L'Alamblog

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mercredi 26 juillet 2017

Baudelaire chez les singes

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Le 24 avril 1864, Baudelaire met un pied à Bruxelles. Il a l'intention de rester quinze jours, le temps de prendre des notes sur les collections de peinture particulières réputées du jeune royaume (fondé trente-quatre ans plus tôt).
Deux ans plus tard, s'ennuyant mortellement, le poète est toujours à Bruxelles...
Jean-Baptiste Baronian explique pourquoi une série d'échecs l'a conduit à s'incruster dans ce pays qu'il déteste... Et on sait à quel point.
On y reviendra sans doute.
Voilà en tout cas une vraie lecture d'été riche et salée !



Jean-Baptiste Baronian Baudelaire chez les singes. - Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 19,5 €

lundi 24 juillet 2017

Il ne veut pas parce qu'il ne veut pas

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Bientôt sur l'Alamblog, le magnifique double recueil d'Uchida Hyakken, Au-delà (1922), un recueil d'étonnantes nouvelles fantastiques dont le grand tremblement de terre de Tôkyô détruisit en 1923 la quasi totalité des exemplaires existants, et, onze ans plus tard, Entrée triomphale dans Port-Arthur. Les deux sont traditionnellement publiés ensemble.
On a comparé Uchida Hyakken (1889-1971) à Kafka. Peignant, avec une prédilection pour les ambiances oniriques, ou cauchemardesques, et avec le seul secours de perceptions qui paraissent distordues, il donne avec un humour subtil des récits pathétiques, troublants, étranges comme on ne saurait dire. On y reviendra...
Voici un topo du traducteur qui devrait vous mettre l'eau à la bouche :

Né le 29 mai 1889 à Okayama dans une famille de brasseurs de saké qui fera faillite à la mort du père, alors qu’il a seize ans, Uchida Hyakken est l’un des classiques du xxe siècle les plus populaires au Japon, où il est reconnu comme le précurseur de la littérature contemporaine, Murakami Haruki et Kawakami Hiromi en tête. Il est assez incompréhensible qu’il soit resté à peu près inconnu en Europe jusqu’à maintenant. À la fois bonhomme et intransigeant, Hyakken est apprécié de ses lecteurs pour ses récits fantastiques empreints d’humour, ses problèmes permanents de femmes et d’argent, sa façon de les aborder avec une autodérision dévastatrice, et son amour des chats. Pendant ses années d’études à l’université impériale de Tôkyô, il fut un disciple de Natsume Sôseki et un ami d’Akutagawa Ryûnosuke. Après un diplôme de littérature allemande, il devint professeur d’allemand. En 1922, il publie sa première œuvre, Au-delà, un recueil de nouvelles qui révolutionne l’approche du fantastique. L’année suivante, le grand tremblement de terre de Tôkyô détruit la quasi-totalité des exemplaires existants. Hyakken se lance alors dans l’écriture d’une autre série sur le même principe. Onze ans plus tard, il achève Entrée triomphale dans Port-Arthur. Il est devenu coutumier, dès le vivant de l’auteur, de publier les deux recueils ensemble sous leur double titre. La célébrité vient avec le premier Carnet du Hyakkien (1933), des récits à caractère autobiographique. Son œuvre abondante comporte essais « au fil du pinceau », nouvelles, romans, récits pour la jeunesse et haïkus. Il est considéré comme l’un des maîtres d’une langue japonaise écrite portée à son niveau de perfection stylistique. À la lumière de ses textes, Uchida Hyakken apparaît comme un fils de famille élevé dans le goût des plaisirs, mais perdu dans une difficulté chronique à joindre les deux bouts, incapable d’arrêter d’entretenir des maîtresses, fin gourmet et roi des tapeurs, capable de pleurer la disparition de son chat mais incapable d’exprimer sa tendresse pour ses enfants quand il est avec eux, pour se laisser submerger par la culpabilité quand son fils tombe malade, sans pour autant bouger le petit doigt pour se réformer. Une sorte d’antihéros du sentiment humain, et de ce fait terriblement humain. L’homme devait d’ailleurs présenter d’autres facettes, car il est également célèbre pour l’affection que lui prodiguèrent ses étudiants jusqu’à sa mort, lors des rencontres du club « Ça y est-il ? » (Maada-kai, jeu de mot sur la phrase rituelle du jeu de cache-cache, et titre du dernier volet de son œuvre autobiographique, qui sera adapté par Kurosawa Akira dans son tout dernier film Madadayo, c’est-à-dire « Pas encore ! ») Anticonformiste indécrottable, Hyakken refusa sa nomination à l’Académie japonaise des Arts en 1967, pour la raison restée célèbre : « Je ne veux pas parce que je ne veux pas ! » Cinq jours avant sa mort, le 20 avril 1971, sortait son dernier roman Les portes ferment au coucher du soleil.
Patrick Honnoré



Uchida Hyakken Au-delà, suivi d'Entrée triomphale dans Port-Arthur. Préface de Philippe Forest, Traduction, postface, commentaires et annotations par Patrick Honnoré. - Paris, Les Belles-Lettres, 280 pages, 23,90 €

dimanche 23 juillet 2017

Le littérateur, par Denis Cools

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Le Littérateur

Triste, sceptique, repoussant avec humeur
les empressements de sa famille,
il saisit une phrase et l'habille
de quelques mots charmeurs.
En regardant tomber la pluie
il parle du soleil qui rajeunit les coeurs,
et trace un aphorisme menteur
sur un papier sentimental qui s'ennuie.
Aux heures de dégoût, éreinté,
il songe à casser sa pipe
en écrivant un conte dont la gaîté
fera dire aux lecteurs : "Quel type".



Denise Cools La Palette. 1920-1923. - Paris, Albert Messein, éditeur, 1926, 207 p.


samedi 22 juillet 2017

Jean-Pierre Martinet : le dvd !

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On se souvient que la première du documentaire consacré à Jean-Pierre Martinet a eu lieu il n'y a pas si longtemps (c'était en juin).
Voici que le dvd est accessible à cette adresse pour la modique somme de 16 €

A bons entendeurs...

Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet. Un film de Niels Warolin, sur une idée originale d'Alain Amirault, avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Raphaël Sorin, Julia Curiel, Sylvie Robic et Eric Dussert.

vendredi 21 juillet 2017

La Routo

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En pleine faille estivale, un reportage passionnant nous invite à réviser la programmation de nos vacances pour en exclure la plage et le tourisme urbain : Hautes Solitudes, pour tout savoir sur la transhumance en arrière-pays provençal.
La journaliste Anne Vallaeys, membre fondatrice du quotidien Libération, nous raconte admirablement le périple qu’elle a entrepris « à pas de brebis ». Partant de Camargue, elle a suivi le trajet de la Grande Transhumance qui, depuis le moyen-âge, menait les brebis sur plusieurs centaines de kilomètres à Lavercq dans les Alpes. A une époque où les voies rapides et les zones commerciales n’entravaient pas la circulation des troupeaux, l’écrivain Marie Mauron (1896-1986) avait raconté La Transhumance (Amiot-Dumont, 1959). C’était autre chose : les diesels n’étaient pas maîtres du transport des troupeaux. Aujourd’hui, c’est un souvenir de la routo qu’Anne Vallaeys traque à travers un écheveau de carraires et de drailles, dans des paysages magnifiques. Nul doute qu’elle sera l’inspiratrice de nombreux marcheurs en quête du « paradis frais des pelouses alpines ».




Anne Vallaeys Hautes solitudes. Sur les traces des transhumants. - La Table ronde, 252 pages, 17,50 €



jeudi 20 juillet 2017

Les jardins merveilleux de Ferdinand Bac

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Les écrits de Marco Martella (et de ses pseudonymes) redoublés par sa revue Jardins nous avaient alerté sur l'émergence d'un sujet prégnant. Tandis qu'on verdit les façades d'immeubles (tant bien que mal) et que les Chinois construisent une ville-sylve expérimentale avec l'architecte italien Stefano Boeri, le besoin de verdure et de petits animaux et insectes (parfois mal comprise : la Ville de Paris a fait de très gros efforts en faveur des rats qui se sont multipliés depuis peu : ils seraient six millions, bientôt la prochaine peste) s'est déclaré chez M. Toulemonde. Du vert, fini le béton, fini le bitume, de l'arboré, de la chlorophylle crient les gosiers, et c'est bien puisque les arbre et la verdure sont ce qui rend la vie possible en zone humaine. Là encore les urbanistes et les architectes français n'ont pas encore tout à fait compris. Pas encore. Plus tard. Quand le modèle chinois aura prévalu. Nous avons cependant un modèle plutôt éloquent : Ferdinand Bac.

Petit-cousin germain de Napoléon III, Ferdinand Bac (1859-1952) peignait et écrivait avec beaucoup d’élégance. On sait moins les talents de paysagiste qu’il tenait de son père géologue et cartographe. Agnès du Vachat consacre un très bel essai à cette activité de l’esthète, Le Jardin méditerranéen de Ferdinand Bac. Elle montre comment Bac a réinventé le jardin du Sud au moment où s’épanouissait la Riviera, émettant en particulier un net refus du pastiche et de l’ornement pour les trois jardins de sa composition, ces « jungles de beauté ».
Projet de refondation culturelle de l'art des jardins bien plus que lubie de richissime personnage, Ferdinand Bac a puisé aux sources de l'histoire, du territoire méditerranéen et des espèces indigènes de quoi construire pour l'avenir, lançant en fait un mode du jardin latin, ou méditerranéen jusqu'en Californie.

Les pauvres Européens, écrivait-il en décembre 1926 dans Commedia, qui ne se décident pas à avoir le sens de l'Extérieur seront bientôt pareils à ces mouches, enfermées dans un verre d'eau, et qui escaladent ses parois en imaginant être au bout de l'univers. Un exercice démesuré du passéisme a longtemps empêche ces gens de jeter un regard vers un présent qui est encore leur avenir et, mêlant le romantisme au classicisme, ils ont vécu sur les vieilles formules dont le pire qu'on puisse dire est qu'elles se répétaient.

Créateur paradoxal cherchant dans le passé de quoi fabriquer le moderne, il a mis en évidence un art du jardin — depuis transformé en casino sur la Riviera... — équilibré, subtil, évocateur.

Quand j'étais enfant, je voyais sous mes fenêtres un très vieux monsieur se promener dès l'aurore dans un jardin de son âge. (...) Son port était olympien, son visage encadré d'un collier de barbe blanche, et malgré sa calotte de velours noir et le râteau qu'il tenait à la main, il avait un air diplomatique. C'était un conseiller de légation, octogénaire, qui, à la Cour de Weimar, avait connue M. de Goethe. Un jour je me hasardai à aller le voir et en me faisant les honneurs d'un pavillon, croulant sous le lierre et rempli de pots de fleurs et oignons de tulipes, il me dit : "Mon enfant, un jardin est une réduction de l'Univers. Il comble tous les besoins de l'homme qui, s'il était moins sot, ne chercherait pas plus loin."
Je contai ma visite à un jeune élève de l'Ecole polytechnique qu j'admirais pour son savoir et celui-ci me défendit de prendre au sérieux les propos de ce vieux radoteur. Je le lui jurai, mais je n'ai pas tenu parole" (1).




Agnès du Vachat Culture et Paysage. Le Jardin méditerrannée de Ferdinand Bac. — Nantes, Petit Génie, 192 pages, 21 €
Un article relatif au même sujet, par Agnès du Vachat.


(1) Il y a lieu de s'attarder sur cet article de Ferdinand Bac issu de la Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1925. Il s'intitule "L'art des jardins" et il est passionnant.

mercredi 19 juillet 2017

Chez Maurice Beaubourg (1924)

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En guise d'apéritif à une prochaine réédition de deux ouvrages de Maurice Beaubourg (informations plus riches cet automne), cette petite visite au "méconnu" d'alors...


Chez Maurice Beaubourg, lauréat du « Prix des Méconnus »

« Dans le train qui me ramenait à Paris, j’eus le temps dé réfléchir sur le cas de Maurice Beaubourg. Pourquoi cet écrivain était-il méconnu ? Sans doute était-il resté durant toute sa vie à l’écart des combinaisons de la vie littéraire s’était-il abstenu de toutes ces démarches que l’on dit nécessaires, peut-être même de toute ambition. Cet homme qui tous les matins depuis trente ans, s’installe à sa table de travail, couvre d’une écriture appliquée des feuilles qu’il déchire comme Mirbeau, s’il y fait la moindre rature, a toujours été de son époque, mais n’a guère songé à la nôtre.
« En effet, nous avons maintenant perdu toute pitié et tout indulgence pour ces petits boutiquiers, ces gros petits potards ventripotent, ces petites dames à yeux perdus à bouche en espoir de boule de gomme qui prenaient la ligne de Vincennes parce qu’il s’y trouvait plus de tunnels que sur les autres, et qu’il s’est plu à décrire.
Les « canotiers » qui, le dimanche, fuyaient la capitale, ces parisiens promus banlieusards, ces employés en costumes d’alpaga accompagnés de femmes chapeaux fleuris, ou ces ménages qui se rendaient en tandem à la Grenouillère, ne nous intéressent plus. Toutes ces passions politiques aussi qui troublaient le silence des chefs-lieux de cantons, ces luttes religieuses aujourd’hui éteintes appartiennent pour nous à la préhistoire. C’est ce qui fait que certains contes de Beaubourg datent comme ces photographies que l’on retrouve dans un album de famille. Mais il ne faut pas se laisser rebuter par quelques chapeaux « Niniche » ou les culottes de cyclistes qui faisaient le bonheur des jeunes femmes d’autrefois. Dans vingt ans l’on reprendra Beaubourg… les modes, d’il y a 50 ans nous paraissent moins ridicules que celles de l’année dernière. L’on découvrira alors que sous cette ironie à laquelle il n’a jamais manqué de faire droit, se déruise la plus fine sensibilité, qu’il a non seulement mis à nu l’âme du bourgeois de 1900 mais celle des hommes en proie depuis toujours à cette quotidienne que livrent dans leur vie la réalité et le rêve.
(…) Le jury du prix des méconnus ne s’est pas trompé : Beaubourg aura sa place dans la littérature contemporaine à côté de Jules Renard et de Maupassant. Les toiles de banlieue et les bals puvlics de Renoir ne son-elles pas entrées dans l’immortalité au même titre que les bergères de Watteau ?

Jacques Guenne.

Nouvelles littéraires, 1er octobre 1927

mardi 18 juillet 2017

Clowneries, par un expert

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Du rouge le plus éclatant, rouge comme le pif de Pifo, la réédition par L’Arche d'un ouvrage de 1962 éclaire un pan de la création dialoguée : les Entrées clownesques de Tristan Rémy (1897-1977), l’historien du cirque issu du groupe des écrivains prolétariens, nous vaut quelques moments de rares plaisirs : les dialogues entre Coco l'auguste, Pifo et Monsieur Loyal renouvellent l’extase de générations d’enfants. Ils renvoient aussi aux grandes créations dramatiques, aussi étrange que cela puisse paraître. Le théâtre de l'absurde ou Ubu ne sont jamais très loin...

« Mesdames, Messieurs, mon tour a parfaitement réussi. Ici la pomme de terre a pris la place du cigare et là le cigare a pris la place de la pomme de terre. »

Au fond, c'est Shakespeare par le tout petit bout de la langue de belle-mère. Et ça fonctionne toujours assez car avec le renfort d'une imagination enfantine, les scènes se visualisent très bien. D'ailleurs, les didascalies proposées par Rémy sont ici assez nombreuses et précises pour suppléer toute panne imaginative.
Ce sont réunies cinquante-neuf « entrées clownesques » qui constituent le fonds historique du genre. Rémy livre le corpus à partir duquel les professionnels ont excité la clientèle payante, l'ont mise en condition de recevoir un spectacle de bric et de broc, ritualisé à l'extrême et cependant toujours différent. Fixées pour la première fois par écrit en 1962 par Tristan Rémy, ces scènes typiques font partie d'un répertoire collectif que tous les comiques (bouffons, clowns, mimes, pitres, burlesques...) ont enrichi durant des décennies. Equipé d'une préface historique efficace, il s'agit donc bien d'un ouvrage de référence à l'usage des amateurs ou des professionnels, et pour tous ceux qui s'intéressent à la figure du clown et du grotesque.
Passionné par le cirque et le music-hall, Tristan Rémy était le chroniqueur des spectacles populaires, qui l'amenèrent à poursuivre des recherches historiques sur l'art clownesque. Profitant de la loi de 1864 sur la liberté des spectacles qui "ouvre le cirque à la comédie dialoguée", la clownerie s'invente une dramaturgie nouvelle. Auparavant, la clownerie anglaise, qui avait le haut du pavé, jouait du charabia et du borborygme (un clown anglais du XVIIIe siècle limitait ses paroles aux seules voyelles). Ce faisant, Tristan Rémy nous propose de dépasser l'histoire du spectacle vivant pour toucher à l'anthropologie. Ces saynètes qu'il nous rappelle avec précision, n'ont-elles pas en effet à voir avec celles qui se jouent pour nous tous les jours, entre êtres humains ?
Sur les plateaux de télévision, au sommet des différentes tribunes, au cours des "mouvements spontanés", dans les amphithéâtres et aux micros qui poussent de partout... Bref, dès que les hommes prennent la parole ?
Vérifier vaut le coup, foi de préfet maritime.




Tristan Rémy Entrées Clownesques. Une dramaturgie du clown. — Paris, L'Arche, 287 pages, 19,50 €

lundi 17 juillet 2017

La Petite Hiérosolymitaine

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Une épatante chaleur se répandant dans les rues de notre île, imprégnant les rares immeubles de pierre, les objets métalliques et jusqu'aux sous-bois, on a le souvenir d'un jaune opus qui avait fait notre bonheur il n'y a pas si longtemps. Il était jaune comme le soleil de Palestine et s'intitulait La Petite fille de Jérusalem et portait la signature de Myriam Harry.
Publié initialement en 1914, il relate les jeunes années de la jeune Myriam Harry, native de Jérusalem (1869), ses multiples émerveillements, jeux, effrois et émotions amoureuses au sein de la ville des villes entre un père "antiquaire" juif d'origine russe converti au protestantisme et atteint d'une passion pour l'archéologie, une mère plus austère d'origine allemande et une soeur charmante mais sans coeur. Elle est la cadette, très proche de son père à la fois fantasque et grand seigneur, et envahie par la magie d'un territoire où l'histoire biblique se mêle aux transports incessants des pèlerins de toutes nationalités.

De ses premières années, Siona gardait des souvenirs mêlés de barbarie et de magnificence. C'était d'abord la vieille maison sarrasine, avec son impasse sournoise derrière l'évêché angliscan, son vaste préau emmuré où pendaient des chaînes et des anneaux de fer, ses voûtes obscures d'où sortaient de génétiques hennissements et des odeurs d'orge digérée.
C'était la porte ogivale avec son lourd heurtoir et ses arabesques à clous, l'entrée taciturne, la cout lumineuse, un puits à margelle polie, un grenadier penché, et, dans un coin, une haute cruche pointue. En face, trois ouvertures obscures : cuisine, greniers ; à gauche, un mur blanc ajouré et un escalier raide qui montait on ne savait où, parmi des ports de leurs ; à droites, deux marches en marbre rose, une niche)arcade, un divan en maçonnerie, deux marches encore ; puis la chambre à coupole, avec le tulle de ses moustiquaires et sa haute fenêtre embusquée, par où les voix de la ville entraient comme si elles descendaient du ciel.


Elle accompagnera plus tard son père dans ses travaux de transcription de manuscrits anciens, mais d'abord, tout à ses jeux enfantins, elle s'installe au pied de son bureau et joue avec les antiquités moabites accumulées par son père.

Comme son père parlait souvent tout haut dans son exaltation, Siona avait vite appris que ces figurines s'appelaient Baal, Astaroth, Moloch, et, les dérobant sur la table, elle finit par s'en amuser comme de poupées. Elle les alignait contre le mur pour jouer à l'école, envoyait en punition dans un coin Moloch, le grand mangeur d'enfants, et promenait, dans un pot de basilic, la lunaire Astaroth.

Ce que sa mère voyait d'un oeil horrifié... En particulier lorsque la petite câlinait sur ses genoux "l'abomination des Ammonites" (1)...
Une enfance pas comme les autres dans un univers à la fois luxuriant de vieilleries et de poussières, de rêves éveillés et de mouvements, en particulier lorsque son père reçoit la caravane de ses fournisseurs du désert, ceux qui, peut-être, lui ont vendu le fameux manuscrit du Deutéronome trouvé dans une grotte au pied d'une falaise dans le désert, le manuscrit qui doit les rendre riches et offrir une dot à ses filles... (2).
Dans la douleur ou l'insouciance, la petite fille de Jérusalem grandit, s'enhardit, lit, apprend des langues immergée qu'elle est dans un univers magique.

Dans le petit jardin encouragé et biscornu, penché sur l'étang de Bethsabée, tout fleurissait, et le mimosa et les roses persanes et les pieds-d'alouette et les gueules-de-loup. Sion y venait jouer tous les jours. En y arrivant, elle attachait son mouchoir blanc sur une hampe qu'Hassâne lui avait fixée sur le bord du balcon vermoulu De l'autre côté de l'eau, le petit David guettait ce signal : alors, vite, vite, il fallait qu'aliza le conduisit par les rue du Caravansérail et celle des chrétiens jusqu'au magasin du père de Siona, Là, se faufilant entre les masses des matouschka et des batouschka, il atteignit les arrière-voûtes et la basse poterne blindée où la petit fille l'attendait pour l'introduire dans son "royaume". Une vieille caisse d'emballage leur servait de sérail d'hiver, où l'on conservait quelques jouets. Mais ces jouets d'Europe, dans cet ancien jardinet de dames truques, avaient bien piteux mine. On ne les transportait pas quand, changeant de résidence, on allait s'installer dans le "château de la mer", sur le balcon de l'arcade. Là, on puisait de l'eau dans l'étang, ou simplement on s'amusait à regarder autour de soi. Les enfant connaissaient tous les vieux dos des édifices. Là, en bas, c'était le Grand Hôtel Méditerranée. Sur le balcon en bois, on voyait le chef vider des détritus et tirer un seau d'eau vaseuse. Quelquefois, il y avait le voile bleu d'une voyageuse qui passait en ondulant comme une petite fumée.
(...) Plus loin, il y a fait le cuvent des Capucins, avec des plates-formes irrégulières. Vers le soir, on y voyait apparaître des moines, la tête dans le capuchon et les mains dans leurs manches ; ils s'arrêtaient un instant, puis ils disparaissaient comme les capucins du baromètre qui font la pluie et le beau temps.
A gauche du logement du petit David, c'était le caravansérail où descendaient les Tcherkesses et les Kurdes retour de la Mecque et qui veulent encore, avant de rentrer chez eux, se prosterne devant le tombeau de notre père Ibrahim. Les enfants en avaient toujours très peur quand ils les rencontraient dans les rues, à cause de leurs armes et de leur mine farouche. Mais là, accroupis sur une galerie branlante, ils avaient l'air, avec leur fez d'astrakan, de doux moutons noirs qui fumeraient des chibouk.


Au coeur de cette humanité hétéroclite mue par le même instinct religieux, priant de différentes manières différentes divinités, exceptées les statuettes moabites désormais désuètes, l'esprit plein de ressources et de fantaisie de la jeune fille rêve de prince nomade et de caravane depuis qu'un cheikh lui avait joué la comédie de ses épousailles.
Après la mort de son père et le retour de la famille vers cette Europe si fascinante pour une petite Orientale, Myriam Harry entreprend d'écrire et trouve auprès de Sacher-Masoch un mentor efficace qui lui permet de publier dans le Berliner Tageblatt, puis elle s'installe en France où Catelle Mendès, Marcel Schwob, Jules Lemaître, son amant Georges Vanor accompagnent son entrée dans le monde des lettres. En 1898, elle publie dans La Fronde, le journal féministe de Marguerite Durand qui lui commande deux contes par mois. Ensuite elle voyage en extrême-Orient, dans le monde arabe, se lit d'amitié avec Huysmans et le gratin littéraire de l'époque et épouse en 1904 le sculpteur Emile Perrault. Elle obtient la même année le premier prix Femina pour sa Conquête de Jérusalem, toutes choses qui, après la rencontre de la petite Hiérosolymitaine au style si riche, nous poussent à lire Myriam Harry avec un oeil neuf (2) et attentif.
Sa Petite fille de Jérusalem est un livre simplement magnifique.




Myriam Harry La Petite fille de Jérusalem. Suivie de Madame Myriam Harry, par Jules Lemaître et du Deutéronome de Shapira et les découvertes de Qumrân, par Paul Auvray. Illustrations de Frédéric de Haenen. — Paris, Les Malassis, 272 pages, 16 € (diff. Les Equateurs)



(1) Milcom, Melcom ou Malkam selon les graphies. On le distingue de Moloch malgré leur origine commune.
(2) Il s'agit probablement d'une première rencontre des manuscrits de Qumrân, dont l'authenticité est alors réfutée par un Français dont l'intrusion dans le négoce qui a lieu auprès du British Muséum conduit à l'échec de la transaction et au suicide du père de la jeune fille. C'est l'affaire dite du "manuscrit de Shapira" dont la ressemblance avec les trouvailles de Qumran semble devoir confirmer l'authenticité un siècle plus tard...
(3) Son apologie de Lucie Delarue-Mardrus nous était tombée des mains. Mondanités quand tu nous tiens...

dimanche 16 juillet 2017

Sur le petit écran ce soir

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Ne ratez pas les aventures drolatiques de la famille Durell à Corfou ce soir à la tévé.
C'est la mise en images mobiles de la délicieuse Trilogie de Corfou de Gerald, l'ami des animaux dont on vous a parlé il y a peu.
Plutôt que de vous fader encore une fois la sempiternelle partie de boules/balade du soir autour du camping, jetez un oeil, ça devrait être plaisant. (C'est British et ça compte six épisodes).
Et pour ceux qui en voudront plus ensuite, c'est à la Table ronde en trois volumes.



Gerald Durrell Ma famille et autres animaux. Traduction de Léo Lack revue. — Paris, La Table ronde, 400 pages, 14 €
Oiseaux, bêtes et grandes personnes. Traduction de Léo Lack. — Paris, La Table ronde, 352 pages, 14 €
Le Jardin des dieux. Traduit par Cécile Arnaud. — Paris, la Table ronde, 304 pages, 14 €

samedi 15 juillet 2017

Faillite de Fallada

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Pour qui voudrait avoir un aperçu rapide de la vie alcaloïde narrée par l'Allemand Hans Fallada le polydépendant (alcool et morphine), un "roman graphique" de Jakob Hinrichs a paru qui résume en quelques chapitres plusieurs moments noirs du fameux "Buveur".
Comme dans le "Cauchemar" (traduit par Edith Vincent, Le Portulan, 1947), on retrouve sous la mine de dessinateur les acmés de la torture chimique où alternent les moments de satisfaction et de manque dans un voyage de plus en rapide vers le delirium et la mort.
Le maître avait narré les images qui lui passaient alors en tête, ou à travers le corps avec des mots, Jakob Hinrichs nous les transmet en images, et pas si mal.



Jakob Hinrichs Hans Fallada, vie et mort du buveur. Traduit de l'allemande par Laurence Courtois. — Paris, Denoël, "Denoël Graphic", 176 pages, 23,90 €


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vendredi 14 juillet 2017

Justice pour Defoe

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C'est un certain Louis Watt-Owen qui avait poussé naguère Phébus à rééditer le Colonel Jack de Daniel Defoe, roman négligé de cet immense auteur, et roman cependant très, très intéressant.
Notamment parce que s'y lit une biographie intellectuelle déguisée de son auteur.
Réédition au format de poche ce mois.
Trouvez-vous dans trois jours en librairie pour rapter l'opus.



Daniel Defoe Colonel Jack. Traduction de Michel le Houbie. - Paris, Libretto, 352 p., 10 €

mardi 11 juillet 2017

Moi et la Petite Personne, par Marlène Soreda

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Je l’ai rencontrée il y a plus de vingt ans, sur une table de libraire… Ça commence mal, je la vois déjà tordre ses bras et laisser tomber sa tête : elle n’aime pas les histoires et (peut-être comme on s’imagine que sont les vrais poètes), elle préfère « être », comme ça, pour rien, sur sa page, plutôt que raconter. En principe, moi aussi, mais depuis le temps que je me contente d’être, sans rien raconter, tout le monde a oublié mon existence, aussi désormais je raconte, et même en commençant par le commencement. (Et puis, dans une approche savante du style « l’être et/ou le néant », tout a déjà été dit à son propos : « poésie métaphysique », « gribouillage existentiel », « idéogramme dessiné », « ponctuation existentielle d’une émancipation par la plume », « psychomachie tendre », et même « petit Golem d'encre et de papier » … J’admire mais ne sais pas faire aussi bien.)

Ce jour-là, sur la table, ce qui m’a attiré c’était son air de rien, cette sorte d’élégance nonchalante, pas tirée à quatre épingles pour deux sous, un peu ado « j’veux qu’on m’aime pour moi-même ». Je regarde de plus près, pour tenter de comprendre comment c’est fait. Ça commence comme une parenthèse, qui s’enroule… tiens, un rond !... non, une tête, je ne sais pas trop, ça se prolonge, s’en va à droite, à gauche, on dirait une esquisse, des arabesques – ne pas dire « gribouillis », elle est susceptible, « gribouillon » peut-être ? – en tout cas voilà quelqu’un, elle-même en entier : tronc, tête, membres, pieds et mains, tout y est. Et tant pis pour la créatrice qui s’imaginait peut-être mener sa barque et sa créature comme elle l’entendait.

Dès le début l’une va devoir compter avec l’autre, et vice-versa, une vraie histoire d’amour. Et l’une tire à hue, l’autre à dia, en douceur certes, et sous leur air de ratisser en surface, elles creusent profond : de la création au point final en passant par le Diable, l’Amoureux, la Photocopine, élans, doutes, essais, erreurs, obstination, tout y passe jusqu’à « La Petite Personne et la Mort ». Quatre livres en huit ans, ça épate. Ensuite, plus rien. On se redit le dernier titre (« La Petite Personne… » et qui déjà ?), on s’inquiète, on offre des exemplaires à droite, à gauche, on s’emballe, on se sent un peu seule avec son enthousiasme.

Et puis un jour, surprise ! la revoilà. Cette fois la nouvelle arrive par Facebook : un titre à coucher dehors, une pêche intacte (« yaaa ! » poing en avant, dès la première page), les rotules bien dérouillées, la comprenette fort prompte derrière son air naïf, la revoilà, avec l’Amoureux, qui tente de la réveiller avec ses petits baisers, la Mort, lucide (« je te dis que c’est toi qu’elle aime, moi c’est juste une pulsion »), prosaïque (Jésus à ses disciples : « prenez et mangez car c’est tout ce qu’y a »), une délégation de personnages secondaires venus « parler à l’instance narrante », le point final qui ne cesse de débouler mais a un mal fou à se poser – pourtant rien de tout ça ne vaut sans le corps de la petite personne, ses gestes, ses postures, alors oui « faut voir ! ».

Et c’est ainsi que sur Facebook, la Petite Personne reçoit des clics et des clics, des j’aime et des j’adore, des centaines, puis des milliers de déclarations d’amour, de profondeur, d’intelligence, d’amitié, ça y est, c’est gagné : tout le monde l’aime. Et moi je jubile. Ah ! je la vois déjà la Petite Personne ! Je l’entends, ou plutôt je la lis, de toutes façons elle y trouvera toujours à redire : « Quand même!!! T’aurais pas pu écrire tout ça il y a dix ans ?!... Ça aurait peut-être encouragé la créatrice, on ne serait peut-être pas restées enfermées aussi longtemps. » Eh bien non, je n’aurais pas pu, la preuve (irréfutable) : je n’ai pas pu.

Je me demande ce qu’elle a fabriqué dans sa grotte pendant si longtemps : quand notre apparition ne soulève pas les foules, on peut toujours se retirer et tenter de changer ; est-ce à ça qu’elle aurait passé son temps ? On peut aussi attendre au chaud que le monde change. Dans son cas, j’ignore ce qui s’est passé, mais elle est revenue, enfin, dans une jolie robe de bal taillée sur mesure par son éditeur, en pleine forme, et en ce qui me concerne voici ce que j’ai pensé : si la Petite Personne fait enfin un tabac, c’est que le monde change, et pas seulement en pire ; c’est quand même aussi que tout n’est pas perdu.


Marlène Soreda

Cap Ras, mai 2017


Perrine Rouillon Moi et les autres Petites Personnes on voudrait savoir pourquoi on n’est pas dans le livre. En plus c’est la première fois que je mets les bras comme ça. - Paris, Thierry Marchaisse, 2016

lundi 10 juillet 2017

Colombiana

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Dans le nouveau numéro de la revue Brèves, des nouvelles de Colombie.
Ne dévoilons rien, la forêt cache tout, insinuons seulement que plusieurs récits sont d'une originalité troublante.
En particulier une histoire du "Cirque Manson" tout à fait barrée par Antonio Ungar, ou bien les deux petits textes étranges de Diana Ospino Obando...
Au sommaire, réuni par Roberto Salazar Morales, Luis Fayad, Diana Ospina Obando, Luis Noeriega, Carolina Sanin, Eduardo Garcia Aguilar, Jorge Aristizabal Gafaro, Margarita Garcia Robayo, José Zuleta, Pablo Montoya, Juan Esteban Constain, ANtonio Ungar, Ricardo Silva, Juan Alvarez, avec des illustrations de Pedro Ruiz, et un commentaire sur l'oeuvre de ce dernier par William Ospina.




Brèves (n° 110)
176 pages, 18 €

jeudi 6 juillet 2017

On a retrouvé le Petit Prince

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On savait grâce à Denis Boissier où Saint-Exupéry était allé cherché Le Petit Prince : chez Tristan Derème et son Patachou petit garçon, dont les héritiers, qui ne se sont jamais aperçus du plagiat, ne se sont jamais portés en justice.
C'est ballot. Ils seraient riches. Et on connaîtrait notoirement leur aïeul. Mais c'est comme ça, souvent les faiseurs gagnent, parce que les spoliés ignorent l'enjeu ou se laissent faire.
Bref.
Tandis que nous ne pensions plus à cette affaire détestable — et ceux qui se sont fadés Le Petit Prince savent de quoi il retourne d'ennui et de faux humanisme vaseux lorsqu'on prononce à propos de ce livre le mot "détestable" —, il nous est tombé sous la main, littéralement, la preuve d'un autre plagiat du sieur Saint-Exupéry.
Incroyable, n'est-ce pas ? C'est décidément la preuve que la famille St-Ex (lui-même et.ou Consuelo) avait entrepris une conquête méthodique. A la Malraux dirons-nous. A ceci près que Malraux faisait semblant de monter dans les avions avec sa veste en cuir, et que St-Ex est mort en avion, certes, mais en allant rejoindre une maîtresse à Tunis, et non en service commandé comme il se dit bêtement.
Ce document qui nous est tombé sous les yeux, c'est ce livre, mentionné précisément plus bas.
Vous en avez l'image. Elle est plus que frappante.
Il concerne, comme par hasard, l'aviation.
Le héros a une chouette coupe de cheveux, n'est-ce pas ? Et il est méconnu.
Le fil cousu est si blanc que nous n'ajoutons rien.
Le Petit Prince est de 1942, Friquet de 1937. Faites vos calculs.




Jaboune (id est Jean Nohain) et Henri Kubnick Friquet, pilote de ligne. — Paris, Librairie Plon, 1937. Illustration de couverture Erick.


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(1) Oui, les moralistes, je sais que je ne peux (certainement) pas dire ça, essentiellement parce que le monde entier aime Le Petit Prince. Que le monde entier loue Le Vent dans les saules (2), on discutera ensuite.

(2) Je me dois de préciser que Le Vent dans les saules est un chef-d'oeuvre de Kenneth Grahame.%%

mardi 4 juillet 2017

Kijé n'est pas là

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Tynianov... Ce patronyme n'entraînera pas de pâmoison dans la foule. Et pourtant, Iouri Tynianov (1894-1943) est l'égal de Melville : son Kijé ne vaut pas moins que Bartleby.
Bien sûr, il est russe. On ne saurait être tous américains. Faut-il imaginer que cela a pu avoir un effet dans la réception d'un grand texte mémorable ?
Lorsque vous l'aurez lu ce majestueux Kijé, vous constaterez de vous même que cela ne change rien en effet. Le Lieutenant Kijé est un de ces récits qui érigent un type immarcescible et significatif, soit un classique de premier rayon. Par hasard, il appartient avec Bartleby ou Au coeur des ténèbres à la catégorie des nouvelles à peine développées qui posent des bornes importantes. Et c'est ainsi que, tandis que le Bartleby de Melville fait office de mascotte de la postmodernité, Le Lieutenant Kijé est celle de notre temps.
Fable cruelle et folle de 1927, Le Lieutenant Kijé relate comment un certain Kijé naît de l’erreur de copie d’un scribe du tsar Paul Ier, le fils de la Grande Catherine, despote notoire, et conduit à la suppression des rôles du bien réel lieutenant Sinioukhaïev dont le nom a été rayé par compensation. Il n'est pas question d'insuffler le désordre dans l'entourage immédiat d'un tsar qui a la main lourde dès lors qu'il lui prend l'envie de punir...
Propos sur la fraude, sur la simulation et sur la brutalité du pouvoir, on ne sera pas surpris d’apprendre que Kijé connaît une carrière fulgurante, un mariage fastueux (où il ne se présente tout de même pas) et a plusieurs enfants comme il se doit. Tynianov, qui avait l'habitude de dire que son rôle débutait au moment où les documents historiques qui lui servaient de source s'interrompaient, s'est servi d'une anecdote réelle du règne de Paul Ier pour mettre sur pied cette tragicomédie qui porte condamnation de l'époque de Paul Ier comme de la notre.
En cherchant bien...


Iouri Tynianov Le Lieutenant Kijé, traduit, annoté et commenté par Lily Denis. - Paris, Galliamrd, Folio bilingue (n° 94), 144 pages, 7,70 €

Une fois séduit(e) par Tynianov, vous aurez la possibilité de vous ruer sur Iouri Tynianov La Mort du Vazir-Moukhtar, traduit par Lily Denis. - Paris, Gallimard, "Folio" (n° 6337), 720 pages, 9,30 € ou sur Le Disgrâcié... Dans La Mort du Vazir-Moukhtar, c'est du poète Griboïedov, le contemporain de Pouchkine, qu'il est question.

samedi 1 juillet 2017

Passage des Cinquantièmes Hurlants






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Illustration du billet : © Draco Semlich 2017.

vendredi 30 juin 2017

La révolte des chaussures à lacets

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Dans Les Souliers rouges (Lunatique, 2017), Marie Fréring a choisi de mettre en scène une révolte de gueux s’acharnant à reprendre ce qui lui a été arraché. Bundschuh, qui signifie « chaussure à lacets », est le nom de cette révolte des rustauds partie d’Alsace que nous raconte la romancière. Une jacquerie en terre rhénane qui fut finalement matée en 1525 au prix de cent mille morts…

Marie Fréring a choisi une langue que l’on dirait moulée pour son évocation. Cela donne ça : « La stupéfaction et le mésaise affligeant le visage de Katel s’évanouirent sous le regard tendre de Kornelia. Les pauvres sont habitués au mépris plus qu’à l’accortise. »


Marie Fréring. Les Souliers rouges. — Vitré, Editions Lunatiques, 2017, 140 pages, 14 €

mardi 27 juin 2017

Biofic de l'air

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Sortons du bassin des eaux dormantes et constatons que le voyage tranquille est un privilège très récent dans l'histoire de l'humanité.
Les pèlerins souffraient, les caravanes souffraient, les automobilistes d'autrefois souffraient aussi. Nous pouvons atteindre l'autre bout du monde en une grosse dizaine d'heures...
L'histoire de l'aviation et du transport ferré n'est donc pas pour rien dans notre civilisation dite des loisirs. Il y a quelques semaines Jean-Pierre Ohl racontait la construction de la première ligne de chemin de fer dans son roman (avec morceaux de Charles Dickens) intitulé Le Chemin du Diable (Gallimard, 2017). Agnès Clancier a choisi, elle, un autre moyen de locomotion et un vecteur, la biofic (biofiction).
En réanimant la magnifique figure de Maryse Bastié (1898-1952), aviatrice de tous les records et résistante, la romancière Agnès Clancier inscrit pour elle Une trace dans le ciel (Arléa, 2017).

« Ce qui la met le plus en colère, c’est lorsque les journaux osent écrire qu’elle a cassé son appareil à l’atterrissage (…) Forte fièvre, chaleur oppressante, ennuis mécaniques, fuites de réservoir, cabine inondée d’essence en plein vol, atterrissage dans un champ, un autre dans les dunes, fièvre encore, sirocco… Ainsi de suite, sans répit. »


On profite de l'occasion pour signaler qu'Agnès Clancier sera ce soir à la librairie Le Comptoir des mots (239 rue des Pyrénées 75020 Paris, Métro Gambetta) pour parler de son roman.



lundi 26 juin 2017

Première du Noir Roman de Jean-Pierre Martinet : c'est ce soir !

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N'oubliez pas, c'est ce soir. Le Noir Roman de Jean-Pierre Martinet, le documentaire de Niels Warolin sur une idée d'Alain Amirault, sera projeté pour la première fois...
Avec Denis Lavant, Alfred Eibel, Julia Curiel, Raphaël Sorin, Eric Dussert, etc.
La séance aura lieu à La Générale à 20 h 15.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.
A tout à l'heure...
(Pour ceux qui ne seraient pas insulaires-de-France, nous vous indiqueonrs dès que possible comment visionner le documentaire, foi de préfet maritime).

La Générale
14 avenue Parmentier
75011 Paris
Métro Voltaire

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