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mardi, décembre 11 2007

Amazon France (enfin) condamné

La décision était attendue en novembre, puis reportée deux fois.

Le tribunal de Versailles vient, ces dernières heures, de communiquer ses conclusions dans l'affaire qui opposait le Syndicat de la Librairie Française (SLF) à Amazon France, concernant la pratique de frais de port offerts.

Le rendu du jugement est le suivant : Amazon est condamné à 100 000 euros de dommages et intérêts, doit cesser les frais de port gratuits et la pratique de chèques cadeaux à peine d'astreinte de 1 000 euros par jour de retard, passé le délai de 10 jours à compter de la signification du jugement.

Après Alapage, c'est donc Amazon qui est condamné pour sa politique de frais de port offerts.

Nous n'avons pas vocation, au niveau de Lekti-ecriture.com, à reprendre des communiqués de presse de manière brute, mais nous nous permettons de reproduire celui qui vient de tomber, de la part du Syndicat de la Librairie Française. En effet, le SLF a été « maltraité » ces derniers mois, considéré par certains — selon nous, à tort — comme une organisation syndicale dont le propos serait de défendre « certains intérêts acquis », d'un point de vue « poujadiste ».

Amazon, ces dernières semaines, a communiqué auprès de ses lecteurs dans ce sens, avec l'échec que l'on connaît.

Cette idée ne correspond pas selon nous à la réalité, et le SLF l'explique très bien dans son communiqué de presse, d'où notre intention de le reproduire ci-dessous :

C’est avec une très grande satisfaction que le SLF a pris connaissance de la décision du Tribunal de Versailles qui lui donne raison dans son action contre le site de vente en ligne Amazon.fr.

Condamné à 100 000 euros de dommages et intérêts, Amazon doit cesser les frais de port gratuits et la pratique des chèques cadeaux à peine d'astreinte de 1 000 euros par jour de retard, passé le délai de 10 jours à compter de la signification du jugement.

Cette décision survient après le jugement de première instance et l’arrêt d’appel favorables au SLF dans son action contre le site Alapage.fr (qui s’est pourvu en cassation) pour les mêmes raisons : la condamnation de la pratique des frais de port gratuits.

Le SLF a fondé ses actions sur le respect de la loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre (dite loi Lang), votée à l’unanimité par le Parlement. L’objectif du SLF est de veiller à l’organisation des pratiques nouvelles pour que les sites Internet respectent la lettre et l’esprit de la loi.

Il faut bien prendre conscience de l’importance du réseau de libraires « physiques », de leur rôle de soutien à la diversité par la mise en scène sur leur table des richesses éditoriales cachées par l’écran des « meilleurs ventes ».

Le SLF rappelle que la vente à perte est assumée par ces opérateurs dans l’objectif de capter des parts de marché ce qui déstabilise un marché déjà fragile. C’est une attitude prédatrice qui se révèle dangereuse et totalement contradictoire avec l’esprit de la loi sur le prix unique du livre qui vise à maintenir la diversité et la création culturelles. Le livre n’est plus qu’un instrument pour une domination commerciale dans une jungle ou les acteurs indépendants librairies comme éditeurs sont broyés.

Ces actions, au-delà de l’aspect purement juridique, posent des questions plus fines sur le mode de consommation des produits culturels, sur la notion de gratuité, sur le rôle des différents acteurs dans l’intérêt de la diversité culturelle. Le récent rapport Olivennes concernant les œuvres musicales rappelle les mêmes problématiques quant à une gratuité qui n’est qu’une arme au service de la domination de nouveaux groupes industriels basés sur Internet.

Le SLF se voit conforté par les instances judiciaires et par les nombreux clients des libraires qui bénéficient chaque jour du réseau des libraires indépendants. Il va sans dire que ce débat doit avoir une large audience afin que les citoyens comprennent les enjeux autour de la loi du 10 août 1981, première loi de développement durable fragilisée par des appétits financiers incompatibles avec une culture ouverte à tous.

Nous allons regarder attentivement ce qui va se passer, au cours des prochaines semaines, afin de nous mettre en conformité avec ce jugement, compte tenu de la politique de frais de port offerts (avec prix plancher) sur les Espaces de l'édition indépendante de Lekti-ecriture.com. Nous ne souhaitons pas, en effet, comme ce fut le cas il y a de cela quelques mois lors de l'épisode de la condamnation d'Alapage, nous mettre en conformité avec la loi, si nous sommes les seuls ou presque à adopter cette démarche.

Vous trouverez en pièce jointe l'attendu du jugement du 13 décembre 2007.

mercredi, novembre 28 2007

Amazon France, version populiste et démagogique (mais pas populaire)

Nous aurions aimé travailler tranquillement, au cours du dernier week-end.

Ce ne fut pas le cas, et la crispation se fit sentir à la réception d'un E-Mail d'Amazon France, envoyé à tous les clients, avec le contenu suivant :

Chers Clients d’Amazon,

Vous faites partie de nos meilleurs clients et nous vous remercions chaleureusement de votre fidélité. Depuis son lancement, Amazon.fr consacre toute son énergie à vous proposer la plus large offre de produits qui soit, au meilleur prix. Par exemple, nous appliquons en permanence la remise maximum autorisée de 5 % sur les livres français. Afin de faciliter la découverte des millions de livres qu’Amazon.fr propose sur son site, la livraison est gratuite en France métropolitaine pour tous les livres, sans minimum d’achats. Ceci autorise un accès plus facile et plus direct à la création littéraire, notamment pour ceux d’entre vous qui sont éloignés des points de vente physiques, ou qui ne peuvent s’y rendre facilement.

Aujourd’hui, votre droit à la livraison gratuite est menacé. Le Syndicat de la Librairie Française (SLF) a intenté une action en justice contre Amazon, et contre d’autres libraires sur le Net, visant à nous faire renoncer à la gratuité des frais de port sur les livres. Amazon.fr ne pense pas que cette action aille dans l’intérêt des lecteurs, ni d’ailleurs dans celui des auteurs et écrivains. Aussi allons-nous continuer à défendre vigoureusement votre droit à bénéficier de la livraison gratuite.

En tant que lecteur, votre opinion en la matière est très importante, et nous sommes persuadés que les libraires du Syndicat de la Librairie Française apprécieraient aussi de connaître votre avis. Si vous tenez à la livraison gratuite, merci de nous le dire et de le faire savoir au SLF. Vous pouvez ainsi envoyer votre point de vue à Amazon (pour-la-livraison-gratuite@amazon.fr) et au SLF (slf@…).

A bientôt sur www.amazon.fr

Xavier Garambois Directeur Général

Amazon France, et son directeur Xavier Garambois, fait montre dans cette lettre d'un populisme insoupçonné. Nous nous demandons s'il n'aurait pas suivi les mêmes séminaires, au cours des dernières semaines, qu'un certain Michel Edouard Leclerc.

Certes, les frais de port offerts sans prix plancher sont une heureuse initiative pour les lecteurs, elles le sont moins pour les petits éditeurs.

Lorsque dans ce courriel, Xavier Garambois parle d'un accès plus facile et plus direct à la création littéraire, il oublie bien évidemment de mentionner que les services d'Amazon France sont en train, par le biais d'incitations (d'injonctions ?) faites aux petits éditeurs de rejoindre le programme Partenaires , d'augmenter de manière inique les marges qu'ils demandent aux petits éditeurs (50 % de remise dans le cadre du programme Partenaires, soit 10% à 17% de plus que pour les autres points de vente), et d'étouffer peu à peu ces derniers, selon la logique bien connue par ailleurs de la grande distribution.

Alors, Amazon France, défenseur de la création littéraire alors que leurs conditions commerciales « étouffent » les plus petits éditeurs, ceux-là même qui portent de manière privilégiée la création littéraire ?

Non, nous n'y croyons pas vraiment. Puisque c'est bien là le nœud du problème : qui finance les frais de port offerts sans prix plancher ? Certainement pas Amazon. En revanche, de plus en plus de petits éditeurs, qui sont obligés, pour obtenir une certaine visibilité sur Amazon.fr, d'accorder 50% de remise à la société de Xavier Garambois. Certains « petits » distributeurs (en terme économique), ont été également obligé de rejoindre le programme Partenaires d'Amazon, de céder une marge de 50 %, afin que les livres des éditeurs diffusés/distribués par ces derniers obtiennent une visibilité décente sur la plate-forme.

J'ai été personnellement contacté, ces dernières semaines, par de très nombreux « petits » éditeurs, inquiets devant l'injonction qui leur est faite de rejoindre le programme Partenaires, de concéder 50 % de marge à Amazon, pour avoir une véritable présence sur la plate-forme. Et je tiens l'ensemble des échanges avec ces éditeurs à la disposition de Xavier Garambois, s'il le souhaite. En tant que personne impliquée, avec sa société, dans la valorisation de la création littéraire, ainsi qu'il l'affirme dans le courriel envoyé aux lecteurs, je suis certain qu'il sera sensible à ma démarche.

En attendant, cette attaque frontale d'Amazon France ne semble pas avoir eu l'effet escompté. Le « buzz » autour de l'envoi de cette lettre est marginal, et les sites Internet qui en font mention ne sont pas forcément défavorables au procès intenté par le Syndicat de la Librairie Française.

L'opération de ce week-end est donc un échec pour Amazon.fr. Xavier Garambois espérait enflammer la blogosphère, occuper l'espace, c'est en réalité l'indifférence qu'il a recueilli. Avec certainement plus d'un million de comptes sur Amazon France, obtenir seulement la réaction d'une dizaine d'internautes, cela fait peu, très peu même...

Nous avons pensé un moment, comme se l'est permis Xavier Garambois, mettre dans ce billet l'adresse E-mail personnelle de Xavier Garambois, comme il s'est permis de le faire pour celle du SLF. Après réflexion, nous avons pensé qu'il s'agissait là de méthodes qui ne pouvaient que nous déshonorer. Nous ne l'avons donc pas fait.

Nous attendons le 4 décembre, date à laquelle le jugement concernant le procès Amazon vs SLF devrait être rendu.

Et le service juridique d'Amazon peut me contacter directement, si le besoin s'en faisait sentir, à l'adresse suivante : joel.faucilhon@lekti-ecriture.com.

mardi, juillet 17 2007

Désordre

Nous sommes certainement à l'aune d'une période charnière, à la manière de ce qui s'est passé entre 1978 et 1981, et qui a conduit à la mise en place d'un ensemble de dispositifs (dont le prix unique n'est qu'une des facettes) qui ont permis le déploiement (ou le maintien) d'un véritable réseau pour le livre et la diffusion des idées, par l'imprimé.

En 1978-1981, le contestataire principal s'appelait la FNAC. Aujourd'hui, il est rentré dans les rangs, et ce sont des acteurs qui portent le nom d'Amazon ou d'Alapage qui bousculent le monde du livre.

Mais il nous manque quelques guides, et un peu de solidarité. L'absence de personnalités fortes, telles que celles d'un Jérôme Lindon, capables de creuser un sillon, se fait cruellement ressentir.

Du côté de Lekti-ecriture.com, je compte bien prendre mes responsabilités, et je prends acte du désordre ambiant. Et je me réserve le droit de revenir à la pratique commerciale antérieure (frais de port offerts), s'il n'était pas possible de trouver la porte de sortie assez rapidement.

En souhaitant, également, que les auteurs soient systématiquement associés aux évolutions en cours. Comme le signale régulièrement François Bon, les auteurs (alors même qu'il s'agit du devenir de leurs textes dont il s'agit, et qu'ils prennent une place accrue, notamment sur Internet), sont systématiquement écartés des discussions sur le devenir du livre. C'est aussi cela, le désordre.

mardi, juin 19 2007

Fil AFP

Récupéré d'un fil AFP paru ces jours-ci :

Les frais de port offerts par Amazon à ses clients aux Etats-Unis et au Japon coûtent 600 millions de dollars par an au cybermarchand.

Un manque à gagner du au programme qui permet aux internautes japonais et américains de payer un forfait de 79 euros par an, pour l'ensemble des envois depuis la plate-forme Amazon. Il s'agit là d'un nouvelle déclinaison de la tactique voulue et défendue contre ses actionnaires parfois par Jeff Bezos : abattre les autres sites Internet par une politique très agressive sur les frais d'envoi.

Amazon cherche partout où il le peut le K.O., en premier lieu celui de Barnes & Nobles aux Etats-Unis, de FNAC.COM et d'Alapage en France.

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