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dimanche 20 avril 2014

Au-delà du zéro (la fiction des dieux)

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Depuis son premier roman, Archéologie du zéro, Alain Nadaud nous a habitué à des livres construits et nourrissants, qu'il s'agisse de fictions ou d'essais. Et puis, il y a quelques années, un grand tournant s'est présenté à lui. Pour être clair, il lui est arrivé ce qui devrait arriver à beaucoup d'entre nous : la perte de la foi dans la fiction. La qualité des rentrées littéraires et des auteurs montés au pinacle ne sont pas pour lui donner tort. Quand bien même on se pencherait sur le cas des vieilles gloires françoises encore vivantes, et certaines pour longtemps encore, il n'y a pas lieu de faire les fanfarons. Bref, l'industrie papetière ne lui donne pas tort en donnant forme de livres à des textes sans grâce. Pour dire les choses autrement, beaucoup d'élus, peu d'élan.

Alain Nadaud s'est donc tourné vers l'essai et, hors un programmatique D'écrire j'arrête (Tarabuste, 2010) — voilà de l'original ! — et un Journal du non-écrire (Tarabuste, 2014) au titre paradoxal qui raconte ce parcours d'écrivain "repenti" (catégorie honorable s'il en est), il s'y cantonne. Paraît aujourd'hui Dieu est une fiction, un Essais sur les origines littéraires de la croyance qui s'ouvre sur cette sentence de Paul Veyne qui va mettre tout le monde d'accord...

Croire, c'est obéir.

Et Maxime Rodinson ajoute

La capacité des hommes à se duper eux-mêmes est infinie.

"Pour une mystique de l'athéisme" conclue ce volume éclairant, revenant sur des traces que beaucoup ont déjà suivies, mais sans doute pas à la façon d'Alain Nadaud qui s'appuie sur les contes anciens pour expliquer les fariboles d'aujourd'hui. Ou les fables que nous servent les clergés de toutes robes.
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Ainsi expose-t-il qu'avec la Trinité, cas manifeste de tératologie, "A la candeur des paraboles succède la quadrature du cercle théologique ! Car si la solution d'une monade trine qu'est Dieu apparaît sur le moment inespérée, elle ne tarde pas, à peine énoncée, à devenir le talon d'Achille de la foi nouvelle". Et comment !
Tous n'avalent pas la pilule : le prêtre Arius est condamné dans son opposition à ce principe aberrant par la concile de Nicée, mais sa propre "hérésie" va se perpétrer en Orient et les Barbares durant plusieurs siècles, scindée elle-même entre homoiousiens, homéens, et autres pneumatomaques — ceux-là refusent la divinité de l'Esprit Sain -, chacun y allant de sa petite doctrine... fictionnelle, forcément fictionnelle.

A travers une étude des textes et des discours depuis les origines de cette fiction qui ressemble fort à de l'autopersuasion (Méthode Coué ?) et, indéniablement, à de la manipulation d'esprits faibles, quand bien même existe un "besoin de croire" qui n'excuse rien, le livre d'Alain Nadaud est une très belle manière de retrouver le fil de ces histoires abracadabrantes qui ont fini par cristalliser en êtres tutélaires surplombants l'humanité depuis les âges promotifs de l'animisme et des polythéismes fabulants.

Pour se remettre à niveau sur ces questions qui fondent nos civilisations (personne n'est épargné !), c'est le livre captivant autant réjouissant, doublé qui plus est d'un authentique manuel de révision des plus grands classiques de la manipulation.




Alain Nadaud Dieu est une fiction. Essai sur les origines littéraires de la croyance. — Paris, Serge Safran, 285 pages, 19 €

samedi 19 avril 2014

Babel illustre Pierre Girard

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En 1970, dans la collection de Bertil Galand, le Livre du Mois publie une doublette : Le Gouverneur de Gédéon et Charles dégoûté des Beefsteacks de Pierre Girard (1892-1956), Helvète de banque et de folastries.

La magie Girard opère et les illustrations d'Alain Babel typiques d'une époque se révèlent toujours aussi efficaces et charmantes.

Pierre Girard était bien un magicien.

Les lecteurs d'Othon et les sirènes et de Monsieur Stark le savent fort bien.



jeudi 17 avril 2014

L'invisible s'incarne

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Un livre très attendu paraît sous peu : La Bibliothèque invisible de Stéphane Mahieu sera fêté vendredi 25 prochain à 19 h à la librairie du Sandre. Consacré aux livres qui n'existent pas, mais oui, il va les incarner tout à coup. Depuis le temps qu'on en attendait certains...
C'est à un 'pataphysicien émérite né en 1957, que revenait la responsabilité de leur donner collectivement un peu de corps. Auteur de plusieurs ouvrages sur les confins de la pensée et de l'expression, il a traité auparavant du Phalanstère des langages excentriques (2005), du spiritisme dans son Petit manuel de littérature d’outre-tombe (2008) ou encore d'un corpus politique croquignolet composé par les écrits des dictateurs, Le Guide suprême (2009).

Présentation de l'éditeur

La Bibliothèque invisible traite des livres qui n'existent pas, mais dont on trouve le titre, le nom d'auteur et la description dans des romans, des pièces de théâtre, des pamphlets, voire des bandes dessinées. On ne peut les emprunter en bibliothèque ou les acheter en librairie. Ils ne s’ouvrent qu’à l’intérieur d’autres livres. Ils peuvent apparaître au détour d’un roman, comme dans La Vie mode d’emploi de Perec, relever d’un but satirique comme le catalogue de la bibliothèque de Saint-Victor que donne Rabelais dans Pantagruel ou participer du canular comme la fausse vente aux enchères de la bibliothèque du comte Fortsas.
Plus de 1 500 livres imaginaires sont cités dans La Bibliothèque invisible et trois cents d’entre eux font l’objet d’une notice détaillée. Le lecteur découvrira ainsi les ouvrages rédigés par Sherlock Holmes ou son rival le professeur Moriarty, l’histoire du Necronomicon et des livres maudits créés par H.P. Lovecraft, l’œuvre volumineuse de De Selby telle qu’imaginée par l’écrivain irlandais Flann O’Brien, les écrits des personnages de Balzac, de Nabokov ou d’Umberto Eco.
Certains fonds importants se sont dégagés au fur et à mesure des lectures, comme les fonds Borges, Vila-Matas ou Roussel. Les plus célèbres auteurs n’ont pas négligé ce jeu comme Shakespeare, Poe ou Hugo.Turgot et Dickens ornèrent leur cabinet de travail de faux livres aux titres réjouissants.
Un texte de présentation étudie les modalités d’apparition du livre imaginaire, en donne une typologie et examine quelques ouvrages qui ont fini un jour par être réalisés et sont passés de ce côté-ci du miroir.
Savants fous, philosophes oubliés, auteurs de pièces injouables ont leur place dans la bibliothèque invisible qui double les bibliothèques réelles et les révèle. Il n’est jamais assez de livres, telle pourrait être la leçon donnée par les écrivains qui ont rêvé ces ouvrages introuvables.




Stéphane Mahieu La Bibliothèque invisible. — Paris, Éditions du Sandre (57 rue du Docteur Blanche 75018 Paris), 168 pages, 26 €

lundi 14 avril 2014

Emre Orhun en vente

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Désormais en vente à la galerie Jeanne Robillard, les dessins originaux d'Emre Orhun.
C'est un illustrateur de nationalité turque, né en Chine, lyonnais d'adoption - ce qui lui fait un pedigree peu commun - formé depuis 1993 à l’École Émile Cohl de Lyon. Il a découvert un jour dans une bd de l'Helvète Thomas Ott la carte à gratter et s'en sert désormais lui-même à merveille, même s'il déclare ne pas hésiter "à varier les plaisirs en utilisant des techniques plus traditionnelles comme le crayon, la plume, l'acrylique et la gouache, mais aussi l'informatique pour des peintures numériques".
On peut découvrir de plus en plus souvent ses dessins dans la presse (Le Monde, Libération, XXI, etc.) et l'on va pouvoir, du moins les plus Parisiens d'entre nous, acquérir ses œuvres originales à la galerie Jeanne Robillard : de la Baba Yaga, du capitaine Antifer, et toute la cohorte de ses personnages en noir et blanc ou en couleurs.


Parmi ses publications :
Dr Jekyll et Mr Hyde (Grimm Press - Taïwan)
Le Chant des Génies (Actes Sud)
Mirifiques aventures de Maître Antifer (id.)
Pierre Noël (éd. Sarbacane)
Erzsebet, en collaboration avec Cédric Rassat (Glénat).
La Malédiction du Titanic (Glénat, 2012).
Les Vies Imaginaires (Le Dernier Cri, 2013).



Galerie Jeanne Robillard
26, rue de la Folie Regnault
75011 Paris

samedi 12 avril 2014

Chronique des faits : † Pierre Autin-Grenier n'est plus

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Alors que reparaissent ses Chroniques des faits, on apprend la disparition, hier au soir à Lyon, de Pierre Autin-Grenier.

C'est un ami qui s'en va, et l'ami de nombreux lecteurs.
Il était né au siècle dernier, à la Saint Isidore 1947 et avait de ses différents métiers de poète, de nouvelliste et de romancier, d'horticulteur ou d'apiculteur dans le Vaucluse les clés d'un équilibre qui le rendait plaisant et même plus que ça. Depuis la parution, chez Jean Le Mauve, de Jours anciens (1980)*, il s'était montré un écrivain à la fois tragique et doux, humoristique et mélancolique, l'un des rares auteurs dont on attendait toujours les livres avec gourmandise.



Le détail de son portrait, par Ronan Barrot (2012) figure en frontispice de la réédition de Chroniques des faits (Carnets du Dessert de Lune, 2014).



  • On n'avait pas eu la chance de voir paraître Pour en finir avec les lambrissures crevées (Paris, P.J. Oswald, 1973).

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