L'Alamblog

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samedi 31 janvier 2015

Jacques Le Scanff

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Tandis que l'esprit de Nancy Huston bat la campagne, celui de Jacques Le Scanff fermement accroché à son propriétaire nous offre par voie de réseau "ces arbres, ces cris, ces brumes... la vie de mon atelier. Loin hélas des collines et des montagnes. qui sont leurs sources."
C'est un billet et un numéro du Préau des collines, lancé le 25 janvier 2015 avec son lot de peintures, d'encres, de pigments et de poèmes consacré à la montagne de Lure. Un numéro

composé en Granjon
et relu par François Bouchardeau
sous la menace de ceux qui voudraient brûler ces forêts
et pour encore rire des fous de dieu
qui ne savent pas que si on les cherche
on ne les trouve pas.

Enjoué, Jacques Le Scanff fait même son (faux) mea culpa en expliquant pourquoi la revue ne retrouve pas son format papier :

Une édition sur papier pourrait paraître
un jour - je l’avais annoncée,
mais la fatigue, ainsi que la lecture
intensive et édifiante du Sapeur Camenbert
m’ont empêché d’achever ce forfait.

Il est malin, on ne pourra pas après cet aveu lui jeter la pierre...
On s'abonnera plutôt en envoyant son adresse mail à
preaudescollines@gmail.com
01 48 06 47 06
145 bis avenue de Choisy
75013 Paris

vendredi 30 janvier 2015

Une promenade peut augmenter la réalité

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Le 23 octobre 1961 à Santa Fe (Argentine), Angel Leto et le Mathématicien marchent de conserve dans la rue San Martin. L'un est un jeune comptable sans aspiration, l'autre un ingénieur, fils-de-famille vêtu comme une gravure de mode. Tous deux vivent un même trouble. Pour des raisons différentes, ils n'ont pu participer à la fête donnée en l'honneur de l'anniversaire du poète Washington. Le ratage de cette soirée les obsède tout au long des deux mille mètres de la rue et les réduit à commenter le récit qu'un de leur ami, Bouton, leur en a fait. Comme don Quichotte et Sancho Pança, ils cheminent en évaluant ce témoignage et rencontrent Tomatis, un journaliste sarcastique qui assistait à la fête et brouille un peu plus les cartes. Au terme de cette balade, il ne restera de probable pour Leto et le Mathématicien qu'un débat sur l'instinct et l'apologue énigmatique du poète à propos de la conduite des moustiques.
Manifestement dégagé de la linéarité qu'induirait la promenade le long d'une rue droite, ce roman de 1986 donne une clef de lecture avec son titre espagnol, Glosa (1986), traduit aujourd'hui en Glose, après avoir paru chez Flammarion (1988) puis au Seuil sous le titre de L'Anniversaire. Le sujet, ce sont les rapports du langage et du réel. Par la mise en abîme des témoignages successifs et l'utilisation d'un narrateur qui n'est pas aussi omniscient qu'on le croit, Juan José Saer torpille le principe de réalité. C'était l'objet de ses précédents romans : la réalité est pour Saer "le visible plus l'invisible", une conscience intime et... un leurre.
À l'instar du Tandis que j'agonise de Faulkner, Saer donne la parole à chacun des protagonistes qui tour à tour raconte sa propre version de l'histoire. Mais si chez Faulkner les sentiments subjectifs s'affrontent, leur recoupement permet d'inscrire les faits dans une réalité unanime. Saer, au contraire, façonne l'improbable. À force d'analyse et de pondération, le Mathématicien et Leto dissèquent rétrospectivement "l'infinité probable des variantes de non-vérité".
Glose agit donc comme un accélérateur de particules (la longueur de la rue est justement celle de cet appareil agitateur d'atomes). La réalité y est atomisée. La soirée subsiste à peine dans la mémoire des protagonistes tandis qu'elle devient dans l'esprit de Leto et du Mathématicien des "souvenirs parasites, (...) d'expériences étrangères qui n'en perdent pas pour autant force, sens et cohésion."
Roman plus que considérable — c'est probablement le grand œuvre de Juan Jose Saer (1937-2005) —, Glose enrichit terriblement ses lecteurs. Aux autres, il reste cette question agaçante comme l'un des moustiques de Washington : qu'ai-je donc raté ?



Juan José Saer Glose. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Laure Bataillon. Préface de J.-H.Gaillot. Couverture de Nicolas Arispe — Paris, Tripode, 280 pages, 20 €

mercredi 28 janvier 2015

Les Coquilles de Le Goff

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Arpenteur et poète, Jean-Pierre Le Goff (1942-2012) avait acquis « le goût des analogies et des correspondances comme moyen de connaissance, mettant par exemple en rapport les dessins des coquillages et les cartes géographiques » (Stéphane Mahieu). Il avait par conséquent le goût des séries, et très fort. D'autant qu'il était aussi banalyste d'obédience patatruque. Témoignent encore ses Coquillages, recueil de proses inédit qui paraît aujourd’hui avec une très belle préface de Didier Semin évoquant tout à la fois Roger Caillois et Oswald Crollius, ce médecin allemand du XVIe siècle qui tissait l'analogie de la forme et des fonctions. On constate plusieurs démarches dans ce livre riche. Et les proses qui y figurent offrent du scientifique et du rêveur, du pointilleux et du métaphysique, du verbe et des formes, de la folastrie et de la science, au point que l’on ne trouve meilleure analogie à sa lecture que ces chasses éperdues, sur la plage, pour trouver le plus beau spécimen.
« Je préfère, écrit Jean-Pierre Le Goff, me laisser corrompre et suborner par l’idée que la nature a mis à notre disposition la page blanche du coquillage pour que nous puissions y projeter mentalement nos penchants particuliers pour les figures, les teintes et nuances pour lesquelles nous avons une prédisposition. »
Un livre merveilleux, qui fait suite dans le catalogue des Grands Champs à la Botanique parallèle de Lionni, aux Clairs de lune de Flammarion et à La Vie privée et publique de Grandville. Franchement, tout cela a de la gueule.


Jean-Pierre Le Goff Coquillages. — Éditions des Grands Champs, 208 pages, 23 €


lundi 26 janvier 2015

Vannes grandes ouvertes

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On n'a pas souvent l'occasion de lire une dédicace évoquant le "tricycle Rabelais, Jarry et Mario Meunier", on vous en fait donc part.
Par le poète Alain Roussel, parfois prosateur, emporté par la vague (de sa langue) et les fastes (de son imagination).
De quoi se laver les yeux après avoir lu un méchant bouquin.

"Et si je n'étais pas le dernier ?", se surprit à imaginer le Dernier des Mohicans (...)


Un livre avec de la Mélusine dedans.


Alain Roussel Le Labyrinthe du singe. — Apogée, 170 pages, 17 €

dimanche 25 janvier 2015

le cahier du bougre #2

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le cahier du bougre (le cadran lunaire, saint-étienne)

N° 2 (août 1985) où le point de rencontre des deux branches de la croix
"55 p + 1 coul ss couv. printed mn : 20 ex. l'1 ... 56,84 F"


qui ne bande plus
ne risque pas
de tomber raide mort




samedi 24 janvier 2015

† Kim Foley (1939-2015)

kimfoley.jpgIl est parti, lui aussi, cet autre grand bonhomme... Il avait 76 ans.

Son site officiel vous renseignera vite sur ses capacités... parfois étonnantes.
On n'oubliera pas qu'il a managé Phil Spector ou conduit les Runaways, travaillé avec Jonathan Richman ou Ben Vaughn. Et puis, il y a, en 1969, ce Bubblegum que beaucoup lui envient...

Quelques échantillons pour les curieux : The Trip, Animal, Man, , I hate you, Big Bad Cadillac, Zero Zero (Alcoholic side), Motorboat

vendredi 23 janvier 2015

Les triomphes du paradoxe, ou la réclame par induction (Hector de Callias)

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Les triomphes du paradoxe

Tous les genres de sophismes ont été épuisés par la décadence athénienne et par l'école d'Alexandrie. Je crois pourtant que notre époque en a inventé un, auquel je ne saurais trouver un nom digne d'un traité de logique. On pourrait l'appeler : la réclame par induction.
C'est un raisonnement qui consiste à poser une conclusion fictive pour en tirer des prémisses utiles. Alphonse Karr est un des premiers philosophes qui aient signalé cette espèce de sophisme, d'après lequel un directeur de théâtre, pour prouver qu'il a de jolies actrices n'a qu'à leur faire jouer le rôle d'Eve - avant le péché.
Ceci était l'enfance de l'art. Avec le bouillonnement des intelligences qui caractérise notre civilisation, un principe fertile, aussitôt découvert est appliqué à toutes les branches de l'industrie, et à tous les besoins sociaux - comme la télégraphie électrique dont on se sert maintenant à l'intérieur des appartements.
Un journal vient au monde : Que lui faut-il ?. - Vous me direz : des abonnés. - Mais ce n'est point la question que je veux traiter. L'abonné est d'ailleurs un mystère : - beaucoup de journaux qui ne l'ont jamais connu qu'à l'état de curiosité historique ne s'en portent pas moins bien.
Il faut de l'influence : le devoir du critique est d'être influent comme le devoir du ciel est d'être bleu. On dit critique influent comme on dit Orient ensoleillé et fatalité inéluctable. Il y a des vocables mariés - sans divorce possible.
L'influence vient avec le talent - ou avec les années - car il y a bien des hommes de lettres qui obtiennent l'avancement à leur tour de bête - ainsi qu'à l'armée. Voilà le difficile. S'il fallait des talents pour faire des journaux - à compter un seul talent par journal - les kiosques du boulevard seraient moins remplis. Reste le temps. Mais tous les journaux ne peuvent pas attendre.
Ici se manifestse la force victorieuse du paradoxe.
Le critique court pendant une semaine le théâtre Montparnasse, le bal Morel, le café du "Singe bon garçon" ; il s'arrête sur les places publiques partout où il voir un cercle de badauds ; il écoute dans les cours des maisons situées place Maubert. Au bout de sa semaine il a généralement trouvé un jeune premier rôle qui joue le duc de Chevreuse en mangeant des chaussons de pommes, une quadrilleuse qui enlève avec sa bottine les lorgnons des personnes de la société et en fait flotter les cordons en guise de drapeaux au bout de sa jambe tenue au port d'armes ; un peintre dont la maîtresse est goitreuse et qui peint toutes les femmes avec des goitres, parce que c'est plus nature. Il n'est pas sans rencontrer aussi quelque général mexicain ambulant, quelque perceur d'isthmes en chambre ou bien une jeune fille qui chante la ritournelle du mancenillier en s'accompagnant d'un tambour de basque.
La fortune du du journal est faite. Il a trouvé une personnalité.
Car tous les journaux ayant un faible spécial pour les monstres que l'on devrait conserver dans un bocal d'esprit de vin, à peine un monstre est-il signalé que chaque journaliste roule son carré de papier en forme de trompette pour chanter hosannah à la divinité hideuse - - qui en récompense leur accordera dans ses mémoires une mention déshonorante. Les chroniqueurs sont des Hindous : ils adorent les magots.
Une fois le monstre lancé, son dénicheur, sans empêcher le domaine public d'en jouir librement, prend acte de priorité par une circulaire bien sentie. Il a prouvé qu'il était influent puisqu'il a créé une personnalité. Il peut traiter en puissance avec toutes les puissances. Il a partout sa première loge : l'emprunt de Madagascar lui réserve des actions : il peut manger sa glace à la vanille chez les cocottes et cocodettes les plus mal famées. Wirth lui fait présent d'un encrier en bois sculpté : l'écuyer quadrumane lui envoie sa carte au jour de l'an.
Un personnage - dont je prononcerais le nom si je ne craignais de renouveler les hostilités, heureusement oubliées, de la guerre des Deux Roses - a été faiseur de Rois. On est fabricant de personnalités pour Paris, la province et l'étranger.
Un malheureux qui n'a plus de chemise à vendre, se jette à la Seine. Entre le parapet et l'eau il est retenu par le vigoureux poignet d'un sergent de ville. Ce fonctionnaire lui demande ce qui l'excite à cet acte répréhensible. L'autre que ce n'est pas un excès de bien-être.
- Travaillez, dit le sergent de ville.
- Je suis ouvrier tanneur, et l'ouvrage ne va pas.
- Alors faites des personnalités.
Gela se pratique du haut en bas de littérature : Que l'on invente un tailleur ou un grand poète norvégien, le procédé est le même.
La force du paradoxe se manifeste en des applications inombrables.
Le directeur d'opéra a soin d'annoncer partout les appointements fabuleux qu'il donne à ses étoiles, et le public croit longtemps contempler des étoiles de première grandeur. Pour donner en deux jours au premier peintre en bâtiment venu la réputation de Duprez, il suffit de le payer deux cent mille francs par an. Quand un général a fait chanter le Te Deum, les populations sont persuadées qu'il est vainqueur. Je connais un homme qui a proposé à Grisier, un hôtel aux Champs-Elysées, entre cour et jardin, s'il voulait se laisser égratigner par lui. Si toutes les femmes entretenues ont des liaisons affichées avec des ophicléïdes du Gymnase, il ne faut pas s'imaginer que c'est pour s'amuser : c'est pour faire courir le bruit qu'elles sont capables de carpices. Les jeunes ducs qui se font interdire pour elles espèrent toujours remplacer l'ophicléïde du Gymanse. Je suis sûr que Cléopâtre regrettait beaucoup la perle qu'elle fit dissoudre dans du vinaigre : mais elle voulait, pour mieux asservir Marc-Antoine à ses fantaisies, se poser en fantaisiste de première force.

A venir : "L'abruti, homme du monde" et "l'abruti, homme de lettres"

Hector de Callias Les Mirages parisiens. - (Paris), (s.n.), 1867, p. 4-sq.

jeudi 22 janvier 2015

le cahier du bougre #1 (Henri Simon Faure)

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Nous avions proposé des informations, et notamment des images, relatives à Henri Simon Faure. Elles seront dispensées ici au fil de l'eau, en commençant par le détail des cahiers du bougre.


le cahier du bougre (le cadran lunaire, saint-étienne)

N° 1 (juin 1985) le boustrache sourd de la moustache du bougre
"74 p ss couv. printed mn : 20 ex. l'1 ... 74,48 F"
Illustrations Daniel Simon Faure

Sommaire
sourcier d'un même sang
les moustaches journalières aux frères Goncourt
les moustaches de bonne volonté chez Jules Romains
en se retournant sur le siècle depuis le quartier latin 1946 la/les moustache/s
erratographie

mercredi 21 janvier 2015

Cailloux de Caillois

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Vous ne savez pas quoi vous faire offrir ? Le Préfet maritime va vous sortir d'embarras !

Suivez les conseils de l'Alamblog et procurez-vous la nouvelle édition d'un classique de la littérature lithique, illustrée richement cette fois de cailloux de la collection de Roger Caillois, qui en fit don au Musée d'Histoire naturelle, après en avoir conçu un essai bien connu.
Initialement sixième volume de la fameuse collection d'Albert Skira et Gaëtan Picon, "Les sentiers de la création", publié en 1970, ce point fixe au milieu de "l'étrange carrefour de l'ordre plastique et de l'ordre poétique" est un grand livre qu'il convient de ranger aux côtés des livres de Robert Ganzo, autre lithomane bien connu. Autant vous dire que c'est une merveille.


Roger Caillois La Lecture des pierres. - Editions Xavier Barral, reliure éditeur, 190 x 253 mm, 432 pages, environ 150 photographies couleur, 55 €

mardi 20 janvier 2015

Les couvertures du siècle dernier (XLXII)

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Maurice Renard Le Péril bleu. - Paris, Louis Michaud, 1910.

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