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vendredi 4 septembre 2015

Vienne-en-Dauphiné, par Ernest de Ganay

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Vienne-en-Dauphiné

Si tu vas quelque jour à Vienne-en-Dauphiné,
TU pourras admirer, diadème identique,
Les Sept Collines dont, telle la Rome antique,
Le front de cette ville est aussi couronné.

Hubert Robert eût peint ce Temple abandonné,
Et, fragments de l'église ou romane ou gothique,
Tu verras la plus douce estampe romantique
En passant devant l'arc ou le mur ruiné.

Et tu contempleras dans le coeur de la ville,
La ronde Tour du Roi, si rose et si tranquille,
Qu'encercle au ciel tout bleu le vol des pigeons blancs.

Surtout tu chériras la vieille cathédrale
Qui par-dessus les toits mire, aïeule ogivale,
Dans le Rhône ses traits vénérés et tremblants...



Ernest de Ganay Fleurs, Feuillages, Fontaines. — Paris, chez Georges Crès et Cie, MCMXX.


Spécialiste des jardins, Ernest de Ganay (1880-1963) était aussi poète. La preuve par deux ici avec "Le Poème des jardins" (Revue des deux mondes, août 1917)

jeudi 3 septembre 2015

Sapin et autres brouillons de Luc Dietrich

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La délicatesse éditorial de la maison Eoliennes est ce qui sied le mieux aux écrits de Luc Dietrich. Pas de chichi pour bibliophile-bourgeois, pas d'industriel insolent, pas de matériau dégradable utilisé ces jours par les branchés de l'art graphique : du livre solide et beau, simple mais solide, BCBM en somme.
Oui, beau colophon belle main.
Si ce nouveau volume de Luc Dietrich sent le sapin, c'est que l'auteur du Bonheur des Tristes était à la compagne, dans les bois, comme un ermite à un moment de sa vie où il lui fallait passer à une oeuvre nouvelle et s'attaquer à son récit de l'Apprentissage de la ville, en l'absence de Lanza del Vasto alors en Inde. Et le poète Dietrich travaillait dans la sylve à boucler un manuscrit à l'aide de fragment tôt venus dont il avait conservé la trace dans des enveloppes organisées par chapitre.
Des premiers jets plutôt que des brouillons du reste. Des "morceaux" déjà rendus utilisables, à imbriquer dans une marquetterie. C'est plutôt passionnant puisque cela montre le travail de Dietrich assez précisément. Et ce sont ces petites boîtes de papier que Frédéric Richaud a ouvertes afin de les publier in extenso dans un livre qui ressemble beaucoup aux premiers écrits de Dietrich, très poétiques donc, très doux, avec, par endroits, des instants électriques comme cet

"homme des villes, ce fauve qui se ronge les ongles et prépare les grandes guerres",

qu'on dirait du jeune Giono ou de l'Audiberti. Une grande délicatesse en sus, un grand désarroi.
A l'heure où l'on redécouvre l’œuvre de Carnevali, l'Italien déchiré, on dirait deux frères qui se retrouve, en quelque sorte



Luc Dietrich Sapin, ou La Chambre haute. Édition et présentation de Frédéric Richaud. - Bastia, Eoliennes, 80 pages, 15 €



mercredi 2 septembre 2015

Climat, par le gabier Maqroll

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La température, bien qu'invariable, est traversée de temps à autre par de brèves rafales de brise dont la fraîcheur est tout à fait étrangère à cette fournaise aussi immobile qu'un animal obstiné refusant de poursuivre son chemin. Ces souffles d'air venus d'un autre climat me rappellent les veines du marbre, étrangères à la coloration, à la tonalité et à la texture de la matière principale.




Alvaro Mutis La Neige de l'amiral, traduit de l'espagnol (Colombie) par Annie Morvan — Paris, S. Messinger, 1989.




mardi 1 septembre 2015

Poser son cul et regarder des dessins

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Vous ne savez pas comment vous faire plaisir ces temps-ci ?
L'automne se pointe et vous déprimez ?
La rentrée littéraire vous ballonne et la chair est triste ?
Pointez donc votre nez dans le catalogue de la Clef d'argent et offrez-vous pour six euros le portfolio de 12 dessins à l'encre de Fernando Goncalvès-Félix
Son inspiration qui le situe exactement entre Rabelais et Arslan (Y.) ou Orhan (E.) en passant par Grandville, le désigne comme un parfait remède à vos mélancolies.



Fernando Goncalvès-Félix J'étais assis sur une chaise et je ne faisais rien. — La Clef d'Argent, 2015, 12 cartes postales, 6 euros.

lundi 31 août 2015

Malédiction !

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A rangé sa bibliothèque.
A encore paumé un tome II...




dimanche 30 août 2015

Les repas de Léon Vérane

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Parmi les personnages importants du siècle dernier, il en est un qui n'est pas assez mis en évidence : Léon Vérane (1886-1954), beau poète gourmet, animateur des Facettes, plaque tournante de Provence et membre majeur des Fantaisistes. On nous a bien instruit des Cahiers du Sud, c'est parfait, maintenant concentrons-nous un peu sur Les Facettes et sur le biographe de Germain Nouveau.




Toulon, les Facettes et Léon Vérane

Il faut sans doute se dépêcher de venir en Provence. Certaines beautés provençales sont menacées ou atteintes. Les vrais Aixois et les Aixois d'adoption (les premiers ne chérissent pas toujours les seconds) vous diront qu'Aix va « perdre son caractère ». On y a en effet cosntruit un casino hideux et déjà mélanolique. Mais par contre, voici un bon hôtel, qui ne pleure pas le pipi de rat ou de commis-voyageur. A Aix, Marcel Provence se promène vétu comm un berger des santons de Noël; à la Méjanes (bibliothèque), Edouard Aude vous conduit avec une brusque gentillesse devant le buste du Marquis (par) le plus beau fantôme d'un type de Français à peu près disparu.
Lorsqu'on arrive à Toulon, Vérane nous vante le vin de Malgue, cru local. La vigne qui donne ce vin pousse dans un terrain schisteux et sur lequel se jette le vent de mer. Il s'agit d'un vin blanc sec, mais à goût de fleur. On nous en a beaucoup parlé, mais l'on n'en boit, paraît-il, que « dans les familles.
Léon Vérane est un poète fantaisiste. Il dirige depuis près de quinze ans une jolie petite revue, Les Facettes, où nous croyons que ne paraît jamais une ligne de prose. D'ailleurs, Vérane parle en vers, écrit en vers. Lorsqu'il est mécontent, il se fâche en vers et rédige douze épigrammes vengeresses. Lorsqu'il est heureux, des chansons à boire. Il n'écrit jamais d'élégies : lorsqu'il est triste, il se tait.
On pour(r)ait citer dix poètes, à l'heure actuelle, qui ignorent Lamartine (et même Millevoye), mais qui savent par coeur les pièces ravissantes des poètes-buveurs du temps de Louis XIll. Vérane a pour amis Vion d'Alibray et Maynard, Cottelet, Tristan, Théophile. Il pense à eu lorsqu'il écrit à ses amis vivants : Carco, Derême (autre Tristan), Muselli et Albert Marchon que vous connaîtrez demain. Il va publier Le Promenoir des Amis. Nous n'étions pas son ami, mais nous venons de passer quelques semaines avec lui : nous le somes devenu.
Il y a. à Toulon, un garçon de quarante ans qui passe ses journées dans une salle de l'Hôtel-de-Ville, où il s'agit de s'intéresser l'état civil de son prochain ; mais ce garçon ne .s'intéresse qu'à la poésie. Ajoutons que la poésie est pour lui le moyen de donner une forme plastique à ses plaisirs : l'amour, la chasse, les promenades, les bonnes choses qui ornent la fable de la salle à manger. Nous vîmes (et dégustâmes) chez Vérane. un aïoli qui occupait douze plats devant nos assiettes et qui rend, paraît-il, Eugène Montfort éloquent. Vérane nous a longuement parlé d'un civet qui est composé mi-partie d'écureuil et mi-partie de lapin de garenne, et d'un "stocofi à la génoise", qu'on lie avec des noix fraiches. Il rêve de retourner chez une dame où l'on accommode un certain poisson d'une certaine manière ; mais cette dame ne le réinvite point.
Toulon n'est pas seulement une ville de marins. Oui, Les Petites Alliées et Consolata. fille du Soleil. Mais il faudrait que Léon Vérane nous dépeignît, un jour le Toulon des civils, et. cette admirable campagne, derrière la ville, vers les Maures, dont Jean Aicard a maçonné d'insupportables parodies. Il y a entre les fumeries d'opium de Tamaris et les chasseurs de casquettes de Tarascon une Provence à la fois gaie et noble, famillière et sérieuse, dont les provençaux (gens discrets) ne nous ont jamais parlé. Pourquoi une montagne comme le Coudon n'est-elle pas célèbre ? Il est vrai, que, à défaut de Poussin, Othon Friesz vient de faire son portrait, au Salon d'Automne. Pourquoi va-t-on pas au Bruse, où l'on vous sert des langoustes flambées au rhum, et qui est un petit port où Ulysse aborde le soir, pour apprendre que Giraudoux a retrouvé Elpénor ?...
Va-t-on abîmer Toulon ? Il s'agit d'y installer un port marchand et d'élargir la vieille Darse, où Claude Lorrain eût reconnu ses rêves. On veut aussi « dégager » l'Hôtel-de-Ville et refaire autour des cariatides de Puget une façade nouvelle, grandiose : un sinistre « projet d'Ecole ». En attendant, le café de la Rade veste un endroit délicieux, l'un de ces endroits de France qui, d'abord, paraissent tout à fait simples, presque ordinaires, mais qui bientôt, vous plaisent et vous retiennent à peu près comme un vers de Racine. A trois mètres de vous, la mer bat à fleur de quai ; plus loin, de qrand caps s'élancent dans la lumière et des personnages fantasques passent et repassent : des demoiselle brunes et musclées, des retraités aux joues soigneusement enveloppées de lichen, le chanteur hémiplégique, le pâtissier maigre qui a été pétomane et qui rend des brioches en riant. Parfois l'un des trois cuirassés de l'escadre (si diminuée !) fait un lâcher de matelots : ils s'abattent sur le quai, cols battants, pour gagner (dit-on) ce quartier réservé qu'un préfet maritime pudibond a privé de tout caractère, mais où il y a Christinel traiteur.
On peut égaler, à Christinel. « le Grand Cerf » à côté des abattoirs. Les endroits où l'on mange bien, à Toulon, sont drôlement placés, et assez secrètement. Mais le secret ne durera pas si Vérane le chante, entre une promenade pastorale sous les figuiers du Gapeau et quelque chassa aux champignons : l'oreillette, l'agaric ou le coulomelle. qui croit au pied des pinss-pignons.

Jean-Louis Vaudoyer


Les Nouvelles littéraires, 19 avril 1924.


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Vérane par Henri Olive-Tamari (1898-1980).


samedi 29 août 2015

Pas Liev bientôt

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Bientôt en lecture sur l'Alamblog



Philippe Annocque Pas Liev. — Meudon, Quidam, parution le 20 octobre 2015, 138 pages, 16 €

vendredi 28 août 2015

Josse pousse Pantani


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Infatigable Jacques Josse qui enchaînes les parutions à un rythme de sprinter.
Il y va à fond, et avec entrain. Un gaillard.
Dans son dernier opus, rédigé très sobre sous une couverture de bouton d'or des bords de route, il rend hommage au coureur cycliste Marco Pantani, mort à trente-quatre ans d'une overdose.
Pantani, dit Il Pirata, c'était un sacré grimpeur au crâne chauve, avec bouc, un spécialiste des cotes alpines et pyrénéennes, un fils de pauvres brûlé dans l'ascension de sa propre existence au moment où le vélocipède devenait la grande foire télévisuelle que l'on sait, maquerellée par les chimistes et les cyniques tenants du spectacle et leurs commentateurs stupides comme des jantes.
Il avait décroché (débranché la prise), mais à l'instar de Maradona, il s'était esquinté.
Jacques Josse détaille en 98 moments cette vie agile et douloureuse qui s'est inscrite sur les murs du panthéon des sports, puisqu'on y souffre et qu'on y meurt aussi.


Jacques Josse Marco Pantani a débranché la prise. — Lille, La Contre-Allée, 128 pages, 14 €

jeudi 27 août 2015

Timbre-poste, par Émile Malespine

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Timbre-poste



J'AI
dans une enveloppe fantaisie
avec la date d'émission
toute une collection de timbres autentiques (1) la série complète des couleurs qui monte
l'escalier jusqu'au violet En diagonale dans le coin
où parfois au milieu du coeur l'encre noire
l'oblitère d'un morceau de deuil.

5 Centimes petite enfant tenu au bras de sa maman
fais un sourire au gros monsieur
sérieux qui croque
la pomme d'un coup d'oeil en ouvrant
l'oeil de la boîte noire à gros ventre
TU ne valais pas plus d'un sou, d'un petit sou
tu pleurais criais salissais tes doigts blanc de lait et ta robe blanche
en buvant du lait.
afin de ne pas dépasser 20 grammes de poids
maximum.
au-dessus de préjugés de toutes les personnes âgées
ou sinon
on retourne à l'envoyeur toutes les aspirations avec la surtaxe
attention
Timbre de quittance à cheveux gris
On t'a mis sur la tête une couronne
de lauriers décolorés chapelet de choses udées
qui tourne en rond au milieu des souvenirs d'un temps blond
où tout était bon
On va t'allonger sans façon au bas de la page
jeter sur la dale une date
signature sépulture
pour solde de tout compte.


(1) Sic (NdE).


Émile Malespine Mon âne a les quatre pieds blancs. — Lyon, Les Editions du Fleuve, 1926.

mercredi 26 août 2015

Lindon et les petits dessins

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Avant de devenir l'éditeur que l'on sait, Jérôme Lindon écrivait aux journaux.

Et en substance à Marianne (n° 222 du 20 janvier 1937) à propos de rébus.

On comprend mieux maintenant pour quelle raison Minuit n'a pas fait dans le noir.

Une question de rentabilité.

Vous n'irez pas dire que l'Alamblog ne vous informe pas en matière d'histoire de l'édition !

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