Le Bloc-notes de Lekti-ecriture.com

Accueil | Contre-feux, revue littéraire | Les espaces de l'édition indépendante| La librairie

dimanche, février 21 2010

La précarité dans le monde de l'édition vue par Brat

BRAT, serial stagiaire comme il en existe beaucoup dans le monde de l’édition, nous fait partager dans un portfolio publié sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com, et qui devrait s’étoffer au cours du temps, ses dessins qui parlent avec beaucoup d’humour de la précarité dans le monde de l’édition, auquel on prête sans doute beaucoup trop de vertus…

Ce porfolio est visible sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com :
cliquez ici pour découvrir le travail de Brat.

jeudi, juin 4 2009

Les Espaces de l'édition indépendante, évolution majeure

Les lecteurs réguliers le savent bien : # Les Espaces de l’édition indépendante, fondées fin 2003 (ou était-ce en 2004, je ne sais plus ?) continuent d’évoluer régulièrement : de nouveaux éditeurs nous rejoignent (ils sont plus d’une soixantaine maintenant), et les fonctionnalités proposées (telles que le feuilletage des livre en ligne, des extraits audio, etc), viennent enrichir progressivement l’expérience des particuliers et des professionnels, qu’ils soient bibliothécaires ou libraires, afin de leur proposer de découvrir de nouveaux livres, et une production éditoriale inédite.
J’ai pu dire, ici ou là, qu’il faudrait bientôt s’arrêter, cesser de faire grandir ces espaces, afin de demeurer dans des échelles raisonnables, et je n’ai pas toujours tenu parole. Je pensais que Les Espaces de l’édition indépendante accueilleraient au maximum une quarantaine d’éditeurs, et nous en sommes plus de soixante..
Depuis de nombreuses années, chaque jour, de nombreux éditeurs souhaitent rejoindre ces espaces, et la réponse est négative la plupart du temps. J’en suis désolé lorsqu’il s’agit de maisons d’édition qui ont un vrai projet éditorial, pérenne, ce qui est loin d’être toujours le cas, puisque le mot de « petite édition » ou d’ « édition indépendante » ne rime pas forcément avec qualité. Il faut tout de même avoir la lucidité de le reconnaître.

En attendant, Les Espaces de l’édition indépendante viennent de connaître une mise à jour majeure, en ce qui concerne l’apparence, avec une dominante verte qui donne désormais sa marque à cet espace. Certains apprécieront, d’autres moins, j’en suis certain, le plus important pour moi est que « cela fonctionne ».

L’occasion également de rendre hommage au travail de la librairie Clair-Obscur, située à Albi (Tarn, France), qui nous a suivi en 2005 dans cette aventure, puisque l’ensemble des livres commandés sur cet espace sont expédiés par une véritable librairie physique. La complicité avec cette librairie s’est encore accentuée au cours des années, ce qui est heureux… Et l’expérience accumulée nous a permis d’avancer plus rapidement sur le projet d’une librairie générale en ligne qui rassemble un ensemble de librairies physiques, une réalité sur Lekti-ecriture.com depuis moins d’un an (voir ici si vous ne connaissez pas encore…), et un nombre de librairies associées qui devrait s’accroître considérablement au cours des prochains mois, puisque nous sommes désormais sûrs de notre architecture.

Mais nous n’en avons pas encore terminé, et nous vous réservons encore de belles et grandes surprises au cours des prochaines semaines. Puisque Lekti-ecriture.com est vécu comme un projet, avec encore beaucoup de rêves plein la tête. Et une ambition unique depuis 2003, qui guide chaque jour nos actions : utiliser Lekti-ecriture.com comme d’un socle qui vous permette de partir à la découverte de la littérature, et plus généralement de l’ensemble de l’univers de la connaissance (et non celui de l’information, qui n’est pas le nôtre !).

samedi, avril 25 2009

« De l’affaire Coupat à l’affaire Hazan ? », un texte de François Gèze à diffuser et signer ?

François Gèze, PDG des éditions La Découverte, a publié dans le Monde, en date du 20 avril 2009, un texte qui dénonce « la paranoïa d’État » — nous reprennons ses termes —, dans l’affaire dite « Coupat », avec ses nombreux soubresauts, le dernier en date étant qu’Eric Hazan, responsable des éditions La Fabrique, a été auditionné le 9 avril dernier pendant plus de trois heures par la sous-direction de l’antiterrorisme (SDAT) de la Police judiciaire, en vue de savoir qui avait écrit le livre « Le comité invisible », livre considéré comme une preuve à charge dans ce dossier, et qui a pourtant été vendu par plus d’un millier de libraires depuis sa sortie, depuis maintenant deux ans.
Des libraires et des lecteurs, donc, qui n’avaient pas sans doute compris (à l’inverse de la Direction de l’Antiterrorisme), qu’ils diffusaient et lisaient ainsi un livre hautement toxique.
Ceux qui le souhaitent peuvent lire et/ou signer le texte de François Gèze (signé par de très nombreux éditeurs), à cette adresse :

http://www.editionsladecouverte.fr/actu/articles-editeurs.php?id=1084

Vous pouvez également aller voir la fiche signalétique de l’objet du délit sur l’espace éditeur des éditions La Fabrique, sur Les Espaces de l’édition indépendante de Lekti-ecriture.com :

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/L-insurrection-qui-vient.html

dimanche, avril 19 2009

Le Passager Clandestin, maison d'édition en sciences humaines à découvrir

Nous invitons les lecteurs à découvrir une nouvelle maison d’édition associée aux Espaces de l’édition indépendante de Lekti-ecriture.com : Le Passager Clandestin.

Le Passager Clandestin, jeune maison d’édition qui compte déjà plus de seize titres à son catalogue, nous invite à penser le présent, être à même de le critiquer également, puisque :

Les soubresauts du néolibéralisme révèlent, à qui veut bien y prêter attention, son caractère fondamentalement idéologique. Alors que ses postulats sous-jacents apparaissent plus évidents - accaparement des richesses par une minorité, subordination du politique à l’économique, extension de la marchandisation à tous les biens et tous les échanges, contrôle de l’expression des masses, criminalisation de la contestation politique et sociale, etc - notre maison d’édition veut prendre sa part à la vivacité des débats qui secouent la société.

Être éditeur, c’est, pour nous, tenter de résister aux effets de censure de l’idéologie dominante en proposant d’autres pistes de réflexion à ceux qui refusent de voir celle-ci purement et simplement reconduite.

Des extraits du dernier livre publié, Ne sauvons pas le système qui nous broie, (1 euro seulement dans toutes les bonnes librairies et sur Lekti-ecriture.com) sont d’ailleurs disponibles en libre accès sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com.

Cliquez ici pour rejoindre l’espace éditeur des éditions Le Passager Clandestin.

samedi, octobre 4 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (1/3)

Le titre de ce billet peut paraître provocateur.

Il l'est certainement, mais il correspond à une réalité dont on parle peu, une réalité qui émerge encore à peine, mais dont les conséquences paraissent immenses, du point de vue du droit d'auteur, de l'économie de l'ensemble de la chaîne du livre, et des problèmes de conservation et du partage du savoir à l'ère du numérique.

Beaucoup d'entre vous ont certainement entendu parler du protocole Bittorrent, réseau Peer to peer (pairs à pairs en bon français) qui s'est nettement développé depuis deux ou trois ans, surtout depuis le « flicage » du réseau eDonkey, et des clients utilisés pour y accéder, dont le plus important est évidemment Emule.

Emule est en perte de vitesse, mais les réseaux Peer to peer liés au protocole Bittorrent n'ont jamais été aussi actifs. En témoignent certains sites de partage liés à Bittorrent, qui présentent la plupart du temps des contenus encore sous droit, et font partie des cent sites les plus visités au monde, selon le baromètre annuel Google. Mininova est entré ainsi en 2007 au rang 97 concernant le nombre de visiteurs, selon les données qui proviennent d'Alexa, alors que d'autres sites de partage Bittorrent qui proposent (presque) uniquement des contenus encore sous droit figurent dans le top 500 des sites les plus visités : c'est le cas pour ThePirateBay, toujours très populaire, Torrentz ou encore Demonoïd. Et, comme je l'ai signalé, ces sites de partage sont uniquement constitués de contenus sous droit.

Je ne vais pas parler de la musique ou du cinéma, je vais me contenter de parler des contenus textes et images. Et là, la surprise est immense : certains catalogues d'éditeurs sont totalement mis à la disposition des internautes. C'est le cas, tout particulièrement, pour les ouvrages scientifiques et techniques. Ainsi, il est très facile de rapatrier en quelques heures sur son disque dur l'ensemble ou presque du catalogue des éditions O'Reilly, un éditeur particulièrement réputé, spécialisé aux États-Unis et en Europe dans la publication de livres techniques. À portée de clics et en quelques heures, c'est près de quatre cent livres de cet éditeur que l'on peut voir apparaître sur son écran d'ordinateur.

À partir de ce moment-là, le doute apparaît à l'esprit : comment les éditions O'Reilly arrivent-elles encore à vendre des livres, puisque certains, tels que Denis Olivennes, auteur du rapport éponyme, nous apprennent que la piraterie est responsable de la crise actuelle, en ce qui concerne l'industrie musicale et cinématographique ? Si l'on suit le cheminement de la pensée de Denis Olivennes, les éditions O'Reilly, piratées de manière massive, auraient déjà du déposer le bilan. Or, ce n'est pas le cas. Pire encore, le fondateur des éditions O'Reilly, le très respecté Tim O'Reilly, inventeur de la célèbre formule « Web 2.0 », affirme depuis quatre ans que la piraterie, en ce qui concerne ses livres, n'est pas un problème, et parfois même représente un vecteur de vente de livres physiques (voir le lien suivant, un article qui a fait sensation au moment de sa parution, pour plus de détails : http://www.openp2p.com/pub/a/p2p/2002/12/11/piracy.html).

Apparemment, le lien qui paraît évident aux yeux de certains, entre la piraterie et la crise des industries dont la dématérialisation est rendue possible, n'est pas si évident.

Mais tout ceci n'est guère nouveau : la piraterie, en ce qui concerne les livres techniques, notamment ceux qui touchent l'informatique, est un phénomène assez ancien.
Ce qui est plus récent, en revanche, est l'extension du phénomène aux livres de sciences humaines et de littérature, et à la bande dessinée. La mise à disposition de livres numérisés, dans ce dernier cas, n'est pas forcément apparent sur des grands sites de partage Torrent, tels que The Pirate Bay ou Mininova. Ils sont le fait de sites moins visibles, sur lesquels il n'est possible d'accéder que sur invitation d'un membre, et le nombre mais également la qualité des livres numérisés par ces petites équipes est proprement impressionnant. Parmi tous ces livres, certains n'ont pas été scannés par les petites équipes liées à un site de partage Bittorrent. Il peut s'agir, tout simplement, de copies de PDF d'imprimeurs, facilement reconnaissables par la présence des traits de coupe.
Il n'est pas très difficile, par exemple, de récupérer en ce moment sur certains sites, l'ensemble ou presque des " Very short introduction ", collection de référence d'Oxford University Press, équivalente aux Que Sais-je? publiés par les PUF, soit près de 1 300 titres.
Les éditeurs français, selon les affirmations récentes de certains, pensent être à l'abri du phénomène. Je ne voudrais pas être un facteur d'inquiétude, mais voilà, parmi tant d'exemples, certaines listes de livres qu'il m'a été possible de voir sur certains sites Internet Torrent de partage :

  • L'ensemble de l'œuvre de Jacques Derrida, notamment ses livres publiés chez Gallimard et chez Gallilée.
  • La totalité des ouvrages de Gilles Deleuze publiés aux éditions de Minuit.
  • Une partie de la collection Bibliothèque des Sciences humaines, publiée chez Gallimard, notamment certains ouvrages anciens, non réédités.
  • L'abécédaire de Gilles Deleuze publié par les éditions Montparnasse.
  • Bien des livres d'informatique et de bricolage publiés par les éditions Eyrolles.
  • Beaucoup de livres de chez Librio, que cela soit ceux de michel houellebecq, de Franz Kafka, et cetera.
  • L'ensemble des livres de Bernard Werber, de Frédéric Beigbeder, ou encore d'Amélie Nothomb.

Ce ne sont là que quelques exemples, pris au hasard, mais qui témoignent de la diversité, et de la vitalité de ces petites équipes, souvent composées de seulement de quelques dizaines de membres, qui décident de numériser et de mettre à disposition ces livres au format numérique, directement sur l'Internet.

Encore plus étonnant : à partir des éléments ci-dessus, il serait assez facile de considérer qu'il s'agit de simples pirates qui contournent la législation sur le droit d'auteur, mettent à mal (c'est une hypothèse) la pérennité économique des éditeurs, dont la condamnation par les tribunaux serait éminemment souhaitable.
La réalité n'est pas si simple... En effet, ces petits groupes se comportent, ont des réflexes de bibliothécaires : ils classent les livres en fonction de leur pertinence, créent des dossiers de manière élaborée, et il est difficile de considérer qu'il s'agit simplement de groupes d'activistes qui veulent « mettre à bas le système capitaliste ». Bien au contraire, ces groupes semblent considérer les livres en fonction de leurs qualités intrinsèques, non pas en fonction de leur valeur commerciale. Ainsi, certains sites Internet de partage, privés, mettent à disposition de leurs membres des ensembles dédiés par exemple à l'étude de la Turquie, de l'Égypte, qui vont rassembler « le meilleur » de la littérature historique, géographique, sociologique, par rapport à ces États, écrits depuis un siècle. Ces pirates-là ont des réflexes innés (je doute que tous aient suivi des cursus universitaires de documentalistes), de bibliothécaires qui trient, classent, référencent, avant de mettre à disposition toute cette matière sur Internet.
Il manque des sociologues pour étudier ce phénomène, dont la portée paraît considérable, en même temps qu'il est nécessaire que les éditeurs réfléchissent à ce phénomène, inéluctable dans la mesure où il suffit d'une copie papier pour que ces groupes diffusent le livre dans sa forme numérique, la plupart du temps avec une qualité bien supérieure à celle offerte par Google Recherche de Livres ou le projet Gallica de la Bibliothèque Nationale de France.

Ce billet aura certainement une suite.
Parce que ce phénomène paraît très important, qu'il ne sert à rien d'éluder le sujet, bien que je craigne qu'il ne soit sujet à de trop violentes polémiques.

N.B. : je n'ai cité dans ce billet aucun « groupe » ou site Internet privé de partage de fichiers, afin qu'il ne me soit pas reproché de faire l'apologie du piratage. Je n'ai pas non plus abordé à dessein le phénomène de numérisation par certains groupes de la presse nationale, quotidienne ou hebdomadaire. Il est par exemple désormais très facile de « récupérer » sur certains sites Internet, jour après jour, une copie du Monde, qui a été numérisée, et chaque semaine, un exemplaire du Canard Enchaîné, de Courrier International ou de Marianne.

mardi, septembre 2 2008

Le livre numérique en train de se faire : l'exemple des « Pragmatic Programmers »

Dans un billet publié très récemment sur le bloc-notes de Lekti-ecriture.com, Benoît Berthou plaidait, en fin d'article, pour que le livre, sous sa forme numérique, ne soit pas une simple reproduction d'un contenu papier, mais permette de se rendre plus loin, de prendre en compte les spécificités de l'Internet, pour une richesse accentuée.

Là-dessus, une expérience mérite d'être citée et même étudiée en détail, celle des ''Pragmatic Programmer''. Cette maison d'édition anglo-saxonne, qui édite des livres dans le domaine de l'informatique, ne se contente pas seulement de proposer des livres papier, ou leurs équivalents numériques (format PDF), mais propose à l'ensemble des développeurs qui souscripteurs de l'offre pour un livre de participer, réellement, à l'élaboration du livre. Chaque livre de cette maison d'édition est proposé tout d'abord en bêta, ce qui signifie que chacun de ceux qui souscrivent à l'achat du livre peuvent participer à l'élaboration du livre, notamment en signalant aux auteurs certains points qu'ils estiment obscurs, ou pas assez développés. Ainsi, chaque livre est construit non pas de manière collective (il ne faudrait pas confondre avec une approche de type " wiki ") par des auteurs bien identifiés, spécialistes dans leurs domaines informatiques, mais qui tiennent compte de l'avis de l'ensemble des lecteurs afin de produire des textes encore plus clairs, complets, et parfois aussi plus concis. À l'heure où j'écris ces lignes, près d'une douzaine de livres sont ainsi disponibles en bêta et les livres papier, au moment de leurs rééditions, passent également par un stade bêta. L'ensemble de ce processus est complété par de nombreuses ressources « compagnon » (vidéo, podcasts...) mis en ligne sur le site des Pragmatic Programmers.

Évidemment, cet exemple est particulier, propre dans cet exemple à l'univers du livre technique. Il n'empêche, il s'agit là d'une piste qui a tenu ses promesses, puisque le nombre de programmeurs de haut niveau attachés à cette maison d'édition est très élevé, et que la pérennité économique de cette approche est depuis de longues années éprouvé.

À titre personnel, ce que je retiens de ces initiatives, mais également d'autres (voir le dispositif Safari d'O'Reilly) demeure que ce genre d'initiatives trop mal connues, et qu'il ne s'agit sans doute pas d'un hasard si la majorité de ces projets nous parviennent du monde anglo-saxon. En effet, au cours des dernières années et tout particulièrement des derniers mois, l'articulation papier-numérique n'a cessée de faire l'objet d'études ou de colloques en France. Mais il nous manque certainement, en France, ce fameux esprit anglo-saxon qui porte vers l'expérimentation, avant l'analyse. Expérimenter, inventer, voir ce qui « prend », porter de vrais projets (tel que celui de Publie.net conçu par François Bon), avant de produire des actes de colloques, procéder de manière empirique et pragmatique, ce pragmatisme anglo-saxon qui nous manque tant parfois, voilà certainement la manière manière d'accueillir le numérique.

vendredi, mai 23 2008

Prix unique du livre ?

Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de presse commun au Syndicat de la Librairie Française, au Syndicat National de l'Édition, et à la Société des Gens de Lettres, qui vient d'être rendu public.

Alerte sur le prix unique du livre

Dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la modernisation de l’économie à l'Assemblée nationale, des Députés ont élaboré des propositions d’amendements visant à supprimer l’une des dispositions majeures de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre en réduisant de deux ans à six mois le délai durant lequel les soldes de livres sont interdits.

L'intervention de la Ministre de la culture et de la communication, Christine ALBANEL, et de ses services, ainsi que la mobilisation commune des auteurs, des éditeurs et des libraires à travers leurs organisations professionnelles (Société des Gens de Lettres; Syndicat National de l'édition, Syndicat de la librairie française) a permis d'alerter les parlementaires sur les dangers extrêmes de ces amendements et a favorisé le retrait de celui défendu par un membre du groupe UMP. Il semblerait néanmoins que le second amendement, porté par un Député du groupe « Nouveau Centre », puisse encore être maintenu malgré le vote négatif de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, ce que dénoncent avec la plus grande fermeté les auteurs, les éditeurs et les libraires.

En effet, si cette disposition était adoptée par le Parlement, elle signerait la fin du prix unique du livre et amorcerait un bouleversement total du marché du livre.

La SGDL, le SNE et le SLF rappellent que les conséquences d'une dérégulation du marché du livre seraient, en premier lieu, pénalisantes pour les consommateurs et les lecteurs. En effet, comme cela s’est vérifié à l’étranger – au Royaume-Uni en particulier où le prix unique a été supprimé en 1995 –, la dérégulation du marché du livre emporterait au moins trois effets négatifs : un appauvrissement de l’offre éditoriale, de nombreux titres ne pouvant plus être publiés par les éditeurs, une augmentation du prix moyen du livre préjudiciable au pouvoir d’achat des lecteurs, les éditeurs étant contraints de compenser le manque de recettes lié aux soldes par une augmentation globale de leurs prix et, enfin, des obstacles supplémentaires pour le public dans son accès au livre du fait de la disparition de librairies en centre-ville. Des livres en moins grand nombre, plus chers et moins accessibles, le consommateur, contrairement aux idées reçues, a tout à perdre à cette dérégulation.

Les librairies indépendantes, dont l’une des principales spécificités consiste justement à offrir au public des ouvrages de plus de six mois, ne pourraient résister à l’émergence d’un marché du solde à grande échelle dans les grandes surfaces comme sur Internet. Leur disparition serait dramatique pour la diversité de la création éditoriale et pour la vitalité des centres villes.

Les éditeurs, pour leur part, pâtiraient directement d’un report des achats de nouveautés dans l’attente des soldes, d’un « discount » sur les ouvrages du fonds de leur catalogue ainsi que de la fragilisation ou de la disparition de nombreuses librairies.

Quant aux auteurs, pour autant que le décompte de leurs droits soit praticable, ils ne mettraient pas longtemps à voir leur montant réduit à bien peu de chose : dans le meilleur des cas, l’exploitation de leurs ouvrages ne dépasserait pas la période considérée, et, le plus souvent, le public n’aurait que six mois à attendre pour acquérir un livre à un prix de liquidation. C’est dire que le système envisagé ne profiterait qu’aux auteurs de « best-sellers ».

La SGDL, le SNE et le SLF rappellent que la loi de 1981 a bénéficié depuis l’origine d’un très large consensus, parmi les professionnels comme au sein de la classe politique, la loi ayant été votée à l'unanimité, en 1981 comme en 2003 lors de son extension aux ventes aux collectivités.

Cette loi a incontestablement permis un essor du marché du livre grâce à un réseau très dense de points de vente qui garantit la diversité de l’offre éditoriale et, donc, la richesse de la création littéraire. Elle est une vraie loi de concurrence car les différents types de circuits de diffusion, des librairies indépendantes à la grande distribution, en passant par les grandes surfaces culturelles et les librairies en ligne, ont pu se développer sans que l’un de ces circuits n’écrase pour autant ses concurrents. Cette densité et cette diversité des circuits de diffusion permettent à l’ensemble des secteurs éditoriaux de trouver leur public. Enfin, le prix unique a pour autre vertu de contenir l’augmentation du prix du livre. Ainsi, les chiffres de l’INSEE montrent que, sur les dix dernières années, l’indice du prix du livre a évolué deux fois moins vite que l’indice général des prix.

La loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre est une loi concurrentielle et, qui plus est, anti inflationniste. Elle constitue l'une des illustrations les plus éloquentes et les plus concrètes de la diversité culturelle. La guerre des prix que certains veulent engager aboutirait à une liquidation de la culture. Les professionnels sont pleinement disposés à ouvrir la réflexion et le débat sur ce sujet avec les parlementaires mais en prenant le temps nécessaire pour mener des analyses pertinentes.

C'est pourquoi, les auteurs, les éditeurs et les libraires demandent le retrait de l'amendement sur les soldes de livres et en appellent à l'ensemble des parlementaires et au Gouvernement afin qu'ils rejettent ces tentatives de déstabilisation du marché du livre qui seraient ruineuses et irrémédiables pour l'économie du livre et pour la culture.

- page 1 de 5