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vendredi 27 janvier 2012

Luna Western, de Christophe Macquet

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Curieux ouvrage que ce Luna Western de Christophe Macquet. On savait l'oiseau original, on ne se doutait pas qu'il le serait autant qu'il le montre dans le volume broché et bilingue de la maison argentine Paradiso. C'est un régal poétique - au sens de friandise -, une folie - au sens du Grand Siècle -, une cavalcade de mots - au sens de l'automatisme des surréalistes.

Convoquant des figures tutélaires comme Macedonio Fernandez, le prince de la préface (son chef-d'oeuvre, le Musée du Roman de l'Eternelle en compte quatre-vingt-dix neuf, si l'on se souvient bien), mais aussi des Lamborghini et autres Orozco, Macquet commence par multiplier les épigraphes. Bien sûr, il les subvertit en traduisant drôlement les vers et phrases des auteurs susdits dans un immense dérèglement qui n'est pas sans rappeler l'art des traducteurs d'il y a deux ou trois siècles, lesquels faisaient parfois dire ce qu'ils souhaitaient aux écrits qu'ils choisissaient (on en connaît de plus récent d'ailleurs). Christophe Macquet s'autorise tout et surtout le plus inattendu, jusqu'à l'abstrus, en passant par le sibyllin, le dingue et l'impressionnistement cocasse. C'est parfait. Un musée d'images en quelque sorte où l'on empoigne à loisir, un fleuve de mots et de notions où sont scandés le "lard" ou bien encore "l'ardeur des raccourcis", vade-mecum ou passe-partout, on ne sait.

l'ardeur des raccourcis : personne ne m'a suivi : j'ai vérifié : je suis libre comme une martingale : un jeu d'osselets/ l'ardeur des raccourcis : les vérifications volubiles : le foie : la rate : l'estomac : la voie : la vessie/ l'ardeur des raccourcis : tu vois : l'humain : son naturel : il vient directement des seins de Lubna/ l'ardeur des raccourcis : un beau soir bien luné : un beau soir sur le plan : je lève le nez : je la remonte : je la dénonce : je lui fais barba-lustu-benzopyrène-kerida-musth-gélatine-insachic : plusieurs fois : sans succès (...)

Dans cet écrit lunatique, on pèche des formules à se remémorer, des fragments que l'on souligne, des assemblages qui portent l'ensemble sans qu'on s'attarde à se demander pourquoi, ni comment. Parce qu'au fond, cette orgie de mots et de sonorités entraînent l'adhésion sans qu'on y prenne garde. Avec son essai de prosodie hors norme, Christophe Macquet démontre qu'il est un humoriste jusqu'au-boutiste, un comique trapu.


Christophe Macquet Luna Western, excelentemente traducida del francès por Lisandro Llano (bilingue) - Buenos Aires, Paradiso, 2011, 224 p.

jeudi 26 janvier 2012

Mais surtout Jack est obligé de...

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Surtout, Jack est obligé de revêtir des défroques pas possibles...

Tout ça pour sauver la gracieuse Miss Harrington des griffes de Diabolos.

Sale boulot, tout de même...



PS : les méchants fidèles de Diabolos sont à peine mieux servis (mais ils restent le plus souvent assis) :

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Les Exploits de Diabolos (ciné-roman adapté par F.-J. Janin). Fox Film. — Paris, J. Ferenczi, 1923

mercredi 25 janvier 2012

Jack plonge partout

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mardi 24 janvier 2012

Jack se cache partout

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Durant sa lutte contre l'infernal Diabolos, Jack était obligé de se cacher.
Mais il y a pire...

lundi 23 janvier 2012

Un éclat minuscule et une blanche étincelle

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Le hasard de la vie éditoriale fait paraître dans les mêmes temps, Blanche étincelle de Lucien Suel (La Table ronde) et Un éclat minuscule de Jean-Baptiste Gendarme (Gallimard)

Avant même de les avoir lus, nous les remercions pour les lueurs qu'ils apportent à ces mois de grisaille.




dimanche 22 janvier 2012

Pavupapri à Paris

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Cécile Gambini et ses éditions Pavupapri sont à Paris du samedi 24 au 4 février prochain. Des soirées, un concert de chant baroque de l'ensemble "le Caprice Vocal" (c'était hier au soir et la galerie était pleine), une conférence (le samedi 28 à 18 heures), une soirée "à table chez Jeanne" avec le comédien Olivier Frérec, etc.

Pavupapri n'arrête pas...



Galerie Jeanne Robillard
26 rue de la Folie-Regnault
75011 Paris
Métro Philippe-Auguste

samedi 21 janvier 2012

Un poète nouveau : Pierre Guiraud

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Avant de disparaître, Jean José Marchand, critique et homme de culture, mais aussi de télévision, avait noté sur son testament que ses ayants-droit auraient à remplir une mission qu'il n'avait eu le temps de mener à bien : publier les poème de son ami Pierre Guiraud. Cela vient d'être fait.

Qui était Pierre Guiraud ?

Né en 1920 à Béziers, il était un ami de jeunesse que Jean José Marchand perdit de vue il y a fort longtemps. Il conservait en revanche les poèmes que le jeune Pierre Guiraud lui avait confié, pour lecture et avis, il y a près de cinquante ans. Pierre Guiraud est mort en 1969, après avoir été interprète auprès du Tribunal militaire international au procès de Nuremberg (juillet-octobre 1946), puis agrégé d'allemand - il a enseigné à l'Institut français de Mayence (1947), à HEC et à Sciences Po.
Ces poèmes des années 1941-1943, réunis sous le titre d'Hamadryade viennent donc de paraître aux Editions du petit mot. En vers ou en prose, ces écrits de formation évoquent l'inquiétude et le doute d'une époque bouleversée, les interrogations d'une âme ballottée par les événements.
Entre le bel "Hamadryade" et l'engageant "Ascension", rien de commun, n'était ce trouble de l'âme.

Dans la forêt des abandons
les troncs pourris des châtaigniers s'écrasent
en sciure et vols de papillons violets
aveugles et ivres d'air
tout craque à chaque pas d'audace retenue
s'épouvante en frôlement inconnaissables
les roches glissent sur leur socle
de siècles déposés en strates polychromes
et s'enfuient à travers les rameux brisés
pour barricades d'une émeute.
la peur attend à chaque ombre vivace
dans l'écorce plonge ses yeux obscènes
sa présence en lacets obscurs
sillonne les fumées au ras du sol.




Pierre Guiraud Hamadryade. Préface de Jean José Marchand, suivie de Pierre Guiraud, celui qui n'est pas sur la photo", de Barbara Pascarel. - Saint-Mandé, Editions du petit mot (c/o S. Marchand, 5 rue Cart, 94160), 64 pages, prix non mentionné.

vendredi 20 janvier 2012

Les couvertures du siècle dernier (I)

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Avocat, publiciste bouillant - et brouillon -, directeur du Courrier français à partir de 1914, éditeur de livres à scandale, Georges Anquetil (1888-?) fut un curieux personnage, vivant de dénonciations tout azimut et du scandale. Il dirigea même à partir de 1927, une feuille à scandales, La Rumeur, où, comme dans son Satan conduit le bal, indigeste pamphlet généralisé, il dénonçait à tour de bras. (On raconte que lorsqu'il ne dénonçait, il palpait, comme Eugène Merle...)
Publié à sa propre enseigne, le livre mêle diverses anecdotes plus ou moins sordides sur une trame vaguement anticipative. Tout ça est très moralisateur, vaguement éthéré et mystique, mais il faut retenir la table des matières qui éclaire un peu une journée avec ses "Tocsin de l'Apocalypse", "Le Réveillon chez Aspasie", "Le Laboratoire des Illusions", "L'Horoscope d'un consultant", "La Bacchanale macabre", "Les Entrailles du Veau d'Or", "La marche à l'étoile", "L'Angelus de Minuit" et "Le Message de la Mort". Tout un monde d'évasion !
Autre haut-fait du sieur Georges Anquetil, il se présenta aux élections législatives en Guyane sous l'étiquette galmotiste (de Jean Galmot) et se trouva au printemps 1929 à Fleury-Mérogis d'où il écrivait : « On est allé, dans l’odieux, jusqu’à me jeter, en plein hiver glacial, dans une cellule pas chauffée, à tinettes asphyxiantes, alors qu’à la Santé, treize divisions sur dix-sept ont le chauffage et le tout à l’égout. (...) L’instruction est finie. J’offre une grosse caution. Le dossier est vide. Je suis malade. Mais Poincaré, toujours au pouvoir, se venge. O République ! O justice et politique ! »
Toujours à la recherche de sujets croustillants, il s'intéressa à la polygamie dans La Maîtresse légitime (1926) et fustigea les mœurs partouzardes de son temps. Il en vendit plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, lui donna une suite avec Jane sous le titre L'Amant légitime qui comme son Satan qui s'acheta à tour de bras.

De l'intérêt d'une belle couverture...

jeudi 19 janvier 2012

Le "Carnet de guerre" de Louis Pergaud

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Le Carnet de guerre de Louis Pergaud n'avait paru qu'en 1994 dans le 30e numéro du bulletin de ses "amis" ; c'était le fruit d'un long travail de déchiffrement et d'identification des personnages mentionnés par le poilu, bientôt sous-lieutenant, l'auteur De Goupil à Margot et de La Guerre des boutons (1912) qui, le 3 août 1914, entame sa rédaction :

"Au soir, arrivée à la gare de Verdun".

Moins d'un an plus tard, le 6 avril 1915, il écrit simplement

"Des bruits nouveaux circulent. Nous aurions repris Marchéville, mais nous aurions aussi avancé du côté de Combres. Mais rien n'est confirmé."

Puis il se tait. Il est fauché lors de l'attaque du 7 au 8 avril sur la côte 233 de Marchéville. Il avait trente-trois ans, un prix Goncourt (1910), une amoureuse et une âme généreuse, beaucoup d'espoirs. Son Carnet qui reparaît en avance de la commémoration de 2014 a un grand mérite : dire sans le moindre fard le quotidien des soldats, la vie chargée de tracas des poilus dont d'autres ont préféré, après coup, tailler un habit glorieux.

"Je suis chef de petit poste au moulin de Bonzée avec un poste d'écoute à 350 m sur la route de Fresnes - bombardement dans la nuit - les obus allemands sifflent au-dessus de nos têtes : ça vous fiche tout de même un petit coup dans l'épigrastre, mais au 3e ou au 4e on y est habitué."

Sans souci formel et dans l'urgence, Pergaud note au jour le jour sa crainte de la maladie, les difficultés de se nourrir, de se coucher, de dormir, de se mouvoir la nuit dans des tranchées envahies par la boue, la stupidité des habitudes militaires, l'"héroïsme" de généraux dingues envoyant les hommes au casse-pipe pour accélérer leur carrière, les "caractères" dont le mélange au sein d'une même troupe donne à l'existence un sel dont elle se passerait bien. Et puis il dit la mort affreuse des copains, les corps déchiquetés, l'odeur de la boue mêlée à celles du sang et des sanies.

Vite lu, longtemps en mémoire. Un document aussi important que l'est un livre comme La Peur de Gabriel Chevallier.


Louis Pergaud Carnet de guerre, Edition établie par Françoise Maury (et Patrick Ramseyer). Postface par Jean-Pierre Ferrini. - Paris, Mercure de France, 160 pages, 6,80 €

mercredi 18 janvier 2012

Écrire à Chen Fou...

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En choisissant d'écrire à Chen Fou, lequel Chinois est mort et enterré depuis 1810, le Luxembourgeois Lambert Schlechter se protège et se donne. Il se donne parce qu'il râcle sa vie, descend à l'enfance "anesthésiée", remonte à l'arachnide de son mur, s'épanche doucement en quelque sieste, attend sans impatience l'arrivée du gel et trace en quelques mots des chroniques de ses sensations et de sa pensée. Il se protège car il parle à Chen Fou, Chinois compréhensif et doux, aussi doux que lui.

Il n'est pas toujours facile de suivre les penseurs, parce que souvent on ne comprend pas d'où viennent leurs pensée, je veux dire : pourquoi ils pensent ce qu'ils pensent. La plupart des penseurs m'ennuient & et m'énervent. Je mets un soin particulier à choisir les penseurs avec lesquels je veux bien m'acoquiner. Il faut toujours bien examiner dans quelle posture s'installe celui qui s'apprête à vous soumettre ses pensées. Ce que j'apprécie, c'est quand je discerne, chez un penseur, un mélange égal de fermeté & d'humilité, je n'accepte pas que l'on me fasse la leçon mais je suis content quand on diminue mon ignorance. (...) J'ai feuilleté le recueil des "Pensieri diversi" de Francesco Algarotti et je tombe sur ceci : "Le coeur de l'homme n'est capable que d'une certaine quantité de plaisirs ; l'esprit d'une certaine quantité de connaissances, et pas plus ; comme l'eau qui ne peut dissoudre qu'une certaine dose de sel." C'est une pensée qui me plaît : elle me rend pensif. Au milieu de la mélasse universelle et des angoisses diffuses et omniprésentes, c'est une pensée qui apaise. Je suis d'avis depuis un certain temps qu'il ne faut pas amonceler les pensées. Une par jour suffit.


Relevant le titre des Impressions anodines consignées sans façon de Li Yu, le "vieillard au chapeau de paille au bord du lac", on ne peut guère ne pas songer à un autre penseur délicat et humble, Joël Cornault, qui donne avec ses Notes de Phénix des "Choses ardentes dites paisiblement". Il y a une fraternité des songes et de l'imagination chez ces penseurs de la délicate aventure de vivre.

Le livre parfait pour aborder l'hiver, si vous voulez bien nous en croire.



Lambert Schlechter Lettres à Chen Fou. - L'Escampette, coll. "Proseries", 2011, 119 pages, 14 €

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