L'Alamblog

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dimanche 14 février 2016

Retour empressé vers Eça de Queirós


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On a toujours une mauvaise raison de n'avoir pas lu Eça de Queirós (1845-1900).
Un temps masqué au lectorat français par l'arrivée massive des livres Fernando Pessoa, la modernité de ce grand maître portugais n'échappe à personne.
Mieux, il apparaît qu'à l'instar de certains univers littéraires, les oeuvres de de Queiroz (ou Queirós comme vous avez deviné), disparu à cinquante-cinq ans, ont un net effet addictif qui fait consommer les uns après les autres ses ouvrages dans un contentement toujours plus puissant.
Extravagant, non ?
Peu ou prou, c'est un peu, répété, l'effet que procurent L'Affreux Pastis de la rue des Merles, ou Conrad, Mutis, London, etc.
On se gardera de vous donner l'ordre des textes à entreprendre — chacun pour soi —, mais il est indéniable que Le Mandarin, par exemple, constitue une excellente entrée en matière.


Quelques pistes pour lecteur francophone :

La Correspondance de Fradique Mendes, roman traduit du portugais et présenté par Marie-Hélène Piwnik . — Paris, La Différence, 333 pages, 22 €

202, Champs-Élysées, roman traduit du portugais et présenté par Marie-Hélène Piwnik. — La Différence, 347 pages, 12 €

Les Maia, roman traduit par Paul Tessier. — Paris, Michel Chandeigne, 800 pages, 25 €

Contes et nouvelles, édition intégrale traduite du portugais et présentée par Marie-Hélène Piwnik . — La Différence, 443 pages, 25 €

Son Excellence le comte d'Abranhos, roman traduit du portugais et annoté par Parcídio Gonçalves . — La Différence, 219 pages, 10 €

Le Mystère de la route de Sintra, roman traduit du portugais par Simone Biberfeld, et présenté par Luís dos Santos Ferro . — La Différence, 315 pages, 12 €

Les Anglais en Égypte, traduction du portugais, notes et postface de Dominique Nédellec. — Paris, Mille et une nuits, 108 pages, 3 €

Le Crime du padre Amaro, roman traduit du portugais, présenté et annoté par Jean Girodon. — La Différence, 635 pages, 15 €

Lettres de Paris, 1880-1897, traduit du portugais et préfacé par Pierre Léglise-Costa. Édition revue et augmentée. — Paris, La Différence, 245 pages, 8 €

Le Mandarin, roman trad. du portugais et annoté par Michelle Giudicelli, avec une postface d'António Coimbro. — Paris, La Différence, 154 pages, 7 €

Et aussi :
La Relique, traduction Georges Readers. — NEL, 1996.
Le Cousin Bazilio, roman traduit du portugais et préfacé par Lucette Petit. — La Différence, 2001.
La Capitale, traduit par Claude Maffre. — Arles, Actes Sud, 2000.
L'Illustre Maison de Ramires, traduit par Marie-Hélène Piwnik. — La Différence, 1999.
La Tragédie de la rue des fleurs. Présentation et traduction par Jorge Sedas Nunes et Dominique Bussillet. — Paris, Métailié, 2000.
Alves & Cie, traduit par Natália Vital. — La Différence, 2000.

A. Campos Matos a établi la biographie d'Eça de Queiroz par étude comparée des 7 biographies antérieures de l'auteur. C'est instructif (Eca de Queiroz et les sept biographes, traduction Marie-Hélène Piwnik, La Différence, 2008).

samedi 13 février 2016

Les photographies d'Ho Fan




Né à Shangaï entre 1931 et 1937, Fan Ho n'a cessé de photographier Hong Kong.
Des images à regarder en lisant le "monde flottant" décrit par Kenneth White dans ses poèmes (Alfred Ebiel, 1976) ou le tableau formidable des voyages asiatiques du couple Hemingway-Martha Gellhorn. Un cadeau à faire ? Le site de Fan Ho devrait vous donner quelques envies...
Le livre de Martha Gellhorn ? On en parle bientôt.





vendredi 12 février 2016

Crédit du grand reportage

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En complément du Double Jeu de Juan Martinez, Manuel Chaves Nogales, le rédacteur en chef du quotidien espagnol l’Heraldo de Madrid, entreprend à l'instar des grandes reporters de l'époque en 1928 un voyage de longue haleine à travers l'Europe qui le mène dans les grandes capitales et jusqu'au Caucase, à l'instar d'un Henri Béraud par exemple. Flâneries, notations, rêveries lui fournissent la matière d'un grand reportage en vingt-six épisodes particulièrement intéressants.
Généreux, il a aussi ajouté une prime à son ouvrage : la mise en recueil de son travail lui inspirera en particulier un préambule qui mérite d'être classé parmi les articles sains sur sur le métier de journaliste, de reporter, et ça n'est pas sans intérêt à un moment où certains voudraient nous faire croire que le journalisme d'investigation est "agressif".
Court extrait apéritif pour les amateurs de liberté.


Avant d'écrire dans les journaux, il convient de se faire pardonner l'outrecuidance que cela suppose, et l'unique moyen d'obtenir ce pardon est de raconter, de narrer, de rendre compte. Raconter, aller, voilà les fonctions du journaliste. Araquistain — durant son voyage dans les écoles d'Espagne —, Alvarez del Vayo — au fil de ses explorations du panorama spirituel de l'Europe centrale —, ainsi que quelques autres, incarnent clairement ce nouveau journalisme discret, civilisé, qui ne requiert l'attention du lecteur qu'au motif de lui rapporter quelque chose, de l'informer de quelque chose.
Bien sûr, ce n'est pas là l'unique mission du journaliste, ni même la plus importante. Mais c'est la seule que l'on puisse se proposer si l'on ne veut pas entamer une carrière de mystificateur. (...)




Manuel Chaves Nogales Le tour d'Europe en avion. Un petit-bourgeois dans la Russie rouge. — Paris, La Table ronde, "Quai Voltaire", 240 pages, 21 €


jeudi 11 février 2016

SchrummSchrumm à Venise

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Grâce au dépôt de ses archives à l'IMEC par sa veuve, il y a deux ans, l'oeuvre de l'inoubliable auteur de SchrummSchrumm ou l'excursion dominicale aux sables mouvants (Pauvert, 1966 ; Verticales, 2006), Fernand Combet (1936-2003), va pouvoir être passée au peigne fin.
Parmi les documents, manuscrits et photographies. De quoi préparer un superbe album...
Voici sa fiche à l'IMEC

Cote : FCB
Niveau de description : Fonds
Importance matérielle : 14 boîtes d’archives
Bibliothèque : Bibliothèque d’étude
Notice historique/biographique : Auteur d’une œuvre dont s’enorgueillissait l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, la plaçant au sommet de son catalogue, Fernand Combet a publié le roman SchrummSchrumm ou L’Excursion dominicale aux sables mouvants en 1966, salué par l’ensemble de la critique, le comparant à Kafka, Beckett, Dostoïevsky et… Chrétien de Troyes. Fruit d’une longue maturation de cinq ans d’écriture, il s’agit du premier livre d’un jeune écrivain, né à Lyon, fils d’un petit entrepreneur en teinturerie, inscrit un temps en Droit à Paris, à l’Institut d’études des Sciences politiques (Diplomatie) puis à l’École nationale des langues orientales vivantes. Cédant à la demande de son éditeur, Fernand Combet rédige un court roman « de circonstance », Factice ou les hommes-oiseaux (1968), puis se lance dans le chantier de son deuxième roman d’envergure, Mort et passion de Félix C. Scribator (1971), dont l’étrange présentation éditoriale et graphique ne favorisera pas l’accueil à un public élargi. Se retirant progressivement du monde des lettres, multipliant les voyages en Asie et en Afrique, Fernand Combet publie un dernier livre en 1985, Contes d’ambre et d’opium. Durement atteint par la maladie en 1994, frappé d’hémiplégie, il s’éteint neuf ans plus tard, laissant une œuvre de fiction inachevée, Portes. Modalité d’entrée : Fonds déposé par l’ayant droit en 2014.





A lire, toujours, ce classique du siècle dernier :
C Fernand Combet SchrummSchrumm ou l'excursion dominicale aux sables mouvants. Préface du Préfet maritime. — Paris, Verticales, 2006, 352 pages, 19,50 €


Illustration du billet : copyright Renée Combet-Mage

mercredi 10 février 2016

Un tam-tam de papier

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Dans la livraison inaugurale des Cahiers de Tinbad, beaucoup de choses intéressantes. A commencer par son éditorial séditieux contre l'idéologie dominante du bla-bla à tout va, contre le flot de paroles sans fin qui court le long des raisons sociaux et du web en général, — ici même donc, sur l'île du Préfet maritime, frappé lui aussi de logorrhée comme vous avez pu vous en convaincre. C'est un "tam-tam en papier" que Guillaume Basquin et son équipe ont choisi de fabriquer.
Sous l'égide de jacques Vaché et avec le mot d'ordre d'Arthur Cravan (Maintenant !), cette nouvelle revue lance son « pari épistémique anti-noyade-numérique : le texte imprimé seul restera. Maintenant ! »
De l'audace, voilà qui nous plaît. De l'audace, fût-elle d'une pièce, et des morceaux à croquer. En substance, beaucoup d'articles de critique esthétique franchement intéressants, sur le cinéma de Philippe Garrel par Jean Durançon, sur l’œuvre de Marc-Edouard Nabe par Laurent James (qui y voit, le téméraire, comme une nouvelle Comédie humaine), un bel article sur Paul Nougé par Eric Rondepierre et un entretien avec le cinéaste expérimental Christian Lebrat, le tout étant bien de nature à titiller la curiosité.
Côté créations, même profusion : une fiction avec Thomas Bernhard, un jeu sur un thème joycien, des poèmes qui riment par un anonyme, un topo sur l'amour et des emballées de Fabrice Pastre, d’Anton Lujvine (ou Piotr Léoni). Mention particulière à Christophe Esnault dont « La horde acéphale » appartient à la famille des textes fougueux et bien emballés, maniant ironie et auto-dérision avec autant de désinvolture que de provocation. C'est bien tapé, c'est revigorant, cela rappelle à tous ce qui compose la vie, quand on y réfléchit...



Cahiers de Tinbad, n° 1, hiver 2016
5, rue des Beaux-arts, 75006 Paris
106 pages, 14 €
Abonnement (2 numéros) : 26 € franco



mardi 9 février 2016

Les Jeunes Constellations arrivent à grands pas

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Les signes sont positifs : le marque-page est arrivé, le livre sera bientôt sur les étals des librairies !


Rayas Richa Les Jeunes Constellations. Illustrations de Donatien Mary. — Talence, L'Arbre vengeur, 23 février 2016, 223 pages, 18 €

lundi 8 février 2016

La tchatche du curé

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Pour faire suite aux fantaisies un peu blasphématoires de Toto le héros de Corvo, l'Alamblog se paye le luxe baroque de rappeler à votre bon souvenir Jean Follain, ce sympathique poète et prosateur, piéton de l'insolite et goûteur de crus, humain délectable dont la douce littérature, parfois un tantinet mélancolique, fondamentalement touchante, mérite d'être lue et relue.
Follain avait eu une formidable idée en réunissant pour la maison Pauvert en 1966 le glossaire fleuri du clergé catholique. Les conquêtes coloniales nous avait apporté l'argot des bidasses, la Cour des miracles, bien plus tôt, celui des brigands, 1914 nous avait apporté celui des Poilus, manquait le glossaire que 1905 aurait dû nous fournir...
Ce livre réédité désormais fleure l'époque où les soutanes et les hirondelles ne faisaient pas que le printemps. Entre eux, les religieux catholiques se traitaient de "culotte en zinc" (les sévères sulpiciens), de sous-diable ou de sous-marin et c'est ce qui fait tout le sel de ce petit livre à malices.
Pas de quoi crosser un soviet de vicaires en tout cas. Puisque les anges et les saints partagent eux-mêmes un goût manifeste pour l'humour blanc.
Et puis il faut bien que les couaqués s'amusent un peu eux aussi.



Jean Follain Petit Glossaire de l'argot ecclésiastique. Postface d'Elodie Bouygues, illustrations de Frédérique Loutz. — L'Atelier contemporain, 88 pages, 15 €


dimanche 7 février 2016

Toto Corvo

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Les fictions de L'Oeil d'or sont reconnaissables entre mille grâce aux somptueuses illustrations de Sarah d'Hayer. Elles sont aussi du meilleur goût, et par là, il faut entendre qu'elles sont goûteuses. Outre l'opération de retraduction intégrale de l'oeuvre de Mark Twain initiée en 2004 avec le traducteur Freddy Michalski (Ellroy, Burke, etc.), l'Oeil d'or vient d'ouvrir au Baron Corvo, ce fantasque anglais qui, résidant de Venise, se teignait les cheveux en rouge et rapportait des histoires sur les fantaisistes existences des anges, de tous les saints au Paradis et de quelques démons installés ailleurs.
Son recueil de nouvelles intitulé L’Hérésie de fra Serafico et autres histoires que Toto m’a contées est le premier livre publié de Corvo et c'est dans une traduction de Francis Guévremont — et excellemment présenté par Julien Derome — qu'il nous permet de découvrir six légendes amusantes comme savent les inventer la sagesse populaire et l'esprit taquin. Ami de Corto Maltese sous la plume d’Hugo Pratt, comme nous le rappelle l'éditeur, Baron Corvo fut encore "peintre mystique, gondolier excentrique, proxénète pour riches touristes". C'est assez dire que le mot "convenances" n'avait pas grand sens pour lui.
Voilà pourquoi, si vous avez l'intention de vous détendre en attendant la floraison des cerisiers, l'Alamblog est heureux de vous présenter un pur moment de légèreté et de blasphème léger. C'est le moment d'y aller, même si on risque de se faire "crosser" par les plus "culottes en zinc" du clergé* .



Baron Corvo (Frederick Rolfe) L'Hérésie de fran Serafico et autres histoires que toto m'a contées. Traduit par Francis Guévremont. Préface de Julien Delorme. — Paris, L'Oeil d'or, 80 p., 12 €

  • Précisions demain.


samedi 6 février 2016

† René Troin (1952-2016)

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Pierre Laurendeau nous informe de la disparition de René Troin. Nous relayons cette triste nouvelle, avec le texte et la photographie qu'il a bien voulu faire parvenir à notre île :

la disparition de René Troin. René était un « deleaturien » de la première heure, dès 1979. Il fut toujours attentif à mes aventures éditoriales, que ce soit sous la griffe de Deleatur, du Polygraphe, un temps Ginkgo et depuis quelques années Sous la Cape. Au tournant du siècle, René me transmit de courts textes – jeux d’écriture, petites nouvelles tendrement acidulées, farce cocasse autour de Johnny H. … - qui m’enchantèrent, ainsi que les lecteurs attentifs quand je les publiais dans la collection des « minis » de Deleatur. Je reçus ensuite un magnifique récit mêlant fiction et souvenirs de jeunesse, « La Crau, Arizona », qui parut à l’enseigne de Deleatur en 2002 ; suivi de « Georges écrit » (un faux roman policier à étages et à clés), que je fis publier chez Ginkgo, dans la collection « Biloba ». Enfin, en 2012, parut dans la collection Sous la Cape, un roman à tiroirs multiples, hommage souriant aux Mille et une Nuits, « Chantier Schéhérazade ». Les textes de René entretenaient avec la chanson, française ou anglo-saxonne, des liens d’amitié, j’allais dire de vénération, teintée de distanciation amusée. Les couvertures des deux plus récents romans, créées par Michel Guérard, en témoignent. Depuis quelques années, René se consacrait, avec deux complices, à un blog dédié à son sujet de prédilection : « Crapauds et Rossignols ». René n’était pas un bavard – les amis qui le rencontrèrent au Bougainville, à Paris, où il se rendait parfois le mercredi, s’en souviennent : en apparence en retrait des conversations croisées, il intervenait toujours avec pertinence et gentillesse. Sylvette, sa compagne (qui illustra plusieurs publications de photos), ainsi que Clément et Aurélie, ses enfants, nous ont toujours accueillis, Agnès et moi, avec chaleur dans leur maison de Toulon… En 2002, nous avions organisé, avec la complicité de la bibliothèque et de la DRAC de la Région PACA, une lecture-présentation de « La Crau, Arizona » à Hyères. René, aphone ce jour-là, avait joué une partition drolatique sur ses textes et nous avions imaginé un jeu de scène où un double de René Troin, mauvais acteur, avait pris sa place… L’acteur est parti, mais ses livres témoignent d’une présence toujours active de René.

Pierre Laurendeau




Notice wiki René Troin.

vendredi 5 février 2016

Sortie de presse !




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Les Jeunes Constellations multipliées, à leur arrivée dans les locaux de l'Arbre vengeur. Un grand jour.
Bientôt en librairie (le 23)

jeudi 4 février 2016

Cabale littéraire et dramatique

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Cabale littéraire. La littérature a toujours eu ses factions, ses cabales, comme la politique, ce mot ne se prend jamais qu'en mauvaise part. La cabale considérée dans cette et la raison publique font bonne et prompte justice de celle petite coalition plus hargneuse que solide. Un seul exemple suffira pour démontrer cette incontestable vérité ; le fameux bureau d'esprit de l'hôtel Rambouillet, se composait des notabilités les plus influentes de la cour, madame de Sévigné figurait à la tête des chefs de cette noble coterie littéraire. Rien ne fut négligé pour élever Pradon au-dessus de Racine ; la Phœdre du protégé des prôneurs de l'hôtel Rambouillet est tombée dans l'oubli, et le chef-d'œuvre de Racine, est toujours une de nos gloires dramatiques. Mais les traditions de l'Hôtel Rambouillet, se sont perpétuées jusqu'à nos jours : on retrouve le même engouement, les mêmes prétentions , les mêmes manœuvres dans les coryphées de l'hôtel Thélusson. Les femmes y dominaient : que sont devenues ces célébrités si vantées ? On a oublié jusqu'aux noms des Muses de cette époque contemporaine : les noms de Constance Pipelet et de Fortunée Briquet, ont disparu sous les décombres du théâtre de leur gloire. La société de la fourchette qui lui a succédé, comptait quelques hommes d'un talent éprouvé. Tous les habitués des fameux déjeuners s'étaient engagés à se porter un mutuel secours pour arriver à l'académie. Picard, et quelques autres auraient pu arriver au fauteuil, sans le concours des confrères de la fourchette. L'opinion publique avait ratifié le choix de l'académie ; fidèles à leurs engagemens, ils ont donné la main à leurs amis , et les habitues de déjeuners hebdomadaires, sont venus s'asseoir tour-à-tour, sur chaque fauteuil devenu vacant. La restauration a été plus loin ; elle a brutalement expulsé des hommes dont les lois et d'honorables services rendus aux sciences et aux arts, garantissaient les droits et leur a donné pour successeurs, des prêtres, des nobles, dont les noms étaient tout-à-fait inconnus et ne se rattachaient à aucune œuvre littéraire ou scientifique. Ce double scandale était le fait d'une cabale ministérielle, tout le monde a pu lire dans les journaux de l' époque, la circulaire de M. Linguet, chef de division des beaux arts, aux académiciens, pour recommander à leurs suffrages un candidat au talent éprouvé. Tous les habitués des fameux déjeuners s'étaient engagés à se porter un mutuel secours pour arriver à l'académie.
La cabale dramatique, a subi une étrange transformation, il ne s'agit plus d'une collision vive et passionnée, mais patente, entre les amis ou les ennemis personnels de tel auteur, ou de tel artiste, mais d'une spéculation tout à fait mercantile.
Des compagnes d'assurance garantissent moyennant une prime convenue, les débuts et les pièces nouvelles ; tout est profit pour les entrepreneurs, ils ne courent aucune chance de perte et se font payer d'avance. Les chefs reçoivent le mot d'ordre des parties intéressées : ils doivent savoir quelle entrée il faut soigner, quel passage faible ou hasardé il faut soutenir; et toutes ces manœuvres sont exécutées par la milice des claqueurs, toujours groupés sous le lustre. Le juste-milieu du parterre se fait aussi payer pour comprimer l'expression libre des spectateurs indépendans qui ont acheté le droit de manifester leur opinion. Dans l'origine, on avait appelé ces compagnies d'assurances des cabaleurs; on ne les désigne plus que sous les nums de chevaliers de la claque ou du lustre.
En bonne justice, les claqueurs devraient être assujétis au droit de patente, au profit des pauvres. Leur concours stratégique a pu avoir quelque influence momentanée ; mais une fois connus, il n'ont plus eu d'utilité même pour ceux qui les emploient. Les efforts de la cabale n'ont pu faire vivre un jour de plus une pièce médiocre. On ne conçoit pas comment les cabaleurs mercenaires trouvent encore de l'emploi ; le public ne se laisse plus entraîner par leur exemple, et il a perdu l'habitude d'applaudir même aux meilleurs ouvrages, pour ne pas être confondu avec la bande du juste-milieu. Ce n'est plus qu'un ridicule et inutile scandale.
(...)
Hip. Dufey



Encyclopédie des connaissances utiles, T. IX, février-mars 1834.

mercredi 3 février 2016

Les couvertures du siècle dernier (LXI)


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Charles Rosner The Growth of the Book-Jacket. Sylvan Press, 1954, 108 pages. xxxiv-74 pages of plates. Hardcover.

Ce livre faisait suite à Charles Rosner The Art of Book-Jacket. London, Victoria and Albert Museum 1949, 12 pages.
Il sera bientôt copié par
Peter Curl Designing a Book Jacket. - London, The Studio Publications, (1956).


mardi 2 février 2016

Les XV lois du bibliophile (et leur Moïse)

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Le dilettante Alfred Péreire (1879-1957), journaliste au Journal des débats et bibliographe érudit s'il en est, fut celui qui rappela à l'humanité les "Quinze lois du bibliophile" édictées au XVIIe par les Italiens Vargas père et fils. Il les apposèrent dans leurs livres sur étiquettes contrecollées. Il le grava dans un article. C'est donc en quelque sorte le Moïse de la bibliophilie.

I. Tu ne le considéreras pas comme un bien aliénable. C'est un livre ; ne le marque point d'une note, marque de l'esclavage.
II. Tu ne le frapperas ni d'estoc, ni de taille : ce n'est pas un ennemi.
III. Tu n'y traceras de petits traits, ni au dedans ni au dehors, ni d'aucun côté.
IV. Tu ne maltraiteras aucun feuillet, tu ne le plisseras pas, tu ne le corneras pas.
V. Tu ne maculeras pas les marges.
VI. Avant tout, pas de taches d'encre : plutôt la mort qu'une souillure.
VII. Tu interfolieras le Livre de feuillets blancs.
VIII. Tu ne le prêteras pas à un tiers, ni en cachette, ni ouvertement.
IX. Tu le tiendras à l'écart des rats, des vers, des mites ou mouches et des petits larrons.
X. Tu repousseras très loin l'eau, l'huile, le feu, la moisissure et les choses salissantes.
XI. Uses-en sans en abuser.
XII. Ty pourras y glaner et y faire des emprunts à ta guise.
XIII. Après l'avoir lu, tu ne te permettras pas de le garder éternellement chez toi.
XIV. Tu le rendras en bon état et couvert comme tu l'emportes.
XV. Quiconque agira ainsi, fût-il même un inconnu, sera inscrit au tableau des amis, quiconque ne le fera pas, même connu de moi, en sera rayé.

Telles sont les lois qu'à lui-même et aux autres a prescrit sur son bien le duc Thomas Vargas Macciucca, Chevalier de l'ordre de Jérusalem. Si cela t'agrée, approuve, sinon, à quoi bon toucher ce livre. Va-t-en.





Alfred Péreire Les Quinze lois de la Bibliothèque des Vargas Macciucca. - Paris, E. Rahir, 1913, 8 p. Tiré à part des Mélanges Picot.



Illustration du billet © Draco Semlich 2015

dimanche 31 janvier 2016

Résultat du Grand Jeu de l'Alamblog

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Ma foi, c'est bien désolant, mais personne n'a retrouvé qui se cachait derrière l'image que nous avions mis en ligne. Ce monsieur n'était autre que le chasseur de mouflon, celui, évidemment, de La chasse au mouflon, ou Petit voyage philosophique en Corse d'Émile Bergerat (1845-1923), illustré de gravures par Madame Émile Bergerat et publié en 1891 par C. Delagrave à Paris.

Le lot reste disponible pour un prochain jeu...

samedi 30 janvier 2016

Petite Bibliographie lacunaire des éditions Emile-Paul Frères (I)

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Au cours du siècle passé, une grande maison, Émile-Paul frères, n'a pas eu le succès escompté sur la durée. Pourvoyeuse durant plusieurs décennies d'un très grand nombre de très beaux textes, elle a connu les vicissitudes de la vie des entreprises, jonglant parfois avec les livres sur un lit de trésorerie basse, capotant parfois, se relevant à plusieurs reprises dans des conditions un peu exceptionnelles.
Si aucune monographie n'a encore paru sur cette aventure éditoriale plus qu'étonnante — mais notre petit doigt nous dit que quelque chose est en cours —, il restait à l'Alamblog de fourbir un semblant de matériau à l'usage des curieux.
Étant donné la variété et la quantité d'ouvrages, de revues et de collections publiés par la maison, ce travail sera effectué en tranche et revu de temps à autres car il paraît assuré que la première version sera truffée de lacunes. A bon entendeur, salut.

Comme on s'en convaincra en lisant les lignes qui suivent, la maison Émile-Paul n'est pas née avec le XXe siècle, puisque, déjà, en 1898, le catalogue de la vente du bibliographe Renouard porte la mention "Émile-Paul et fils" sur sa couverture. On peut d'ailleurs remonter un petit peu plus loin dans le temps, 1882, pour trouver ce qui nous a paru la première manifestation de cette marque qui deviendra "Émile-Paul Frères" en 1916.
Après des débuts nettement marqués par le commerce du livre ancien, de la bibliographie, voire de la bibliophilie, c'est sous cette marque bientôt foncièrement littéraire que paraît Le Grand Meaulnes - qui sera pour la maison ce que fut Le Petit Prince pour Gallimard. Ironie du sort, c'est chez Émile-Paul qu'avait paru Patachou petit garçon, l’œuvre qui a si directement inspiré, si l'on peut dire, Saint-Exupéry, au moment de produire ce qui reste une froide pompe à phynance dont l'attrait sur les enfants n'est pas bien frappant il nous semble. Brèfle, il y a chez Émile-Paul du beau monde et du monde influente : Maurice Betz, Edmond Jaloux, André Suarès, Rainer Maria Rilke, Paul Valéry (Le Cimetière marin en 1920), Claude Aveline, Pierre Frondaie, Max Jacob, Tristan Derème, etc. On se presse pour publier dans la collection Edmond Jaloux (1923) et, en 1942 encore, Jean Cassou dédie son "Pacha" (Les plus belles histoires de peur, à Robert et Albert Emile-Paul, preuve du durable rayonnement de cette maison un peu oubliée dans les manuels. Fouineurs, au travail !

Collections
collection Edmond Jaloux (1923-)
Collection Les Cahiers du mois (1924-)
Ceinture du monde (publ. sous la dir. de Jean-Louis Vaudoyer, 1927-1932)
Portrait de la France (publ. sous la dir. de Jean-Louis Vaudoyer, 1926-1931, 34 vol.).
Collection Le Crime dans l'Histoire
Collection Yggdrasill (1938-1943)
Collection Alligator (1971)
Collection les Introuvables
Nouvelle collection historique pour la jeunesse (comtesse C. d'Arjuzon dir.)

Revues
La Bibliophilie ancienne et moderne, française et étrangère (1881-1911)
Les Écrits nouveaux
Les Appels de l'Orient (1925)
Revue d'Allemagne et des pays de langue allemande


Lire la suite...

vendredi 29 janvier 2016

Temple en guerre

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Les éditions Domens donnent une nouvelle édition des poèmes de guerre de Frédéric Jacques Temple sur beau papier vergé, tirés à petit nombre.

Le souvenir
est une mort ancienne


Ce recueil de poèmes anciens dédicacés à un ami déchiqueté par un obus avait été publié en 1996 dans la collection "Méditerranée vivante" par Edmond Charlot. Il vient d'être enrichi de textes retrouvés où le guerrier raconte les batailles qui le mène du Monte Cassino à la Forêt noire. Elégie des années 1944-1945, on s'y plongera après avoir lu le Paysage avec palmiers de Bernard Wallet...

Je bois la fange de l'homme
hélas, je ne suis pas devenu fou




Frédéric Jacques Temple Poèmes de guerre. Nouvelle édition. - Pézenas, Domens, "Méditerranée vivante", n. p., 12 €

jeudi 28 janvier 2016

Elle est fraîche l'épitaphe, elle est fraîche !

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Ne nous y trompons pas, dans le futur, les lecteurs constateront que nous avons aujourd'hui beaucoup de chance.
Ils se diront, in petto,

"Certes ils n'avaient plus Alphonse Allais ni Michel Audiard, André Frédérique ou Roland Topor, mais tout de même, hein, Michel Ohl venait juste de partir et Dominique Noguez publiait comme un gardon. Ils pouvaient croiser Noguez dans la rue, ces veinards !"

Alors, mes sœurs, mes frères, admettons-le : à nous complaire collectivement dans l'auto-affliction (savamment entretenue par tout un tas de cyniques), nous ressemblons à des andouilles.
Aussi pour passer nos temps avec dignité, nous vous suggérons, alamblogonautes nos soeurs nos frères, de vous plonger dans le projet d'épitaphe de Noguez, lequel vaut bien celui de Benjamin Franklin.
Poèmes, proses, fragments, l'ouverte de Dominique Noguez s'enrichit donc d'un nouvel opus plein d'esprit, d'amour et de mélancolie dont nous extrayons deux vers qui ne témoignent absolument pas de l'ensemble — pourquoi ne pas rompre avec les habitudes — mais rend au spirituel tout son lustre.

je ne crois pas assez à mon existence
pour ne pas porter de cravate




Dominique Noguez Projet d'épitaphe : précédé de cinq poèmes plus longs. - Paris, Éditions du Sandre, 20 p., 6 €




mercredi 27 janvier 2016

Droits d'auteur à l'âge numérique : creative commons, open acess et big data

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Tandis que les billevesées et co**eries relatives à la numérisation des livres et au livre né-numérique foisonnent (témoin ce gros livre idiot et démagogique intitulé L'Assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, idiot, démagogique et confusionniste pour être précis), un article du Débat consacré au "droit d'auteur bousculé par le numérique" fait le point avec lucidité et compétence sur un sujet, le seul, qui mérite vraiment attention dans le concert assourdissant des sujets liant livre et numérique : à savoir l'édition savante et la notion de creative commons et d'open access .
L'auteur en est François Gèze, et il est l'ancien directeur des éditions La Découverte. On se doute qu'il a autre chose à dire que les songeries téléphonées d'un Alberto Manguel, d'autant que la loi Axelle Lemaire de 2015 pose quelques questions cruciales au moment où le traitement massif de données (big data) conduit à des modes de penser étranges... En particulier sur la manière dont, dans notre société, se dessine la vox populi et se tresse une "expertise"...



François Gèze "Quelle politique numérique pour l'édition de savoir ?" in Le Débat, n° 188, janvier 2016, 20 €

Autre article à ne pas rater : Richard Malka, "La gratuité, c’est le vol"

Illustration du billet : Dessin de P. Ringuet, Brèches de Quṣayr al-Quadīm (site archéologique Égypte), 1803-1812.

mardi 26 janvier 2016

Rayas Richa n'est plus sans visage



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Les Jeunes Constellations, son premier roman, paraissent le 25 février prochain. Rayas Richa n'étant pas encore passé à la télé, voici (pour commencer) son portrait par Isabelle Rey (2015).



Rayas Richa Les Jeunes Constellations. — Talence, L'Arbre Vengeur, 224 pages, coll. L'Alambic, 18 €, en librairie le 22 février 2016.

lundi 25 janvier 2016

Les crayons qui marchent

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Le paysagiste de race n'a rien des élégances du touriste, à le voir, sur la grande- route, sac à dos, le bâton à la main, on dirait un colporteur de la bibliothèque bleue ou de l'imagerie d'Épinal. Mais comme il foule le sol d'un pas libre et vainqueur ! Comme il aspire à pleins poumons les pénétrants arômes de la campagne ! Sa pensée roule de vastes projets et conquiert l'espace avec un élan que calmeront assez vite les premières meurtrissures du combat.
Déjà de longues spirales de fumée révèlent des habitations semées çà et là dans les vergers; bientôt émergent d'un pli du vallon quelques toits pressés autour d'une flèche ardoisée, et à travers de capricieux bouquets d'aunes et de saules luit le ruban argentin d'une petite rivière. C'est le village que notre paysagiste, guidé par son instinct ou par les indications d'un ami sûr, a choisi pour son centre d'opérations. En entrant dans le pays, il va droit à l'unique enseigne qui lui promet un gîte. Il entre résolument à ce Soleil d'or ou à ce Cheval blanc quelconque. I1 y sera mal ; mais il y sera libre ! ! Et la plus piètre auberge, — il le sait par expérience,— est mille fois préférable à la plus confortable hospitalité bourgeoise, à moins que ce ne soit le coeur d'un ami qui vous l'offre, — d'un ami de la veille, bien entendu !





Frédéric Henriet Le paysagiste aux champs : croquis d'après nature. - Paris, A. Faure, 1866. Réédition en cours.

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