L'Alamblog

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante| La bibliothèque numérique Lekti.net

dimanche 27 juillet 2014

Des Paresseux plein la revue...

breves104P.jpg

Déjà très cool quoi que n'habitant pas encore son île paradisiaque, le Préfet maritime avait il y a un double-lustre coinché ou à peu près une dilection particulière pour une revue gracieuse qui se présentait au format d'un petit journal et qui, illustrée par Dominique Hérody, répondait au doux nom de Paresseux. Après avoir mis la clé sous la porte, il y a (quelque temps), voici l'équipe du Paresseux redescendu de sa branche et Brèves qui lui ouvre ses portes en publiant entretien et nouvelles, certaines inédites. La belle initiative que voilà !
Avec les illustrations d'Hérody et les nouvelles de l'équipe (Jean-François Nivet dont on a déjà parlé ici, Catherine Ternaux, Ingrid Auriol, Eric Bachelier, etc.), équipe qui a toujours l'air de ne pas y toucher, ou de le faire avec délicatesse, avec succès et presque sans intention, cette livraison de Brèves est un délice redoublé.
Et même un plaisir retriplé puisqu'on y trouve outre un dossier (avec photos) sur l'hallucinant concepteur de livres/graveur/estampeur Augustus Kleweta — une sorte d'allumé ésotériste dont on n'oublie pas la production une fois qu'on l'a croisée —, d'excellentes autres nouvelles inédites, dont celle de Gilles Marie consacrée à un pianiste d'autrefois remarqué à son époque, ou celle de Claire Galand qui synthétise en une note bleue magistrale la clôture de maints récits :

Ensuite, on perd sa trace.


Pour ne pas perdre le fil de ce superbe numéro de Brèves, le Sommaire :
Encouragé par toute la Bourgogne viticole — Par Éric Bachelier
Fatale — Par Ingrid Auriol
L’amant cra-cra — Par Lika Launay-Spitzer
Une amitié modèle — Par Dominique Hérody
Presque Pamela passe à la télévision suisse — Par Catherine Ternaux
Sarah — Par Patrice Granadel
Tout doit disparaître — Par Catherine Ternaux
Ciel de traîne — Par Jean-François Nivet
Ainsi Monsieur Blanrocher trouva la mort en chutant dans l’escalier — Par Dominique Hérody
Les objet perdus — Par Lika Launay-Spitzer
Je ne veux pas finir comme Tolstoï — Par Jean-Paul Chabrier
Big father — Par Alain Absire
Six questions à Alain Absire — Par Christine Bini
Le récital de Verdun — Par Gilles Marie
Je tricote — Par Corinne Vuillaume
Promenade à Venise — Par Janine Gdalia
L’auditoire — Par Claire Garand
Relire Marcel Moussy — Par Éric Dussert
La rue d’El Affroun — Par Marcel Moussy
Raphaël Augustinus Kleweta, graveur, peintre et éditeur
Pas de roman, bonne nouvelle — Par George Rose, Emmanuelle Urien, Bérangère Deprez



Brèves, n° 104, 18 €
L'Atelier du Gué, 11300 Villelongue d'Aude
editionsATatelierdugue.com
Pour les branchés de la tablette, une version électronique existe, qu'ils la trouvent.

L'Atelier du gué, éditeur de Brèves, annonce la double parution de Touché !, les inattendus Souvenirs d'un blessé de guerre du pédagogue Célestin Freinet (poumon droit) en souscription à 10 € - on vous en reparlera - ainsi que du Tango d'Alzheimer de Jean Soublin dont on n'aura pas besoin de vous expliquer le sujet. Peut-être. En tout cas, on ne vous en reparlera pas.
De quoi on vous reparlera pas ?


klewetabreves.jpg




samedi 26 juillet 2014

Bautru battu

bautubattu.jpg


Bien des gens, du reste, se chargèrent de riposter de cette façon à Bautru, qui reçut presque autant de coups de bâton qu'il avait donné de coups de langue. Sans la reine mère, qui jugea à propos de le protéger en cette circonstance, le pied de M. de Montbazon - et quel pied ! comme disait le pauvre bouffon effrayé, - eût vengé sur lui les traits piquants de l'"Onosandre" dirigés contre l'épaisse stupidité de ce personnage. On vit même un jour madame de Vertus se placer commodément à l'une des fenêtres du pont Neuf, pour contempler le marquis de Sourdis qui administrait en son nom, et par suite d'une délégation officielle, une rude volée de bois vert à l'infortuné.
Le pont Neuf ! Combien d'exécutions de ce genre n'a-t-il pas dû voir ! C'était la patrie favorite des faiseurs de gazettes, de pasquins et de couplets satiriques : ce devait être aussi la terre classique te la patrie des coups de bâton. Combien d'autres, si le pont Neuf parlait, n'en pourrait-il pas citer encore, à côté de Bautru et de ce bon gros Saint-Amant qu'on y trouva un matin roué, moulu, à moiti mort, tant les laquais de M. le prince, qu'il avait eu l'imprudence de chansonner, mettaient de zèle à venger leur maître !



Victor Fournel Du rôle des coups de bâton dans les relations sociales et, en particulier, dans l'histoire littéraires (Paris, A. Delahays, 1858, p. 58-59).



Illustrant parfaitement les dangers de la satyre au XVIIe siècle - autrement plus violent que le nôtre -, Guillaume Bautru (1588-1655), comte de Serrant, fut un conseiller d'état et un ministre plénipotentiaire que n'appréciait guère Victor Fournel : "une espèce de bouffon qui avait plus de malignité que d'esprit" dit-il). Bautru fut cependant aussi membre fondateur de l'Académie Française (élu en 1634) et l'auteur de L'Onozandre ou le grossier satyre (s. l. n. d.).

vendredi 25 juillet 2014

Pour les autres, la mort...

lamort.jpg

Bénéfices pour les uns. Pour les autres : la mort. Il faut abolir la fabrication privée des armements (Jean Carlu, André Vigneau).



jeudi 24 juillet 2014

Personne n'est à l'intérieur de rien...

DubuffNov004.jpg



Personne n'est à l'intérieur de rien, et pourtant... La correspondance de Jean Dubuffet et Valère Novarina montre que, le plus souvent, il y a quelqu'un à l'intérieur d'une correspondance. Surtout si l'un des deux épistoliers se nomme Dubuffet.
Cette correspondance-ci a paru grâce aux soin diligents de François-Marie Deyrolle dont L'Atelier contemporain, titre et maison, refleurit bravement.

Un échange rapide (1978-1985) qui voit un écrivain trentenaire prendre son envol avec les difficultés de l'exercice tandis que le vieux peintre s'étiole. Si les propos de ce dernier sont toujours vifs, la vie s'en va et l'énergie du jeune, ses chatteries destinées à plaire au vieil artiste, ne le raviveront naturellement pas. Le contraste est touchant d'ailleurs et souligne encore les qualités de Dubuffet, recommandant ici les vers de Gaiano - bien mal reçus - ou jonglant avec élégance en épistolier aguerri - et malicieux...

J'ai essayé, en m'aidant de compresses sur le front, de m'assimiler dans "TXT" la réflexion critque et thétorique, mais il faudrait que jk'aie avant cela nue idée claire de la différence entre réflexion et non-réfléxion.



L'édition est enrichie très judicieusement d'un entretien (le prétexte en somme) avait paru dans la revue Flash Art (1983), de textes de Novarina sur son correspondant et d'archives graphiques variées - et en couleurs !. Un livre à ajouter à votre liste de cadeaux originaux à faire.


Jean Dubuffet & Valère Novarina Personne n'est à l'intérieur de rien. Edition établie et annotée par François-Marie Deyrolle. Préface de Pierre Vilar. — L'Atelier contemporain, 150 pages, 20 €

Et aussi : Yves Bonnefoy & Gérard Titus-Carmel Chemins ouvrant. Préface de Marik Froidefond. — L'Atelier contemporain, 150 pages, 20 €


mercredi 23 juillet 2014

Archéologie du hot-dog

Henri_Duvernois004.jpg


Hélas, l'univers était sur ma table, mais de une heure à trois heures du matin, quand on a vingt ans, le sommeil vous terrasse. Imaginez cela au mois d'août, par une nuit étouffante, dans une sombre imprimerie. Parfois, de lassitude, je laissais ma tête tomber sur la table et je dormais là, vaincu, sur les épreuves amoncelées, comme un collégien sur ses devoirs. Le metteur en pages, pris de pitié, enlevait le travail tout seul, et je dois avouer qu'il s'en acquittait supérieurement. Quand je me réveillais, on serrait la dernière forme et ces braves gens riaient de ma stupeur. Parfois l'un d'eux me faisait un bout de conduite. Nous allions, à l'aube tremblante, dévorer un "corbillard" chez le charcutier-spécialiste ouvert toute la nuit et où se coudoient les noctambules, de hâves pauvresses et les journalistes. Un corbillard, c'est une saucisse chaude, intercalée dans une miche de pain frais. Un café bu dans un bar voisin, et nous repartions, à pied. Beaucoup de ces ouvriers avaient une culture étonnante et rectifiaient d'eux-mêmes, sans y mettre d'ostentation, un certain nombre de fautes de syntaxe et d'orthographe. J'appris à connaître là le petit peuple de Paris, si doux et si sensible sous sa gouaille. Je leur prêtais des livres qu'ils ne lisaient pas "de la pointe de l’œil" comme trop de gens, mais avec une application passionnée et sur lesquels ils portaient des jugements dont la sagacité me frappait.




Henri Duvernois Mes apprentissages. Souvenirs des années 1885-1900. — Paris, Hachette, 1930, 219 p. coll. "C'était hier".

Toujours disponible : L'Homme qui s'est retrouvé (L'Arbre vengeur, 2009).

- page 1 de 441