garnier, François, Dupont, Bonnet, Barbier, Gérard, Lefebvre, Legrand, Legras, Legros, Lejeune, Leroy, Lambert sont plutôt des noms communs que des noms propres. En revanche, il n'y a guère que cinq ou six Hugo, quatre Sainte-Beuve, trois Berlioz, et un seul Lamartine. Je profile de la circonstance pour présenter mes compliments à Jules Janin et pour l'avertir qu'un de ses rares homonymes a l'audace de vendre des tripes à la mode de Caen, rue Montorgueil, n° 17.




Edmond Texier Critiques et récits littéraires. - Paris, Michel Lévy, 1853.


mardi 22 novembre 2016

La tête d'O'Neddy (Théophile Dondey)

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On ne la voit pas souvent, mais elle apparaît dans le récent catalogue "Romantisme" de la Librairie Jérôme Doucet.
Elle appartient à ce volume :

19. O’NEDDY Philothée (pseud. d’Auguste Marie Dondey, dit Théophile).
Œuvres en prose Romans et contes Critique théâtrale — Lettres.
Paris : Charpentier, 1878.
1800 €
In-12 (194 x 118 mm). 4, 354 p.
Vélin à rabats, dos lisse, pièce de maroquin vert indiquant le pseudonyme de l’auteur et le titre, ville d’édition et date dorés (reliure de l’époque).
Légères usures au dos sans gravité.


Le libraire indique aussi que l'exemplaire, bien truffé, est plus rare que l'édition de ses Poésies posthumes (Charpentier, 1877).


dimanche 20 novembre 2016

Un nouveau Noé

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Il est coloré. Il est même polychrome. C'est un roman un peu étonnant de la maison MF dont la collection "inventions" se préoccupe d'innovateurs sans tabou. Et avec Jacques Amblard, elle est servie pour ce qui est de la parole jaillissante.
Mieux, son livre est "choral et coloré" nous prévient la maison MF. C'est une arche dont le Noé sans mémoire remplit les soutes de pages en pages, lestant son récit de vies animales ou humaines qui . Noé est donc également polyphonique, autant que devait l'être la fameuse embarcation diluvienne. Plusieurs couleurs de la typographie interviennent dans le récit afin de l'ordonner pour le lecteur "visuel" (il est clair qu'une version sonore serait propice à une perception différente de l'oeuvre). Mais pas d'inquiétude : le dispositif est simple, même s'il convient durant les trente premières pages de ne pas perdre le fil — rien de plus simple que de se faire une petite fiche portant la modalité de discours correspondant à chaque couleur puisque le préambule l'explique simplement).
Les lecteurs des expérimentations premières de Maurice Roche en son Compact de 1966 (Le Seuil, édition nouvelle en couleurs : Tristram, 1996) ne trouveront rien à redire. Ils apprécieront sans doute même toutes les icônettes zoologiques qui parsèment le volume, qui prolifèrent même comme le règne animal qui semble magnétisé par le narrateur principal. Sur le fond, on veut dire sur le texte, il faut noter qu'il compte tirades et borborygmes, onomatopées et raisonnements, "songes émetteurs" et tests divers, Jean de Médicis et son haleine de rose, une foultitude de personnages bigarrés et Dieu le père, ainsi que des tas de récits accumulés au fil de réincarnations multiples. Et finalement, toute clé se perd peut-être dans un nuage rose qui ronge la page...

Un romancier est un éthicien. Il décrit froidement des comportements dont il montre, semble-t-il, les aberrations. Il fait mine ainsi de les condamner. Son ton pourrait alors évoquer un ricanement subtil h-h-h ou hé-hé-hé-hé-hé-hé. HE-HE-He. Il est alors supposé savoir quel autre comportement serait préférable. Or, il l'ignore. Les prestige en partie usurpé de la littérature est notamment basé sur ce malentendu. L'auteur, ce fin matois, est censé connaître la solution du problème qu'il met à jour. Or il ne la connaît guère. Tant mieux car à quoi bon résoudre de soi-disant problème ? (...) Peu importe. L'apocalypse vint enfin. (...)





Jacques Amblard Noé (vies explosées). — Paris, éditions MF, collection "Inventions", 304 pages, 22,00 €

samedi 19 novembre 2016

A la rescousse

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Pour 2017, l'atelier contemporain a prévu quelques belles choses. En particulier des écrits d'artistes... qui pourraient ne pas paraître si la maison ne reçoit pas un petit coup de main financier via Ulule. Parmi ces livres que nous n'aurions pas le plaisir de lire si...

Notes discontinues de Pierre Buraglio, préface de Pierre Wat

L’Immobilité battante de Pierre Tal-Coat, entretiens avec Jean-Pascal Léger, photographies de Michel Dieuzaide

La Triade, correspondance croisée de Pierre Tal-Coat, André du Bouchet & Henri Maldiney

Un projet exceptionnel par son ampleur mérite particulièrement l’attention : le chef d’œuvre posthume de Jean-Louis Baudry, Les Corps vulnérables. Un récit de 1.200 pages sur la nécessité de rassembler, à la mort de la femme aimée, tout ce qui a été vécu avec elle, jusque dans les moindres détails. Une entreprise affective mais surtout littéraire qui répond à la double exigence de maintenir la présence de l’autre par les seuls moyens de l’écriture et d’explorer le volume sans fond de la mémoire.
L’édition d’un tel livre est évidemment difficile à mener, l’auteur n’étant hélas réputé que dans un petit cercle de lecteurs.

"Un chef d’œuvre que Proust n’aurait sans doute pas renié", nous dit François-Marie Deyrolle, l'éditeur.



vendredi 18 novembre 2016

A quoi servent les visionnaires ?

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Aux bourrages de crâne les grands remèdes.

Lisez et relisez 1984 avant de mourir sans n'avoir jamais rien compris, ni à la vie politique, ni à la vie économique, ni à la vie pharmaceutique, ni à la vie électronique, ni à la vie chimique, ni à la vie télévisuelle, ni à la vie plastique, ni à la vie mercatique, etc.

Orwell ne l'a pas écrit pour les chiens.

A certains signes, tout le monde peut constater qu'il faut enfoncer le clou.


Naturellement vous allez trouver les références tout seuls, vous êtes des grands.

jeudi 17 novembre 2016

Les couvertures du siècle dernier (LXVII)

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Renée Vivien Le Vent des Vaisseaux. — Paris, E. Sansot & Cie. 1910, "Bibliothèque Internationale d'Éditions". Édition originale imprimée chez Lucien Volle à Privas, 120*190 mm, 106 pages, couverture souple illustrée d'une scène de régate à deux couleurs sur fond crème signée du cachet SW.


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