Nous aurions aimé travailler tranquillement, au cours du dernier week-end.
Ce ne fut pas le cas, et la crispation se fit sentir à la réception d'un E-Mail d'Amazon France, envoyé à tous les clients, avec le contenu suivant :
Chers Clients d’Amazon,
Vous faites partie de nos meilleurs clients et nous vous remercions chaleureusement de votre fidélité. Depuis son lancement, Amazon.fr consacre toute son énergie à vous proposer la plus large offre de produits qui soit, au meilleur prix. Par exemple, nous appliquons en permanence la remise maximum autorisée de 5 % sur les livres français. Afin de faciliter la découverte des millions de livres qu’Amazon.fr propose sur son site, la livraison est gratuite en France métropolitaine pour tous les livres, sans minimum d’achats. Ceci autorise un accès plus facile et plus direct à la création littéraire, notamment pour ceux d’entre vous qui sont éloignés des points de vente physiques, ou qui ne peuvent s’y rendre facilement.
Aujourd’hui, votre droit à la livraison gratuite est menacé. Le Syndicat de la Librairie Française (SLF) a intenté une action en justice contre Amazon, et contre d’autres libraires sur le Net, visant à nous faire renoncer à la gratuité des frais de port sur les livres. Amazon.fr ne pense pas que cette action aille dans l’intérêt des lecteurs, ni d’ailleurs dans celui des auteurs et écrivains. Aussi allons-nous continuer à défendre vigoureusement votre droit à bénéficier de la livraison gratuite.
En tant que lecteur, votre opinion en la matière est très importante, et nous sommes persuadés que les libraires du Syndicat de la Librairie Française apprécieraient aussi de connaître votre avis. Si vous tenez à la livraison gratuite, merci de nous le dire et de le faire savoir au SLF. Vous pouvez ainsi envoyer votre point de vue à Amazon (pour-la-livraison-gratuite@amazon.fr) et au SLF (slf@…).
A bientôt sur www.amazon.fr
Xavier Garambois Directeur Général
Amazon France, et son directeur Xavier Garambois, fait montre dans cette lettre d'un populisme insoupçonné. Nous nous demandons s'il n'aurait pas suivi les mêmes séminaires, au cours des dernières semaines, qu'un certain Michel Edouard Leclerc.
Certes, les frais de port offerts sans prix plancher sont une heureuse initiative pour les lecteurs, elles le sont moins pour les petits éditeurs.
Lorsque dans ce courriel, Xavier Garambois parle d'un accès plus facile et plus direct à la création littéraire, il oublie bien évidemment de mentionner que les services d'Amazon France sont en train, par le biais d'incitations (d'injonctions ?) faites aux petits éditeurs de rejoindre le programme Partenaires , d'augmenter de manière inique les marges qu'ils demandent aux petits éditeurs (50 % de remise dans le cadre du programme Partenaires, soit 10% à 17% de plus que pour les autres points de vente), et d'étouffer peu à peu ces derniers, selon la logique bien connue par ailleurs de la grande distribution.
Alors, Amazon France, défenseur de la création littéraire alors que leurs conditions commerciales « étouffent » les plus petits éditeurs, ceux-là même qui portent de manière privilégiée la création littéraire ?
Non, nous n'y croyons pas vraiment. Puisque c'est bien là le nœud du problème : qui finance les frais de port offerts sans prix plancher ? Certainement pas Amazon. En revanche, de plus en plus de petits éditeurs, qui sont obligés, pour obtenir une certaine visibilité sur Amazon.fr, d'accorder 50% de remise à la société de Xavier Garambois. Certains « petits » distributeurs (en terme économique), ont été également obligé de rejoindre le programme Partenaires d'Amazon, de céder une marge de 50 %, afin que les livres des éditeurs diffusés/distribués par ces derniers obtiennent une visibilité décente sur la plate-forme.
J'ai été personnellement contacté, ces dernières semaines, par de très nombreux « petits » éditeurs, inquiets devant l'injonction qui leur est faite de rejoindre le programme Partenaires, de concéder 50 % de marge à Amazon, pour avoir une véritable présence sur la plate-forme. Et je tiens l'ensemble des échanges avec ces éditeurs à la disposition de Xavier Garambois, s'il le souhaite. En tant que personne impliquée, avec sa société, dans la valorisation de la création littéraire, ainsi qu'il l'affirme dans le courriel envoyé aux lecteurs, je suis certain qu'il sera sensible à ma démarche.
En attendant, cette attaque frontale d'Amazon France ne semble pas avoir eu l'effet escompté. Le « buzz » autour de l'envoi de cette lettre est marginal, et les sites Internet qui en font mention ne sont pas forcément défavorables au procès intenté par le Syndicat de la Librairie Française.
L'opération de ce week-end est donc un échec pour Amazon.fr. Xavier Garambois espérait enflammer la blogosphère, occuper l'espace, c'est en réalité l'indifférence qu'il a recueilli. Avec certainement plus d'un million de comptes sur Amazon France, obtenir seulement la réaction d'une dizaine d'internautes, cela fait peu, très peu même...
Nous avons pensé un moment, comme se l'est permis Xavier Garambois, mettre dans ce billet l'adresse E-mail personnelle de Xavier Garambois, comme il s'est permis de le faire pour celle du SLF. Après réflexion, nous avons pensé qu'il s'agissait là de méthodes qui ne pouvaient que nous déshonorer. Nous ne l'avons donc pas fait.
Nous attendons le 4 décembre, date à laquelle le jugement concernant le procès Amazon vs SLF devrait être rendu.
Et le service juridique d'Amazon peut me contacter directement, si le besoin s'en faisait sentir, à l'adresse suivante : joel.faucilhon@lekti-ecriture.com.
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