Le Bloc-notes de Lekti-ecriture.com

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mercredi, novembre 26 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (3/3)

Je l'avais souligné dans le texte précédent, les pirates qui mettent à disposition des internautes un certain nombre de « collections » ou de textes sur des sites privés ou semi-privés sont apparemment conscients de la fragilité du numérique, et cherchent à tout prix l'emploi des formats ouverts, qu'ils estiment « pérennes » dans le temps. Voilà une raison de plus de les comparer à des « conservateurs de bibliothèque », puisque ces derniers doivent veiller, s'assurer que « toute mesure de surveillance, de protection, de reproduction et de communication propre à préserver l’intégrité du document » soit prise (Extrait de La charte des bibliothèques adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques le 7 novembre 1991).

Or, assurer la conservation et la pérennité des documents, lorsqu’ils sont numériques, est une tâche difficile, voire impossible en l’état actuel des techniques. Je me souviens encore avoir posé la question, lors du colloque Livre 2010, en 2007, à Jean-Pierre Cendron, alors délégué à la stratégie pour le projet Gallica, à ce propos. Sa réponse, telle que consignée dans le compte-rendu de la table ronde, fut la suivante : Se plaçant sur le terrain de la conservation, Jean-Pierre Cendron a rappelé que contrairement au papier et au microfilm, nous ne connaissions pas, encore aujourd’hui, quelle pouvait être la pérennité du support numérique. (voir ici pour la source)

Une réponse honnête, qui sous-tend une réalité peu amène. Nous sommes en train de procéder à une numérisation massive de notre savoir, sans avoir la moindre idée des délais pendant lesquels notre patrimoine restera disponible, en raison même de la nature du numérique. Avec donc, un risque accru de perdre l’ensemble des savoirs, qui sont de plus en plus « numériques dès le départ » (photographies, films, audio, manuscrits d’auteurs et copies d’éditeurs, etc.). Ce risque immense de la page blanche, des savoirs perdus de manière irrémédiable en raison de la fragilité intrinsèque du support numérique, nous en voyons déjà parfois, timidement, les conséquences. Tel ou tel chercheur du CNRS ou d’un autre centre se plaint que la copie numérique qui a été confiée à l’INA (dont la mission principale est pourtant la conservation !) soit perdue. Cela arrive de plus en plus souvent…

En réalité, la fragilité du numérique est extrême, pour deux raisons principales :

  • l’extrême hétérogénéité des formats employés, souvent propriétaires, avec lesquels le savoir numérique est construit. Du côté du livre, par exemple, beaucoup d’éditeurs sont obligés de refaire les maquettes de leurs livres déjà composés il y a parfois cinq ans, mais sous des logiciels qui n’existent plus, ou dont la compatibilité avec les versions actuelles n’est qu’apparente. Il faut remercier ici des firmes telles que Quark ou Adobe, qui n’organisent aucune compatibilité ascendante entre leurs familles de produits, qu’il s’agisse respectivement de Quark ou Indesign. Et quelle différence, de ce point de vue, avec les méthodes employées par bien des éditeurs scientifiques ou techniques, notamment anglo-saxons, qui s’appuient au moment de composer leurs livres sur des standards ouverts et cohérents tels que LaTex, ce qui leur permet de reprendre leurs épreuves plus de vingt ans après, sans aucun souci…
  • Le numérique est également fragile en raison de la nature des supports. Que cela soit l’optique (CD-ROM, etc), ou les supports magnétiques tels que les disques durs, il s’agit d’éléments extrêmement fragiles, prompts à s’effacer rapidement, et pas seulement de manière intentionnelle. Pour parer à cela, il n’existe qu’un moyen : la duplication, que l’on voudrait (presque) à l’infini, en permanence, pour s’assurer que sur dix baies remplies de disques durs contenant les mêmes données, dans quinze ans, il existe au moins un disque dur qui fonctionne encore et contienne les éléments qu’il a fallu conserver un jour. Un marché s’est donc fortement développé ces dernières années, celui du stockage. Avec un coût extraordinaire pour les bibliothèques. Mais cela, les équipes de Gallica ou de la British Library le savent bien que moi, eux qui doivent sans cesse, chaque jour, organiser des « stratégies » de réplication des données, lancer des appels d’offre pour obtenir, chaque jour, toujours plus de pétaoctets de stockage…

Mais ce qu’une Bibliothèque patrimoniale peut envisager, en matière d’efforts financiers pour pérenniser le savoir numérique, et sans pour autant obtenir des certitudes, aucune autre structure ne peut le faire.

Le risque de la page blanche, d’un effacement partiel ou total du savoir conservé sous forme numérique, est donc bien réel.

Numériser N’EST PAS conserver.

En réalité, la seule issue, compte tenu de la fragilité du support numérique, reste de disséminer le savoir numérique. Et c’est là où les « groupes de pirates », qui échangent sans cesse leurs fichiers (textes, vidéos...) en essayant de conserver l’accès à leurs fichiers le plus longtemps possible, jouent un rôle majeur. Étant donné qu’ils ont tendance (du moins, pour certains groupes privés ou semi-privés, via le protocole Bitorrent), à archiver, organiser des collections sous des formats ouverts, à les diffuser sur des milliers de machines qui restent éloignées les unes des autres, physiquement, ils accentuent les chances d’éviter ce risque fou d’une « page blanche », au niveau du savoir numérique.

Il existe donc là un vrai paradoxe : les pirates qui bafouent, violent chaque jour les législations sur le droit d’auteur et le Copyright sont peut-être, en même temps, la seule chance de survie du savoir numérique. Et il est plausible d’imaginer qu’un jour, pas si lointain, certains auteurs, éditeurs ou producteurs, aillent chercher la seule copie encore existante de leur travail auprès des pirates. Voilà encore le pourquoi du titre, qui semble provocateur : « portrait du pirate en conservateur de bibliothèque ». Le but n’est pas de donner une image idyllique du « pirate » sur Internet, puisqu’il enfreint de manière systématique les lois sur le droit d’auteur, mais de mettre en relief certaines réalités qu’il semble absurde d’ignorer plus longtemps…

samedi, novembre 22 2008

Peut-on critiquer librement l'Internet ?

Internet rassemble un certain nombre de techniques liées aux technologies des réseaux et de l'informatique.

Par nature, comme toute technique, Internet est « neutre ». En revanche, les usages d'une technique, par un groupe humain ou un individu, ne le sont jamais.
André Leroi-Gourhan a consigné ces éléments dans des livres qui demeurent précieux. Un bistouri, qui est en lui-même un outil déjà très évolué, peut être une chance s'il est mis entre les mains d'un chirurgien adroit qui peut sauver des vies avec cet outil, en même temps qu'il peut être un outil létal, qui porte un coup fatal à un homme dans la rue.

Il en est de même pour l'Internet : l'ensemble des techniques liées à ce que nous appelons l'Internet peut être une chance pour l'homme, un outil d'émancipation, notamment par sa capacité à mettre le savoir à disposition d'une majorité d'hommes et de femmes, en même temps que l'Internet peut être un outil très performant de contrôle et de surveillance des hommes, d'assujettissement extrême.

Or, il semble qu'il soit de plus en plus difficile d'exercer une capacité critique à l'égard de l'Internet et des technologies liées au numérique. La tendance actuelle est d'affirmer — comme le fait en ce moment chaque jour Eric Besson, chargé dans le gouvernement Fillon de la fonction de « secrétaire d’Etat chargé de la Prospective, de l’Evaluation des politiques publiques et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre » (ouf) — qu'Internet est un outil extraordinaire, démocratique, ouvert vers les autres. Il n'est nullement besoin d'interroger les usages et les modèles économiques et sociaux des grands acteurs de l'Internet. D'où ce plan formidable, « France numérique 2012 », présenté en octobre dernier par le gouvernement français.



De manière générale, tout discours critique envers les usages et les pratiques de l'Internet est exclu et le plus souvent, les quelques personnes qui se risquent à critiquer l'outil Internet sont rabrouées de manière souvent violente avec un argument unique et définitif : « vous n'acceptez pas l'évolution, vous êtes rétrograde. »

Tout individu qui se risque désormais à s'interroger, voire pire, c'est-à-dire critiquer, l'évolution des usages ou les acteurs de l'Internet, et les problématiques liées à la « révolution numérique », semble devoir être voué aux gémonies.

Nous disposons désormais de véritables « chiens de garde », au sens où employait ce terme Paul Nizan, dans un texte majeur écrit en 1932 qui s'assurent, bien à l'abri du haut de leur tour de verre numérique, en verre dépoli, que toute réflexion critique envers les usages et les acteurs de l'Internet, ne puisse aboutir.

En réalité, nous n'avons jamais eu tant besoin d'un regard critique envers l'Internet et le numérique.

Parce qu'il est nécessaire de s'interroger sur les modèles sociaux qu'entraîne la montée en puissance de l'économie numérique, basée le plus souvent sur l'association entre des informaticiens et des cadres bien payés, intéressés aux bénéfices par le biais de Stock options, une masse laborieuse pour la logistique, recrutée en contrats précaires, qui travaille dans de vastes entrepôts dont nous ne savons pas grand chose, hors leur existence, des plate-formes d'appel situées dans des pays pauvres (ou marqués comme étant « en développement »), et des « petites mains » chargées du référencement des grands sites Internet, à Madagascar ou ailleurs, avec des salaires que l'on peut qualifier d'indécents.

Parce qu'il est tout aussi essentiel d'interroger les pratiques des grandes firmes de l'Internet, dont assez peu (pour ne pas dire aucune), ne respecte des droits élémentaires liés à la confidentialité ou à la vie privée (voir les passes d'armes, depuis deux ans, par exemple, entre Google et l'Union Européenne en la matière).

Parce qu'il est vital de poser certaines questions élémentaires sur l'utilisation des contenus générés par les utilisateurs, qui deviennent la propriété (presque) exclusive de grandes firmes sans que les individus en soient la plupart du temps informés (voir dans ce cas l'exemple de la réutilisation des données d'un cite comme Cityvox, vendues et exploitées par Google dans le cadre de l'accord Cityvox-Google Maps).

Parce qu'au moment où d'immenses chantiers de numérisation des « contenus », que cela soit du texte, du son ou de la vidéo, s'ouvrent, aucune réflexion n'est portée sur des enjeux majeurs, tels que la pérennité des formats numériques.

Tout ceci, et bien d'autres choses encore, mérite des interrogations approfondies. D'où la mise en place d'une nouvelle catégorie sur le bloc-notes Lekti-ecriture.com, intitulée « Internet, espace critique », destinée à accueillir certains textes publiés dans les prochaines semaines.

samedi, octobre 4 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (1/3)

Le titre de ce billet peut paraître provocateur.

Il l'est certainement, mais il correspond à une réalité dont on parle peu, une réalité qui émerge encore à peine, mais dont les conséquences paraissent immenses, du point de vue du droit d'auteur, de l'économie de l'ensemble de la chaîne du livre, et des problèmes de conservation et du partage du savoir à l'ère du numérique.

Beaucoup d'entre vous ont certainement entendu parler du protocole Bittorrent, réseau Peer to peer (pairs à pairs en bon français) qui s'est nettement développé depuis deux ou trois ans, surtout depuis le « flicage » du réseau eDonkey, et des clients utilisés pour y accéder, dont le plus important est évidemment Emule.

Emule est en perte de vitesse, mais les réseaux Peer to peer liés au protocole Bittorrent n'ont jamais été aussi actifs. En témoignent certains sites de partage liés à Bittorrent, qui présentent la plupart du temps des contenus encore sous droit, et font partie des cent sites les plus visités au monde, selon le baromètre annuel Google. Mininova est entré ainsi en 2007 au rang 97 concernant le nombre de visiteurs, selon les données qui proviennent d'Alexa, alors que d'autres sites de partage Bittorrent qui proposent (presque) uniquement des contenus encore sous droit figurent dans le top 500 des sites les plus visités : c'est le cas pour ThePirateBay, toujours très populaire, Torrentz ou encore Demonoïd. Et, comme je l'ai signalé, ces sites de partage sont uniquement constitués de contenus sous droit.

Je ne vais pas parler de la musique ou du cinéma, je vais me contenter de parler des contenus textes et images. Et là, la surprise est immense : certains catalogues d'éditeurs sont totalement mis à la disposition des internautes. C'est le cas, tout particulièrement, pour les ouvrages scientifiques et techniques. Ainsi, il est très facile de rapatrier en quelques heures sur son disque dur l'ensemble ou presque du catalogue des éditions O'Reilly, un éditeur particulièrement réputé, spécialisé aux États-Unis et en Europe dans la publication de livres techniques. À portée de clics et en quelques heures, c'est près de quatre cent livres de cet éditeur que l'on peut voir apparaître sur son écran d'ordinateur.

À partir de ce moment-là, le doute apparaît à l'esprit : comment les éditions O'Reilly arrivent-elles encore à vendre des livres, puisque certains, tels que Denis Olivennes, auteur du rapport éponyme, nous apprennent que la piraterie est responsable de la crise actuelle, en ce qui concerne l'industrie musicale et cinématographique ? Si l'on suit le cheminement de la pensée de Denis Olivennes, les éditions O'Reilly, piratées de manière massive, auraient déjà du déposer le bilan. Or, ce n'est pas le cas. Pire encore, le fondateur des éditions O'Reilly, le très respecté Tim O'Reilly, inventeur de la célèbre formule « Web 2.0 », affirme depuis quatre ans que la piraterie, en ce qui concerne ses livres, n'est pas un problème, et parfois même représente un vecteur de vente de livres physiques (voir le lien suivant, un article qui a fait sensation au moment de sa parution, pour plus de détails : http://www.openp2p.com/pub/a/p2p/2002/12/11/piracy.html).

Apparemment, le lien qui paraît évident aux yeux de certains, entre la piraterie et la crise des industries dont la dématérialisation est rendue possible, n'est pas si évident.

Mais tout ceci n'est guère nouveau : la piraterie, en ce qui concerne les livres techniques, notamment ceux qui touchent l'informatique, est un phénomène assez ancien.
Ce qui est plus récent, en revanche, est l'extension du phénomène aux livres de sciences humaines et de littérature, et à la bande dessinée. La mise à disposition de livres numérisés, dans ce dernier cas, n'est pas forcément apparent sur des grands sites de partage Torrent, tels que The Pirate Bay ou Mininova. Ils sont le fait de sites moins visibles, sur lesquels il n'est possible d'accéder que sur invitation d'un membre, et le nombre mais également la qualité des livres numérisés par ces petites équipes est proprement impressionnant. Parmi tous ces livres, certains n'ont pas été scannés par les petites équipes liées à un site de partage Bittorrent. Il peut s'agir, tout simplement, de copies de PDF d'imprimeurs, facilement reconnaissables par la présence des traits de coupe.
Il n'est pas très difficile, par exemple, de récupérer en ce moment sur certains sites, l'ensemble ou presque des " Very short introduction ", collection de référence d'Oxford University Press, équivalente aux Que Sais-je? publiés par les PUF, soit près de 1 300 titres.
Les éditeurs français, selon les affirmations récentes de certains, pensent être à l'abri du phénomène. Je ne voudrais pas être un facteur d'inquiétude, mais voilà, parmi tant d'exemples, certaines listes de livres qu'il m'a été possible de voir sur certains sites Internet Torrent de partage :

  • L'ensemble de l'œuvre de Jacques Derrida, notamment ses livres publiés chez Gallimard et chez Gallilée.
  • La totalité des ouvrages de Gilles Deleuze publiés aux éditions de Minuit.
  • Une partie de la collection Bibliothèque des Sciences humaines, publiée chez Gallimard, notamment certains ouvrages anciens, non réédités.
  • L'abécédaire de Gilles Deleuze publié par les éditions Montparnasse.
  • Bien des livres d'informatique et de bricolage publiés par les éditions Eyrolles.
  • Beaucoup de livres de chez Librio, que cela soit ceux de michel houellebecq, de Franz Kafka, et cetera.
  • L'ensemble des livres de Bernard Werber, de Frédéric Beigbeder, ou encore d'Amélie Nothomb.

Ce ne sont là que quelques exemples, pris au hasard, mais qui témoignent de la diversité, et de la vitalité de ces petites équipes, souvent composées de seulement de quelques dizaines de membres, qui décident de numériser et de mettre à disposition ces livres au format numérique, directement sur l'Internet.

Encore plus étonnant : à partir des éléments ci-dessus, il serait assez facile de considérer qu'il s'agit de simples pirates qui contournent la législation sur le droit d'auteur, mettent à mal (c'est une hypothèse) la pérennité économique des éditeurs, dont la condamnation par les tribunaux serait éminemment souhaitable.
La réalité n'est pas si simple... En effet, ces petits groupes se comportent, ont des réflexes de bibliothécaires : ils classent les livres en fonction de leur pertinence, créent des dossiers de manière élaborée, et il est difficile de considérer qu'il s'agit simplement de groupes d'activistes qui veulent « mettre à bas le système capitaliste ». Bien au contraire, ces groupes semblent considérer les livres en fonction de leurs qualités intrinsèques, non pas en fonction de leur valeur commerciale. Ainsi, certains sites Internet de partage, privés, mettent à disposition de leurs membres des ensembles dédiés par exemple à l'étude de la Turquie, de l'Égypte, qui vont rassembler « le meilleur » de la littérature historique, géographique, sociologique, par rapport à ces États, écrits depuis un siècle. Ces pirates-là ont des réflexes innés (je doute que tous aient suivi des cursus universitaires de documentalistes), de bibliothécaires qui trient, classent, référencent, avant de mettre à disposition toute cette matière sur Internet.
Il manque des sociologues pour étudier ce phénomène, dont la portée paraît considérable, en même temps qu'il est nécessaire que les éditeurs réfléchissent à ce phénomène, inéluctable dans la mesure où il suffit d'une copie papier pour que ces groupes diffusent le livre dans sa forme numérique, la plupart du temps avec une qualité bien supérieure à celle offerte par Google Recherche de Livres ou le projet Gallica de la Bibliothèque Nationale de France.

Ce billet aura certainement une suite.
Parce que ce phénomène paraît très important, qu'il ne sert à rien d'éluder le sujet, bien que je craigne qu'il ne soit sujet à de trop violentes polémiques.

N.B. : je n'ai cité dans ce billet aucun « groupe » ou site Internet privé de partage de fichiers, afin qu'il ne me soit pas reproché de faire l'apologie du piratage. Je n'ai pas non plus abordé à dessein le phénomène de numérisation par certains groupes de la presse nationale, quotidienne ou hebdomadaire. Il est par exemple désormais très facile de « récupérer » sur certains sites Internet, jour après jour, une copie du Monde, qui a été numérisée, et chaque semaine, un exemplaire du Canard Enchaîné, de Courrier International ou de Marianne.

mercredi, septembre 3 2008

La Free Software Foundation fête ses 25 ans !

La Free Software Foundation (en français, Fondation pour le Logiciel Libre) fête ces jours-ci ses vingt-cinq ans. Il est certainement utile de rappeler ici, en quelques phrases, le rôle majeur de la Fondation pour le Logiciel Libre, dirigée par la figure charismatique de Richard Stallman, dans l'évolution de notre environnement de vie. Sans la rédaction de la licence GNU, licence dite des « logiciels libres » ou « Free software », le mot Free signifiant avant tout libre, et non pas seulement gratuit, le système d'exploitation libre GNU/Linux n'existerait pas, mais l'ensemble du mouvement pour les archives ouvertes, qui nous permet chaque jour de lire des thèses et documents d'une grande valeur, que l'on soit sociologue ou mathématicien, n'aurait certainement pas pu le jour. Pas plus que l'ensemble des sites Internet littéraires, qui utilisent des systèmes de gestion de contenus tels que SPIP, diffusé sous licence GNU. Les licences Creative Commons n'auraient également pas été imaginées sans le travail préparatoire effectué par la FSF. Notre dette à l'égard de la Free Software Foundation (FSF) est immense, bien au-delà de ce que nous imaginons souvent. Pour fêter avec dignité cet anniversaire, la Free Software Foundation nous invite à regarder un film de l'acteur, nouvelliste et metteur en scène Stephen Fry. Cette vidéo de Stephen Fry, en anglais mais bientôt traduite en français, nous invite à reconsidérer nos positions par rapport aux logiciels propriétaires, avec beaucoup d'humour.

Cliquez ici pour rejoindre le site Internet de la Free Software Foundation et regarder la vidéo de Stephen Fry.

jeudi, août 14 2008

« La dématérialisation du livre, c'est sa fragmentation »

Présentant son ''Rapport sur le livre numérique'' lors des Assises du livre numérique, Bruno Patino eut une phrase lourde de sens : « La dématérialisation du livre, c’est avant tout sa fragmentation ». L’analyste aux airs de jeune premier mit ainsi fort judicieusement le doigt sur l’un des effets les plus étranges de l’environnement numérique : la mise en cause des unités qui avaient jusqu’ici cours dans le monde du livre et le développement de services présentant de façon isolée ce qui est traditionnement regroupé. Ce raisonnement est vrai tant des contenants (et notamment des livres électroniques qui ne proposent qu’une offre éditoriale partielle en signant des contrats d’exclusivité avec organes de presse ou éditeurs) que des contenus (avec la mise en place de DOI à qui nous avons récemment consacré un billet).

Cet identifiant, se situant à une autre échelle que le livre tel que nous le connaissons, permet en effet de constituer des unités logiques regroupant plusieurs livres (série, collection…) ou, à l’inverse, d’isoler les parties constitutives d’un livre afin de les proposer à la vente. À l’aide de cet outil, les bases de données comme Electre ou les librairies en ligne comme Amazon pourront opérer dans un cadre qui ne sera plus normé par un ISBN, qui fait de la publication la seule unité viable, ce qui pose un problème tout juste esquissé par les rares personnes s’intéressant au sujet : brouillant les frontières existant entre livre et document, les DOI tendent à confondre plus qu’à distinguer ce qui relève du fait d’une publication (faire paraître un écrit possédant un sens et une unité) et de la constitution d’un système d’information (permettre l’accès à un ensemble de données quel que soit leur mode d’organisation et de diffusion).

Au regard de cet identifiant, le livre ne fait plus pleinement sens : la reliure, et plus largement tout ce qui vient conférer une unité à la « liasse » de papier, n’est plus que l’un des modes de présentation d’écrits se prêtant à d’autres configurations en fonction des attentes de ceux qui se les approprient. L’usage pourrait à l’avenir définir la forme que prend la publication : celle-ci pourrait être organisée de manière linéaire afin de répondre à une volonté « d’immersion » propre à la fiction, de manière fragmentaire afin de s’inscrire dans une lecture proche du « picorage » ou de la consultation, de manière transversale afin de constituer un itinéraire au sein d’un ensemble d’écrits d’ores et déjà constitué… La lecture prendrait alors presque le dessus sur l’imprimé en décidant non seulement de la valeur qu’il s’agit de lui prêter mais également de la forme qu’adopterait l’objet auquel elle entend se consacrer.

Dans le cadre de ce livre « fragmenté », l’auteur et l’éditeur deviendraient des pourvoyeurs de données susceptibles d’être assemblés selon des modes qu’ils se devraient de tenter d’imaginer. Faut-il dès lors craindre la généralisation du « digest », de la publication d’œuvres ramenées à un ensemble de morceaux de bravoure, et rester méfiant envers une technologie qui institutionnalise les pratiques de zapping et de « collage » qui sont, selon Jean Caune, au fondement d’une démocratisation culturelle et d’une diffusion moins encadrée des œuvres de l’esprit ? Faut-il à l’inverse considérer ces craintes comme des cris d’orfraies faisant fi des libertés du lecteur (au premier rang desquelles figurent, selon Daniel Pennac, les droits de « sauter des pages » et de « grappiller ») et négligeant les complexités de pratiques de lecture que Michel de Certeau compare à un « braconnage » inventant continuellement les usages d’un livre restant à « habiter » ?

Quelle que soit la position de chacun, force est de constater que l’usage du DOI pose problème et que cet identifiant qui prendra prochainement place à côté de l’ISBN esquisse pour le livre de nouvelles fonctions et pour ceux qui le produisent et le commercialisent de nouvelles missions. Le « bloc-note » et la librairie Lekti entendent les cerner au mieux.

mardi, juin 3 2008

Lekti-ecriture.com rejoint l'AFUL

Lekti-ecriture.com est devenu hier officiellement membre de l'AFUL ([Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des logiciels libres).

Avec une envie, celle de promouvoir l'utilisation de standards et et l'interopérabilité au niveau du monde du livre, qui connaît souvent (trop) mal l'ambition et la philosophie du logiciel libre.

Au moment où les bibliothèques, patrimoniales ou locales, sont approchées par de nombreux groupes qui souhaitent leur vendre leur solution de numérisation de livres, à l'instant où de nombreux éditeurs et/ou libraires choisissent, par méconnaissance, des solutions « fermées » de diffusion de livres numériques, verrouillées par des DRM, aussi inefficaces du point de vue de la protection des œuvres, que dangereuses dans leurs conceptions (une œuvre, dans un système fermé tel que celui proposé par la plupart des plate-formes de téléchargement de livres, qu'elles s'appellent ebookstore de Sony, Numilog ou Amazon Kindle, devient un objet qu'il faut protéger contre sa diffusion), il paraissait nécessaire de s'associer aux groupes de travail de l'AFUL, et de dessiner des ponts entre l'univers du livre et celui du logiciel libre, deux écosystèmes qui se connaissent décidément trop mal, et qui auraient intérêt à travailler ensemble, afin de dessiner les esquisses de nouveaux moyens de diffusion pour les œuvres de l'esprit.

Pour en savoir plus, quelques liens :

Le site officiel de l'AFUL.

Le site ressource Eucd.info, édité par l'APRIL, autre association francophone de promotion du logiciel libre.

DefectiveByDesign, le site (en anglais), de la campagne de la Free Software Foundation contre les DRM.

samedi, mai 3 2008

Retard

L'ouverture de la librairie générale Lekti-ecriture.com était prévue au cours du mois d'avril 2008. Nous sommes au début du mois de juin, et trois semaines de retard dans les dates initialement prévues doivent être prévues.

Nulle inquiétude en cela. Simplement, le mois d'avril a été une période dense, au niveau de Lekti-ecriture.com, et certains dossiers interprofessionnels (notamment celui des frais postaux pour les libraires et les éditeurs), nous ont éloigné quelques temps du projet de mise en place de la librairie Lekti-ecriture.com.

Par ailleurs, nous avons voulu, au moment de lancer la librairie générale, libérer le logiciel libre que nous avons conçu en partenariat avec la société No Parking (Lille, France), à partir du logiciel libre Drupal, et le mettre à la disposition des groupements d'éditeurs, librairies, auteurs et bibliothécaires, afin de leur permettre de construire leur projet. Nous sommes donc en train de préparer cette libération, et l'ensemble des modules Dupal développés au cours des derniers mois seront disponibles, en libre accès, sur drupal.org, d'ici quelques semaines.

Nous espérons être en mesure de construire une communauté autour de ce logiciel libre, afin de développer certaines fonctionnalités, de promouvoir l'utilisation de Drupal en tant que logiciel libre prompt, nous l'avons voulu ainsi, à répondre aux attentes des auteurs, éditeurs, libraires et communautés de lecteurs. Un logiciel libre également apte à vendre des textes dématérialisés, quelques soient leurs formats. Un logiciel libre pour que pour que les gens du livre puissent avoir des outils techniques puissants qui leur permettent de s'organiser de manière efficace. Le logiciel libre Drupal, malheureusement moins connu en France que dans les pays anglo-saxons, bénéficie d'une communauté de développeurs particulièrement impressionnante, rigoureux dans leur travail, et d'une architecture très souple, particulièrement modulaire, apte à répondre à des besoins assez différents, qui pourraient être ceux de groupements de librairies, d'éditeurs, d'auteurs et de libraires.

Lekti-ecriture.com a rejoint l'AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres) cette semaine. Avec l'envie de promouvoir le logiciel libre au sein du monde du livre, notamment au moment où les bibliothèques publiques décident de numériser en masse leur fonds, en privilégiant les formats propriétaires et les DRM, ces fameux verrous numériques, ce qui ne cesse d'inquiéter tous ceux qui se préoccupent de maintenir certaines libertés fondamentales, notamment celle d'un accès au savoir.

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