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dimanche, février 21 2010

La précarité dans le monde de l'édition vue par Brat

BRAT, serial stagiaire comme il en existe beaucoup dans le monde de l’édition, nous fait partager dans un portfolio publié sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com, et qui devrait s’étoffer au cours du temps, ses dessins qui parlent avec beaucoup d’humour de la précarité dans le monde de l’édition, auquel on prête sans doute beaucoup trop de vertus…

Ce porfolio est visible sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com :
cliquez ici pour découvrir le travail de Brat.

mercredi, mars 18 2009

Les libraires de Montauban : poétiques forces de l'ordre

L’Association des Libraires de Montauban et leurs amis, à laquelle nous avons déjà consacré un article, ne rend pas les armes ! Afin de célébrer le printemps des poètes, celle-ci a en effet constitué une véritable brigade menant une opération intitulée « Les 7 PV capitaux ». Furent ainsi distribuées d’étranges contraventions aux automobilistes présents au centre-ville qui, furent-ils en règle quant au stationnement de leurs véhicules, tombèrent sous le coup d’une implacable sanction : la lecture à haute voix du poème inscrit au verso du « papillon » et la cordiale invitation à compléter sa collection de PV en faisant le tour des 7 librairies indépendantes de la ville. Là, l’innocent contrevenant s’est vu adressé une nouvelle peine car, ainsi que le déclare Hugues Dedit dans le reportage que France 3 consacre à l’événement : « On peut verbaliser les clients parce qu’ils achètent peu de livres, parce qu’ils achètent beaucoup de livres, parce qu’ils achètent des livres petits ou des livres épais. Tout est bon à verbalisation ». Ce parfait arbitraire est parfaitement incarné, dans un autre reportage, par une Danielle Deloche qui, coiffée d’un képi et vêtue d’une capeline, invite l’un de ses clients à clamer à haute voix le contenu de la contredanse, et si le cœur lui en a dit à en établir une puisque les librairies se proposent de collecter les poèmes de quiconque souhaite de la sorte s’exprimer.

Le thème de ce 11e Printemps des poètes (« l’humour ») fut ainsi l’occasion de rencontres complices avec une population découvrant tout autrement, dans ce même reportage, un Jacques Griffault (« Le Scribe ») ou Maurice Baux (« Baux livres ») qui n’imaginaient sans doute pas qu’embrasser le commerce du livre les mèneraient à intégrer de fantasques forces de l’ordre : nous sommes ici bien loin d’une librairie indépendante empreinte de l’esprit de sérieux qu’arbore trop souvent la défense du livre et de ses métiers. Incarner une maréchaussée faisant montre d’une tendre autorité (« Ne verbalisez pas sous mon tendre essuie-glace / Aujourd’hui, je remplace un manche au pied levé / Ce quatrain séducteur palliera le pévé », comme écrit sur l’amende signée par Guy Reydellet) permet ainsi d’inaugurer un autre mode d’action culturel et de s’inscrire dans un dispositif inverse de celui des lectures ou des animations conviant un public à se rassembler autour de la parole d’un auteur ou d’un éditeur. Ce choix est d’autant plus réfléchi que les libraires de l’ALMA disposent en ce domaine d’un réel savoir-faire (les Rencontres du Scribe ont par exemple convié plus de 50 personnalités en un peu plus de 4 ans) qui semble aujourd’hui, selon madame Deloche, ne plus faire pleinement recette.

Baisse de fréquentation de ces « rencontres », complexité des dossiers de subventions : face à la désaffection d’une librairie pensée comme espace d’hospitalité, choix est ainsi fait d’une librairie « hors les murs », soucieuse d’intervenir au sein de l’espace public et s’inscrivant ainsi dans la droite lignée de l’action d’une Association des Libraires de Montauban et leurs amis fondée afin de lutter contre l’implantation d’un Espace culturel Leclerc en plein centre-ville. Pétitions, interventions auprès de la municipalité et organisation d’une « parade littéraire » emmenant les habitants « d’une librairie l’autre », permirent de mettre en évidence le maillage culturel existant au sein de cette ville moyenne et de démontrer que celle-ci ne ressemble en rien au « désert culturel » auquel Michel-Edouard Leclerc entend prétendument porter secours à travers ses magasins. Démontrer sa vitalité, sa diversité et désormais son humour : tels furent les réponses d’une librairie indépendante quelque peu ignorée par les pouvoirs publics, tant au niveau de la région que de la profession, et ce depuis la création d’une ALMA dont le mode opératoire semble entrer en contradiction avec les politiques publiques du livre. Les subventions accordées par le Centre National du Livre visent en effet principalement la mise en valeur du fonds de la librairie, alors que le Syndicat de la Librairie Française ou l’Association pour le DEveloppement de la Librairie de Création entendent aider toutes sortes d’aménagement et d’extensions (y compris numériques).

Quel que soit le caractère louable de ces actions, force est de constater que celles-ci s’organisent autour d’un commerce pensé comme « un espace de théâtralité du livre dans lequel les libraires développent divers moyens de mettre en scène physiquement les livres ayant reçu leur approbation » (comme expliqué à la page 491 d’une Histoire de la librairie française récemment publiée au Cercle de la librairie). L’article signé par Elise Henry et Frédérique Leblanc (« Reconnaissance sociale et professionnelle du métier de libraire ») met ainsi l’accent sur un « devenir spectaculaire » du métier de libraire, que ce soit en retenant l’hypothèse que le numérique ne peut qu’accentuer cette tendance ou en s’achevant sur l’évocation « des manifestations organisées (salon du livre, « Lire en fête », forum et journées de réflexion, etc.) pour garantir leur pérennité » (Idem, p. 493). Ce faisant, ces propos esquissent un paradoxe : la « reconnaissance » du libraire passe par un repli sur les « compétences de sélection des textes et de connaissances bibliographiques » (Idem, p. 491) ou de « manière de présenter et faire découvrir aux clients/lecteurs un patrimoine culturel » (Idem, p. 492) mais nullement par une capacité à s’imposer au sein d’un espace urbain qui s’enorgueillit pourtant (telle la mairie de Montauban) du dynamisme culturel de son centre-ville. Faisant le choix d’une tout autre « théâtralité » en singeant des forces de l’ordre battant le pavé à coup de « pévés » et en démontrant leur capacité à instaurer des liens autour de la Place Nationale, les libraires de Montauban posent ainsi un problème que peu semblent pleinement cerner.

mardi, janvier 20 2009

« L'autofictif », Eric Chevillard

L'autofictif, Eric Chevillard« En septembre 2007, sans autre intention que de me distraire d’un roman en cours d’écriture, j’ai ouvert un blog, quel vilain mot, j’ai donc ouvert un vilain blog et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l’autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie. Rapidement j’ai pris goût, et même un goût extrême, à cet exercice quotidien d’intervention dans le deuxième monde que constitue aujourd’hui Internet et à ces petites écritures absolument libres de toute injonction. Mon identité de diariste est ici fluctuante, trompeuse, protéiforme. Je me considère à mon tour comme un personnage, je bascule entièrement dans mes univers de fiction où se rencontre aussi, non moins chimérique, le réel. Je ne m’y interdis rien, c’est le principe, ni la sincérité ni la mauvaise foi, ni même à l’occasion l’assassinat. Ces pages pourront être lues ainsi comme la chronique nerveuse ou énervée d’une vie dans la tension particulière de chaque jour. »

Éric Chevillard

Venant de paraître, ce livre est disponible à la vente sur l’espace éditeur des éditions L’Arbre vengeur, avec en prime quelques pages à feuilleter (cliquez ici pour rejoindre la fiche de présentation du livre), ou sur la librairie Lekti-ecriture.com.

samedi, décembre 6 2008

Places de marché sur Internet : la mise en concurrence de « tous contre tous », l'appauvrissement de « tous par tous »

Ebay, PriceMinister, Amazon MarketPlace et quelques autres. De grands noms plein de promesses pour les consommateurs : des endroits d’une richesse extrême, qui laissent présumer qu’il est possible d’acheter un ou plusieurs éléments auprès de vendeurs, particuliers ou professionnels à des prix particulièrement bas.

Si la crise touche lourdement tous les secteurs, y compris celui du livre, ces sites Internet là sont naturellement protégés. Les analystes financiers ne s’y trompent guère, d’ailleurs, puisqu’ils estiment tous, de manière unanime (à l’exception d’Ebay « plombé » par des problèmes liés la direction actuelle), que ces sites Internet, qui disposent d’une large « place de marché », seront certainement ceux qui vont particulièrement bien résister à la crise générale économique dont nous ne connaissons certainement que les balbutiements.

Pourquoi ?

Si les ménages s’appauvrissent, ils vont être obligés de vendre leurs biens, à commencer par les CD, les DVD et les livres qui constituent leurs bibliothèques et leurs médiathèques personnelles. Les ventes vont se faire sur des moyennes qui s’affaissent au cours des semaines, de manière très nette. Parce que les plus pauvres n’auront pas le temps d’attendre que leurs CD, DVD ou leurs livres soient vendus à des prix plus élevés. Et dans un contexte de crise profonde, tel que celui dans lequel nous sommes plongés, il existera toujours quelqu’un de plus pauvre, de plus endetté, pour accepter qu’un livre ou un DVD soit vendu à un prix dérisoire. Dans le sillage de ce phénomène, les vendeurs professionnels, notamment les bouquinistes qui utilisent largement ces places de marché, seront eux aussi obligés de « s’aligner à la baisse », et de vendre toujours moins cher les livres dont ils disposent. Les bouquinistes, dont on ne parle jamais lorsqu’il s’agit du livre, jouent un rôle majeur dans la circulation du savoir, dans nos sociétés européennes. Leur situation n’a jamais été aussi fragilisée par la concurrence qu’ils subissent de la part des franges les plus pauvres de notre société, accablés par les dettes, et prêts à mettre en vente leurs livres à des prix modiques.

Seule constante dans tout cela : les marges sur les ventes, prises par les grandes places de marché, notamment Amazon ou Priceminister, ne vont guère évoluer à la baisse. Elles ont même tendance à augmenter régulièrement depuis plusieurs années. Pierre Kosciusko-Morizet (oui, il s’agit bien du frère de Nathalie Geneviève Marie Kosciusko-Morizet, actuelle secrétaire d’État chargée de l’écologie dans le gouvernement Fillon), PDG de PriceMinister, sait d’ailleurs très bien la période de crise profonde qui s’annonce lui est favorable. En témoigne le sous-titre de son interview accordée au Journal du Net en novembre dernier : Pour les meilleurs, la crise va être très profitable, indique-t-il. Toujours selon la même source, PriceMinister vise 30% de croissance en 2009, et surinvestit en communication, tout azimut, comme en témoigne les campagnes massives d’affichage dans le métro parisien. Puisque c'est « pendant les crises qu'on peut prendre des parts de marché ».

Les places de marché témoignent d’une très bonne presse auprès du public le plus large possible : reste que cette mise en concurrence de « tous contre tous », professionnels contre particuliers, particuliers pauvres contre d’autres plus pauvres encore, sur ces espaces, signifient avant tout « l’appauvrissment de tous par tous ». Il serait utile de commencer à s’en rendre compte.

samedi, avril 5 2008

Blogs littéraires

Il est rare, sur le bloc-notes de Lekti-ecriture.com, que nous signalions l'apparition de nouveaux blogs littéraires. L'exception arrive ce jour, où il est agréable de signaler la présence de deux blogs littéraires d'une très grande tenue, bien que très différents.

  • Radio Zonzon, tout d'abord. Ce blog se présente comme un blog satirique de l'édition. Pour l'instant, nous ne sommes pas à même de déterminer (nous aimerions pourtant le savoir, et nous espérons le découvrir prochainement) quel est l'homme ou la femme (ou le collectif ?) qui se cache derrière cette entité. Reste que ceux qui tiennent ce blog sont très au fait de l'actualité de livre, et il est difficile de croire qu'il ne s'agit pas de professionnels. L'actualité de la vie du livre en France est traitée sous un angle décalé, décapant, satirique, mordant, souvent juste et plein d'intelligence. Radiozonzon est au livre ce que Le Canard Enchaîné est au monde politique. Nous invitons les internautes à découvrir cet espace à l'adresse suivante : http://radiozonzon.blogspot.com/.
  • William Irigoyen, bien connu des lecteurs qui écoutent les informations d'Arte à 19h45 - un journal toujours d'une très grande qualité, et il faut en remercier l'ensemble de la rédaction -, puisqu'il les présente une semaine sur deux, vient d'ouvrir un blog littéraire sur Arte.info. William Irigoyen nous invite à découvrir certains livres, lus, commentés avec beaucoup d'attention et le désir de faire partager ses découvertes. Vous pouvez retrouver le blog littéraire de William Irigoyen à cette adresse : http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume.

Nous souhaitons une longue route à ces deux espaces, qui nous permettent de suivre l'actualité littéraire.

mardi, octobre 30 2007

Les incertitudes du cipM - Réseau de solidarités

Avertis par André Chabin et Entr'revues, nous reproduisons ci-dessous le texte qui commence à circuler, écrit par les permanents du cipM (Centre International de la poésie de Marseille), qui nous parlent de leurs difficultés et nous invitent à les soutenir. Ce que nous invitons les internautes à faire à leur tour.

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dimanche, juillet 29 2007

Une refonte continue

Depuis samedi (les habitués de Lekti-ecriture.com l'auront forcément remarqué), Lekti-ecriture.com s'est doté d'une nouvelle page d'accueil, que nous avons voulu plus ergonomique (j'espère que nous avons réussi), et de nouveaux modèles pour les bloc-notes de Lekti-ecriture.com.

Nous avons du mal à employer le mot « blog » sur Lekti-ecriture.com. Pour nous, le propos est de confier à des auteurs, des traducteurs, et plus généralement à des gens du livre, une plate-forme de type « blogs » qu'ils puissent gérer de manière indépendante et autonome. Le cas le plus récent, à ce propos, est le bloc-notes ''Les Ongles Noirs'', dont nous avons parlé récemment. Nous manquons parfois de temps pour développer ces outils de manière plus importante. Nous espérons le faire de manière plus régulière au cours des prochains mois. La mise à jour de la plate-forme de bloc-notes, effectuée en cette fin de semaine, était un préambule à la mise en place de nouveaux espaces confiés à des écrivains ou des gens du livre.

Donner à lire, à entendre et à voir, cette phrase qui est au cœur de notre démarche, jour après jour, justifie l'ensemble de notre action.