L'Alamblog

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mercredi 29 mars 2017

Terra dolorosa

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Tous les gens qui savaient lire entre 1980 et 2000 ont été un jour ou l’autre en contact avec Génie la folle, le roman d’Inès Cagnati.
Il a été publié par Denoël en 1976 et a été récompensé par le prix des Deux-Magots puis a connu un grand succès et une grande diffusion, très très large, en particulier dans sa version club (France-Loisirs). Cela doit vous rappeler quelque chose, non ?
Dans les mêmes moment, Henri Fallet atteignait les mêmes sommets avec La Soupe aux choux.
Alors, ça vous parle ? ça vous revient ?
La France lisait alors volontiers des fictions à thématique rurale. Jean Ferrat chantait... passons.
Le grand livre d'Inès Cagnati, née à Monclar en 1937, disparue en 2007, est indéniablement Le Jour de congé.
D’une vigueur formidable, ce livre est une sorte de Poil de carotte en version féminine. Il est terriblement âpre, terriblement beau, terriblement bien écrit et on n'imagine guère quel équivalent on pourrait lui accoler... Tel livre d'Herta Muller peut-être ? Cela mériterait réflexion. En tout cas, pour aujourd'hui, une chose est sûre : il y aurait injustice à le passer sous silence.
Ca tombe bien : il vient d’être réédité par Gallimard dans sa collection "L’Imaginaire" à un prix dérisoire.
Le détour est conseillé.



Inès Cagnati Le Jour de congé. - Paris, Gallimard, L'Imaginaire, 171 pages, 7,50 €
Inès Cagnati Génie la folle. - Paris, Denoël, 198 pages, 15 €


mardi 28 mars 2017

Le Jardin de Winter

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Le Jardin de Winter, premier roman de Valerie Fritsch, une jeune Autrichienne née en 1989, mérite un coup d'oeil.
Dès les premières pages, il apparaît qu'il est joliment tressé d'une phrase élégante, puis il se poivre et rencontre les limites de son univers, quitte le jardin en quelque sorte. Il se trouve un moment où on arrive en bord de mer, et, là, les cadavres s'accumulent. Un peu métaphoriquement, il est vrai. Mais son personnage vivant de l'élevage d'oiseaux au sommet d'un immeuble dans un monde en berne emporte l'adhésion. Il est fallot mais il existe où tout meurt, excepté les enfants, qui jouent dans la rue.
Au fil des pages, on est frappé d'une évidence : Valerie Fritsch nous soumet à des scènes éminemment cinématographiques qui imposent la rêverie. Le jardin familial par exemple, un jardin plus que familial, véritablement communautaire, le duo des vieux qui va voir la mer en train et revient se couleur dans la paix campagnarde, ces nuées de canaris qui se posent sur le toit des voitures, ces voisins observés par la fenêtre qui se suicident avec le fil de leur téléphone - on est donc dans une région où les téléphone ont encore des fils... Il y a bien aussi ces bocaux d’embryons que la grand-mère conserve dans un appentis, mais l’ambiance est plutôt à la douceur.
Reprenons le fil depuis le début : la vie s’écoule et l'enfant Anton devient adulte. Comme on l'a deviné, il est installé dans une ville située en bord de mer où le sel cristallise sur les montants de fenêtre. (Ici, on se surprendre à penser au récent Sporting Club d’Emmanuel Villin (Asphalte) — sauf que la ville d’Anton ressemble plutôt au Paysage avec palmiers de Bernard Wallet (Tristram), dans une tonalité moins guerrière cependant. Certes il y a la mer, mais le monde est finissant et la mort nimbe tout le monde ou presque. Restent l'enfance et les enfants qui donnent corps à une rédemption pour l'humanité. C'est tout le sujet de la seconde moitié du livre, beaucoup moins envoûtante, il faut l'admettre : c'est le trouble d'un monde un peu mystérieux, déliquescent et ouaté qui rendait les pages accueillantes.
Pour conclure, le court roman de Valerie Fritsch fonctionne comme une allégorie de l’existence peuplée d’oiseaux et d’êtres humains flous ou fous, qui tournoient très cinématographiqument autour des deux héros. Les figures vivantes rendent la fable attachante un moment et puis cet évidence de la fable s'errode en atteignant des régions plus banales de l'être humain..
Tout à une fin.


Valerie Fritsch Le Jardin de Winter. Traduit de l'allemand par Tatiana Marwinski. — Paris, Phébus, 144 pages, 14 €

lundi 27 mars 2017

Zurn et Hans

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Hélène Parmelin avait proposé son Histoire des nus, Perrine Le Querrec donne des Ruines.
C'est un recueil de "télégrammes" à phrases parfois censurées par l'auteur elle-même d'un bon trait noir épais. Elle y poétise les relations d'Unica Zurn, Hans Bellmer et la Poupée, "dans leur 10 mètres carrés".
Là, c'est

armes blanches, voiles noirs, chairs roses.




Perrine Le Querrec Ruines. — Paris Tinbad, 65 pages, 12 €

dimanche 26 mars 2017

Topor dessine les photos d'Ehrlich

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Puisque rien n'arrête les éditions Wombat dans leur projet de rééditer l'oeuvre de Roland Topor, les voici à l'assaut des photographies d'Erwahn Ehrlich (1894-1961), recueil conceptuel de dessins de l'artiste prenant prétexte de la vie du premier photographe aveugle de l'histoire (1).
Précédemment publié par le Daily-Bul, ce livre était couvert par une radiographie médicale dans son édition première.


Roland Topor Les Photographies conceptuelles d'Erwahn Ehrlich (1894-1961), révélées par Roland Topor. — Paris, Wombat, 15 € Mise en vente le 6 avril prochain à l'occasion de la grande exposition Topor de la BnF.



(1) Depuis 1982, les éditions du Seuil ont fait mieux. Elles ont publié les photographies du deuxième photographe aveugle de l'histoire de l'art, Evgen Bavčar. Surprenant, non ?


samedi 25 mars 2017

Quelques mauvais garçons

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Le Salon du papier imprimé ayant ouvert ses portes hier, après la beuverie confraternelle de jeudi soir, une piste en loucedé pour trouver quelques livres dans le tas de volumes.
Pour faire comme dans les "mags", pas con, on a choisi une "tendance".
On avait le choix... Entre conneries en vrac et machins difformes rédigé par des profs neurasthéniques (ou prétentieux), la surface du salon ne suffit pas à tout contenir. Alors on a opté pour les mauvais garçons et cinq très bons livres au goût un peu amer.
Vous verrez, ça vous changera des rebelles français à l'eau de jus de carotte.
Vous en ferez ce que vous voulez, mais sur notre île, la population a beaucoup aimé.
Alors, comme ils disent à la télé...

On vous demande de leur faire une ovation.




Anian Sundaram Kinshasa jusqu'au cou. Traduit de l'Indian english par Charles Bonnet. — Paris, Marchialy, 2017, 352 pages, 21 €

Earl Lovelace C'est juste un film. Traduit de l'anglais (Trinité et Tobago) par Alexis Berreaut et Thomas Chaumont. — Montreuil, Le Temps des Cerises, 400 pages, 20 €

Karim Madani Jewish Gangsta. — Paris, Marchialy, 192 pages, 18 €

Mudrooroo Chat sauvage en chute libre, suivi de Je suis moi. Et personne d'autre ! Traduit de l'australien english par Christian Séruzier. — Paris, Asphalte, 197 pages (avec playlist), 18 €

Et pour mémoire
Alberto Saucedo Ramos L'or et l'obscurité. La vie glorieuse et tragique de Kid Pambelé. — Traduit de l'espagnol de Colombie par Cyril Gay. — Paris, Marchialy, 187 pages, 19 €

vendredi 24 mars 2017

Pour bien commencer la journée

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Un incipit pour bien commencer la journée ? Celui-ci d'Arno Schmidt, grand rénovateur de la prose, magistral triturateur de paragraphes, écrivain aussi désinvolte et insolent qu'il est de lecture délicieuse, bref, une sorte de génie (qui n'est pas sans rappeler Jean Paul). Voici l'entame La République des savants (19 ) :

22/06/2008 : Le dodu soleil pétant dans sa gaine promène, tel un faucheux, ses pattes de lumières sur le paysage.




Arno Schmidt La République des savants.Traduit par Martine Vallette, avec la collaboration de Jean-Claude Hémery. - Paris, Christian Bourgois, 2001, 224 pages, 14,48 €



jeudi 23 mars 2017

Nouvelle édition pour La Grande Vie !

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Le billet d'hier l'annonçait et depuis les interrogations pleuvent...

La curiosité reste un vilain défaut mais le Préfet maritime ne peut que céder en montrant ce que Nicolas Etienne, graphiste émérite de l'Arbre vengeur a concocté pour mettre en valeur le texte formidable de Jean-Pierre Martinet.

Puisque, oui, sous une nouvelle couverture "explicite", La Grande Vie de Jean-Pierre Martinet va reparaître !

Sous une nouvelle couverture donc et avec une nouvelle préface signée Denis Lavant, le comédien qui s'est merveilleusement saisi de ce texte, promenant le personnage d'Adolphe Marlaud jusqu'aux tréteaux d'Avignon.

Voici donc la nouvelle couverture du meilleur "feelgood book" de l'été.


Jean-Pierre Martinet La Grande Vie. Préface de Denis Lavant. - Talence, L'Arbre vengeur, 15 mai 2017.

mardi 21 mars 2017

Jean-Pierre Martinet et Edmond Lévy (1974)

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Quelques nouvelles de Jean-Pierre Martinet...

Tout d'abord L'Arbre vengeur a le privilège de produire très prochainement une nouvelle édition de La Grande Vie enrichie d'une préface de Denis Lavant.
On savait le comédien particulièrement attaché à ce texte grandiose, il le prouve.
Le livre intègrera la collection "L'Alambic" avec une toute nouvelle couverture conçue par Nicolas Etienne.


Ensuite, grâce à Stéphan Lévy-Kuentz, ressurgit un moment de la vie professionnelle de Jean-Pierre Martinet.
Le document n'est pas commun : en effet, dans les archives d'Edmond Lévy, réalisateur issu de l'IDHEC, comme Martinet lui-même, sommeillait le dossier de réalisation d'un opéra filmé Roméo et Juliette durant laquelle l'auteur de Jérôme servit d'assistant.

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En 1974, nous apprend encore Stéphan Lévy-Kuentz, Edmond Lévy (disparu en 1995) venait de passer de dix ans en tant que collaborateur artistique de Max-Pol Fouchet, qui venait d'être viré par Giscard à cause de son engagement communiste, au moment de la transformation de l'ORTF en SFP.

Pour Martinet, qu'il rencontre au début de la décennie 1970, c'est aussi le moment de la parution de La Somnolence dans "L'Accès", la collection de Pauvert.

C'est apparemment pour sortir Jean-Pierre Martinet d'un état dépressif chronique que Lévy l'appela sur diverses émissions télévisées. Mais les deux hommes échangent aussi littérature — Edmond Lévy a publié chez Gallimard en 1956, La Fin du premier jour. Une amitié se tisse et en 1978 Martinet propose à Lévy d'adapter Jérôme. Le projet n'aboutit pas.
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lundi 20 mars 2017

Autin-Grenier polyglotte

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Comme il nous manque, Pierre Autin-Grenier, et comme il nous revient... En pythie, presque.
De ces courts récits déjà publiés en 1996 dans la revue L'Arbre à paroles, voici une version quadrilingue, bel hommage.

Non, de nulle part en somme, il était simplement celui qui est, de toujours, parmi nous et qui jamais ne décevrait notre attente. Ainsi en avait décidé l'assemblé des femmes ; les plus vieux du village approuvèrent.
Un nuage se défait, s"évanouit un songe, de même il disparut...
A quelque temps de là nos marins, embarqués pourtant sur de bien fragiles esquifs, touchèrent à la réalité des îles. Ils en ramenèrent à profusion épices, étoffes, café, huile, ivoire et diamants. Une nouvelle alliance ainsi s'établit. Le solstice d'été décida du sort des barbares ; aux fêtes de la Saint-Jean la bonne fortune de nos armes défit la province de leur emprise. Alors les saisons et les heures retrouvèrent leur éclat d'autant.
C'est vérité q'une tout il faut ainsi, et aujourd'hui même personne ne peut retrancher ni ajouter à cela.




Pierre Autin-Grenier Légende de Zakhor. Version anglaise, italienne, allemande par Derek Munn, Fabio Scotto et Rüdiger Fischer. — Bruxelles, Les Carnets du dessert de lune, 113 pages, 13 €

dimanche 19 mars 2017

Fallait-il ?

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Avec son Je me souviens, Georges Perec nous l'a baillé belle.
Son truc formel faisait tellement crac boum hue qu'il a eu la plus prolifique progéniture qu'on puisse imaginer. Aujourd'hui encore, la tentation est forte de rejouer la partition dans une nouvelle tonalité. Ajoutez par exemple à la petite chanson de Perec l'Indignez-vous d'Hessel-la-Révolte (dit aussi Colère-Froide, Brise-Fer ou Geint-qu'un-coup) et vous obtenez Ce qu'il aurait fallu de Christophe Fourvel, soit un petit fascicule long comme une nouvelle vendu 5 € par L'Atelier contemporain.

L'avenir dira si ça a marché commercialement. Ce qui nous a paru, depuis notre île, c'est que le propos avait quelque chose de désarmé et d'un tantinet redondant avec les évidences répandues par toutes les conversations d'esprits "concernés". On prendrait ça, si l'on y prenait garde, pour une jérémiade. Oui, on aurait dû faire gaffe aux élus qui ont autorisé l'implantation des grande surfaces, et, oui, se méfier des publicitaires qui nous ruinent le monde, et des informaticiens qui fabriquent des systèmes dignes de 1984 sans y voir malice, des industriels qui ont fait des chimistes les pires malfaiteurs du siècle, et des architectes qui n'ont pas bien compris l'Homme et la Terre, etc.

En même temps, on en a un peu soupé d'avant, non ? Pour ceux qui l'ont vécu cet âge d'avant notre âge (cf. Eric Duboys, Les Terminaisons nerveuses, Montbéliard, La Clé à Molette, 2016), les cafés dont le zinc avait viré au formica puaient la clope et le pastaga, on était vieux à cinquante berges et on ne lisait quasiment aucun auteur africain, le cinéma iranien n'existait pas et les flics étaient bourriques tout pareil. Et on ne parle même pas de l'actualité littéraire et culturelle d'alors dont la grande et régulière vague sentait fort la marée, tout comme aujourd'hui.

Contrairement à ce que laisse entendre le pénitent Christophe Fourvel, cet "avant" vicieux et dévoyé qui nous aurait conduit à un présent syphilitique n'est rien que le frère jumeau d'aujourd'hui. Un aujourd'hui dont il voit bien et immédiatement à quel point on aurait "fallu s'en méfier", si l'on ose dire. (Vous nous ferez le plaisir de ne pas croire que nous allons nous lancer dans la litanie des machins qui marchent de travers et qui vont avoir des conséquences sur la gueule du futur).

Allez, notre futur, tout de même, il ne date pas d'hier, notre futur ! Et il est fortiche le futur : il date à la fois d'il y a pas mal de temps et il date chaque jour d'aujourd'hui.
Tout est affaire d'allant.
C'est donc plutôt "Ce qu'il faut maintenant" que nous avons envie de lire. Ou mieux : Ce que nous allons faire désormais. Avec quelques grammes d'imagination et d'audace, ça aura de la gueule, vous allez voir. Et puis les jeunes vont filer un coup de main, c'est certain.


Christophe Fourvel Ce qu'il aurait fallu. — L'Atelier contemporain, 2017, 5 €

samedi 18 mars 2017

Le Visionnaire est en avance


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Le nouveau catalogue de la librairie Henri Vignes met opportunément en lumière un roman inachevé de F. Schiller dont la portée n'est pas aussi notoire qu'elle le devrait.
Son Visionnaire, roman de 1787-1789, littéralement "L'homme qui voit des esprits", parut par fragments dans La Thalie et fut d'abord traduit par Pitre-Chevalier (Paris, Maquet, 1840, 2 vol., 200 €) puis retraduit en français par Albert Béguin.
Ce dernier, cité par le catalogue Vignes éclairait explicitement les vertus novatrices de ce roman qui avait eu les suffrages des romantiques allemands : "Toute la composition du récit, les énigmes qui s'y nouent, les relations inattendues qui se découvraient entre des faits apparemment sans liaison, entre des personnages que l'on croyait étrangers les uns aux autres, rappelant moins les romans du XVIIIe siècle qu'ils n'annoncent les procédés du futur roman populaire.
En somme, au-delà des thématiques romantiques pures (Venise languissante et fétide, l'occultisme les rapports du pouvoir et de l'argent, l'illusion, la corruption et la droiture, Schiller devenait avec ce livre un précurseur du roman policier.

Je raconte une aventure qui paraîtra incroyable à beaucoup de gens, et dont j'ai été moi-même, en grand partie, témoin oculaire. (...)


Au même catalogue, cette lettre de Paul Gadenne à un ami écrivain du 28 février 1950 truffant un exemplaire de L'Avenue : "Il y a peut-être des désespoirs qui exaltent mais pas celui que produit la répétition des ennuis quotidiens. Quelques jours passés avec Yvonne chez une amie, au milieu des arbres, ont un peu apaisé mes nerfs, mais ce paradis éphémère n'a fait que souligner le contraste entre ce que la vie pourrait être et ce qu'elle est ! (...° Je n'imagine plus, pour combler l'intervalle, que des gestes excessifs. Et je sais que cela mène en prison (...)".

Au même catalogue :
Georges Henein Deux Effigies. - Le Caire, La Part du sable, 1953, 300 €

Tristan Derême Petits Poèmes. - Paris, Lecène et Oudin, 1913, 75 €

Marc Leclerc La Passion de notre Frère le Poilu. — Paris, Crès, 1916, 80 €

Tchikaya U Tam'si Feu de brousse. Poème parlé en 17 visions. - Paris, Caractères, 1957, 75 €

G.-L. Pesce La Navigation sous-marine. - Paris, Vuibert & Nony, 1906, 80 €

Friedrich von Schiller Le Visionnaire. Traduction d'Albert Béguin. Préface de Pierre Péju. — Paris, José Corti, 1996.

Paul Gadenne L'Avenue. — Paris, Julliard, 1949.



Librairie Henri Vignes
57, rue Saint Jacques
75005 Paris
Métro Cluny-Sorbonne, Saint-Michel ou Odéon


vendredi 17 mars 2017

Une exposition Michel Nedjar à Paris

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En parallèle de la grande rétrospective Michel Nedjar — intitulée Introspective — qui se tient à Lille jusqu'au mois de juin, la galerie Christian Berst présente depuis hier des pièces aux formats et d'époque variés
Une panoramique en quelque sorte où figurent de très belles pièces.
Pour tous ceux qui n'iraient pas à Lille, un réjouissant lot de consolation...




Galerie Christian Berst
Passage des Gravilliers
Paris
Métro Arts et Métiers

jeudi 16 mars 2017

Pour préparer les esprits

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Le Salon du livre s'annonce.



mardi 14 mars 2017

† John Stewart

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Le photographe John Stewart vient de nous quitter.
Né en 1919 à Londres, il avait assez d'énergie pour qu'on l'imagine bientôt centenaire.
Reprise d'un portrait publié par le Préfet maritime (1) dans le Matricule des anges en 2006.



Le bushido du photographe

Elégant et costaud, John Stuart est un homme aussi sage que raffiné. Son visage de boxeur illuminé par des yeux d’enfant malicieux ne laisse guère ce qu’il a pu endurer. Pudeur et tact masquent chez lui une expérience terrible que la spiritualité orientale dont il est pétri et le code moral des samouraïs, le bushido qu’il a côtoyé de trop près, lui ont permis de surmonter.
Petit-fils de David Gestetner, l’inventeur de stencil, John Stewart est né en 1919 en Angleterre et a passé son enfance à Paris où il a suivi ses études au lycée Janson-de-Sailly. En 1939, il est en formation à la City lorsque la guerre éclate. Engagé, il se retrouve sur le Mount Vernon qui accoste le 13 janvier 1942 à Singapour, un mois avant la capitulation. C’est son premier pas vers l’horreur. Prisonnier avec les troupes britanniques, il subit d’abord l’ennui du camp où l’on s’ingénie à réinventer le briquet (à pied). « Certains se mettaient même à la lecture. » Il y rencontre Foujita de passage dans son curieux uniforme de peintre des armées japonaises (Tokyo l’avait réclamé aux Nazis). Ayant l’opportunité d’apprendre le japonais, John devient interprète, un rôle qui lui sauve la vie, celui d’intermédiaire indispensable entre les nouveaux maîtres et leurs victimes.
Car victimes il y a lorsque les volontaires anglais de la Force F partent en « wagon-riz » pour un camp lointain le 7 mai 1943. C’est un billet pour l’horreur : les Japonais les destinent à la construction de la ligne Siam-Birmanie, le « Chemin de fer de la mort » nécessaire à leur effort de guerre contre l’Inde. Le Mae Nam Kwae (le petit Kwaï), fut le théâtre de l’acharnement sadique de l’armée japonaise sur les prisonniers de guerre et les populations locales.
Pour John Stewart, c’est le début de trois ans et demi de captivité dans la jungle, sous la mousson qui tue, dans un air chargé de miasmes et d’humidité fétide. « Les éclairs silencieux d’un orage distant illuminaient la monstrueuse masse végétale qui nous engloutissait, tandis qu’une pluie battante et incessante noyait tout autre son. » Mais il y a pire… Au terme de son séjour au contact de la soldatesque nippone sujette aux coups de folie, il n’oubliera plus « le bruit des gourdins sur la chair et les os, les cris des coolies, l’horrible odeur de la maladie et l’insupportable témoignage de la cruauté de l’Homme. »
La « fourberie magistrale des Japonais », leur brutalité, leur sadisme atteignent des sommets au camp de Sonkurai. Décimés en outre par la maladie, fruit de la contagion et de la malnutrition, les soldats anglais succombent à la dysenterie, aux abcès, aux fièvres et au choléra qui tue comme le serpent-minute : « Le caporal en charge du bûcher ressentit les premières crampes à l’aube. Le soir son corps brûlait dans les flammes. »
Avant le Hollandais Loet Velmans (Retour à la rivière Kwaï, Phébus, 2005), John Stewart a choisi de revenir sur ses pas en 1979 pour retrouver les lieux de cette indéfectible horreur, affreusement riches de souvenirs funestes et sanglants, comme celui de ce prisonnier mal décapité qui survécut trop longtemps. Il remonte la rivière Kwaï jusqu’à ses affluents près de la frontière birmane et retrouve le fameux Col des trois pagodes. Kwaï n’est pas une page que l’on tourne aisément : en 1957 déjà, la 20th Century Fox l’avait engagé comme conseiller technique auprès de David Lean, le réalisateur du Pont de la rivière Kwaï, film tiré de la fiction de Pierre Boulle. Il vécut alors sur le tournage deux mois d’un ennui maussade. Indépendant cette fois, avec beaucoup d’humilité, une immense pudeur, et lorsque c’est possible avec humour, John Stewart a alors décrit le calvaire terrible de milliers d’hommes grâce à ses notes de 1943 dans Kwaï, deux voyages (1988), un livre aussi passionnant que son auteur est attachant.
La magie de John Stewart réside à l’évidence dans la dignité, les sourires à l’Homme et l’intelligence du monde. Sans forfanterie, grâce au précieux conseil d’un capitaine qui n’a pas survécu : « ne jamais perdre le sens de la vie, l’émerveillement d’être en vie » D’ailleurs, contre « Shikata ga naï koto » (l’inévitable), rien à faire, on ne peut qu’accepter son destin. Le sabre de l’élève officier Toyoyama qui siffla un jour au-dessus de sa tête aurait tout aussi bien pu la lui trancher. Depuis, le sage anglais ne connaît plus la peur.
De la Force F, Sonkurai est devenu le tombeau. Des mille six cents hommes qui s’y trouvèrent seuls cent quatre-vingt-deux d’entre eux regagnèrent l’Angleterre en 1945. Parmi eux, John Stewart qui reprend le fil de sa vie. De passage dans le sud de la France, il rencontre Henri Cartier-Bresson qui le pousse à devenir photographe. Ses portraits de Matisse, Braque et Picasso le lancent, il s’installe à New York où il devient un fameux photographe de mode pour Harper's Bazar ou Vogue, se consacrant à partir des années 1970 à son seul art. Ses natures mortes et ses portraits entrent dans les meilleures collections. Une rétrospective londonienne vient d’ailleurs de le saluer.
Que souhaiter désormais à John Stewart ? de la vie, il semble avoir tout eu… Quant à nous qui pouvons envier et craindre une si riche existence, nous nous souhaitons la chance de pouvoir visiter un jour une ample rétrospective de son œuvre photographique. Et notamment son célèbre portrait du boxeur Muhammad Ali (1977). Les institutions ne manquent pas qui de la photo d’art ont fait leur spécialité. A toutes fins utiles, indiquons leur qu’il reste un maître à présenter au public français.
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John Stewart Kwaï. Deux voyages. - Orléans, Nicolas Jenson, 2006.

(1) Précision aux amateurs trop emballés par les "communs" : le texte n'est pas libre de droit, il est ici gracieusement proposé à la lecture et ne pourra pas être utilisé (sur wikipédia, par exemple) sans l'autorisation de l'auteur.
Illustration du billet : © Christele Jacob, 2011.

lundi 13 mars 2017

Le Mauvais livre encadré

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Le Mauvais Livre n'appartient pas qu'à Jules Renard. Henry Céard en a également donné une leçon.



Henry Céard Le Mauvais livre et autres comédies. - Paris, Librairie Française, 1922.

Jules Renard Le Mauvais livre. - Talence, L'Arbre vengeur, 128 pages, 12 €

dimanche 12 mars 2017

L'Homme-livre a-t-il bon caractère ?

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Paul Lacroix (1806-1884), dit Bibliophile Jacob, avait-il un heureux caractère ?
Etait-il le "mythobiographe" que l'on devine ?
Avait-il eu, par ailleurs, une carrière fulgurante ?
Des facilités relationnelles ?
Des intuitions sûres ?
Une oeuvre romanesque à relire ?
Vous redécouvrirez Paul Lacroix et répondrez à ces énigmes grâce au nouveau numéro de la la revue Littératures coordonné par Magali Charreire et Marine La Bail. Il constitue les actes de la journée d'étude qui s'est tenue l'an dernier à la bibliothèque de l'Arsenal.
Voici la présentation des deux éditrices :

Paul Lacroix, dit « le bibliophile Jacob », fait partie des figures que l’on croise au détour des travaux sur le XIXe siècle, mais dont l’œuvre, la personnalité et le rôle dans le champ littéraire demeurent méconnus. Historien, érudit, bibliographe, romancier, conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal durant plus de trente ans, il est l’un des plus éminents représentants de la polygraphie foisonnante qui caractérise le siècle, mettant à mal les frontières entre fiction et érudition.
Fruit d’un travail mené conjointement par des universitaires, littéraires et historiens, et des bibliothécaires, ce dossier a l’ambition de donner une image complète de ce personnage hors norme, montrant l’étendue et la diversité de ses activités. Il redonne à Paul Lacroix la place qu’il a occupée au sein des réseaux unissant le monde des lettres (ami de Nodier, Dumas, Balzac, Hugo, Janin…), celui de la librairie (collaboration avec les éditeurs Techener, Jouaust ou Renduel) et celui des bibliothèques publiques. L’écrivain, très peu étudié à ce jour, est au cœur de cette relecture. Car si l’homme attire de plus en plus l’attention, son œuvre de romancier et d’historien est restée dans l’ombre. Or elle éclaire ses activités de bibliophile et de conservateur, notamment par les enjeux complexes soulevés par sa « mythobiographie » auctoriale et le pseudonyme de « bibliophile Jacob », dont l’ambition et la réussite dépassent le cadre de la simple chronique du monde littéraire. Un choix de lettres inédites de Paul Lacroix, classées et annotées, et couvrant l’ensemble de sa carrière, complète ce dossier.


Au sommaire :

L’ermitage mondain du bibliophile Jacob à l’Arsenal

Paul Lacroix : quel(s) bibliophile(s) derrière le masque ?, Marine Le Bail
Les dénonciations du Bibliophile Jacob, Éric Dussert et Laurent Portes
Vermeer à l’Arsenal : la bibliothèque-musée de Paul Lacroix, Magali Charreire
Paul Lacroix, un camarade du Petit Cénacle, Jérôme Doucet
Paul Lacroix, un conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal ?, Rémi Verron
Le « tombeau littéraire » de Paul Lacroix à « la Bibliothèque, publique de Montpellier », Gilles Gudin de Vallerin

Paul Lacroix, le « roman-histoire » du XIXe siècle

Paul Lacroix, romancier de la Terreur : Le Chevalier de Chaville, Paul Kompanietz
Romans historiques et romans de mœurs chez le bibliophile Jacob, Aude Déruelle
Paul Lacroix et Sade : héritage et interrogations, Stéphane Fossard
Les « relations littéraires » entre Balzac et Paul Lacroix : « une simple histoire » ?, Lauren Bentolila-Fanon

Lettres inédites de Paul Lacroix, éditées par Magali Charreire et Marine Le Bail
L’aspirant-écrivain : lettres de jeunesse
Le « prolétaire des lettres » de la monarchie de Juillet
Le « bretteur » sous le Second Empire
Le conservateur et la Commune
La « convalescence du vieux bibliophile... »
Dernières années



Littératures, n° 75 - Paul Lacroix, « l’homme-livre » du XIXe siècle Presses universitaires de Toulouse Le Mirail 254 pages, 23 €

samedi 11 mars 2017

Les couvertures de notre siècle (23)

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Blaise Cendrars The Bloody Hand. Préface by Nicolas Beaupré. Translation by Graham macLachlan. — Pont-Aven, Vagamundo, 2017, 382 pages, 39 €.



vendredi 10 mars 2017

Fragments d'Ohl

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Enterré à compte d'auteur... et c'est papa qui paie, comme il a payé mon recueil d'enfant, mais cette fois je me tire moi-même à un seul et unique exemplaire hors commerce relié pleine peau, sous emboîtage ronce de noyer je ne voulais pas écrire "Enterré à compte... ... ronce de noyer " non ! écrire autour de "péter droit" je voulais, au rugby péter droit c'est foncer, s'enfoncer, forcer le passage, et perforer, culbuter, mettre à cul je t'en fiche ! au lieu de péter : Enterré à compte d'auteur... ... ronce de noyer !


Si je préfère de très loin la vie d'un auteur à son oeuvre, chez l'homme qui n'écrit pas j'aime les pense-bêtes, la berceuse griffonnée sur la facture de gaz, les coups de la partie de whist ascenseur au revers du portrait de famille, et même le cri tatoué sur l'épaule, même le mot d'excuse laissé à côté du corps, et voilà qu'on découvre ces vingt-six carnets au fond du coffre à linge, dans les jambes de vieux pantalons du suicidé, ils s'appellent "Ma vie", eh oui, le fameux "Ma vie" que vous connaissez, et ça me réjouit ce triomphe au box-office, parce que la veuve du suicidé est une brave femme, elle a entretenu le suicidé toute sa vie, que ce cossard de première catégorie lui rapporte à son tour de l'argent me semble un juste retour des choses.


Edolie Cristé a écrit "Drongo le roi des corbeaux", vrai ou faux ?


SI vous vous figurez que l'homme qui s'habille et peint tout en noir Pierre Soulages et l'homme qui s'habille et peint tout en blanc Paul Accables ne peuvent s'encadrer, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, ils sont en réalité comme cul et chemise, sans cesse ils se voient, chez Pierre, chez Paul, ils boivent force curaçao, peinturlurent les rebords de deux seaux de toilette, et face à face au milieu de l'atelier de Paul, de l'atelier de Pierre, tiennent séance le derrière nu à un doigt du seau, "Gagné !" fait Pierre, fait Paul, "Mais... j'ai pas touché !" fait Paul, fait Pierre, "T'as du vert aux fesses !" fait Pierre, fait Paul, parce que les deux grands artistes ont la même obsession sensuelle de la couleur verte, et nous tenons peut-être là un des secrets de leur amitié ineffable, et, qui sait, de leur génie.



Michel Ohl La Poule pond, suivi de Sonica mon lapin. Préface de Jean-Pierre Ohl. - Paris, La Table ronde, 128 pages, 15 €

jeudi 9 mars 2017

Le Capharnaüm de l'hétéroclite Ohl

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Tout le bordelais s'est mobilisé pour rendre hommage Michel Ohl. Aujourd'hui, nous saluons l'initiative des éditions Finitudes qui proposent dans le 7e cahier de leur revue Capharnaüm un florilège d'écrits de Michel Ohl.
Elles présentent ainsi le personnage :

Capharnaüm tente de rendre hommage à Michel Ohl, grand méconnu, voire inconnu, dont la légende ne cesse de planer sur les lettres depuis plus de quarante ans. Fou littéraire, pataphysicien, mystificateur, spécialiste de la littérature russe, amateur de rugby, on a souvent essayé de lui coller de belles étiquettes. Rien à faire. Et sa mort en 2014 n’a rien arrangé. À travers des textes, des lettres, un entretien, et quelques délires littéraires dont il avait le secret, nous avons tenté une approche discrète du bonhomme. Mais il reste insaisissable.

L'hétéroclite Ohl — plutôt que fou littéraire — fut de fait un original forcené de très grande ampleur, un excentrique dont les lectures avaient de quoi faire pâlir un sorbonnagre. La finesse de ses analyses, comparaisons, démonstrations se devine du reste aisément dans la plupart de ses écrits dont les pages recueillies pour qu'elles ne se dispersent pas définitivement dans la mer des folios nous convient aujourd'hui à de saines et mémorielles agapes.
Oh n'était pas le zaporogue banal.
Issues des revues Jours de lettres (1995, 1996), de correspondances à Gérard Bourgadier, éditeur, Angelo Rinaldi, dont il moque la leçon de grammaire dévoyée, l'ensemble est politiquement drôle. On y lit aussi des lettres à Denis Mollat, le libraire, à Pierre Assouline, qui ne se relève pas du manuscrit qu'Ohl lui a fait parvenir, au journal Sud-Ouest (une pétition réclamant le retour du cachet postal" signée par Henri Emmanuelli et Bernard Cantat, qui n'en manquent pas), à Patrick Volpilhac de l'Agence régionale pour l'écrit et le livre (Arpel), à un éditeur pour lui proposer un projet d'uchronie concernant Mai 1968 (avec titres et descriptifs des opus potentiels : Mai l'homme âne, Mai Nil Montant, Mai de Sein, ou Mai sage, etc.), ainsi que le fameux Boobook, nain des éditions Galimart de Bérénice Constans. Perle rare, le copieux entretien final entre Michel Ohl et son ami Dominique Noguès (et non Noguez) finira de convaincre le dubitatif.
Ce morceau particulièrement roboratif avait paru dans le numéro unique de la revue photocopiée qui remporte le meilleur titre de revue du monde : Le nom de la revue intitulée Dieu seul le sait.
Pour se convaincre que lire Michel Ohl est la médecine qu'il vous fait, ce constat qu'il fit et qui ne peut qu'emporter l'adhésion, en particulier au milieu de la semaine :

L'art est création !



Capharnaüm, n° 7 (mars 2017)
96 pages, 13, 50 €


mercredi 8 mars 2017

Sonica d'Ohl

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Michel Ohl toujours, n'est-ce pas délicieux ?
% Cette fois avec un inédit posthume, La Poule pond qui ne dépare pas la bibliographie ohlienne.
Son frère Jean-Pierre en donne quelques clés dans son informée préface.

Michel Ohl, dès l’adolescence, fréquente Rigaut, Cravan, Artaud et autres Crevel, trouvant chez ces magnifiques "suicidés de la société" l’estampille de son propre désespoir. De Rigaut, surtout, on sent l’influence dans Sonica mon lapin, son premier livre, recueil de micro-récits pataphysiques ponctués d’aphorismes narquois.
Certes, des motifs émergent, qui pourraient servir de fil d’Ariane dans cet univers labyrinthique – le ricanement de la mort, les souvenirs d’enfance et leurs ambiguïtés, la prolifération à la fois hilarante et inquiétante du langage, le jeu sans fin des références –, mais voici qu’une moulinette ubuesque malaxe tout ceci, et le recrache au visage du lecteur !

La poule pond, le dernier recueil de Michel Ohl, peut à bon droit passer pour un viatique, un Baedeker pour le pays d’Ohl. Les figures habituelles y sont, non pas simplifiées, mais épurées par une exigence de clarté particulière, comme si l’auteur avait voulu préparer le travail du lecteur, l’aider à extraire la pépite de la gangue – après tout, "La poule pond", dans sa grandiose et parfaite simplicité, n’est-elle pas "la plus belle phrase de France" ? Les similitudes entre "Sonica mon lapin" et "La poule pond" restent cependant significatives : au "rira seul qui rira le dernier" du jeune "antipoète" répond "le rire exquis, le crâne rire ininterrompu" du sexagénaire qui sent peut-être venir la mort. En écrivant La poule pond, Michel Ohl se tient "au bord du rire et de la mort mêlés dans l’onde noire comme le tapioca et les crêtes de coq dans le consommé impérial."
On n'a pas fini de lire et de relire Michel Ohl. S'il le faut, nous ajouterons aux quelques billets de cette semaine, des extraits dignes d'attirer le lecteur ému...


Michel Ohl La Poule pond, suivi de Sonica mon lapin. Préface de Jean-Pierre Ohl. - Paris, La Table ronde, 128 pages, 15 €

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