Le 1er janvier 1916, la Revue de Paris donnait entre ses pages 138 et 162 un long article de Francis de Miomandre consacré à Remy de Gourmont, qui s’était éteint le 27 septembre précédent d’une congestion cérébrale et avait été enterré au Père-Lachaise (10e division, 4e ligne, Y, 22) dans la sépulture de Clésinger.
Ca n’est pas à proprement parler une nécrologie, mais plutôt un petit essai d’hommage.
NB Francis de Miomandre affuble le prénom de Gourmont dans e accentué. Nous respectons son choix.
jeudi 7 janvier 2010
Remy de Gourmont (Francis de Miomandre)
Par Le Préfet maritime le jeudi 7 janvier 2010, 01:51 - Les Vrais Coupe-Faim
mercredi 6 janvier 2010
Bibliographie lacunaire de la Collection des chefs-d'oeuvre méconnus
Par Le Préfet maritime le mercredi 6 janvier 2010, 01:26 - Ad Usum Bibliofilous

Afin de reprendre nos vieilles et bonnes habitudes, voici une nouvelle petite Bibliographie lacunaire.
Elle concerne la belle “Collection des Chefs-d’Oeuvre méconnus”, publiée sous la direction de Gonzague Truc à l’enseigne des éditions Bossard entre 1920 et 1925.
Ces ouvrages se présentait au format in-16 Grand-Aigle (135/195 mm.) et bénéficiaient d’un tirage limité de 2500 exemplaires numérotés, avec, en frontispice, un portrait de l’auteur gravé par Achille Ouvré (1872-1951).
Les éditions Bossard étaient installées au 43 de la rue Madame à Paris et faisaient imprimer cette collection par l’imprimerie F. Paillard à Abbeville.
D’après nos notes, le dernier volume est celui de René Le Pays paru en 1925. Pour information, le Vauban de 1924 qui arborait fièrement le n° 38 de la collection. Bien entendu, nous ne garantissons pas ici l’exhaustivité du catalogue… pour l’instant.
A suivre donc.
Nos remerciements à Olivier Bogros qui a suppléé d’un coup de scanner à la fuite éhontée de notre exemplaire du Jules Lecomte sur lequel nous comptions ferme pour illustrer ce billet…
lundi 4 janvier 2010
Cuadrilla, par Musidora (1939)
Par Le Préfet maritime le lundi 4 janvier 2010, 01:02 - Ad Usum Bibliofilous
Cuadrilla
Ici, c’est l’ombre, le croissant bleu
Coupant l’arène couleur de feu ;
Au soleil le sable scintille
Sur ton d’orange
Spécial à l’ardent Séville
Qui parfois change
L’or éclatant
Eblouissant
Pour le pur cuivre,
Reflets vont vivre
Brûlants ou ivres…
Bien ratissé le “Redondel”
Exceptionnel
Attend le jeu cruel,
Tout est visuel ;
Ganaderos,
Les Toreros
Et six toros
Attendent là
La musique troublante
Au rythme sensuel
Masquera l’épouvante,
Voilà le cartel
De la cuadrilla
Qui s’avancera…
Tout se gravera…
Tout éblouiera
D’abord une pâleur.. “très torera”
Richesses des broderies d’or
Palpitant dans ce beau décor
Fond d’incarnat,
De l’or
Encore !
Fleurs sur satin
Citrin,
Surah safran,
Capes d’améthistes
Enchâssant
Rubis et diamants
Peignant la piste
Vermillon franc
Et voici la plus pure
enluminure
“La première figure”
‘Espada Primera”
“Muneco d’Alcantara”
Portant bolero nacarat
Larges épaulettes gansées,
Perlées,
Ornées,
Acier, argent et jonquille,
Fanfreluches et pampilles,
Se balançant
Et cadençant
L’allure “Macho”
“Maestusoso”
……………………..
Bouche narquoise
……………………..
Velours turquoise
Provocante
La culotte est collante
Taille serrée,
Cuisses moulées,
Fesses étroites,
Jambes très droites.
Dans la bataille
Gare les entrailles !
A bouche sèche…
Langue ne lèche…
Le coeur défaille,
Cambre la taille,
On te détaille :
Pas de tripaille !
Sur les gradins
C’est un regain
D’effervescence,
De résonnance,
D’exubérance,
De turbulence,
Cris gutturaux
Et protocole
La clef symbole,
On le verra !
Délivrera
Du “chiquero”
Le fier Toro
Pour qu’il combatte !
Trompette éclate !
La porte s’ouvre
Et le bois claque !
Voici l’attaque !
L’homme se couvre…
Et tend sa cape.
Au cirque immense,
C’est le silence
…………………
Brave Toro !
Voici l’attrape
“Ecce homo”.
Musidora Auréoles, poésies scandées. Préface de Wilfrid Lucas. — Paris, Arnaud, 1939 (a. i. février 1940), n. p.
samedi 2 janvier 2010
Musidora et la neige
Par Le Préfet maritime le samedi 2 janvier 2010, 00:10 - Dernier reçu Premier servi

Stéphane Mahieu, le meneur de la revue De rien, vient de publier un fictionnant numéro intitulé Musidora et la neige, enrichi de très belles illustrations en couleurs du Capitaine Lonchamps.
Musidora se glisse dans les pages de l’Epatant, les fanzines, les affiches publicitaires ou les revues pornographiques. Elle remplace au pied levé n’importe quel personnage : voleur de silhouettes comme le docteur Cornelius était voleur de visages…
(…) Seules traces de ses passages : les empreintes de neige qui fondent dans la main de l’enquêteur. La policie scientifique est sur les dents.
Un régal de livraison poético-admirative
Le Préfet maritime en profite pour annoncer la prochaine mise en ligne d’un billet consacré au nouveau livre de Didier Blonde et, peut-être, à quelques poèmes de ladite Musidora… Mais chut !
De rien (n° 55, novembre 2009)
vendredi 1 janvier 2010
Je n'irai pas te repousser (Julien Grandjean toujours)
Par Le Préfet maritime le vendredi 1 janvier 2010, 00:01 - Dernier reçu Premier servi

Nouvel opus, pommé cet hiver, de Julien Grandjean : Bascules, un recueil de trois histoires courtes, un carré pour récits décalées telles qu’il nous en a donné l’habitude.
Elles sont livrées conjointement à un cd 4 titres dont le dernier, Waitin around to die, est repris du chanteur country Townes Van Zandt. Le tout est composé, illustré, serti avec Moog.
De ce dernier nous ignorons tout.
Pour l’instant.
Un vrac de voeux à tous pour douze mois qui basculent !
jeudi 31 décembre 2009
Le Peuple des miroirs (des textes critiques de Jean-Pierre Martinet)
Par Le Préfet maritime le jeudi 31 décembre 2009, 05:00 - Le Petit porte-voix des gens du métier

Il revient encore, toujours, comme un nouveau coup de canif dans nos certitudes : là où il est, Jean-Pierre Martinet doit s’exclamer : “Immer ! Immer ! Je suis là, dans vos esprits, pour toujours désormais. Vous ne m’oublierez plus, c’en est fait !”
Et, de fait, Jean-Pierre Martinet sera de nouveau à l’honneur dès le premier trimestre de 2010, l’année qui démarre fort.
Avec une réédition, La Somnolence, son premier roman paru en 1975 chez J.-J. Pauvert, et Le Peuple des miroirs, un volume d’articles critiques que seuls les heureux propriétaires de la collection de Matulu, journal littéraire publié par un bel aréopage (Alfred Eibel, Yves Martin et alii) entre 1971 et 1985 pouvaient encore lire.
Grâce au travail de Julia Curiel, qui a réuni ces articles de toutes tailles, et notamment ses entretiens avec Ernst Jünger ou Roger Caillois, ou son essai sur Thomas Hardy (Hors Commerce, Alfred Eibel éd. ) - il suffira désormais d’ajouter son essai sur t’Serstevens pour boucler le corpus (1).
C’est une nouvelle face de Martinet qui est remis en lumière. Où l’on s’apercevra que le romancier, cinéaste sans espoir, fan des grands Russes, était aussi un lecteur des plus fin.
(1) Jean-Pierre Martinet “Un apostolat d’A. t’Serstevens, misère de l’utopie” in Albert t’Serstevens Un apostolat. - Courbevoie, Durante, 2002, 235 pages, 22 euros
Jean-Pierre Martinet Le Peuple des miroirs. Textes critiques. Textes rassemblés et présentés par Julia Curiel. - Clichy-la-Garenne, France Univers, 130 pages, 15 euros jusqu’au 15 février 2010, 18 euros ensuite.
Jean-Pierre Martinet La Somnolence. Préface de Julia Curiel. - Bordeaux, Finitude, 256 pages, 20 euros. A paraître le 21 janvier 2010.
France Univers
3, rue d’Estienne-D’Orves
92110 Clichy-la-Garenne
mercredi 30 décembre 2009
Des origines de certains événements et des bases de la langue
Par Le Préfet maritime le mercredi 30 décembre 2009, 01:04 - Ad Usum Bibliofilous

Chez Dilecta, on peut se fournir en Art des putains ou en Arabe du coin, en Animal Sketching d’Alexandre Calder, en Fondements du judo d’Yves Klein, ou en Manifeste des Nouveaux Réalistes de Pierre Restany.
Mais c’est la collection Dada qui nous importe aujourd’hui car y est proposé depuis plus d’un an - excusez le retard - un fac-similé plus qu’intégral de la revue Proverbe, “feuille mensuelle pour la justification des mots” lancée par Paul Eluard depuis son home du 3 rue Ordener (Paris XVIIIe) avec le concours de Jean Paulhan, qui signe l’éditorial “Syntaxe” où s’exprime le souci de vivifier la langue, et la participation de Philippe Soupault, Tristan Tzara, André Breton, Francis Picabia et Maurice Raynal.
Le premier numéro paraît le 1er février 1920, soit un an précisément après la proposition émise par Paulhan de présenter André Breton à Paul Eluard : il était donc bien partout, Paulhan, avec son air de ne pas y toucher, et son appétence pour les finesses langagière et comportementale :
l’auto, la pratique des jalons et ces mots anglais qui sont peut-être des gros mots, j’ai toujours vu que tout se passait comme si (n° 3, 1er avril 1923, p. 1)
Il se présente sous la forme de quatre pages et dans le goût typographique de Dada qui fait toujours les délices des amateurs de tracts. On y découvre tout d’abord que “391 ne contient pas d’arsenic” et que les mots “s’usent à force de servir”, et notamment chez les écrivains qui en connaissent trop, dont “les oeuvres sont les plus ternes qui soient” (Paulhan toujours).
Plus tard, en s’adjoignant les ébullitions de Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée ou Céline Arnauld au fil des 6 livraisons (la dernière est titrée L’Invention n° 1 et Proverbe n° 6 (1er juillet 1921), cette feuille aura bravement soutenu les efforts conjoints de quelques jeunes gens décidés à ne pas laisser la langue dans l’état où ils l’avaient trouvée.
Et d’ailleurs,
Après nous la blennoragie (Docteur V. Serner)
Rarissime ou uniques, la collection originale et les documents annexes fournis par Paul Destribats et présentés par Dominique Rabourdin sont reproduits dans leur “jus”, couleur du papier comprise, au format, comme autant de pièces que l’on dirait authentiques. Ces pages sont tout simplement captivantes - et pas seulement le manuscrit de la première page “à trou” de l’échantillon gratuit au fameux ajour intitulé “Bracelet de la vie”. On s’y perd, l’esprit y fait son chemin, sourit, rebrousse, tergiverse, cahote, s’interroge et se prend à rêver d’une ère où, dans la grisaille d’une crise bientôt séculaire, quelques êtres reprendraient le dessus, le nerf, le knout, l’envie…
Avec DADA, tous les jours, rendez-vous n’importe où
Proverbe feuille mensuelle pour la justification des mots. Fac-similé édité et présenté par Dominique Rabourdin. - Paris, Dilecta, 2008. Sous chemise, 1 livret de 16 pages et 6 numéros indépendants, 25 euros
NB Dilecta a publié en autre choses passionnantes les Sept manifestes Dada de Tzara et les manifestes futuristes (Debout sur la cime du monde)
Dilecta
4, rue de Capri, 75012 Paris
contact@editions-dilecta.com
mardi 29 décembre 2009
Ils sont trop ! (Jean Dayros)
Par Le Préfet maritime le mardi 29 décembre 2009, 06:52 - Apostille

Découverte grâce à Gallica et signalée par Elo Quill (?), cette chronique du fameux Jean Dayros reprise de La Presse, où le dit homme de plume signa quelques papiers aux alentours de 1897-1898 dans la rubrique “Le Boulevard”.
Le présent apport est une perle d’humour noir. Il a été recopié, sur Gallica donc, de la livraison du 24 octobre 1897 (p. 3) et nous permet d’annoncer, entre deux pixels, la prochaine parution d’un Dictionnaire de la mort à l’enseigne des établissements Larousse. Au printemps, apparemment.
Nous n’oublions pas, évidemment, de renvoyer à La véritable identité de Jean Dayros (par Patrick Ramseyer) et aux notables travaux d’Henri Bordillon à l’enseigne de l’Oeil Bleu.
Joyeuses fêtes à tous !
Le Préfet maritime
lundi 28 décembre 2009
C'est la saison des voeux
Par Le Préfet maritime le lundi 28 décembre 2009, 05:23 - Ad Usum Bibliofilous

Voilà une dizaine d’années que Christian Laucou, le maître de Fornax, use de la saison des voeux pour épater ses amis, comme c’est la tradition chez les bibliopoles aimables et de goût.
Cette année, il intervient avec un petit glossaire de la librairie d’ancien sur le mode plaisant où l’on apprend - enfin ! - ce qu’est un “illuté”, ou un “fx tit.”.
Cette riche matière est offerte à tous, il suffit de cliquer ici : là !
samedi 19 décembre 2009
Satan a le beau rôle...
Par Le Préfet maritime le samedi 19 décembre 2009, 06:51 - Les Vrais Coupe-Faim

Satan a le beau rôle !
Il était mystificateur en diable dans Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, plutôt chafoin et revanchard dans le “Deux acteurs pour un rôle”, la nouvelle de Théophile Gautier, et puis tout simplement inquiétant, voire tout à fait détestable, le reste du temps. Ca n’est probablement pas de sa faute, Satan fascine. Parce qu’il n’est pas le moindre des anges : il est l’anar, le révolté, celui dont la liberté nous plaît. A moins de croire ces indigestes crèmes au beurre du purgatoire, du paradis et de l’enfer.
Dans L’Etranger Mystérieux, publié en 1916, l’un des tout derniers écrits de Mark Twain publié il y a un an pour la première fois en français par les éditions L’Oeil d’or, Satan est l’instrument du pessimisme intégral de l’auteur. De fait, indique l’éditeur, Mark Twain concluait là sa carrière en trois textes où il fit souffler un scepticisme noir et désarmant qui pousserait à se replier chez Thoreau ou Homère pour tenter de retrouver la sérénité ou l’envie d’agir.
Fustigeant le “sens moral”, comme cache-misère des instincts naturels de l’Homme, Twain présente l’ange Satan, le propre neveu du grand déchu, visitant les hommes et tentant d’instruire quelques jeunes gens de la réalité des choses.
Bien entendu, son absence de sentiment le conduit à “aider” quelques hommes, femmes et enfants en modifiant leur destin de manière… décisive.
“Ah, hélas, si seulement on pouvait savoir ! On ne se tromperait jamais ! Alors que nous sommes tout juste de pauvres bêtes stupides qui avancent à tâtons en commettant des erreurs.”
Dans cet écrit inattendu, on découvre la face sombre d’un Mark Twain sans espoir, arrivé qu’il est au terme d’une vie riche, où il lui paraît que l’être humain mène décidément “Une existence illusoire dans un aveuglement consenti”. Et son analyse des progrès dans le meurtre du genre humain, grand moment de littérature, vaut les constats les plus amers des anarchistes européens ses contemporains. Mais il reste à Twain et à son diable ce nerf d’admettre qu’il reste à l’Homme une seule arme : le rire..
Ce texte imparable manquait au panorama.
Mark Twain L’Etranger mystérieux. Traduction de l’américain par Freddy Michalski • Gravures de Sarah d’Haeyer. - L’Oeil d’or, coll. “fictions & fantaisies” 128 pages, 13 euros
Et toujours Saint Alias. Là, Satan s’installe dans une maison qu’il a louée, dépose sa valise sur une table, l’ouvre et en sort son chien qu’il déplie. Entre autres faits et gestes passionnants et, parfois, ravageurs, à l’instar de ceux de l’ange de Mark Twain.
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