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lundi 12 mai 2008

L'Oeil bleu # 6 (Paul Verlaine, le groupe de l'Abbaye, Gustave Le Rouge, Jean Dayros, Hugues Rebell, etc.)

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Nous avons eu le grand tort de ne pas vous parler de la parution de la 5e livraison de L'Oeil bleu il y a quelques mois. Pour cause de lectures en cours, il est resté en déshérence et, de pile en pile, a fini dans la mauvaise, la maudite, celle qui loin des yeux parle peu, s'exprime encore moins et sédimente, à peine bousculée de temps à autres, par un coup de bec d'aspirateur ou de balai. Trop tard ?
Que non, la découverte dans notre boîte de la 6e livraison a réveillé (tous) nos esprits et remis la bonne revue sur le sommet de la bonne pile. Il fallait bien ça car entre une pré-originale mal connue de Paul Verlaine dans le Caen-Caen, un topo sur ladite publication, un débat sur Jean Dayros accompagné de documents nouveaux et un panorama de la vie de Lucien Linard, l'imprimeur du groupe de l'Abbaye, notre île ne pouvais pas ne pas se faire le porte-voix du travail méticuleux de Nicolas Leroux, au beau nom d'utopiste, et de ses auteurs. Henri Bordillon continue de nous surprendre avec Gustave Le Rouge, on bibliographie de la revue (les lecteurs de l'Alamblog savent désormais à quel point ce labeur ingrat est utile) : on ouvre des pistes.
La mauvaise conscience taraudant les plus intimes recoins de notre subconscient revenu des champs, répétons sans vergogne à quel point cette publication est excitante. Au moins autant que le Rocambole, et c'est peu dire.


Sommaire du numéro #5
Un dîner suivi d'un déjeuner Barbemuche (A. Schanne)
Transfert de sépulture (Jean Dayros)
Avec l'Ami Dayros : repentances (par Henri Bordillon)
Souvenirs des temps d'anarchie (dernière partie) (A. Linert) Auguste Linert : dix ans de littérature (1885-1894) (par Nicolas Leroux) Hugues Rebell et Jean de Villiot : à propos de Femmes châtiées (Noël Herbin)
Bibliographie des revues : L'Art social (1891-1896)
Du fulmicoton pour la Révolution. Sur le premier attentat anarchiste en France : 15 juin 1881 (Nicolas Leroux)

Sommaire du numéro #6
Nicolas Leroux Un zéphyr à l'Abbaye : Lucien Linard (1881-1914)
Archives de L'Abbaye de Créteil : Appel de 1906
Henri Bordillon Deux nouvelles méconnues de Gustave Le Rouge
Gustave Le Rouge Le Guet-apens (et) Une exhibition fantastique
Marcel Troulay Le Caen-Caen de juin 1895
C.-A. Ballière Une visite à Paul Verlaine
Bibliographie des revues : Poème et Drame (1912-1914)


L'Oeil bleu
59, rue de la Chine
75020 Paris
12 euros

vendredi 9 mai 2008

Emile Reynaud a inventé le cinéma lui aussi

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Libraire d'ancien et ex-informaticien, Bernard Lonjon a donné il y a quelques mois un volume qui intéressera tous ceux qui se passionnent pour les inventeurs et pour l'histoire du cinéma. Ce volume illustré d'un fragment de film en couleur sur pellicule à trous permet de faire toute la lumière sur la personne d'Emile Reynaud(1844-1918), l'inventeur du praxinoscope et d'autres merveilles comme le film perforé.
Mais lorsqu'on parle à son sujet de lumière, c'est presque de la provocation...
A l'instar d'un Louis Ducos de Hauron, complice de Charles Cros dans l'invention de la photographie en couleur, Emile Reynaud n'avait pas encore eu droit à sa biographie ; la lacune est désormais comblée.
Du bon papa Reynaud à l'inventeur amer et défait, Bernard Lonjon offre un tour panoramique largement étayé de documents journalistiques et familiaux sur les activités de cet incroyable bonhomme qui finit, en 1910, par baisser les bras et qui, ruiné, détruisit ses oeuvres reposant sur pellicules très inflammables (il jeta ses films à la Seine...), mais également ses archives professionnelles afin, peut-être d'en préserver les secrets (les images animées en relief, par exemple). Il reste donc fort peu d'oeuvres, pistées néanmoins par le biographe.
A lire Lonjon, on reste un peu stupéfait du nombre d'améliorations et d'astuces que mit en oeuvre Reynaud au moment historique du glissement technologique de l'image fixe vers l'image animée et sonorisée. Et l'on verra, si l'on lit bien, que l'inventeur commit également au sujet de la sonorisation quelque avancée.
Bref, pour en savoir beaucoup plus sur l'archéologie scrupuleuse du cinéma, la biographie d'Emile Reynaud semble une pièce incontournable. On y voit d'ailleurs pourquoi s'effaça cette belle figure qui fit les beaux jours du Cercle Funambulesque de Paul Margueritte et du mime Raoul de Najac ou du Théâtre Optique du musée Grévin avec ses dessins animés — on voit du reste tous les fin-de-siècle dans ce livre. Emile Reynaud, inventeur hypereffervescent manqua souvent du bon gros capital qui permet tout et se trouva confronté parfois à la vilenie de copieurs comme les frères Lumière contre lesquels il eut le grand tort de ne pas porter l'estocade au moment où le droit de propriété industrielle le lui permettait.
C'est toute l'histoire du pot de terre et du pot de fer cette vie d'Emile Reynaud. Et pour les ignares — dont nous sommes — qui ignorent à peu près tout de l'histoire des techniques de l'image des années 1890-1910, c'est une solide mise à niveau.


Petit rappel : Bernard Lonjon avait précédemment livré un vie d'Edouard Gazanion, poète vellave à l'assaut de Montmartre.


Bernard LONJON Emile Reynaud, le véritable inventeur du cinéma. — Polignac, Editions du Roure, 232 p., 22 euros
Edouard Gazanion, poète vellave à l'assaut de Montmartre. — Polignac, Editions du Roure, 2004, 224 p.

Librairie A la Venvole
CR 100 Le Rebaut Bas
34500 BEZIERS
lonjonbernardATaol.com

jeudi 8 mai 2008

Recension des Versiculets d'Alfred Poussin

poussinAlfred.jpg Alfred Poussin par Evert Van Muyden.


Puisque nous sommes tous ici pour nous consacrer à des choses graves, et gravement problématiques - ouvre-t-on un blog pour ne rien dire d'essentiel, hum ? - nous voilà confrontés à une question essentielle de l'histoire littéraire d'aujourd'hui.
Après la notable avancée dans la connaissance de Jean Dayros, la question que nous souhaitons soulever ce jour fut largement abordée par Michael Pakenham, le spécialiste de Verlaine. C'est, en l'espèce, le poète Alfred Poussin (1834-1901), auteur des Versiculets, figure des plus attachantes de la bohême de son temps, né à Crouttes, mort de phtisie. Sans le sou, il mena une vie errante à travers Paris, connut l'honneur d'être publié par Vanier deux ans avant Verlaine et, fut réédité par ses amis qui assurèrent trois autres éditions de son ouvrage, la dernière étant publiée en 1897 par le Mercure de France à l'initiative d'Alfred Vallette.
Pour comprendre un peu mieux, il va vous falloir plonger dans Le Livre des Egarés, superbe volume illustré de la maison Plein Chant, amoureusement composé par le bibliopole en chef, naguère, accompagné de votre Préfet préféré. Alfred Poussin figurait au sommaire sous la signature de Master Pakenham himself. Il est à noter que Livrenblog a cité à plusieurs reprises le nom de Poussin dans ses inestimables billets (Poussin collaborateur du Scapin, du Pierrot, etc.).
Notre méconnaissance collective de cet oiseau étant assommante — et la lecture de sa "Jument morte" si édifiante —, il nous a paru important de recenser une bonne fois pour toutes les exemplaires en circulation de ce grand livre, son unique recueil...


Bibliographie d'Alfred Poussin

Alfred POUSSIN Versiculets. Préface de Jean Richepin. - Paris, Vanier 1882, 72 p. In-16.
Edité aux frais d'Ernest Orllange, directeur des Poëtes de l'avenir, avec le soutien de Jean Richepin qui en signa la préface.

Alfred POUSSIN La Jument morte. Dessins de Raoul Etienne et préface de Jean Richepin. - Paris, Vanier 1884. Edition à part rarissime.

Alfred POUSSIN Versiculets. Préface de Jean Richepin. Notice d'Alfred Vallette. Nouvelle édition. - Paris, Dentu, 1887, 144 p. In-32. cote BnF 8-Ye-1761 (microfiche même cote).

Alfred POUSSIN Versiculets. Préface de Jean Richepin. Notice d'Alfred Vallette. Nouvelle édition (3e éd.). - Genève, Impr. centrale genevoise, 1892, 142 p., In-16, portrait par Evert Van Muyden. Cote BnF 8-Ye-3611 (microfiche même cote).

Alfred POUSSIN Versiculets... Quatrième édition très augmentée. Préface de Jean Richepin. Notice d'Alfred Vallette. - Paris, éditions du ″Mercure de France″, 1897, 223 p. In-16. Dix exemplaires sur papier de Hollande. Cote BnF Ye-13713 (microfiche même cote).

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Catalogue des publications du Mercure de France (1899, p. 32)

Exemplaires en circulation
Pour l'heure, nous disposons de 5 exemplaires réputés, dont la description va suivre ci-dessous, dans l'ordre de leurs révélations.

1 — Edition de 1887
Coll. Michaël Pakenham

2 — Edition de 1887 avec envoi à Osmin Nogué (1865-1942), avocat, chansonnier et homme de lettres.

"A Monsieur Osmin Nogué / avec une bonne poignée de main/ Alf. Poussin/ Je vous ai fait attendre - vous avez du avoir le trac."

Coll. Jean-Didier Wagneur

3 — Edition de 1887 avec envoi

"à Raoul Ponchon/ — Bien cordialement / Alf Poussin/ (Journal le Courrier français)"

Coll. Alain Borer

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4 — Edition de 1897, avec envoi à la patronne du Procope, lieu que Poussin fréquentait avec Verlaine.

"A Madame Théo,/ - naïve et bonne - et combien fine/ - hommage de son fidèle client/ - même quand il n'a pas le sou/ Alf. Poussin.// — Café Procope —/ 10, Novembre,/ — 1897 —"

Exemplaire personnel du Préfet maritime, acquis en la librairie de Michel Bouvier, naguère.

5 — Exemplaire de l'édition originale
Coll. E. D.

6 — Exemplaire avec envoi à Alfred Vallette
Coll. Christian Laucou


Sur Alfred Poussin (extrait)
- Jean RICHEPIN Préface à l'édition originale (1882)
- Polybiblion 1884.
- Georges AURIOL "Alfred Poussin" (série "La Guillotine", Le Chat Noir, 27 mars 1886)
- Henri BEAUCLAIR Ohé ! L'Artiste (Tresse & Stock, 1887) Roman à clefs où Poussin figure sous les traits de Jean Picot.
- Alfred Vallette Notice (juin 1887).
- William VOGT L'Altière Confession (La Plume, 1892).
- Paterne BERRICHON Jean-Arthur Rimbaud (Mercure de France, 1911)
- Alphonse RETTE Au pays des lys noirs 1913.
- Laurent TAILHADE Quelques fantômes de Jadis 1919, pp. 7-9.
- Georges MILLANDY Lorsque tout est fini... (Messein, 1933)
- Michael PAKENHAM "Alfred Poussin" in Le Livre des Egarés (Plein Chant, n° 69-70, 2000, pp. 78-104).

mercredi 7 mai 2008

Mystère du "té" (les grandes enquêtes de l'Alamblog)

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Il reste des mystères sur cette planète. Les dieux en soient remerciés. Aujourd'hui, tentons d'éclaircir la question soulevée par Christian Garcin, il y a quelques jours sur l'Alamblog.
Voici tout d'abord ce qu'il nous indiquait :

"té" n'existe pas. Dans le sud, pour dire "tiens", "voilà", "allez", "c'est ainsi", "allons bon", etc., on dit "tè". L'accent est grave. (Comme le sont les austères Provençaux, selon Tacite.) Les gens du sud se demandent toujours pourquoi ceux qui sont moins du sud, lorsqu'ils veulent contrefaire leur accent, ferment toujours la voyelle, qui est grande ouverte. Aussi, cher Préfet, si vous débarquez un jour du côté de Marseille, n'oubliez pas le bon accent, le grave : "tè".


Là-dessus, tout satisfait d'avoir appris quelque chose, peuchère, nous recevons un ohlien courrier de Michel Ohl reprenant encore ce soleilleux sujet :

4 mai
Cher Eric Dussert,
Je n'ai pas saisi l'histoire du "Té", il faut vous dire que je ne peux fixer la toile que quelques petites minutes par jour (...), je n'ai donc pas toujours le temps de vraiment lire. Dans les Landes, en Onessie, où j'ai vécu 20 ans, toujours j'ai entendu et dit Té aigu. Si vous vous pointez chez Jojo Caule avec un tè grave, elle risque de vous regarder d'un oeil méfiant, et de vous servir votre Cinzano avec mauvaise grâce !



Bien entendu, l'enquête est ouverte.
Nous vous donnerons aussi des nouvelles fraîches de Michel Ohl, te (1)


(1) Pour l'heure, lire Té ou Tè, à votre convenance.

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